NDA : Donc il y a beaucoup de Leo dans celui-là. Beaucoup. En fait, ce n'est que du Leo, donc désolée pour ça, mais c'est la seule partie du reste de l'été qui, je trouve, pouvait marcher seule pour que je puisse vous sortir le chapitre plus vite. L'histoire est très UA dans celui-ci, même si tous les fans de la Lionne se sentiront chez eux. Ne vous inquiétez pas si ça semble très étranger à l'univers HP – je vais les mélanger en même temps que l'histoire continuera. L'habituel disclaimer : je ne possède pas les personnages des autres personnes ni les histoires. Merci de votre lecture !
NDT : Petite annonce concernant The Pureblood Pretense : Violet a commencé à mettre PP sur AO3 avec des corrections et surtout des améliorations de l'histoire (en plus de nous sortir le chapitre 3 de MM, on est gâté). J'ai donc commencé à intégrer ces mises à jour en même temps que je corrige la traduction de PP. Vous pouvez donc dès à présent lire les trois premiers chapitres corrigés ! Comme j'attendais que Violet vienne sur AO3 pour publier là-bas aussi, c'est maintenant fait ! Mon pseudo sur AO3 est le même qu'ici. Violet n'ayant par contre pas encore tout mis sur AO3, SS n'est encore trouvable en français qu'ici sur FFnet. Sur ce, bonne lecture.
Chapitre 2
Harry avait la tête qui tournait. Encore. Elle était penchée sur ses notes sur la Potion Polynectar dans la Bibliothèque des Potter, essayant comme elle l'avait fait depuis des semaines de déterminer les restrictions des données variables. Elle devait les contourner d'une manière ou d'une autre, si son idée devait marcher.
Il y avait différents types de magie modelée, comme Harry l'avait appris dans ses recherches. Il y avait le type de magie qui faisait relativement la même chose à chaque fois sur la chose la plus proche qu'elle rencontrait – comme un charme de réchauffement ou le sort Expelliarmus, on pointe et on tire, tout simplement. Puis il y avait la magie qui dépendait de paramètres, de variables, qui étaient fournis dans le cas d'un sort par l'intention du sorcier et dans le cas des potions par les ingrédients ajoutés après qu'elles soient terminées. Dans le cas du Polynectar, les motifs basiques de la magie modelée étaient intégrés dans la recette, mais l'effet exact de la potion dépendait de la donnée variable – le cheveu du sorcier en qui on voulait se transformer, qui était ajouté après que la potion était achevée. Au début, Harry crut que la potion "lisait" simplement l'ADN encodée dans le cheveu et produisait une copie chez le sorcier qui la buvait. Mais alors, Harry fit un petit peu plus de recherche.
Si l'ADN était la seule chose que la magie "lisait" quand un sorcier prenait du Polynectar, alors cela ne prendrait pas en compte des choses dans l'apparence avec lesquelles l'ADN n'avait rien à voir. Par exemple, si le Polynectar lisait simplement l'ADN et que l'on prenait le cheveu de quelqu'un qui avait teint ses cheveux, on finirait avec leur couleur d'origine. Si quelqu'un avait été mal nourri pendant l'enfance et était devenu plus petit qu'il n'était "censé" être, en se basant sur la génétique seule, on finirait plus grand que la personne sous l'influence du Polynectar. Si la cible avait perdu une jambe dans une bataille, on finirait comme elle avec la jambe, parce que rien dans l'ADN ne prenait en compte les influences extérieures durant la vie d'une personne.
Donc Harry avait raisonné que la potion n'analysait pas l'ADN, ou tout du moins pas l'ADN uniquement. C'était comme si le cheveu représentait d'une certaine façon la personne à qui il appartenait telle qu'elle était au moment où le cheveu était pris. Elle n'était pas sûre de comment cela se pouvait, donc elle avait fait plus de recherche sur la biomagie, la magie qui affectait le corps. Archie l'avait beaucoup aidée dans ce domaine ; le Soin n'était à peu près que de la biomagie, et même si elle était techniquement du même niveau qu'Archie en tant que première année d'AIM, Archie avait lu des revues médicales et avait emprunté des livres sur la Médicomagie pendant des années. Ses réserves de connaissance sur le sujet la dépassaient de loin, et les informations qu'il lui avait fournies furent très utiles.
Il s'avéra que les cheveux ne contenaient pas juste de l'ADN. Archie expliqua que même les moldus étaient au courant de ça. Ils utilisaient les cheveux pour tester si une personne avaient pris des substances illégales, parce que les cheveux absorbaient de l'environnement les produits chimiques comme l'arsenic et la fumée. De plus, même l'ADN qui était dans les cheveux n'était pas en fait de l'ADN nucléaire à moins que le cheveu ne soit pris à la racine. Les cheveux normaux qu'on perdait contenaient seulement de l'ADNmt, ou génome mitochondrial, qui n'avaient pas le code génétique complet nécessaire pour copier les caractéristiques physiques exactes, même en excluant les influences extérieures. Donc en d'autres termes, en fait, la potion ne prenait pas l'ADN du cheveu qu'on y ajoutait. Elle prenait autre chose.
Cette autre chose se révéla être la magie. Comme Archie l'expliqua, les cheveux n'absorbaient pas que les produits chimiques physiques et les toxines de l'environnement, mais dans le cas d'un sorcier, les cheveux absorbaient la magie également. Avec le recul, cette information expliquait beaucoup de choses. La plupart des sorciers et sorcières adultes gardaient leurs cheveux longs. Harry l'avait toujours mis sur le compte des coutumes sang-pures, mais et si c'était plus que ça ? Comme Draco et Pansy le lui disaient toujours, les sang-purs ne faisaient jamais rien sans raison. Archie expliqua que les cheveux d'un sorcier absorbaient constamment de la magie, et la magie absorbée la plus proche et la plus fréquente était la signature magique du sorcier même. Quand le cheveu était ajouté à la potion, la magie la plus forte à l'intérieur serait la signature magique de son propriétaire, ce qui voulait dire que ce que le cheveu ajoutait probablement à la potion était la signature magique.
De là, Harry rechercha quel type d'informations pouvaient être glanées à partir d'une signature magique. Elle savait que les signatures magiques étaient hautement spécifiques, et de ce fait étaient utilisées pour des raisons d'identifications au Ministère, tout comme une empreinte digitale, d'où la partie "signature". Elles étaient aussi presque impossibles à falsifier, et c'est pourquoi les protections de haut niveau étaient liées avec des signatures magiques plutôt qu'un code d'accès comme les protections de sécurité de bas niveau. Harry savait que le Polynectar changeait seulement l'apparence physique d'une personne, ce qui voulait dire que l'esprit et l'âme du buveur restaient les siens, mais elle découvrit que même le Polynectar ne pouvait pas copier la signature magique d'un autre sorcier. Autrement, n'importe qui pourrait passer à travers des protections du plus haut niveau avec la potion, ce qui n'était tout simplement pas le cas.
Donc la potion ne copiait pas la signature entière, mais une partie de la signature était ce qui donnait à la potion les entrées dont elle avait besoin pour copier. Par conséquent, pensa Harry, il devait y avoir des données physiques enregistrées dans une signature magique à propos de la personne à qui elles appartenaient. Et pourtant, elle ne pouvait pas imaginer pourquoi cela se pourrait, ou dans quelle partie de la signature les données physiques pourraient se trouver.
C'était important à comprendre pour elle, parce qu'elle essayait de changer légèrement les paramètres des données pour modifier la potion. La recette était trop délicate pour y toucher – et honnêtement, elle n'était pas assez compétente pour même essayer. Ce qu'elle avait prévu de faire n'était pas de changer la potion elle-même, mais plus de changer ce qui était mis dedans. Harry voulait faire une variante du Polynectar qui ne copierait pas une silhouette ou une autre exactement, mais à la place, permettrait à un mélange des deux silhouettes. Elle voulait mélanger le physique d'Archie et le sien et de créer un juste milieu depuis lequel ils pourraient tous les deux se Polynectariser, de ce fait paraissant exactement pareils, ou au moins suffisamment pareils pour tromper tout le monde. En vérité, Harry ne changeait pas, on répète pas, l'un ou l'autre de leurs sexes. Elle ne voulait vraiment pas devenir pour de vrai un garçon pendant six ans, et elle était presque certaine qu'Archie refuserait tout simplement.
À la place, elle voulait créer une silhouette qui apparaîtrait comme étant un garçon légèrement délicat. Dans le cas d'Archie, elle serait vraiment de sexe masculin, et dans le sien, elle la ferait seulement paraître de sexe masculin, avec ses traits féminins grandement diminués. Des hanches plus étroites, des épaules plus larges, un torse assez plat, et plus grande qu'elle ne le serait probablement en grandissant naturellement. Pour faire cela, elle avait besoin d'isoler par un quelconque moyen les composants d'une signature magique qui révèlerait les caractéristiques physiques du sorcier à qui ils appartenaient, pour qu'elle puisse mélanger la signature d'Archie et la sienne d'une façon qui sélectionnerait les caractéristiques qu'elle voulait. Puis elle devait trouver un moyen pour que le Polynectar accepte la signature mélangée au lieu d'une signature naturelle.
Bien sûr, ce n'était pas la seule chose concernant la potion qu'elle devrait changer. Elle avait aussi besoin que la potion dure plus longtemps. Harry savait qu'elle n'était probablement pas la première à souhaiter que le Polynectar dure plus longtemps qu'une heure, et en effet, elle avait lu plein de recherches sur la possibilité du sujet – certaines crédibles et d'autres pas aussi crédibles. Un article avait même suggéré que l'on devrait manger des bousiers vivants à chaque nouvelle lune pour faire durer la transformation plus longtemps. Des âneries totales, de l'avis de Harry. Oui, il y avait eu beaucoup de spéculations faites sur la possibilité, mais tous les articles qu'elle avait lus avaient proposé des changements à la recette. Harry avait concocté la recette du Polynectar trois fois durant les presque deux mois qu'elle avait été à la maison, et chaque fois, son esprit et sa magie lui disaient la même chose. La recette était parfaite.
Harry voyait, et de façon plus importante, sentait, que tout allait dans la recette telle qu'elle était. En quelque sorte, elle… accrochait bien, magicalement parlant. Tout s'arrangeait ensemble d'une façon qui était délicate et pourtant élégante, et Harry était sûre que la clef pour adapter la potion n'était pas en changeant la recette à proprement parler. Elle se trouvait dans les variables.
L'entrée variable du cheveu était évidente, parce que le résultat de la potion changeait en fonction du cheveu de qui on mettait à l'intérieur, mais Harry trouva que la portion relative au temps de la potion était tout aussi variable. D'aussi loin qu'elle pouvait voir, rien dans les ingrédients qui causaient le changement chez le buveur étaient sujets au temps. C'est-à-dire, les choses dans la potion qui te transformait en quelqu'un d'autre n'étaient pas celles qui la faisaient durer qu'une heure. C'étaient les ingrédients qui la rendaient temporaire qui était relatifs au temps, donc la raison pour laquelle elle ne durait qu'une heure était à cause des ingrédients qui te retransformait en toi-même. Ceux-là étaient conçus dans la recette pour prendre effet une heure après.
Harry supposa que l'idée était qu'il valait mieux avoir une durée de temps plus courte que d'être coincé dans un corps différent pour toute sa vie.
Ou non ?
Harry avait une ébauche de plan pour contourner le besoin agaçant de prendre du Polynectar à chaque heure. Cela tournait autour du fait que la recette du Polynectar était aussi hermétique. Chaque ingrédient avait un but et était précautionneusement mesuré contre tous les autres ingrédients. De cette façon, la potion finie était entièrement neutre. Elle ne réagirait avec rien jusqu'à ce qu'elle soit bue, ce qui voulait dire que le cheveu de n'importe qui pouvait être ajouté en toute sécurité, mais cela voulait aussi dire que n'importe quoi d'autre pouvait être ajouté en toute sécurité également. À ce stade, Harry joua avec l'idée d'ajouter un ingrédient pour rendre le changement permanent. Pas irréversible, bien sûr, mais permanent dans le sens que la transformation ne s'annulerait pas d'elle-même naturellement. Cela ne serait pas pratique pour quiconque voulant devenir quelqu'un d'autre pour une journée, mais pour six ans ? Harry trouva que c'était une plutôt bonne idée. Elle ajouterait simplement l'ingrédient qui assurerait la permanence en même temps qu'elle ajouterait la signature magique modifiée. Bien sûr, cela voulait dire qu'elle devait d'abord découvrir comment correctement mélanger les signatures.
Harry trouva que cela l'aidait de penser en termes de couleurs. Présentement, elle était rouge et Archie était jaune. Ils voulaient tous les deux finir en une sorte de jaune orangé. Cela serait bien trop évident, toutefois, s'ils devaient devenir jaune orangé du jour au lendemain. À la place, le plan impliquerait en fait une série de Potions Polynectar permanentes, individualisées pour à la fois Harry et Archie et étalées pendant au moins une demi-année. Dans la première dose, elle changerait légèrement, et avec chaque dose après ça elle deviendrait plus rouge orangé, puis plus orange, et enfin, elle atteindrait le jaune orangé en même temps qu'Archie. Elle n'avait pas encore décidé combien de doses cela prendrait pour les faire changer suffisamment lentement pour que ceux qui les voyaient tous les jours ne remarquent rien, mais c'était le plan général.
Ou il le serait, si Harry pouvait juste comprendre comment différencier les parties d'une signature magique.
Harry soupira et ferma le livre qu'elle lisait. Il ne lui avait rien appris d'autre que les vingt autres livres n'avaient pas déjà dit. Elle devait commencer à concocter pour Krait de toute façon si elle voulait avoir les caisses remplies avant midi comme d'habitude. Harry vérifia le cadran de montre sur le mur de la Bibliothèque. Il était déjà huit heures du matin.
Elle rangea les livres avec précaution avant de descendre au labo. Il n'y avait pas de bibliothécaire folle pour lui lancer le mauvais œil si elle les laissait sortis, mais elle ne voulait pas qu'un des adultes voie ce qu'elle étudiait. Mieux valait qu'ils pensent qu'elle était dans la bibliothèque à réviser pour ses cours d'école-hibou. Harry se sentit légèrement mieux lorsqu'elle eût retiré le chaudron du séchoir et l'eût mis en place. Elle commençait une nouvelle potion aujourd'hui, après tout, et il n'y avait aucune chance d'être morose en faisait ça. Elle relut attentivement la recette pour le philtre d'amour que Krait lui avait donnée la veille.
Elle n'avait jamais concocté de philtre d'amour auparavant et Krait ne les avait mis en vente avant non plus, mais ses ventes avaient augmenté depuis qu'elle avait commencé à travailler, une combinaison d'un stock plus vaste disponible et le fait que Leo était apparemment plutôt populaire avec les résidents de l'allée. Harry soupçonnait que Leo fréquentait l'allée depuis longtemps, allant chercher des ingrédients de potions pour son père et autres, et s'était fait beaucoup d'amis. Maintenant que Leo l'accompagnait au Serpent's Storeroom, il semblait que plein de personnes étaient curieuses de savoir de quoi il en retournait. Plus d'intérêt voulait dire plus de clients, ce qui voulait dire plus de demandes de potions, et plus de choses à faire pour Harry.
Donc elle s'essayait à un philtre d'amour ce matin et priait qu'Archie n'en entende jamais parler. Il la taquinerait jusqu'au siècle prochain, particulièrement après qu'elle avait juré haut et fort après avoir lu une critique que Professeur Snape avait écrit sur le travail d'un autre Maître sur les philtres d'amour quand elle avait neuf ans qu'elle ne s'approcherait jamais de ces trucs idiots.
Harry sortit les ingrédients que demandait la recette et commença à les préparer. Une fois que la base mitonnait, elle connecta son noyau à la potion et commença à imprégner. Elle devenait meilleure pour comprendre en avance combien de magie une potion aurait besoin, et elle haussa les sourcils alors que ses sens s'étendaient. Apparemment, la quantité de magie nécessaire pour concocter un philtre d'amour était plus élevée que deux Philtre de Blaneige combinés. Harry se demanda si tous les philtres d'amour avaient besoin d'autant de magie pour être stable, et théorisa que peut-être c'était ainsi parce que les potions qui marchaient sur la compulsion de l'esprit avaient besoin d'une plus grande alimentation magique que les potions qui n'affectaient guère que le corps. Elle se demanda ensuite combien de magie une potion comme l'Amortentia ou le Veritaserum prendrait à préparer. Peut-être qu'elle ne tenterait pas celles-là avant encore quelques années.
Tout allait bien, jusqu'à ce qu'elle arrive à l'étape trois. Le moment où elle fit tomber les yeux de chimère séchés, elle sut que quelque chose n'allait pas. La potion paraissait bien visuellement, mais via la connexion à travers laquelle elle versait de la magie, la potion écumait et bouillait. Elle pouvait le sentir, au début juste un petit peu étrange pour ses sens magiques, mais grandissant plus instable d'instant en instant. Cela ne paraissait pas bon et semblait déséquilibré et… et dangereux. Harry s'écarta rapidement de la potion. Elle commençait juste à faire des bulles inquiétantes sur les bords quand Harry cria la séquence d'urgence aussi fort et clairement qu'elle le pouvait :
« Code Omega ! Station trois ! Code d'accès : Sunset Bravo ! »
À ses mots, les mesures de précautions intégrées sur lesquelles Lily avaient insisté quand elle avait accepté de laisser Harry concocter seule se mirent en place. Des boucliers épais, renforcés par de la magie sortirent du sol et formèrent un dôme de sécurité autour de la potion instable. Quelques secondes plus tard, la potion explosa, emportant avec elle des gros morceaux de chaudron. Elle s'éclaboussa avec un tremblement violent contre le verre clair du dôme de rétention et Harry s'assit en tremblant sur un des fins tabourets en métal pour donner à ses battements de cœur une chance de se calmer.
Cinq secondes plus tard, James et Remus dévalèrent tous deux les escaliers du labo. Ils s'arrêtèrent en dérapant quand ils virent Harry assise, indemne, bien protégée de l'explosion et ils haletèrent tous les deux fortement.
« Tu… vas bien… Harry ? dit James, essoufflé, entre deux respirations. On a entendu… l'alarme.
– Je vais bien, Papa, dit Harry souriant un peu de biais. Juste surprise, c'est tout.
– Tu as levé le bouclier, par contre, dit Remus, paraissant soulagé, bon boulot. »
James tendit les bras et tira Harry du tabouret dans une forte étreinte.
« Tu m'as fait une de ces peurs, Faon. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Harry répondit à son étreinte fermement.
« C'étaient les yeux de chimère.
– Ça ne veut rien dire pour moi, rit James, avec juste un léger soupçon d'hystérie.
– Désolée, dit Harry en étouffant un rire dans le bras de son père. Mauvaise recette, je crois. Je ne m'y connaissais pas assez sur la potion que je préparais pour remarquer l'erreur. Je ferai plus attention à partir de maintenant.
– Eh bien, tu vas bien, et c'est tout ce qui importe, dit Remus, jetant un œil inconfortable au bazar derrière la barrière du chaudron. Je vais t'aider à nettoyer tout ça demain, d'accord ? Lily voudra voir ça quand elle sera à la maison. Pourquoi ne te reposerais-tu pas pour le reste de la journée ? »
Harry acquiesça, se détachant de son père pour enlacer Remus également.
« Merci d'être venus aussi rapidement à la rescousse les gars. Vous êtes mes chevaliers blancs en armure. »
James sourit bizarrement.
« Ouais, un jour je me rendrai compte que tu n'auras pas besoin d'être secourue. »
Harry secoua la tête.
« Un jour, j'aurais vraiment besoin d'être secourue, et je serai contente de t'avoir là. »
Face à l'insistance de son père et de Remus, Harry se reposa le reste de la matinée. Ils étaient convaincus que c'était sa tendance à trop travailler, et non la recette erronée, qui était responsable d'un tel événement sans précédent dans son labo. Il était vrai que Harry n'avait jamais fait exploser de chaudron auparavant, mais au moins, ils savaient que les mesures de précautions marchaient.
À midi, Harry cheminetta au Chaudron Baveur, les mains vides pour une fois. Leo se remit debout de là où il s'appuyait contre le mur et lui fit un sourire incrédule.
« N'oublies-tu pas quelque chose aujourd'hui, petite pousse ? »
Il regarda ses mains vides d'un air entendu.
Harry sourit avec regret.
« J'ai bien peur que non. Pas de potions aujourd'hui. Je suis venu te dire que je n'avais pas besoin d'une escorte. Non pas que j'en ai besoin les autres fois, cela dit, mais dès que je suggère que tu arrêtes de te déranger pour transporter mes potions…
– Je te dis que rien au nom de notre amitié n'est dérangeant, termina Leo, s'avançant pour ébouriffer ses cheveux.
– Comme tu dis, soupira Harry, appuyant sur ses boucles indisciplinées pour les remettre en place. Mais je ne crois pas que j'accepterai que ce soit ok jusqu'à ce que tu me demandes quelque chose de similairement dérangeant pour moi. »
Leo secoua la tête.
« Tu es trop honnête pour ton propre bien, Harry. C'est comme si tu invites les gens à faire ce qu'ils veulent de toi.
– C'est faux. »
Harry fronça inconfortablement les sourcils, incertaine quant à quelle partie de cette déclaration elle protestait. Elle n'était pas honnête du tout, mais elle ne pouvait pas dire ça à Leo.
« J'ai dit que tu devrais me demander quelque chose pour que notre amitié soit sur un pied d'égalité, et pas que je te laisserais me marcher dessus si tu demandais. »
Leo baissa des yeux remplis d'humour sur elle et changea de sujet :
« Donc pourquoi pas de potions aujourd'hui ? Ton concocteur a enfin pris un jour de repos bien mérité ?
– Pas exactement, dit Harry. Une des recettes que Krait m'a données la dernière fois était mauvaise. Un chaudron a explosé, créant un énorme bazar dans le labo, donc pas de potions. »
Leo parut troublé.
« Est-ce que tu étais dans le labo quand l'explosion a eu lieu ? »
Harry haussa les épaules.
« Oui, mais le labo est très bien équipé en termes de sécurité. Les boucliers ont contenu l'explosion, c'est juste casse-pied à nettoyer.
– Tout de même, dit Leo. Cela ne serait pas arrivé avec une meilleure recette.
– Je suppose que c'est vrai, dit Harry sans vraiment prêter attention alors qu'elle se poussait du chemin pour laisser passer un large groupe de sorcières avec des robes magenta. Mais un Potionniste prend ce risque quand il essaye une recette de potion inconnue. Il n'y a pas de comité qui publie des recettes standards pour des potions, tu sais. Les Maîtres des Potions publient juste des livres avec les recettes qu'ils utilisent à l'intérieur. Ces recettes ont pu leur avoir été passées par leurs mentors ou elles ont pu être changées et améliorées par le Maître lui-même. Il n'y a aucun moyen de savoir à quel point une recette est bonne jusqu'à ce qu'on l'essaye, à moins qu'il y ait des recherches importantes déjà publiées sur une recette en particulier. »
Leo passa une main distraite dans ses cheveux bruns.
« Ouais, j'imagine. Mais même… »
Harry prit un pas vers la porte et dit :
« Désolé que ta venue ici soit encore plus inutile que d'habitude aujourd'hui, Leo. Je te verrai demain, je présume. »
Leo haussa un sourcil.
« Où est-ce que tu vas alors ?
– Je vais voir si je peux obtenir une meilleure recette du patron, dit Harry.
– Très bien, allons-y, dit Leo, son sourire détendu de retour sur son visage. Je dois parler un instant avec Mr. Krait moi aussi. »
Harry soupira.
« Je n'ai vraiment pas besoin de protection aujourd'hui, Leo. Mes mains sont libres.
– Tu ne me crois pas ? Je suis anéanti. Très bien, jeune Harry. Pas de protection, alors. Et un ami ? dit Leo, tenant ouverte la porte de derrière du pub avec une vive impatience.
– Je suppose que l'on est toujours en besoin d'amis », dit Harry en souriant légèrement.
Elle leva les yeux vers Leo en sortant dans l'allée.
« Les amis s'aident mutuellement, par contre, donc commence à réfléchir à des moyens via lesquels je pourrais te repayer. »
Leo ne fit que sourire et ils marchèrent amicalement sur la route familière vers l'allée des Embrumes. Quand ils arrivèrent au Serpent's Storeroom, Mr. Krait les salua avec la même résignation perplexe qu'il avait toujours.
« Encore de retour, Harry ? Oh, regardez, Leo est là aussi. Quelle surprise. »
Krait bâilla de façon théâtrale, leur faisant signe de la main vers l'arrière-boutique.
« Posez juste les caisses vers… attendez. Pas de potions aujourd'hui ? »
Il leva le menton de son autre main et les regarda tous deux avec attente.
« Tu t'es pas encore attiré d'ennuis dans l'allée, j'espère ?
– Non, Mr. Krait, dit Harry. Je ne crains que la recette que vous m'ayez donné pour le philtre d'amour était erronée. Elle a fait exploser le chaudron, malheureusement, donc je me demandais si vous aviez une version différente quelque part. »
Krait se rassit droit, fronçant des sourcils.
« Une recette erronée ? Je suis désolé, gamin, est-ce que tu vas bien ? »
Harry acquiesça.
Leo se renfrogna.
« Harry était dans le labo quand c'est arrivé.
– Bah bien sûr qu'il était… hum », toussa Krait avec amusement quand il se reprit.
Il semblait apprécier le fait de rouler Leo dans la farine, et ne l'avait pas encore corrigé sur qui concoctait les potions.
« Je supposa qu'en tant que, ah, assistant, tu as été le plus touché ? »
Harry secoua la tête.
« Je vais bien. Le labo a des boucliers qu'on peut activer quand un chaudron est instable.
– Eh bien, je me sens quand même mal par rapport à tout ça. »
Krait se gratta le menton.
« Ce n'était pas ma recette. Je ne touche pas beaucoup aux philtres d'amour et autres. Avec tous les nouveaux clients qui venaient, je pensais m'agrandir un peu, donc j'ai récupéré la recette d'un vieil ami. Peut-être qu'il n'était pas aussi amical que je le pensais. Ç'a explosé ton chaudron, t'as dit ? C'est pas un exploit facile, même si bien sûr, ils ne font plus les chaudrons comme autrefois. Le fond est tout fin et faible. »
Harry haussa les épaules.
« Je comprends comment c'est avec les recettes inhabituelles. Généralement, je remarquerais quelque chose d'aussi incongru, mais je ne suis pas familier avec les philtres d'amour non plus. Maintenant je sais qu'il ne faut pas ajouter des yeux de chimère au moins.
– Des yeux de chimère séchés ? »
Au hochement de Harry, les yeux de Krait s'arrondirent et il pâlit abruptement.
« J'aurais dû vérifier cette recette. Je suis vraiment désolé, gamin, j'aurais pu remarquer ça si j'avais regardé. Des yeux de chimère séchés… »
Il secoua la tête, un peu secoué lui-même.
« Ils ne devraient être utilisés que dans les potions les plus basiques et les moins réactives. C'est un ingrédient violent, oui, un des seuls qui réagissent avec de large quantité de magie. Avec la magie impliquée dans un philtre d'amour, je suis très surpris que tu te sois éloigné de la zone d'explosion à temps, gamin. Ce genre de réaction n'aurait eu presque aucun signe d'alerte visible. »
Harry gigota inconfortablement.
« Juste de la chance, j'imagine. »
À ses mots, Leo souffla d'agacement. Elle se retourna pour lui jeter un œil et recula presque sous la surprise. Le visage de Leo était sombre d'émotions réprimées. Il fixait Krait avec tant de férocité que Krait en grimaça pour de vrai.
« Qui t'a donné cette recette ? demanda Leo d'une voix qui était dangereuse et basse. Dis-moi que ce n'était pas l'un des nôtres. »
Harry n'arrivait pas à croire qu'un tel son sorte de Leo. Même quand il avait des moments de sérieux, la voix de son ami n'acquérait qu'un côté ferme. Là, c'était différent. Leo ressemblait à un général dont le subordonné lui avait directement désobéi. Il était en colère.
Krait déglutit fort.
« C'était Griffe, votre… Leo. Griffe m'a donné la recette. Il était censé la délivrer de la part de Solom, qui l'a reçue d'un concocteur de potions itinérant au Dragon Dansant, mais je me dis que Griffe a dû changer certaines choses durant la distribution. »
Leo expira lentement, toujours visiblement en colère.
« Ça ne peut pas être Solom, tu as raison. Griffe par contre… Je ne connais pas autant de choses sur lui que je le souhaiterais. J'enquêterai là-dessus, Edgar.
– Comme tu veux, Leo, dit Krait. Alors, Harry, tu m'enverras la facture pour le nouveau chaudron ?
– Ce n'est pas exactement de votre faute, pourtant, non ? dit Harry d'une voix dubitative. Pourquoi je n'enverrais pas la facture à ce "Griffe" ?
– Parce que Griffe mange les petits gamins comme toi au petit déjeuner, rit moqueusement Krait. Je m'en occuperai, morveux. J'aurais dû vérifier la recette avant de te la passer dans tous les cas. Ça m'apprendra à baisser ma garde, hein ?
– Croyez-vous que cet homme essayait de vous tuer, Mr. Krait ? » demanda Harry, les yeux écarquillés.
Pourquoi Krait n'était-il pas plus alarmé à l'idée ?
« Qui sait ? dit Krait de façon bourrue. C'pourrait être moi, ou s'il sait que je sous-traite, ça pourrait être un de mes concocteurs qui était la cible. Aucun moyen de savoir, puisque je ne mets pas en avant qui fait quelle potion à moins qu'un client ne me le demande spécifiquement.
– Je vois, dit Harry. Eh bien, faites-moi savoir si vous obtenez une meilleure copie de cette potion que vous vouliez, Mr. Krait.
– Bien sûr, gamin. Continue juste à faire les anciennes pour l'instant », dit Krait.
Harry souhaita une bonne journée à Krait. Leo quitta la boutique avec elle. Il fronçait toujours les sourcils, broyant du noir sur Griffe ou la recette bidon ou autre. Harry n'arrêtait pas de lui jeter des coups d'œil alors qu'ils retournaient au chemin de Traverse. Elle avait l'impression qu'elle devrait dire quelque chose, n'importe quoi, pour sortir Leo de son humeur noire. Ce n'était pas de son genre d'être en colère pendant si longtemps, du moins d'aussi loin qu'elle savait. Maintenant qu'elle y réfléchissait, Harry ne connaissait pas si bien Leo, à part le fait que son père était Malcolm Hurst et que sa mère était une Guérisseuse de quelque sorte qui travaillait dans une clinique sorcière. Elle devrait probablement apprendre plus de choses sur Leo, s'ils devaient être amis. D'un autre côté, cela serait un peu hypocrite de sa part. Elle n'avait pas exactement été très honnête ou ouverte avec Leo.
Peut-être qu'il était temps de changer ça.
Quand ils atteignirent l'allée principale, Leo se tourna vers le Chaudron Baveur, mais Harry chopa son coude et le tourna dans l'autre direction, vers Gringotts. Leo l'autorisa à le tracter sur quelques pas, un sourcil perplexe se levant alors qu'il baissait les yeux sur elle.
« On ne va pas au Chaudron Baveur aujourd'hui ? demanda-t-il.
– Non, dit Harry. Je prends ma journée pendant que le labo est nettoyé et tu prends ta journée au lieu de… faire les trucs que tu fais dans tes journées, parce que tu es impropre à la compagnie de quiconque à l'instant présent.
– Permets-moi de pointer quelques défauts dans ton plan, dit Leo, bien qu'il n'arrêtât pas son tractage le long de l'allée. Si tu es l'assistant, ne devrais-tu pas toi être celui qui nettoie le labo ? De plus, c'est étrange de ta part de te porter volontaire pour m'accompagner cet après-midi si je suis impropre à la compagnie.
– Il est vrai que normalement un tel acte serait agaçant, dit Harry avec grandeur, mais j'ai découvert que rien au nom de l'amitié n'est réellement gênant. Je supporterai donc ton immense mauvais caractère, même si c'est seulement pour que personne d'autre n'ait à le faire.
– Immense mauvais caractère ? dit Leo, incrédule. Je ne suis pas si fâché que ça.
– Eh bien, tu ne seras plus fâché du tout après ça, dit Harry.
– Après quoi ? dit Leo en fronçant les sourcils. Où est-ce qu'on va ?
– Tu veux dire : "Où sommes-nous arrivés ?", corrigea Harry en arrêtant et tournant Leo pour qu'il regarde la devanture joyeusement colorée devant eux.
– Fortarôme ? »
Leo la regarda de côté.
« Les glaces rendent tout meilleur, dit Harry en ajoutant après coup : À part les potions.
– Quel âge as-tu ? » demanda Leo, amusé.
Harry fronça intérieurement des sourcils au coup bas sur son âge, mais au moins Leo n'avait plus un air renfrogné.
« Suffisamment âgé pour apprécier les bonnes choses dans la vie, dit-elle, poussant le garçon plus âgé dans le bas de son dos à l'intérieur du glacier. Et en outre, ce n'est pas que de la glace que je te donne aujourd'hui.
– Oh ? rit Leo à ses manœuvres insistantes et leva les mains en l'air pour montrer qu'il irait tranquillement au comptoir.
– Oui, dit sérieusement Harry. Aujourd'hui, tu gagnes des informations.
– À propos de toi ? »
Leo la regarda vivement.
« Une chose rare en effet. Pour quelle occasion ?
– Ton sale caractère, plaisanta Harry. De plus, je pense que l'on a atteint le point où il est clair que tu ne vas pas juste partir. Si je ne te dis pas les choses maintenant, ça sera moche quand tu les découvriras plus tard, et j'imagine que je n'ai pas de réelles raisons pour les garder. »
Hormis l'habitude, ajouta-t-elle silencieusement.
Leo baissa les yeux sur elle d'un air suffisant.
« Enfin. Très bien, je veux deux boules de fraise et une de chocolat. »
Harry bafouilla :
« Qu… ? Tu es le presque adulte ! Tu es censé payer. »
Leo secoua son doigt vers elle.
« A-ah, Harry. Tu m'as invité, et tu es celui avec un boulot. Tu devrais payer.
– Mais… mais j'économise mon argent pour…
– Pour ? » pressa Leo, intéressé.
Harry souffla sur sa frange avec agacement.
« Ok, d'accord, je vais payer. Mais tu n'auras que deux boules.
– Radin », renifla Leo puis il lui fit un grand sourire.
Harry lui sourit en retour. Les glaces étaient définitivement une bonne idée.
Elle commanda leurs glaces et passa les mornilles avec bonne grâce. Elle n'était pas vraiment inquiète d'avoir assez d'argent pour l'appartement quand viendrait août. Elle en gagnait beaucoup avec toutes les potions qu'elle concoctait pour Krait. Ils s'assirent à l'extérieur pour qu'ils puissent regarder les gens pendant qu'ils mangeaient. Après un moment, Leo commença à pointer les gens qui passaient et à dire à Harry des choses sur eux. C'était un peu comme écouter les Malfoy lui raconter des choses sur leurs invités à la Réception en Plein Air, et pourtant, ce n'était en rien pareil. Les personnes circulant à Traverse étaient complètement différentes des sang-purs soignés et étincelant qui fréquentaient le Manoir des Malfoy.
De plus, Leo ne lui racontait pas les sales petits secrets des gens. À la place, elle apprit que la femme qui travaillait à la boulangerie de l'autre côté de la rue sortait avec le frère du forgeron, qui prévoyait de lui faire sa demande en mariage lors de l'anniversaire de leurs quatre ans. Elle apprit que le garçon qui balayait les plumes à Eeylops, Royaume du Hibou était le fils du chef qui cuisinait pour les cuisines du Dragon Dansant. Elle apprit que le nom du garçon était Jason, et qu'il voulait être un fabricant de jouet quand il serait plus grand. Apparemment, les sculptures sur bois de Jason étaient déjà très bien connues dans l'allée.
Harry écouta et regarda pendant que le visage de Leo prenait vie. Il parlait de ces gens comme s'ils étaient tous une partie de sa famille. Ses yeux noisette brillaient d'une tendresse sincère quand il lui parla de l'homme qui avait vendu un rubis hors de prix pour un œuf de dragon, qui s'était révélé être un faux. L'homme avait ensuite vendu ce même œuf de dragon à un mec riche du continent et avait utilisé l'argent pour s'établir en tant qu'apothicaire. Cet homme, s'avéra-t-il, n'était nulle autre que Mr. Mulpepper : le patron de Mr. Tate ! Harry eut un sacré rire à ça.
À un moment, pourtant, Leo éloigna ses yeux de la rue pour les poser sur son visage.
« Donc, maintenant que j'ai de nouveau retrouvé le moral, n'allais-tu pas me donner quelque chose ? »
Harry poussa sa coupe vide loin d'elle avec résignation.
« Trois questions. Pas de promesses, par contre – je passerai les questions auxquelles je ne veux pas répondre. »
Leo sourit.
« C'est plus qu'assez. Ok, d'abord : je sais que toi et Krait me cachez quelque chose. Qu'est-ce que c'est ? »
Harry grimaça.
« Peut-être que ce n'était pas une bonne idée. Je ne veux pas déjà te refaire perdre le moral.
– Je te promets que je ne me fâcherai pas par quoi que ce soit que tu me diras, dit Leo. Je suis bien trop heureux que tu me racontes tout pour m'inquiéter que tu m'aies menti pendant aussi longtemps. »
Harry sourit un peu, peut-être que si elle était chanceuse, tout le monde réagirait de cette façon à la fin.
« Ton intérêt envers moi ne peut pas possiblement être sain. »
Leo en parut un petit peu malade.
« Eh bien, quand tu le dis comme ça… grimaça-t-il, roulant des épaules comme pour bannir un sentiment inconfortable. Réponds juste à la question.
– Tu as raison, admit Harry. Krait sait en quelque sorte quelque chose que tu ne sais pas. Ce n'est pas qu'on te mentait, par contre. Tu as juste présumé et on ne t'a jamais vraiment corrigé.
– À propos de… ?
– Eh bien, la raison pour laquelle je ne vais pas avoir d'ennui pour avoir pris ma journée alors que le labo est dans un tel état, c'est parce que je ne suis pas en fait un assistant de laboratoire, dit Harry. Je suis un Potionniste. Je suis celui qui fait les potions que j'amène à Krait tous les jours, donc le vieux préparateur de potions ennuyeux dont tu dis toujours qu'il a besoin d'un jour de repos est en fait… moi. Surprise », finit-elle faiblement.
Leo se renfonça dans sa chaise, clignant lentement des yeux. Il s'éclaircit la gorge.
« Je me sens un peu… penaud. Tu as vraiment fait toutes ces potions ? »
Harry acquiesça.
« J'imagine que je peux voir pourquoi tu ne me l'as pas dit, dit Leo, riant un peu. Je ne suis pas sûr que beaucoup de personnes croiraient qu'une pousse comme toi travaille comme préparateur de potions. D'un autre côté, cela correspond exactement à Krait d'embaucher la première personne qui répond à son annonce, peu importe l'âge ou l'expérience. De plus… »
Leo la considéra avec des yeux prudents.
« … Je ne pense pas que tu mentes. Quelque chose chez toi semble digne de confiance aujourd'hui.
– Juste aujourd'hui ? demanda Harry.
– Personne n'est digne de confiance tout le temps, dit Leo.
– N'est-ce pas ce que digne de confiance veut dire ? dit Harry en secouant la tête. Si quelqu'un n'est pas digne de confiance tout le temps, alors il n'est pas digne de confiance.
– Mais alors personne ne serait digne de confiance, dit Leo d'un air ahuri.
– Peut-être que personne ne l'est », marmonna Harry.
Leo fronça les sourcils.
« Quelle façon négative de voir les choses. Où est ton sens juvénile de l'optimisme naïf ?
– Caché derrière mon sens de la réalité, dit Harry. On est hors sujet par contre. Pose ta question suivante. »
Leo pinça les lèvres, réfléchissant dur.
« Maintenant que je sais que tu es le concocteur de potion, j'ai plus de questions, pas moins. Hmm, que demander ? Je sais ! Quel est ton nom de famille ? »
Harry grimaça.
« J'aurais dû voir ça arriver.
– Oui, tu aurais dû, dit Leo de façon impénitente. Allez, dis-le-moi. Je ne vais pas le diffuser.
– Tu promets ? »
Harry lui lança un regard implorant.
« Tu ne peux le dire à personne. Mes parents ne savent pas que j'ai un job d'été, encore moins un sur l'allée des Embrumes. »
Leo fronça les sourcils.
« Donc personne ne sait où tu vas tous les jours ? Et si quelque chose t'arrivait ? Ce n'est pas prudent, Harry.
– Mon cousin sait où je suis, dit Harry.
– Donc tu as des cousins maintenant, aussi ? taquina Leo.
– Un cousin, dit Harry. Sauf qu'il n'est pas vraiment mon cousin. On a juste grandi ensemble et son père est comme mon oncle, donc on s'appelle des cousins, c'est tout. Parce que nos pères étaient pratiquement des frères quand ils étaient jeunes. Même si… j'imagine que techniquement on est apparenté parce que ma grand-mère était sa grand-tante ou un truc du genre. C'est trop distant pour vraiment compter.
– Intéressant, mais tu n'as pas répondu à ma question, dit Leo en se penchant en avant. Je ne crains que si tu passes celle-là, cela sera plus que suspicieux, Harry. »
Harry déglutit, mais vraiment, quel mal cela pourrait-il faire ? Il savait déjà qu'elle s'appelait Harry, et elle n'avait pas vraiment à prétendre être Rigel pendant l'été. Harry la fille aimait les potions aussi, après tout. Elle lui donnerait juste la couverture habituelle ; elle était Harry Potter, sang-mêlée qui allait à AIM durant l'année, intéressée par le Soin et les Potions. Rien de compliqué là-dessus, à part que cela paraissait compliqué, parce qu'en réalité, elle était Harry-Rigel-Potter-Black qui s'habillait comme un garçon durant l'année scolaire pour se faire passer pour son cousin sang-pur à Poudlard. Mais même, Leo n'avait pas à savoir quoi que ce soit à propos de ça. Pour Leo, elle pouvait être simple.
« Mon nom est Harry Potter, dit-elle. Krait n'a pas demandé mon nom complet quand il m'a embauché, donc je ne lui ai pas dit. J'avais peur qu'il ne m'embauche pas s'il savait… dit Harry en haussant inconfortablement les épaules.
– S'il savait… »
Leo se pencha soudainement en arrière, son visage relâché par la surprise.
« Saint Merlin, tu es une fille ! »
Harry rougit alors que plusieurs clients se tournaient dans leurs sièges pour regarder curieusement leur table.
« Leo ! Tais-toi, veux-tu ?
– Je n'arrive pas à croire que… tu… »
Leo souffla une expiration et passa sans ménagements ses deux mains dans ses cheveux.
« Harry Potter, bien sûr. La fille unique de James et Lily Potter, Héritière de la Maison des Potter. Cheveux noirs, yeux verts. Ton Oncle est Sirius Black, meilleur ami d'enfance de James Potter, et ta mère travaille pour la compagnie privée chez qui le bureau des brevets au Ministère sous-traite, testant des inventions magiques expérimentales, y compris des potions. Pas étonnant que tu aies accès à un laboratoire de potions dernier cri. »
Harry fut prise de court.
« Tu, euh, connais beaucoup de choses sur des gens que tu n'as jamais rencontré.
– Je sais plein de choses sur tout le monde, dit Leo distraitement, la fixant sans cligner des yeux. Je peux le voir maintenant, en quelque sorte. Je me disais bien que tu étais un peu maigrichon pour un garçon de douze ans. Les cheveux courts par contre… ça m'a induit en erreur, je l'admets. Généralement, je vois plus clair que d'autres, mais j'imagine que c'est ce qui arrive quand on laisse ses attentes s'enfuir avec son bon sens.
– Ne t'en veux pas, le réconforta Harry. Presque tout le monde part du principe que je suis un garçon, à moins qu'ils ne me connaissent depuis toujours, comme Mr. Tate. Je ne voulais pas le dire à Krait parce qu'il m'a embauchée en pensant que j'étais un garçon. Tu le sais probablement déjà, puisque ton père est l'Archimaître de la Guilde, mais la communauté des potions peut être un brin… sexiste parfois.
– Sans blague, rit Leo. Tas de crétins intolérants, à l'exception de quelques-uns.
– Ouais, dit Harry. Donc, est-ce que tu vas vendre la mèche ?
– Pas même Krait sait que tu es une… »
Il baissa la voix :
« Fille ? »
Harry secoua la tête avec méfiance.
Leo rit :
« Bien. Non pas que je pense qu'il te licencierait à ce stade, mais maintenant on est ceux qui lui cachent un secret. Ça lui apprendra. Je ne le dirai à personne.
– Merci Leo, dit Harry. Donc, est-ce que tu t'es enfin remis du choc ?
– D'un moment à l'autre, maintenant. »
Leo frotta son torse de façon théâtrale.
« Heureusement que je suis un jeune homme ou mon cœur se serait arrêté suite à toutes les surprises que j'ai d'une traite.
– Tu devrais probablement oublier la dernière question, alors, dit Harry sérieusement. Ça ne vaut pas la peine de mettre en danger ta santé, après tout.
– Pas moyen. »
Leo fit briller ses dents alignées dans sa direction.
« Je suis encore plus curieux de toi maintenant, Harry.
– Ne le sois pas, rit Harry faiblement. Après tout, tu as déjà découvert mes meilleurs secrets, donc tout le reste sera plutôt décevant, je parie.
– Il n'y a qu'un moyen de le savoir, dit Leo joyeusement. Dernière question : tu as dit que tu travaillais pour Krait pour économiser de l'argent ou autre. Pour quoi est-ce que tu économisais de l'argent ? »
Harry se tendit.
« Passe. »
Leo perdit son sourire et leva des sourcils incrédules.
« Quoi, sérieusement ? Tu me dis tout ça et tu passes là-dessus ?
– Oui, dit fermement Harry. Désolée, Leo. »
Leo acquiesça lentement.
« C'est ton droit de garder tes lèvres scellées. C'est juste étrange, c'est tout. Est-ce quelque chose d'illégal ?
– Est-ce ta troisième question ? » demanda Harry d'un ton neutre.
Elle ne pouvait pas lui dire qu'elle allait acheter un appartement pour l'année scolaire parce qu'elle ne serait pas en réalité dans l'appartement durant l'année scolaire. Tu parles de suspicieux.
Leo étrécit les yeux.
« Oui. Je veux savoir si ce que tu fais avec ton argent va être dangereux ou t'attirer des ennuis. »
Harry y réfléchit.
« Ce que je fais avec l'argent ne va pas m'attirer d'ennuis. C'est parfaitement légal. Les raisons derrière, par contre… peut-être. Je n'espère pas, mais je ne peux pas dire que cela ne sera pas problématique si je me fais prendre. »
Elle grimaça.
« C'est vraiment tout ce que je peux te dire, Leo. Désolée. »
Leo l'ignora d'un geste de la main, son visage s'illuminant même si elle remarqua que ses yeux paraissaient encore un peu inquiets.
« C'est assez, ma belle. Maintenant, tu devrais savoir que tout ce que tu m'as dit n'a fait que renforcer mes raisons pour t'escorter à travers l'allée des Embrumes. »
Harry grogna :
« Leo…
– Voyons voir, dit Leo, en baissant ses doigts en même temps qu'il listait des raisons. Jeune, de sexe féminin, pratiquement de la noblesse, riche (en raison de la noblesse), faible (physiquement parlant bien sûr, sans vouloir te vexer), innocente, crédule…
– Je ne suis pas crédule ! protesta Harry.
– Mais tu admets être toutes ces autres choses, dit Leo rapidement. C'est décidé alors.
– D'après qui ? » marmonna Harry sans enthousiasme.
Elle aurait dû savoir que si Leo n'était pas offensé et horrifié en découvrant la vérité, il l'utiliserait comme une excuse pour la traiter comme… comme une sorte de verre qui ne pouvait pas être réparé avec un sort de réparation.
« D'après moi », dit Leo.
Il se leva et récupéra leurs coupes vides de glaces et les plaça sur le plateau de renvoi.
« Allez, Harry. Il est temps que je te montre quelque chose de mon monde. »
Harry se leva, suivant Leo vers la porte avec hésitation.
« Ton monde ?
– Tu vas voir, ma belle. »
Leo lui fit un clin d'œil.
Il la redirigea à l'allée des Embrumes, une main sur son épaule pour guider ses pas. Ils passèrent l'allée sur laquelle se trouvait le Serpent's Storeroom, passèrent une femme distribuant des échantillons d'ongle, jusqu'à l'autre bout de l'allée des Embrumes, où elle croisait une rue appelée Kyprioth Court, qui était une longue rue avec de nombreux embranchements d'allées. La rue se terminait en un demi-cercle et c'était vers là que Leo semblait la diriger.
Harry n'avait jamais aussi profondément été dans le cœur des Basses Allées. Elle savait que les rues derrières les Embrumes étaient la face cachée du Londres Sorcier – tout le monde savait ça, et seuls les plus confiants, ou les plus imprudents déambulaient dans les Basses Allées sans autorisation. Harry se demanda distraitement lequel décrivait Leo et elle le mieux, et se tint proche de son grand ami alors qu'ils slalomaient le long de la rue vers l'auberge large qui se tenait dans le cul-de-sac en forme d'arc de la rue, un étage plus haut que tous les autres bâtiments sur Kyprioth Court.
On entendait de la musique venant de l'auberge et les lumières depuis les fenêtres les appelaient joyeusement, car même si c'était le milieu de l'après-midi, l'allée était ombragée sous les toits en porte-à-faux qui semblaient avoir été conçus dans le but même d'éloigner la lumière. Le signe au-dessus de la porte représentait un dragon se cabrant sur ses pattes arrière, ses griffes étendues et sa bouche ouverte.
« Un dragon rampant ? » demanda Harry curieusement, plissant un peu son nez.
Que c'était étrange.
« Pourquoi pas ? » dit Leo en haussant les épaules.
Il s'avança légèrement sur le perron de l'auberge et toqua trois fois. La porte s'ouvrit d'elle-même et d'un grand geste Leo fit une révérence formelle à Harry.
« Bienvenue, jeune Harry, au Dragon Dansant. »
Harry haussa un sourcil à la présentation, mais entra tout de même dans l'auberge. C'était un endroit chaleureux et engageant. Le rez-de-chaussée était large et ouvert, jonché de grandes tables en bois qui fit dire à Harry que l'auberge était probablement une taverne également. Une serpillère solitaire traçait son chemin lentement à travers le sol avec des moulinets paresseux. Un escalier en bois étroit menait à l'étage, et derrière le bar, une grande porte menant à ce qui devait être les cuisines était laissée ouverte, laissant un air chaud et parfumé envahir la salle principale. À l'instant présent, il n'y avait pas beaucoup de personnes présentes, juste un groupe de trois hommes et une femme qui étaient assis autour de la table la plus proche de la cheminée éteinte, mais Harry pouvait facilement imaginer l'endroit rempli de clients plein de vie, tous criant et chantant et faisant des histoires. Cela ne semblait pas être le genre d'endroit qu'elle avait toujours imaginé qu'un bar aux Embrumes serait – sombre et morne et rempli de choses louches à moitié vampires. Au vu de l'âge évident de l'auberge bien entretenue et sa place de choix sur ce qui semblait être la cour principale des Basses Allées, Harry supposa que c'était un endroit imprégné de traditions, un pilier de la communauté, tout comme la Banque de Gringotts l'était pour le Chemin de Traverse.
Leo ferma la porte derrière eux et lança une salutation joviale aux quatre personnes de l'autre côté de la pièce, qui avaient arrêté leurs conversations et levé les yeux quand ils avaient remarqué l'entrée de Harry et Leo. Le groupe allait se lever, mais interrompit le geste à mi-chemin et à la place se rassirent. Harry crut qu'elle avait vu Leo fait un mouvement de la main de quelque sorte du coin de l'œil, mais elle ne pouvait pas être sûre.
« Solom ! Juste l'homme que je cherchais », dit Leo, mettant une main entre les omoplates de Harry et la guidant vers le groupe.
L'homme le plus vieux, qui paraissait être proche de la cinquantaine (même si on ne pouvait jamais être certain avec les sorciers), inclina respectueusement la tête vers Leo alors qu'il donnait une dernière chiquenaude avec sa baguette vers la serpillère de l'autre côté de la pièce et rangea la baguette courte dans sa manche.
« Qu'est-ce que je peux faire pour toi aujourd'hui, Majesté ? »
Harry tourna des yeux incrédules sur Leo, qui ignora son regard avec la grâce de celui qui avait ignoré l'incrédulité des autres personnes pendant des années.
Leo pressa Harry dans un siège à côté de la femme, qui était habillée de robes rouges moulantes qui accentuaient chaque courbe. Elle était très belle et souriait gentiment, mais un peu curieusement, en direction de Harry quand elle s'assit. Leo prit le siège face au sien, à côté d'un homme trapu avec un impressionnant bouc, et s'adressa une fois de plus à l'homme le plus âgé, qui était assis de l'autre côté de la femme à la robe rouge.
« Est-ce que tu as envoyé une recette de potion à Edgar l'autre jour ? demanda nonchalamment Leo.
– Bien sûr, dit Solom, haussant les épaules.
– Qui la fait passer pour toi ? demanda Leo.
– C'était Griffe, Majesté, dit Solom, se grattant la tête. Est-ce que le salaud ne l'a pas donné à Ed après tout ?
– Non, il lui a donné, dit Leo. Seulement on spécule qu'il a donné à Edgar une copie de la recette et a pris une petite licence artistique en la recopiant, si tu vois ce que je veux dire. »
Solom fronça les sourcils de colère.
« Quel misérable petit bâtard. »
La femme à côté de Harry claqua de la langue et mit ses mains sur les oreilles de Harry, jetant un regard noir désapprobateur à Solom.
L'homme âgé grogna juste :
« Franchement, Rispah. Si Sa Majesté considère opportun d'amener le petit gars ici, il doit s'attendre à ce que ses oreilles brûlent un peu. »
Leo sourit de toutes ses dents.
« Le petit gars s'en fiche, n'est-ce pas ? »
Harry roula des yeux vers Leo, qui pensait clairement que son apparence garçonne était une grosse blague maintenant qu'il en faisait partie, et dit :
« Merci, ma lady, mais je crains d'être habitué à un tel langage maintenant. »
Ce n'était pas exactement vrai, mais Harry ne voulait pas passer l'après-midi avec des mains sur les oreilles.
Rispah retira ses mains, mais pas avant d'ébouriffer malicieusement les cheveux de Harry.
« Z'entendez ça ? Je suis une lady. »
Sa voix était rauque et basse. Elle repoussa ses longs cheveux rouges en arrière et sourit largement.
L'homme en face de Solom rit du nez. Il était grand et avec des épaules larges, des cheveux bruns épais et un sourire facile.
« Si tu es une lady, alors je suis la Reine d'Égypte.
– Je crois que le petit gars a dit que tu étais sa lady, taquina l'homme avec le bouc. C'est pas ce que tu as entendu, Marek ?
– Maintenant que j'y pense, c'est ce qu'il a dit, Aled, dit Marek, pensif. Quels jeunes amis audacieux a notre Majesté aujourd'hui.
– Même si bien sûr, c'est réconfortant de voir que la jeunesse d'aujourd'hui est aussi confiante et audacieuse que toujours », gloussa Aled en faisant un clin d'œil amusé à Harry.
Harry rougit, mais autrement, ne réagit pas aux taquineries. Elle supposa qu'elle le méritait. Les manières sang-pures n'étaient certainement pas à leurs places avec ce public – elles la rendaient juste prétentieuse et plutôt ridicule. Tout de même, si elle allait prétendre être un garçon, alors elle serait un garçon qui respectait les femmes. C'était le minimum qu'elle puisse faire pour le genre féminin.
Rispah aperçut son visage rouge et rit bas.
« Allons, n'embêtez pas le garçon pour avoir quelque chose que vous autres pourriez avoir de temps à autres. De bonnes manières, on ne crache pas dessus.
– Bien dit, Rispah, dit Leo en inclinant sa tête vers elle. Mais on s'éloigne du sujet.
– Bah à quoi tu t'attendais quand tu ramènes une distraction aussi adorable ? »
Rispah gloussa, glissant ses mains dans les cheveux de Harry une fois de plus. Harry commençait à se sentir comme l'animal le plus précieux de quelqu'un.
« Oh, continue donc, Leo, dit Rispah d'un geste de la main vers lui. Quel est le problème alors ? Ed n'est pas un fainéant dans ce qu'il fait. Il a sûrement remarqué l'erreur immédiatement si c'était aussi important que ce que tu sous-entends, donc on ajoute encore un démérite au rapport de caractère de Griffe et on en a fini. »
Leo secoua la tête.
« Ce n'est pas aussi simple, j'en ai peur. Edgar ne concocte plus la majeure partie des potions qu'il vend. Il les sous-traite à trois différents concocteurs de potions.
– Trois ? intervint Marek, l'homme aux épaules larges. Je croyais que c'était deux.
– Nan, il en a un nouveau maintenant – il parle sans arrêt de lui, dit Aled distraitement.
– Oui, il en a récemment embauché un troisième, dit Leo. Et le truc, c'est que la recette est allée directement au nouveau concocteur, qui n'a pas remarqué l'erreur avant que le chaudron n'explose au plafond. »
Solom parut perturbé.
« Mais qu'est-ce qu'a fait Griffe à cette recette ? On dirait une tentative d'assassinat – une plutôt mauvaise, mais voilà.
– Il a ajouté des yeux de chimère, dit Leo. Mais on ne sait pas pour qui c'était prévu – cela pourrait être Edgar lui-même ou cela aurait pu être n'importe lequel des trois concocteurs.
– Quoi qu'il en soit, Griffe a dépassé les bornes, grogna Aled, jouant avec son bouc de façon agité.
– Ce n'était qu'une question de temps, dit Marek, se penchant au-dessus de la table pour faire son point. On sait tous que Griffe signifie des ennuis. Personne ne sait d'où il vient, mais tout le monde sait ce après quoi il est. »
Tous les quatre échangèrent un regard significatif qui passa complètement au-dessus de la tête de Harry. Elle se demanda si cela serait grossier de dire quelque chose, mais réalisa qu'elle ne saurait jamais si elle ne demandait pas.
« Désolé, mais qui est Griffe ? Et qu'est-ce qu'il veut ? s'enquit Harry, regardant chaque visage d'un air désolé.
– Pourquoi on devrait te le dire ? »
Aled haussa un sourcil de défi vers elle.
Harry se hérissa involontairement.
« Étant donné que c'était mon chaudron que cet homme a détruit, intentionnellement ou non, j'ai maintenant un intérêt plutôt investi quant à ses objectifs. »
Aled gloussa de bon cœur et les autres le rejoignirent, souriant à Harry comme si elle était très amusante pour eux.
« Il te taquine juste, petit gars, dit Rispah avec un air de conspirateur. Aled aime taquiner les nouveaux gars, oh oui.
– Mais voyons, tu n'es quand même pas le nouveau concocteur dont Ed ne fait que parler ? »
Solom se pencha par-dessus Rispah pour fixer Harry avec incrédulité.
« Il glousse auprès de tous ses clients de comment il a le meilleur concocteur dans toutes les allées travaillant pour lui. Rapide et fiable, il dit, et tout du long, c'était un petit pas plus gros qu'une fourmilière ? Trop drôle. »
L'homme le plus âgé sourit largement dans sa direction et tapa du poing sur la table pour exprimer à quel point il trouvait cela amusant et Harry essaya de ne pas paraître énervée d'à quel point elle était une grosse blague pour ces gens.
« Attention, là, Solom, dit Leo, souriant à l'expression mécontente de Harry. Ne va pas blesser les sentiments du garçon. Harry ici présent considère ses potions très sérieusement.
– Pas aussi sérieusement que Leo se considère », rétorqua Harry.
Avant qu'elle ne puisse grimacer et s'excuser pour l'avoir attaqué, les hommes de la table explosèrent en gros rires bruyants et Rispah claqua son genou élégamment.
« Il t'a bien saisi, Leo, dit la dame, inclinant sa tête aux longs cheveux en arrière. Bien joué, petit. J'ose dire que Leo l'a mérité. »
Leo sourit.
« Et voilà, ne s'intègre-t-il pas parfaitement ? Je dirais qu'on lui doit au moins une explication, puisqu'il est déjà traîné dans ce pétrin.
– Pas faux, dit Aled. Eh bien, concernant tes questions, Griffe est un homme qui s'est pointé dans les Basses Allées pas moins de dix mois plus tôt. Il est plus méchant qu'un sanglier et plus sournois qu'un tonneau de Pitiponk. Il a pétitionné pour rejoindre le Rogue, et bien sûr, on ne rejette pas des gens sans bonne raison, mais c'était clair depuis le début qu'il a pas vraiment d'intérêt à améliorer la Cour.
– Il suit pas le Code, grogna Marek. La pourriture garde pour lui ce qu'il devrait payer au Rogue. Il ne s'occupe pas des gens des allées et, je vous le dis, il a vendu un homme ou deux aux chiens renifleurs du Ministère.
– Et comme si ce n'était pas assez, ajouta Rispah, Griffe a les yeux sur le job de Leo. Rien de mal là-dedans, bien sûr – Marek lui-même a défié Leo un bon nombre de fois, mais Griffe ne fait rien selon les règles. Il se cache dans les ombres, attendant une opportunité de tous nous poignarder dans le dos. »
Harry cligna des yeux.
« D'accord, mais honnêtement… je suis encore plus embrouillé qu'avant. Code ? Cour ? »
Tout le monde se tourna pour regarder avec exaspération Leo qui haussa les épaules de façon un peu penaude.
« Je, euh, n'ai pas encore eu la chance de lui dire ? »
Rispah roula des yeux.
« Donc bien sûr, tu as quand même amené le petit gars ici. Pauvre chou, pas étonnant que tu sois embrouillé.
– Et pas étonnant qu'il t'appelle "Leo", Majesté, dit Aled.
– Vous voudriez pas arrêter de l'embrouiller encore plus ? interrompit Solom en soupirant. Regarde, petit gars, c'est comme ça. Tu sais ce que sont les Basses Allées ?
– Les allées dans le Londres Sorcier situées au-delà des Embrumes, dit Harry. Un mélange de commerces et de propriétés résidentielles, je crois.
– Les allées pauvres, dit Rispah d'un ton acerbe. Tu peux le dire comme ça. Les Basses Allées sont la face clandestine du monde sorcier. Foyer des parties sordides de la vie dont personne n'aime parler. Tout le monde dit que c'est rien d'autre que des criminels et des clochards, et tout le monde est silencieusement reconnaissant que la communauté disgracieuse soit contente de rester séparée du tout Sorcier pour l'essentiel. Oui-da, il y a de la mendicité et du vol, t'y trompe pas, mais il y a bien plus. »
Le visage de Rispah était enflammé de passion, et dans celle-ci, Harry pouvait voir un millier d'histoires qu'elle ne comprendrait probablement jamais.
« Il y a de la vie dans ces allées, petit gars. Il y a des gens qui passent leur vie sans jamais toucher à un gallion et sont heureux malgré tout. Ce monde, notre monde, est un endroit au-delà du sang et de l'argent, même s'il y a plein du premier renversé pour le dernier des fois. C'est une histoire de communauté et de famille et de travailler et de chanter à côté de quiconque ayant un sourire facile et un esprit ouvert. »
Harry fixa la dame, cet oiseau écarlate avec une telle chanson charmante, et se dit qu'elle ne comprendrait jamais la vie à moitié aussi bien que Rispah.
Solom posa une main gentille sur l'épaule de Rispah.
« C'était charmant, ma belle, mais ça n'explique pas beaucoup comment on travaille. »
Rispah sourit et d'un geste indiqua à Solom de continuer alors.
« Le fond du sujet, c'est que les Basses Allées et la plupart des gens y habitant ne répondent vraiment à aucune autorité dont tu as entendu parler. Le Ministère et le Magenmagot n'ont rien à faire avec nous – honteux et dans le déni, qu'ils sont – et on a le moins possible à faire à eux. Avant le Ministère et toutes ces idioties politiques qu'on a de nos jours, la Grande-Bretagne Sorcière, comme le reste du monde civilisé, était dirigée par un Roi. Il y avait une noblesse sorcière, bien sûr, qui a fini par se diluer dans les maisons de famille les plus anciennes et nobles dont tu entends parler aujourd'hui – les Malfoy et les Bones, les Black et les Goldentower. Tu me suis jusque-là ? »
Harry acquiesça. Elle avait su que les maisons les plus riches et connues étaient descendantes d'ancienne noblesse, et aussi que la pratique d'un Roi Sorcier avait été abandonnée après qu'un trop grand nombre de tyrans et des soulèvements en résultant avaient rendu la communauté magique instable.
« Eh bien, tout comme les nobles et les classes moyennes avaient leur Roi, nous, les Basses Allées, avions notre Roi, dit Solom. Notre Roi n'était pas décidé par la naissance et le sang. Il gagnait sa couronne en surpassant les autres candidats en combat ouvert.
– Tu veux dire en duel libre ? » demanda Harry avec intérêt.
Les duels libres étaient des duels mixtes. Les combattants pouvaient s'appuyer non seulement sur la magie, mais aussi les potions, les épées, les couteaux, et les affrontements au corps-à-corps.
« J'en ai entendu parler, mais je n'en ai jamais vu. Ils ont été interdits de la plupart des tournois officiels, non ? »
Aled sourit.
« Reste dans le coin suffisamment longtemps, petit gars, et tu en verras. Ils peuvent interdire ce qu'ils veulent dans leurs tournois falsifiés. C'est la tradition que le titre de Roi soit transmis par le résultat d'un combat de duel ouvert, ou libre. C'est parce qu'une partie du job du Roi est de défendre son peuple. Ce n'est plus aussi littéral de nos jours, bien sûr, mais ainsi est-ce.
– Donc ce que tu dis est que Leo est votre… Roi ? »
Harry hésitait entre rire ou froncer les sourcils.
« Je l'ai vu se battre, donc j'imagine que je peux voir comment c'est arrivé, mais… n'es-tu pas un peu jeune pour être Roi ? »
Leo sourit de toutes ses dents.
« Pas de règles sur l'âge, le sang, la race, ou même le sexe – même si je ne crois pas qu'on ait eu un jour une femme Roi. Juste des Reines comme Rispah ici, qui prennent soin des affaires familiales de la Cour.
– Tu es Reine ? »
Harry cligna des yeux vers Rispah.
« Est-ce que tu as dû te battre également ? »
Rispah rit.
« Non, petit gars, la Reine est nommée par le Roi, même si bien sûr, ce doit être quelqu'un qui a été avec les dames de la Cour pendant longtemps.
– C'est pour ça que tu l'appelles "Leo" au lieu de "Majesté" ? » demanda Harry.
Rispah secoua la tête.
« Rien d'aussi formel. Leo est mon jeune cousin. Je ne pourrais pas l'appeler Majesté avec un air sérieux, quand on considère que je me rappelle encore de quand je changeais ses…
– Oui, oui, Rispah, intervint Leo à la hâte. Je suis sûr que Harry ne veut pas entendre parler de ça.
– Oh, je ne sais pas… sourit Harry.
– Ne voudrais-tu pas plutôt entendre parler de Griffe ? suggéra Leo, son visage rougissant un peu au rire de ses amis.
– Je préfèrerais entendre parler de ce Code machin, dit Harry, ça paraît important.
– Ça l'est, dit Marek sincèrement. C'est ce qui nous maintient tous ensemble.
– Nous ? clarifia Harry. Tu veux dire tout le monde dans les Basses Allées ?
– La Cour du Rogue, c'est tous ceux d'entre nous qui vivent de leurs esprits, dit Leo en souriant. Le Rogue, vois-tu, est juste un autre nom pour le Roi ici-bas. Pour nous garder séparés de l'ancien Roi Sorcier, ils appelaient notre Roi le Rogue ou le Roi des Voleurs. Bien sûr, pas tout le monde dans la Cour est un voleur, et certainement pas tous ceux dans les Basses Allées travaillent en-dehors de la Loi du Ministère, mais ceux qui font leurs vies ici et jurent fidélité à la Cour doivent obéir au Code du voleur.
– Donc qu'est-ce que ça implique ? demanda Harry.
– Beaucoup de choses, dit Marek. Une partie du Code dit que personne ne peut être Roi sans battre le Roi précédent en combat singulier ouvert, ce qui veut dire qu'une personne ne peut pas prendre le trône du Rogue par intrigue ou secret. Cela empêche la Cour de se diviser en factions et de prendre des partis. La Cour se rallie toujours au Roi, aussi longtemps que le Roi respecte le Code du Rogue.
– Le Code dit également qu'aucun de nous ne peut trahir un autre face à la Loi du Ministère. Nous avons notre propre justice, qui ne peut pas être satisfaite par les Aurors déboulant et raptant nos gens, expliqua Aled. C'est aussi contre le Code d'aller à l'encontre de la famille de quelqu'un pour essayer de le blesser indirectement. Si tu as un problème avec quelqu'un, tu dois voir ça directement avec lui. »
Harry acquiesça lentement. Beaucoup de ce qu'ils disaient semblait sensé pour le type de vie qu'ils menaient.
« Le Roi est lié par le Code également, dit sérieusement Leo. Il doit veiller et prendre soin de ses sujets, périodes bonne ou difficile. Quand les Aurors font une descente sur les Basses Allées, le Roi doit s'assurer que ses sujets sont protégés, et quand le Ministère taxe les produits de base pour récolter de l'argent pour une chose ou une autre, le Roi doit s'assurer que ces produits sont toujours disponibles aux plus pauvres de ses gens… d'une façon ou d'une autre. »
Harry réfléchit pendant un moment. Elle ne comprenait toujours pas vraiment tout – comme pourquoi Griffe avait changé la recette en premier lieu, mais elle résuma ce qu'elle comprenait lentement :
« Donc ce Griffe brise le Code, parce qu'il veut être Roi, mais ne veut pas défier Leo directement ?
– Exactement, dit Rispah. Cet homme est un parasite, mais sans preuve… eh bien, ça ne le fera pas pour la Cour de rejeter un des siens sans une raison suffisamment solide. Griffe peut facilement dire que la recette était déjà écrite comme ça quand il l'a reçue, ou que quelqu'un a dû la changer après qu'il l'a faite passer. Le déni plausible est trop élevé, tu vois ?
– Mais on le surveillera, dit Aled. On ne lui fera pas confiance avec les affaires du Rogue après ça, et il ne s'en tirera pas avec cette combine une deuxième fois. Il se creusera lentement un trou depuis lequel il ne pourra pas sortir. Et alors, on le bannira pour de bon. »
Leo s'étira et soupira.
« Bon, maintenant qu'on s'est débarrassé de ça, parlons de quelque chose d'autre.
– Pourquoi pas de ton nouvel ami, Majesté ? »
Marek regarda Harry des pieds à la tête d'un œil critique.
« J'ai entendu des rumeurs comme quoi tu as offert la protection du Rogue à un nouveau gamin, mais je ne l'imaginais pas aussi jeune. »
Marek sourit à Harry de façon facétieuse.
« Comment as-tu fini en aussi mauvaise compagnie, petit gars ? »
Harry sourit en retour.
« Demande à Leo. Il m'a harcelé pendant à peu près un mois avant que je n'en aie marre d'essayer de me débarrasser de lui. »
Leo crachota et empoigna son torse sous une douleur simulée et Harry pensa avec amusement qu'il ne ressemblait à aucun Roi qu'elle s'était un jour imaginée rencontrer. C'était surréaliste, d'une certaine façon, d'être assise au Dragon Dansant comme si elle n'était pas toutes ces choses que les amis de Leo rejetaient aussi volontiers : riche, descendante de la noblesse, éduquée et droite. Et pourtant, Harry soupçonnait qu'ils savaient tous exactement ce qu'elle était, et s'en fichaient éperdument. Comme Rispah l'avait dit, tant qu'elle avait un esprit ouvert, ils étaient contents de l'accepter telle qu'elle était.
« Harceler est un peu dur, dit Leo.
– C'est vrai, dit Rispah. J'ai entendu dire que c'était plus quelque chose comme Leo suivant le petit gars partout comme un chiot perdu.
– Chiot ? se moqua Leo. J'ai sauvé la vie du gamin, tu sais.
– Et pour te remercier, le petit gars te laisse être son domestique, c'est ça ? rit Rispah. Si c'était une fille, je te considèrerais mené par le bout du nez, Leo.
– À sa décharge, dit Harry en combattant un fard, c'était en fait très gentil de Leo de m'aider comme ça. Je n'étais pas très familier avec les Embrumes quand j'ai commencé à travailler pour Mr. Krait, donc j'ai eu de la chance que Leo soit dans l'allée quand il y était, ou je pourrais ne plus avoir de reins.
– Plus de reins ? » dit Aled en haussant un sourcil.
Leo secoua la tête cyniquement.
« Il n'était pas après tes reins, Harry. Il allait… en fait, je te dirai quand tu seras plus vieux. »
Harry se renfrogna.
« Dans tous les cas, je te dois toujours une sacrée dette, Leo.
– Notre Majesté ne récolte pas souvent ses dettes, dit Aled, lançant un regard à Leo qui fit penser à Harry que c'était un vieux désaccord entre les deux.
– Dans ce cas, je devrai décider le prix et le payer moi-même, dit Harry, souriante. Peut-être que je rembourserai ta gentillesse en te suivant toi pendant quelques mois. »
Leo rit.
« J'aimerais te voir essayer, Harry. Je ne suis pas une personne facile à suivre. Même si, je pourrais faire une exception pour toi. »
Harry ouvrit la bouche pour répondre, mais ne trouva rien à dire à cela, et la referma à la place.
« Eh bien, ça explique beaucoup de choses », dit Rispah avec un sourire en coin.
Leo arrêta de sourire et rétropédala rapidement :
« C'est pas ce que je voulais dire, cous'.
– Malgré tout, dit Rispah de sa voix rauque, battant les paupières de ses yeux bruns vers Leo de façon provocante, cela fait sens si je considère les choses sous cet angle.
– Qu'est-ce qui fait sens ? demanda Marek innocemment.
– Le palais difficile tristement célèbre de notre Roi, dit Rispah d'un ton aérien. En fait, je lui offrais le mauvais type de plat.
– Ce n'est certainement pas vrai ! s'exclama Leo. Que Merlin me sauve de mes sujets fouineurs. Tu ne m'accuseras pas de m'en prendre à la vertu du jeune Harry. »
Solom s'étouffa et Harry rougit d'un rouge cramoisi qui aurait rendu Ron Weasley fier.
« C'est ce dont il est question ? »
Aled frotta une main sur son bouc et plissa des yeux vers Rispah.
« Garde tes griffes pour toi, espèce d'entremetteuse indiscrète. Sa Majesté peut se trouver une belle en temps voulu par lui-même.
– Merci, Aled, dit Leo. Je savais qu'il y avait une raison pour que tu sois mon favori.
– Maintenant je connais la raison aussi, dit Rispah de façon suggestive, agitant ses sourcils.
– Tu vas faire des remarques désobligeantes sur moi-même par rapport à tous les hommes de mon entourage, maintenant ? demanda tristement Leo.
– Je pense que le vieux Solom est à l'abri de tes desseins, sourit Rispah.
– Laissez-moi à l'écart de ça », marmonna Solom.
Leo s'avachit, abattu, dans son siège.
« Traîtres.
– Donc tout ce truc de Roi est pratiquement une formalité, hein ? observa Harry.
– Quasiment, ouais, sourit Marek.
– Ça ne t'empêche pas de le défier tous les trois mois, Swift, pointa Solom.
– Swift ? dit Harry en levant un sourcil.
– Ah, c'est du beau, dit Rispah en fronçant les sourcils. On ne s'est même pas présenté. Moi, c'est Rispah Cooper, cousine de Leo ici présent du côté de sa mère, et Reine des dames du Rogue. »
Harry sourit.
« Enchanté, ma lady. Je m'appelle Harry.
– Juste Harry ? se moqua Marek. Tu n'as pas à cacher ton nom de famille – on sait tous que tu es un des gosses de ces riches aristos. Ça n'a pas d'importance pour nous, par contre. Moi, c'est Marek Swiftknife, d'où le Swift. »
Harry acquiesça.
« Salut. Et oui, c'est juste Harry. Mes parents ne savent pas que j'ai un job cet été, et cela ne peut pas remonter jusqu'à eux si personne ne sait qui ils sont.
– Pas faux, dit Aled. Je m'appelle Aled Flint, l'Armurier de ce tas de nigauds.
– Des liens de parenté avec Marcus Flint ? » demanda Harry avec curiosité.
Aled haussa les épaules.
« Ouais, c'est le fils de mon cousin Herbert. Tu le connais ? »
Harry secoua la tête.
« Mon cousin va à l'école avec lui. »
Aled acquiesça.
« Pas surprenant. Bonne école, Poudlard.
– C'est ce que j'ai entendu dire, dit Harry de façon neutre.
– Eh bien, je suis Solom, dit Solom. Juste Solom. Je gère cette auberge. Si jamais tu as un souci dans les allées et que Leo n'est pas avec toi, tu cours direct ici, d'accord ? »
Harry sourit.
« Merci, monsieur, je le ferai. »
Solom leva une main en grimaçant.
« Juste Solom, petit gars, s'il te plaît.
– Ne t'inquiète pas, sourit Marek. On va te nettoyer de ces manières encombrantes sous peu. »
Saisissant une chance, Harry dit :
« Si ça ressemble au type de nettoyage que tu fais régulièrement, je pense que je m'en tirerai mieux sans. »
Elle examina la chemise et le pantalon sales de Marek d'un air entendu et les autres eurent un rire appréciatif.
« Bon, maintenant que tu as insulté Marek, c'est officiel, rit Rispah, passant amicalement un bras autour de Harry, ce petit gars est l'un des nôtres.
– Pourquoi crois-tu que je l'aie amené ici ? demanda Leo d'un air suffisant. Je savais qu'il s'intègrerait la première fois que je l'ai vu. »
Harry leva un sourcil sceptique.
« Si tu le dis, Majesté. »
Leo fronça les sourcils.
« Allons, allons, pas de ça. Ces blagueurs peuvent m'appeler comme ça si ça leur donne l'impression qu'ils sont snobs ou quoi, mais je ne veux pas l'entendre de toi.
– Tu ne les fais pas t'appeler comme ça ? » demanda Harry, curieuse.
Leo grimaça.
« Bien sûr que non. La plupart de mes sujets le font, par respect, mais j'ai spécifiquement dit à mes amis de ne pas s'embêter avec ça. Ils le font juste pour m'embêter, je crois.
– Pas de notre faute si ça marche aussi bien, pourtant, hein ? » gloussa Aled.
Harry passa le reste de l'après-midi et le début de la soirée au Dragon Dansant. D'autres membres de la Cour passèrent et repartirent de l'auberge, la majeure partie d'entre eux ouverts et amicaux, intéressés de rencontrer le gamin que leur Roi avait pris sous son aile aux Embrumes. Harry ne pouvait toujours pas croire que son ami Leo, le fils décontracté de l'Archimaître de la Guilde des Potions, était de la royauté officieuse des Basses Allées. Comment arrivait-elle à trouver les personnes les plus voyantes avec lesquelles devenir connaissances ? Cela expliquait certainement pourquoi Krait traitait toujours Leo aussi étrangement. Harry se demanda si Leo était un voleur aussi. Elle n'approuvait pas le vol, mais là encore, elle pouvait toujours se permettre de payer pour des choses, donc est-ce que son opinion était vraiment valide ? Elle se demanda également si les parents de Leo savaient ce que leur fils faisait pendant la journée. Elle supposa qu'avoir l'école à la maison permettait un emploi du temps flexible, mais Leo n'avait sûrement pas le temps de gérer à la fois le Rogue et de suivre des cours à temps plein.
Là encore, Harry elle-même avait deux vies séparées, n'est-ce pas ? Peut-être que ce n'était pas une chose aussi fantastique, après tout.
Leo la ramena au Chaudron Baveur une fois que le rush du dîner commença au Dragon Dansant. Le cerveau de Harry tournoyait avec tout ce qu'il s'était passé depuis qu'elle s'était levée ce matin-là.
« À quoi penses-tu, Harry ? demanda Leo alors qu'ils passaient la librairie bien éclairée.
– Juste à combien on a appris de choses sur l'autre aujourd'hui, dit Harry. C'est un peu écrasant. »
Leo lui fit un sourire.
« On est une paire parfaite, pas vrai ? »
Harry rit, quelque chose qu'elle avait beaucoup fait ce jour-là.
« Je ne pourrais pas te dire.
– Non, vraiment, dit Leo. On a tous les deux tellement de secrets, et pourtant on est complètement surpris quand on découvre que l'autre a ses propres secrets. »
Harry aplatit ses cheveux distraitement.
« C'est certainement vrai. Je n'arrive pas à croire que tu es le Rogue. Je ne savais même pas ce que le Rogue était !
– Ah ouais ? Eh bien comment crois-tu que je me suis senti quand j'ai appris que tu étais une fille ? dit Leo en secouant la tête. Kyprioth me jouait un tour. »
Kyprioth, se rappela soudain Harry, était un ancien dieu des tromperies. Elle sourit, le Dragon Dansant se trouvant sur Kyprioth Court faisait grand sens.
« Merci pour ne pas avoir dit à tes amis qui j'étais, dit Harry. Je préfère vraiment faire profil bas. »
Leo haussa les épaules.
« Ouais, bonne chance avec ça.
– Qu'est-ce que c'est censé dire ? demanda Harry. Je suis une personne très discrète, tu sais.
– Impossible, dit tout simplement Leo. Désolé Harry, mais tu es trop intéressante. Trop… je ne sais pas, quelque chose, pour rester anonyme. Les gens te remarquent, Harry, et le monde semble soudainement changer quand tu es là, comme si la Magie elle-même l'altérait dans un but invisible. Je parie que tu te retrouves souvent au centre des choses sans réaliser comment tu t'es retrouvée là, j'ai raison ? »
Harry écarta ses yeux du regard entendu de Leo.
« Eh bien, j'essaie d'être discrète, d'accord ?
– Essaie autant que tu veux, dit Leo. Je ne pense juste pas que cela fera beaucoup de bien. J'ai une impression là-dessus et mon instinct a généralement raison. »
Harry ignora les mots de son ami. Certes, elle avait eu de la malchance dans le passé quand il était question de se retrouver coincée dans des pétrins qui n'étaient pas de son fait, mais cette année allait être différente. Harry se fit une promesse à elle-même à ce moment-là que cette année elle n'allait pas être impliquée dans quoi que ce soit de compliqué ou mystérieux. Elle allait passer du temps avec ses amis, écrire à Sirius, et généralement ferait juste ce qu'elle était venue faire à Poudlard : apprendre les Potions.
Quand elle atteignit le Chaudron Baveur, Harry souhaita bonne nuit, mais Leo hésita. Il regarda très sérieusement dans ses yeux et dit :
« Pourquoi j'ai l'impression que je rate encore quelque chose à ton propos ? »
Harry le regarda en retour avec assurance.
« Je ne prétends pas encore connaître tous tes secrets, Leo. Ne présume pas que tu connais tous les miens.
– Mais tu me diras un jour, n'est-ce pas ? » demanda Leo.
Il paraissait frustré, comme s'il était à mi-chemin d'une tâche importante, mais avait été arrêté dans son élan pour une raison qu'il ne pouvait pas comprendre.
« Peut-être, dit Harry, regardant ailleurs que dans ces yeux vifs, mal à l'aise. Je suis encore en train de décider si te rencontrer était une bonne chose. »
Leo sourit lentement.
« Menteuse. Tu as juste peur parce que tu sais que ça l'était. »
Harry ne dit rien, mais Leo ne semblait pas en avoir besoin.
« Ce n'est pas grave, ma belle, sois autant effrayée que tu veux. Mais un jour, tu me diras tout. »
Leo ébouriffa ses cheveux une fois de plus et repartit dans l'allée. Harry le regarda partir, la gorge bloquée par quelque chose qu'elle s'assura ne pas être la peur dont Leo parlait. De quoi aurait-elle peur ? Leo pourrait être confiant qu'il pourrait extorquer ses secrets un jour, mais Harry avait plus de jugeote. Elle pouvait être amie avec Leo, l'apprécier en tant que personne, même, mais elle ne pouvait faire confiance à personne à part Archie, et cela ne changerait jamais.
NDA : Et voilà, j'espère que cela vous aidera à passer le cap jusqu'à ce que le prochain gros chapitre sorte. […] Merci de votre lecture, la prochaine fois, l'année scolaire commence.
NDT : Il me faut vous avouer quelque chose. Après Harry, Leo est mon personnage préféré. Je suis tellement contente d'enfin pouvoir vraiment vous le présenter ! Dans Alanna, son équivalent est George Cooper (ils partagent les mêmes yeux noisette !). Tous les personnages que vous venez de rencontrer font partie de la Cour du Rogue (traduit cour des Miracles dans la traduction française de la série). En parlant de la traduction d'Alanna… je la trouve vraiment très… baclée. Je cherchais si Marek Swiftknife avait eu un nom de famille traduit pour que j'utilise celui-là et en cherchant dans les quatre tomes d'Alanna, le nom de famille n'est jamais apparu en français ! Il s'appelle juste Marek en français. Juste Marek. Mais oui bien sûr, ne donnons même pas le nom de famille d'un personnage important dans l'histoire ! Hum hum, pardon. Bref, la traduction d'Alanna étant ce qu'elle est, j'ai décidé de ne pas me baser dessus. J'ai hésité longtemps sur la traduction de Rogue, qui en anglais signifie fripouille, canaille. Rogue est également un mot français signifiant hautain, arrogant. Les deux mots viennent tous deux du vieux français rogue qui a trois étymologie possible avec le sens de 1 : se vanter, 2 : mendiant et 3 : déchirure (qui a mené à isolé, séparé, puis distant (anglais) puis hautain (français)) Étant très attachée à Leo et à son rôle de Roi du Rogue, j'ai finalement craqué et gardé le mot tel quel puisque dans les deux langues, l'origine est la même.
Au passage, "La Cour du Rogue, c'est tous ceux d'entre nous qui vivent de leurs esprits" est directement tiré du tome 1 d'Alanna (en anglais. Quand j'ai vu la traduction, j'ai fait NOPE et j'ai traduit à ma façon).
