CH12- Syracuse
Youhouuuu et non vous ne rêvez pas ! Enfin de retour ! :D
Je tiens à m'excuser pour cette longue attente. :( Ecrire uniquement sur Clarke a été plus compliqué que ce que je pensais, faut croire que j'ai une préférence pour Lexa en fin de compte.
Un immense merci à Kouan qui a dû relire des dizaines de versions différentes des chapitres et qui m'a surtout supporté :p Et qui sous couvert de motivation m'a fait du chantage avec les chaps d'Hollywood Cancer mais ça valait le coup, allez la lire si c'est pas déjà fait :D
Bon, bon, bon... Où en étions nous ? Ah oui... Costia tuée par Joséphine, Clarke poignardée par Lexa, Lexa fouettée par Russel puis plouf dans l'océan.
(Comme j'ai été horrible de vous planter là-dessus XD)
Dernière petite chose avant la lecture, il y a une scène assez difficile, j'ai signalé comme ceci : AAAAAAAA à vous de voir si vous lisez où non les détails.
Ah oui et j'ai utilisé les termes "Dominus et Domina" pour remplacer les "maîtres et maîtresses", je sais pas pourquoi je l'ai pas fais dès le départ XD
Enfin bref BONNE LECTURE !
Haut dans le ciel d'été le soleil d'Apollon réchauffait le royaume de Poséidon, ce dernier se faisant caresser par les vents d'Eole. Un navire parmi d'autres fendait les eaux, sa voile gonflée, sa coque brisant les vagues pour tracer sa voie. Son petit équipage s'affairant sous les ordres de leur capitaine debout à la poupe et manœuvrant les deux rames gouvernails du navire de commerce.
- Bougez-vous bande de mollusques ! Nous devons atteindre Syracuse avant la nuit ! S'éleva la voix féminine mais autoritaire du capitaine.
- Oui capitaine ! ! Répondit à l'unisson l'équipage qui s'activa en tout sens.
Le regard aiguisé du capitaine quitta ses hommes pour glisser vers la proue, où cheveux aux vents une femme observait calmement l'horizon.
- Toi, remplace-moi ! Ordonna la capitaine à l'un de ses hommes.
Ce dernier prit les deux gouvernails dans un salut respectueux puis la capitaine traversa le navire, s'arrêtant quelques instants au niveau de la fosse où leurs marchandises étaient entreposées : des œuvres d'art grecques que son employeuse espérait vendre à l'empire romain. Constatant que tout était correct, elle reprit son chemin vers l'avant du navire. Elle s'arrêta derrière la femme observant Syracuse à l'horizon. Le vent généreux manqua de faire s'envoler le foulard tenant ses cheveux, aussi le retint-elle avant de prendre la parole d'une voix assez forte pour se faire entendre :
- On peut encore changer de cap, lui signifia-t-elle une nouvelle fois, connaissant ses réticences et lui offrant ainsi une ultime porte de sortie.
- Je ne changerai pas d'avis, Emori, retourna dans un demi-sourire son employeuse.
- Becca, c'est une mauvaise idée…
- Syracuse est un lieu stratégique pour développer nos affaires en Grèce, coupa-t-elle son amie sans détourner son regard de la cité qui devenait de plus en plus nette à l'horizon.
- Très bien, souffla Emori en réajustant le tissu couvrant sa main atrophiée, mais compte sur moi pour te dire « je te l'avais dit » quand nous fuirons à nouveau cette ville, bougonna-t-elle tout en battant en retraite.
Becca inspira profondément lorsque les souvenirs de leur fuite l'assaillirent. Cela faisait plus d'un an qu'elle avait fuit Syracuse à bord du navire qui devait normalement offrir leur liberté à Costia et Lexa. Tout avait basculé lors de cette fameuse nuit et elle ne comprenait toujours pas pourquoi. Russel avait accusé Lexa et s'était débarrassé d'elle puis la nouvelle était tombée, Clarke s'était enfoncée dans un profond coma, la mort sur le point de l'emporter. Becca avait donc décidé de partir, agissant rapidement puis voguant aussi loin que possible de Syracuse.
Elle ignorait si Russel avait relié son départ à une quelconque implication dans cette histoire. Elle ignorait tout de l'accueil qui l'attendait mais elle n'avait d'autres choix que de revenir. En fuyant la cité, Becca était allée se réfugier chez un ami à Rome. De là, elle avait continué à développer son commerce à travers le territoire Romain mais l'art se devait de toucher le monde entier, il n'avait pas de frontière alors sa prochaine étape était la Grèce et ses merveilles. Ainsi Syracuse véritable passerelle méditerranéenne lui ouvrirait les portes du monde.
Becca avait également développé un fort réseau de navires dont Emori était à la tête, une navigatrice hors-pair et loyale à qui elle avait confié sa vie lors de sa fuite de Syracuse. Elle lui avait fait confiance et Emori n'avait posé aucune question sur les circonstances de son départ et ce qu'elle amenait à son bord. Elle aurait pourtant pu la dénoncer lorsqu'elle avait compris que Becca fuyait la ville avec tout son personnel, disparaissant du jour au lendemain comme une vulgaire criminelle. Pourtant, elle n'avait posé aucune question, décidant de faire confiance à cette femme, permettant ainsi la naissance d'une franche amitié entre elles.
Le cœur de Becca se serra en songeant à l'amitié qu'elle avait perdue ce jour-là : Clarke était son élève mais elle s'était attachée à elle. Sa peine était toujours aussi vive malgré le temps passant alors qu'elle était partie bien trop tôt, ayant la vie devant elle. Becca n'avait de cesse de regretter la femme qu'elle aurait pu devenir, une femme capable de conquérir le monde à la force de sa volonté. Mais elle n'en avait pas eu le temps alors qu'elle la voyait tout juste sortir de sa coquille au contact d'une gladiatrice pour qui elle avait été prête à tout. Une rencontre la conduisant finalement à sa propre perte.
Becca secoua la tête pour chasser ses pensées moroses puis elle se détourna de l'horizon pour retourner sur le pont avec l'équipage.
Becca poussa doucement la porte d'entrée de son ancienne demeure avant de prendre une inspiration inconsciente et d'y entrer d'un pas presque hésitant. La nuit était tombée et ses pas lui semblèrent bien lourds à travers le silence du petit Atrium. Les trois fidèles employés de maison qui l'avaient accompagnée restèrent dans l'entrée, attendant ses instructions. Emori et son équipage étaient restés au port. La capitaine lui avait proposé de l'accompagner mais elle avait refusé, préférant la laisser s'amuser avec ses hommes à la taverne.
Elle abaissa le châle dissimulant jusque-là son visage puis laissa vaquer son regard sur les lieux. Rien n'avait changé, tout était exactement comme elle l'avait laissé, rien ne laissait penser que quelqu'un était venu en son absence. Toutefois pour en avoir le cœur net, elle se dirigea vers une pièce bien précise de la maison. Elle fit un arrêt devant l'entrée de l'atelier de peinture, comme si elle allait pénétrer dans un sanctuaire : celui de sa défunte élève. Becca finit par avancer, son cœur se serrant lorsque la vision d'une Clarke pleine de vie lui traversa l'esprit tandis que son regard tombait sur une pièce froide et sans vie.
Elle fut tristement soulagée en y découvrant les dernières toiles de son élève encore présente. Russel, ni personne ne les avait découvertes, ainsi était-elle hors de tout soupçon. Becca s'approcha des toiles, cernée par les regards verts de la gladiatrice qui semblaient la transpercer de toute part. Un sentiment de culpabilité qu'elle pensait disparu enserra violemment son cœur. Elle prit d'une main tremblante le pinceau reposant sur le chevalet où une toile inachevée reposait, elle le tourna délicatement entre ses doigts fins, se reprochant à nouveau de ne pas avoir su protéger son élève. Peut-être aurait-elle dû la dissuader de s'approcher de la gladiatrice au lieu de l'y encourager ? Peut-être aurait-elle mieux fait de ne pas la prendre en tant qu'élève ?
« Non » Refusa-t-elle de retomber dans cette sombre spirale, fermant brièvement les yeux pour chasser ces néfastes pensées. Elle n'avait jamais vu Clarke aussi libre qu'en peignant et aussi heureuse qu'au contact de la gladiatrice. Son bonheur s'était éteint au décès de ses parents et elle en avait retrouvé le goût juste avant sa mort. Bien que cela ait été bref, elle referait exactement les mêmes choix pour avoir le plaisir de voir Clarke sourire et être heureuse.
Elle reposa le pinceau sur le chevalet puis elle contempla le travail de Clarke, son regard passant de toile en toile, admirant sa technique et ce qu'elle transmettait. Un sourire à la fois triste et nostalgique se dessina sur ses lèvres puis Becca recula doucement hors de la pièce.
Le lendemain matin, Becca se rendit au marché de Syracuse à la recherche d'informations. À travers l'effervescence des rues, elle réalisa que la ville lui avait manquée. Bien qu'elle ait depuis un an essentiellement vécue à Rome, la Capitale était noyée dans les querelles du Sénat, la vie politique prenant le pas sur tout le reste. A force de complots Rome en oubliait sa puissance économique et culturelle, deux places fortes pour le commerce et les arts mais Syracuse possédait l'équilibre parfait du développement commercial et de la culture.
Son marché aux multiples produits artisanaux provenant du monde entier en était la preuve la plus flagrante. Becca s'arrêta face aux différents étals, prenant le temps de découvrir les tissus, vêtements, bijoux et nourritures exotiques, tout en essayant de glaner des informations. Bien qu'ayant perdue ses contacts en ville avec le temps, elle espérait vraiment trouver une piste mais elle n'obtint rien, si ce n'est la présence d'un artiste de talent en ville.
Elle était sur le point de rentrer chez elle, lorsqu'elle aperçut une silhouette familière en train de marchander à un étal. Becca s'approcha, le cœur battant d'enthousiasme. La blonde discutant avec le marchand termina son achat puis salua ce dernier avant de se tourner pour partir, tombant nez à nez avec Becca.
- Niylah ! La salua-t-elle d'un grand sourire, heureuse de voir l'esclave.
- Becca ?! Lui répondit cette dernière avec surprise.
C'est alors qu'elle remarqua la tenue de l'esclave, sa surprise de la trouver ayant évincé ce détail sur le moment. Niylah portait une robe des plus communes mais qui ne correspondait pas aux vêtements autorisés aux esclaves.
- Tu as été affranchie ?! S'exclama-t-elle en comprenant.
Becca en était plus que surprise alors qu'elle pensait que Russel aurait assigné Niylah au service de sa femme ou bien de sa fille après la mort de Clarke, voir l'aurait même vendue, mais jamais elle n'aurait pensé qu'il l'affranchisse.
- Comment est-ce possible ? Ne put-elle retenir son étonnement.
Remise de sa propre surprise, ce fut au tour de Niylah de réagir, un sourire se dessinant sur son visage avant d'annoncer :
- Clarke m'a libéré.
Becca se figea brutalement, accusant les paroles de la blonde avant de finalement réaliser la portée de ce qu'elle venait de lui dire.
- Clarke est en vie ? Demanda-t-elle d'une voix tremblante, son assurance habituelle envolée sous la joie et l'espoir.
- Oui, un véritable miracle, répondit Niylah avec la même joie que lorsqu'elle avait appris la nouvelle. Après quelques jours elle s'est réveillée puis elle s'est très bien remise de sa blessure.
- Par les Dieux… Souffla Becca, des larmes de joie aux bords des yeux… Où est-elle ? Comment va-t-elle ? S'enquit-elle immédiatement.
- Toujours à Syracuse, mariée au fils du magistrat, ils vivent dans une villa non loin du théâtre. Je peux vous y conduire, j'allais justement rentrer, lui proposa-t-elle.
Becca fronça les sourcils et son regard se tourna sur l'étal qui, elle le réalisa alors, vendait différents ingrédients et matériaux pour fabriquer de la peinture.
- Tu… Tu es toujours à son service ?
- J'ai choisi de continuer à travailler pour elle, oui, confirma Niylah qui même libre était restée loyale à Clarke.
- Et elle peint toujours…. Songea-t-elle à voix haute.
- Oui et elle ne s'en cache plus, précisa avec joie Niylah.
Becca fut alors certaine que Clarke était le peintre dont on lui avait parlé mais retrouver son amie était bien plus important alors elle ne questionna pas davantage Niylah et la laissa la guider vers sa maison.
Becca ne fut pas étonnée de la grandeur de la villa malgré son emplacement en centre-ville. Elle se distinguait par ses belles et imposantes colonnes de marbre blanc ornant son entrée et ses tuiles d'argiles rouges brillant au soleil. La richesse du fils du magistrat ne souffrait nullement de l'ombre de son père. Niylah la présenta comme une amie de Clarke et le garde posté à l'entrée les laissa passer sans plus de questions, signe de la position de confiance qu'occupait la jeune femme auprès de la maîtresse des lieux.
Elles traversèrent l'Atrium où plusieurs esclaves tournèrent un regard curieux dans leur direction avant qu'elles ne disparaissent dans la seconde partie de la demeure. Elles passèrent à côté d'une petite bibliothèque puis Niylah s'arrêta à l'entrée de la pièce voisine. Par-dessus son épaule, Becca découvrit un atelier de peinture semblable au sien, plusieurs chevalets, des tableaux aboutis ou non disséminés un peu partout. A la différence qu'il n'y avait aucun regard vert la transperçant.
Niylah s'avança un peu plus dans la pièce, son mouvement révélant la jeune femme leur tournant le dos assise en face d'un chevalet et peignant avec grâce. Becca fut ébranlée par cette vision semblant venir du passé puis elle ne put contenir sa joie :
- Clarke, souffla-t-elle submergée par le soulagement et le bonheur de la voir en vie.
L'artiste se retourna dans un soubresaut alors que prise dans sa concentration elle ne les avait pas entendues entrer. La surprise noya son regard avant d'être chassée par une vague de joie.
- B… Becca ! Se leva-t-elle brusquement pour venir se jeter au cou de son ancienne mentor, oubliant toute convenance.
Becca la réceptionna, acceptant cette étreinte de joie et souriant à cette innocente spontanéité qui lui avait tant manqué.
- Je te croyais morte, c'est un miracle, sourit-elle de soulagement en prenant le visage de sa protégée entre ses mains pour l'observer.
- Et je pensais ne jamais te revoir, retourna Clarke les larmes aux yeux.
Elles échangèrent une nouvelle étreinte puis leurs émotions plus sereines, elles se séparèrent, sourire aux lèvres.
- Où… Où étais-tu ? Tellement de choses ont dû se passer, s'enquit Clarke curieuse et inquiète de ce qu'était devenue sa mentor après avoir été obligée de fuir la ville.
- Comme je l'avais prévue j'ai rejoint Rome et de là, j'ai continué à développer mon commerce.
- Pourquoi revenir après tout ce temps ? Ne te méprends pas j'en suis heureuse mais…
- J'ai pour projet de me développer en Grèce et Syracuse est la ville parfaite pour ça.
Un voile de tristesse passa sur le visage de la blonde à l'évocation du pays, ainsi Becca comprit que la perte tragique de Lexa était encore douloureuse pour la jeune femme.
- Je constate que tu peins toujours et que tu ne te caches plus, ramena-t-elle la conversation sur des notes plus joyeuses.
- Oui, avec Finn je n'ai plus besoin de me cacher, expliqua-t-elle montrant ainsi la bienveillance de son époux.
Becca observa les peintures alors qu'un léger silence les enveloppait, constatant de son œil expert les progrès de sa protégée en termes de technique. Cette dernière était parfaite et l'émotion présente dans chaque toile était toujours aussi magnifique. Son regard s'arrêta brusquement sur une toile posée à l'écart des autres et bien qu'elle ne soit pas exposée au mur, il était clair que l'artiste en prenait grand soin. Et cette toile ne lui était pas inconnue : un champ de blé à perte de vue sous un magnifique ciel bleu, paysage rendant parfaitement justice au village de Poteidaia qu'elle avait pu visiter lors de ses voyages.
- C'est ma façon de la garder près de moi… Souffla Clarke qui s'était rapprochée alors qu'elle en avait fait de même avec le tableau.
Elle se rappelait parfaitement le jour où elle l'avait peint, prémices du rapprochement de la romaine avec son esclave. Premier chef d'œuvre inspiré par la gladiatrice avant que beaucoup d'autres ne suivent. Becca se rendait compte de l'importance de cette œuvre pour Clarke, ce qu'elle représentait pour elle au point de la chercher puis la racheter à son premier propriétaire alors qu'elle aurait pu se servir dans les tableaux aux yeux verts dormant à l'atelier.
- J'aurais dû être plus vigilante, je savais qu'elle me cherchait et qu'elle en avait après Lexa, énonça Clarke, le regard rivé sur la toile mais l'esprit revenu à cette tragique soirée.
- Tu ne pouvais pas savoir, tu n'y es pour rien. Joséphine peut aller se noyer dans le Styx après ce qu'elle a fait, la maudit-elle en voulant réconforter sa protégée.
- Co… Comment sais-tu qu'il s'agit de Joséphine ? Pointa brutalement Clarke.
Personne ne connaissait la vérité sur cette soirée hormis elle, sa famille et Niylah à qui elle s'était confiée. Russel avait tout dissimulé, protégeant Joséphine de la moindre accusation. A son réveil les premières paroles de son oncle avaient été des menaces sur ce qu'il lui arriverait si jamais elle venait à raconter ce qu'il s'était passé. Elle lui avait d'abord dit qu'elle n'en avait rien à faire, n'ayant que faire de sa vie alors que Lexa lui avait été arrachée. Russel avait fait la sourde oreille et avait alors menacé Niylah, poussant Clarke au silence. De toute façon, sans Lexa à ses côtés, elle n'avait rien à gagner à lutter contre sa famille, une lutte qu'elle savait également perdue d'avance.
- Personne n'est au courant en dehors de la famille Prime, ajouta Niylah jusque-là silencieuse et qui signifia par-là qu'elle était au courant et que Becca pouvait parler librement.
- J'aurais dû croire que Lexa a poignardé sa fiancée puis toi ? Pointa-t-elle, insistant ainsi sur l'absurdité de la chose. Russel tenait bien trop à sa championne pour une telle folie, par contre Joséphine ? Tu m'avais parlé de l'attaque de ta folle de cousine sur Lexa à l'arène alors de fil en aiguille…
Clarke échangea un regard avec Niylah, communiquant silencieusement. Les deux jeunes femmes s'étaient clairement rapprochées mais ceci n'était pas étonnant alors que sans Becca et Lexa, l'ancienne esclave était la seule amie qu'il lui restait. Clarke reporta son regard sur sa mentor puis elle reprit, convaincue par son explication, décidant de tout lui raconter :
- Elle a cru que Costia était le peintre qu'elle cherchait alors elle s'est rendue dans la chambre et l'a tuée. Quand je suis arrivée Lexa se jetait folle de rage sur Joséphine alors je me suis interposée. C'était un accident, elle n'a jamais voulu me faire de mal… Termina-t-elle des larmes dans le regard.
- Je sais, la rassura-t-elle, connaissant la relation qu'entretenaient Lexa et Clarke. Bien… Il se fait tard, je devrais rentrer mais j'espère qu'on se reverra bientôt, dit-elle en venant prendre ses mains dans les siennes, lui souriant chaleureusement.
- Evidemment, lui répondit Clarke sincèrement heureuse de l'avoir retrouvée.
Une douleur aiguë lui transperça l'abdomen puis une intense brûlure lui déchira les entrailles. Clarke sentit la lame se retirer puis son propre sang chaud et poisseux s'écouler entre ses doigts lorsqu'elle apposa ses mains sur la plaie béante. Elle releva les yeux pour rencontrer un regard vert sous le choc, elle lui souffla quelques mots puis elle s'écroula sur le sol. Sombrant dans l'inconscience, elle vit l'horreur de son geste la terrasser, une incommensurable détresse et une peine sans fin noyer son beau regard vert. Ses paupières se fermant lourdement, sa dernière vision avant l'obscurité fut celle de Lexa levant la lame vers son cœur…
Clarke se réveilla en sursaut, le souffle rapide et le cœur battant à tout rompre. Elle plongea son visage dans ses mains, soufflant de fatigue et de lassitude alors que le même cauchemar hantait sans cesse ses nuits. Se réveillant avec des regrets plein le cœur et la douleur le tiraillant, elle ne retrouvait jamais le sommeil. Elle savait que la lame n'avait jamais atteint le cœur de Lexa, ce qui aurait sans doute été préférable en comparaison du sort que son oncle lui avait réservé. Cette seule pensée lui écrasa le cœur de douleur. Elle n'avait pas été témoin de son exécution mais la détresse et la souffrance qu'elle avait vue dans les yeux de Lexa avant de sombrer dans l'inconscience lui suffisait amplement pour savoir qu'elle était brisée avant même que le fouet ne vienne rompre son corps. La culpabilité d'en être responsable et de ne rien avoir pu faire la submergea, noyant son cœur.
Vivant chaque jour avec ce sentiment, Clarke avait appris à le contrôler, le repoussant le jour et le laissant la submerger dans ses songes. Dans un profond soupir, elle releva la tête et chassa le passé pour affronter le présent. Le doux parfum de la rosée du matin fut la première chose dont elle eut conscience, puis vint l'animation étouffée de Syracuse. Elle tourna le regard sur le balcon donnant sur le jardin au cœur de la demeure puis les ferma avec l'envie de prolonger son sommeil, fatiguée après ce repos agité.
Cependant dormir était un luxe qu'elle ne pouvait s'offrir, des responsabilités l'attendant. Clarke se redressa dans son lit, les draps de soie glissant de son corps vêtu d'une légère robe et constatant la place vide à ses côtés. Ce qui ne la surprit nullement alors que son époux n'était jamais présent à son réveil. Elle se leva et marcha vers une armoire qu'elle ouvrit pour trouver une rangée de robe toutes plus magnifiques les unes que les autres. Elle en choisit une de couleur verte puis l'enfila.
Après avoir affranchie Niylah, Clarke avait refusé qu'on lui attribue une autre esclave personnelle ainsi elle se débrouillait seule au quotidien. Bien que ne partageant pas ses convictions, Finn avait accepté son choix tant qu'elle n'en faisait pas étalage en public. Niylah lui avait proposé son assistance mais Clarke avait refusé car si elle l'avait libérée ce n'était pas pour continuer ses tâches d'esclave. Elle respectait sa loyauté envers elle et la considérait comme une amie avant tout. Niylah l'aidait donc seulement dans l'organisation de la maison lorsque Finn était en campagne et pour le développement des ventes de ses peintures, en plus d'être sa plus proche confidente.
Clarke passa un châle par-dessus ses épaules afin de se protéger de la fraicheur matinale puis elle quitta la chambre conjugale. Elle descendit les escaliers menant à l'Atrium puis elle se tourna dans la direction de la salle à manger. Ce fut sans surprise qu'elle n'y trouva que des esclaves, son mari étant déjà parti s'occuper de ses affaires. Clarke était habituée à cette routine. Elle se réveillait chaque matin seule puis mangeait la plupart du temps seule. Clarke avança dans la salle à manger qui lui rappelait celle de sa famille, avec ses canapés autour d'une table. Le silence qui l'accueillit lui faisait presque regretter ses repas avec sa famille d'adoption qui étaient toujours animés.
- Vous pouvez sortir, congédia-t-elle les esclaves présents.
Habitués, ils sortirent sans aucune surprise quant à son ordre, ni crainte de représailles. Il avait fallu du temps à Clarke pour leur faire comprendre qu'il n'y avait aucune tromperie dans ses ordres. Tandis qu'ils sortaient elle s'assit sur l'un des canapés, l'appétit nullement coupé par l'absence de son mari alors que son estomac se faisait entendre. Elle attrapa la carafe d'eau qu'un esclave avait posé sur la table avant de sortir afin de se servir une coupe. C'est alors que Niylah fit son entrée. Clarke lui offrit la coupe d'eau dans un sourire reconnaissant alors que chaque matin son amie venait combler sa solitude en venant discuter de leurs affaires de la journée.
Le marché aux esclaves était toujours aussi atroce, si ce n'est plus avec le temps et les guerres. Les marchands étalaient leurs marchandises sans une once d'humanité. Des esclaves enchaînés les uns à côté des autres sur des estrades, affamés, blessés et humiliés. Écriteaux pendus au cou qui énuméraient leurs qualités quand on ne les scandait pas pour attiser la foule d'acheteurs. Les esclaves les plus prometteurs donc les plus coûteux étaient suspendus dans des cages afin de ne pas les abîmer et garder un peu de mystères vis-à-vis des acheteurs qui ne pouvaient pleinement les voir.
Clarke détestait cet endroit mais elle était obligée de s'y rendre dès qu'il fallait remplacer un esclave ou augmenter leur effectif. Cela faisait partie des tâches qui lui incombaient en tant que maitresse de maison. Elle devait veiller à son bon fonctionnement ce qui incluait la gestion des esclaves, ainsi se rendait elle fréquemment au marché aux esclaves. Ce qu'elle abhorrait plus que tout. Elle se retrouvait contrainte de rentrer dans le rôle de l'acheteuse qui se devait de choisir judicieusement ses esclaves. Elle allait à l'encontre de tous ses principes en s'obligeant à écouter et observer les qualités des esclaves avant de se décider sur son achat et elle se détestait pour cela.
Ainsi elle marchait parmi la foule, lisant attentivement les écriteaux pendus au cou des esclaves, observant leur corps frêles et abîmés, jugeant s'ils pourraient se remettre de leurs mauvais traitements afin de servir leur maison. Clarke ignorait si le retour de Becca en était la cause en ravivant des souvenirs mais en marchant parmi la foule d'acheteurs, le souvenir de Lexa n'avait jamais été aussi présent. Elle avait bien évidemment une pensée pour elle à chacune de ses visites mais aujourd'hui, elle semblait partout. Son visage allant jusqu'à se superposer à celui d'une jeune femme jetée sur une estrade, Clarke se figea, son cœur manquant un battement et sa gorge se nouant aux souvenirs douloureux qui la traversèrent.
Lexa avait été aussi vulnérable et démunie que cette jeune femme, une esclave au destin scellé, une mort certaine entre les mains d'un homme. Les cris des enchères s'élevant lui rappelèrent sa propre action et ce refus de rester impuissante qui lui valut les foudres de son oncle. Elle se rappela également la combativité du regard de Lexa, ce désir de lutter pour sa vie qu'aucune souffrance n'avait fait vaciller. Une combativité qui avait de toute évidence quitté la jeune femme sur l'estrade. Si Lexa avait survécu à l'adversité de la vie d'esclave, ce ne serait pas le cas de cette esclave qui accueillerait sans doute la mort telle une délivrance.
Néanmoins au service de Clarke et de son mari, cette esclave ne connaitrait pas la même adversité que Lexa. Avec l'étonnante compréhension et tolérance de Finn, Clarke pouvait les traiter comme elle le souhaitait, ainsi elle avait instauré un minimum de rémunération pour ses esclaves, leur permettant de profiter de certains plaisirs et certaines libertés à défaut de pouvoir à tous leur offrir la liberté tant rêvée. Les plus compétents obtenaient des postes à responsabilités qui leur permettaient de rapidement gagner la confiance et la reconnaissance de Clarke mais surtout celle de son mari qui lui permettait parfois de pouvoir les affranchir pour service rendu.
Clarke était libre de mettre en action ses principes et de se battre pour eux, osant de plus en plus en parler autour d'elle et surtout aux puissants qu'elle pouvait rencontrer lors des fêtes de son beau-père, le magistrat Lucius. Clarke était enfin elle-même et fière de ses convictions mais plus que tout, elle rendait chaque jour hommage à Lexa, chaque esclave qu'elle sauvait d'un triste destin était en mémoire de celle avec qui tout avait commencé, celle qui lui avait ouvert les yeux et qui avait cru en elle. Clarke lui avait fait défaut et à chaque esclave sauvé, elle espérait que Lexa lui pardonnait.
Elle sentit une main se poser sur son bras alors qu'elle allait le lever pour surenchérir sur la jeune esclave. Clarke se tourna vers Niylah qui l'accompagnait comme à chaque fois et qui semblait avoir sentit son trouble face à cette jeune femme. Elle secoua négativement la tête, lui signifiant qu'elle ne devait pas l'acheter. C'était cruel mais elle avait raison, cette esclave n'avait plus l'envie de vivre et ne possédait que peu de qualités, elle ne pourrait la sauver ni même lui trouver une place. De plus à la moindre erreur Finn pouvait lui retirer cette liberté d'achat, bien que compréhensif, il avait été clair sur le fait de ne pas faire la charité, elle devait faire des dépenses utiles et nécessaires, ne rien gaspiller.
Fermant les yeux elle se détourna pour rapidement s'éloigner alors que la vente se terminait, envoyant tout droit l'esclave à sa mort. Elle songea à ce qu'il se serait passé si elle en avait fait de même avec Lexa, cela aurait-il été une délivrance ? L'avait-elle réellement aidée ? Des questions qui resteraient à jamais sans réponse.
- Voilà c'est officiel, annonça le scribe qui termina de finement graver une petite tablette de cire.
- Parfait, sourit Becca en lisant l'inscription pour s'assurer de sa conformité.
L'homme s'éloigna pour aller déposer la tablette sur une étagère. Elle le suivit des yeux comme pour s'assurer qu'il ne la faisait pas tomber ou bien la perdait sur les quelques pas le séparant des grandes bibliothèques contre le mur. Une fois rassurée, Becca s'éloigna à travers les couloirs du tabularium, l'immense bâtiment administratif de la ville. Ces nombreuses fenêtres disposées à deux mètres les unes des autres laissaient entrer le soleil de midi qui trônait haut dans le ciel. Elle descendit les marches des escaliers qui la menèrent au rez-de-chaussée puis elle sortit, accueillant la chaleur de cette belle journée avec le sourire.
- Becca ? L'interpella une voix familière à la fois heureuse et étonnée de la trouver ici.
- Clarke ! Lui répondit-elle en la découvrant sur les marches menant au tabularium, accompagnée de Niylah et d'un esclave.
Esclave qui avait clairement été maltraité, son corps frêle et les marques de coups que ne dissimulaient nullement ses haillons pour preuves. Becca jeta un regard interrogateur à son ancienne protégée, surprise de la trouver en telle compagnie au vu des principes qu'elle lui connaissait.
- Cela fait partie de mes devoirs… Se justifia la blonde qui craignait le jugement de sa mentor.
- Je comprends.
Et c'était vrai. On l'oubliait souvent, même elle, mais dans un lointain passé Becca avait été mariée, ainsi elle connaissait parfaitement les obligations du mariage et ce que cela pouvait leur coûter en tant que femme soumise à leurs devoirs et à leur mari. Ce que Becca s'était jurée de ne plus jamais revivre après le décès de son époux.
- Ca me fait plaisir de te voir, je ne pensais pas te revoir si tôt, reprit Clarke.
- Et bien remercions mes obligations administratives ainsi que les tiennes.
- Oh je… Hésita-t-elle avant de faire signe à Niylah de s'éloigner avec l'esclave nouvellement acheté… Ce n'est nullement une obligation, je viens inscrire le nom d'un de nos esclaves sur la liste des citoyens afin de l'affranchir, lui expliqua-t-elle sourire aux lèvres et une fierté dans le regard.
Becca posa son regard sur l'esclave aux côtés de Niylah comprenant qu'il remplacerait l'affranchi au sein de la maison.
- J'aurais aimé pouvoir le faire pour Lexa, la surprit Clarke qui regardait maintenant tristement le tabularium.
- Elle serait fière de ce que tu accomplis, lui dit Becca en posant une main réconfortante sur son épaule.
- Ce que j'accomplis ? Se retourna Clarke.
- Je ne suis là que depuis deux jours mais les habitants parlent, Clarke, le fait que tu prennes soins de tes esclaves et leur offre leur liberté dès que tu le peux est sur toutes les lèvres, expliqua-t-elle dans un sourire et une lueur de fierté dans le regard.
-Je n'ai rien pu faire pour Lexa mais maintenant j'ai du pouvoir et des moyens alors je m'efforce de faire mieux, répondit-elle modestement accompagnée d'une profonde tristesse.
- Tu as fais beaucoup pour Lexa, crois-moi, tu lui as donné la force de survivre, de s'accrocher à la vie, la contra vivement Becca.
- Elle s'accrochait pour Costia, corrigea Clarke. Et lorsqu'elle l'a perdue, je l'ai perdue, leurs destins étaient liés… Pas le nôtre, laissa-t-elle planer amèrement dans le silence.
Becca sourit tristement et n'insista pas davantage face à la peine évidente de la jeune femme sur ce sujet, son propre cœur se serrant.
- J'ai aussi entendu dire que tu aidais tes affranchis à reprendre une vie normale, changea-t-elle de sujet.
Un affranchi restait normalement auprès de son ancien maître, un lien de loyauté subsistant alors qu'ils passaient d'esclave-maître à employé-patron dans leur relation. Si Niylah avait choisi de rester avec elle, Clarke ne souhaitait aucunement imposer cela à ses affranchis alors contrairement à la tradition, elle les aidait à trouver un logement puis un travail, allant jusqu'à les aider à s'installer à leur compte en les aidant financièrement.
- En effet, je fais le nécessaire pour qu'ils puissent retrouver autant que possible leur liberté.
- Je me disais que nous pourrions employer tes affranchis dans mes futures boutiques, à commencer par celle de Syracuse qui vendra également tes peintures… Enfin si tu le souhaites.
- Bien sûr que je le souhaite ! S'exclama Clarke ravie par sa proposition.
- Sur le long terme nous pourrons même directement les libérer après leur achat au marché, ajouta Becca.
Clarke ne put cacher sa surprise. Cette idée était formidable mais elle était étonnée que Becca la lui propose. Elle ignorait qu'elle était aussi investie dans l'amélioration des conditions de vie des esclaves.
- Pourquoi ferais-tu cela ? Lui demanda-t-elle à la fois curieuse et légèrement méfiante alors que cela semblait trop beau.
- Disons que tu n'es pas la seule que Lexa a marqué…
Elles échangèrent un regard complice quant aux échecs du passé puis elles se tournèrent vers l'avenir discutant de leurs projets, Clarke invitant Becca à la soirée organisée chez les Prime en l'honneur des fêtes Apollinaires afin de présenter leur projet à son mari et sa famille. Clarke jubilant intérieurement de mettre un coup de plus à Joséphine concernant leur bataille pour les ventes de leurs peintures. Unique moyen qu'elle avait de venger la mort de Lexa.
Toutes les têtes se tournèrent sur l'entrée du couple dans l'Atrium de la famille Prime. Le fils du magistrat et la nièce de Russel faisaient des envieux. Finn marchait fièrement sur les traces de son père, richesse et pouvoir augmentant chaque jour, quant à Clarke sa beauté, son assurance, tout comme sa volonté d'indépendance faisaient de l'ombre à toutes les femmes accrochées aux bras de leur mari.
Sourire poli aux lèvres, le couple traversa la foule d'invités, répondant aux respectueux saluts qu'ils recevaient sur leur chemin. Un esclave s'arrêta à leur niveau pour leur offrir des coupes de vin disposées sur un plateau. Sans un regard pour l'homme, Finn s'empara de deux coupes, en offrant une à sa femme qui après l'avoir remerciée ne manqua pas d'en faire de même pour l'esclave. Ce dernier s'autorisant un léger sourire reconnaissant tandis que des regards se montraient désapprobateur dans la foule. Le couple reprit sa marche tout en ignorant les murmures.
Tout en suivant son époux, Clarke observait l'Atrium, sa famille ayant une fois de plus dépensée une fortune en opulentes décorations, en grands buffets débordant de mets raffinés et en vin coulant à foisons. Bien que les fêtes Apollinaires en l'honneur d'Apollon demandaient de telles dépenses ; Clarke n'était pas dupe et savait que son oncle n'avait pour seul but d'épater ses convives en étalant sa richesse et ainsi rentrer dans les petits papiers des puissants. Et comme à son habitude, Russel avait également déployé ses gladiateurs dans la salle.
Elle détourna le regard, écœurée par ces méthodes et leur vue la ramenant définitivement lors de ces mêmes fêtes Apollinaires où Lexa avait été vendue à ce fou de Crassus. Son cœur se serra tristement alors qu'elle pensait bien trop à la jeune femme ces derniers temps.
- Finn ! Quel honneur de t'avoir ici ce soir ! L'accueillit joyeusement Russel tout en ignorant sa nièce.
- Clarke, la salua poliment Simone qui suivait son mari.
Elle en fit de même, ne prenant pas ombrage de l'ignorance de son oncle qui prenait comme toujours un malin plaisir à la remettre à sa place. Une manière détournée de lui faire payer ses différents affronts envers leur famille avec ses idées progressistes concernant les esclaves et le mal causé à leur commerce avec ses peintures.
- Il paraîtrait que nous avons une nomination à fêter ! Continua-t-il de s'enjouer.
- Oui, répondit modestement Finn qui n'aimait pas avoir l'attention sur lui.
- Etre nommé Légat ce n'est pas rien, tu dois être fière de ton époux Clarke, pointa Simone.
- En effet, grinça-t-elle en plaquant un sourire joyeux sur son visage alors que par « fière », elle savait que sa tante voulait dire « honorée » d'être mariée à un homme aussi bien placé dans la société.
- Cela veut-il dire que tu vas repartir au front ? Demanda ensuite Russel.
- Oui, au commandement d'une Légion sur les côtes Grecques.
- A peine nominé lieutenant du commandant qu'il te confit une légion ? Tu iras loin, c'est certain ! Frappa-t-il sa coupe à celle de son beau-fils avant de boire en son honneur.
- Ma pauvre cousine cela doit être difficile de voir une nouvelle fois ton époux s'absenter, déclara dans une fausse compassion Joséphine qui sortit de la foule d'invités pour les rejoindre.
Le petit groupe se tourna vers la nouvelle venue qui était accompagnée de son mari. Après le meurtre de Costia et ses désastreuses conséquences, Russel avait été si furieux que sa colère avait également fini par toucher sa propre fille. Il avait décidé d'arrêter de la traiter en enfant gâté et l'avait ainsi mariée comme il aurait dû le faire depuis bien longtemps. C'est ainsi que quelques lunes avant Clarke, Joséphine avait épousé un riche romain vivant hors de la ville et s'enrichissant de l'exploitation de ses terres mais surtout du commerce d'esclaves. Epoux qui accompagnait Joséphine, la tenant par le bras. Et si Russel avait marié Clarke à un jeune étalon, il en était tout autre pour Joséphine, Quintus Ulpius avait les cheveux grisonnant et le ventre bedonnant.
- Ce n'est que pour quelques lunes, répondit Clarke.
- Elle n'aura pas le temps de s'apercevoir de mon absence, confirma Finn en venant la prendre par la taille comme pour la réconforter.
- Tout de même, toute seule dans cette grande maison, dommage que tu n'aies pas d'enfants pour animer cette solitude, pointa faussement triste Joséphine qui caressa son ventre et bien que cela ne soit pas encore visible, sa grossesse n'était plus un secret.
Russel la foudroya du regard tandis qu'un malaise pesant s'installait sur la famille alors que depuis leur mariage le couple n'avait toujours pas d'enfant, ce qui était anormal au regard de la société, une naissance suivant rapidement l'union. Seule ombre du couple parfait, les rumeurs allaient bon train, se demandant si le mariage était consommé ou bien s'ils avaient contrarié Junon, la déesse du mariage et de la fécondité, qui les privaient ainsi des plaisirs d'un enfant. Et bien évidemment Joséphine était récemment tombée enceinte de son vieillard de mari, le leur jetant sournoisement à la figure dès qu'elle le pouvait. Finn resserra sa prise sur sa femme et plaqua un sourire de convenance sur son visage. Il allait répondre lorsqu'il fut coupé par une voix familière les apostrophant :
- Mais regardez-moi ce magnifique couple, vous avez finement joué votre coup en mariant ces deux là, pointa une Becca rayonnante à l'attention de Russel et ignorant volontairement Joséphine et son époux.
- Becca… Que… Que faites-vous là ?! S'étouffa-t-il de surprise.
Clarke la remercia silencieusement car sa mentor semblait toujours arriver au bon moment. Russel n'en revenait pas de voir la marchande d'Art qui n'avait plus donné signe de vie depuis cette soirée qu'il qualifiait de cauchemardesque.
- Je l'ai invitée, intervint Clarke avant que son oncle ne s'offusque de sa présence sans invitation.
- De quel droit ?! Claqua-t-il de son autorité et oubliant qu'il n'en avait plus sur elle, la réprimande devant venir de son époux mais ce dernier resta une fois de plus silencieux face au comportement de sa femme.
- J'ai quelque chose à vous annoncer et Becca se devait d'être là puisque cela la concerne.
- Et qu'est-ce que c'est ? Demanda Russel tandis que les regards se tournaient sur elle.
- Je vais développer le commerce de mes peintures en dehors de Syracuse et Becca va m'y aider.
- C'est une très bonne initiative, ma chérie, reconnut Finn.
- Avec son talent et mon expérience, ses peintures vont très vite éblouir le monde entier, renchérit Becca.
- N'exagérons rien, grinça Joséphine dont la réaction de pure jalousie satisfaisait au plus haut point Clarke.
- Et de quelle expérience parlons-nous ? Demanda Simone qui tout comme Russel n'appréciait guère l'indépendance de sa nièce et le fait qu'elle écrase au passage leur fille.
- J'ai formé Clarke, lui ait permise de s'épanouir donc je sais reconnaitre un talent quand j'en vois un, pointa-t-elle en figeant son regard sur Joséphine, et je dispose également d'un excellent réseau commercial en Méditerranée. Ce qui va me permettre de me développer en Grèce.
- Rome s'apprête à renforcer son effort de guerre en Grèce, ce n'est nullement favorable au commerce, informa Finn.
Une ombre passa sur le visage de Becca à cette information.
- Qu'y-a-t-il Becca ? Vous inquiéteriez-vous pour ces chiens de grecs ? Remarqua Joséphine. Un point faible que vous partagez avec ma cousine semble-t-il, ajouta-t-elle en sous-entendant clairement Lexa.
- Joséphine, grogna son père alors qu'il ne voulait plus entendre parler de cette esclave et des ennuis qu'elle avait causés.
- Je ne suis pas la seule à partager certains points faibles avec votre cousine, énonça-t-elle avant de boire sa coupe de vin, transperçant Joséphine du regard avant de le tourner vers un coin de la salle.
Joséphine suivit son regard et tomba sur Gabriel surveillant les esclaves travaillant lors de la fête. Elle perdit immédiatement son sourire en réalisant qu'elle parlait de sa relation avec l'esclave tandis que Becca souriait, ravie d'avoir touché sa cible. Après ces quelques piques échangées, la conversation revint sur des terrains plus calmes, chacun profitant de la soirée.
Clarke entra avec lassitude dans la chambre conjugal et tout en libérant ses boucles blondes de sa formelle coiffure pour la soirée, elle marcha jusqu'au balcon donnant sur leur jardin intérieur. Elle ferma les yeux et s'appuya sur la rambarde laissant le calme de la nuit l'apaiser. Elle entendit son époux entrer à son tour et son corps tout entier se tendit à sa seule présence. Leur retour à leur demeure avait été des plus silencieux alors que Finn était en colère.
Dès qu'ils avaient quitté la fête, son mari avait perdu son sourire de façade, tout comme elle. Leur couple n'était qu'une mascarade de bonheur en public. Ils s'évertuaient à prouver que tout allait bien, qu'ils étaient heureux et unis alors que rien n'était plus faux. Finn n'était jamais présent, toujours en campagne, et lorsqu'il était là, il n'avait pas plus de temps à consacrer à Clarke, si ce n'est pour une chose. Une chose qui ne cessait d'être un échec et que Joséphine avait sournoisement rappelée devant tout le monde, mettant hors de lui Finn malgré les apparences.
Elle se tendit davantage lorsque les pas de son mari se rapprochèrent. Il posa fermement ses mains sur sa taille et la retourna sans douceur, venant se coller à elle avant de l'embrasser. Un baiser dur, froid et possessif, le gout du vin emplissant désagréablement sa bouche alors qu'il avait largement bu en compagnie de son oncle. Cependant l'alcool n'avait rien à voir avec son comportement. Finn était las de son incapacité à lui donner un enfant et les continuelles remarques avaient raison de sa patience, son détachement et sa rudesse augmentant à son égard. Il rompit le baiser et lui attrapa le visage, serrant fortement en plongeant ses yeux dans les siens.
- Je veux un héritier alors fais ton devoir de femme, exigea-t-il froidement.
Clarke acquiesça tout en repoussant les larmes qui menaçaient déjà. Il la lâcha et elle retourna à l'intérieur de la chambre, résignée. Finn n'avait plus rien à voir avec le jeune homme qu'elle avait rencontré un an avant leur mariage. Le jeune soldat prévenant et attentionné avait été emporté par les horreurs de la guerre et les exigences d'un père et d'une société tout aussi impitoyable. Ce n'était pas un mariage d'amour et Clarke n'avait qu'un rôle à tenir : celui d'enfanter.
Dès leur nuit de noce, elle l'avait comprit, il n'y aurait pas d'amour entre eux, uniquement un contrat. Si au départ Finn s'était forcé à quelques tendresses, bien qu'insuffisante, il n'avait toujours été question que de son propre plaisir et de son désir d'héritier. L'acte charnel devint très vite mécanique, Clarke, comme toute autre femme n'étant qu'un ventre à remplir. C'est donc comme presque chaque soir qu'elle retira machinalement sa robe tout en se dirigeant vers leur lit. Une fois nue, elle grimpa sur le lit, se positionnant honteusement à quatre pattes afin de favoriser sa fertilité selon les conseils des disciples de Junon.
AAAAAAAA
Elle ferma les yeux d'anticipation lorsque Finn monta à son tour, le lit bougeant sous elle, puis un désagréable frisson la traversa lorsqu'il posa ses mains rudes et froides sur ses hanches. Elle sentit sa tunique qu'il n'avait même pas pris la peine d'enlever retomber sur ses fesses lorsqu'il la releva pour libérer son sexe. Elle déglutit difficilement, l'appréhension la saisissant juste avant qu'il ne la pénètre douloureusement, sans aucun avertissement, ni préparation. Elle faillit tomber sur le lit sous le premier assaut mais il raffermit sa prise sur ses hanches, l'ancrant douloureusement contre lui tandis qu'elle retenait un cri douloureux.
Elle serra les draps dans ses poings, retenant sa douleur alors qu'il se lançait dans de puissant va et vient. Avec le temps alors que son corps souffrait, son esprit avait appris à se couper du moment, divaguant loin de cette chambre. S'accrochant à des souvenirs heureux, fuyant la douleur de l'instant présent. Ainsi elle ne sentit aucunement les derniers assauts de son mari, de plus en plus violents jusqu'à la libération de son plaisir en elle dans un râle satisfait.
AAAAAAAA
Lorsqu'il se retira pour se laisser tomber sur le côté, le souffle rauque, Clarke reprit violemment conscience, la douleur et la honte l'assaillant. Elle s'allongea à son tour, se glissant péniblement sous les draps en tournant le dos à son époux, dissimulant ses larmes.
- La condition de Clarke commence à faire parler, pointa Simone en portant une coupe de vin fraîchement servie à son époux.
Assis confortablement dans le fond de son siège de bureau, Russel l'attrapa et en but une gorgée avant de distraitement tourner la coupe dans sa main.
- Finn repart en campagne, indiqua-t-il en levant son regard perçant sur sa femme, les questions sur une grossesse de Clarke disparaîtront aussitôt.
- Jusqu'à son retour, ajouta sombrement Simone. Et s'il venait à la répudier pour infertilité cela nous porterait un grand préjudice, s'inquiéta-t-elle.
- Nous n'avons pas besoin de ce mariage, ou du moins plus maintenant qu'elle a touché son héritage. De plus Lucius n'autorisera jamais son fils à divorcer, il a bien trop besoin du nom de mon défunt frère pour son ascension politique. Clarke lui est bien trop précieuse, il maintiendra ce mariage jusqu'à ce que son fils la mette en cloque.
- Ce qui n'arrivera jamais, lui rappela sa femme nullement ignorante des conséquences de la blessure de sa nièce.
- Alors peut-être que Finn perdra patience et la tuera de fureur, nous épargnant cette tâche, sourit-il dangereusement amusé.
Sourire que partagea sa femme avant de boire à sa propre coupe, un léger silence se posant sur la pièce avant que Russel ne reprenne :
- Je suis bien plus soucieux du retour de Becca.
- Elle a une forte influence sur Clarke, leur alliance commerciale va non seulement nous porter préjudice sur nos ventes mais elle déshonore déjà suffisamment notre famille avec ses idées progressistes alors je n'ose imaginer maintenant.
- Je n'ai que faire de tout ça, s'agaça Russel qui posa sa coupe sur le bureau avant de se lever. Je m'inquiète bien plus des réelles raisons de son départ et de ce qu'elle sait des évènements de cette nuit.
- Tu penses qu'elle sait quelque chose ? S'inquiéta vivement Simone.
- Je te rappelle qu'elle était venue accompagnée de cette Costia. Tu ne trouves pas cela étrange qu'elle ne ce soit pas inquiétée de sa disparition ?
- Ce n'était qu'une récente associée. Personne ne les a vus ensemble durant la soirée, Becca l'avait faite entrer uniquement pour l'aider à se faire des contacts, lui rappela-t-elle les résultats de leur enquête.
- Il y a quand même quelque chose qui ne me plaît pas dans cette histoire, je ne crois pas aux coïncidences, grinça-t-il en se tournant vers la fenêtre.
Simone posa à son tour sa coupe puis alla se coller au dos de son mari, l'enlaçant tendrement avant de lui souffler à l'oreille :
- Je sais que tu sauras gérer Becca, que tu feras ce qu'il faut pour protéger notre fille, comme tu l'as déjà fait par le passé.
Elle appuya ses paroles d'un léger baiser sur sa joue puis elle s'écarta, le laissant seul dans la pièce avec ses réflexions.
Clarke se réveilla lentement, ouvrant doucement ses yeux encore rougis par les larmes qui avaient séchées sur son visage. Elle ne prit pas la peine de se tourner vers la place qu'occupait son mari en se redressant, la sachant vide comme chaque matin. Elle remonta les draps qui avaient glissé sur son corps nu alors que la fraîcheur du matin la faisait frissonner. Clarke passa ses mains sur son visage, faisant disparaître les sillons de ses larmes puis elle se leva, enroulée dans les draps.
Elle se dirigea machinalement vers son placard, retirant une robe qu'elle enfila dans des gestes mécaniques. Tout en s'affairant pour enfiler son masque de tous les jours, Clarke repoussa sa douleur, l'enterrant au fond de son cœur, ce dernier se retrouvant presque vide d'émotion. Ne rien ressentir était l'unique moyen qu'elle avait trouvé pour affronter sa vie. Elle avait bien quelques moments d'apaisement comme son amitié avec Niylah qui lui apportait un peu de bonheur ou bien le retour de Becca mais en vérité il y avait bien longtemps qu'elle ne s'était pas sentie pleinement heureuse.
Elle inspira profondément une fois prête à affronter le monde et repoussant la petite voix qui allait douloureusement lui rappeler que la dernière fois qu'elle avait été pleinement heureuse avait été avec Lexa. Elle repoussa les souvenirs de leurs derniers instants, ces baisers échangés avant que le destin ne les sépare cruellement puis elle quitta la chambre. Elle descendit les marches menant à l'Atrium puis prit la direction de la salle à manger. C'est alors qu'elle se retrouva face à son mari qui manqua de la percuter dans sa hâte vers la sortie de la maison.
- Bonjour… Désolé… S'excusa-t-il en la regardant à peine.
- Tu as l'air pressé ? Lui demanda-t-elle plus par curiosité que réelle inquiétude.
- Une affaire à régler, expliqua-t-il vaguement tout en tournant brièvement son regard par-dessus l'épaule de Clarke.
Cette dernière suivit son regard et aperçut une femme se tenant dans l'entrée. Elle n'eut aucun mal à la reconnaître avec sa peau mate et sa chevelure noire de jais. Il s'agissait de Raven, la fille d'un riche commerçant et dont le frère secondait Finn au sein de leur Légion.
- Je vois, souffla-t-elle tout en souriant à la jeune femme qui la salua timidement.
- Elle est seulement venue me prévenir que son frère me demande et j'ai également des choses à voir avec lui avant notre départ, se justifia-t-il avec agacement.
Cependant Clarke n'était pas dupe.
- Dois-je t'attendre pour le déjeuner ? S'enquit-elle alors que Finn avait visiblement petit-déjeuner sans elle.
- Ce ne sera pas la peine, lui répondit-il avant de s'éloigner tout en lui jetant sans discrétion : N'oublie pas d'aller faire tes offrandes à Junon.
- Je n'oublie pas, assura-t-elle tristement alors qu'il venait de l'humilier, indiquant à tout ceux capable d'entendre qu'elle ne pouvait enfanter car bien évidemment elle était forcément responsable.
Elle l'observa rejoindre Raven puis elle se détourna incapable d'en supporter davantage.
- J'ai tout ce qu'il me faut, nous pouvons y aller, annonça Finn en rejoignant Raven.
- Tu pourrais être plus gentil avec elle, lui reprocha la jeune femme qui observait avec compassion Clarke s'éloignant.
- J'ai essayé… Soupira-t-il de lassitude… Mais c'est toi que j'aime, se justifia-t-il en lui prenant délicatement la main.
Raven s'en défit dans un sourire peiné.
- Mais ce n'est pas la volonté des dieux…
- Tu veux plutôt dire celle de mon père, la coupa-t-il avec hargne alors que ce dernier avait refusé qu'il épouse Raven, cette dernière n'étant pas assez de bonne famille. Désolé, ce n'est pas contre toi mais ce mariage était déjà suffisamment difficile avant qu'elle soit incapable de me donner un héritier.
- Est-ce une raison pour l'humilier comme tu viens de le faire ? Elle doit en souffrir tout autant que toi, si ce n'est plus.
- Pourquoi la défends-tu ? Ne la détestes-tu pas ? Demanda-t-il, confus qu'elle la défende autant.
- Je l'envie, je ne la déteste pas, pointa-t-elle la nuance en venant prendre la main du jeune homme. Elle n'y est pour rien, tout comme nous, elle n'a pas eu le choix.
- Très bien, soupira-t-il. Je vais essayer de faire un effort.
Raven lui sourit satisfaite puis elle lui lâcha la main alors qu'ils prenaient la direction de la sortie, le monde extérieur devant rester ignorant de leurs sentiments.
Becca attrapa délicatement le pigeon dans sa volière puis elle l'en sortit afin d'attacher à l'une de ses pattes un petit parchemin. Ensuite elle le caressa tout en se dirigeant vers l'une des fenêtres avant de lui murmurer :
- Vole par-delà la mer, délivre mon message au plus vite…
Puis elle le libéra tout en l'élançant vers le ciel. Elle le regarda s'envoler puis disparaître, priant pour qu'il atteigne sans encombre sa destination.
A suivre…
Alors ? Que pensez-vous du retour de Becca ? De la situation de Clarke ? Et de ce qu'essaie de faire Clarke pour les esclaves ? Que vous inspire Russel and co ? :p Dites-moi tout !
La publication va reprendre le dimanche toutes les deux semaines. :)
Merci d'avoir lu et surtout d'être toujours là !
A très vite !
