Petit mot de l'auteure : c'est pas le texte le plus joyeux.
Jour 11 : Fantôme
Contexte : post saison 8
Bronn avait supplié Tyrion de lui montrer l'endroit où Jaime était mort.
Il savait qu'avec une telle demande, il faisait preuve d'un égoïsme monstre. Tyrion avait perdu son frère, son pilier, son confident. Il avait déjà dû faire face à son cadavre une fois, et cette image devait le hanter tous les jours. En tant qu'ami, Bronn culpabilisait de lui demander de revivre cette horreur. Mais en tant qu'homme au cœur brisé, cela lui semblait être la seule solution pour... Pour quoi d'ailleurs ? Faire son deuil ? Dire au revoir à Jaime ? Parler sur un tas de pierres du bon vieux temps ? Il n'en était pas sûr. La seule chose qu'il savait, c'est qu'il devait aller là où Jaime avait perdu la vie. C'était un besoin vital, qui le prenait aux tripes.
Et Tyrion, parce qu'il avait peut-être la réponse à ses interrogations, ou alors parce qu'il était l'homme le plus droit qu'il n'avait jamais connu, accepta de l'y conduire.
- C'est plus loin, murmura-t-il. Sous cette voûte.
La pression étant trop grande, il le laissa faire le reste du chemin seul.
Lorsque Bronn arriva à l'endroit indiqué par Tyrion, il demeura debout un long moment, les bras pendants, ne sachant pas bien quoi faire. Il regarda les pierres écroulées durant plusieurs minutes, jusqu'à ce que son regard se fixe sur quelques tâches figées dans les briques. Des tâches écarlates, aussi écarlates que l'emblème Lannister, des tâches provenant du sang qu'avait perdu Jaime – ou Cersei ? Au fond, peu importait de savoir à quel jumeau il appartenait, le résultat était le même. Jaime était mort.
Lorsque Bronn avait reçu un courrier à l'écriture tremblante de Tyrion, il avait refusé de croire qu'une telle chose soit réelle. Cet idiot doré n'avait pas pu mourir. Ce n'était pas possible. Il avait passé plusieurs jours à Winterfell, dans le déni le plus total. Ensuite, il était allé voir Bran, lui demandant d'utiliser son étrange pouvoir pour lui confirmer ce qu'il pressentait : Tyrion c'était trompé. Mais, de son ton impersonnel, la Corneille avait ruiné tous ses espoirs d'une seule phrase. Jaime et Cersei Lannister sont morts. Le mercenaire c'était alors effondré, sous le regard lointain de l'homme qui venait de réduire ses espérances à néant. Dès lors, il s'était dirigé vers le Sud, afin d'avoir la confirmation de ce que tous lui disaient, et qu'il refusait pourtant de croire. Au fond de lui, il espérait un miracle.
Mais devant ces quelques gouttes, minuscules tâches dérisoires face à l'immensité des décombres, il ne put qu'accepter la réalité.
Jaime Lannister était mort.
Il ne le reverra jamais.
Cette idée, insoutenable, lui fit naître une larme, qu'il chassa d'un geste rageur.
- Je ne vais pas pleurer pour un imbécile, grommela-t-il. Car oui, t'es qu'un imbécile Jaime Lannister !
Bronn ne savait pas bien sur qui il criait ainsi – les ruines ? Le sang ? Le fantôme de l'autre idiot ?
- Je t'ai sauvé la vie bordel ! J'ai failli me faire brûler par un putain de dragon pour toi et c'est comme ça que tu me remercies ? En allant crever comme un con ? Tu me quittes moi, qui ai tout fait pour te garder en vie, pour la femme qui a voulu te tuer ? Je suis censé le prendre comment ? Oh je sais tu vas me dire, « ne t'inquiète pas Bronn, Tyrion va te le donner ton château ! » Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre de ce château de merde ! Si tu croyais vraiment que j'étais resté pour ça, c'est que t'étais vraiment bien le pire des idiots ! Putain de merde, tu... Tu es tellement con, Jaime. Vraiment. Peut être que tu méritais de crever comme un con. … Non. Excuse moi. Je ne voulais pas dire ça. Je... oublie ça. Oublie ce que j'ai dit, et reviens, d'accord ? Revient, et on reprend tout depuis le début. Je renonce au château. Je peux même officier ton mariage avec Cersei, vu qu'il n'y a que elle qui compte. Je ferai n'importe quoi, du moment que tu reviens. D'accord ? … Tu ne réponds pas. J'imagine que j'aurais dû m'en douter. C'est juste que... Je m'étais jamais attaché à rien dans la vie. Pas avant toi. Je m'étais attaché à toi. Et maintenant... J'ai perdu des morceaux de moi quand je t'ai perdu toi. J'ai l'impression qu'il ne me reste plus rien. Enfin si, Bran m'a promis un château. Le Bief. Mais j'en ai rien à faire. Tu m'as laissé la terre entière, Jaime. Et sans toi, la terre c'est petit. Je ne sais pas quoi faire de tout ça. Peut-être que je ne vais rien en faire. Peut-être que je pourrais te rejoindre. T'en penses quoi ? … Ouais. Tu n'aimes pas cette idée. Ton paradis, c'est toi et Cersei, hein ? Moi, dedans, je n'ai pas ma place. Je ne l'ai jamais eu. J'ai juste servi de pion pour vous permettre de vous entre-tuer pour mieux vous retrouver après. Vous êtes complètement barges, tu le sais hein ? Mais peut-être que moi aussi je suis barge, à espérer que vous êtes heureux entre barges. Je... je ne sais plus trop quoi penser. Ou dire. À part peut-être merci. Et au revoir.
