CH13-Junon
Bonjour, Bonjour nouveau chapitre livré ! :D
Tout d'abord un grand merci pour les review, elles m'ont fait plaisir et m'ont bien motivé, ainsi que donné quelques idées donc n'hésitez pas !
Kouan à la relecture ;) Petite info concernant l'Héritage, malheureusement pas de livraison en Septembre/Octobre comme prévu. Kouan a décidé de se prendre pour un pirate en devenant momentanément borgne donc difficile d'écrire. Mais compté sur moi pour la remettre au travail dès que ça va mieux, d'autant que la relecture de Pretia va prendre du retard aussi !
Je ne vous retiens pas plus, bonne lecture !
Sceptre surmonté d'un coucou dans une main, plumes de paon sculptées à ses pieds, Junon trônait avec grâce dans son temple, majestueuse statue toisant ses fidèles de son regard protecteur. Chaque jour elle couvait de son regard les femmes de Syracuse venant la prier pour son aide. Protectrice des mariages, nombreuses étaient les épouses éplorées au cœur trahi venant lui demander son aide pour se venger d'un époux infidèle, comme elle-même s'était vengée des infidélités de Jupiter. Et parmi ces cœurs brisés se glissaient parfois un cœur avide de pouvoir donner son amour à un enfant mais désespéré de ne pouvoir donner la vie.
Comme depuis plusieurs lunes, elle vit entrer l'un de ces cœurs dans son temple. Une femme aux mèches blondes dissimulées par un châle, regard fuyant envers les prêtes du temple mais marchant d'un pas déterminé vers l'autel de pierre trônant à ses pieds de marbre. La femme déposa des graines de pavot et des grenades bien mûres en offrande avant de s'agenouiller pour lui murmurer des prières. Suppliant, quémandant ses faveurs de déesse de la fertilité afin qu'elle puisse donner la vie.
- Grande déesse protectrice des femmes, je viens une nouvelle fois humblement te demander de m'accorder ton aide. Permet-moi de donner la vie, je t'en prie, l'implora-t-elle.
Son regard implorant sonda la silhouette de Junon qui resta de marbre, la toisant de son regard blanc, l'écrasant de son indifférence. La jeune femme serra la mâchoire pour retenir une soudaine colère provoquée par un sentiment d'injustice visible dans son regard.
- Je fais tout ce qu'il faut, j'ai suivi les conseils de vos disciples, mes saignements sont réguliers, d'après les guérisseurs je n'ai aucun problème alors pourquoi ?
Un froid silence continua de lui répondre mais cette fois au lieu de partir comme à chacune de ses visites, elle laissa sa colère l'emporter sur la raison, refusant d'accepter cette injustice, refusant une fois de plus d'accepter le malheur sans rien dire.
- Pourquoi ? Pourquoi me refusez-vous votre aide ? Que vous ai-je fais ?! Demanda-t-elle, exigeant des explications.
Elle ignora les remontrances du prêtre le plus proche et continua de foudroyer Junon de son regard bleu. Cette dernière continuait de la surplomber de sa froide indifférence malgré son furieux questionnement. La jeune femme se demandait ce qu'elle avait fait pour que les dieux s'acharnent ainsi sur elle, ces derniers lui avaient pris ses parents, puis un amour naissant et maintenant ils la privaient d'un enfant. La jetant ainsi sans merci dans la tourmente des exigences de la société et de son époux. Face au silence de marbre de Junon, la jeune femme laissa éclater son désespoir plein de colère à son encontre :
- Qu'ai-je fais aux dieux ?! Réitéra-t-elle face au silence de la déesse.
Un prêtre s'approcha pour la stopper dans son affront à la déesse mais la jeune femme blessée et désespérée refusa de l'écouter, s'obstinant à attendre un miracle qui ne viendrait pas car Junon n'avait nullement le pouvoir de l'aider.
- Je veux seulement une réponse, une explication, un signe ! Lança-t-elle au prêtre qui persistait à lui demander de quitter le temple.
A son tour furieux le prêtre attrapa la jeune femme par le bras pour la trainer dehors mais cette dernière tenta de s'en extirper, et se faisant percuta alors l'autel de pierre, renversant les offrandes dont une cruche de vin qui l'éclaboussa. Le vacarme attira d'autres prêtres et la jeune femme n'eut d'autre choix que de quitter les lieux, s'éloignant d'un pas rapide sous les regards furieux des prêtres mais sous l'œil protecteur de Junon.
Clarke sortit du temple de Junon furieuse et désespérée par ces nouvelles prières inutiles alors que la déesse restait de nouveau silencieuse à son appel. Elle baissa les yeux sur sa robe blanche et prit conscience du vin ayant tâché son ventre. Elle passa avec agacement ses mains sur le tissu blanc maculé de rouge dans l'espoir de faire disparaître la tâche mais elle ne fit que l'étaler un peu plus ainsi que sur ses mains. Regardant ses paumes marquées de rouge, elle eut un flash du poignard se retirant de son abdomen, il fut si violent et réel que sa tête se mit à subitement tourner, l'obligeant à s'asseoir sur les marches du temple.
Plusieurs fidèles se rendant auprès de Junon s'arrêtèrent pour lui venir en aide alors qu'elle était en prise à une angoisse inexpliquée, ses émotions la submergeant brusquement au point d'avoir du mal à respirer. Sa vue se troublant elle ne discernait pas les visages des personnes tentant de lui venir en aide, pas plus qu'elle ne les entendait alors qu'elle percevait parfaitement le poignard, le sang et la douleur dans son esprit.
Jusqu'à ce qu'une personne perce la foule pour venir précipitamment s'agenouiller à ses côtés avant de la prendre dans ses bras, son corps contre le sien la ramenant quelque peu à la réalité, suffisamment pour entendre sa voix lui murmurer de se caler sur sa respiration. Au bout de quelques instants Clarke retrouva un semblant de calme et relevant le regard, elle reconnut Becca qui la tenait dans ses bras.
Elle se rappela alors qu'après sa visite au temple, elle devait la retrouver sur la grande place lui faisant face pour aller visiter une boutique qu'elles pensaient acheter pour lancer leur commerce. L'effervescence causée par sa crise avait sans doute attiré son attention et ainsi Becca l'avait découverte sur les marches du temple de Junon.
Becca l'aida à se relever et l'entraîna avec elle loin de la foule pour prendre la direction de sa demeure.
Une coupe d'eau fraîche en main, Becca rejoignit Clarke dans son modeste jardin. Elle l'avait faite asseoir sur un banc de marbre faisant face à la petite fontaine centrale, espérant que la sérénité de ce matin ensoleillé l'apaiserait.
- Comment te sens-tu ? Lui demanda Becca, soucieuse tout en lui offrant la coupe d'eau.
- Mieux… Merci, lui répondit-elle d'un mince sourire tout en acceptant la coupe tendue.
Clarke porta délicatement la coupe à ses lèvres, laissant sa fraicheur l'apaiser, tandis que Becca vint s'assoir à ses côtés. Cette dernière posa son regard sur la fontaine laissant encore quelques instants à sa protégée pour se remettre puis elle rompit finalement le calme les enveloppant :
- Tu veux en parler ? Lui demanda-t-elle sans aucune pression ni jugement.
- Je ne saurais par où commencer... Souffla Clarke tout en déposant sa coupe sur le banc.
C'était une piètre tentative de fuite, Clarke le savait, mais bien qu'elle ait envie de se confier à son ancienne mentor et amie, une part d'elle craignait son jugement.
- Par le début tout simplement, sourit doucement Becca qui sentit son hésitation à se confier, que faisais-tu au temple de Junon ?
Elle n'était pas dupe, il n'y avait que deux réponses à cette question, la plus probable et sans doute la moins douloureuse était que son époux la trompait, la seconde apportait bien des problèmes et une grande souffrance.
- J'étais au temple pour prier la déesse, comme presque tous les jours…
Clarke qui jusque-là fixait un point sur la fontaine, tourna un regard hésitant sur Becca qui l'incita d'un doux regard à continuer :
- … espérant… espérant qu'elle m'aiderait à donner la vie.
Becca ferma brièvement les yeux, redoutant cette réponse et ayant une idée de ce que traversait sa protégée. Elle posa alors une main réconfortante sur celle de Clarke, lui assurant son soutien. Un simple geste qui signifia beaucoup pour la jeune femme, des larmes de reconnaissance menaçant de couler.
- Je suis désolée que les dieux te refusent ce bonheur, souffla-t-elle compatissante.
- Je ne suis même pas certaine de vouloir un enfant, confia Clarke tout en chassant ses larmes de ses mains.
C'était encore pire que ce que Becca craignait. Une épouse avait pour devoir de donner un héritier à son époux. Un mariage sans amour n'était ni plus ni moins qu'un contrat où chacun devait remplir son rôle. Becca se souvenait parfaitement de ces obligations envers son défunt mari, de ce qu'elle avait ressenti, son mariage ne devenant supportable que lorsqu'elle tomba enceinte. Son époux et la société cessèrent alors de faire pression sur elle mais la vie qui grandissait en elle fut son salut. Elle y trouva une raison à ce mariage sans amour, une raison de vivre et de se battre. Décidant d'imposer sa personnalité et ses règles afin de protéger son enfant de ce monde cruel. Elle en fut d'autant plus déterminée lorsqu'elle eut une fille. Ce fut le plus beau jour de sa vie et le bonheur y entra enfin.
Alors elle savait de quoi était privée Clarke, cet enfant aurait pu lui apporter le bonheur qui manquait à sa vie. Cependant les dieux en avaient décidé autrement et le destin était des plus cruels avec sa protégée. Où peut-être était-ce un acte de clémence ? Lui épargnant ainsi de voir son enfant souffrir dans ce monde ? Le cœur de Becca se serra de douleur aux brefs souvenirs qui la traversèrent. Elle avait connu le bonheur d'un enfant mais elle avait également connu la souffrance de sa perte lorsque son époux revenu de guerre avait été contaminée par la peste, comme beaucoup d'autres soldats. Il ne fallut pas longtemps pour qu'une véritable épidémie se propage dans la cité, finissant également par frapper leur fille. On parlait de la veuve Becca Pramheda qui s'était emparée de son indépendance après la mort de son époux mais en vérité, elle ne voulait tout simplement plus jamais souffrir d'une telle perte, son cœur brisé à jamais.
- Finn se fait de plus en plus insistant, il perd patience… Continua Clarke, une souffrance à peine dissimulée derrière ces mots.
Becca revint sur elle, une colère enserrant son cœur alors qu'elle comprenait ce que ne disait pas la jeune femme. Après leur mariage Finn avait dû repartir quelques lunes en campagne, nul doute qu'il s'était attendu à trouver sa femme enceinte à son retour mais malgré sa déception il n'en avait pas fait cas, essayant de nouveau de concevoir un enfant. Cependant, échec après échec, et la pression de leur entourage grandissant, l'impatience et la colère avaient pris le dessus, cela était malheureusement monnaie courante… Becca serra la main de Clarke en signe de compassion et réitérant son soutien.
- Il me demande de prier Junon… Je me rends au temple tous les jours mais rien ne change alors aujourd'hui je me suis emportée contre la déesse, lui hurlant de donner une explication, un signe, n'importe quoi…
Becca sourit presque amusée à l'idée de son innocente protégée hurlant contre une déesse, les choses avaient bien changées.
- … les prêtres sont intervenus et je me suis débattue, renversant du vin posé sur l'autel sur ma robe. Je suis finalement sortie et c'est là que j'ai pris conscience de cette tâche sur mon ventre mais tout ce que j'ai vu c'est la dague pleine de sang de Lexa… J'ai paniqué et nous sommes ici, souffla-t-elle épuisée.
Clarke plongea son visage dans ses mains et Becca lâcha sa main pour venir caresser son dos dans un geste de réconfort, songeant à ce qu'elle venait de lui expliquer.
- Tout ce que je voulais c'est un signe… S'exaspéra la jeune femme en relevant le visage.
Becca se figea, réalisant alors quelque chose. Elle baissa le regard sur la tâche de vin qui s'apparentait étrangement à une tâche de sang. Le rapprochement avec la blessure de Clarke était évident alors il n'était pas étonnant qu'elle ait eu une violente crise de panique, cette seule vision la ramenant à ce traumatisme. Mais était-ce simplement une coïncidence ? Se pourrait-il que Clarke ait eu le signe qu'elle demandait sans s'en rendre compte ?
- Clarke… Commença-t-elle prudemment tout en retirant sa main de son dos et attendant qu'elle se tourne vers elle… Que t'ont dit les guérisseurs au sujet de ta blessure ?
- Pourquoi me demandes-tu ça ? Lui retourna-t-elle avec confusion et portant inconsciemment une main à son ventre.
Le geste sembla lui faire prendre conscience de quelque chose alors que sa posture faisait penser à une mère voulant protéger son enfant. Elle fronça les sourcils, sa bouche s'ouvrant légèrement alors que ses pensées prenaient le même cheminement que celles de Becca.
- Que… Que veux-tu dire ? Demanda-t-elle d'une voix tremblante, ayant peur de comprendre.
- Peut-être que tu as eu le signe que tu attendais, répondit-elle baissant les yeux sur la tache de vin. Peut-être que la dague a fait plus de dégâts qu'une simple cicatrice sur ton corps…
- Non, non, on me l'aurait dit, pourquoi me le cacher, c'est… Ce n'est pas possible… La coupa-t-elle, refusant d'y croire et la panique la reprenant.
- Ecoute, calme-toi, la rassura-t-elle en la prenant par les épaules, il est possible que le guérisseur ne s'en soit pas rendu compte. Qui t'a soigné ?
- Nyko le guérisseur de mon oncle…
- Alors peut-être pourrais-tu lui demander ?
- C'est impossible…
- Clarke tu dois savoir, il y a forcément quelque chose qui ne va pas, tu ne peux pas croire que…
- Non, je veux dire que c'est impossible de lui demander parce qu'il est mort, lui révéla Clarke.
Il y eut une pause durant laquelle Becca relia toutes ces informations entre elles, craignant alors de comprendre ce que cachait réellement l'infertilité de sa protégée. L'ignorance de Clarke et la mort de la seule personne qui pouvait témoigner de l'impact réelle de sa blessure ne pouvaient être une simple coïncidence.
- Laisse-moi deviner, peu après ton réveil, lança Becca.
- Oui, un accident, renversé et piétiné par un cheval en furie alors qu'il rentrait chez lui.
- Clarke il est évident qu'on a voulu te cacher ta condition, tenta-t-elle de lui faire accepter l'évidence. Et nous savons toutes les deux à qui cela profiterait.
Clarke détourna le regard, se passant une main dans les cheveux alors que ses émotions s'entrechoquaient. Elle aurait voulu nier les paroles de son amie mais elle savait qu'elle avait raison. Ses difficultés à tomber enceinte n'étaient pas le fait des dieux, c'était pour cette raison que ses prières à Junon restaient sans réponses, du moins jusqu'à aujourd'hui.
A ses côté Becca l'observait douloureusement accepter l'évidence. Elle vit son regard se noyer d'un profond désespoir puis une violente colère vint se mêler à l'orage d'émotions qui naissait en elle. Le mensonge laissant place à la cruelle vérité. C'est alors qu'elle vit son visage se fermer d'une froide détermination, se coupant de toute autre émotion.
- Clarke ? S'inquiéta-t-elle à son regard froid rivé sur la fontaine.
- J'aimerai que cela reste entre nous, énonça-t-elle sans émotion.
- Tu ne peux pas laisser Russel s'en sortir ainsi, protesta-t-elle avec véhémence.
- Qu'est-ce que cela changerait ? La confronta Clarke, rivant son regard sur elle. Je ne peux rien contre lui, le confronter ne ferait que révéler la vérité au grand jour et Finn me répudierait sur le champ.
- Seulement si ton mari veut rendre ta dot, tenta-t-elle de la raisonner.
- Plutôt mourir que de retourner chez mon oncle. Je sais ce que tu vas dire, la coupa-t-elle avant qu'elle proteste, je suis loin d'être heureuse dans ce mariage mais au moins avec Finn j'ai certaines libertés.
- Mais à quel prix ?
- Celui du moindre mal, nous savons toutes les deux que Russel me remariera et sachant que je ne peux enfanter, je n'ose imaginer à qui.
- Clarke, je peux t'aider à sortir de leur emprise…
- Becca, je t'en prie, je te le demande en tant qu'amie, garde tout ceci pour toi, insista-t-elle le regard suppliant pour son soutien.
Becca soupira, agacée que la jeune femme refuse son aide, néanmoins en tant qu'amie elle se devait de la soutenir et ne la forcer en rien car dans le cas contraire elle ne vaudrait pas mieux que son oncle et son mari.
- D'accord, je ne dirai rien.
Les cris de la foule d'acheteur et des vendeurs d'esclaves couvraient les gémissements de plaisir qu'expulsait sans crainte Joséphine dans une ruelle à proximité des estrades. Plaquée contre un mur crasseux, le plaisir la submergeait au rythme des puissants va et vient de Gabriel en elle. Il accéléra et elle jouit sans retenue. Son amant se retira ensuite brutalement pour libérer son propre plaisir. Sa robe retomba sur ses jambes encore tremblantes et Gabriel la soutint de ses bras musclés qu'elle s'empressa de caresser.
- Rien ne vaut la robustesse de la jeunesse, souffla-t-elle en posant des yeux gourmands sur le sexe de son amant et son « ordre silencieux » évident.
Joséphine était loin d'être satisfaite avec son époux. Son vieillard de mari n'était plus aussi performant que dans sa jeunesse et quand il arrivait à quelque chose, elle n'atteignait jamais le plaisir, du moins pas comme avec son jeune amant.
- On pourrait nous surprendre, s'écarta Gabriel tout en se rhabillant.
- Je t'ordonne de me faire jouir, claqua Joséphine.
- Je n'ai plus d'ordre à recevoir de toi, claqua-t-il tout aussi durement.
Joséphine se figea de surprise avant d'afficher une violente colère car jamais Gabriel n'avait osé lui parler ainsi.
- Tu es un esclave ! Nous sommes tous tes maîtres ! S'écarta-t-elle furieuse du mur contre lequel elle était encore appuyée.
Pendant un instant Gabriel eut peur de ce qu'il venait de faire mais sa propre colère prit rapidement le dessus et il continua sur sa lancée, bien décidé à faire face à ce qui le rongeait.
- Est-ce que c'est le mien ? La coupa-t-il durement.
Joséphine se figea de nouveau.
- Le bébé, est-ce que c'est le mien ?! Demanda-t-il plus fortement face à son silence et faisant sursauter la jeune femme.
Il n'était pas dupe et se doutait de la réponse mais il voulait l'entendre de vive voix. Joséphine se plaignait suffisamment des performances de son mari pour savoir qu'il était incapable de lui faire un enfant. Joséphine venait chercher auprès de lui ce que son époux ne pouvait lui donner. Ils se retrouvaient régulièrement mais si Gabriel savait que c'était une mauvaise idée, qu'il aurait dû profiter du mariage pour s'éloigner d'elle, il ne le pouvait pas, il n'y arrivait pas. Malgré tout ce qu'elle était, tout l'amour qu'elle ne lui donnerait jamais, lui, l'aimait. Jusqu'à présent il était resté silencieux face à la nouvelle mais les jours passant, il ne pouvait plus ignorer le fait qu'elle était probablement enceinte de lui.
- Non, répondit-elle froidement.
Gabriel sentit immédiatement l'aura de danger qui entoura son amante. Il déglutit et recula presque d'un pas sous son regard glacial.
- Comment peux-tu croire un instant que les dieux autoriseraient un esclave à me mettre enceinte ? Rit-elle presque avec dédain. Cet enfant est celui du grand Quintus Ulpius, pas d'un vulgaire esclave, appuya-t-elle plus fortement.
Joséphine avança d'un pas puis pointa un doigt menaçant à son encontre.
- Si jamais tu oses à nouveau questionner la paternité de mon enfant, je te ferai fouetter à mort sur le champ.
La menace aurait dû faire peur à Gabriel mais il en fut tout autre. Son cœur se brisa à l'idée qu'elle puisse le rejeter ainsi et le menacer de mort pour seulement avoir demandé la vérité. Il ignorait ce qu'il ferait si cet enfant était le sien, le réclamer serait pure folie car il serait tué sur le champ pour avoir mis enceinte Joséphine, et cette dernière serait au mieux répudié par son mari et au pire tué. Quant à l'enfant probablement abandonné ou tué pour être le bâtard d'un esclave. Dans tous les scénarios possibles la mort était ce qui attendait Gabriel.
Il acquiesça douloureusement à la menace de Joséphine, ravalant des larmes alors qu'il ne pouvait rien faire d'autre que d'obéir et se taire pour la sécurité de cet enfant. S'il y avait une chance qu'il soit son père, il n'allait pas prendre le risque de le mettre en danger. Il n'avait pas le droit d'en faire un enfant d'esclave et encore moins le conduire à sa mort.
- Bien, fut satisfaite Joséphine. Et n'oublie pas quelle est ta place, ajouta-t-elle froidement avant de se détourner et quitter la ruelle d'un pas furieux.
Clarke ne s'était pas attardée chez Becca et était partie peu après la promesse de cette dernière de ne rien dire. Malgré sa décision, la jeune femme était blessée et pleine de colère alors qu'une fois de plus elle avait été une marionnette dans les plans d'un autre. Son oncle avait sciemment menti sur sa condition au risque de la mettre en danger. Bien qu'elle ne veuille rien montrer de sa connaissance de la vérité, elle n'en était pas moins chamboulée.
- Clarke, tu es là, je t'attendais pour le déjeuner, l'accueillit Finn qui se tenait dans l'Atrium.
Elle se figea de surprise alors qu'il était parti plus tôt avec la fille du forgeron en lui signifiant de ne pas l'attendre.
- Je n'ai pas faim, esquiva-t-elle tout en se lançant dans l'escalier pour rejoindre leur chambre.
- Que t'est-il arrivé ? S'inquiéta Finn en apercevant la tache sur sa robe. Clarke ?! Insista-t-il alors qu'elle l'ignorait.
Clarke ferma les yeux, souhaitant qu'il disparaisse, qu'il la laisse tranquille mais il emprunta à son tour les escaliers dans le but de la rattraper. Lorsqu'elle entra dans leur chambre, elle se dirigea vers son placard pour en retirer une robe propre. Elle attrapa la première venue puis elle entreprit de se déshabiller, ignorant l'arrivée de son époux. Elle jeta sa robe blanche maculée de vin sur son lit, se retrouvant alors nu devant Finn mais elle n'avait que faire du regard qu'il pourrait poser sur son corps nu en cet instant. En revanche, son corps se tendit et frissonna d'effroi lorsque les mains de son mari se posèrent sur ses hanches pour la tourner vers lui mais il n'entreprit rien de plus, son regard tombant seulement sur son ventre à la recherche d'une quelconque blessure mais n'y trouvant que la profonde cicatrice de la dague.
- Tu… Tu n'as rien ? Souffla-t-il d'un soulagement qui aurait pu l'étonner si la colère qu'elle ressentait ne l'avait pas rendu aveugle.
- Ce n'est que du vin, se détacha-t-elle vivement de ses mains afin d'enfiler rapidement sa robe.
Finn attrapa la robe sur le lit et constata effectivement qu'il s'agissait de vin puis il sortit quelques instants de la chambre, où Clarke l'entendit ordonner à un esclave qu'on lave immédiatement sa robe, exigeant qu'elle revienne aussi blanche que la neige. Une action qui ne fit qu'agacer davantage la jeune femme.
- Vas-tu me dire ce qu'il s'est passé ? Demanda à nouveau Finn en revenant dans leur chambre mais réellement inquiet alors qu'il percevait clairement le tumulte de ses émotions sous la surface.
- J'étais au temple et par mégarde j'ai renversé du vin qui était sur l'autel, répondit-elle simplement puis fuyant vers leur balcon dans l'idée de mettre fin à la discussion.
Ce que comprit Finn alors il n'insista pas mais il voyait bien que quelque chose n'allait pas. Leur mariage était loin d'être idéal et malgré son comportement, il n'était pas un monstre et avait promis à Raven de faire des efforts.
- Allons manger, ça te fera du bien, lui proposa-t-il dans l'idée de la réconforter.
- Je n'ai pas faim, claqua-t-elle vivement sans même se retourner.
- Je suis rentré exprès pour toi, j'essaie de faire des efforts ! Trancha-t-il en retour, sa vive réaction l'ayant piquée dans sa fierté.
- Des efforts ?! Se retourna Clarke, sa colère se libérant. Je n'ai que faire de tes efforts ! Ce n'est pas en déjeunant ensemble que ce mariage ne sera plus une mascarade !
- Baisse d'un ton ! Je te rappelle que tu me dois le respect ! S'emporta-t-il à son tour et avançant d'un pas menaçant.
- Sinon quoi ?! Le défia-t-elle furieuse et avançant à son tour d'un pas, oubliant toute prudence sous la colère. J'en ai plus qu'assez de répondre aux quatre volontés de tout le monde ! Tu veux faire des efforts et je devrais te suivre dans cette démarche parce que tu l'as décidé mais t'es-tu seulement demandé si j'en avais envie ?!
- Clarke…
- Non ! Je n'en ai pas l'envie parce que je ne fais que ça depuis le début de ce mariage ! J'ai tout fait pour te satisfaire, tout accepté ! Et tu n'as fait que m'ignorer, et me laisser seule, n'étant bonne qu'à réchauffer ton lit et te donner un héritier !
- Ce dont tu n'es pas capable visiblement ! C'est la seule chose que je te demande pourtant ! Tu peux te plaindre de mon comportement mais il me semble que je te laisse libre de faire ce que tu veux ! Tes peintures, tes esclaves, ce commerce avec Pramheda ! Je te laisse autant d'indépendance que possible et je suis plus que tolérant ! Mais la seule chose que j'attendais de toi, tu me la refuses !
- Je n'y suis pour rien ! Cria-t-elle des larmes aux bords des yeux alors qu'après des lunes à se demander si elle était responsable, abandonnée des dieux, elle savait enfin qu'elle n'y était pour rien.
- En attendant c'est à moi que mon père met la pression ! Il menace de me déshériter s'il n'a pas rapidement un petit-fils !
- Et bien tu n'as qu'à lui faire un bâtard avec ta catin ! Cracha Clarke.
- Je t'interdis de parler d'elle en ces termes ! Explosa Finn qui se jeta sur elle, l'attrapant à la gorge d'une main pour la repousser et la plaquer contre un mur.
Alors que le visage rouge de colère il la foudroyait d'un regard orageux, Clarke émit un rire sans joie à travers sa poigne.
- Pardon… Tu l'aimes… Et c'est moi la catin que tu prends chaque nuit dans ton lit, pointa-t-elle pleine d'amertume.
Finn la lâcha brusquement comme frappé par ses paroles, comme s'il réalisait seulement la manière dont il la traitait. Clarke massa sa gorge légèrement endolorie puis son époux posa un regard perturbé sur elle avant de subitement se détourner, l'abandonnant dans leur chambre.
Son pinceau martelait de sombres couleurs la toile auparavant vierge. Les gestes précis et rapide de la peintre dessinant une mer tumultueuse en prise à un violent orage, d'obscurs nuages noyant l'horizon. Le paysage que Clarke peignait presque inconsciemment, était le parfait reflet de ses émotions. Depuis sa révélation au temple de Junon et sa dispute avec son mari, son esprit n'avait été que tourmente.
Le fait de donner la vie à un enfant lui avait été inculqué tel un devoir à accomplir, tellement martelé et inscrit dans son esprit qu'elle avait fini par ne plus faire la différence entre son devoir et son désir. Ignorant si elle souhaitait donner la vie pour le bonheur de tenir un petit être dans ses bras ou bien uniquement pour son devoir. Désirait-elle un enfant ? Elle n'avait jamais eu de réponse à donner. Alors pourquoi se sentait-elle comme dépossédée de ce bonheur ? Comme si on lui avait arraché une part d'elle dont elle ignorait l'existence jusqu'à présent ? Clarke ressentait à la fois vide et douleur.
A cela s'ajoutait la peur que son infertilité soit découverte, la jetant ainsi au précipice d'un avenir incertain mais très certainement bien plus déplaisant que sa vie actuelle. Inquiétude dévorante, malgré le fait que Finn ne l'avait pas touchée depuis leur dispute, lui donnant ainsi un peu de répit avec une raison parfaite de ne pas tomber enceinte.
Venait finalement la colère, la colère d'être une nouvelle fois utilisée et celle d'avoir été trompée. Son oncle avait délibérément caché sa condition afin de garantir le mariage et maintenant c'était elle qui en subissait les conséquences.
Toutes ces émotions tournaient son inspiration vers de sombres œuvres et Clarke n'arrivait tout simplement pas à en sortir. De plus le calme de la demeure ne faisait que l'enfermer davantage dans sa bulle. Finn était constamment à l'extérieur pour les affaires de la maison et ses derniers préparatifs avant son départ. Quant aux esclaves de la demeure, ainsi que Niylah, savaient qu'il valait mieux la laisser seule quand elle se rendait dans son atelier. Chose qu'ignorait et que n'aurait de toute manière pas respecté sa visiteuse impromptue :
- Tout ceci me semble bien lugubre, résonna la voix de Becca.
Clarke sursauta en sortant de sa transe puis revenant à la réalité un sourire naquit sur ses lèvres à la vue de sa mentor et amie, avant de se fondre en une grimace à la vue de ses propres peintures. Elle sembla alors seulement réaliser l'obscurité de ses œuvres.
- Oui… J'ai l'esprit quelque peu agité semble-t-il, expliqua-t-elle tout en posant son pinceau et se tournant sur son siège pour lui faire face.
Becca ouvrit la bouche dans la clair intention de revenir sur le sujet de son infertilité mais Clarke l'en dissuada d'un regard tout aussi clair, un éclat implorant au fond des yeux.
- Et bien il faudrait peut-être penser à l'apaiser car je ne pense pas que ce genre de peinture soit très vendeuse, renonça-t-elle a insister.
- Peut-être oui, mais je ne vois pas comment, dit-elle fatiguée et se levant dans l'intention de rejoindre le salon, j'ai déjà essayé différentes herbes et remèdes pour m'apaiser mais rien ne fonctionne.
- Oh Clarke, rit-elle de son innocence et la stoppant alors qu'elle la dépassait pour sortir, les herbes et les remèdes sont inutiles, il n'y a qu'un seul moyen d'évacuer toute cette négativité.
Clarke la fixa sans comprendre où elle voulait en venir puis une étincelle de malice brilla dans les yeux de sa mentor qui décida de l'éclairer :
- Le plaisir !
La jeune femme hoqueta un rire en reconnaissant bien là sa mentor.
- Il faut que tu lâches prise Clarke et rien ne vaut les plaisirs de la chair, crois-en mon expérience, s'enjoua-t-elle.
- Je ne peux que te faire confiance sur ce point, lâcha-t-elle amèrement et détournant le regard.
- Tu veux dire que tu n'as jamais connu le plaisir d'un…
- Non, la coupa Clarke, Finn n'a pas vraiment d'attention pour moi, expliqua-t-elle honteusement.
- Je ne parlais pas de cet imbécile.
- Tu veux dire avec quelqu'un d'autre ? Non, jamais, s'offusqua presque Clarke.
- Pas un esclave ? Ou Niylah ? S'étonna Becca.
- Niylah ? Pourquoi j'aurais voulu… avec elle ?... Nous sommes amies, bégaya d'étonnement Clarke.
- Amies ? Ma douce Clarke, ta naïveté me surprendra toujours, s'amusa-t-elle.
- Que… Que veux-tu dire ?
- Niylah a des sentiments pour toi, cela crève les yeux, sauf pour toi à l'évidence.
- Des sentiments ? Répéta-t-elle chamboulée par l'information. Mais comment peux-tu le savoir ? Elle te l'a dit ? La confronta-t-elle refusant de la croire.
- Elle n'en a pas eu besoin, la petite esclave pensait qu'on ne la voyait pas depuis son coin de la pièce mais elle te dévorait du regard.
- Ce n'est plus une esclave, la reprit vivement Clarke comme si elle venait d'insulter son amie.
- Et je suis d'ailleurs étonnée qu'elle n'ait rien tenté, se contentant de rester à tes côtés.
- C'est parce que nous sommes amies, insista Clarke.
- Très bien si cela te plaît de le croire, capitula Becca dans un sourire sans équivoque, mais revenons-en a ton plaisir. Il y a bien une personne qui a dû attirer ton attention, même un bref instant ?
- Il n'y a eu qu'une personne et maintenant elle n'est plus là, répondit-elle naturellement et tristement.
- Oh… Je suis désolée… Je n'ai pas réfléchi… S'excusa-t-elle en réalisant que Lexa était la réponse à cette question et pourquoi Clarke était fermée à toute personne.
- Ce n'est rien… Mais Becca je t'en prie changeons de sujet, les herbes me conviennent très bien et je ne risque pas d'ennuis avec elles, tenta-t-elle d'alléger la conversation dans un sourire.
Seulement Becca était loin d'être d'accord. C'est d'un œil espiègle et séducteur qu'elle l'ignora et reprit sa leçon :
- Si tu ne peux compter sur ton mari, ni sur personne pour connaître les délices du sexe, tu peux toujours compter sur toi, pointa-t-elle d'un dangereux sourire.
Elle se rapprocha de la blonde et se pencha pour lui souffler à l'oreille :
- Même si avoir un corps chaud contre soi est agréable, ce n'est pas indispensable pour avoir du plaisir.
Clarke voulut s'éloigner mais Becca se glissa dans son dos et l'enserra de ses bras pour la serrer contre elle.
- Tu me fais confiance ? Lui souffla-t-elle à nouveau à l'oreille.
Ce à quoi Clarke acquiesça silencieusement, sa respiration s'accélérant d'anticipation et de crainte en ignorant où voulait exactement en venir son ancienne mentor.
- Tu peux découvrir par toi-même ce qui te fait chavirer… Souffla-t-elle contre son oreille et ses mains descendant le long de son buste pour venir couvrir ses mains des siennes… Tu peux te donner du plaisir là où ton époux échoue lamentablement… Continua-t-elle en remontant lentement les mains de Clarke sur son propre corps jusqu'à sa poitrine.
- Becca… Voulut-elle protester, mal-à-l'aise et surprise.
- Chuut… La retint doucement Becca lorsqu'elle la sentit paniquer… Laisse-moi te guider… Reprit-elle en apposant les mains de la blonde sur sa poitrine… Ecoute ton corps, savoure ce délicieux frisson qui j'en suis sûre vient de te traverser… Sourit-elle à l'accélération de son souffle et du léger tremblement de son corps.
Becca entreprit ensuite de léger mouvement circulaire, les mains de la blonde massant alors sa poitrine jusqu'à les sentir délicieusement se durcir sous ses doigts.
- Tu sens cette douce chaleur envahir lentement ton corps ?
- Oui… Répondit-elle dans un soupir qui fit sourire Becca.
Elle retira l'une des mains de la blonde de sa poitrine pour la faire glisser sur ses courbes, caressant ses côtes puis son ventre avant de descendre plus bas. Elle sourit de plus belle lorsqu'elle sentit les frissons parcourant sa protégée puis lorsqu'un doux gémissement enchanta ses oreilles lorsqu'elle guida sa main sur son intimité.
Confiante, Becca guida sa main à l'ouverture de sa robe puis la remonta sur sa cuisse, ses doigts caressant sa peau chauffée par l'excitation montante. Clarke se laissa guider en toute confiance, se perdant doucement et agréablement dans les sensations que lui faisait découvrir Becca. Lorsque sa main glissa sous sa robe pour remonter sur sa cuisse en quête de son intimité, une délicieuse appréhension s'empara d'elle avant qu'elle ne se perde à se concentrer à trouver l'endroit qui commençait à la brûler délicieusement, la guidant chaleureusement pour qu'elle y appose enfin des caresses. Sa main atteignit délicieusement son but, et les premiers frissons la saisirent rapidement, faisant se répandre en elle comme des vagues d'électricité. La sensation était si agréable, que Clarke en oublia même la présence de Becca qui dans un sourire satisfait avait lâché délicatement sa main pour la laisser se découvrir seule. Après quelques instants, Clarke le sentit. Cet étrange phénomène que les femmes appelaient "orgasme". Elle n'en avait jamais eu mais inconsciemment, elle sut qu'il était proche, au bord de la rupture. Il lui était difficile de mettre des mots dessus, mais elle eut soudainement l'image des vagues de l'océan venant caresser langoureusement les falaises de Syracuse. Au gré de la houle, les vagues gagnaient en force et en intensité au fil de ses mouvements, ne caressant plus, s'écrasant presque violemment, un orage naissant au dessus d'elles, celui-ci leur offrant ainsi la force nécessaire pour engloutir les falaises. Elle gémit plus fort, son souffle se coupant, prête à se noyer dans ces nouvelles sensations effrayantes mais délicieuses. Plus que quelques tortueuses caresses et bientôt les vagues avaleraient les falaises...
- Clarke ? Appela soudainement la voix de Finn.
Les deux femmes sursautèrent et se séparèrent instinctivement, rompant brutalement le charme. C'est alors que Finn pénétra dans l'atelier. Il se figea brusquement, observant de surprise sa femme et Becca.
- J'ignorais que nous avions de la visite, pointa-t-il en fixant sa femme aux joues rougis.
- J'avais une affaire non loin d'ici et j'en ai profité pour m'assurer que Clarke aurait bientôt de nouvelles peintures à proposer en boutique, répondit Becca avec assurance.
- Oui... Je... Nous avions d'ailleurs terminé, ajouta Clarke qui osait à peine regarder Becca et encore moins son époux qui avait failli les surprendre. Tu auras les peintures comme convenu dans deux jours...
- C'est parfait. A présent, j'ai d'autres affaires qui m'attendent, rebondit Becca, merci pour votre accueil et je vous souhaite une bonne journée.
Elle quitta sans plus de cérémonie l'atelier. Finn la regarda partir d'un œil suspicieux, trouvant ce départ soudain étrange, puis il se tourna vers sa femme.
- J'aurais aimé qu'on parle.
- Et moi je n'en ai toujours pas l'envie, lui répondit-elle, se servant de sa colère contre son époux pour masquer son malaise.
Elle quitta la pièce, le laissant sans voix et furieux.
Abasourdi par la réponse cassante de son épouse, Finn n'eut aucune chance de lui répondre avant qu'elle ne quitte la pièce. La colère qui s'empara de lui le sortit de sa torpeur et il s'engouffra d'un pas rapide à sa suite. Le jeune homme en avait plus qu'assez de son attitude. Clarke ne cessait de le confronter et de lui manquer de respect depuis quelques temps et cela devenait inacceptable.
Jusqu'à présent leur relation avait trouvé un certain équilibre dans ce mariage arrangé, il avait même été plus que compréhensible et accommodant concernant ses idées sur les esclaves ainsi que sur sa passion pour la peinture. Il avait donné bien plus que ce qu'il n'avait reçu en échange. Il ne demandait qu'une chose, un héritier, et même leur difficulté à en avoir un n'était pas un réel problème, avant que soudainement Clarke ne lui reproche son comportement.
Clarke avait changé et leur mariage en devenait insupportable, ce que Finn n'était pas prêt à laisser faire sans agir. Il marchait d'un pas rapide à travers le couloir, rattrapant son épouse dans l'Atrium mais lorsqu'elle tourna pour rejoindre le salon, il la dépassa pour continuer vers l'extérieur de la demeure. Une fois dans la rue, le soleil l'éblouit légèrement mais il repéra tout de même sa cible parmi les quelques passants.
- Becca ! Interpella-t-il fermement tout en se dirigeant vers elle.
La concernée s'arrêta et se retourna avec étonnement sur lui avant d'afficher à nouveau un visage plein d'assurance et arborant un petit sourire en coin. Sourire que Finn mourait d'envie de faire disparaître car il pouvait sentir qu'elle connaissait parfaitement la raison de sa venue.
- Il y a un problème ? S'inquiéta-t-elle faussement.
- Oui, j'aimerai que vous limitiez vos contacts avec ma femme, répondit-il avec autorité.
- Je vous demande pardon ? Sembla-t-elle surprise. Clarke est mon associée, comment voulez-vous que…
- Alors cantonnez-vous à vos rendez-vous d'affaires et sûrement pas seule avec elle, claqua-t-il.
- Vous vous doutez bien que nos affaires sont confidentielles, s'amusa-t-elle de sa demande. J'ignore quelles sont vos craintes concernant nos entretiens mais…
- Vous savez très bien quelles sont mes craintes, la coupa-t-il en réduisant la distance entre eux, sa colère se montrant, vous lui retournez l'esprit avec toutes vos idées d'indépendance et votre vie dépravée.
Becca sourit d'amusement et de victoire, comme si elle le tenait exactement là où elle le voulait.
- Vous les hommes, vous êtes tous les mêmes, toujours à rejeter vos fautes sur les femmes, se rapprocha-t-elle en riant amèrement.
- Mes fautes ?! S'offusqua-t-il.
- Oui VOS fautes car si vous vous occupiez mieux de votre femme au lieu de seulement la considérer comme un ventre à remplir, ne la traitant pas mieux qu'une catin, elle ne chercherait pas une meilleure vie et de meilleures attentions.
- Silence ! La pressa Finn qui jetait des regards frénétique autour d'eux.
- Auriez-vous peur de la vérité ? Se moqua Becca.
- Je ne vous permets pas de me juger et encore moins mon mariage, claqua Finn furieux.
- Alors il ne fallait pas commencer à juger ma vie « dépravée » si vous ne vouliez pas que j'en fasse de même, claqua-t-elle en retour.
- Pour qui vous prenez-vous ? Vous me devez le respect dû à mon rang, siffla-t-il de haine en lui attrapant fortement le poignet et voulant l'entraîner à l'écart.
Becca le repoussa et se libéra de sa prise, attirant alors les regards sur eux.
- Votre rang ?! S'emporta-t-elle vivement. La seule chose qui nous différencie est ce que vous avez entre les jambes ! Et encore ! Je suis certaine de faire un bien meilleur usage de mes doigts et de ma bouche que vous de votre queue ! Queue qui n'est même pas capable de mettre enceinte votre femme !
Un silence de plomb s'abattit autour d'eux. Bouillonnant de rage Finn se retenait tout juste de tendre les bras pour étrangler Becca jusqu'à écraser sa gorge. Cependant, il n'eut pas besoin de résister plus longtemps à la tentation car Becca le dépassa brusquement, partant d'un pas décidé et tout aussi énervée par cette conversation. Il la suivit du regard pour la voir se figer lorsqu'elle vit Clarke sur le perron de leur demeure, sans doute alertée par leurs cris.
Les deux femmes échangèrent un regard puis Becca sembla vouloir parler mais Clarke se détourna violemment et retourna à l'intérieur. Il vit les épaules de Becca s'affaisser alors qu'il marchait vers elle. Il passa devant elle et étira un sourire victorieux alors que sa femme venait de la rejeter puis il disparut à son tour à l'intérieur, laissant la colère et la honte le submerger.
- Finn ? Je ne m'attendais pas à ta visite, fut surpris Lucius assis à son bureau et s'occupant de ses affaires de Sénateur et gouverneur de Sicile.
- Ce n'était pas prévu mais j'ai une requête à vous faire, annonça sans détour son fils.
- Tu m'as l'air tourmenté, que se passe-t-il ? S'inquiéta-t-il en lui prêtant toute son attention.
- J'aimerai que vous m'autorisiez à divorcer si Clarke n'est pas enceinte à mon retour de guerre.
Suffisamment humilié et fatigué de son mariage, Finn en était venu à cette ultime tentative auprès de son père pour s'en libérer. Il espérait que l'absence d'héritier le convaincrait.
- C'est impossible…
- Mais père ce mariage ne rime à rien, les gens parlent, notre nom est ridiculisé par les rumeurs alors qu'elle est incapable de me donner un héritier ! Avança-t-il avec véhémence.
- Silence ! Se leva-t-il de toute son autorité de père et magistrat.
Finn recula d'un pas et sembla presque se recroqueviller sur lui-même lorsqu'il baissa les yeux.
- Cela me tue de le dire mais son nom est bien plus important que le notre, le nom des Griffin nous ouvrira les portes du pouvoir, votre héritier se hissera au sommet du Sénat, voir même de l'empire, expliqua-t-il d'une lueur d'ambition dans le regard.
- Mais il n'y a pas d'héritier, je la baise tous les soirs et elle prie tous les jours Junon mais rien n'y fait ! Se révolta-t-il.
- Alors baise la plus fort, fait la engrosser par l'un de tes esclaves ou bien engrosse une catin, je me fiche de ta méthode tant que tout le monde pense que cet enfant est le tien !
- Père vous n'y songez pas, c'est contraire aux lois et jamais Clarke n'acceptera ou même gardera le silence.
- C'est ta femme, c'est à toi de la contrôler ou bien même cela tu en es incapable ?! S'énerva Lucius.
Cela eut l'effet d'une gifle pour Finn qui serra violemment les poings pour ne pas manquer de respect à son père ou pire porter la main sur lui alors que la rage bouillonnait dans ses veines.
- Nous devons tous faire des sacrifices pour l'honneur de la famille, je sais que je te demande beaucoup, reprit posément Lucius car il était conscient des sentiments de son fils pour une autre femme, mais ton sacrifice procurera gloire et fortune à notre famille, le nom des Catilina sera gravé dans l'histoire. Puis-je compter sur toi ? Demanda-t-il après un silence.
- Oui, père, se résigna-t-il amèrement.
Après un long voyage, le pigeon survolait enfin la grande cité de Rome. Epuisé, il avait hâte de livrer son message. Il survola plusieurs fois l'immense demeure sur l'une des collines de la ville puis il descendit jusqu'à la grande volière se tenant sur l'une des terrasses extérieures.
Le pigeon se posa sur l'un des perchoirs faisant face à la volière puis il attendit que l'on vienne retirer le message de sa patte. Ce que fit rapidement une jeune femme, une servante à la peau sombre et aux cheveux court finement tressés. Elle s'empara délicatement du message puis elle déposa le pigeon dans la volière, ce dernier s'envolant avec ses camarades déjà présent.
La jeune femme courut ensuite vers l'intérieur de l'immense demeure afin de délivrer le message à son maitre. Elle trouva Marcus Tullius en compagnie de son fils Gaius. Ils étaient en pleine discussion lorsque son arrivée les interrompit :
- Pardonnez-moi Dominus, mais un message est arrivé, s'excusa l'esclave en donnant le petit parchemin à Marcus.
- Ce n'est rien Gaïa, la rassura-t-il dans un sourire et un regard chaleureux.
Il s'empressa ensuite de dérouler le petit papier puis de le lire. Gaïa quitta silencieusement la pièce mais n'alla pas bien loin, se glissant dans un coin pour rester à portée d'oreille, écoutant attentivement les deux hommes.
- C'est un message de Becca, elle dit qu'elle est bien arrivée, énonça Marcus à son fils. Elle confirme que le fils Catilina s'est marié à l'héritière des Griffin.
- Lucius cherche à gagner en pouvoir à travers son fils, constata Gaius.
- Il faut que nous agissions et vite, annonça Marcus en refermant le petit parchemin.
- Devons-nous nous débarrasser de cette Clarke ? Demanda son fils.
- J'aimerai ne pas en arriver là, souffla Marcus, son père était un très bon ami et un grand homme.
- En étant sur le terrain peut-être que ma tante aura d'autres options à nous proposer ? Suggéra Gaius.
Il y eut un long silence puis Gaïa se dissimula dans l'ombre lorsque les deux hommes quittèrent la pièce pour rejoindre la volière, s'emparant alors d'un pigeon auquel ils accrochèrent un message avant de le laisser s'envoler pour Syracuse.
A suivre…
Alors ? :D Que pensez-vous des révélations concernant le problème d'enfant de Clarke ? Que pensez-vous de sa décision de ne rien dire et rester avec Finn ?
Et Becca elle vous plait toujours autant ? Je suis sûre que vous avez adoré revoir Joséphine ? XD Et Finn, son père n'est-il pas pire finalement ? Clarke a de quoi flipper.
Et bien sûr le mystère du pigeon... à vos théories ! :p
J'attends vos retour avec impatience !
Encore un grand merci et à bientôt !
