NDA : Salut tout le monde. Me revoilà (avec un nouveau reccord pour le plus long chapitre jamais écrit) et prête à écrire plus d'aventures pour ma pauvre héroïne. Donc tout d'abord… oui, on est toujours dans l'été. C'est parce que l'été dure trois mois – 1/4 de l'année, donc il était inconcevable pour moi que rien de palpitant n'arrive puisque autant de choses se sont passées durant l'année. Ne vous inquiétez pas toutefois, ils retournent aussi à l'école dans ce chapitre, qui est à la fois incroyablement long et incroyablement varié en contenu. En espérant un peu que cela compense le temps qu'il a fallu pour vous le faire parvenir. […]
NDT : En-fin ! Je vous jure, ce chapitre ne voulait pas être traduit ! Il m'a pris tellement longtemps ! C'est cette première scène, elle ne veut jamais finir (même en temps que lectrice, je l'ai toujours trouvée longue. Super, mais longue). Je vous préviens, vous avez plus de 40K mots à lire devant vous (70 pages word) Vous savez ce qui fait presque 40k ? Le Lion, la Sorcière Blanche et l'Armoire Magique de C. S. Lewis ! Je vous dis donc, bon courage ! lève son chapeau
NDT2 : Ah, j'oubliais. J'ai encore changé d'avis avec ma traduction, et donc Healing ne se traduit plus par Soin et Soigner, mais par Guérison, Guérir. (Franchement, je sais pas pourquoi j'étais bornée à utiliser Soin quand les Healers sont canoniquement traduits par Guérisseurs…) Donc jusqu'à ce que je corrige tous les chapitres précédents (ce qui sera fait… un jour… quand Violet aura fini de réécrire PP sur AO3), faites comme si j'avais toujours traduit par Guérison et Guérir. Ok ? Ok.
Chapitre 3
Harry sortit de la cheminée dans la salle de cheminette de sa maison et fut immédiatement confrontée par le bout pointu de la baguette de son père. Elle inhala vivement et se figea ; le faible éclairage du sort Lumos de James créait juste assez de lumière pour que Harry voie que son père ne plaisantait pas.
« Qui va là ? exigea le Potter le plus âgé, son bras de baguette stable et Harry savait que sa visée le serait tout autant. Comment avez-vous passé les protections ? »
Harry déglutit, réalisant que les restes du feu de cheminette dans son dos gardait son visage dans les ombres.
« C'est moi, Papa. Harry.
– Harry ? »
James plissa les yeux dans la pénombre, mais ne s'avança pas ni ne changea l'angle de sa baguette, ce qui lui aurait permis de mieux voir. Il était un trop bon Auror pour abandonner son avantage aux dires d'un intrus potentiel.
« Ma fille est dans son lit – ou elle devrait l'être. »
Harry grimaça. C'était un bon point. Elle était de sortie beaucoup plus tard que d'habitude pour un jeudi soir. À l'origine, elle avait prévu d'être de retour à la maison après ses commissions bien avant que ses parents ne rentrent à la maison après leur travail. Ils ne savaient pas exactement ce qu'elle faisait la majeure partie de la journée – même si elle était presque sûre qu'ils présupposaient que les études en consistaient une grande partie – et Harry n'était pas du genre à expliquer les choses à ses parents quand elle n'en avait pas le besoin. C'était juste plus simple comme ça. Ce jour-là, par contre, Harry avait été détournée de son programme par un coup inattendu de malchance – suivi par, s'avéra-t-il, un peu de plutôt bonne chance, qui avait ensuite été suivie par un amoncellement spectaculaire de malchance énorme qui avait grimpé en flèche vers une situation qui ne pouvait qu'avoir été tirée d'un cauchemar. Elle sentit son âme frissonner de faiblesse et de peur juste à y repenser…
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Harry finit de décharger la dernière caisse de potions dans la réserve de Mr. Krait avec un petit soupir. Leo était occupé à faire quelque chose avec le Rogue ce jour-là, même s'il avait été plutôt vague quant à quoi il s'agissait exactement, donc Harry avait été seule pour porter des caisses de potions du Chaudron Baveur au Serpent's Storeroom. Elle n'était plus inquiète quant au danger de descendre les Embrumes seule. Harry avait monté et descendu l'allée tellement de fois qu'elle reconnaissait tous les visages habituels qui traversaient la rue et elle pensait que la plupart d'entre eux savaient probablement qui elle était également. Ou peut-être pas qui elle était, mais ce qu'elle était, au moins. Elle était l'amie de Leo, et même si être vue comme le nouveau jouet tout neuf du Roi Leo l'agaçait par moments, au moins personne ne l'embêtait pendant qu'elle faisait ses affaires. Non, ce n'était pas le risque qui avait poussé Harry à soupirer de soulagement une fois qu'elle fut libérée de la dernière caisse. Elle avait juste oublié à quel point elles étaient lourdes.
Ça m'apprendra à m'appuyer sur Leo pour les transporter pendant autant de semaines, pensa Harry avec pas mal de dégoût pour elle-même. Non pas que je lui avais demandé de l'aide, mais maintenant mes bras sont devenus tout faible.
Elle n'avait pas vraiment eu le temps de faire des choses comme de l'exercice ces derniers temps. Archie lui demandait de jouer au Quidditch à peu près une fois par semaine, et Sirius ne s'était toujours pas débarrassé de la piscine dans le sous-sol, donc ce n'était pas comme si les opportunités manquaient. Il semblait juste qu'il y avait toujours des choses plus importantes à faire. Cependant, cela allait devoir changer. Chaque année où elle survivait au délicat artifice qu'elle jouait était une autre année où les garçons de son âge grandissaient plus, devenaient plus larges d'épaules, et de façon générale, commençaient à moins ressembler à des garçons efféminés et plus à des hommes. Si elle voulait se faire passer pour l'un d'eux, elle devrait commencer à suivre le rythme physiquement.
« Hé, gamin ! appela la voix de Krait de l'autre côté de la porte ouverte de la réserve. Ramène deux de ces Régénérations sanguines pendant que t'es là-dedans !
– Oui, Mr. Krait ! » cria Harry en retour, montant sur une des caisses maintenant vides pour atteindre l'étagère du haut, où les Régénérations sanguines étaient gardées.
Elle porta les bouteilles dans la pièce principale et chercha Krait des yeux. Il se tenait sur un des îlots de potions, parlant à un client qu'elle voyait de dos. Krait lui fit signe et elle s'approcha d'eux.
« Merci, gamin, dit Krait de façon bourrue, prenant les bouteilles et les présentant au client. Jette un œil à celles-là, alors. Qu'est-ce que tu en penses ? »
L'autre homme prit une des bouteilles de potion et la maintint à la lumière filtrant par les fenêtres sales de la boutique. Il étudia la bouteille sous tous les angles et la débouchonna pour renifler le contenu avec un froncement de considération sur le visage.
« Bonne couleur… hmm, oui, juste la correcte consistance. L'odeur est… différente, par contre, non ? Tu as changé la recette, mon ami. Allons donc, alors, qu'est-ce que tu as mis dedans, Edgar ? »
Krait eut un sourire en coin.
« À toi de me le dire. »
L'autre homme haussa un sourcil et porta l'odeur un peu plus à son nez. Harry regarda les deux hommes, perdue quant à ce qu'ils faisaient exactement avec sa potion. L'homme manipulant l'échantillon lui semblait aussi familier. Il était gros et quelque peu costaud, avec une fine moustache sous son nez et très peu de cheveux restant sur le haut de son crâne.
Quand elle eut l'illumination, Harry dut réprimer l'envie irrépressible de faire volte-face et de cacher son visage. Cela ne ferait qu'attirer l'attention sur elle, donc à la place, Harry resta très immobile et très calme. L'homme tenant sa Régénération sanguine était le sorcier avec qui Snape avait parlé cette nuit juste avant qu'il ne parte pour trouver du ginseng sur le continent. Il était celui qu'elle avait entendu expliquer à Snape par coup de cheminette la pénurie de ginseng en Angleterre au sommet de l'épidémie du Syndrome du Sommeil. Elle reconnaissait le ton de la voix qu'il utilisait en parlant, comme le genre de voix qu'on attendrait d'un homme d'affaire malin : confiant et gentiment cajoleur, persuasif d'une façon franchement expérimentée.
« Eh bien, c'est définitivement quelque chose de nouveau, dit pensivement l'homme, dont Harry croyait que le prénom était Horace. C'est léger, mais il y a un soupçon d'agrumes dedans, j'ai raison ?
– Je ne saurais dire, dit Krait avec un sourire nonchalant. Je l'ai pas faite.
– Tu ne l'as pas… »
Horace-quel-était-son-nom jeta un regard noir à Krait.
« Mais pour quoi donc est-ce que tu me la fais inspecter alors ? Je pensais que tu m'avais enfin ramené une potion R-S que je peux vendre, et ce n'est même pas la tienne. »
L'homme secoua la tête et rendit la potion.
« Dommage en plus, parce que tu sais que je déteste acheter par ce gars Rotridge. Fais-moi savoir quand tu auras une potion comme celle-ci en stock, Edgar.
– Allons, allons, Horace, dit rapidement Edgar. Je cherche à la vendre. Je ne l'ai juste pas faite moi-même, c'est tout.
– Ah. »
Horace contempla une fois de plus avec attention la potion de Régénération sanguine dans la main de Krait.
« Tu as sous-traité, c'est ça ? Je n'achète généralement pas via un intermédiaire, tu sais. C'est une sale affaire, calculer les parts et tout ça.
– Rien de cela, dit Krait, jetant un œil au-dessus de l'épaule d'Horace vers l'endroit où Harry avait battu en retraite et était maintenant en train de regarder, avec une quantité considérable d'appréhension, la situation se dérouler. Tu n'aurais qu'à me payer pour les potions, comme je paye le concocteur séparément.
– Je vois, dit Horace. Eh bien, dans ce cas, il se pourrait que je doive tout simplement annuler mon contrat avec Rotridge. Sous réserve que les potions auxquelles je peux m'attendre soient aussi bonne que cet échantillon, bien sûr.
– Bien sûr, Horace, dit Krait. Mon concocteur ne délivre toujours que le meilleur. »
Horace hocha la tête sérieusement.
« Bien, bien. Attends-toi à mon hibou dans la matinée avec la paperasse. Je récupérerai la première commande dans deux semaines. »
Il tapa une large main joviale dans le dos plus mince de Krait.
« Ravi de faire des affaires avec toi, Edgar, comme d'habitude. Oh, et j'aimerais beaucoup rencontrer ton nouveau concocteur quand ça sera opportun. On dirait que c'est une bonne trouvaille s'il te fait changer tes recettes après tant de temps. »
Krait cligna des yeux et lança un autre regard à Harry par-dessus l'épaule d'Horace.
« Eh bien en fait, il est… »
Harry secoua la tête discrètement, les yeux écarquillés et suppliants.
« …ah, eh bien, il est habitué à son anonymat, finit faiblement Krait, paraissant perdu. Je suis sûr que tu comprends. Je lui en parlerai, bien entendu, mais je ne peux rien te garantir. »
Harry sourit légèrement en gratitude et s'occupa en réorganisant les bocaux de cerveaux de chauve-souris quelques rayons plus loin jusqu'à ce qu'Horace prenne congé de la boutique.
« Qu'est-ce que c'était que ça, gamin ? »
Krait fronça les sourcils en direction de Harry quand elle revint au comptoir.
« Ne sais-tu pas qui c'est ?
– Pas vraiment, dit Harry. Merci pour ne pas lui avoir dit qui j'étais. »
Krait secoua la tête.
« C'était Horace Beurk. C'est un homme d'affaire extrêmement influent en Grande-Bretagne Sorcière.
– Beurk, comme dans Barjow et Beurk ? demanda curieusement Harry.
– Ce Beurk est un cousin d'Horace, dit Krait. Horace Beurk est… eh bien, tu l'appellerais un profiteur. Il se targue d'être capable de fournir n'importe quoi à n'importe qui. Il possède un tas d'entrepôts dans les Basses Allées, et il gère une compagnie de vente par hibou via celles-ci. Tu peux commander n'importe quoi à Beurk et sa qualité et rapidité sont toujours garanties. S'il ne peut pas te l'obtenir, ça n'existe pas – du moins pas en Grande-Bretagne.
– Je peux voir comment il pourrait se faire de l'argent sur des choses qui sont difficiles à trouver, dit lentement Harry. Mais qui irait acheter des choses comme des potions de Régénération sanguine à Mr. Beurk quand elles sont vendues dans des boutiques comme celle-ci ? Il n'augmente pas le prix pour se faire un profit ?
– Si, dit Krait. Mais d'un autre côté, je lui vends les potions moins chères que je ne les vends aux clients, parce que ses commandes sont certaines, alors que je ne sais pas toujours si les potions que je mets en boutique vont se vendre. De plus, tu serais surpris par le nombre de personnes qui sont trop paresseuses pour aller faire les magasins par elles-mêmes. Puis il y a ceux qui ne font pas confiance à la qualité dans des boutiques autogérées comme la mienne et qui préféreraient payer plus pour avoir un produit dont ils sont sûrs qu'il marchera. »
Harry acquiesça.
« J'imagine que ça fait sens. Donc il achète des Régénérations sanguines via vous, maintenant ?
– Il semblerait, dit Krait, paraissant content de lui. Il en récupère d'autres via moi, mais il a toujours dit que mes Régénérations sanguines n'étaient pas très bonnes. J'imagine qu'il préfère ta variation.
– À ce propos, dit Harry, désolé pour avoir changé des choses sans vous le dire. »
Krait haussa les épaules.
« Je vais pas discuter sur ce qui marche. Quelques-unes de tes potions se vendent considérablement mieux que les anciennes – pas avec mon client lambda, mais avec les gens qui viennent avec un œil distinctif. Je me suis douté que tu devais faire quelque chose de différent, donc j'ai demandé à Horace de venir y jeter un œil pour voir s'il préférait la nouvelle version aux anciennes versions.
– Eh bien, je suis content que vos ventes augmentent, dit Harry. Mais pourriez-vous garder mon identité comme étant le concocteur un secret ? »
Krait la fixa avec un regard franc.
« Ça ne devrait pas être un problème, comme je ne sais en fait pas ton identité, Harry Pas-de-nom-de-famille. »
Harry gigota inconfortablement.
« Ouais, merci aussi pour ne pas être trop intéressé par ça. »
Krait haussa les épaules.
« Je suis habitué aux gars étranges dans ces allées, mais je dois te demander ceci : as-tu des ennuis ? Tu fuis quelqu'un ou autre ? Je ne vais pas te virer, gamin, mais si je ne sais pas, alors je ne peux pas t'aider, et je pourrais révéler quelque chose à la mauvaise personne. »
Harry secoua la tête.
« Ce n'est pas quelque chose comme ça, Mr. Krait. Je ne suis pas mêlé à quelque chose de louche, et je ne vais pas apporter d'ennuis à votre boutique. Je préfère juste garder profil bas. Donc si quelqu'un a des questions sur les potions, pourriez-vous leur dire que vous avez un concocteur qui n'aime pas être associé à son travail ? Zut, vous pouvez vous attribuer le mérite de ces potions si vous voulez. Ça pourrait être plus simple. Je m'en fiche, tant que je suis payé à la fin. »
Krait grogna :
« T'es quelque chose, gamin. Aucune fierté dans ton travail, ça c'est sûr. »
Harry n'était pas d'accord, mais ne dit rien. La fierté n'était pas par rapport à ce que le monde sache ce qu'elle pouvait faire. Tant qu'elle savait, il y avait de la fierté et de la satisfaction à ne faire même que le travail. Après tout, elle était fière des devoirs secrets qu'elle faisait pour Flint, non ? Ils étaient bien plus durs que le travail de première année et elle les faisait tous avec compétence, alors que personne à part Flint ne savait. Elle était aussi fière d'être – et de rester – à Poudlard, malgré son inéligibilité à cause de son statut de sang. Juste parce qu'elle ne le disait à personne ne voulait pas dire qu'elle n'en était pas fière.
Harry eut soudain une étrange pensée, et elle leva les yeux vers Krait avec un froncement de sourcils.
« Depuis toutes ces semaines, vous n'êtes vraiment jamais allé vous renseigner sur moi auprès de Mr. Tate, même si vous savez qu'il m'a recommandé ? N'étiez-vous pas curieux ? »
Krait la regarda d'un air ahuri.
« Si je veux savoir quelque chose, j'interroge la personne qui m'intrigue. Je ne perds pas mon temps à farfouiller dans le dos des gens. C'est pas mes oignons, de toute façon, je me doute.
– Merci, dit Harry et elle récupéra deux caisses vides pour le jour suivant. À demain, Mr. Krait.
– Bien sûr, gamin. »
Harry quitta la boutique et remonta lentement l'allée des Embrumes. Elle avait deux autres arrêts à faire à Traverse avant de pouvoir rentrer à la maison, et elle débattait sur le fait de déposer les caisses au Chaudron Baveur d'abord quand elle rentra accidentellement dans un piéton qui passait. Elle était sur le point de s'excuser pour ne pas l'avoir vu quand elle le sentit – un léger relâchement de pression depuis la poche intérieure gauche de ses robes.
La poche où elle gardait son porte-monnaie.
Jurant, Harry batailla avec les caisses dans ses mains et essaya en vain de les maintenir en équilibre à une main pendant qu'elle tendait l'autre vers la personne contre laquelle elle s'était cognée. Ce fut en vain. La personne était agile et elle se tortilla loin d'elle avec la facilité de la compétence et de l'expérience en évasion. Elle entrevit de grands yeux bleus et un sourire moqueur sous une casquette marron foncé avant que la personne – non, le garçon – ne se tire en courant sur des pieds légers, son sac d'argent sans aucun doute solidement caché dans son poing.
Harry carra la mâchoire et se déplaça aussi vite qu'elle l'osait le long de l'allée. Elle s'arrêta à peine un moment pour poser les caisses vides de façon pas très douce dans un coin ombragé avant de prendre de la vitesse et de faire la course dans la direction où elle avait vu le garçon se faire la malle. Les caisses pouvaient disparaître d'ici à ce qu'elle revienne, mais l'argent dans cette bourse valait cinq fois les caisses et toutes les bouteilles. Un des arrêts qu'elle avait prévu de faire à Traverse était une librairie antique, où elle avait réservé une copie d'un manuscrit sur la magie de mélange. Le commerçant réclamait un paiement en or, donc elle transportait beaucoup plus d'argent qu'elle n'en risquerait habituellement.
La plus grande partie de ses économies, y compris l'argent dont elle aurait besoin pour leur petit projet, à Archie et à elle, étaient rangées en sécurité dans sa chambre, mais Harry n'allait pas laisser la quantité d'or dans cette bourse s'enfuir sans se battre. Question de principe, après tout.
Elle courut rapidement vers là où les Embrumes croisaient Cour Kyprioth et dérapa sur les pavés en tournant au coin. Cour Kyprioth n'était pas aussi bondée que les Embrumes, et en tendant un peu le cou, Harry aperçut une figure mince avec une casquette marron foncé trottiner tranquillement vers l'extrémité de l'allée. Le garçon – elle pouvait voir maintenant qu'il était vêtu d'un short et d'un tee-shirt trop grand – avait ralenti considérablement, apparemment confiant que sa cible ne serait pas suffisamment folle pour le poursuivre à travers les Basses Allées.
Il allait voir ce qu'il allait voir, pensa sombrement Harry. Elle aurait eu un sourire en coin en rattrapant le garçon si elle n'était pas autant à bout de souffle. Sérieusement, elle devait faire plus de sport.
Elle était seulement à quelques pas derrière le garçon quand par quelque terrible chance, il jeta un œil derrière lui. Ses yeux s'écarquillèrent en la voyant foncer sur lui et il laissa échapper un cri de surprise avant de se faire la malle encore une fois. Le garçon à la casquette se précipita sur la gauche, dans une allée que Harry n'avait jamais prise, et fit des embardées à travers les piétons pour essayer de mettre de la distance entre eux. Harry suivit avec acharnement le gamin. Il était rapide – plus rapide qu'elle, et de toute évidence, il connaissait mieux les allées également. Il la dirigea à travers des tours et des détours, par-dessus des clôtures et sous des cordes à linge et Harry était complètement essoufflée après juste quelques minutes du rythme brutalement rapide que le garçon avait imposé. Sans mentionner complètement perdue.
Elle avait l'avantage d'être la poursuivante, toutefois. Le garçon devait faire attention aux obstacles et perdait des secondes précieuses à décider quels chemins prendre, alors qu'elle avait juste à le poursuivre sans réfléchir. De plus, ce que Harry manquait en agilité et vitesse, elle le rattrapait en pure détermination.
Même ainsi, le garçon était rapide. Il courait et escaladait n'importe quel obstacle sur son chemin, sautant par-dessus des tonneaux et des poubelles avec à peine une pause dans ses foulées. Harry pouvait le voir s'éloigner de plus en plus loin d'elle, et elle sut que bientôt il serait hors de sa portée.
Si seulement elle pouvait utiliser la magie pendant les vacances d'été. Harry pouvait sentir sa magie s'accumuler en elle, impatiente de lui venir en aide alors que ses émotions déferlaient, mais elle étouffa le besoin. Elle s'attirerait des ennuis – mais avec Poudlard ou AIM, elle n'en était pas entièrement sûre – si quelqu'un la voyait, et dans tous les cas, elle n'avait aucune idée du type de sort qu'elle pourrait utiliser. Elle ne voulait pas blesser le gamin, comme elle pourrait le faire si elle lévitait quelque chose sur son chemin ou essayer de le stupéfier. Elle voulait juste récupérer son argent.
Juste quand elle jurait de son manque de vision à long terme pour ne pas avoir exercé son corps pendant qu'elle entraînait son esprit toute l'année, Harry aperçut une énorme charrette de chaudron reculant lentement dans l'allée devant eux. Elle était trop haute pour lui sauter par-dessus et traînait trop près du sol pour essayer de glisser par-dessous. Harry sentit une montée d'exaltation à la vue – voilà sa chance ! Le garçon allait devoir s'arrêter.
Pourtant, il ne le fit pas. Harry fronça les sourcils. Il ne ralentissait même pas. Harry réalisa avec un effroi affreux que le garçon ne voyait pas la charrette vers laquelle il fonçait. Il fixait le sol – non, sa chaussure – à essayer de secouer un bout de corde sauvage qui s'était retrouvé enchevêtré autour d'un de ses pieds pendant qu'il courait.
Harry cria un avertissement, mais cela fit seulement tourner la tête du garçon vers elle en confusion, et il courait si vite que même s'il se retournait et reconnaissait le danger, il n'y aurait pas assez de temps pour qu'il s'arrête.
Sa magie remonta en elle, et cette fois, Harry ne la repoussa pas. Elle tendit la main – pas le temps pour sa baguette – et la relâcha vers le garçon au-devant, dont les yeux bleus s'agrandirent encore plus en la voyant chercher à l'atteindre de façon aussi intense. Sa magie le rattrapa plus rapidement qu'elle n'aurait jamais pu le faire. À peine quelques secondes avant qu'il ne fonce – aurait dû foncer – tête la première dans la charrette de chaudrons lourds, il se figea, soudainement suspendu en l'air tandis que son élan était arrêté par de la magie brute. Harry courut les quelques derniers mètres vers l'endroit où le garçon flottait, ressemblant à une sorte de statue étrangement réaliste planant à une dizaine de centimètres du sol.
Harry sourit au garçon, dont le visage était maintenant presque à hauteur d'yeux, et agrippa une main gentille mais ferme sur le bras du garçon tout en demandant en même temps à sa magie de laisser le garçon partir.
« Je t'ai eu, dit-elle à bout de souffle. Bonne course, par contre. »
Le garçon, qui ne devait pas avoir plus de neuf ans, la fusilla du regard après qu'avoir un peu tiré avec frustration ne l'éloigna pas plus de sa prise.
« Lâche-moi.
– Bien sûr, dit Harry. Rends-moi juste ma bourse.
– Je ne vois pas de quoi tu parles, dit le garçon, plissant le nez et l'évitant du regard.
– Alors pourquoi tu me fuyais ? demanda Harry. Allez, juste rends-la-moi et tu peux partir. »
Le garçon ouvrit la bouche pour répondre mais fut coupé par un sorcier d'âge mûr qui contourna rapidement la charrette de chaudrons, un air inquiet sur le visage.
« Vous allez bien, vous deux ? demanda-t-il, regardant Harry et le garçon anxieusement. J'ai cru pour sûr que le galopin allait crasher dans ma charrette. Désolé pour ça, mais je ne voyais vraiment personne venir quand j'ai commencé à reculer dans la rue. »
Harry lui sourit.
« Ce n'est rien, aucun de nous deux n'a été touché.
– Fais-le me lâcher ! » intervint le garçon, regardant l'homme d'un air implorant.
Le marchand de chaudron fronça des sourcils et tira sur le peu de cheveux qu'il lui restait sur le crâne, incertain.
« Allons bon, qu'est-ce que c'est que ça ? Est-ce que tu retiens ce garçon pour quelque chose ? »
Harry acquiesça, d'un air un peu désolé.
« Seulement pour un moment. Il était juste sur le point de me rendre quelque chose qui m'appartient.
– C'est un menteur, dit le garçon avec un air renfrogné. J'ai rien à lui. »
L'homme parut un peu perdu quant à quoi faire.
« Bon, ah, c'est-à-dire… es-tu sûr qu'il a quelque chose qui t'appartient ? Tu ne te trompes pas, peut-être ? »
Il paraissait assez optimiste, mais Harry secoua la tête lentement.
« Je ne pense pas. Il me manque un sac d'argent. Il est rouge sombre et il y a exactement dix-sept gallions et quatre noises à l'intérieur. Mes initiales sont brodées sur l'extérieur – HP. Regardez. »
Harry chercha dans sa poche avec sa main libre et en sortit une lettre.
« C'est un avis d'une des boutiques au Chemin de Traverse. Vous voyez ? Il y a mon nom dessus, Harry Potter, dont les initiales correspondent à celles sur le sac d'argent, si ce garçon l'a. »
Le propriétaire de la charrette lut en diagonale le bout de parchemin, un air pale et mal à l'aise sur son visage.
« Je vois. Eh bien, je suppose que c'est assez simple à résoudre. Est-ce que tu as un sac d'argent comme ça, jeune homme ? »
Le garçon leur lança un regard noir de défi.
« Qu'est-ce que ça vous fait si je l'ai ? Peut-être que je l'ai trouvé. »
Harry fit tourner le garçon et utilisa son autre main pour plonger dans les poches de sa chemise. Elle en sortit le sac d'argent, qui était clairement rouge et marqué comme elle l'avait dit, et haussa un sourcil ironique.
« Heureusement qu'on s'est croisé alors, comme ça tu peux t'assurer qu'il retourne sans problème à son propriétaire. »
Elle relâcha le garçon et il s'éloigna rapidement d'elle. Malheureusement, la charrette de chaudrons était toujours derrière lui, bloquant sa fuite dans cette direction et il semblait hésiter à essayer de doubler le marchand et elle en courant vers l'autre bout de l'allée.
L'homme aux chaudrons tourna un visage rempli d'appréhension vers elle.
« Bon, tout est réglé alors, ne pensez-vous pas, jeune sir ? Pas besoin d'impliquer les Aurors, vraiment, puisque tout s'est résolu. »
Le garçon pâlit à la mention des Aurors. Harry cligna des yeux, prise par surprise.
« Les Aurors ? Pourquoi est-ce que je… oh. »
Elle roula presque des yeux. Bien sûr, techniquement le garçon avait commis un crime, mais qui appelait les agents contre les mages noirs pour un cas de vol insignifiant ? Par ailleurs, son père était un Auror, et hors de question d'aller essayer d'expliquer ce qu'elle faisait dans l'allée des Embrumes en premier lieu.
« Non, je me moque de ça. Je voulais juste récupérer mon sac. Désolé de vous avoir embêté, monsieur, dit-elle au marchand de chaudron. Et la prochaine fois, vole quelqu'un qui paraît trop gros pour te courir après », suggéra-t-elle sarcastiquement au garçon.
Le gamin, réalisant qu'il n'allait pas se retrouver dans de réels ennuis, inclina sa casquette vers elle avec impertinence et détala en la contournant avec une sorte de grâce fringante, s'enfuyant dans le soleil couchant sans un regard en arrière.
Le marchand de chaudron lui sourit avec un soulagement évident.
« C'est une chose bien clémente que vous avez fait, jeune homme. »
Harry cligna des yeux vers lui.
« Vous auriez fait la même chose, non ? »
L'homme parut pris de court.
« Je l'aurais fait, oui, mais vous n'êtes pas… »
Il se coupa et toussa d'une façon embarrassée. Harry se demande ce qu'il avait été sur le point de dire, mais continua poliment la conversation comme s'il n'avait pas interrompu sa phrase.
« Eh bien, j'ai été ravi de vous avoir rencontré. Bonne soirée.
– Oh, bonne journée, retourna l'homme, levant une main en une vague sorte de salut, puis regardant sa main comme s'il se demandait pourquoi il avait fait une telle chose.
– Merci. »
Harry rendit le salut d'un air perplexe en partant, puis s'arrêta et se retourna.
« Hum, est-ce que vous sauriez comment retourner à l'allée des Embrumes par hasard ? Ou au moins à Cour Kyprioth ? »
L'homme sourit avec indulgence.
« Oui, bien sûr. »
Il lui indiqua le chemin, qui était si compliqué que Harry dut lui faire répéter deux fois pour être sûre qu'elle se rappellerait de tout. Apparemment elle avait couru plus loin dans les Basses Allées qu'elle ne l'avait cru.
Elle le remercia encore et repartit vers Cour Kyprioth. Elle allait déjà arriver à la maison bien plus tard qu'elle ne l'avait prévu, mais peut-être que si elle se dépêchait, elle reviendrait à temps pour le dîner. Non pas que ses parents vérifiaient que tout allait bien avec elle ou quoi. Bien qu'elle participât généralement aux repas, si elle en ratait un, ils partiraient probablement du principe qu'elle travaillait sur une potion qui ne pouvait pas être interrompue.
Harry était juste à deux rues de Cour Kyprioth quand elle passa une fenêtre avec une pancarte rouge vif qui capta son attention. Elle ralentit, osant à peine croire en sa chance.
À LOUER
Deux-pièces
9 Gallions/semaine
Charges et connexion de cheminette incluses
S'adresser au Numéro 5
Elle sourit. C'était parfait. Dans le secteur sorcier, donc pas d'inquiétudes à ce qu'on lui demande des papiers moldus, pas cher, pas trop grand ni trop voyant. La rue sur laquelle il se trouvait était appelée Ruelle Cornouiller. Elle était étroite mais bien entretenue, avec des jardinières sur chaque rebord de fenêtre et des volets robustes de la couleur de la porte correspondante. L'appartement qui était à louer semblait être au premier étage, et il y avait un rideau rose pâle à la fenêtre derrière la pancarte à louer. Le numéro à côté de la fenêtre était le 8, et l'appartement en-dessous, au rez-de-sol était le numéro 7. Le numéro 5 était au rez-de-chaussée de l'autre côté de la rue, donc Harry traversa et toqua gentiment à la porte qui menait aux appartements 5 et 6 et attendit.
Les rideaux de la fenêtre la plus proche de la porte flottèrent et s'écartèrent, révélant le visage d'une femme mince aux cheveux d'un brun doux. La femme lui fit un signe de la main avant de quitter la fenêtre. Quelques moments plus tard, la porte jaune s'ouvrit et la femme de la fenêtre lui sourit.
« Bonjour mon chéri, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Ou toquais-tu pour le numéro 6 ? demanda gentiment la dame.
– En fait, j'espérais me renseigner sur l'appartement de l'autre côté de la rue, dit Harry. Le numéro 8. Est-il toujours à louer ?
– Oui, dit la femme, surprise. Entre donc, mon enfant. »
Harry passa la porte jaune et pénétra dans l'entrée qui avait un escalier montant et une porte sur la droite. La femme la mena de l'autre côté de la porte et l'invita à s'asseoir pendant qu'elle allait chercher la propriétaire de l'appartement.
« Je suis Mrs. Botting, d'ailleurs », dit-elle par-dessus son épaule.
Harry attendit quelques minutes puis une vieille dame aux cheveux blancs arriva en titubant lentement dans la pièce, s'appuyant lourdement sur une cane en bois. Harry sauta de son siège pour l'aider à s'asseoir.
« Merci beaucoup jeune homme, dit la femme, sa voix grinçant avec l'âge. Alors, ma chère Mrs. Botting m'a dit que tu es venu pour te renseigner sur le numéro 8, c'est cela ?
– Oui, madame, dit Harry. Est-ce que vous cherchez toujours à le louer ?
– Oh, oui, soupira la vieille dame. Je ne pouvais juste pas supporter de laisser ce vieil endroit partir, vois-tu. Tellement de souvenirs. Mais j'ai eu une vilaine chute le mois dernier et si Mr. Botting n'était pas passé me voir cet après-midi-là… eh bien je suis trop vieille pour continuer à vivre seule, je suppose.
– Est-ce que vous allez bien maintenant ? demanda Harry.
– Bien, très bien, dit-elle. Maywell s'en est assuré. »
Ne sachant pas de quoi elle parlait, Harry acquiesça juste d'une façon qu'elle espérait être compréhensive.
« Les Botting sont si bons avec moi, dit la vieille femme, juste si bons. Ils me laissent rester ici, même s'ils n'ont pas de place à proprement parler. Est-ce que tes parents cherchent un appartement à louer ? Cela serait agréable d'avoir un moyen de rembourser les Botting pour leur gentillesse. Je ne veux être un fardeau pour personne et chaque petite chose aide par ici. »
Harry acquiesça.
« Oui, madame. Ce ne sont pas mes parents par contre. Je cherchais en fait à louer un appartement moi-même, si cela ne vous dérange pas.
– Oh, eh bien, dit la femme en fronçant les sourcils. Vis-tu seul ? Dangereuse affaire, je suis bien placée pour le savoir. Ne peux-tu pas trouver une place dans un refuge ? Le Rogue te prendrait, tu sais, peu importe qui sont tes parents.
– Je me débrouillerai très bien, madame, dit Harry. Est-ce que je peux louer l'appartement dès maintenant ?
– Oui, oui, dit la femme. Si tu en es si sûr, tu peux emménager dès que tu veux.
– Merci, dit Harry. Je promets que je ne serai pas un voisin problématique. Vous ne me verrez probablement même jamais, puisque je compte utiliser la connexion de cheminette pour entrer et sortir quand je peux.
– Je suis sûre que vous serez un charmant voisin, dit l'ancienne, hochant la tête judicieusement en même temps. Alors donc, comme tu l'as probablement lu, j'espère 9 gallions par semaine, mais tu peux payer au mois ou de façon bimensuelle ou tout autre façon qui conviendrait à ta situation. »
Harry sourit.
« Si cela vous est égal, je préfèrerais payer la première année à l'avance en liquide, pour que vous ne vous inquiétiez pas d'obtenir les paiements en temps et en heure. »
Les sourcils de la vieille dame se levèrent, mais elle ne demanda pas comment Harry allait obtenir l'argent. Harry avait l'impression qu'elle était habituée à voir des jeunes gens débrouillards dans les allées, si la façon dont elle avait à peine protesté à ce qu'un gamin loue un appartement par lui-même était d'une quelconque indication.
« C'est bien aussi, bien sûr, dit-elle après un moment.
– Super, sourit Harry. J'apporterai le paiement après-demain, si je peux. Par ailleurs, est-ce que je pourrais vous demander une faveur de bon voisinage ? »
La vieille femme cligna ses paupières ridées, mais hocha lentement la tête.
« Oui, de quoi s'agit-elle ?
– J'avais à l'origine budgétisé pour plus de 9 gallions par semaine pour un appartement, dit Harry. Donc je me demandais, si je payais 11 gallions par semaine, pourriez-vous éventuellement garder mes habitudes personnelles pour vous, si quelqu'un venait à demander ?
– Habitudes personnelles ? répéta la femme, déroutée.
– Oui, vous savez, les allées et les venues, toutes les particularités que vous pourriez entendre – ou ne pas entendre – de la maison, des choses comme ça, expliqua Harry innocemment. Vous pouvez leur dire que Harry Potter loue l'appartement si quelqu'un du Ministère ou autre venait à demander bien sûr, mais j'apprécierais que vous gardiez tout autre type d'informations pour vous-même. »
La femme haussa ses deux sourcils de façon sceptique.
« Pour 11 gallions par semaine, je dirai ce que tu veux au Ministère – non pas que les gens comme eux viennent souvent par ici. Tu es une petite chose tout à fait étrange, hein ?
– On me le dit souvent, dit Harry. Merci beaucoup, madame.
– Mais de rien, jeune Mr. Potter, dit la femme. Et s'il te plaît, appelle-moi Mrs. Whitlock. »
Harry sourit facilement.
« Comme vous voulez, Mrs. Whitlock. J'étais enchanté de vous rencontrer. »
Elle se leva pour partir, mais Mrs. Botting arriva à ce moment-là avec un plateau de thé et le posa sur la table basse, lui souriant avec plein d'espoir.
« Resteras-tu pour dîner, mon chéri ? demanda-t-elle, tendant à Harry, qui s'était rassise par politesse, une tasse de thé à l'odeur douce.
– Oh, je ne sais pas, hésita Harry. Je devrais probablement rentrer et manger là-bas.
– N'importe quoi, dit Mrs. Whitlock en pinçant les lèvres avec dédain. À quoi cela sert de rentrer chez soi et de dîner seul quand tu peux rester ici et apprendre à connaître tes nouveaux voisins ? »
Harry cligna des yeux, incertaine de ce qu'elle pouvait dire à ça. Ce n'était pas comme si elle pouvait dire aux deux femmes que sa mère et son père avaient un dîner à eux pour elle, parce que cela retirerait de la crédibilité à l'idée qu'elle louait un appartement pour y vivre seule, malgré le fait d'avoir presque douze ans. Elle tergiversa pendant une seconde, mais ne trouva pas de bonne excuse pour ne pas rester, et elles avaient été très gentilles de l'inviter à leur table en premier lieu. Ses parents supposeraient probablement qu'elle travaillait, donc tant qu'elle était à la maison avant la nuit, tout irait probablement bien.
Harry accepta leur invitation et vingt minutes plus tard, elle était assise autour d'une petite table, mais abondamment fournie, dans la cuisine des Botting. Elle rencontra Mr. Botting ainsi que les deux enfants de la maison, Jim et Clara Botting, qui avait sept et cinq ans respectivement. Le repas fut plaisant et les Botting étaient très chaleureux envers elle en tant que nouvelle voisine potentielle, même si Harry les prévint plusieurs fois qu'ils ne la verraient sûrement pas beaucoup.
Quand elle quitta enfin la résidence des Botting au numéro 5 ruelle Cornouiller, c'était trente bonnes minutes après le crépuscule. Harry soupira. Il n'y avait aucun moyen de rentrer à la maison avant le dîner. Elle se rappela aussi soudainement qu'elle avait laissé les caisses de Krait juste posées dans un coin de l'allée des Embrumes quand elle avait commencé son détour prolongé, et pensa que ce serait un miracle si elles étaient toujours là. Super.
Harry marcha rapidement à travers les allées assombries. Ce n'était pas la pénombre causée par les porte-à-faux des bâtiments, mais plutôt le noir complet d'une nuit d'été qui n'était que brisé par de rares rayons de lune. Heureusement, les panneaux à chaque coin de rue étaient enchantés pour être illuminés, donc elle retrouva sa route sans trop de problèmes.
En approchant de Cour Kyprioth, Harry sentit le premier picotement de malaise. Elle n'avait jamais été dans les Basses Allées aussi tard auparavant, donc au début, rien n'avait paru étrange ou différent quant à la nature déserte des rues qu'elle traversait. Toutefois, quand elle remarqua que la rue plus loin était illuminée par quelque chose d'autre que la lueur de la lune, elle commença à penser que peut-être il y avait quelque chose de menaçant dans le vide et le silence des allées.
Sauf qu'elles n'étaient pas silencieuses. Il y avait des sons faibles dans le vent, venant d'au-devant elle. Une part d'elle se dit qu'elle devrait tourner les talons, éviter la lueur rouge inquiétante qui venait de devant, mais une autre part lui rappela qu'elle ne connaissait aucun autre chemin vers l'allée des Embrumes que via Cour Kyprioth. Donc elle continua tout droit, même si à un pas plus lent et plus prudent.
Alors qu'elle s'approchait, les sons devinrent plus clairs. Il y avait des cris, et sous les cris, des petites explosions, comme des rochers implosant et du gravier se pulvérisant. La lueur orange-rouge dansa sur ses yeux, mais c'était contrebalancé par des éclairs vifs et erratiques de lumières multicolores qui se réfractaient et projetaient des ombres se mouvant rapidement sur le mur de l'allée. Ces éclairs étaient facilement reconnaissables pour quiconque ayant un jour vu de la magie sérieusement utilisée – c'étaient les hérauts des duels magiques – plusieurs, à en juger par la fréquence et la variété des éclairs seuls. Le rougeoiement permanent, par contre, était quelque chose que Harry n'avait jamais vu avant. Et pourtant, une fois que Harry eut atteint l'entrée de l'allée et qu'elle aperçut son origine, la sombre réalité la frappa avec la force déchirante de quelque chose qu'une partie profonde et inconnue d'elle avait instinctivement connu tout du long. Comme un nourrisson connaissait le visage de sa mère ou un chien connaissait la peur du tonnerre.
Le feu. Quelque chose était en feu. Non, elle s'affaissa contre le mur râpeux de l'allée sous la réalisation, le Dragon Dansant était en feu. Elle ouvrit la bouche pour appeler à l'aide, mais la referma avec force quand l'étendue réelle de la scène devant elle s'enfonça comme une masse dans son crâne.
Cour Kyprioth était jonchée de décombres, et entre les décombres… de corps. Certains debout, certains à terre, la plupart masculin, tous recouverts d'une épaisse couche de poussière et de débris. Harry avait vu des combats auparavant – des escarmouches d'école et la bagarre occasionnelle de taverne qu'elle avait juré à Sirius qu'elle ne raconterait pas à sa mère – mais ce n'était en rien comme ça. Cela ressemblait à ce qu'elle aurait pu imaginer qu'un combat de gang moldu puisse être, si elle avait donné suffisamment de crédibilité à la propagande propagée par le Parti SOW sur la nature violente des moldus pour essayer d'en imaginer un. Il semblait y avoir deux factions distinctes qui s'opposaient, mais les duels étaient si fluides et indistincts qu'elle ne pouvait pas en être certaine. Cela ne ressemblait pas à une mêlée générale, pourtant. Il y avait définitivement des groupes de gens se battant ensemble, donc il devait y avoir une sorte d'organisation et de raison derrière la scène folle. Harry ne savait juste pas laquelle c'était.
Les combats étaient centrés dans le demi-cercle de la rue devant le Dragon Dansant. Après avoir plissé les yeux contre le brasier, Harry fut capable de discerner que c'était l'étage qui brûlait. Le côté droit entier du premier étage était en flamme, mais en plus des affrontements continus se déroulant dans la rue à l'extérieur de l'auberge, il y avait plusieurs sorcières et sorciers avec de l'eau qui jaillissait de leurs baguettes, bien plus forte que ce qu'un simple Aguamenti pourrait produire. Le feu ne semblait pas se propager, mais du fait des pompiers impromptus il y avait une production de grandes rafales de vapeur quand l'eau touchait le bâtiment brûlant. Elle dérivait dans la cour en bas, chaude et lourde, projetant une pellicule brumeuse sur tout ce qu'elle touchait.
Le combat en lui-même pouvait seulement être décrit comme un chaos à peine contenu. Des combattants des deux côtés esquivaient et slalomaient les uns autour des autres dans ce qui aurait pu être une danse magnifiquement chorégraphiée, s'il n'y avait pas eu autant de choses qui avaient clairement tourné mal. En place du spectacle accrocheur d'actions tape-à-l'œil et de presqu'accidents successifs que l'on aurait pu trouver dans un combat mis en scène, les échanges entre les combattants étaient aussi rapides qu'ils étaient brutaux. Lumières et sons battaient la nuit. Le scintillement de l'acier se réfléchissant et la giclée soudaine de sang non accompagnée de l'éclair de magie correspondant lui apprit qu'il y avait au moins certains des participants qui faisaient du duel libre. Une fois qu'elle en eut conscience, l'affrontement occasionnel d'armement mixte pouvait être identifié au-dessus des cris et des bruits sourds des sorts esquivés contre les bâtiments alentours.
Son esprit cataloguait rapidement tout ça, mais sa conscience était figée d'horreur abjecte. Elle n'avait pas été préparée quand elle avait entendu les bruits de troubles, peu importe le malaise qu'elle avait instinctivement ressenti, car qui pouvait un jour être prêt pour une telle chose ? À même pas six mètres d'elle, des gens se battaient – et mouraient, pensa-t-elle avec hébétement, si la quantité de sang coulant à présent dans les caniveaux sur les bords de l'allée était d'une quelconque indication. Elle ne savait pas sur quoi elle était tombée, et alors que sa présence d'esprit se remettait de son choc initial et se réaffirmait, elle réalisa qu'elle ne voulait pas savoir. Elle trébucha en reculant de l'entrée de la contre-allée depuis laquelle elle avait observé avec l'intention de trouver un autre chemin pour rentrer chez elle. N'importe quel autre chemin.
Mais son mouvement soudain avait dû être remarquable d'une manière ou d'une autre contre l'arrière-plan immobile et silencieux qu'était l'espace à l'extérieur immédiat de la zone de conflit, car sitôt qu'elle avait chancelé quelques pas en arrière de la scène épouvantable, un des combattants se détacha de la bataille et se dirigea droit vers son allée.
Elle ne saurait jamais ce que l'homme au gilet bleu avait voulu d'elle. Avait-il pensé qu'elle était une combattante ennemie, arrivant sournoisement sur son flanc ? Avait-il réalisé qu'il y avait une tierce personne ignorante qui s'était retrouvée par mégarde sur le champ de bataille, et était venu la prévenir de partir ? L'avait-il même vue en premier lieu ? Ou avait-il essayé de faire quelque chose d'autre, comme envoyer un message ou s'enfuir de la bataille complètement ? Elle ne saurait jamais, car à peine avait-il atteint l'entrée de l'allée où elle se trouvait, la même allée où elle avait imprudemment suivi un jeune pickpocket juste quelques heures plus tôt, qu'il fut touché dans le dos par ce qu'elle apprit plus tard était un large couteau de lancer. À ce moment-là, tout ce que Harry savait c'était qu'à un moment l'homme courait vers elle et le suivant il tombait en avant, et il y avait quelque chose dépassant de sous son omoplate, et son corps atterrissait maladroitement dans une flaque peu profonde de boue d'allée. La chute délogea le couteau dans le dos de l'homme et son joli gilet bleu était taché de tant de rouge par ce qui semblait pour Harry être une quantité impossible de sang, incroyablement rapide.
Il mourut, là dans l'allée, devant ses yeux. Suffisamment loin pour que la flaque de liquide s'écoulant ne pût pas tout à fait toucher ses chaussures, mais suffisamment proche pour que le regard de déni surpris sur son visage puisse hanter ses rêves pour des nuits innombrables à venir.
Elle secoua lentement la tête de gauche à droite, trop prise par l'horreur dont elle était témoin pour seulement crier. Tout ce à quoi elle pouvait penser était : pourquoi était-il aussi surpris ? Ne savait-il pas ce qu'il se passait ? N'aurait-il dû pas s'attendre – ou au moins suspecter – qu'une telle chose puisse arriver une nuit comme celle-ci ? Dans un combat comme celui-ci ?
Peut-être que la mort était toujours une surprise, pensa Harry, mais elle ne voulait pas savoir ça sur le monde non plus.
Il était temps de partir, sut Harry. Temps de courir et peut-être de se cacher et définitivement pas le temps de rester là à être bouche bée face à quelque chose qu'elle ne pouvait pas changer. Et elle ne pouvait pas le changer. Elle pouvait guérir des bleus, des coupures et des éraflures, bien sûr, des os cassés même, mais des coups de couteau ? Ceux qui, vu comment l'homme au gilet bleu avait gargouillé et étouffé avant de s'immobiliser, avaient percé un poumon ? Non, elle ne pouvait pas réparer ça, et elle devait arrêter d'y penser ou la brûlure dans son nez et ses yeux signifieraient quelque chose de plus que les effets de respirer et de plisser les yeux dans un air enfumé. Cela voudrait dire des larmes. Crise. Effondrement.
Non, non. Harry prit une profonde inspiration, ignorant l'odeur de bois brûlé qui assaillit ses sens en faisant cela, et déglutit fort. Elle arriverait à s'enfuir. Elle arriverait à rentrer chez elle. Et puis elle laisserait la fragile façade craquer.
Harry prit une autre profonde inspiration calme – et vomit sur-le-champ contre le mur de l'allée. Cette fois, elle avait senti plus que du bois fumé. Cette inspiration était une attaque de doux parfum métallique et son estomac se rebella avec véhémence. Toute la bonne cuisine de Mrs. Botting se répandit sur le sol, gâchée et sentant bien pire que la dernière fois qu'elle l'avait expérimentée. Harry eut des haut-le-cœur pendant un moment, mais parvint à s'éloigner à la fois des odeurs malsaines en titubant en arrière, plus loin des combats, de l'homme mort au gilet bleu, et de l'évidence flagrante d'un estomac fragile.
Elle ne recula pas assez rapidement. Elle n'était pas assez loin quand le deuxième homme entra dans l'allée. Il se dirigea rapidement vers l'homme à terre et se pencha au-dessus de lui. Son objectif devint clair quand, avec un bref grognement d'effort, il retira complètement le couteau du dos de l'homme et se remit debout. Il alla pour saisir sa chemise – pour nettoyer la lame, réalisa-t-elle avec un sursaut écœuré, pour nettoyer sa lame – mais il remarqua sa position pas-assez-lointaine et se précipita plus vite qu'elle ne pût convaincre ses membres en état de choc pour lui échapper.
Il y eut un instant de mouvement confus quand il la saisit et puis elle se figea de peur au toucher d'une lame humide contre son cou. Elle était accompagnée par le bout d'une baguette pressée contre ses côtes du bas et Harry ne put que penser qu'elle n'avait jamais connu la terreur avant ce moment. C'était une chose moche et dévorante, qui poussa toutes les pensées hors de sa tête, hormis celles qui pourraient par un quelconque moyen l'aider à survivre. Ne bouge pas. Ne crie pas. Attends l'occasion de t'enfuir. Attends. Attends. Sa magie gonfla en elle et elle la sentit chercher un débouché, mais elle n'avait aucune volonté avec laquelle la diriger. Son esprit était vide. Aucune intention voulait dire aucune forme pour sa magie, donc elle se tint debout, juste, là, figée dans les bras du danger, à attendre que quelque chose la secoue et la libère.
L'homme rit bas dans son oreille.
« Bien essayé, petit rat, mais personne ne s'échappe ce soir. Tu pensais que tu pouvais fuir, hein ? Effrayé une fois que tu as vu la vraie puissance du Roi légitime, hein ? Quel dommage, petit rat, et trop tard.
– Je vous en prie, je ne suis pas… »
Harry gémit de sa propre faiblesse. Pas quoi ? Un rat ? Elle ne savait même pas ce qu'il se passait.
« Je ne suis pas ce que vous pensez que je suis. Je ne sais pas ce qu'il se passe, ou qui vous êtes, ou quoi que ce soit à propos d'un Roi légitime. Je veux juste rentrer chez moi. »
L'homme cracha négligemment sur le sol à côté d'eux et fit un rire moqueur.
« Pas d'importance. Si t'es pas avec Griffe, tu es contre lui. »
Sa prise sur le couteau changea juste un peu et Harry sentit l'air se raréfier. C'était la fin. Elle allait mourir dans une allée sale, même pas digne d'un sortilège de la Mort. Elle se tendit automatiquement même si elle savait que les muscles de son cou seraient comme du beurre face au couteau. Elle sentit le fil de la lame commencer à mordre, et puis il y eut un éclat éblouissant de lumière et la pression disparut. Elle tomba à genou quand ce qui la soutenait fut soudain retiré. Était-ce la fin ? Juste un éclat de lumière et puis tout tombe ?
Non, ce n'était pas ça. Harry cligna rapidement des yeux pour récupérer sa vision volée. Les taches causées par la lumière s'estompèrent et elle put à nouveau voir l'allée, depuis le sol boueux sur lequel elle était assise jusqu'à la silhouette prostrée de son attaquant. Ses yeux s'écarquillèrent à la vue. Il était effondré à la base d'un côté de l'allée, plié en deux d'une façon qui suggérait qu'il avait touché lourdement le mur avant de tomber à terre. Se tenant au-dessus de lui, le visage sombre et les yeux embrasés dans la faible lumière rouge, se trouvait Leo.
Harry secoua la tête pour faire redémarrer son cerveau. Leo était dans l'allée, se tenant juste là, dans sa chemise noire sans manche et son pantalon ajusté habituels, comme si rien de cette nuit était inhabituel. Leo l'avait sauvée de l'homme avec le couteau, l'homme qui avait tué Mr. Giletbleu. Leo avait lancé le sort qui avait rendu le monde blanc pendant un instant et Leo avait abattu l'homme avec le couteau loin d'elle pendant qu'elle était distraite. Qu'est-ce que Leo faisait là ?
Elle ne s'était pas rendue compte qu'elle avait posé la question à voix haute jusqu'à ce qu'il réponde :
« Moi ? Harry, qu'est-ce que tu fais là ? claqua Leo, se penchant pour agripper son bras et la tirer brusquement sur ses pieds. Est-ce que tu as seulement idée du danger que c'est de te balader ce soir ? Douce Mère, j'ai cru qu'il t'avait eu à la façon dont tu t'es effondrée comme ça. À quoi pensais-tu ? »
Harry déglutit péniblement – sa gorge saignait d'une longue coupure mais heureusement peu profonde où le couteau l'avait presque… elle secoua la tête.
« J'essayais juste de rentrer à la maison.
– Essayais de… maintenant ? »
Leo l'entoura férocement des deux bras, sa baguette serrée dans une main et un long couteau dans l'autre. Il transféra de la sueur et du sang de ses mains et ses bras à ses robes, mais Harry s'en fichait.
« Ne me fais plus jamais peur comme ça, Harry. Plus jamais. »
Il la relâcha et Harry acquiesça docilement, trop secouée pour vraiment réfléchir ou réagir de façon normalement habituelle.
« Tu dois partir d'ici, dit rapidement Leo. Le combat n'est pas fini et il y a aussi le Dragon qu'on doit gérer. Je ne peux pas venir avec toi, mais tu dois te rendre dans un endroit sûr. Va à… »
Il jura doucement.
« Non, c'est pas bon, pas à ce moment-là de la nuit. Okay, Harry, écoute attentivement. Est-ce que tu m'écoutes ? »
Harry leva les yeux sur le visage de Leo et acquiesça, même si elle se sentait encore hébétée et perdue.
« Bien. Tu vas aller au bout de cette allée, loin des combats. Tu vas tourner à droite. Puis tu vas courir tout droit dans cette rue jusqu'à ce que tu arrives à la fontaine avec la statue d'Arthur Pendragon qui se tient dedans, compris ? »
Harry acquiesça encore.
« La statue du Roi Arthur. Courir.
– Oui, dit Leo. À la statue, tourne à gauche et du côté droit de la rue tu verras le grand panneau illuminé de la Clinique Maywell. C'est toujours ouvert, donc entre juste à l'intérieur et dit à la dame de l'accueil que tu es là pour voir Mrs. Hurst.
– Ta mère, dit Harry, clignant lentement des yeux.
– Oui, tu y seras en sécurité. Cours là-bas aussi vite que tu peux et ne pars pas jusqu'à ce que je vienne te chercher, dit Leo.
– En sécurité ? répéta Harry.
– Oui, Harry, en sécurité, dit Leo. Je dois y aller maintenant. Cours vite. »
Avant que Harry puisse dire "et toi ?", Leo avait de nouveau disparu, se déplaçant comme une ombre vers Cour Kyprioth. Elle se prépara face à la nouvelle émotion se battant pour prendre le dessus dans son psyché confus : de l'inquiétude pour Leo. Harry se retourna avec détermination, loin des lumières vacillantes venant du combat dans la cour et se mit en mouvement. Elle était lente au début alors que ses muscles semblaient être paralysés et ses joints maladroits, mais rapidement, elle trottinait, courait, sprintait, à droite puis tout droit puis à gauche à la fontaine. Elle ne ralentit pas à la vue du panneau fortement illuminé de la Clinique Maywell et à la place, elle déboula à travers les portes d'entrée et tituba en s'arrêtant dans le vestibule bien éclairé. La femme au bureau se leva à moitié à son arrivée, ses yeux la scannant vivement et se centrant sur le sang qui imbibait le col de sa robe, là où il avait coulé le long de sa gorge.
« J'ai besoin de voir Mrs. Hurst, dit Harry rapidement, sa voix rauque par l'effort physique, et probablement aussi par la douleur autour de sa gorge.
– Oh, mon enfant, qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? se tracassa la dame alors qu'elle contournait le bureau d'accueil et s'avançait vers elle. Allons, assieds-toi et arrêtons ce saignement.
– S'il vous plaît, dit Harry avec fatigue. J'ai juste besoin de voir Mrs. Hurst. »
La femme secoua la tête avec désapprobation.
« Tu as besoin de voir un Guérisseur, jeune homme, avant de t'évanouir par perte de sang.
– Mrs. Hurst n'est-elle pas une Guérisseuse ? demanda Harry. S'il vous plaît, madame, ne pouvez-vous pas juste m'emmener la voir ?
– Eh bien, ce n'est pas vraiment la procédure de juste… »
La femme de l'accueil s'arrêta, intégrant l'état des vêtements plein de boue de Harry, son cou ensanglanté et son expression désespérée.
« Oh, très bien alors. Viens avec moi, mon garçon. »
Harry la suivit derrière le comptoir dans un long couloir parsemé de nombreuses portes. La femme toqua à l'une d'elle pour la forme et fit entrer Harry à l'intérieur.
« Guérisseuse Hurst sera à toi dans un instant. »
Harry s'enfonça avec gratitude dans le fauteuil en bois rembourré dans la petite chambre de patient et ferma les yeux. Elle avait réussi. Elle était en sécurité. Harry avait la tête qui tournait beaucoup maintenant qu'elle était assise, donc elle se pencha pour la mettre entre ses jambes, essayant de faire passer le vertige. Elle entendit la porte s'ouvrir quelques minutes plus tard, mais ne leva pas les yeux jusqu'à ce que la voix d'une femme dise :
« Oh là là, qu'est-ce que mon Lionel m'a envoyé cette fois ? »
Harry releva la tête et les yeux de la femme s'écarquillèrent. Elle sortit d'une main rapide sa baguette et Harry ne put s'empêcher de tressaillir quand elle la pointa. La femme, qui devait être Mrs. Hurst, s'avança vers elle, mais ses yeux étaient doux.
« Non, mon enfant, je ne vais pas te blesser. Je vais t'aider. »
Harry acquiesça, se sentant ridicule. Elle le savait, c'était juste une réaction automatique qu'elle avait apparemment prise durant la dernière heure. Harry se tint très immobile pendant que Mrs. Hurst se mettait au travail, même si elle se tendit quelques fois quand la baguette de la gentille femme faisait un mouvement rapide ou un entortillement inattendus. Après un moment, Harry fut capable de se détendre un peu, et son angoisse par rapport à la baguette pointée sur elle diminua grandement par le fait que son cou était guéri et le sang siphonné presque immédiatement. La femme guérit plusieurs éraflures que Harry ne s'était pas rendue compte avoir récoltées, soit en trébuchant dans l'allée, soit en chassant le pickpocket plus tôt dans la journée. La femme répara également ses robes aux endroits où elles s'étaient déchirées et elle lança un puissant enchantement nettoyant sur le reste de son corps. Quand elle eut fini, Mrs. Hurst se recula et croisa le regard neutre de Harry avec un autre très fixe.
« Bon, je ne prétends pas croire mon fils quand il me dit qu'il ne fait jamais rien de dangereux, dit-elle, et donc je ne pose généralement pas de questions quand Leo m'envoie des malheureux à rafistoler dans ma clinique, mais quand je vois ici une miss de ton âge avec une blessure au couteau maladroite et des mains trop douces pour appartenir à un rat du Rogue, je ne peux juste pas garder mon calme. Au nom de la Grande Mère, que fais-tu ici, mon enfant ? »
Harry ne fit que la fixer.
« Vous… vous savez que je suis une fille ? »
La femme parut prise par surprise.
« Bah bien sûr que oui. Je suis une Guérisseuse, mon enfant. Je sais aussi que tu n'as pas encore douze ans, que tu as cassé ton poignet il y a moins d'un an, et j'ai une forte suspicion que tu es végétarienne, et dans ce cas, je te conseille de manger plus de protéines parce que sinon, cela va ralentir ta croissance. »
La mâchoire de Harry tomba un poil ouverte. Cette femme était douée.
« Je vois, arriva à sortir Harry à un moment. Eh bien, vous êtes la première à m'avoir reconnue comme une fille juste par la vue depuis longtemps, madame, même en tant que Guérisseuse. »
Mrs. Hurst sourit.
« Peut-être que tu n'as simplement pas de connaissances très observatrices. »
Harry sourit faiblement en retour.
« Peut-être que vous avez raison. Dans tous les cas, merci de m'avoir Guérie, madame, et pour répondre à votre question de tout à l'heure… je ne suis pas vraiment sûre de ce que je fais ici. Toute cette journée a été si… rapide. Je veux juste rentrer chez moi. »
Mrs. Hurst la contempla avec sympathie.
« Eh bien, tu es aussi Guérie du corps qu'un corps puisse l'être. Tu es libre de rentrer chez toi quand tu veux. »
Harry secoua la tête.
« Leo m'a dit de rester ici jusqu'à ce qu'il vienne me chercher. Il a dit que je serais en sécurité ici.
– En sécurité par rapport à quoi, mon enfant ? »
Mrs. Hurst sortit à nouveau sa baguette et Harry ne tressaillit presque pas. Elle invoqua une deuxième chaise et s'assit en face de Harry avec une expression préoccupée.
« Peut-être que tu ferais mieux de tout me dire. Commence au début. »
C'est donc ce que Harry fit. Elle raconta à Mrs. Hurst son travail chez Krait au Serpent's Storeroom, et qu'elle s'était fait voler alors qu'elle retournait au Chaudron Baveur. Elle expliqua ensuite rapidement pourquoi elle avait été aussi imprudente d'avoir autant d'or du côté des Embrumes. Mrs. Hurst sourit d'une incrédulité voilée quand Harry lui raconta la course-poursuite et finalement l'arrêt du jeune pickpocket grâce au timing opportun d'une charrette de chaudrons. Harry lui raconta s'être arrêtée pour regarder un appartement, même si elle ne s'attarda pas sur les raisons pour lesquelles il l'intéressait, et relata comment les voisins lui avaient demandé de rester dîner. Quand Harry arriva à la partie où elle était tombée sur le combat à Cour Kyprioth, elle s'arrêta, submergée par l'énormité de la chose.
« Le Dragon Dansant… il était en feu », dit Harry en fronçant les sourcils.
Mrs. Hurst inspira brusquement et serra sa baguette sans sembler s'en rendre compte.
« Je pense qu'ils le contenaient, mais c'était tellement affreux. Le feu rendait tout enfumé et rouge et il y avait des gens qui se battaient partout dans la cour. Je ne savais pas ce qu'il se passait et j'étais effrayée. J'allais partir, courir ailleurs, mais alors un homme est arrivé et est mort juste devant moi. »
Harry leva des yeux implorants sur Mrs. Hurst.
« Je ne voulais pas le laisser mourir, je le jure. Je ne pouvais juste pas… tout ce que je connais, c'est les coupures et les bleus. Je ne peux pas encore guérir les tissus musculaires profonds assez rapidement pour être utile en cas d'urgence et je ne sais pas comment réparer un poumon une fois qu'il a été percé. S'il vous plaît, madame, vous devez me croire, je ne pouvais pas… je n'ai pas…
– Chut, mon enfant. »
Mrs. Hurst se pencha en avant et embrassa le corps entier de Harry dans ses bras. Harry se cramponna aux robes de Guérisseur de la femme et se mit à pleurer. Les larmes coulèrent de partout, peu importe combien elle essayait de les juguler et Harry commença à marmonner des excuses entre ses sanglots.
« Non, mon enfant, ne te tracasse pas pour ça. Laisse-les juste sortir, allez, c'est ça. »
Mrs. Hurst caressa gentiment les cheveux de Harry et Harry pleura encore plus fort, se disant que sa propre mère ferait ça si Harry ne lui cachait pas autant de secrets.
« Ce n'est pas de ta faute, mon enfant, donc ne prends pas cette noirceur dans ton âme. Son âme était dans les mains des dieux, pas les tiennes. Pas les tiennes. »
Harry renifla bruyamment et ralentit sa respiration pour essayer de contrôler les spasmes de son diaphragme. Elle s'écarta de l'étreinte de Mrs. Hurst et s'essuya les yeux sur la manche de sa robe fraîchement nettoyée.
« Merci, dit-elle, reniflant une dernière fois. Je n'avais pas prévu de m'effondrer comme ça sur vous.
– Il me semble que cela aurait dû être fait depuis longtemps, dit gentiment Mrs. Hurst. Est-ce que ça va mieux, maintenant ? Je peux te faire une tasse de thé, si tu veux.
– Non merci, dit Harry. Je préférerais plutôt vous raconter le reste, pour que vous sachiez. »
Elle relata le reste de l'histoire aussi rapidement et précisément qu'elle pouvait. Elle espéra que Leo ne lui en voudrait pas de vider son sac à sa mère sur ce qu'il s'était passé cette nuit, mais elle supposa qu'il ne l'aurait pas envoyée dans la clinique de sa mère s'il ne s'attendait pas à ce que Mrs. Hurst soit mise au courant du combat.
Le combat dont elle n'était toujours pas certaine de comment Leo s'y était retrouvé mélangé, maintenant qu'elle y réfléchissait. Vraiment, quelles étaient les chances que Leo ait été à l'endroit exact pour la sauver quand elle ne l'avait pas vu de la journée ?
Mrs. Hurst soupira simplement quand elle eut fini de raconter son histoire.
« Tu t'es retrouvée dans un sacré bazar, mon enfant.
– Vous savez quelle était la raison du combat ? demanda curieusement Harry.
– Tous ceux qui suivent les affaires de la Cour peuvent se risquer à une hypothèse, dit Mrs. Hurst. Des combats comme ça n'arrivent pas souvent – ils ne sont pas censés arriver, aussi longtemps que tout le monde suit le code et règle les désaccords directement en combat singulier. Si le combat était aussi mauvais que ce que tu as dit, avec le feu au Dragon en plus… eh bien, il n'y a qu'une seule personne que je connais dans la Cour qui oserait faire une chose pareille en ce moment.
– Griffe, exhala Harry, se rappelant soudain des mots que l'homme lui avait dits. Le fou avec le couteau, il a mentionné le nom de Griffe.
– C'est une bonne supposition, dit Mrs. Hurst avec répugnance. Cet homme ne sera jamais digne de la couronne de mon fils. C'est un mauvais voleur et un encore pire lâche. Stupide, aussi. Je ne serais pas surprise s'il avait laissé échapper ses plans dans certaines des oreilles de Leo. Cela expliquerait certainement ce que mon fils a été tellement occupé à faire toute la journée. Sans aucun doute en train de s'y préparer.
– C'était ça la raison du combat ? demanda Harry, craignant pour la sécurité de son ami. La position du Rogue ?
– Rien d'autre ne vaut la peine d'attaquer le Dragon Dansant en lui-même, dit Mrs. Hurst sombrement. Bien que ce soit une chasse au dahu. Même si Griffe surpassait mon garçon d'une façon ou d'une autre, aucun voleur ne lui répondrait après qu'il a brisé le code comme ça.
– Pourquoi essaye-t-il quand même alors ? demanda Harry en fronçant les sourcils.
– Il ne comprend pas la Cour du Rogue, dit Mrs. Hurst. Griffe est un étranger, venu dans le Rogue il y a moins d'un an et depuis le début, il a fait couler du poison dans les oreilles des gens, les tournant lentement mais sûrement vers son propre cercle. On pensait tous qu'il se construisait une base de soutien pour quand il défierait Leo pour un duel pour la couronne. Il semblerait maintenant qu'il se construisait juste une armée de brutes pour prendre la Cour comme un tyran barbare le ferait. »
Harry se mordit la lèvre, retournant tout ça dans sa tête.
« Est-ce que c'est pour ça qu'il a envoyé la fausse recette à Mr. Krait ? Pour essayer de se débarrasser d'un des sympathisants de Leo avant d'attaquer ?
– Bien trop vrai, jeune demoiselle, dit Mrs. Hurst, les sourcils relevés. C'est un esprit aiguisé que tu as là. Eddy n'était pas le seul à être visé par contre. Quelqu'un est entré par effraction dans la maison d'Aled la semaine dernière et tout a été saccagé. Il n'était pas à la maison seulement parce qu'il passait la nuit au Dragon pour aider Solom ce soir-là. Des brutes ont eu Marek pas moins de deux nuits plus tôt, l'ont pris à part dans une allée et l'ont violemment tabassé. Je l'ai rafistolé moi-même, mais il devait rester alité pour le reste de la semaine. J'imagine qu'il sera contrarié d'avoir raté le combat, ce gros idiot. »
Harry considéra ceci silencieusement.
« Est-ce que Rispah va bien, au moins ?
– Elle va bien, dit Mrs. Hurst, paraissant un peu fâchée. Griffe ne perd pas son temps avec les femmes. Encore une autre raison qui fait que j'espère que mon Leo l'étrille ce soir.
– N'êtes-vous pas inquiète pour Leo ? demanda Harry, essayant de ne pas paraître trop critique. Il n'est pas encore majeur et il y avait tellement de gens qui se battaient… »
Mrs. Hurst tapota gentiment la main de Harry.
« Mon fils m'a donné des cheveux gris depuis qu'il a appris à courir avant que je sache qu'il pouvait marcher. Toujours le farceur, jamais là où il devrait être, Leo a rendu mon mari et moi chèvre à essayer de le suivre, et c'était avant qu'il commence à quitter la maison. J'ai appris il y a longtemps à juste le soutenir là où je peux et prier pour lui là où je ne peux pas. Leo est une âme rare. Il poursuit ce qu'il veut et il est plutôt bon pour l'obtenir. Il est aussi plutôt talentueux. Aucun homme comme Griffe ne gagnera contre Lionel Hurst. »
Harry s'émerveilla de la foi complète de la femme envers son fils. Elle ne pensait pas avoir un jour eu une telle foi en quiconque. Les gens étaient juste si… faillibles. Peut-être que l'on devait être une mère pour complètement comprendre.
Mrs. Hurst trouva enfin le temps de faire du thé et toutes deux s'assirent et parlèrent de diverses choses pour passer le temps. L'éducation de Harry se présenta à un moment et elle joua automatiquement sa ligne à Mrs. Hurst qu'elle allait à AIM et voulait être Guérisseuse. Mrs. Hurst la regarda simplement avec une incrédulité franche.
« Quoi ? demanda Harry sur la défensive.
– Tu es une menteuse plutôt bonne, dit calmement Mrs. Hurst, sirotant son thé. Le visage calme est sans hésitation. Soit ça, soit tu as raconté ta petite histoire tellement de fois que c'est devenu une routine. Quoi qu'il en soit, c'est tout ce que c'est. Une histoire. »
Harry prit une inspiration consciencieuse, n'osant pas lever les yeux de sa tasse de thé.
« Vous pensez ? Je suppose que la vie d'un étranger peut sembler être une histoire, si on ne le connaît pas très bien. »
Mrs. Hurst rit.
« Oh, mon enfant, arrête de prétendre. Écoute, je ne te demande pas la vérité, mais les mensonges irritent ma magie. Je peux toujours le savoir – et c'est une bonne chose aussi, avec ce fils que j'ai. Des fois, le garçon dit des mensonges quand la vérité sonnerait plus juste, juste pour voir si je l'écoute, je crois. Mais à part ça, quelques choses ne correspondent pas très bien. Si tu avais vécu en Amérique pendant neuf mois, ton accent aurait dû devenir un peu faible, mais tu parles comme quelqu'un qui n'a jamais quitté le pays. De plus, tu déclares vouloir être Guérisseuse, mais tu as parlé avec moi pendant quarante bonnes minutes et pas une fois m'as-tu posé une seule question sur la Guérison. »
Harry cligna des yeux, puis grimaça intérieurement. Par Merlin, la femme avait raison. Maintenant qu'elle y pensait, Archie parlait en effet un peu différemment depuis qu'il était revenu de l'école. Son accent n'était pas visiblement différent à ce point, mais il utilisait de l'argot américain ici à là, et il énonçait mieux, probablement parce qu'il était habitué à devoir compenser pour les États-Uniens qui n'avaient pas l'oreille pour l'accent britannique. Par ailleurs, Archie aurait sauté sur l'occasion de questionner un vrai Guérisseur sur sa profession. Il prenait toujours, toujours le temps de poser des questions quand ils visitaient Sirius à l'hôpital.
Harry n'était pas sûre de savoir quoi dire.
« Je suis désolée, essaya-t-elle. Honnêtement, vous avez raison. Je mens, mais je n'essaie pas de vous rouler ou quoi. Je mens à tout le monde, et je sais que ça semble horrible, mais c'est juste… c'est important pour moi et… Je n'explique pas ça très bien. Je ne peux pas vous dire la vérité sur moi, même si je suis réellement Harry Potter.
– Harry Potter ? dit Mrs. Hurst en poussant un petit bruit de surprise et ses yeux s'écarquillèrent légèrement.
– Oh, je ne me suis pas présentée ? sourit Harry, penaude. Que c'est malpoli de ma part, oui, je m'appelle Harry, madame – bon, Harriet, mais personne ne m'appelle comme ça.
– Bonté divine, cela explique certainement beaucoup de choses, murmura distraitement Mrs. Hurst. Je sais qui tu es – peut-être plus que tu ne l'imagines. Si tu es Harry, mon fils m'a parlé de toi presque non-stop pendant des semaines. Tous les jours, c'est "Je vais voir Harry" ou "Désolé du retard, maman, Harry et moi sommes allés manger des glaces". Je dois admette que je pensais que tu étais un garçon, vu comment il parlait de toi, mais maintenant… »
Mrs. Hurst inspecta Harry avec une nouvelle lueur dans les yeux. Harry se sentit inexplicablement nerveuse.
« Eh bien, cela change certainement les choses.
– Vraiment ? demanda nerveusement Harry. Franchement, que je sois une fille n'a pas autant d'importance.
– Si tu le dis, ma chère. »
Mrs. Hurst sourit d'un air entendu.
« Alors donc, qu'est-ce que je disais ? Ah oui, est-ce que Leo t'a dit comment je gagne ma vie ?
– Il a dit que vous travailliez ici, dans cette clinique, dit Harry, déroutée.
– En effet, dit Mrs. Hurst. En fait, je possède cette clinique. Je l'ai fondée un an après que Leo soit né. Malcolm avait juste obtenu sa Maîtrise et la Guilde paye un salaire très généreux à ses chercheurs. En plus, les Hurst ont laissé à Malcolm plus d'argent qu'aucun de nous deux savait vraiment quoi en faire, donc j'ai décidé d'ouvrir une clinique ici dans les Basses Allées, exactement là où le petit appartement où j'ai grandi se trouvait avant qu'une descente du Ministère dans le bâtiment ne le rende structurellement instable et qu'il s'est effondré. Cette clinique est officiellement un avant-poste caritatif de Ste Mangouste, même si l'Hôpital ne paye vraiment que seulement soixante pour cent des dépenses de la clinique. Le Rogue finance trente pour cent des dépenses et mon mari et moi prenons soin des derniers dix.
– Comment est-ce que vous avez réussi à faire accepter à Ste Mangouste d'ouvrir une clinique dans les Basses Allées ? demanda curieusement Harry. Même s'ils ne payent que soixante pour cent, ça reste quand même un grand risque à prendre tout d'un coup.
– Avant que j'ouvre cette clinique, je travaillais pour Ste Mangouste. Je gérais le service de pédiatrie, en fait, et je continue à faire du volontariat là-bas deux fois par semaine. Ce sont des gens intéressants, les volontaires de ce service. Un en particulier me fait toujours rire – un Mr. Sirius Black, peut-être que tu le connais ? »
Mrs. Hurst rit au regard de pure panique sur le visage de Harry.
« Oh oui, ton "oncle" parle beaucoup de toi, jeune fille.
– Ah bon ? demanda faiblement Harry.
– Oui en effet, dit Mrs. Hurst. Assez pour qu'il me soit évident que tu mens en effet "à tout le monde", comme ton oncle aussi semble penser que tu as été à AIM durant l'année passée. Non, ne t'inquiète pas, je ne vais rien lui dire. Je ne vais même pas lui dire que je t'ai vue, puisque je doute grandement que ta famille sache où tu es en ce moment. J'imagine que ta vie est très compliquée, toutefois, non ? Sache juste que si tu as un jour besoin de te confier à quelqu'un, j'ai une oreille ouverte et une bouche close. »
Harry acquiesça silencieusement, même si bien sûr, elle n'accepterait jamais l'offre de la gentille femme. C'était un trop grand risque, peu importe à quel point la mère de Leo paraissait digne de confiance.
« Quoi qu'il en soit, on parlait de comment j'ai obtenu l'ouverture de la clinique. Cela aidait que j'avais de l'influence parmi le personnel et bien sûr, cela ne faisait pas de mal que je sois mariée à un des chercheurs avec les meilleurs résultats en potions expérimentales, dit affectueusement Mrs. Hurst. C'est comme ça qu'on s'est rencontré, vois-tu. Il fournissait des potions nouvelles et meilleures pour les enfants du service et je lui criais dessus pour utiliser des enfants innocents comme des sujets de test, et puis on a décidé d'emménager ensemble. »
Harry sentit sa bouche tressauter en un léger sourire à la description de Mrs. Hurst de sa relation avec Master Hurst, mais elle ne l'interrompit pas.
« L'Hôpital avait tellement d'estime pour nous deux que quand j'ai proposé l'idée, ils ne l'ont pas immédiatement rejetée, continua-t-elle. J'ai argumenté qu'une clinique gratuite dans les Basses Allées était une bonne décision sur le plan logistique, parce que la plupart des gens des Basses Allées n'ont pas un accès facile à une cheminette et quand ils arrivent à Ste Mangouste, leurs blessures se sont généralement considérablement aggravées. D'ailleurs, la majeure partie d'entre nous dans les Basses Allées ne faisons pas vraiment confiance au Ministère et cela peut inclure le genre d'exigence d'identification que Ste Mangouste a pour tous ses patients. Je leur ai dit qu'ils traiteraient encore plus de gens, plus efficacement avec une clinique comme ça et bien sûr ils m'ont dit que j'étais une imbécile naïve qui voulait gâcher les ressources de l'hôpital pour ceux qui ne le méritaient pas. »
Harry poussa une exclamation de surprise.
« Ils ont vraiment dit ça ? De toutes les choses élitistes à… »
Elle s'arrêta, trop contrariée pour même finir sa phrase, mais elle ajouta avec amertume :
« Bientôt, ils ne serviront plus que les sang-purs ou seulement les gens qui ont passé leurs ASPICs. »
Mrs. Hurst eut un petit rire dénué d'humour.
« Oui, eh bien on a de la chance que j'avais mon Malcolm avec moi parce qu'il parle le connard intolérant plutôt bien, ayant été engendré par l'un d'eux. Il a dit au comité qu'ouvrir une clinique était une bonne décision politique, puisque cela les ferait apparaître comme compatissant envers la "détresse des infortunés" et aussi que cela faisait sens économiquement parlant, parce qu'une nouvelle clinique voulait dire plein d'excuses pour tenir des collectes de fonds élaborées. Ils ont accepté presque immédiatement après ça. Mais, le fait est qu'à la fin on a eu la clinique. »
Harry acquiesça sérieusement.
« Des fois, la fin justifie les moyens. Des fois, on doit respecter leurs règles pendant un moment, ou tout du moins le prétendre, même si certains pourraient dire qu'on est hypocrite ou un lâche en cédant au système au lieu d'essayer de changer tout tout de suite. Des fois, le seul moyen d'obtenir ce qu'on veut, pour aider d'autres personnes en arrivant à un point où on peut réellement faire une différence, c'est de garder la tête baissée et la bouche fermée sur les choses avec lesquelles on n'est pas d'accord, juste pour un petit moment. Juste jusqu'à ce qu'on ait le pouvoir de réellement changer les choses au lieu de juste s'en plaindre. Pas vrai ? »
Mrs. Hurst fixa des yeux noisette sur le visage sérieux de Harry.
« Je pense que, des fois, tu as raison, Harry. Dans des circonstances où suivre la foule dans le but d'accomplir un objectif à long terme qui la discréditera ne blesse personne, ce n'est pas une mauvaise stratégie, et dans certains cas, cela pourrait n'être que la seule façon.
– Ouais, dit Harry doucement. La seule façon. »
Pas moins de dix minutes plus tard, la porte de la chambre fut ouverte en grand par la femme de l'accueil.
« Guérisseuse Hurst, venez vite, dit la femme de toute urgence. Il y a au moins une douzaine de jeunes gens dans la salle d'attente, en sang et criant et faisant des histoires. Votre fils est là aussi », Harry exhala une expiration de soulagement pour Leo, « sans aucun doute responsable de toutes les explosions qui ont lieu dans ces allées ce soir. »
La dame de l'accueil repartit, maugréant toujours avec agitation, et Mrs. Hurst se leva et mit sa tasse de thé de côté.
« Nous ferions mieux de voir qui a besoin d'être remis sur pied, ne crois-tu pas ? dit-elle à Harry.
– Euh, Mrs. Hurst, dit-elle avec prudence. Ces choses que je vous ai dites…
– Confidentialité Guérisseur-patient », dit Mrs. Hurst en lui faisant un clin d'œil.
Harry lui sourit avec reconnaissance et la suivit de l'autre côté de la porte.
La salle d'attente était dans le chaos. Des hommes et des femmes dans des degrés variés de santé se tenaient debout, assis, ou appuyés les uns sur les autres. Ils étaient tous sales et tous souriaient largement. Leo se tenait au milieu d'eux tous, un grand sourire d'une brillance égale à son propre visage recouvert de saleté. Il criait plus fort que tout le monde, les dirigeant d'un côté de la pièce ou de l'autre. Harry eut le sentiment qu'il essayait de placer ceux avec les blessures les plus graves dans une zone pour qu'ils soient traités plus vite, mais tout le monde était trop excité pour prêter attention, et à la place criaient des félicitations à Leo et lui tapaient dans le dos, ignorant joyeusement ses suggestions.
Mrs. Hurst jeta un seul coup d'œil au désordre, secoua la tête en dégoût amusé et siffla si fort que les personnes les plus proches grimacèrent.
« Vous tous, votre attention ! cria-t-elle alors que tout le monde se tournait vers elle en surprise. Tous ceux qui saignent viennent me voir immédiatement. Tous ceux qui ont été frappés à la tête à un moment ce soir, allez voir Janice. Si vous ne pouvez pas vous rappeler si vous avez été frappé à la tête ou pas, allez voir Janice. Si vous avez un os cassé, allez voir Carol. Si vous êtes là juste pour attendre et célébrer, allez vous asseoir dans ces chaises et que la Mère vous aide si vous dérangez les vrais patients. C'est parti maintenant ! »
Les gens se précipitèrent, détalèrent et, de façon générale, se mirent en quatre pour apaiser la redoutable Guérisseuse. Deux autres Guérisseuses, vraisemblablement Janice et Carol, s'avancèrent dans le chaos et commencèrent à récolter des patients. Harry se tint sur le côté et regarda alors que les blessés les plus graves étaient traités rapidement et efficacement par les trois Guérisseuses. Leo s'écarta de ses amis et vint se tenir à ses côtés avec un regard soulagé sur le visage.
« Harry, le Farceur soit loué, tu t'en es sortie, dit Leo en l'examinant. Tout est en une pièce ? »
Harry acquiesça, l'examinant en retour.
« Je vais bien, mais tu saignes. »
Leo baissa les yeux sur lui-même avec surprise, comme s'il n'avait pas remarqué le sang gouttant de son poignet et de sa main d'une plaie perforante juste sous son coude.
« Euh. Je suppose que oui. Mais quand même, il y en a d'autres avec pire, et ma chère vieille mère a assez de travail. Je la ferai Guérir plus tard. »
Harry secoua la tête et tendit la main pour tirer le bras gauche de Leo vers elle. Il brillait de sueur aux endroits où il n'était pas marqué par la crasse, donc la première chose que fit Harry fut de sortir sa baguette et de lancer un enchantement nettoyant basique que tous les Guérisseurs de première année apprenaient sur la zone proche de la plaie. Leo regarda avec perplexité alors qu'elle fermait les yeux et se concentrait sur ce qu'elle voulait que sa magie fasse. Archie lui avait appris toute la théorie sophistiquée derrière, mais Harry trouvait quand même cela plus facile de simplement focaliser sa magie dans la Guérison du muscle et de la peau de la façon qu'elle voulait.
Elle forgea la connexion magique à la zone blessée assez facilement, mais quand elle plongea dans la connexion avec sa conscience et commença à diriger sa magie vers la zone, la magie de Leo, qui avait déjà entouré la plaie de façon protectrice, se souleva et fit ce qui ressemblait à un feulement magique vers elle. Harry s'arrêta, prise par surprise par l'agressivité de la magie de Leo. Elle poussa encore une fois, lentement, et projeta une intention de Guérison vers la magie. Elle la sentit hésiter, avant de se reculer très légèrement de la plaie. Harry demanda à sa magie de se mettre en route immédiatement et commença le processus fastidieux de rediriger le flux sanguin jusqu'à ce qu'elle puisse obtenir de sa magie qu'elle recouse les tissus sans que ce soit visible et reconstruise les cellules de peau perdues et endommagées. Sa magie coulait hors d'elle dans le bras de Leo avec une impatience acerbe qui communiquait très clairement l'idée qu'elle aurait dû l'utiliser plus tôt. Harry ignora sa magie, puisqu'elle se sentait déjà triplement imbécile pour s'être figée au milieu du danger comme elle l'avait fait.
Quand la plaie fut Guérie, Harry coupa la connexion et passa une main sous sa frange pour se débarrasser des quelques gouttes de transpiration qui s'étaient accumulées quand elle avait utilisé sa magie pour Guérir. Ça ne la fatiguait pas beaucoup, mais la Guérison était très intense. C'était satisfaisant d'une façon étrange, mais Harry ne pensait pas qu'elle l'apprécierait un jour assez pour gagner sa vie avec.
Leo plia son bras pendant un moment puis lui sourit joyeusement.
« Pleine de surprise, comme toujours, je vois. Merci, Harry. »
Il tendit la main pour ébouriffer les cheveux de Harry mais elle l'esquiva en lui jetant un œil noir.
« Ce n'est rien, dit Harry, puis, se sentant stupide, ajouta : Donc, vous avez gagné, hein ? »
Leo rit, ses yeux noisette dansant.
« Oui Harry, je suppose qu'on a gagné.
– Oh, dit Harry. Bien. »
Leo rit un peu plus.
« Harry, tu…
– MAREK SWIFT ! QU'EST-CE. QUE. TU. FAIS ?! »
Leo et Harry se tournèrent tous les deux pour regarder alors que Mrs. Hurst apercevait apparemment Marek dans sa ligne de vue et lui fonça dessus.
« Hmm. »
Marek ressemblait à un enfant pris sur le fait avec une poignée pleine de cookies.
« Je saigne ? »
En effet il saignait, pensa Harry. Marek avait plusieurs entailles superficielles sur les bras et les jambes qui saignaient lentement.
« Tu es censé être alité ! houspilla Mrs. Hurst. Pas courir partout et te faire poignarder d'un côté et te faire jeter un maléfice de l'autre. »
Marek sourit désespérément.
« Eh bien, Leo avait besoin de moi, Mrs. Hurst. Je devais, hm, l'aider à combattre Griffe. »
Mrs. Hurst pointa sa baguette sur Marek et Harry remarqua avec amusement qu'il se recroquevilla dramatiquement.
« Ne traîne pas mon Leo là-dedans. Je t'ai dit à toi de ne rien faire de fatiguant pendant au moins une semaine. »
Marek haussa ses larges épaules, souriant.
« C'était pas si fatiguant, m'dame. »
Plusieurs personnes rirent avec Marek et Mrs. Hurst secoua juste la tête et commença à Guérir les blessures de Marek.
Harry sentit qu'on n'avait plus besoin d'elle ici et elle s'était calmée considérablement depuis qu'elle était arrivée en courant dans la clinique quelques heures plus tôt. Donc elle alla vers Mrs. Hurst et demanda s'il y avait une connexion de cheminette dans la clinique. Heureusement, il y en avait une, donc Harry n'aurait pas à nouveau à braver les rues sombres cette nuit. Elle se promit qu'elle irait chercher les caisses qu'elle avait abandonnées demain, quand le soleil serait de nouveau levé.
Elle alla dire à Leo qu'elle partait, mais il était entouré par ses confidents les plus proches, comprenant Marek, Aled, Solom, Rispah, et à la surprise de Harry, Mr. Krait. Elle ne voulait pas l'arracher à ses amis au beau milieu de ce qui était très clairement une célébration de victoire, et elle avait l'impression qu'elle ne pouvait pas joindre la célébration pour plusieurs raisons. L'une d'elles était qu'elle ne faisait tout simplement pas partie du Rogue. C'était leur victoire, par la sienne. De plus, peu importe à quel point ils étaient victorieux, Harry était bien trop consciente qu'ils avaient, eux aussi, perdu des gens. Elle en avait vu un, l'homme au gilet bleu, mourir devant elle et elle serait une imbécile si elle présupposait qu'il était la seule victime de la bataille. Harry comprenait le besoin de célébrer la vie avant de pleurer la mort, mais elle avait été trop proche de la mort elle-même pour s'en réjouir.
À la place, elle lança un au revoir rapide à Leo par-dessus la foule. Il sourit et lui fit un signe de la main, criant quelque chose d'indistinct au-dessus du bruit de tout le monde entassé dans la salle d'attente de la clinique. Harry n'était pas sûre qu'il l'avait vraiment entendue, mais elle devait rentrer à la maison de toute façon. Elle avait de la chance de connaître le mot de passe de la cheminette de ses parents ou il n'y aurait eu aucun moyen pour elle de rentrer à cette heure de la nuit, après que les protections étaient en place.
Et donc Harry cheminetta à la maison, utilisant le mot de passe pour contourner les barrières de protections de nuit et termina… là.
À essayer de convaincre son père qu'elle n'était pas une voleuse avant qu'il ne lui jette un sort et appelle ses copains Auror pour l'arrêter.
Harry intégra l'expression méfiante sur le visage de James et sut qu'elle devait parler vite :
« Papa, je te promets, c'est moi. Tu te souviens à l'anniversaire d'Oncle Sirius quand on a eu une soirée piscine dans le sous-sol ? Et Sirius a ramené tous ses petits serpents sur un matelas gonflable et puis les a renversés dans la piscine quand lui et toi, vous avez taclé Oncle Remus hors de son matelas. Heureusement qu'ils pouvaient nager, vraiment, ou maman aurait brisé sa promesse de ne pas être en désaccord avec Sirius pour son anniversaire. »
Harry observa son père froncer les sourcils et reculer lentement.
« Harry ? Avance jusqu'à ce que je puisse voir ton visage. Lentement et ne t'approche de rien. »
Harry bougea aussi lentement qu'elle pouvait, levant son visage pour que la lumière du Lumos puisse s'y poser quand elle fut assez proche. Elle sut le moment où James la reconnut, parce que les muscles de son visage se relâchèrent de soulagement, mais il ne baissa toujours pas sa baguette.
« Je suis désolé, Harry, mais juste pour m'en assurer… qu'est-ce que je t'ai dit de ne jamais oublier dans la dernière lettre que ta mère et moi t'avons envoyé avant que tu ne rentres à la maison de l'école ? » demanda James.
Harry se figea. Elle avait lu les lettres qu'Archie avait reçues et écrites à ses parents quand elle était rentrée à la maison cet été, mais elle les avait lues toutes d'un coup et elle ne pouvait pas se rappeler laquelle parmi elles avait dit quoi, comme elle aurait pu le savoir si elle les avait lues une à une durant le courant de l'année.
« Je… Je ne me souviens pas, Papa », dit Harry d'une voix tremblante.
James réapparut immédiatement sur ses gardes et fit un pas agressif en avant.
« Je suis désolée, Papa, demande-moi autre chose. Je ne peux pas me rappeler de ces lettres, là maintenant, elles se mélangent toutes. S'il te plaît, demande-moi quelque chose d'autre. »
James fronça des sourcils à son visage mais dit :
« Alors dis-moi ceci : qui prévoyons-nous de te faire épouser si la nouvelle loi mariage est passée ? »
Harry cligna des yeux, bah c'était facile… attendez. Trop facile. C'était une question piège.
« Personne, dit-elle. Tout le monde pensera que j'épouserai Archie parce qu'on se fiancera pour me protéger, mais en réalité, les fiançailles auront une clause d'inadéquation qui nous permettra de les dissoudre quand on aura dix-sept ans. »
James acquiesça.
« Oui, c'est ça. »
Il leva sa baguette de sorte que la lumière les inclue tous les deux.
« Harry, qu'est-ce que tu fais dehors aussi tard ? On pensait que tu étais dans le labo et on a cru que tu irais au lit quand tu aurais fini le projet sur lequel tu travaillais. »
James fronça les sourcils vers elle.
« As-tu seulement idée de combien c'est terrifiant de réaliser que tu n'as aucune idée d'où était ta fille unique toute la nuit ? »
Harry grimaça alors que James s'avançait vers elle, mais il la prit juste dans ses bras, exhalant avec fatigue dans ses cheveux.
« Je n'aurais jamais imaginé que tu nous jouerais un tour comme ça. Ton cousin Archie, pourquoi pas, ton Oncle Sirius, carrément, mais toi ? Tu es censée être l'intelligente. La raisonnable qui ne fait pas de choses stupides comme rester debout jusqu'à minuit sans le dire à personne. Et si quelque chose t'était arrivé ? On n'aurait même pas su où chercher et il aurait été bien trop tard pour t'aider, d'ici à ce qu'on remarque que tu étais même partie.
– Je suis désolée, dit Harry. Crois-moi, je n'avais pas prévu de rester dehors aussi tard. Tu me connais, Papa, je ne serais jamais aussi inconsciente. C'est juste que… des choses sont arrivées et ce n'était pas vraiment de ma faute. »
Cela paraissait faux même pour elle et James lui lança un regard peu impressionné.
« Je suis désolé aussi, Harry, parce que ce genre de choses, ça ne va juste pas. Je n'aurais jamais, et je veux sérieusement dire jamais, pensé que je dirais ça, mais… tu es punie. »
Harry regarda bouche bée son père, qui paraissait perplexe au goût de ses propres mots.
« Punie ?
– Oui, acquiesça lentement James. Oui, Harry. Tu es punie. Tu ne quitteras pas cette maison pendant une semaine. Pas de chemin de Traverse. Pas de maisons de tes amis. Pas même de Square Grimmauld. Tu resteras ici et chaque soir à vingt-et-une heures, tu seras responsable de mettre les barrières de protections. Avec un peu de chance, cela t'aidera à te rappeler quand exactement a lieu ton couvre-feu. »
Harry cligna des yeux en pure incompréhension. Punie ? Elle n'avait jamais, d'aussi loin qu'elle pouvait se rappeler, était officiellement sanctionnée d'une telle façon. De n'importe quelle façon. Elle ne pouvait pas se rappeler de la dernière fois que ses parents l'avaient réprimandée pour quelque chose. De temps à autres, ils lui offraient des avis, des suggestions de mise en garde, ou des contributions intelligentes sur ses plans et elle respectait leurs conseils et les prenaient en considération. Ils lui donnaient des tâches, bien sûr, et lui demandaient son respect et son obéissance dans des sujets mineurs qui étaient de faible conséquence pour elle, mais des punitions ? C'était comme si James parlait une langue étrangère.
« Harry ? l'invita James.
– Oh, oui. »
Harry secoua la tête.
« D'accord, Papa. Hm, donc je suis vraiment punie ? »
James grimaça un peu.
« Oui. Je le dirai à ta mère demain matin.
– Ne le dis pas à Oncle Sirius, dit Harry, encore un peu abasourdie à l'idée même d'être punie. Il pensera que tu commences un dangereux précédent. »
Le visage de James s'adoucit et il sourit même un peu.
« Tu devras parvenir à une excuse convaincante alors s'il te demande d'aller quelque part. »
Harry était sur le point de répondre quand le ding de l'alarme de la cheminette se déclencha alors que le feu devenait vert une fois de plus. James tourna la tête à toute vitesse et aboya le mot de passe d'acceptation et une tête apparut dans la cheminée.
« Auror Potter ? appela un homme à la peau noire et avec une voix profonde.
– Oui, Auror Shacklebolt ? dit James en se penchant pour répondre à l'homme. De quoi s'agit-il ?
– Nous allons utiliser votre astreinte ce soir », dit rapidement Shacklebolt.
Harry hocha la tête pour elle-même, comprenant maintenant pourquoi son père avait été aussi rapide à réagir à son arrivée par cheminette. Il devait déjà être réveillé et avait senti les protections fluctuer.
« Il y a eu des rapports d'un feu dans les Basses Allées et nous avons déjà les deux brigades occupées à gérer une dispute conjugale qui est devenue violente et a blessé plusieurs moldus vivant dans l'appartement au-dessus du couple magique. »
James passa ses doigts dans sa frange distraitement.
« D'accord, Shacklebolt, je viens tout de suite. »
La tête de l'Auror acquiesça puis disparut.
James se tourna vers Harry et dit :
« Je dois y aller, Harry, mais s'il te plaît, réfléchis à combien c'est dangereux pour toi d'être dehors aussi tard. Tu n'es encore qu'une enfant, peu importe à quel point tu te sens mature avec une baguette dans les mains. S'il te plaît, ne laisse pas quelque chose comme ça arriver à nouveau.
– D'accord, Papa, dit Harry. Je suis désolée. Sois prudent ce soir.
– Ne t'inquiète pas », dit James.
Il tendit la main pour ébouriffer les cheveux de Harry et elle le laissa faire, même si elle n'appréciait vraiment pas quand les gens faisaient ça. Encore une autre raison pour laquelle elle regrettait ses longs cheveux. Personne n'ébouriffait des cheveux longs.
« Bonne nuit, petit Faon. »
Il partit et Harry monta avec lassitude les escaliers vers sa chambre. À la vue de son lit, elle grogna presque à voix haute. C'était comme si son corps avait refusé d'admettre à quel point elle était fatiguée, mais qu'il avait cédé sous la tentation soudaine de quatre oreillers moelleux et un édredon merveilleux pour s'allonger. Ses membres la transportèrent sur le doux matelas dans une transe et elle ne retira même pas ses chaussures avant d'autoriser sa tête à toucher l'oreiller. Elle pouvait à peine croire la journée qu'elle avait eue. Elle ferma les yeux avec soulagement, sans savoir qu'elle les rouvrirait d'un coup dans juste quelques courtes heures après qu'un cauchemar paralysant la visiterait dans ses rêves. Un cauchemar de feu et de mort, de gilets bleus et d'encre rouge. Pour l'instant, toutefois, elle dériva avec enthousiasme dans l'inconscience et sa dernière pensée avant de s'endormir fut un vœu fervent que le reste de l'été passât sans le moindre incident qu'il était humainement possible d'avoir.
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Harry eut son vœu. Entre sa punition et commencer à se préparer pour l'année scolaire à venir, les quelques semaines suivantes passèrent en un méli-mélo de normalité. Son douzième anniversaire arriva et passa sans grande cérémonie, même si elle et Archie eurent un gâteau qui criait des insultes grossières chaque fois qu'on coupait dedans, fourni généreusement par James et Sirius. Elle reçut quelques cadeaux, principalement académiques en nature, y compris un nouveau livre d'étiquette sang-pure de Pansy et un agenda scolaire avec un code-couleur automatique sur tous ses devoirs d'une Hermione Granger, qu'elle rangea avec "ses" affaires d'école pour qu'Archie puisse le prendre avec lui à AIM en septembre.
Elle dut livrer par hibou ses potions à Mr. Krait pendant la semaine où elle était punie, ce qui était un procédé fastidieux et ennuyeux comprenant des colis bien plus petits et de nombreuses blessures sur ses mains, causées par des hiboux, comme elle interagissait avec des oiseaux inconnus et elle se confondit en excuses auprès de Leo au cas où il l'aurait cherchée ces jours-là, mais il les repoussa. La Cour du Rogue reprenait le cours normal de sa vie après l'attaque de Griffe et dans tous les cas reconstruire le Dragon prit beaucoup du temps de Leo durant les semaines suivant le feu.
Harry utilisa assidûment sa semaine privée de sortie et bientôt elle avait fini la première année du programme de l'école-hibou et passé le dernier examen. Cela lui traversa l'esprit que les gens à l'École Sphinx de Magie par Correspondance faisaient excessivement confiance s'ils la laissaient passer les examens à la maison sans un surveillant assermenté ou au moins une signature parentale, mais peut-être que le parchemin était enchanté pour ne pas autoriser les tricheries. Cela ne faisait pas une grande différence pour Harry, qui avait appris les matières deux fois maintenant et elle finit sa première année en tant que Harry Potter presque un mois en avance.
Avec tout son travail scolaire hors du chemin, elle avait plus de temps à dévouer à sa recherche de la Potion Polynectar. Harry avait trouvé un sort très intéressant qui était traditionnellement utilisé par les couples magiques qui essayaient d'avoir des enfants et voulaient voir comment leurs gènes se mélangeaient.
Le sort était dans un livre sur les mélanges qu'elle avait obtenu à la boutique au Chemin de Traverse et de ce fait, il mélangeait essentiellement les caractéristiques physiques de deux personnes. Il demandait le même type de données que la Potion Polynectar, mais au lieu d'ajouter un cheveu, on en ajoutait deux. Techniquement, on pouvait ajouter n'importe quel élément d'une personne qu'on pouvait avoir sous la main, mais tout le monde dans la communauté des potions s'accordait à dire que les cheveux étaient la chose la plus facile et la plus éthique à prendre – si éthique était un mot qui pouvait être appliqué à l'usurpation d'identité d'un autre sorcier. Après tout, un cheveu ne causait généralement pas de douleur à l'appropriation, contrairement aux ongles ou au sang, dont les deux portaient eux aussi les signatures magiques en eux. Après avoir scruté les signatures magiques via le cheveu, le sort nécessitait une commande de saisie pour déterminer le sexe de "l'enfant". Puis le sort prenait les deux cheveux et les transformait en un seul. Il mélangeait les cheveux ensemble et l'idée était que les parents pouvaient ensuite utiliser le cheveu mélangé dans une Potion Polynectar et transformer un enfant au hasard en leur enfant théorique pour qu'ils puissent bien le ou la regarder. Le livre suggérait d'utiliser un enfant moldu et de l'oublietter après, mais le livre avait été écrit durant la période médiévale, donc Harry ignora la plupart des opinions de l'auteur.
La meilleure partie était que la découverte de ce sort voulait dire que la majeure partie du travail de Harry était déjà faite pour elle. Clairement, le sort ne mélangeait pas juste les cheveux, mais les signatures magiques attachées aux cheveux. Cela voulait dire que Harry n'avait pas à s'inquiéter à essayer de deviner quelles caractéristiques auraient une personne qui ressemblerait à mi-chemin entre elle et Archie. Encore plus important, toutefois, cela voulait dire qu'elle n'avait pas à essayer de simuler la tâche impossible de créer une signature magique unique qui codait les caractéristiques physiques dont elle avait besoin. Le sort s'occupait de ça en mélangeant les signatures au lieu d'en créer une complètement nouvelle, et cela consolidait également les deux signatures en un colis optimisé pour le Polynectar. Une fois qu'elle aurait pris le coup de main du sort, tout ce que Harry aurait à faire serait de trouver un ingrédient pour rendre la potion semi-permanente.
Souriant à ses notes approfondies sur le sort qu'elle était sur le point de tenter, Harry se repassa les instructions une fois de plus, puis alla chercher Archie. Il voudrait définitivement voir ça.
Elle rentra dans sa mère en quittant le labo et la rousse magnifique sourit avec une surprise ravie à sa vue.
« Harry, tu refais surface plutôt tôt aujourd'hui, non ? » demanda Lily en plaisantant.
Harry sourit pour reconnaître le fait – il était seulement seize heures et même pendant les weekends il était vrai que Harry était rarement vue avant l'heure du dîner à dix-huit heures.
« Je vais chercher Archie. Est-ce que tu l'as vu ? »
Lily pinça délicatement les lèvres en considération.
« Je pense que lui et Sirius comptaient aller à la filiale de Zonko à Pré-au-lard aujourd'hui pour vérifier les ventes des Maraudeurs. Ils devaient faire quelques commissions d'abord, par contre, et ils ne sont partis il n'y a qu'une heure, donc tu peux probablement les rattraper si tu cheminettes directement aux Trois Balais. »
Harry hésita, mais vraiment, qu'est-ce qu'elle avait d'autre à faire ? Cela serait assez suspicieux si elle disait à Lily qu'elle ne pouvait pas parler à Archie de ce pour quoi elle avait besoin de lui en public ou autour de Sirius. De plus, il était peu probable que Madame Rosmerta la reconnaisse de la seule fois où Snape l'avait amenée à la cheminette des Trois Balais, donc il n'y avait aucune raison qu'elle ne puisse pas aller à Zonko voir son cousin et son oncle. Elle devrait vraiment prendre plus d'intérêt à la gamme des Maraudeurs de toute façon. Archie adorait les farces après tout et cela aiderait sa crédibilité en tant que lui si elle était au moins à jour sur les derniers produits de farces et attrapes de sa famille.
« D'accord, dit Harry résolument. Je vais les retrouver là-bas. Merci maman.
– Pas de problème ma chérie, dit Lily avant d'ajouter : Oh, est-ce que tu pourrais me récupérer quelque chose à Honeydukes pendant que tu es à Pré-au-lard ?
– Bien sûr, dit Harry. Plus de souris glacées ? »
Lily sourit, un peu désespérée.
« Je ne sais pas ce qui m'arrive ces derniers temps, mais ces dernières semaines, je raffole de ce truc. Ça ne t'embête pas ? J'ai juste besoin de quelques boîtes de plus et puis je suis sûre que je n'en voudrai plus… »
Harry acquiesça agréablement, bien consciente que Lily avait dit qu'elle voulait seulement "quelques boîtes de plus" de souris glacées depuis trois bonnes semaines. Pauvre James se rendait à Honeydukes tous les deux jours, semblait-il, donc Harry pouvait cette fois essayer d'obtenir un tas de petites douceurs crissantes pour tenir Lily jusqu'à ce qu'elle surpasse son étrange envie.
Elle attrapa sa fidèle bourse en velours rouge et avec une vitesse que seule la magie pouvait concevoir, Harry sortit de la cheminée et à Pré-au-lard à peine cinq minutes plus tard.
La rue était bondée d'acheteurs ce samedi après-midi, mais Harry se baissa et slaloma à travers la foule avec facilité. Elle s'était baladée dans les foules du chemin de Traverse depuis tellement longtemps maintenant que les masses de gens ne la perturbaient même plus. Elle atteignit Honeydukes en un rien de temps et commença à chercher des souris glacées. Il semblait que les propriétaires avaient réarrangé la boutique depuis la dernière fois qu'elle était venue donc cela lui prit quelques minutes pour trouver la nouvelle sucrerie de sa mère. Les souris glacées étaient maintenant du côté de la fenêtre et entre charger boîtes sur boîtes de sucrerie dans son panier et ignorer les regards curieux qu'elle s'attirait des autres clients – aucun d'entre eux ne semblait avoir un jour rencontré une personne avec un bon appétit pour des souris glacées avant – Harry se retrouva à jeter un œil à travers la vitre sur la rue bondée. Ses yeux furent immédiatement attirés par un sorcier qui semblait séparer les masses par la simple force de sa volonté et Harry résista l'envie irrépressible de fuir devant la fenêtre en alarme soudaine.
C'était Professeur Snape. Il marchait à grand pas avec détermination dans la rue, dans la direction de ce que Harry pensait être l'apothicaire. Il dépassait d'au moins d'une tête la plupart des sorciers dans la rue, mais c'était son expression froide et inaccessible qui le mettait à part de tous les autres. Elle le fixa avec une quantité considérable de frustration. Si elle était vraiment qui elle prétendait être, se tiendrait-elle là, empêchée de traverser la rue et d'engager la conversation avec son mentor ? Encore mieux, si Poudlard autorisait toujours les sang-mêlés et que Harry pouvait simplement être elle-même, marcherait-elle peut-être aux côtés de Snape à ce moment même, l'aidant avec ses courses estivales alors qu'elle s'imbibait d'expertise de potions et sollicitait des conseils sur ses expérimentations sur le Polynectar ?
Non, Harry secoua la tête, c'était une pensée ridicule. Si Snape savait qui elle était vraiment, il serait sûrement encore moins enclin à l'accepter comme élève qu'il ne l'avait été au début. Il exécrait son père encore plus que Sirius après tout, et bien que Harry n'était pas très au clair sur les détails, elle savait que cela avait quelque chose à voir avec sa mère, qui avait été amie d'enfance avec Snape avant de partir à AIM. Harry ne voulait pas vraiment en savoir plus que ça, même si elle soupçonnait fortement que la haine avait commencé quand ils avaient tous onze ans. James avait rencontré Lily à la gare de King's Cross quand elle était allée dire au revoir à Snape qui partait à Poudlard, et avait immédiatement déclaré son amour passionné pour la jolie rouquine et l'avait demandée en mariage, ignorant complètement la possible revendication antérieure d'un jeune Severus Snape de l'affection de Lily. Ou un truc comme ça. Harry frissonna. C'était tout simplement trop dégoutant à contempler.
Dans tous les cas, être elle-même n'aurait probablement jamais aidé son but de gagner l'estime académique du Professeur et si on l'avait autorisée à Poudlard en premier lieu, elle n'étudierait probablement pas du tout la Potion Polynectar. Ses pensées n'étaient rien d'autre qu'une fantaisie sans fondement, donc elle s'écarta de la fenêtre et acheta son panier rempli de souris glacées sans plus de considérations sur des et si. Toutefois, Harry vérifia pour s'assurer que Snape était toujours dans l'Apothicaire avant de foncer vers Zonko. Elle n'était vraiment pas préparée à avoir tous ses plans lui exploser à la figure à cause d'une vision infortunée de ses yeux verts notoires sur le visage familier de Rigel Black par un des rares hommes probablement suffisamment malins pour faire tous les rapprochements en un instant si on lui donnait les bonnes informations.
Harry entra rapidement chez Zonko et repéra immédiatement son oncle Sirius près des caisses d'étalage des Maraudeurs, entouré d'enfants de tout âge qui avaient hâte de rencontrer une de leurs fameuses légendes des farces. Archie se tenait sur le côté, regardant avec une tendresse exaspérée alors que son père amusait la foule, en en rajoutant et lançant tous les enfants dans des crises de fous rires enchantés. Non pas que ce n'était pas complètement condescendant de sa part de faire références aux gamins rassemblés autour de son oncle comme des enfants, ayant elle-même seulement récemment eu douze ans, mais les démonstrations obsessives d'adoration publiques et ceux qui y étaient soit dévoués soit baignés dedans avaient toujours semblé un peu puérils pour Harry. Ce n'était pas juste qu'elle détestait elle-même l'attention – ou peut-être que si. Peut-être que sa propre aversion pour le feu des projecteurs la faisait regarder juste un petit peu de haut ceux qui appréciait réellement la célébrité ou l'infamie, comme c'était souvent le cas pour Sirius ou James pour leur expertise en farces.
Archie, au moins, semblait partager son opinion, alors qu'il secouait la tête avec une expression qui révélait une acceptation complète sans aucune compréhension et il s'éloigna pour faire un tour du magasin pendant que Sirius divertissait ses fans. Harry alla l'intercepter.
Elle lui tapa sur l'épaule et Archie se retourna avec une expression qui était impatiente avant qu'il ne l'aperçût.
« Harry ! »
Archie cligna des yeux puis sourit de toutes ses dents.
« Qu'est-ce que tu fais là ? Mon anniversaire était la semaine dernière, tu sais, donc c'est un peu tard pour m'acheter quelque chose.
– Surprise, dit doucement Harry. Je voulais te parler de quelque chose, mais tu n'étais pas à la maison, donc Lily m'a envoyée te chercher. »
Archie haussa un sourcil peu convaincu.
« Tante Lily n'avait encore plus de souris glacées, n'est-ce pas ? »
Ses yeux flottèrent de manière significative vers le sac de Honeydukes dans sa main et Harry haussa les épaules avec impuissance.
« Ma mère est maintenant esclave de ses étranges envies, dit Harry. Bien que je voulais vraiment te parler.
– De quoi ? demanda curieusement Archie.
– Notre petit projet, dit Harry aussi bas qu'elle pouvait pour être toujours entendue au-dessus du vacarme. J'ai eu une avancée majeure. Je pense que l'étape suivante devrait être prête avant que l'on retourne à l'école.
– Vraiment ? demanda Archie, paraissant impressionné. Tu peux tout finir en trois semaines ?
– Tant que ce que toi et moi allons faire quand on sera à la maison marchera, dit Harry, oui. »
Archie sourit.
« Génial. Tant que tu es là, on a besoin de prendre soin d'un aspect de ton éducation que tu as sérieusement négligé. »
Harry soupira un peu.
« Je suppose que oui. Donc dis-moi quelles sont les farces de pointe, Arch.
– Je vais faire mieux que ça, dit Archie. Je vais acheter tous les basiques pendant qu'on est là et les expliquer, puis quand tu seras à l'école, tu sauras quoi faire – et tu devrais faire quelque chose cette année, Harry. La première année, je peux dire que je m'installais, mais cette année, tu devras mettre un peu le bazar en mon nom ou mon père va penser que j'abandonne les traditions familiales. »
Harry grimaça. Elle se sentait encore assez mal pour avoir par mégarde mis à mal la relation d'Archie et Sirius.
« D'accord, dit Harry. Je connais déjà la plupart de ces trucs – je ne participe peut-être pas, mais j'ai été un membre de cette famille pendant un peu plus d'une décennie. Passe juste sur les nouveaux trucs avec moi et choisis ceux dont j'aurai besoin. »
Archie approuva joyeusement. Vingt minutes plus tard, Harry et Archie étaient chargés de tout depuis du scotch de farce multi-usages à de la teinture sur tissu en perpétuel changement. Ils avaient même pris quelques-uns des produits les plus récents des Maraudeurs, qui avaient été officiellement nommés Bouton Barrière. La seule chose que Harry déclina fermement étaient les Bombabouses. Elle ne pouvait toujours pas supporter ces trucs.
« Mais tout ce fourbi, c'est juste les accessoires qui font que réussir une farce est plus simple, l'avait prévenue Archie avant qu'ils ne se dirigent vers la caisse. Une bonne farce, ce n'est pas jeter une boulette puante à quelqu'un ou rendre leur nourriture bleue. Les meilleures farces sont originales, créatives et remarquables et cela vient du farceur. C'est de trouver des sorts obscurs que personne n'aurait imaginé pouvoir être utilisés dans des situations comiques ou d'utiliser des objets sans intérêt d'une façon qui est si hilarante que les gens en parleront à leurs enfants. Si tu ne vas vraiment pas essayer, ne t'embête pas à faire de farces à quiconque, d'accord ? Je suis sérieux, Harry. Je préfèrerais être connu comme le rabat-joie que le farceur imitateur sans classe ni finesse. »
Harry lui jeta un léger regard noir.
« Ouais, j'essaierai de ne pas t'embarrasser avec mon inexpérience dans le domaine, cousin.
– Je t'en remercie infiniment, sourit Archie. Maintenant allons payer ces trucs pour qu'on puisse traîner Papa loin de ses fervents fans. Je pense que sa tête a suffisamment enflé pour la journée. »
Ce soir-là, Harry demanda à ses parents si elle pouvait dormir à la maison d'Archie et les deux se planquèrent dans la chambre d'Archie où Harry expliqua les points les plus délicats du sort.
« Donc on doit le faire deux fois, c'est ça ? dit Archie. Une fois pour un garçon et une fois pour une fille, si on s'en tient au plan où aucun de nous deux ne change réellement notre sexe. »
Harry acquiesça fermement. Ils s'en tiendraient définitivement à ce plan.
« Prêt ? » demanda-t-elle, le visage illuminé par l'excitation.
Ils étaient juste si près.
Archie acquiesça.
« Faisons-le. »
Ils s'arrachèrent chacun un cheveu de leurs têtes et les placèrent aux correctes positions dans le cercle runique que Harry avait dessiné avec de la craie temporaire sur le parquet de la chambre d'Archie. Tout ce qu'elle savait sur les runes était ce qu'elle avait appris en faisant les devoirs de Flint d'Anciennes Runes de niveau BUSE pendant un an, mais le livre sur le sort de mélange avait inclus de façon très utile un diagramme du cercle requis, donc Harry l'avait simplement recopié sur le sol. Sa compréhension des runes était suffisamment bonne pour être capable de dire qu'au moins, ils ne conjuraient pas des démons ni ne faisaient de sacrifices sanglants, donc Harry n'était pas terriblement inquiète à l'idée d'utiliser une configuration runique qu'elle ne comprenait pas complètement.
Une fois que les cheveux étaient en place, Harry scella le cercle et commença la chaîne de mouvements de baguette qu'elle avait mémorisée qui canaliserait correctement le sort à travers sa baguette. Encore plus important, du moins pour Harry qui n'était pas exactement familière avec la théorie derrière la magie qu'elle tentait, elle concentra sa volonté de façon très forte sur le résultat désiré du sort. Elle mit toute sa volonté – à lire "demanda gentiment" – dans sa magie pour qu'elle agisse comme le sort le réclamait et mélangea les signatures magiques des deux cheveux dans le cercle. Quand la longue chaîne de mouvements de baguette fut terminée, Harry bougea sa baguette en un motif qui imitait la rune pour "homme", qui indiquerait une préférence pour un résultat masculin, et entonna les mots du sort très précautionneusement et clairement :
« Miscetis Essentiae. »
Harry se raidit alors que le sort commençait à fonctionner. Elle pouvait sentir la magie courir en elle, comme aucun sort qu'elle avait tenté ne l'avait jamais fait. Au lieu d'un petit courant de magie étant tiré de son noyau externe, c'était comme si le sort avait forcé une vanne à s'ouvrir au cœur même de son noyau interne. La magie sortit à flot d'elle. Elle inonda le cercle runique sur lequel elle se tenait jusqu'à ce que les lignes à la craie s'illuminent d'une lueur étrange, comme si la magie dans ses frontières était si forte qu'elle devait se manifester par un moyen physique. Et toujours, le sort demandait plus. Harry pouvait en fait sentir son noyau magique se vider de façon continue, et quand la sensation ne s'arrêta pas après un moment ou deux, Harry commença à être légèrement alarmée. Toutefois, le sort la tenait dans son emprise à ce stade, donc il n'y avait rien qu'elle puisse faire à part serrer les dents et garder sa volonté concentrée sur le bon résultat, pour qu'au moins la magie ne soit pas gâchée.
Les runes commencèrent à changer devant les yeux de Harry alors que la magie continuait à remplir le cercle. Elles bougèrent et se transformèrent de plus en plus vite jusqu'à ce qu'elles deviennent floues et les connaissances de l'art limitées de Harry ne pouvaient rien comprendre du processus. Est-ce que c'était censé arriver ? Harry n'en avait aucune idée, mais c'était à la fois captivant et terrifiant, comme regarder un grand dragon majestueux étant juste à peine contenu par ses gardiens. C'était impressionnant, mais il y avait un élément de danger toujours présent, parce si à un moment donné la magie trouvait une faiblesse soit dans le cercle, soit chez Harry elle-même, elle savait instinctivement qu'elle se libérerait de ses contraintes et serait libre d'errer, sauvage et aux niveaux actuels, dévastatrice. Harry maintint sa prise, mais dans un coin de sa tête se trouvait l'idée que les magies runiques n'étaient définitivement pas des choses avec lesquelles on pouvait faire n'importe quoi.
C'était sa bonne étoile qui fit que le cercle runique qu'elle avait copié avait été un bon et qu'il maintint la magie fermement dans la forme désirée jusqu'à ce que les procédés du sortilège soient finis. Les runes se calmèrent avec un dernier éclat de lumière et là où il y avait eu deux cheveux dans le cercle, se trouvait maintenant un seul cheveu, innocent et pas du tout extraordinaire malgré la pure quantité de magie qui avait été utilisée dans le sort. La phase finale du sort avait complètement dissous la sphère runique, comme si elle n'avait jamais été là. Harry cligna des yeux, se disant que ça devait être pour ça que le livre ne faisait pas mention du type de matériel avec lequel dessiner le cercle – clairement, le medium importait peu, comme il était consumé par le sort dans tous les cas.
Archie se pencha pour récupérer précautionneusement le cheveu et dit :
« C'est presque décevant, quand on regarde ce petit bout de cheveu après tout ça. »
Harry sourit avec fatigue en réponse. Ses membres étaient devenus lourds et faibles, pendant qu'en même temps sa tête se sentait plus légère que l'air autour d'elle. Était-ce ça l'épuisement magique ? C'était terriblement désorientant, pensa-t-elle distraitement.
« Je ne me sens pas très bien », dit Harry à voix haute.
Archie lui jeta un œil inquiet.
« Est-ce que le sort t'a fait quelque chose d'étrange ? »
Harry secoua la tête, puis s'arrêta abruptement quand l'action lui donna le tournis.
« Non, ça m'a juste pris beaucoup de magie, je pense. »
Archie acquiesça.
« Je pouvais le sentir même de là où je regardais. Est-ce que tu as besoin d'une potion Pimentine ? Je crois que Papa en a une dans la salle de bain du bas. »
Harry allait décliner, mais un bon regard à son noyau avec ses sens magiques la fit reconsidérer. Ce qui était autrefois une boule de feu entourée par des vrilles se tortillant tels des serpents était maintenant méconnaissable. Il y avait quelques torsades éparses de magie pendant comme de la peau flasque autour de son noyau interne. Généralement son noyau véritable était une boule de feu et de gaz surchauffé étroitement compressée, ressemblant beaucoup à un soleil miniature, mais maintenant il ressemblait à une sphère faiblarde de scintillement magique en rotation. Juste les plus petites taches de pouvoir magique tournoyaient en rond d'une façon paresseuse, et les serpents qui étaient censés cacher son noyau véritable à la vue se reposaient juste, comme si exténué, en suspension au-dessus de son noyau pitoyablement vidé. Déjà, elle pouvait sentir son noyau travailler rapidement pour se reremplir. Elle ressentait la production de plus de magie comme une combustion chaude interne dans sa poitrine, mais même à la vitesse à laquelle il se redynamisait, il n'avait jamais été aussi réduit.
« Ouais, je pense qu'il vaut mieux que j'en prenne une », dit Harry, un peu mal à l'aise au fait que ses niveaux de magie avaient autant baissé sans son contrôle.
Même au milieu du Syndrome du Sommeil, Harry ne se rappelait pas avoir un jour été aussi pressée par la magie. Cependant, il semblait que le sort avait marché.
Archie courut chercher la potion Pimentine pour Harry, qui se sentit immédiatement mieux, même si pas entièrement remise, après l'avoir prise.
« Donc tu crois que ça a marché ? » demanda Archie.
Harry sourit un peu.
« Qu'un seul moyen de savoir. Tu veux le tester maintenant ? »
Archie hocha la tête avec enthousiasme et Harry se força à se mettre debout pour fouiller dans le sac de voyage qu'elle avait pris avec elle. Elle en sortit une petite fiole de Polynectar qu'elle avait pris parmi les nombreuses fournées de contrôle qu'elle avait faites durant l'été et la tendit à Archie. Il mit le cheveu dedans et regarda avec une impatience pas très bien dissimulée alors que la mixture prenait un bleu-gris profond. Une mixture, présuma-t-elle, du bleu électrique que devenait généralement la potion avec le cheveu d'Archie et le gris charbon profond que son propre cheveu appliquait normalement.
« Cul sec », dit Archie et il fit basculer la dose dans sa bouche aussi rapidement que possible.
Harry regarda avec attention pendant qu'Archie se transformait, mais il ne semblait pas être dans plus d'inconfort que ce qui était généralement expérimenté avec le Polynectar. Comme d'habitude, le visage d'Archie commença lentement à ressembler à celui de Harry, mais contrairement à autrefois, il atteignit un certain point et puis… s'arrêta. Harry pencha la tête sur le côté avec considération.
Les cheveux d'Archie n'avaient pas changé du tout, à part peut-être qu'ils étaient devenus plus en bataille. La couleur resterait la même et la signature magique théorique ne codait pas les coiffures, donc Archie avait gardé sa coupe courte-mais-en broussailles. Ses yeux étaient aussi de la même couleur, ce qui donnait à Harry l'espoir que la version fille de leurs caractéristiques physiques fusionnées auraient des yeux gris également. Elle commençait vraiment à en avoir marre des lentilles. Son visage était devenu juste un tout petit plus délicat qu'il ne l'était déjà. Son menton était un chouïa plus rond et son nez était un poil plus petit, ses yeux juste un peu plus grands. Ses sourcils étaient un petit peu plus fins et sa lèvre du haut se courbait juste un tout petit peu plus que d'habitude. Les cils d'Archie étaient peut-être remarquablement plus épais, mais Harry n'avait jamais prêté assez attention aux cils de son cousin pour être capable de le dire avec certitude.
Dans l'ensemble, Archie ressemblait à lui-même, seulement… différent. C'était à peine remarquable, pensa Harry, même si en le regardant, elle avait du mal à se rappeler qu'est-ce qui au juste était si différent par rapport à son ancien visage. Elle commença à sourire lentement.
« Ça… va marcher, dit-elle, intégrant l'effet complet en reculant d'un pas. Oui. Archie, tu te ressembles.
– Et c'est pas… mauvais ? demanda Archie, se dirigeant vers sa salle de bain pour jeter un œil dans le miroir.
– Non, c'est bien, dit Harry. Parce que cela veut dire qu'on se ressemble déjà suffisamment assez que se transformer à mi-chemin en l'autre n'altère pas dramatiquement la façon dont on apparaît. Ça veut dire qu'après avoir pris la potion, personne ne sera capable de dire avec certitude qu'on a d'une façon ou une autre changé nos apparences.
– Est-ce que cela veut dire qu'on peut jeter toute l'idée du "régime de potion" ? demanda Archie. Parce qu'honnêtement, l'idée de changer lentement au fil de l'éternité nos apparences semble excessivement compliquée. Déjà, cela serait difficile de cacher toutes ces potions différentes, sans mentionner difficile de tout se souvenir sans toi présente pour différencier les doses. De l'autre… où est le besoin ? On n'a pas vu nos amis depuis début juillet et deux mois, c'est probablement assez de temps pour qu'ils attribuent toute confusion persistante sur nos apparences avec le temps qu'on a passé à part. Aussi, si on prend la potion avant de voir nos amis mais après qu'on quitte nos parents, notre famille ne nous verra pas avant les vacances d'hiver. Ils seront plus enclins à remarquer la différence, mais on peut le blâmer sur la puberté. Beaucoup de choses peuvent changer en cinq mois. »
Harry s'arrêta pour considérer cela pendant un moment.
« Je suppose que… ça fait sens. Je devrai relancer le sort pour une fille pour m'assurer que les changements ne sont pas trop extrêmes pour moi non plus. En fait, je devrai relancer le sort trois fois de plus, une fois pour tester la version fille de notre hybride et puis une fois de plus pour chacun de nous avec la recette du Polynectar modifié. »
Harry fronça des sourcils.
« Cela risque de prendre du temps, en fonction de combien de temps cela prend à ma magie pour se remettre du sortilège, mais si tout se passe bien… j'imagine que ça marcherait si on prenait la potion comme tu as dit, juste avant de voir nos amis mais après avoir dit au revoir à nos parents. »
Archie sourit.
« Ça va être trop cool. Comme être en costume tout le temps, personne d'autre ne saura ! Est-ce qu'on devra continuer à prendre la potion en grandissant ? »
Harry acquiesça.
« Oui. Enfin, on n'est pas obligé, mais cela paraîtra étrange si on ne change jamais après cette année. Donc chaque été, on refera le test pour que cela reflète notre âge, d'accord ?
– Ça me semble parfait, dit Archie. Et tu as réussi à tout trouver pour les modifications pour la potion ?
– Je crois que oui, dit Harry. Même si bien sûr, ce n'est que de la théorie jusqu'à ce que je le teste.
– C'est juste si réconfortant, marmonna Archie sans trop d'enthousiasme. Mais même, je suis vraiment impressionné qu'on soit arrivé aussi loin. Le seul mauvais côté de tout ça, c'est que personne ne saura jamais à quel point on est incroyable. »
Harry sourit tristement.
« Et c'est le meilleur des cas. »
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Harry avait encore une chose à faire avant que l'école ne commence. C'était cela qui la trouva plusieurs fois par semaine dans la Bibliothèque des Potter, à rechercher quelque chose à laquelle elle n'avait jamais vraiment prêté attention avant, malgré sa formation dans les arts de la Guérison.
Nutrition et Forme physique.
Si la nuit du feu avait appris une seule chose à Harry, c'était sa fragilité. Jamais dans sa vie avait-elle été autant consciente de ses propres faiblesses physiques, de son impuissance, et de sa mortalité, tout en même temps. Ça l'avait effrayée, démoralisée, et puis ça l'avait inspirée. Elle le prit comme une leçon bien apprise et avant que l'année scolaire ne commence, elle était déterminée à se lancer dans un programme qui l'aiderait lentement à commencer à surpasser les limitations à la fois de son physique féminin et de son éducation confortable. Harry jura de s'entraîner jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment en forme pour poursuivre et attraper un pickpocket et d'apprendre à se défendre elle-même avec et sans baguette, pour qu'elle ne se retrouve jamais dans une situation où elle ne savait pas comment se protéger. Et si Leo n'était pas arrivé ? Pire, et si quelqu'un d'autre avait dépendu d'elle cette nuit-là et que se figer sous une attaque avait mis plus qu'elle en péril immédiat ? Harry ne pouvait pas se permettre de laisser quelque chose comme ça arriver encore et puisque les désastres étaient notoirement difficiles à prédire et donc à éviter, la seule solution était de se forger en quelqu'un qui pourrait s'occuper d'elle-même au milieu du danger.
Donc son nouveau projet en parallèle était de devenir capable, dans le sens le plus basique du terme, et le début de ses plans pour se mettre en forme tournait autour de ce que Mrs. Hurst lui avait dit.
Apparemment, elle avait besoin de manger plus de protéines, parce qu'être une végétarienne oisive retardait sa croissance. Harry serait la première à admettre qu'elle n'était pas une très bonne végétarienne. Elle évitait la viande plus parce qu'elle ne l'aimait pas vraiment que pour une quelconque sympathie mal placée envers ses amis les animaux de ferme. Elle ne se donnait pas exactement de mal non plus pour remplacer la viande dans son régime alimentaire, comme les vrais végétariens étaient censés le faire, donc Harry ne pouvait pas dire qu'elle était terriblement surprise que sa menue stature était en partie due à son alimentation. N'avait-elle pas pensé quand elle avait commencé Poudlard que garder une alimentation végétarienne serait un super raisonnement de surface pour ceux qui se demanderaient par la suite pourquoi elle était plus petite que les autres garçons de sa classe ? Malheureusement, toutefois, "l'excuse" s'était révélée être un peu trop proche de la vérité et elle était en fait en train de se rendre plus petite que les autres dans sa classe – les autres filles, du moins.
Peut-être qu'il était temps pour la vérité de devenir un simulacre, pensa Harry avec ironie, cela serait un changement agréable. Et pourtant, c'était probablement le meilleur plan. Elle commencerait à manger de la viande à nouveau en secret, malgré le fait qu'elle n'aimait guère ce truc, mais pour tous les autres, elle resterait une végétarienne, pour expliquer sa menue stature au cas où elle finissait avec la taille de sa mère, qui était un plutôt modeste 1m67.
En plus des changements pour son alimentation, Harry avait recherché des régimes d'entraînement divers. Principalement, cela consista à feuilleter les magazines de Sorcière-Hebdo de sa mère jusqu'à ce qu'elle trouve l'exercice hebdomadaire et essaie d'en trouver un qui ne sembla pas ridicule. Elle ne se voyait pas exactement faire du jazzercise pour remettre ses abdos en forme au milieu de la salle commune de Serpentard. Même Pansy serait trop embarrassée pour lui parler. Finalement, Harry décida qu'elle avait besoin de parler à un professionnel.
Avec ceci en tête, Harry cheminetta dans l'appartement trois-pièces de son oncle Remus dans Londres un après-midi de mi-août pour obtenir quelques conseils d'expert.
« Oncle Remus ? appela-t-elle doucement dans la petite maison. Est-ce que tu es à la maison ? »
Un moment plus tard, une faible voix arriva de la direction des escaliers du sous-sol. Bien qu'aucun des appartements en copropriété alentours avaient de sous-sol, la condition de Remus lui réclamait par la loi de garder une cellule de détention provisoire sécurisée dans sa maison. Il n'utilisait en fait jamais la "cellule" dans le sous-sol, préférant passer ses pleines lunes avec Sirius et James au Square Grimmauld sous l'influence de la Potion Tue-loup, donc il avait transformé son sous-sol en gym à la place.
« Harry ? » appela Remus en retour, et même si son ton était interrogateur, Harry savait qu'il savait qui elle était.
Très peu de choses embrouillait les sens d'un loup-garou, et leur ouïe était particulièrement affûtée.
« J'arrive tout de suite !
– Pas la peine, dit Harry, je descends. »
Elle descendit les escaliers et passa à travers la porte à barreaux qui séparait les escaliers du reste du sous-sol, créant la "cellule" quand la porte était sécurisée et protégée magiquement. Le sous-sol était victime d'un enchantement d'expansion très flagrant et était plusieurs fois plus large que l'appartement lui-même. Il hébergeait divers appareils de poids et plusieurs machines différentes qui devaient être moldues à l'origine, comme Harry n'en avait jamais vues de similaires hors du sous-sol de Remus. Des machines sur lesquelles courir, des machines avec des poids attachés à des cordes que l'on tirait ou poussait dans des positions variées et un bon tiers de la gym était dédié à un sol d'entraînement matelassé. Harry savait que la plupart des machines étaient des cadeaux de Sirius qui, en tant que sorcier sang-pur avec une génétique naturellement mince, trouvait le hobby de gym de son ami terriblement amusant, mais elles paraissaient toutes bien usées, donc clairement Remus en avait fait bon usage peu importe à quel point l'intention derrière avait été insincère.
Remus posa le poids avec lequel il faisait des squats et sourit un peu en coin.
« Quoi de neuf, Harry ? haleta-t-il, s'essuyant le visage avec un serviette proche. C'est un jour rare pour toi de te mettre en quatre pour aller voir quelqu'un. »
Harry cligna des yeux, un peu prise de court par cette déclaration. Était-elle vraiment si distante de sa famille ?
« Je venais en fait ici pour te demander une faveur, dit Harry, d'un air un peu désolé. Je me sens un peu mal du coup, par contre. Est-ce que je ne viens vraiment jamais te voir ? »
Remus haussa les épaules aisément.
« Je ne voulais pas le dire comme ça. Il n'y aucun besoin pour nous de nous chercher les uns les autres, puisqu'on se voit presque chaque soir pour dîner au minimum. Je ne te faisais pas de reproche, juste un commentaire. Qu'est-ce que je peux faire pour toi, Harry ? »
Harry regarda la gym autour d'elle.
« Je me disais ces derniers temps que je ne suis pas très en forme physiquement. Puisque tu es la seule personne que je connais qui s'entraîne sérieusement, je me suis dit que tu aurais des idées par où commencer. »
Remus haussa les sourcils.
« Tu veux te mettre en forme ? Le Quidditch n'est pas assez ? Je sais que tu l'apprécies et cela serait plus simple de t'en tenir aux sports que d'essayer de panifier un régime de poids pour quelqu'un de ton âge. C'est important de ne pas abîmer les os ou les muscles de ton dos en ajoutant trop de poids trop tôt à ton âge.
– Le Quidditch, c'est bien, dit Harry. Et bien que je veux être plus forte physiquement, je pensais plutôt à quelque chose du genre entraînement de self-défense. C'est un bon exercice, non ?
– Si, dit lentement Remus. Et c'est bien à savoir en général pour une… eh bien, une fille. »
Il sourit d'un air d'excuse mais Harry hocha la tête en compréhension.
« Qu'est-ce qui a provoqué ça, par contre ? demanda son oncle. Est-ce qu'il s'est passé quelque chose ? »
Harry secoua la tête, espérant que Remus ne prêtait pas assez attention au rythme de son cœur pour repérer le mensonge.
« J'ai juste lu quelque chose comme quoi les filles étaient à un risque accru par les prédateurs de toutes sortes à partir d'environ douze ou treize ans. Donc j'ai pensé que ce serait une bonne chose d'apprendre maintenant, plutôt que de ne pas l'apprendre et de regretter de ne pas l'avoir fait plus tard. D'ailleurs, je dois vraiment commencer à m'exercer. »
Remus la considéra silencieusement pendant un moment. Il semblait l'évaluer, pesant sa requête contre son meilleur jugement et Harry se sentit devenir gênée de manière inattendue par sa contemplation. Elle n'avait honnêtement jamais considéré qu'il puisse refuser, malgré le fait qu'elle avait exprimé la requête poliment. Après tout, pourquoi ne voudrait-il pas lui apprendre la self-défense ? C'était une bonne idée et Remus aimait passer du temps avec elle… n'est-ce pas ? Maintenant qu'elle y pensait, peut-être qu'elle était devenue un peu trop habituée à la générosité infinie et aux bons soins de sa famille. Peut-être qu'elle considérait plus de choses comme acquises qu'elle n'avait réalisé.
Finalement, Remus dit :
« Si j'accepte de t'enseigner, Harry, je veux que tu comprennes dans quoi tu t'engages. Je ne dis pas cela pour te décourager, mais je n'ai jamais eu l'impression que tu… »
Il s'arrêta, clairement incertain de ce qu'il voulait dire.
« Ce que je veux dire, c'est que tu as toujours été très focalisée sur certaines choses et très indifférente sur la plupart des autres. Apprendre un style de self-défense demande d'y dédier beaucoup d'efforts et je me demande juste si tu as… l'intérêt d'engager le temps et l'énergie nécessaires. »
Harry prit un moment pour répondre.
« Je comprends ce que tu dis, Oncle Remus, et je suis d'accord avec beaucoup de choses. J'admets avoir une tendance à dévouer mon énergie avec un préjugé extrême pour les choses qui m'intéressent le plus. Néanmoins, ce que je dirais, c'est que la forme physique et en particulier la self-défense sont récemment devenus des choses qui m'intéressent grandement. Je pense honnêtement que tes enseignements ne seront pas gâchés avec moi maintenant, même s'ils auraient pu l'être si tu avais essayé de m'enseigner aussi récemment que quelques semaines plus tôt. »
Remus eut de nouveau ce regard inquiet, mais il ne chercha pas à en savoir plus. À la place, il dit :
« Si c'est ce que tu penses, alors je vais t'apprendre. C'est important que tu réalises que cela ne peut pas se faire dans le peu de temps qu'on a avant que tu ne retournes en Amérique, par contre. Pour l'instant, ce que je vais faire, c'est de te concevoir un régime à suivre une fois que tu seras de retour à l'école, et quand tu viendras à la maison en Décembre, on pourra évaluer tes progrès, d'accord ? »
Harry acquiesça sérieusement. Remus lui parlait comme à une élève, pas comme à une nièce, et elle réagit instinctivement avec respect :
« Oui, monsieur. »
Remus hocha la tête en acceptation de la nouvelle dynamique.
« On va commencer immédiatement. Je vais commencer par t'enseigner une série d'étirements et d'exercices de renforcement. Apprendre à donner un coup de poing ne t'aidera pas s'il n'y a rien derrière. Je déterminerai quel style, si j'en choisis un, je vais essayer de t'apprendre ce soir, donc demain matin, reviens ici à six heures et je te ferai savoir ce que j'ai décidé pendant que tu me rejoins pour ma course du matin.
– Oui, monsieur », dit Harry, se sentant un peu dépassée.
Elle avait eu raison de venir voir Remus pour ça, pensa-t-elle, mais elle avait un peu peur de la vitesse à laquelle il prenait son rôle de coach de fitness.
« Qu'est-ce que tu attends alors ? demanda Remus. Va à la maison et mets quelque chose dans lequel tu peux sueur. »
Harry partit.
Elle passa tout l'après-midi sous la tutelle experte de Remus. Beaucoup partiraient du principe qu'à cause de l'apparence miteuse et souvent fatiguée de Remus, il ne prenait pas grand soin de lui-même. Ceux qui le connaissaient, par contre, connaissaient la vérité. Remus avait passé sa vie à combattre le loup en lui et cette bataille était menée sur plusieurs champs. Remus était extrêmement bien versé dans plusieurs sujets académiques parce qu'étudier dur dans sa jeunesse l'avait aidé à devenir suffisamment mentalement discipliné pour maintenir le loup à distance avec son esprit. Son corps, aussi, devait être conditionné pour supporter la pression à la fois des transformations mensuelles et du loup lui-même, qui cherchait constamment le contrôle sur le corps physique du sorcier aussi bien que sur son esprit durant la pleine lune. Il y avait une raison pour laquelle les loup-garous mouraient souvent jeunes et fatigués. Le loup les rongeait une pleine lune à la fois jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Toutes les potions Tue-loup du monde ne pourrait pas aider si Remus n'avait pas la volonté et la force de combattre le loup à chaque tournant. Il était fort d'esprit, de corps et d'âme, mais ce n'était pas un accident – Remus s'en était assuré.
Il lui montra comment s'échauffer et s'étirer à la fois pour réduire les chances d'une blessure et pour augmenter sa flexibilité, dont Harry découvrit rapidement qu'elle n'en avait aucune. Quand il se rendit compte qu'elle pouvait à peine pousser les barres lestées sur les haltères, Remus lui programma une série d'exercice de renforcement des bras et des poignets qu'elle devait faire chaque matin, midi et soir avec un lot de balles qui ressemblaient à des Médi-minis, seulement plus lourds. Ils semblaient devenir plus lourds encore alors qu'elle avançait dans ses exercices de soulèvement, flexion et serrage, mais Remus assura Harry que c'était simplement une illusion de sa propre faiblesse. Elle était grandement rassurée par ça.
Remus faisait un plutôt bon professeur, trouva Harry. Il expliquait les choses avant qu'il ne s'attende à ce qu'elle les fasse et il la corrigeait fermement mais avec une patience sans bornes. Il ne se tenait aussi pas seulement là à la regarder travailler. Il faisait tous les étirements et les exercices lui-même, et Harry trouva que ça l'aidait à garder son rythme et sa motivation. Quand les bras de Harry tremblaient par le nombre de pompes, tractions et autres exercices variés de torture de bras qu'elle avait eu l'ordre de réaliser, Remus la laissa rentrer à la maison pour dîner avec la promesse qu'il aurait pour elle de légers poids pour les jambes à porter lors de leur course le lendemain.
Elle grogna à la douleur impliquée dans le simple fait de soulever une main vers le pot de poudre de cheminette dans le salon de Remus. Malgré tout, Harry ne pouvait pas regretter sa décision de faire ça. Tout ce qu'elle devait faire était de repenser à la nuit où elle était restée figée et impuissante dans les bras de la mort et sa détermination se réenclencha violemment. Elle mènerait à bien cette torture et elle ne serait jamais une victime à nouveau.
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Le reste de l'été passa vite dans un méli-mélo d'activités. Avant qu'elle ne le sache, elle avait récupéré ses affaires d'écoles, les avait échangées en secret avec Archie, dit au revoir à ses amis du Rogue, Polynectarisé en son cousin pour ce qui serait (avec un peu de chance) la dernière fois et arriva à la gare de King's Cross avec Sirius pour le début de sa nouvelle année à Poudlard.
Elle dit au revoir à Sirius avec autant de bonne humeur qu'elle savait qu'Archie aurait eue, s'il avait été ici et non pas à la résidence Potter, à attendre de partir pour l'aéroport pour son vol aux États-Unis.
« Sois prudent cette année, dit Sirius avant qu'elle ne monte dans le train. Pas de mystérieuses maladies à guérir ou contracter des dettes de vie auprès de politiques douteux. Amuse-toi juste, d'accord ? Et au nom de Merlin, tente le Quidditch. »
Harry regarda avec embarras en arrière.
« Ce n'est juste pas pareil sans Harry là. On a toujours été une équipe.
– La meilleure équipe de poursuiveur-batteur depuis les jumeaux Prewitt, je dirais. »
Sirius lui fit un clin d'œil.
« Mais essaie quand même. Qui sait, peut-être que tu trouveras quelqu'un tout aussi stimulant que Harry avec qui jouer.
– D'accord, Papa, dit Harry, forçant un grand sourire. Je t'aime.
– On se voit en décembre, mon vieux, dit Sirius, la tirant dans une forte embrassade.
– À plus », sourit-elle en s'écartant.
Elle fit un signe de la main et partit en direction du train, s'arrêtant pour regarder une dernière fois par-dessus son épaule et faire un sourire rassurant à Sirius avant qu'elle ne ferme la porte derrière elle.
Elle plongea dans des toilettes pour garçons et referma fermement la porte d'une cabine derrière elle. Dans sa poche, à côté de la valise miniaturisée d'Archie, se trouvait une fiole de potion Polynectar modifiée que les doigts de Harry brûlaient de débouchonner.
Cela lui avait pris plusieurs jours à ne faire que de la recherche (entre des pauses pour les exercices d'entraînement impitoyables de Remus) pour trouver un ingrédient à ajouter à la recette du Polynectar qui le rendrait permanent mais aussi réversible. Il s'avéra que la clef n'était pas d'ajouter un ingrédient à la recette même, mais au chaudron pendant que la potion était préparée. Au début, Harry ne voyait pas la différence, parce que si on ajoutait quelque chose au chaudron pendant que l'on faisait une potion, alors sûrement qu'on l'ajoutait à la potion, mais dans le cas de certains additifs, on pouvait ajouter sans ajouter, si ça faisait sens.
L'ambre était la clef. Elle n'avait jamais utilisé de pierres dans des préparations de potions avant, ce qui était peut-être la raison pour laquelle il lui avait fallu tant de temps pour parvenir à la solution, mais une fois qu'elle avait commencé à regarder ça en détail, elle découvrit que l'ambre était une pierre de permanence. Les anciens sorciers égyptiens avaient l'habitude de placer des pierres d'ambre dans des cercueils, parce que les énergies magiques que la pierre émettait préservaient le corps et garantissaient qu'il resterait entier pour toujours. Les gemmes, comme beaucoup de choses dans le monde, étaient d'excellents aimants magiques. Elles absorbaient les énergies magiques naturelles de la terre, mais parce que chaque type de pierres avait des propriétés différentes, chaque pierre modelait la magie sauvage d'une façon différente une fois qu'elle était absorbée.
C'était similaire à la façon qu'un noyau magique d'une sorcière ou d'un sorcier modelait la magie de différentes façons en fonction de la personnalité du sorcier, de sa condition physique, de son humeur, etc. Chaque type de pierre imprégnait la magie sauvage qu'elle absorbait au fil de temps avec différentes tendances pendant qu'elle modelait la magie – passivement, bien sûr. Les pierres n'étaient pas comme les sorciers, qui pouvaient surpasser leurs tendances naturelles en modelage de magie avec une simple intention et volonté. La magie dans une pierre d'ambre serait similaire à la magie dans toutes les autres pierres d'ambre, parce que la nature des pierres était similaire et c'était le facteur déterminant intégral de comment la magie de la pierre était modelée.
Quand une pierre était ajoutée au chaudron pendant qu'un potion y était concoctée, la magie interagissant dans le chaudron faisait sortir la magie emmagasinée dans la pierre. C'était très similaire à ce qu'elle avait fait avec le Philtre Sans-Poids modifié, dans le sens où c'était une question d'ajouter de la magie modelée au lieu d'imprégner la potion avec seulement de la magie brute, seulement la magie modelée venait de la pierre et non d'elle. Elle n'aurait pas pu accomplir le même effet avec sa propre magie parce que contrairement au sort Wingardium Leviosa imprégné, elle ne savait pas comment la modeler en la sorte de magie qui causerait la permanence à l'échelle dont elle avait besoin. La pierre, qui avait été plongée dans une potion protectrice pour protéger sa forme physique, n'interagissait avec la potion d'aucune façon hormis pour y relâcher de la magie. Le type de magie relâché dépendait de la pierre. L'ambre n'était en réalité pas faite de minéraux du sol, comme les autres gemmes l'étaient, mais était en fait de la sève d'arbre qui avait fossilisé durant des millions d'années. Sa magie, quand incluse dans un rituel, pouvait fournir n'importe quoi, du pouvoir à la protection, au sorcier l'invoquant, en fonction des runes de contrôle impliquées. Dans une potion, toutefois, elle augmentait presque toujours la durée pendant laquelle la potion était efficace – de façon exponentielle.
Si ses calculs étaient justes, le Polynectar qu'elle avait concocté avec une pierre d'ambre de la taille d'un petit pois devrait maintenir en état d'inertie les ingrédients qui effectuaient la transformation inverse pendant un peu moins d'une année, gardant ainsi le buveur dans l'état de transformation pour au moins cette durée. Ce qui était parfait, parce qu'elle et Archie allaient refaire le sort de mélange chaque année et reprendre la potion de toute façon. Le seul point négatif était que, parce que la potion ne pouvait être inversée qu'en attendant qu'elle s'estompe, ils seraient incapables de récupérer leurs apparences originales immédiatement si le besoin survenait. Non pas qu'elle pensait qu'un tel besoin était probable.
Probablement la raison pour laquelle personne n'avait fait d'études sérieuses sur l'usage de l'ambre dans le Polynectar était parce que si peu augmentait le temps actif d'autant que ce n'était pratique pour personne qui ne voulait pas rester transformé pendant des mois à la suite. Vraiment, qui voulait être quelqu'un d'autre pendant aussi longtemps ? Le besoin existait pour un Polynectar qui marchait pour trois, peut-être quatre heures à la suite, pas trois ou quatre mois.
À moins que bien sûr on était prêt à mentir à la fois explicitement et implicitement à tous les gens que l'on connaissait pendant plusieurs années, et dans ce cas-là, l'ambre était la solution parfaite pour le problème du Polynectar.
Elle palpa la fiole nerveusement. Elle avait attendu quinze bonnes minutes pour que le Polynectar, qu'elle avait pris pour ressembler à Archie pour le bénéfice de Sirius, s'estompe et maintenant elle était prête à prendre la version modifiée. Une fois qu'elle l'aurait bue, il n'y aurait pas de retour en arrière pendant une année entière. Avec une dernière profonde inspiration en tant que Harry Potter, elle fit tomber le cheveu mélangé qu'elle avait préparé et descendit la dose d'un trait. Rigel Black, en deuxième année à Poudlard, sortit de la cabine quelques moments plus tard, grimaçant au goût trop familier dans sa bouche et se dirigeant vers le miroir pour inspecter sa nouvelle image.
Elle n'avait pas vraiment beaucoup changé. Son visage était peut-être un peu plus pointu, moins délicat dans les détails les plus minutieux. Ses yeux étaient maintenant d'un gris sans équivoque, la même teinte que ceux d'Archie, même si peut-être une teinte plus claire que les lentilles qu'elle avait portées l'année dernière. Ils avaient maintenant cet éclat indescriptible qui plaçait toujours les Black à part, même s'ils n'étaient pas tout à fait de l'argent pour lequel les Malfoy étaient connus. Sa lèvre inférieure était un peu plus fine. Ses cheveux, pour son plaisir secret, paraissaient significativement plus gérables qu'elle ne se les rappelait, malgré le fait qu'ils avaient maintenant poussé un peu par rapport aux boucles coupées courts qu'elle avait eues au début de l'année précédente. Elle se sentait également légèrement plus grande, mais elle prenait probablement ses désirs pour des réalités.
Somme toute, Rigel trouva qu'elle paraissait visiblement différente mais pas méconnaissable. Plus important encore, elle ressemblait maintenant exactement à Archie, tout en restant une fille sous ses vêtements. Cela voulait dire qu'elle n'aurait pas à s'inquiéter sur les nombreuses choses qui l'avaient inquiétée l'année passée. Elle pouvait tenter les sélections pour le Quidditch et ne pas s'inquiéter que si elle les réussissait, Sirius voudrait une photo de son fils dans ses robes de Serpentard. Elle pouvait voir des gens qui la connaissait comme étant Harry et toujours prétendre être Archie – aussi longtemps qu'elle n'avait pas à prétendre pendant longtemps. Et le plus important d'entre tous, Rigel Black était maintenant une personne distinctement différente, au moins en apparence, de Harry Potter, et les différences ne feront qu'augmenter en grandissant. Dans deux ans, ce serait impossible pour quiconque de retracer Rigel Black à elle sans les informations que seuls elle et Archie connaissaient.
Rigel quitta les toilettes pour retrouver ses amis. Le train s'était mis en marche depuis longtemps, donc elle était quasi sûre qu'elle les trouverait tous installés dans le même compartiment. Elle les trouva sans grand effort et fit coulisser la porte du compartiment après avoir poliment toqué.
Elle fut accueillie par des expressions variées de soulagement exaspéré de la part de Draco, Pansy, Millicent et Theo, tandis que Blaise eut seulement un sourire suffisant d'un air supérieur et dit :
« Vous voyez ? Je vous avais dit que Rigel devait être dans le train. Il discutait probablement avec sa cohorte de Gryffondor. »
Draco la fusilla du regard en léger agacement.
« Tu es allé voir ces idiots au cœur de lion avant de venir nous voir ? »
Rigel sourit inconfortablement.
« Eh bien je suis là maintenant. Ça me fait plaisir de vous voir.
– Et nous aussi, dit Pansy. Viens t'asseoir. Raconte-nous ton été. Tu parais différent, est-ce que tu as fait quelque chose de nouveau avec tes cheveux aujourd'hui ? »
Rigel prit le siège côté vitre à côté de Pansy et en face de Draco.
« Si les mouiller avant de les peigner compte comme quelque chose de différent, oui. Pour ce qui est de mon été, je n'ai pas grand-chose à dire. La fête d'anniversaire de Draco était vraiment le moment le plus marquant de mes vacances. »
Draco sourit d'une façon que Rigel savait voulait dire qu'il lui avait pardonné d'être en retard et de l'avoir inquiété.
« Comme il se doit. Alors, tu es excité de la nouvelle année ? »
Rigel haussa les épaules.
« Je suppose, même si ça ne sera pas très différent de l'année dernière.
– À part la partie où on n'est plus la viande fraîche, dit Millicent.
– Et la partie où tout le monde est victime d'une mystérieuse maladie que notre ami Rigel soigne tout aussi mystérieusement », ajouta Theo.
Il haussa les sourcils aux regards légèrement noirs et les roulements d'yeux qu'il reçut du reste du compartiment.
« Juste pour dire.
– Tu oublies la partie la plus importante de cette année », dit pompeusement Draco.
L'air de son visage était celui qu'il portait quand il était sur le point de dire quelque chose d'outrageusement suffisant juste pour faire réagir tous les autres. Rigel était de l'avis que Draco pensait qu'être un Malfoy était en soi une sorte de blague qu'il pouvait jouer aux non-initiés. Les Serpentard avaient plus de jugeote que de le prendre sérieusement à présent, mais tous les autres devenaient outrés et/ou insultés par le narcissisme excessif de Draco. Leur outrage semblait seulement le nourrir.
« De quoi s'agit-il, Draco ? demanda solennellement Pansy.
– L'année dernière, Terence Higgs a été diplômé, dit joyeusement Draco, ce qui veut dire que cette année, je vais être attrapeur titulaire. J'attends de vous tous que vous m'encouragiez avec enthousiasme.
– Tu ne dois pas repasser les sélections d'abord ? pointa Millicent.
– Les sélections sont une formalité, dit Draco. La seule position qui a vraiment besoin de personnes cette année, c'est batteur. On a interdit Derrick de faire des activités extrascolaires parce que ses notes étaient sous la moyenne le semestre dernier.
– Peregrine Derrick ? demanda Pansy. Je n'avais pas l'impression qu'il était particulièrement bête.
– Il ne l'est pas, dit Draco. Néanmoins, beaucoup de titulaires ont été à la traîne dans leurs travaux scolaires le semestre dernier. Flint planifiait des entraînements ridiculement souvent, même si curieusement le capitaine a quand même eu les meilleures notes de l'équipe. Il est inhumain.
– Batteur ? dit Rigel. Est-ce qu'il y aura beaucoup de personnes qui se présenteront pour la position ? »
Draco la fixa avec des yeux pleins d'espoir.
« Intéressé ? Tu devrais te présenter. Ça serait super de t'avoir dans l'équipe et tu es un excellent voleur quand tu n'as pas un poignet cassé à cacher. »
Rigel sourit légèrement.
« Peut-être que je le ferai.
– Très bien, je vais vous arrêter tous les deux avant que la discussion de Quidditch ne continue plus loin, dit Millicent. Je ne vais pas m'asseoir ici et parler de sport pendant les trois prochaines heures.
– Je plussoie, dit Blaise avec paresse. Parlons de quelque chose de plus intéressant.
– Comme quoi ? dit Theo. De politique ? »
Il y eut des murmures d'assentiments intéressés à la suggestion et Harry sourit ironiquement pour elle-même quand même Draco donna un accord affable au changement de sujet. Seul Serpentard produisait des enfants de douze ans qui pensaient que la politique était plus intéressante que le Quidditch.
Là encore, pour les enfants de ces sorcières et sorciers qui ne vivaient qu'en fonction de la politique, cela ressemblait beaucoup moins à des éthiques théoriques et beaucoup plus à des commérages.
« Personne d'autre n'a l'impression qu'il y avait quelque chose de très gros qui était censé se passer cet été et qui… n'a pas eu lieu ? » commença Theo avec hésitation.
Les autres échangèrent des regards d'accord sombres.
« C'étaient des sortes de lois, dit Millicent. Je le sais pour avoir écouté mes parents parler pendant qu'ils pensaient que j'étais absorbée par ma lecture. Elles étaient censées être passées cet été, mais à la place, elles ont été retirées du programme.
– Mais pas complètement, ajouta Pansy. Elles ont été ajournées pour des révisions, du moins selon la version officielle. Officieusement, je crois que le parti a reconsidéré le timing des lois proposées et choisi d'attendre pour un climat plus adéquat pendant lequel les présenter.
– Mais qu'étaient les lois ? demanda Theo, préoccupé. Cela devait être celles du Parti SOW s'ils ont décidé d'attendre – ce n'est pas un secret que la crédibilité de Dumbledore et sa base de soutien ont grossi après la guérison de la maladie, donc je ne suis pas surpris que le Parti hésite avant de faire des actions majeures contre la faction de Dumbledore, mais qu'est-ce que ça va être ?
– C'est gros, dit Millicent. Très gros. Et très anti sang de moldu, je crois.
– Aldon a dit quelque chose le semestre dernier… »
Pansy s'arrêta, paraissant hésitante.
« Je croyais qu'il me taquinait, mais cet été, j'ai aperçu ma mère feuilleter les livres d'Or et d'Argent et faire une liste de noms. Des noms masculins. »
Draco fronça des sourcils, mais Theo haussa juste les épaules.
« Qu'est-ce qu'il y a de si choquant à ça ? Je veux dire, toutes les mères de société font des listes comme ça pour leurs filles à un moment donné. Je serais plus surpris si ta mère n'en avait pas déjà une. »
Pansy se mordit la lèvre.
« Je serais d'accord, sauf que j'ai vu quelques-uns des noms avant qu'elle ne plie la liste. Ils n'appartenaient pas à des sang-purs. »
Blaise haussa finalement la voix :
« Vous êtes tous corrects pour la majeure partie. Il y a des lois très controversées en train d'être préparées par le Parti SOW et ils étaient en effet en train de planifier de les présenter cet été. Cela avait aussi beaucoup à voir avec pourquoi ta mère regardait les lignées de sang-mêlés, Pansy. Une partie des lois est une Loi Mariage qui désavantage grièvement ceux de sang moldu. Mais ça ne s'arrête pas là, bien sûr, et il y a des révisions et des additions qui sont faites même maintenant, mais c'est le cœur de la situation.
– Comment sais-tu tout ça, Blaise ? demanda Millicent. Même ta mère ne dévoilerait pas les secrets du Parti aux non-initiés.
– Une personne entend des choses, dit vaguement Blaise. Mais je ne suis pas le seul. Rigel ne paraît pas très surpris par tout ça, n'est-ce pas ? Sombrement résigné, peut-être, mais certainement pas surpris. »
Les autres tournèrent la tête pour la regarder et Rigel grimaça intérieurement au regard légèrement trahi que Pansy en particulier lui jetait.
« Tu savais cela, Rigel ? Tu savais qu'il allait y avoir une nouvelle loi sur le mariage et tu n'as rien dit ? » demanda la blonde, sa peine à peine masquée par un effort guindé.
Rigel acquiesça lentement.
« J'étais au courant de la possibilité d'une telle loi, oui, mais je ne vous en ai pas parlé pour plusieurs raisons. Une est que je ne m'attendais pas à ce que la loi passe, particulièrement après que les plans du Parti SOW concernant le Syndrome du Sommeil n'ont pas marché exactement comme ils avaient prévu. Une autre est que la loi voudra dire seulement ce que vous voulez qu'elle dise, pour des sang-purs comme… nous. »
Elle avait failli dire "comme vous", mais heureusement s'était rattrapée à temps.
« Il n'y a rien qui doive t'inquiéter, Pansy. Ta mère explorait sûrement juste toutes les options, mais la loi n'exige d'aucune manière que les sang-purs marient des sang-mêlés. C'est plutôt l'inverse. »
Blaise haussa les sourcils avec considération.
« Tu es encore plus informé que je ne l'avais réalisé. J'ai été capable de glaner seulement les grandes lignes des lois, mais tu en parles comme si tu en avais lu une copie en prenant ton temps. »
Rigel haussa les épaules inconfortablement.
« Ces lois auront des conséquences bien pires pour ma famille qu'elles n'en auront pour aucun de vous. Je ne dis pas ça pour vous rendre inconfortable ou quoi que ce soit, mais c'est la vérité. Certaines des personnes qui me sont les plus chères ont du sang de moldu. À cause de ça, ma famille a plus un intérêt personnel dans les lois proposées que peut-être les vôtres. Je ne voulais pas en parler quand cela aurait pu vous rendre désolés pour moi ou que vous m'en voudriez de me plaindre quand vous-mêmes n'avez rien à voir avec ça. »
Draco prit finalement la parole :
« Je comprends ça, Rigel, et je pense qu'aucun de nous ne te blâmera pour ne pas vouloir en parler, particulièrement quand c'était seulement une possibilité, pas une certitude, mais il y a quelque chose que je ne comprends pas. Tu as dit que le Parti SOW avait des plans par rapport au Syndrome du Sommeil. Qu'est-ce que tu voulais dire par là ? »
Rigel regarda tristement son ami.
« Tu sais déjà ce que je voulais dire, pas vrai ? Je pouvais le voir dans tes yeux quand les gens tombaient malades. Tu avais eu une vague idée que la maladie n'était pas accidentelle, non ? »
Draco détourna les yeux, un froncement de sourcils inconfortable sur son visage.
« Je ne peux pas croire que mon père, que tous nos pères et nos mères mettraient volontairement en danger leurs Héritiers pour des gains stratégiques. Même si c'est ce qui fait sens politiquement parlant, je sais que mes parents ne me feraient jamais ça. »
Pansy prit la parole avec hésitation :
« Mais on n'était jamais en danger, Draco. Je sais, je sais à quel point ça a été juste pour toi, mais la seule raison pour laquelle tu es devenu malade, c'est parce qu'ils ont changé à l'improviste les ingrédients dans les potions de soutien par quelque chose dont tu étais allergique. Tes parents n'auraient jamais pu prédire ça, s'ils savaient en fait pour la maladie. »
Elle parut un peu perturbée.
« D'une certaine façon, ça a beaucoup trop de sens. Comme si je l'avais toujours su mais n'avait jamais voulu l'admettre à moi-même. Rigel, je crois que tu as raison. Le Parti SOW avait quelque chose à voir avec la maladie.
– Bien sûr, dit lentement Millicent. Oui, parce que si les enfants tombent malades, Dumbledore perd de la crédibilité et la faction de Dumbledore est ce qui se tient sur le chemin des lois anti-moldues. Si la maladie était aussi bégnine que ce qu'elle était censée être, alors aucun mal ne nous aurait été fait, mais la maladie ne peut pas être logiquement retracée au Parti SOW, parce que tous nos parents en sont de gros sympathisants et les gens présumeraient exactement ce que Draco a présumé : que des parents ne mettraient jamais en danger leurs Héritiers. Tout correspond.
– Sauf que ce n'était pas aussi bénin que c'était censé être, dit agressivement Draco. Tu me dis que j'ai failli mourir pour qu'un bout de loi passe. Un bout de loi dont on dirait qu'il n'a même rien à voir avec nous. C'est juste une loi sur des sang-mêlés qui se marient et pour ça, on a vécu des mois de peur constante à Poudlard. Juste des pions dans une stratégie politique qui n'était de toute évidence pas bien planifiée si tout a si mal tourné que l'Héritier du plus gros sympathisant du Parti a failli mourir. »
Il respirait fort, le regard si noir qu'aucun d'eux ne put croiser ses yeux.
Rigel parla doucement :
« Quelqu'un a fait une erreur, Draco, mais ce n'était aucun de nous, et ce n'était pas vraiment tes parents non plus. Ils n'étaient pas là, donc je suis sûr qu'ils n'ont pas compris comment c'était quand la maladie a frappé. Je suis sûr que cela faisait beaucoup de sens pour les dirigeants du Parti quand ça a été proposé, si en effet, un d'entre eux était au courant, ce dont on n'est pas sûr.
– N'agis pas comme si ce n'était pas évident, maintenant que ça a été dit, se moqua Draco. Vous avez tous lu l'interview que mon père a donné le jour où je suis tombé malade. Il n'était pas du tout inquiet pour moi, juste inquiet de comment bien tourner la situation. »
Rigel se mordit la lèvre, se demandant combien de temps Draco s'était tu en déni loyal quant à ces pensées.
« Exactement, Draco, dit Pansy. Il n'était pas inquiet parce qu'il savait que la maladie n'allait pas te blesser, pas parce qu'il s'en fichait. Quand il a réalisé le danger pour toi, n'est-il pas venu immédiatement à Poudlard avec ta mère ? Ne sont-là pas restés là des jours dans la Quarantaine ?
– Ils avaient vraiment peur pour toi, Draco, ajouta honnêtement Rigel. Ton père m'a presque tué quand il a réalisé qui avait concocté les potions qui avaient causé ton allergie. Il n'a pas dormi et il a à peine mangé. Il a déplacé des montagnes pour ramener Snape plus tôt que prévu juste pour la faible chance que le Professeur soit capable de te sauver. Ne blâme pas ton père pour ça, Dray. C'était vraiment un accident.
– Et tu n'es pas mort, intervint Theo. Rigel t'a sauvé. J'imagine que ça veut dire que tu es la raison pour laquelle ces lois sont ajournées, non, Rigel ? Puisque tu as guéri la maladie et puis pris la main pour donner le crédit à Dumbledore, et ainsi donc restauré son influence politique. »
Rigel gigota sous le regard insistant des autres.
« Je suppose que d'une façon alambiquée, c'est vrai. »
Pansy secoua juste la tête.
« Donc tu savais depuis au moins le moment où tu as guéri la maladie que c'était un acte politique. Je me demandais pourquoi tu avais donné l'impression que Snape et Dumbledore avaient fait tout le travail quand les gens demandaient. »
Elle considéra sérieusement Rigel.
« On pourra peut-être faire de toi un politique décent.
– Sauf qu'il joue pour le mauvais camp, pointa Millicent. Je veux dire, ne devrions-nous pas être contrariés que Rigel ait contrecarré les plans du Parti ? Il a en gros rendu inutile le fait qu'on soit tous tombé malades. »
Draco et Pansy jetèrent un regard noir à Millicent, mais la fille aux cheveux noirs haussa juste les épaules.
« Je ne dis pas que je ne suis pas reconnaissante envers Rigel pour avoir sauvé Draco, je pointe juste les détails techniques politiques de la suggestion.
– Parce que la maladie a si mal tourné, pas même le Parti ne pouvait réellement blâmer Rigel pour y avoir mis fin et avoir mis à mal leurs plans, dit Blaise pensivement. Cela aurait été bien pire si le descendant des Malfoy était mort, même si cela permettait que les lois passent. Le Parti aurait perdu beaucoup de soutien si la raison pour la maladie avait été révélée, comme cela se serait sûrement passé si les Malfoy s'étaient retournés contre le Parti suite à leur deuil et leur colère fondés.
– Bon, aussi impitoyablement que Blaise a juste présenté ça, cela paraît à peu près juste, dit Theo. Et pour ma part, je ne peux pas en vouloir à Rigel pour avoir joué en défaveur de l'agenda politique du Parti si les lois signifient de mauvaises nouvelles pour sa famille. Je veux dire, même les sympathisants les plus gros du Parti comprennent que la famille vient avant la politique et même les loyautés de Maison. »
Les autres approuvèrent avec des degrés variés de véhémence et après ça, la conversation dériva sur d'autres choses. Toutefois, tous étaient conscients de l'équilibre hésitant qu'ils avaient atteint. À aucun moment ils n'en avaient parlé, mais Rigel savait que ses amis s'étaient toujours demandés au juste envers qui elle était loyale, malgré le fait d'avoir dit à de multiples reprises qu'elle n'avait aucun intérêt en politique. Comme il était à présent abondamment clair que Rigel à la fois comprenait et même influençait activement la politique quand cela devenait nécessaire, il était bien plus dur pour eux d'agir comme si elle n'était pas différente d'eux. Heureusement, ils étaient trop polis pour exprimer du dédain ou du mécontentement par rapport aux loyautés conflictuelles de Rigel. Elle n'était pas sûre, toutefois, combien de temps une telle situation pourrait durer en face de la soupe politique toujours plus épaisse qui s'insinuait dans leurs vies en grandissant.
Quand on ferait appel à leurs véritables loyautés, est-ce qu'un seul d'entre eux resterait vraiment son ami ?
C'était une pensée pour l'avenir toutefois, donc elle l'ignora. Elle ne voulait pas s'inquiéter de la politique à ce moment-là. À la place, Rigel se fit la promesse qu'elle ne se retrouverait pas embarquée dans quelque chose de sérieux ou de compliqué cette année. Elle voulait se concentrer sur le fait de profiter des amitiés qu'elle avait formées, mais négligées l'année précédente, et à poursuivre ses études et ses activités extra-scolaires. Cette année, elle ne mettrait pas de distance entre ses camarades de Maison et elle. Elle apprendrait à les connaître véritablement, plutôt qu'en passant. Rigel se dit qu'elle n'allait s'occuper de rien en-dehors de Poudlard jusqu'en juin. Elle se concentrerait sur ses études et ses amis et elle s'amuserait.
Après tout, quel était le but de risquer son âme, même pour ses rêves, si elle ne s'arrêtait même pas pour apprécier les fruits de son labeur ? Elle était à Poudlard, par Merlin. Elle, une sang-mêlée, allait à Poudlard et étudiait avec Professeur Snape, le plus grand Maître des Potions qui avait jamais existé. La politique pouvait attendre. Elle avait de bons amis et une super opportunité d'apprendre, et elle n'allait gâcher ni l'un ni l'autre.
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Leur groupe descendit du train et, au lieu de suivre Hagrid, se dirigea vers les calèches pour la première fois. Rigel avait aperçu les calèches l'année dernière, comme c'étaient les mêmes utilisées pour transporter les troisième année à Pré-au-lard et donc pouvaient être vues aller et venir du château tous les deux mois à peu près. Elles avaient quelque chose de différent toutefois, et Rigel ne pouvait pas mettre le doigt dessus jusqu'à ce qu'elle réalise avec un sursaut horrifié que la dernière fois qu'elle avait vu ces calèches, elles se tiraient toutes seules.
Maintenant toutefois, de grands chevaux noirs avec des yeux blancs sans vie et des ailes larges et parcheminées se tenaient nerveusement devant les calèches. Les chevaux étaient fins au point où ça ne paraissait pas naturel, et leurs têtes étaient plus de la forme d'un petit dragon, longues et pointues, qu'aucun cheval qu'elle n'avait jamais vu.
« C'est quoi ça ? » laissa échapper Rigel, si abasourdie qu'elle exprima ses pensées abruptement.
Elle avait un sentiment de mal-être par rapport aux créatures, qui ne fit que s'intensifier quand l'une d'entre elle tourna ses yeux blanc brillant sur elle et sembla renifler l'air dans sa direction avec intérêt. Elle était à peu près sûre qu'elle avait aperçu un croc également.
« C'est quoi quoi ? dit Pansy distraitement, examinant la queue autour d'eux et souriant poliment aux gens qu'elle connaissait.
– Ces chevaux qui tirent les calèches, dit Rigel. Ils n'étaient pas là l'année dernière, non ? »
Pansy regarda vers les calèches, puis de nouveau vers Rigel, puis de retour sur les calèches avant de secouer la tête.
« Il n'y a rien qui tire les calèches, Rigel. »
Rigel cligna des yeux puis fronça les sourcils.
« Tu ne peux pas les voir ?
– Bien sûr que non, intervint Theo derrière Rigel. Aucun d'eux ne peut, Rigel. »
Rigel se tourna vers Theo, qui regardait les chevaux squelettiques avec une expression de grand dégoût.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda-t-elle. Tu peux les voir, non ?
– Oui, dit sèchement Theo. Je peux les voir.
– De quoi vous parlez vous deux ? gronda Draco, les regardant tous les deux et les calèches avec une confusion frustrée. Ce sont des calèches sans chevaux.
– Non, c'est faux », dit une voix derrière eux.
C'était Aldon Rosier, et son expression était inhabituellement sérieuse.
« Ces bêtes sont appelées des sombrals, Black. Tu ne les imagines pas, la plupart des gens ne peuvent juste pas les voir. »
Edmund Rookwood, qui se tenait derrière Rosier à côté d'une Alesana Selwyn au visage vide, hocha la tête en accord, et ajouta :
« Un fait pour lequel ils devraient être reconnaissants. »
Rigel plissa les yeux.
« Mais pourquoi…
– Viens Aldon, l'interrompit Rookwood. Entrons à l'intérieur. »
Tous les trois montèrent dans la calèche et Rigel, soudain prise d'une curiosité féroce, les suivit.
« On se voit après le festin », dit-elle rapidement à ses amis avant de courir pour sauter dans la calèche avec Rosier, Rookwood et Selwyn.
Les élèves plus âgés la regardèrent avec des sourcils levés et des expressions anticipatrices. Rigel rougit légèrement à sa propre grossièreté, mais elle devait savoir.
« Pourquoi est-ce que seulement Theo et moi pouvons voir les… les sombrals ? » demanda-t-elle.
Selwyn fronça les yeux et ouvrit la bouche, mais Rookwood mit une main sur son épaule pour l'arrêter.
« Ce n'est pas la peine d'essayer de protéger le garçon s'il peut déjà les voir, pointa Rookwood de sa voix profonde comme la montagne.
– Alors pourquoi vous ne pouvez pas juste m'expliquer ? demanda Rigel, essayant de ne pas paraître irritable.
– Pansy n'avait besoin d'entendre », dit Rosier, regardant Rigel avec une émotion qui était dure à percer.
C'était quelque chose comme de l'intérêt, mais teinté d'une sorte de pitié.
« Elle s'inquiète trop pour ses amis. Cela ne ferait que la contrarier. »
Rigel devenait de plus en plus mal à l'aise plus ils faisaient des références et usaient de faux-fuyants.
« Est-ce que vous allez me dire pourquoi ou juste faire des généralités vagues jusqu'à ce que j'aille chercher par moi-même ?
– C'est la mort, ok ? craqua Selwyn, ses yeux cerclés de khôl tourbillonnant d'émotions réprimées. Tu ne peux pas voir un sombral à moins d'avoir vu la mort.
– Et l'avoir accepté », dit Rookwood.
Sa voix était triste, mais son regard perçant à moitié fermé était dirigé sur Selwyn, pas sur Rigel. La beauté aux cheveux noirs ne sembla pas le remarquer comme elle tournait son visage vers la fenêtre et fixait, sans voir, le paysage sombre. Rigel sentit qu'elle avait contrarié la fille plus âgée, mais sentit aussi que cela rendrait les choses pires d'essayer de s'excuser quand elle n'avait aucune idée de ce que Selwyn avait traversé pour la rendre sensible à la mort.
Rigel elle-même fut prise par surprise à l'idée d'une créature que l'on ne pouvait voir qu'après avoir essentiellement été traumatisé d'une quelconque façon, mais elle fut soudain reconnaissante que la plupart de ses amis ne pouvaient pas voir les sombrals également. Cela la rendit triste pour Theo, qui était de toute évidence amer par rapport à la mort qu'il avait vue. Elle se rappelait que sa mère était morte quand il était jeune et espéra avec ferveur que ça n'avait pas été la mort qu'il avait vécue. Rigel se rappela alors que bien qu'elle n'eût pas été là pour les derniers moments de Tante Diana, Archie si, et elle se demanda s'il serait capable de voir les sombrals aussi.
« Black », l'appela la voix de Rosier et la ramenant dans le présent.
Elle se tourna pour le regarder, et fut surprise de voir le cinquième année presque… hésiter.
« Serait-il correct de présumer que tu étais incapable de voir les sombrals l'année dernière ? »
Rigel acquiesça, se rappelant soudain de son propre effleurement avec la mort durant l'été. Un homme, courant dans une allée. Un gilet bleu. Du sang, tant de sang, et un couteau qui brillait dans la lumière de l'embrasement… non. Elle secoua légèrement la tête, bannissant les images. Oui, elle avait vu un homme mourir. Elle comprenait ça, l'acceptait, même, mais elle n'avait pas à le revivre. Elle était passée au-delà de la terreur et de l'horreur engourdissante de cette nuit. Elle s'entraînait avec Remus, et encore plus par elle-même, devenant plus rapide, plus forte pour que plus jamais quelque chose comme ça arrive devant ses yeux. Plus jamais serait-elle un témoin de la mort sans chercher activement à l'en empêcher.
« Nos condoléances, Black, dit doucement Rookwood, lâchant finalement Selwyn des yeux, qui ignorait la conversation.
– Merci, dit Rigel distraitement. Quoi ? Oh, non, ce n'était personne que je connaissais personnellement. Je veux dire, il s'est juste trouvé que je… l'ai vu. »
Sang. Fumée. Feu. Baguette. Couteau. Rigel cligna fort des yeux pour repousser les images qui pour des raisons inconnues ne voulaient pas quitter son esprit. De toute évidence, elle ne les avait pas assez bien rangées dans son espace mental si elles apparaissaient devant ses yeux sans qu'elle ne les appelle.
Le regard de Rosier s'aiguisa et l'intérêt sembla prendre le dessus sur ce que Rigel reconnaissait maintenant comme de la sympathie – ou peut-être était-ce vraiment juste de la pitié.
« Tu t'es juste retrouvé à voir la mort d'un total étranger ? Est-ce que tu fais du volontariat à Ste Mangouste avec ton père(1) ?
– Non, dit Rigel. C'était juste un accident. Je faisais des courses et c'est juste en quelque sorte… arrivé. »
Elle fut silencieuse pendant un moment puis dit :
« Donc est-ce que vous pouvez tous… désolé, c'était insensible.
– Je ne peux pas, dit Rosier. Mais Edmund et Alice le peuvent. »
Rigel se demanda de qui Rosier parlait jusqu'à ce qu'elle réalise qu'Alice était un surnom pour Alesana. La tension dans la calèche sembla augmenter d'un autre cran et Rigel gigota inconfortablement.
« Parlons d'autre chose », dit fermement Rookwood.
Rosier haussa les épaules et Rigel hocha la tête en accord.
« En fait, j'allais vous parler à tous les deux à propos de quelque chose, de toute façon, dit Rigel.
– À propos de quoi ? demanda Rosier avec un intérêt poli.
– L'anniversaire de Pansy, dit Rigel. L'année dernière, on n'était pas d'assez bons amis pour le célébrer, mais c'est le six septembre, n'est-ce pas ?
– En effet, dit Rosier, plissant les yeux juste un tout petit peu. Qu'est-ce que tu prévois ? »
Rigel sourit légèrement.
« Je vais vous le dire, mais j'ai besoin de votre aide.
– Pour faire quoi ? demanda Rookwood.
– Pour distraire Pansy, dit Rigel.
– Une surprise, dit Rosier, ses yeux dorés comme le miel brillant. Compte sur nous, Black. »
Peu après, la calèche se mit à l'arrêt et elle débarqua, gardant ses yeux loin des sombrals sombres et noirs alors qu'elle allait rejoindre ses amis qui descendaient de la calèche derrière la leurs.
Ils rentrèrent tous dans la Grande Salle et prirent leurs sièges. Les sixième année de l'année dernière étaient maintenant dans les sièges convoités au bout de la table, les plus proches des portes. Les septième année s'asseyaient traditionnellement le plus loin de la table des professeurs avec les sixième année à côté d'eux, puis les cinquième, et ainsi de suite. Rigel et ses amis étaient sur la portion la plus occupée au plus bas de la table, mais bien sûr, un septième de la table au bout, le plus proche de la Grande Table était présentement vide, réservé aux nouveaux Serpentard qui seraient répartis avant que la nuit ne tombe.
Ils attendirent un bon moment les première année et Rigel supposa que cela prenait beaucoup plus de temps de prendre les bateaux pour traverser le lac plutôt que de prendre les calèches. À un moment, toutefois, McGonagall alla chercher les nouveaux première année et le Choixpeau fut révélé.
Rigel aurait pu jurer qu'elle vit le choixpeau avoir un sourire en coin avant qu'il ne commence sa chanson :
« Chaque année commence de cette façon
Avec des visages nouveaux et vieux
Et des première année qui occupent la salle
Et font la queue-leu-leu
La plupart d'entre vous paraît effrayée à en mourir
Alors que, votre tour, vous attendez
Je vous promets, ça ne fera pas très mal, mais
Il y a quelque chose que vous apprendrez
Voyez-vous, c'est mon boulot de vous dire
Où vous devez être sans heurt
Et de regarder dans votre esprit et de juger
Ce que je vois dans votre cœur
Maintenant, voici la partie où j'explique
Ce que les différentes Maisons signifieraient
Cette connaissance vous donnera quelques idées
Sur quelle Maison vous devriez vous pencher
Mais des fois, les chapeaux s'ennuient, vous savez
Et des fois, ils deviennent fatigués
De vous chanter des chansons identiques
Et donc j'ai été inspiré
De vraiment changer les choses
Et d'avoir un peu de gaieté
Et de vous raconter à tous l'histoire
D'une chanson qui n'a pas été chantée
Car il était une fois un enfant sorcier
Qui passa par cette même porte à la même heure
Il écouta pendant que je lui parlai
Des quatre grands fondateurs
Il s'entra dans la tête qu'une
Maison, au-dessus des autres, se tenait
Et quand il me mit sur sa tête
Il pensa que, mieux que moi, il savait
Et bien que je lui disse le contraire
Il résista, obstiné,
Et n'alla pas là où il appartenait
Malgré ce que j'avais insisté
Et bien que ce garçon obtînt son souhait
Ses besoins ne furent jamais satisfaits
Il passa sa vie à l'école à regarder en arrière
Ce jour avec regret
Si seulement il avait écouté quand
Il entendit sa destinée
Il passa ses années menotté quand
Il aurait pu être libéré
Cette année, vous ne trouverez pas de différences
Des Maisons dans ma chanson
Vous viendrez à moi impartiaux
Et vous irez là où vous appartenez sans division
Donc s'il vous plaît oubliez les choses que vous avez entendues
Ou ce que vos amis pourraient faire par rapport à vous
La chose la plus importante est de trouver
Ce qui est juste pour vous. »
Il y eut un moment ou deux de silence incrédule avant que des applaudissements commencent lentement de la part des élèves dans la salle. Même quelques-uns des professeurs paraissaient complètement perplexes par la chanson du choixpeau, mais la répartition se déroula néanmoins.
Rigel pensa que c'était un peu optimiste de la part du choixpeau de penser que de ne pas passer sur les stéréotypes juste avant que la répartition ne commence allait beaucoup aider, particulièrement si l'on considérait que tous les élèves étaient des sang-purs et avaient sans aucun doute entendu parler des quatre Maisons de Poudlard pendant des années. Tout de même, elle supposa qu'un chapeau parlant avait droit à ses excentricités, et il faisait un point intéressant. Il y avait beaucoup de préjugés incarnés par le système de Maison – pas juste dans ce que chaque Maison représentait, mais dans qui allait dans quelle Maison. Les Weasley allaient à Gryffondors, les Macmillan allaient à Poufsouffle, les Malfoy allaient à Serpentard et les Turpin allaient à Serdaigle. C'était une de ces vérités universelles qui changeait seulement quand des gens comme Sirius Black faisaient des vagues. Mais encore, pensa Rigel, en tant que Serpentard qui était aussi techniquement une Potter, ce n'était pas comme si elle-même était en mesure de parler du fait de bouleverser l'ordre des choses.
Les plus jeunes Serpentard s'assirent avec raideur à la gauche de Rigel. Elle jeta un œil pendant le discours de Dumbledore pour intégrer les nouveaux visages et vit deux garçons de première année avec des cheveux sombres envoyer des regards rapides vers le haut de la table de Serpentard. Les garçons étaient physiquement remarquablement similaires, même si Rigel ne se rappelait pas qu'ils avaient le même nom de famille. Ils regardaient les élèves plus âgés, puis regardaient ailleurs rapidement, leurs têtes penchées l'une vers l'autre, chuchotant doucement, puis regardaient une section différente d'élèves. Rigel leur haussa un sourcil quand ils en vinrent à regarder dans sa direction, mais au lieu de sursauter ou de rougir de s'être fait attraper, ils lui sourirent tous les deux avec des clins d'œil espiègles identiques. Rigel sentit un frisson courir le long de son dos et commença à espérer avec ardeur que ces deux-là ne rencontrent jamais les jumeaux Weasley.
Le festin en lui-même était glorieux. Rigel s'en tint à des plats sans viande pour la postérité – elle comptait entrer en douce dans les cuisines tôt le matin pour obtenir ses protéines majeures. Tout se passait à merveille jusqu'à ce qu'Adrian Pucey jure fortement depuis un peu plus haut sur la table. Ce n'était pas assez fort pour porter jusqu'aux autres tables et certainement pas à la Grande Table, mais c'était suffisamment remarquable au-dessus du brouhaha que tous les Serpentard à moins de dix sièges de Pucey se tournèrent pour le fixer. Personne ne pouvait accuser les Serpentard d'être bien trop préoccupés par les sensibilités des autres personnes, mais il était rare que quelqu'un soit aussi rustre pour jurer à voix haute à la table de dîner sans raison apparente.
Pucey ne sembla même pas remarquer l'attention qu'il engrangeait. Il avait le cou penché à regarder quelque chose sur ses genoux et il semblait, de là où Rigel était assise, qu'il avait ses deux mains sur ses genoux également, comme s'il luttait avec quelque chose. Nombre de filles firent des murmures désapprobateurs et détournèrent le regard, mais Rigel doutait sérieusement que Pucey faisait ce qu'elles pensaient qu'il faisait dans la Grande Salle. La plupart semblait content de regarder Pucey maugréer et jurer pour lui-même, même si Lucian Bole, qui était assis à côté de lui, tira finalement sur l'épaule d'Adrian pour pouvoir voir au juste qu'est-ce que son ami faisait exactement. Une seconde plus tard, Bole se recula vivement, rentrant dans la personne de son autre côté et manquant presque de renverser du jus de citrouille partout. Ses yeux étaient écarquillés et ses lèvres étaient pressées fort avec un choc contenu.
« Merde, Lucian ! »
Pucey fusilla son ami du regard.
« Tu lui as fait peur ! Oh, crotte. »
Un éclair de panic traversa le visage de Pucey avant qu'il ne se fige et lève les yeux. Son regard passa d'un Serpentard au suivant et il déglutit bruyamment.
« Euh, personne ne bouge, d'accord ? »
Les autres Serpentard à portée de voix devinrent instantanément immobiles.
« Qu'est-ce que tu as fait, Pucey ? »
Un garçon que Rigel reconnut comme étant Miles Bletchley plissa les yeux vers Pucey depuis son siège de l'autre côté de la table.
« C'est un serpent, claqua Bole, regardant d'un œil noir Pucey. Adrian a un serpent et il l'a perdu.
– Adrian, t'es sérieux, putain ? » dit une fille de quatrième année avec de longs cheveux blonds.
Tout le monde parlait aussi doucement qu'ils pouvaient et essayaient de ne pas regarder vers la Grande Table. Ils pensaient peut-être que Pucey était un idiot, mais personne n'allait lui attirer des ennuis exprès.
« Ne bougez juste pas, d'accord ? dit Pucey. Faites passer le mot à tout le monde à table de rester très calme. Il est sous la table et on ne veut pas lui faire peur. »
Furtivement, chaque élève de Serpentard se tourna vers son voisin ou sa voisine et expliqua la situation. Rigel fit passer le mot à Draco, même si tous les deux avaient prêté attention depuis le début et Draco l'expliqua à voix basse à la première année sur son autre côté. La fille de onze ans avait une paire de longues tresses noires qui tremblèrent légèrement quand elle s'immobilisa.
« Est-ce qu'il est venimeux ? » chuchota la première année en réponse.
Ceci, pensa Rigel, était une très bonne question. À ce moment-là, Pansy, qui était assise du côté droit de Rigel, plus proche de Pucey, se raidit sur son siège. Elle laissa sortir le plus petit des couinements puis dit, d'une voix très calme et très basse :
« Il est sur mon pied. »
Pucey leva les yeux de là où il était assis.
« Tu le sens, Pansy ? »
Pansy hocha lentement la tête.
« Il se déplace sur ma chaussure maintenant, dans ta direction, Rigel. »
Rigel acquiesça pour montrer sa compréhension. Elle était habituée aux serpents, grâce à la petite collection de Sirius chez Archie, donc elle était préparée quand elle sentit les premiers coups d'une langue chercheuse contre sa cheville, qui était dévoilée par la façon dont ses robes remontaient un peu quand elle s'asseyait.
« Oui, je peux le sentir maintenant », dit Rigel d'un ton uniforme.
Elle garda son visage neutre et lentement glissa une main sous la table.
« Ne fais pas ça, Rigel, dit Draco en fronçant les sourcils mais sans faire pas de gestes brusques. Tu ne sais pas s'il va te mordre ou pas. »
Vu le regard inquiet et mal à l'aise sur le visage de Pucey, Rigel aurait dit que les chances d'éviter d'être mordue n'étaient pas bonnes – du moins pour tous les autres.
Elle sentit le serpent s'enrouler autour de sa cheville puis glisser plus haut. Rigel posa sa paume à côté de son genou et attendit. Sans surprise, elle sentit vite une petite langue toucher sa paume, goûtant son odeur. Rigel glissa lentement, très lentement, de son siège et se pencha à la taille sur le côté pour pouvoir passer sa tête sous la nappe. Il faisait sombre, mais avec les bruits du festin assourdis légèrement, elle pouvait maintenant clairement entendre les sifflements venir du serpent, qui était enroulé assez fermement autour de sa jambe droite maintenant.
« Trop d'êtres de chair, se plaignit le serpent. Trop d'odeurs… faim… fatigué… ssi froid…
– Viens icci », siffla Rigel aussi bas qu'elle le pouvait, même si bien sûr, le Fourchelangue était déjà un langage très silencieux.
Le serpent se figea puis se déplaça plus haut sur sa jambe.
« Parleur ?
– Oui, dit Rigel. Viens icci, ss'il te plaît. Je vais te nourrir et puis tu pourras dormir.
– De la nourriture ? »
Le serpent tourna sa tête autour de la main de Rigel et détendit un peu sa prise sur son mollet.
« Promets-moi, parleur. Promets-moi de la nourriture.
– Je te le promets, dit Rigel. Mais tu dois venir maintenant et t'enrouler autour de mon poignet. Ssi tu me mords ou les autres humains, tu n'auras pas de ssouris.
– Cc'est entendu, parleur. »
Le serpent serpenta rapidement de sa jambe à son poignet. Rigel utilisa son autre main pour couvrir le serpent avec la manche de sa robe avant de réémerger lentement de sous la table. Elle amena sa main droite, avec le petit serpent noir caché autour de son poignet, sur ses genoux, utilisant sa main gauche pour récupérer sa coupe et prendre une gorgée comme si rien ne s'était passé.
« Rigel, où est le serpent ? » demanda doucement Draco.
Rigel jeta un regard appuyé sur ses genoux et Draco inhala fortement.
« Tu es tellement un idiot, grommela son ami. Et s'il t'empoisonne ?
– Tu es juste contrarié parce que Black a géré la situation alors que tu avais trop peur, dit sarcastiquement Daphné Greengrass à sa diagonale de l'autre côté de la table.
– Je n'ai pas peur des serpents, dit Draco. Je n'aime juste pas les surprises. »
Rigel les ignora.
« Dis à Pucey que je le lui rendrai dans la salle commune », dit-elle à Pansy.
Pansy hocha la tête avec force et se tourna pour relayer le message le long de la table.
Rigel fut la destinataire de nombreux regards appréhensifs pendant toute la durée du festin. Dumbledore présenta le nouveau Professeur de Défense contre les forces du Mal, qui souriait affreusement brillamment si l'on considérait le palmarès de ses prédécesseurs. Elle essayait d'ignorer les plaintes mécontentes du serpent à propos du fait de rester immobile et caché, ainsi que ses réclamations qu'elle parle avec lui. À la place, elle passa une main apaisante le long des écailles du serpent de temps à autres et quand le festin fut fini, elle s'échappa aussi rapidement qu'elle le pouvait et se dirigea vers les cuisines pour mendier une souris à Binny.
L'elfe enjouée fut très accommodante, donnant même à Rigel un sac de souris pétrifiées pour la route. Rigel lui promit de s'arrêter voir l'elfe avant le petit déjeuner le lendemain puis partit retourner dans la salle commune.
Elle arriva juste quand les première année étaient menés à travers le mur(2) par Selwyn, qui était Préfète-en-chef cette année. Rigel suivit les nouveaux Serpentard dans la salle commune et fut momentanément surprise de voir tous les Serpentard encore assis ou debout dans l'espace large et au plafond bas. Puis elle se rappela que Snape arriverait pour donner son discours de début de semestre et que la seule raison pour laquelle il ne l'avait pas fait l'année précédente était parce que quelque chose "avait eu lieu".
Rigel repéra Pucey en train de se disputer à voix basse avec quelques autres élèves plus âgés près d'une des cheminées et se dirigea vers eux.
« …Peux pas croire que tu serais aussi idiot, Adrian, disait doucement Bole. Amener ça à table… qu'est-ce que tu allais faire avec ?
– Rien, se défendit Adrian. Je ne voulais juste pas le laisser avec les bagages. C'est un cadeau de mon oncle et je suis censé en prendre soin.
– On n'est même pas censé avoir des serpents, claqua Bletchley.
– Je pensais que personne ne le découvrirait, dit Adrian. J'allais juste le garder dans les dortoirs mais dès qu'on est arrivé dans la Grande Salle, il a commencé à péter un câble. Il voulait pas rester dans ma poche.
– Tu ferais mieux d'espérer que Snape n'ait rien vu depuis la Grande Table, dit tout bas Bole. Si Black ne s'en était pas occupé…
– Euh-hum, toussa ostensiblement Rigel et pencha la tête sur le côté d'une façon qu'elle savait la rendait particulièrement innocente.
– Black ! »
Pucey se frotta le dos de la tête avec gêne.
« Écoute, je suis vraiment désolé pour…
– J'ai ton serpent, dit Rigel, tendant son poignet droit et remontant sa manche. Il vient d'avoir une souris à l'instant et il s'est réchauffé un peu, mais je pense qu'il est très fatigué, donc ce serait probablement une bonne idée de le mettre dans ta chambre pour l'instant et de lui donner à manger une de ces souris… »
Harry sortit le sac et le lui tendit.
« …quand il se réveillera.
– Euh, merci, dit Pucey, acceptant gentiment le serpent du poignet de Rigel, et rangeant les souris dans ses robes. Je ferais mieux de le faire avant que Snape n'arrive alors. »
Rigel acquiesça et s'éloigna pour trouver les autres deuxième année. Ils lui posèrent plein de questions, mais Rigel donna la réponse standard que son père gardait des serpents de compagnie, donc elle avait beaucoup d'expérience avec eux.
Dix minutes plus tard, Snape fit son entrée. Rigel fut momentanément paralysée alors que son esprit se rappela à toute vitesse de cette nuit juste un an plus tôt, quand elle avait pour la première fois posé ses yeux sur le plus grand Maître des Potions de leur époque. Elle avait trouvé qu'il était l'incarnation la plus vraie du génie et de l'autorité. Maintenant… eh bien, il était certainement un génie, et il exsudait toujours la sorte d'autorité que les Aurors chevronnés pouvaient seulement rêver avoir, mais Rigel se sentit comme si elle ne le regardait pas avec la même quantité d'idolâtrie fleur bleue que l'année dernière.
Elle avait travaillé avec Snape maintenant. Appris auprès de lui. Elle l'avait vu sombrement amusé dès que Ron Weasley répondait mal à une question. Elle avait vu les lignes de tensions sur son front après avoir concocté pendant des heures pour fournir l'Infirmerie durant le Syndrome du Sommeil. Elle avait vu son sourire narquois triomphant quand Serpentard avait gagné le match de Quidditch et son soulagement rigide quand Draco s'était réveillé de son coma. Snape était tout ce qu'elle avait imaginé qu'il serait – désobligeant, compétent, brillant et froid – mais il était bien plus humain qu'elle ne l'avait anticipé, aussi fou que cela paraissait.
Snape donna son discours coutumier et dit à Selwyn de montrer aux première année leurs dortoirs. Puis il se tourna vers les autres et, le regard très noir, ajouta :
« Je ne sais pas ce qu'il s'est passé à table durant le festin ce soir et je ne veux pas savoir. Il va sans dire qu'aucun de vous n'est aussi subtil que vous ne le pensez et je compte sur vous pour que ça n'arrive pas à nouveau. »
Les Serpentard murmurèrent tous des versions diverses de : « Oui, monsieur ». Après ça, ils étaient libres d'aller dans leurs dortoirs. Rigel suivit les autres deuxième année dans le couloir, mais fut prise par surprise de voir Blaise continuer tout droit devant le dortoir dans lequel il avait vécu l'année passée et de tourner dans le sien. Elle échangea un regard perplexe avec Draco, mais quand ils atteignirent la porte de leur chambre, cela devint plutôt évident. Là où on avait pu lire : Arcturus Black, Draco Malfoy et Theodore Nott, Blaise Zabini était maintenant rajouté en-dessous.
Quand ils entrèrent dans le dortoir, plusieurs changements furent immédiatement apparents. Il était significativement plus grand, déjà, et sur le côté gauche du dortoir se trouvait un lit supplémentaire entre ceux de Rigel et de Theo, avec la valise de Zabini posée au pied. Une armoire supplémentaire était apparue le long du mur d'armoires et un bureau supplémentaire se trouvait du côté droit de la pièce également.
Theo se retourna pour sourire avec incrédulité à Blaise.
« Tu es ici avec nous, maintenant ? Pourquoi n'as-tu rien dit ?
– Surprise, dit Blaise sans effusion. Oui, j'ai sollicité l'échange à la fin de l'année dernière. Désolé pour le dérangement, même si j'ai argumenté que si Snape acceptait ma requête, il devrait ajouter une deuxième salle de bain à ce dortoir, puisque les filles et maintenant Crabbe et Goyle doivent seulement partager à deux. »
En effet, quand Rigel regarda, il y avait deux portes là où auparavant, il n'y avait eu qu'une porte de salle de bain. Rigel haussa les épaules et se dirigea vers sa valise pour trouver sa brosse à dent.
« Ça ne me dérange pas.
– Certainement pas moi non plus, dit Theo, souriant jusqu'aux oreilles. C'est si ennuyeux ici avec juste ces deux-là. Rigel n'est presque jamais ici à part pour dormir et Draco ne fait qu'étudier et écrire des lettres à ses parents quand il est ici. »
Blaise regarda Rigel avec une expression qu'elle ne pouvait pas décrypter, puis se tourna vers Draco et dit :
« Et toi ? Est-ce que le changement te va ?
– Je ne souhaiterais Crabbe et Goyle à personne, dit Draco. Bienvenue dans notre dortoir.
– Merci. »
Le sourire de Blaise avait des caractéristiques très lupines, mais peut-être qu'il ne pouvait pas s'en empêcher.
Rigel se brossa les dents et se débarrassa de ses chaussures avant de grimper dans le lit. Elle ne s'embêta pas avec les tentures, comme ce serait logiquement mieux si elle avait une vue dégagée de la pièce au cas où quelque chose arrivait au milieu de la nuit. Elle pensait de plus en plus en termes de sécurité stratégique depuis la nuit du feu et avait maintenant l'habitude de dormir avec sa baguette sous son oreiller, plutôt que sur sa table de chevet ou même dans sa valise.
Quelques minutes plus tard, Draco dit avec mauvaise humeur :
« Tu l'éteins cette lumière, Blaise ? »
Blaise répondit lentement :
« Je vais le faire, j'attendais juste que Rigel se change pour qu'il n'ait pas à le faire dans le noir.
– Oh, Rigel dort dans ses robes, dit Theo depuis son lit. Tu peux juste l'éteindre.
– Dans ses vêtements ? »
La voix de Blaise était clairement incrédule.
« Pourquoi ?
– Eh bien, dit lentement Theo. J'imagine que je n'y ai jamais pensé. Il a toujours fait ça, depuis la première nuit l'année dernière.
– Toujours là », dit Rigel doucement, grognant mentalement.
Bien sûr que Blaise trouverait ça étrange. Quand elle était arrivée ici pour la première fois, Draco et Theo ne la connaissaient pas assez bien pour commenter toutes les choses étranges qu'elle faisait, comme dormir dans ses habits ou se changer dans la salle de bain après sa douche, et une fois qu'ils étaient devenus amis, ils s'y étaient habitués. Blaise, toutefois, avait maintenant la position malheureuse d'avoir à la fois un regard neuf sur ses habitudes et d'être suffisamment ami avec elle pour les questionner. Joie.
« Eh bien, pourquoi est-ce que tu dors dans tes habits ? demanda soudain Draco. Je n'arrive pas à croire qu'on ne t'ait jamais demandé ça avant.
– Nott m'a demandé si je possédais des vêtements de nuit une fois, je crois, dit Rigel, pensive. Mais après ça, vous avez juste laissé tomber.
– Oh, dit Draco. Non… attends, tu n'as toujours pas répondu à la question ! »
Rigel gigota inconfortablement.
« C'est au cas où il y a une urgence au milieu de la nuit. Je me sentirais plus prêt pour la gérer si je suis dans mes robes et pas entravé par les draps. »
À l'origine, c'était même en quelque sorte vrai, même si elle s'était attendue à ce que ses camarades de chambrée lui fassent une farce pour être le fils d'un traître à son sang. Maintenant elle faisait confiance à ses camarades et était plus inquiète quant aux intrus. Mais, bien sûr, il y avait le fait qu'elle se sentait significativement plus vulnérable en tant que fille dans ses vêtements de nuit que dans ses robes qui cachaient ses formes.
« Ouah, Rigel, dit Theo. Tu es vraiment paranoïaque.
– Et il devrait l'être, dit Draco, si on considère tous les ennuis qu'il s'attire. Il a eu quelqu'un qui a essayé de l'attaquer pendant tout le premier semestre l'année dernière, après tout.
– Et pourtant, il a commencé à dormir dans ses habits avant que tous les ennuis même ne commencent, dit Blaise. Intéressant.
– Pas vraiment, dit sèchement Rigel. Est-ce que tu pourrais éteindre la lumière, maintenant ? On devrait dormir. »
Blaise gloussa doucement, mais il néanmoins éteignit la lumière.
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Le matin suivant, Rigel se réveilla bien plus tôt que ses camarades. Elle attrapa silencieusement le sac à cordonnet dans lequel elle gardait ses vêtements de sport dans sa valise et sortit sans bruit de la chambre sombre et dans la salle commune silencieuse. Une partie du régime d'exercices que Remus lui avait donné impliquait une longue course chaque matin avant le petit déjeuner et Rigel comptait entièrement maintenir sa prescription pendant qu'elle était à l'école.
Elle se changea dans des toilettes au rez-de-chaussée, près de la Grande Salle et attacha ses poids aux jambes. Ses vêtements de sport étaient plus confortables que ses robes et également plus légers, mais toujours assez amples pour que sa silhouette bourgeonnante – qui était certes non-existante à ce stade, mais pourrait être un point d'inquiétude dans un an ou deux – reste indiscernable. Rigel rangea son sac, qui maintenant contenait ses robes d'école, dans une alcôve près de l'entrée principale pour le récupérer quand elle aurait fini et s'éclipsa par les portes du château.
Le lac était agité par le vent frais du matin et le bruit des vaguelettes battant contre la rive aidait à bloquer tout ce qui l'entourait alors qu'elle se mettait à courir. Elle décida d'essayer de courir tout autour du lac une fois et puis de voir à quel point elle était fatiguée. Courir, avait découvert Rigel, ressemblait énormément à de la méditation. Ça éclaircissait son esprit et rendait sa respiration bien plus forte que d'habitude. C'était aussi bon pour la réflexion et une des choses sur lesquelles Remus l'avait mise en garde était qu'il était presque impossible de se défendre sans se connaître soi-même. Si tu ne pouvais pas te comprendre toi-même, comment pouvais-tu comprendre ton ennemi ? Il avait rendu très clair que son plus gros défaut pour le moment était sa tendance à enfouir les choses.
Si quelque chose l'embêtait à un niveau conscient, elle n'y pensait pas. Elle prétendait que rien ne la contrariait et en faisant ça, elle ne se faisait jamais aux événements dans sa vie qui auraient dû la changer. À la place, elle acceptait les choses qui lui arrivaient, les laissait s'enfoncer dans son esprit, puis les aidait à s'enfoncer encore plus loin, jusqu'à ce qu'ils restent tant cachés sous la surface de sa conscience qu'ils ne l'embêtaient pas.
Rigel acceptait que Remus eût raison dans ce cas, mais ne voyait vraiment pas ce qu'il y avait de mal à ça. Après tout, une fois que l'on avait reconnu que quelque chose s'était passé, on pouvait l'oublier et passer à autre chose en… non. Elle le faisait encore. Remus l'avait mise en garde sur combien il était dur de se changer. Il avait prédit que ses dispositions mentales se réaffirmeraient dès que possible. Elle n'était pas censée y céder. Elle était censée laisser ses expériences de vie la changer, au lieu de les traiter comme un fait intéressant qu'elle avait lu ou une histoire qu'elle avait entendue sur quelqu'un d'autre.
Elle courut plus vite, frustrée par son manque de progrès mental. Remus disait qu'il lui apprendrait la self-défense basique, sans baguette, mais qu'il ne lui apprendrait pas à se battre dans un vrai duel jusqu'à ce qu'elle ait le correct état d'esprit pour supporter l'instruction.
Rigel supposa que c'était un peu comme ce que Professeur Snape avait pointé quand il avait diagnostiqué le problème avec sa magie l'année dernière. Quand elle avait réalisé de la magie accidentelle pour la première fois, elle avait soit été effrayée, soit elle en avait reçu un retour négatif, et par conséquent, Rigel avait développé un hyper-contrôle de sa production de magie inconsciente, au point où, plus tard, elle ne pouvait même pas utiliser sa magie consciemment sans un grand effort. Rigel était finalement parvenue à un compromis avec sa magie. Elle lui avait demandé gentiment de faire ce qu'elle voulait et en échange elle n'essaierait pas d'échapper à son contrôle à des moments inopportuns via l'exutoire de la baguette de phénix, qui semblait prendre le parti de sa magie plus souvent que le sien avant leur accord tacite. Néanmoins, Rigel ne pouvait pas contrôler sa magie comme ses pairs. Ils demandaient que leurs magies leur obéissent et si leurs volontés étaient suffisamment fortes pour le sort qu'ils tentaient, il marchait. Rigel devait amadouer sa magie pour travailler avec elle, et bien que le système marchât bien, elle n'était pas encore capable de relâcher ses contrôles inconscients sur sa magie.
Elle ne laissait pas échapper de la magie comme la plupart des sorciers, selon Snape et Jedusor. Elle ne pouvait pas non plus imprégner des potions inconsciemment. Snape acceptait cela simplement comme un fait de son niveau de contrôle magique, mais au fond d'elle, dans une partie de son esprit sur lequel Rigel n'aimait pas se concentrer, elle le reconnaissait pour ce que c'était. Un symbole de sa peur. Elle avait peur, à un niveau subconscient, de lâcher sa prise serrée sur sa magie. En surface, elles étaient synchros, mais en-dessous, Rigel ne pouvait toujours pas faire confiance à sa magie pour ne pas… quoi ? Blesser quelqu'un ? Comme Archie l'avait pointé, sa magie n'avait jamais vraiment blessé quelqu'un. Elle avait explosé des choses, les avait fait tournoyer dans les airs, avait même désintégré des choses quand elle avait été très contrariée dans son enfance, mais même avec tout ça, elle n'avait jamais blessé quelqu'un à qui elle tenait.
Peut-être que c'était le fait que le potentiel de destruction était là qui la faisait tasser sa magie. C'était juste l'idée qu'un jour, la magie pourrait blesser quelqu'un à qui elle ne faisait pas confiance. Non, Rigel secoua la tête alors que ses pieds battaient l'herbe, ce n'était pas vrai. Ce n'était pas sa magie à qui Rigel ne faisait pas confiance.
C'était elle-même.
La magie répondait seulement à la volonté de Rigel, même si des fois cette volonté n'avait pas encore atteint le niveau d'intention. Ce qu'elle craignait était que plus elle relâchait son contrôle, plus cette réponse deviendrait sensible. Et si, une fois qu'elle la libérait, la magie commençait à répondre à ses vagues penchants ? À ses caprices ? Et si un jour elle agissait en réponse à une pensée ? Tout ce que cela nécessiterait serait une pensée peu aimable et frustrée, et quelqu'un autour d'elle serait blessé. Et ce serait de sa faute, pas celle de la magie, pour avoir eu cette pensée. Elle ne souhaiterait jamais consciemment du mal à une autre personne – elle ne pensait pas – mais, et si pendant un instant, elle avait un faible désir et sa magie choisissait d'y répondre ? Elle ne pouvait pas prendre ce risque. Pas quand l'année passée, sa magie avait déjà montré qu'elle était capable d'agir sans son intention express. Combien de choses avait-elle détruites dans la salle de classe de Quirrell, juste parce que le fait qu'il s'en prenne constamment à elle l'agaçait ?
Donc elle reconnaissait qu'elle avait une prise trop forte sur sa magie, mais elle n'allait rien faire pour changer ça.
Sauf que… n'était-ce pas la même chose à laquelle Remus lui avait demandé de faire attention ? Mentalement, elle était dans une habitude similaire. Elle avait commencé à ignorer les choses auxquelles elle ne voulait pas penser quand elle était jeune. Comme quand son père avait levé les yeux au ciel face à ses magasines de potions et lui avait acheté un balai. Et encore quand il lui avait présenté le vif d'or et avait froncé des sourcils quand elle avait pointé les cognards. Comme quand sa mère changeait inconfortablement de sujet quand Rigel lui demandait ce qu'elle savait sur Severus Snape. Des petites déceptions et des vérités inconfortables toutes rangées en sécurité dans un endroit où elle n'avait pas y penser. Après tout, elle ne voulait pas être frustrée avec sa mère, ou se sentir comme une déception pour son père. Puisqu'elle ne voulait pas se sentir comme ça, pourquoi le devrait-elle ? Les émotions étaient des réponses naturelles à des stimuli environnementaux, et si elle ne voulait pas se sentir d'une certaine façon, elle avait simplement à ignorer les expériences qui pourraient déclencher une certaine réponse émotionnelle.
C'était facile et c'était familier, mais selon Remus, ça allait la retenir en arrière. Parce qu'ignorer les événements, avait-il dit, ne t'aidait pas à les digérer. Tu devais accepter que l'événement s'était passé, oui, mais ce n'était pas suffisant. Tu devais ensuite permettre à cet événement de te changer, de te modeler en quelque chose de nouveau, mais pour le meilleur ou pour le pire, c'était à toi de voir.
Rigel comprenait, en quelque sorte. La nuit du feu, par exemple, avait été le genre d'événement qui touchait profondément une personne. Elle s'était d'abord effondrée un peu, mais ensuite, après avoir pleuré sur Mrs. Hurst, elle l'avait accepté. Ensuite, Rigel avait utilisé l'événement comme combustible et impulsion pour se changer pour le meilleur. Elle avait commencé à apprendre à se protéger elle-même et les autres autours. Puis, une fois que l'utilité de l'expérience pour elle était passée, elle l'avait ignorée. Toutefois, apparemment, ignorer n'était pas assez. Et l'utiliser comme un tremplin pour un changement personnel n'était pas assez. Rigel ratait quelque chose, une étape dans le processus, mais elle ne pouvait pas comprendre de laquelle il s'agissait.
Elle finit son tour de piste et se plia en deux, pantelante, près du rivage. Elle ruisselait de sueur et ses jambes tremblaient pas mal. Elle savait que Remus aurait couru autour de ce lac quatre fois sans s'arrêter mais elle se sentit malgré tout accomplie avec son seul tour dérisoire. Après quelques minutes de repos de plus, elle commença les exercices de renforcement et de flexibilité dont elle était encore convaincue faisaient partie d'une sorte de régime de torture.
Il y avait les habituels pompes et abdominaux, et puis il y avait toutes sortes d'étirements qu'elle espérait que personne ne la verrait jamais faire. Après ça, elle devait se mettre aux poids. Elle retira les balles lestées de ses poches, là où Remus-le-sadique lui avait ordonné de les garder pendant qu'elle courait, comme si les poids à ses jambes n'étaient pas assez, et elle commença à soulever, plier, presser, et autrement punir ses muscles des bras pour être faibles et de fillette.
Quand elle avait pratiqué ses coups de poing et de pied basiques jusqu'à ce qu'elle pense que Remus ne pourrait probablement pas y trouver à redire qu'elle s'arrête, Rigel courut jusqu'au château et récupéra son sac de l'alcôve avant de se rendre droit aux cuisines.
Quand elle y entra, les elfes de maison semblaient tout juste commencer leurs préparations pour le petit déjeuner et Rigel réalisa qu'elle avait dû se réveiller plus tôt qu'elle n'avait cru. Elle devrait vraiment se prendre une montre ou autre. Celle d'Archie était bien et correcte pour les occasions spéciales, mais en tant qu'Héritier "sang-pur", elle devrait en avoir une tout le temps.
« Binny ! » appela-t-elle par-dessus le bruit des assiettes et de l'argenterie qu'on mettait en place.
Une elfe de maison avec un collier de bouchons de champagne et un joli couvre-théière rose se détacha de la nuée.
« Jeune Sir. »
Binny fit une révérence et puis rebondit joyeusement sur ses orteils, souriant à Rigel.
« Vous êtes venu !
– J'ai promis, non ? sourit Rigel en retour. Donc est-ce que tu as du temps pour parler ?
– Eh bien, Binny travaille… hésita Binny. Est-ce que vous avoir besoin de quelque chose que Binny peut faire pendant que nous bavarder ?
– Hm, bien sûr, réfléchit rapidement Rigel. Est-ce que tu peux t'asseoir avec moi pendant que tu coupes de la viande pour que je la mange ? »
Les yeux de Binny s'arrondirent.
« Vous manger de la viande maintenant ?
– J'essaie de manger plus de viande cette année, mais je ne veux pas en manger à la table, dit prudemment Rigel. Donc je me demandais si tu pouvais continuer à envoyer des trucs végétariens en haut, mais si je pouvais venir ici les matins pour avoir un peu de viande également ? »
L'elfe de maison acquiesça sérieusement.
« Binny peut faire ça. Quelle sorte de viande vous aimer ?
– Je ne suis pas sûr, dit Harry en plissant le nez. Peut-être du poulet ? »
Binny lui lança un regard très peu impressionné.
« Je vous faire plein de viandes et vous les essayer toutes. »
Rigel grimaça mais accepta. Binny s'affaira en récupérant différentes viandes précuites et autres, puis se percha avec une planche à découper et plusieurs bols d'assaisonnement.
« Donc comment était ton été, Binny ? demanda Rigel. Je veux dire, qu'est-ce que vous autres faites tout l'été ? »
Binny regarda Rigel avec amusement par-dessus le large couteau qu'elle brandissait.
« Je travailler pendant l'été, bien sûr.
– À Poudlard ? demanda curieusement Rigel. J'aurais pensé qu'il n'y avait pas grand-chose à faire.
– Il n'y a pas grand-chose, approuva Binny. Les elfes les plus vieux rester à Poudlard, mais nous autres trouver du travail ailleurs. Binny travailler aux écuries de licornes au domaine de Madame Touraine.
– Vraiment ? demanda curieusement Rigel. C'est en France ?
– Oui, approuva Binny avec enthousiasme. C'est magnifique là-bas. Je aimer les licornes très beaucoup. Si nous finir le travail vite, Madame Touraine laisser les elfes jouer avec les bébés licornes jusqu'à ce qu'ils aller dormir. »
Binny eut un soupir rêveur.
« Je aimer travailler aux écuries presque autant que je aimer Poudlard.
– Tu parles français alors ? s'enquit Rigel.
– Oh oui, dit Binny en hochant rapidement la tête. Le français être très amusant à parler. »
Rigel sourit.
« Tu peux parler d'autres langues ?
– Toutes sortes, dit Binny en haussant les épaules. Un elfe de maison ne savoir jamais qui avoir besoin d'eux pour travailler.
– C'est trop cool, dit Rigel, un peu mélancoliquement. C'était dur à apprendre ?
– Pas si dur, dit Binny sincèrement. C'être plus simple que voler.
– Quoi ? dit Rigel, souriant avec amusement.
– C'être un dicton d'elfe de maison, dit Binny. Quand les choses sembler dures, nous penser qu'elles ne sont pas aussi dures que voler, et elles sembler meilleures. »
Rigel rit.
« Si seulement tout le monde voyait la vie de cette façon.
– Peut-être que je vous enseigner ? suggéra Binny malicieusement.
– D'être plus optimiste ? »
Rigel cligna des yeux.
« J'imagine que ça ne ferait pas de mal. »
Binny gloussa et secoua la tête.
« Non, non. Le français. Peut-être que je vous enseigner le français, si vous être si intéressé par les langues. »
Rigel était sur le point de décliner poliment, supposant qu'elle avait déjà assez de choses à faire, mais elle s'arrêta. Cela donnerait de la crédibilité à l'histoire de secours comme quoi elle était un sang-pur pauvre du continent si elle connaissait une langue européenne ou deux.
« Est-ce que ça ne va pas interférer avec ton temps libre ? » dit Rigel avec hésitation.
Binny fit un sourire rayonnant.
« Oui, exactement. »
Ah oui. Elfe de maison. Rigel sourit un peu tristement. Elle allait définitivement devoir trouver un passe-temps égoïste pour Binny un de ces jours.
« Eh bien, si tu es sûre que tu veux le faire, dit Rigel, j'adorerais apprendre le français. Si on disait… hmm, non on n'aura pas assez de temps les matins, et tu dois travailler de toute façon… le soir ne va pas non plus. J'ai trop de travail à faire et je pourrais concocter avec Snape… dis-moi, Binny, est-ce que tu travailles durant le déjeuner ?
– Binny faire le déjeuner, dit Binny.
– Je veux dire, après qu'il a été fait. Est-ce que tu travailles durant le déjeuner ? demanda Rigel.
– Non, Binny manger durant le déjeuner, dit Binny avec un sourire. Et Jeune Sir manger aussi.
– Pourquoi on ne mangerait pas ensemble ? demanda Rigel. Je récupérerai un livre sur le français à la bibliothèque et je l'apprendrais pendant mon temps libre. Puis pendant le déjeuner, toi et moi pouvons bavarder en français.
– Et Binny peut corriger sans pitié la prononciation de Jeune Sir ! cria de joie Binny, puis elle se pencha et dit, d'une voix très sérieuse : C'être la seule façon de vraiment apprendre. »
Rigel haussa les sourcils.
« Comme vous voulez, Professeure Binny. »
Binny parut momentanément horrifiée par le titre, avant de s'effondrer en gloussement une fois de plus.
« Cinq point pour Serpentard ! Oh, c'être amusant. »
Rigel resta un peu plus longtemps. Elle essaya les diverses viandes que Binny lui présenta, décidant finalement que le poulet était le plus proche du poisson et donc, celui qu'elle préférait le plus. Elle pouvait tolérer un peu de steak et de porc, mais elle s'en tiendrait définitivement aux oiseaux et autres viandes blanches si elle le pouvait. Elle dit au revoir à Binny quand il sembla que le petit déjeuner était presque prêt et retourna à la salle commune pour prendre une douche et se changer avec des robes d'écoles propres.
Quand elle entra dans son dortoir, ce fut au bruit de voix haussées. Bon, d'une voix haussée.
« Qu'est-ce que tu veux dire, tu ne sais pas ? » C'était définitivement Draco. « Tu étais levé le premier.
– Et il était parti depuis longtemps quand je me suis levé. »
La voix de Blaise paraissait pleine d'ennui et d'agacement.
« Il est probablement à la bibliothèque.
– C'est le premier jour d'école ! On n'a aucune raison d'être à la bibliothèque, dit Draco.
– Vous cherchez qui ? » Rigel leva finalement la voix.
Blaise et Draco se tournèrent vers la porte et bien que Draco se dérida visiblement, Blaise roula des yeux.
« Qui donc ? marmonna Blaise.
– Où étais-tu ce matin ? demanda Draco.
– C'est toujours le matin, dit légèrement Rigel, contournant Draco et fouillant dans sa valise pour trouver des robes propres et un caleçon. Je dois me doucher, donc partez devant les gars.
– Pourquoi tu dois te doucher ? s'enquit Draco. Et qu'est-ce que tu portes par Merlin ? »
Rigel sourit brièvement par-dessus son épaule.
« On se voit au petit déjeuner, Draco. »
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Son premier jour de cours se déroula plutôt tranquillement, jusqu'à ce qu'ils aient Défense contre les forces du Mal avec les Poufsouffle.
C'était plutôt clair, du moins pour Rigel, que Dumbledore avait viré Quirrell à la fin de l'année dernière à cause de son implication avec le Syndrome du Sommeil. Rigel elle-même avait entendu Snape confronter Quirrell à propos du fait qu'il était celui qui avait exposé la population du château à la maladie, et si Snape était aussi loyal à Dumbledore qu'il le semblait, alors il n'y avait aucun doute que le Directeur savait exactement qui était responsable pour ce fiasco et l'avait viré en toute hâte. Elle supposa qu'il n'avait pas assez de preuves pour entreprendre des poursuites pénales, mais un Directeur n'avait pas besoin de raisons spécifiques pour virer ses enseignants – il n'y avait pas exactement de syndicats dans le monde sorcier. C'était bien qu'il ait fait les actions qu'il pouvait pour retirer une menace de l'école.
D'un autre côté… en regardant Gilderoy Lockhart prendre la pose au-devant de leur salle de classe de DCFM, Rigel était un peu moins convaincue que Dumbledore savait ce qu'il faisait.
« Bienvenue, bienvenue à tous, dit Lockhart, leur rayonnant dessus depuis la plateforme surélevée qu'il avait installée devant le tableau. Quand votre Directeur s'est présenté personnellement à ma belle demeure au sud du Pays de Galles et m'a supplié de vous enseigner à tous l'art ancien d'autodéfense contre les forces du Mal, j'étais un peu hésitant. »
Draco et Pansy se regardèrent, regardèrent Lockhart, et puis se regardèrent à nouveau et haussèrent des sourcils simultanés.
« Je veux dire, ce n'est pas vraiment dans ma nature d'hésiter, continua pompeusement Lockhart, mais étais-je prêt à prendre l'immense responsabilité associée avec le modelage de jeunes esprits influençables d'innocents tels que vous ? Toutefois, après un peu d'introspection dans ma maison de vacances au Pérou, je suis parvenu à la conclusion que oui, oui je le suis. Pour l'année prochaine, vous allez embarquer dans un voyage de connaissances, d'un genre que je doute sérieusement que vos professeurs passés ont pu même rêver. Vous allez apprendre des choses que vous n'avez jamais sues, et faire des choses que vous n'avez jamais faites, mais soyez sans crainte. Je serai avec vous à chaque étape du chemin.
– Il est sérieux ? marmonna Draco. Quelle blague.
– Apprendre des choses que l'on n'a jamais sues ? se moqua Pansy à voix basse. Comme s'il y avait quoi que ce soit d'autre de possible à apprendre.
– Allons, je suis certain que vous avez tous lu mes livres depuis le temps, et pensez que vous connaissez le vrai moi, continua Lockhart. Mais dans cette pièce, vous verrez la vérité derrière la légende – la montagne derrière la brume, si vous voulez. Car dans cette pièce, nous ferons face à des choses qui testeront la force de caractère des hommes même les plus braves et les plus féroces – même moi. Nous leur ferons face ensemble, toutefois, et quand j'en aurai fini avec vous, le monde des forces du Mal ne fera pas le poids. Qui est prêt pour combattre les forces des ténèbres ?! »
Il leva dramatiquement le poing et rejeta sa cape derrière lui pour prendre la pose.
Plusieurs des filles de deuxième année, à la honte du reste de la classe, répondirent :
« Nous ! »
Le visage de Draco était si incrédule que s'il n'avait pas été un Malfoy, il aurait fait un facepalm.
« Maintenant voyons voir qui est, en fait, présent et prêt à apprendre », dit jovialement Lockhart, sortant un rouleau de parchemin du bureau.
Il le déroula et s'éclaircit la gorge.
« Hannah Abbott ? »
Hannah leva la main et dit doucement :
« Présente. »
Rigel remarqua que Blaise, qui était assis en face d'elle, Draco et Pansy, pencha légèrement la tête sur le côté, comme s'il était une sorte de canidé, répondant à une octave de son que personne d'autre ne pouvait entendre.
« Ah oui, jeune Hannah, quel plaisir de te voir ici aujourd'hui », dit Lockhart.
Hannah cligna des yeux, probablement incertaine de comment répondre à un professeur qui utilisait son prénom et la tutoyait, mais Lockhart ne semblait pas avoir besoin d'une réponse.
« Arcturus Black ? »
Rigel leva la main juste assez haut pour être vue au-dessus de sa tête.
« Présent. Je préfère Rigel, toutefois, si vous allez utiliser nos prénoms, Professeur.
– Rigel Black, Rigel Black, voyons, où ai-je entendu ce nom avant ? dit Lockhart avec un ton de fausse concentration. Aha ! Oui, je me rappelle avoir entendu quelque chose à propos de toi le printemps dernier. Tu as rendu un petit service à l'école ou quelque chose du genre, est-ce cela ? Je crois même que cela est arrivé dans les journaux, même si bien sûr, c'était quand j'ai été lauréat pour la cinquième fois du sourire le plus charmeur de Sorcière-Hebdo, et à la lumière de ça, tout le reste disparaît en quelque sorte dans le décor, vous ne trouvez pas ? Dans tous les cas, je suppose que tu as eu un petit goût de célébrité à ce moment-là, n'est-ce pas ? Eh bien, laisse-moi être le premier à te mettre en garde contre la célébrité, Rigel. C'est une capricieuse, capricieuse amie. Rappelle-toi de ça et viens me voir si tu as un jour besoin de ce genre de conseils. »
Rigel leva les deux sourcils, mais resta silencieuse par peur de relancer Lockhart. Il était un sacré personnage.
« Voyons voir, où est Susan Bones ? »
L'appel continua. Lockhart semblait avoir quelque chose à dire à. Chaque. Élève. Lorsqu'il leur dit à tous d'ouvrir leurs copies de "Moi le magicien" pour qu'ils puissent "commencer un débat animé sur laquelle de mes nombreuses réussites étaient la plus audacieuse et difficile", la cloche avait sonné.
« C'est déjà l'heure ? dit Lockhart, regardant l'horloge avec une surprise exagérée. Je suppose que l'on s'amusait trop pour le remarquer. Ne craignez rien, mes élèves précoces, nous aurons beaucoup à apprendre mercredi. Bye bye ! »
Il secoua un peu les doigts, ce que beaucoup trop de filles de leur classe rendirent, puis les fit sortir. Rigel secoua la tête avec un certain regret. Il semblait que la DCFM serait encore une autre chose qu'elle devrait étudier dans son temps libre qui ne faisait que diminuer.
Après DCFM, Rigel se rendit au bureau de Snape pour voir s'il rouvrirait son labo personnel pour l'année scolaire.
Il n'était pas dans son bureau quand elle l'y chercha, donc à la place, elle alla vérifier les Laboratoires. Les protections magiques du Laboratoire Un étaient abaissées et de la lumière filtrait par la porte, donc Rigel toqua doucement et glissa la tête à l'intérieur. La différence entre maintenant et la dernière fois qu'elle avait été dans ce Laboratoire était extrême. Snape ne concoctait qu'à une seule paillasse, au lieu de six ou sept, et il paraissait avoir dormi au moins six heures la nuit dernière, ce qui, comme elle en était venue à l'apprendre, était plutôt bon pour Snape. Son visage était détendu pendant qu'il travaillait et il ne lui aboya pas dessus ni ne soupira d'épuisement quand elle entra. Somme toute, les choses paraissaient bien meilleures que le semestre dernier.
« Mr. Black, parfait, dit Snape, remuant le chaudron une dernière fois et se retournant pour s'adresser à elle. Nous avons besoin de mettre à plat les détails de votre emploi du temps accéléré pour cette année. Vous êtes toujours déterminé à achever le programme des BUSEs et atteindre le niveau d'études pour les ASPICs d'ici la fin de cette année ? »
Rigel acquiesça. Cela voudrait dire qu'elle aurait fini les travaux de Potions de niveau ASPIC d'ici la fin de sa troisième année, ce qui voulait dire qu'elle aurait quatre années de plus de tutelle avec Snape avant de finir l'école.
« Dans ce cas, j'ai un plan de cours qui devrait vous durer jusqu'à décembre dans mon bureau. Je vous le donnerai à l'heure du dîner ce soir. Je vous rouvrirai également votre laboratoire demain matin, mais j'attends de vous que vous le nettoyiez à fond et de faire un inventaire de vos réserves avant de concocter quoi que ce soit. »
Snape la fixa d'un regard sévère.
« Si à un moment, vous sentez que vous ne pouvez pas à la fois faire tout votre travail et d'achever le plan de cours accéléré, votre travail scolaire normal prend le dessus. Je ne veux pas expliquer à mes collègues que vous échouez à l'école dans un effort d'apprendre tout ce qu'i savoir sur les potions en sept ans. On a tout notre temps, donc prenez-le à un rythme que vous pouvez gérer. »
Rigel acquiesça et approuva, mais le regard que Snape lui lança disait clairement ce qu'ils comprenaient tous les deux. Elle prétendrait donner la priorité à ses cours normaux de deuxième année, mais elle terminerait le travail de potions supplémentaire, ou s'effondrerait en essayant. Non pas qu'elle était terriblement inquiète. Les adultes semblaient toujours penser que les choses prenaient plus longtemps. Chaque professeur donnait à peu près une rédaction toutes les deux semaines et chaque rédaction ne prenait qu'une à deux heures à réaliser. Au plus, les devoirs prenaient cinq heures par semaine, et la plupart des jours, ils avaient du temps à la fin des cours pour travailler sur leurs devoirs en silence. Puis il y avait un peu de temps entre les cours, l'heure des repas, du temps avant les cours si on se réveillait suffisamment tôt, et au moins six solides heures chaque soir de temps libre autour du dîner et avant le couvre-feu. Rigel imaginait plutôt que tous ceux qui n'avaient pas sa charge de travail devaient s'ennuyer terriblement toute la journée. Elle avait plein de temps pour ses devoirs, les devoirs de Flint, concocter en plus, étudier la Guérison, l'Occlumancie, et maintenant le français, son nouveau régime d'exercices, et passer du temps avec ses amis.
Rigel aimait être occupée, du moins quand il n'y avait pas une urgence sous la main, et elle ne pensait honnêtement pas qu'elle aurait un seul souci à tout maintenir cette année.
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La semaine continua et Rigel s'installa dans le rythme des choses. Les cours n'étaient pas si difficiles, à moins que l'on comptât la difficulté de Draco à tenir sa langue pendant les cours de Lockhart, ou la difficulté de Pansy à obtenir que Rigel soit attentive durant l'Histoire de la magie, qu'elle préférait passer plongée dans un manuel de Guérison.
Au petit déjeuner vendredi matin, leur section de table fut bombardée par des hiboux. C'était l'anniversaire de Pansy et il semblait que toutes les personnes qu'elle connaissait lui avaient envoyé une carte ou un petit quelque chose. Elle sourit délicieusement pendant qu'elle les récupérait tous et accepta tous les bons anniversaires de ses camarades de Maison avec un aplomb gracieux. Toutefois, Pansy ne fut pas la seule à avoir du courrier ce matin. Draco reçut une lettre épaisse, qu'il rangea sans l'ouvrir à la table, et quand la volée de hiboux entourant Pansy se fut dispersée, Rigel trouva et une lettre de Sirius et un large colis emballé de papier de l'apothicaire à Pré-au-lard.
Elle concoctait toujours pour Krait, même si la plus grande partie de ce qu'elle faisait étaient des Régénérations sanguines pour Mr. Beurk, sauf qu'à présent elle faisait tout par hiboux. C'était une bonne chose que les hiboux de l'école étaient à la fois gratuits et non marqués, comme cela voulait dire qu'elle pouvait envoyer les potions, largement rembourrées bien sûr, en autant de paquets qu'elle le devait sans laisser à Krait le moyen de savoir d'où venaient les hiboux. Rigel ne pouvait pas utiliser les ingrédients dans les réserves de Poudlard pour son propre intérêt personnel, bien sûr, donc elle devait commander ceux dont elle avait besoin à Pré-au-lard et les facturer sur le compte d'Archie. Il lui avait donné la permission de prendre ce dont elle avait besoin dans son compte scolaire et de le rembourser plus tard.
Pansy finit d'empiler soigneusement ses cartes d'anniversaire et se tourna vers Draco et Rigel avec raideur.
« Eh bien, il semblerait que j'ai eu un cadeau de tout le monde. Oh, attendez, mes deux meilleurs amis ne m'ont en fait rien donné. Que c'est contrariant. »
Draco soupira et dit :
« Pas aussi contrariant que d'apprendre que ta meilleure amie n'a aucune confiance en toi.
– Et dire que les Parkinson sont connus pour leur patience, dit Rigel d'un ton malicieux. J'imagine que je te dois un gallion, Draco. J'étais sûr que Pan tiendrait jusqu'au déjeuner. »
Pansy souffla.
« Vous êtes impossibles tous les deux. Je comprends que cela veut dire que vous allez me donner mon cadeau plus tard aujourd'hui ?
– J'imagine que tu le découvriras quand on te le donnera, dit Draco en souriant. Jusque-là, tu vis dans l'agonie de l'ignorance.
– Bon, au moins je serai consciente d'être ignorante, ce qui est après tout une bien meilleure position que de ne pas savoir sans s'en apercevoir, comme Socrate le dirait, dit Pansy. Donc, des nouvelles de la maison, Rigel ? »
Rigel baissa les yeux sur la lettre de Sirius et la parcourut rapidement.
« Rien de particulier, juste les choses habituelles. Sirius parle de son travail au service de pédiatrie. Oncle Remus dit bonjour aussi, tout comme Tante Lily et Oncle James. Tout le monde va bien, j'imagine, même si ma Tante Lily est apparemment encore en train de dévorer des souris glacées en quantité troublante.
– Tu sais, tout ça voudrait dire bien plus si on avait en fait un jour rencontré ta famille, pointa Draco. Comme c'est parti, tu pourrais inventer tout ça, on n'en sait rien. »
Rigel regarda Pansy qui acquiesça son assentiment d'un air un peu désolé.
« Oh, dit Rigel. Je n'avais pas réalisé que vous vous sentiez comme ça. Eh bien, pourquoi je ne vous présenterai pas pendant les vacances de Noël ? Je dirais à Papa de me retrouver au quai cette fois et tout le monde pourra se rencontrer. Si c'est d'accord, j'inviterai Remus à venir aussi.
– Bien sûr que oui, dit rapidement Pansy. On adorerait les rencontrer tous les deux, et les Potter aussi à un moment.
– Super, dit Rigel en souriant. Hiboute tes parents à ce propos, d'accord ? Je pense que Sirius serait plus confortable quand je vais chez vous s'il pouvait vraiment parler avec vos parents civilement sans les rivalités scolaires en travers du chemin.
– Je vais demander à mon père immédiatement, même si je sais déjà que ma mère sera d'accord, dit Pansy.
– De même pour mes parents, dit Draco. Mais on te tiendra au courant, bien sûr, avant les vacances. »
Ils terminèrent de petit déjeuner et le jour continua normalement. Durant le déjeuner, Rigel et Draco s'éclipsèrent. Rosier et Rookwood détournèrent l'attention de Pansy durant le déjeuner pour qu'elle ne remarque pas trop leur absence, et Rigel et Draco se rendirent à la hutte de Hagrid pour vérifier que tout était prêt pour la surprise de Pansy.
Durant tout le cours de Botanique, Draco n'arrêtait pas de jeter des regards excités à Pansy et de taper nerveusement du pied. Pansy lui jeta plusieurs regards interrogateurs, auxquels Draco ne fit que de grands sourires avec une lueur entendue dans les yeux. Rigel lui donna finalement un coup de coude marqué dans les côtes une fois que Chourave les fit sortir.
« Aïe, quoi ? chuchota Draco.
– Pas très subtil, Draco, chuchota Rigel en retour.
– Et alors ? renifla Draco. Pas de raison d'être subtil quand elle sait déjà que quelque chose va avoir lieu. Tant qu'elle ne sait pas quoi, ce sera toujours une surprise. En plus, les subtilités sont si facilement ignorées. Je déteste être ignoré. »
Rigel dut rire à ça et quand Pansy leur demanda ce qui était aussi amusant, ils lui sourirent juste innocemment.
Elle plissa les yeux.
« Ne croyez pas que je n'ai pas remarqué votre absence à tous les deux au déjeuner. Je sais que vous prévoyez quelque chose.
– Alors ça ne te dérangera pas de jouer le jeu, dit brillamment Draco. Viens mettre ce bandeau.
– Quoi ? »
Pansy recula rapidement.
« Pas question.
– Tu n'as, en fait, pas le choix, dit tristement Rigel. Tiens ses bras, Draco.
– Attends, arrête ! »
Pansy essaya de se ruer vers la porte, mais Draco la rattrapa rapidement.
Pansy laissa échapper un rire essoufflé et secoua la tête alors que Rigel s'approchait avec un bout de tissu vert foncé dans les mains.
« N'ose même pas, Rigel Black.
– Eh bien j'imagine qu'on n'a pas à te donner ton cadeau, dit Rigel, un regard de réflexion sur le visage. Qu'est-ce que tu en penses, Draco, est-ce qu'on devrait le reprendre ?
– Non ! »
Pansy sembla lutter intérieurement pendant un moment avant de soupirer.
« Ok, d'accord. Mais n'ébouriffe pas mes cheveux et si vous me jouez un tour ou me laissez tomber, je vous rendrai la pareille et même plus. »
Rigel et Draco échangèrent des regards amusés. Pansy ne saurait pas plus leur "rendre la pareille" qu'elle ne saurait faire voler un avion. Plus vraisemblablement, un des nombreux amis des années supérieures de Pansy ferait de leurs vies un enfer si jamais ils la blessaient. Pansy inspirait une grande loyauté envers les gens qui la connaissaient, d'une façon qui paraissait sans effort. Non pas que Draco ou Rigel feraient un jour quoi que ce soit pour la blesser volontairement.
Ils la dirigèrent vers les serres, en passant par le parc, au-delà de la cabane de Hagrid, et à la lisière de la forêt interdite.
« Je sens du pin, dit Pansy. Est-ce qu'on est dans la forêt ?
– Non, Pans, juste à la lisière, dit Draco d'un ton rassurant.
– Attendez ici », dit Rigel.
Draco tint le coude de Pansy pour qu'elle ait quelque chose pour l'ancrer pendant que Rigel partait d'un pas rapide pour s'avancer un peu dans la forêt.
Hagrid attendait dans une clairière proche.
« Bonjour, Mr. Black. Tout est en place alors ?
– Oui, dit Rigel. Pansy est du côté de la lisière de la forêt avec Draco. Je voulais juste m'assurer qu'on était prêt avant de l'amener.
– Fin prêt, dit joyeusement Hagrid, montrant d'un geste ses protégés. Ces gars sont prêts dès que vous l'êtes.
– Super. »
Rigel sourit aux animaux qui piaffaient dans la clairière.
« J'apprécie vraiment que vous nous aidiez avec ceci, monsieur. J'aurai la potion pour le système digestif de Crockdur pour vous lundi.
– Eh ben, c'est très gentil à toi, dit Hagrid. Mais j'aurais aidé de t'façon, tu sais. Ce sont des créatures adorables et elles méritent d'être appréciées.
– Elles le seront, dit Rigel en souriant. Je reviens tout de suite.
– Attends, dit Hagrid en s'avançant. Prends un peu de ça. »
Il pressa une poignée de carrés de sucre dans les paumes de Rigel.
« Mets-les dans les poches de Miss Parkinson. »
Rigel acquiesça.
« D'accord. Merci. »
Elle se pressa pour revenir là où Draco divertissait Pansy en lui décrivant ce qui les entourait par des détails irréalistes.
« Et bien sûr comme le ciel est vert, l'herbe est partie dans une crise de jalousie… Rigel ! C'est prêt ? sourit Draco en rebondissant sur ses pieds.
– Oui », dit Rigel.
Elle glissa rapidement les carrés de sucre dans les poches de Pansy.
« Qu'est-ce que…
– Ne t'inquiète pas, dit Rigel, prenant l'autre coude de Pansy. Marche doucement. »
Ils la guidèrent lentement à travers les arbres épars et dans la clairière où Hagrid avait un grand sourire nerveux et faisant à elle et Draco deux gros pouces en l'air. Draco sourit de façon contagieuse à Rigel qui lui sourit en retour.
« Prête pour ta surprise, Pans ? demanda Draco avec une jubilation à peine contenue.
– Oui, dit Pansy en hochant fermement la tête. Aussi, plus que prête pour enlever le bandeau. »
Rigel tendit les bras derrière la tête de Pansy et dit :
« Garde les yeux fermés. »
Elle dénoua le tissu vert et fit signe à Hagrid de se déplacer silencieusement en avant avec sa plus petite charge. Elle attendit jusqu'à ce qu'elle soit juste devant Pansy et dit :
« Ok, ouvre-les ! »
Pansy ouvrit les yeux et se figea, inspirant vivement. Là, devant elle, brillant comme de l'or dans la lumière de l'après-midi, se trouvait un bébé licorne.
« C'est… oh ! Il est magnifique. »
Rigel se demanda comment elle savait que le poulain licorne était un garçon, mais Hagrid hocha simplement la tête et tapota les flancs de la jeune licorne affectueusement.
« Celui-là a environ quatorze mois. Il n'aura pas sa corne avant quelques mois de plus, et ils ne deviennent pas d'un blanc pur avant qu'ils aient environ deux ans, même si bien sûr, leurs sabots garderont toujours cette couleur dorée. Son nom est Calanon. »
Pansy tendit une main timide et attendit que le poulain la renifle. Calanon la contempla avec un regard qui était deux-tiers intelligence calme et un-tiers curiosité enfantine. Le poulain licorne s'avança mais au lieu de renifler la main de Pansy, il baissa la tête et donna un petit coup à la poche de Pansy. Pansy baissa les yeux, clairement perplexe et Calanon hennit doucement, donnant un autre petit coup à la poche de ses robes. Elle baissa une main dans sa poche puis rit quand elle en sortit plusieurs carrés de sucre.
« C'est ce que tu cherchais ? »
Pansy les présenta et les offrit au jeune poulain. La licorne balança la tête avec excitation et il allait prendre les carrés, mais un hennissement vif d'une des licornes plus âgées fit se figer Calanon. Le bébé licorne parut presque penaud. Il recula et inclina de façon très distincte sa tête vers Pansy avec attention, comme pour la remercier pour les carrés, avant de revenir et de délicatement les grignoter dans sa main. Pansy rit de ravissement.
« De rien. C'est ta maman là-bas ? »
Hagrid rayonna littéralement à Pansy.
« Bon œil, jeune miss. Vous avez déjà eu de l'expérience avec des licornes ? C'est juste que vous semblez vraiment les comprendre. Peu importe, cette beauté est en effet la mère de Calanon. Son nom est Fainauriel. »
Pansy passa une main sur la robe de la licorne dorée et s'avança vers les autres licornes. Il y avait six adultes, tous blanc pur avec des sabots d'or et des yeux de l'argent le plus doux. Avec la promesse d'un autre carré de sucre, Pansy amadoua Calanon à venir près de sa mère et du reste du troupeau, pour qu'elle puisse tous les admirer en même temps.
Rigel et Draco regardèrent à distance Pansy saluer chaque licorne et leur parler à voix basse, leur faisant des éloges et leur chantonnant des mots doux d'estime dans leurs oreilles. Les licornes semblaient adorer Pansy, l'entourant et la frôlant quand elles passaient. Le petit sembla plutôt en rogne quand Pansy l'informa qu'elle n'avait plus de sucre, mais Hagrid en pressa une autre pleine poignée dans ses paumes et Pansy en offrit joyeusement à tous, gloussant quand Calanon mordilla ses doigts pour jouer et poussa son museau sur sa joue en une parodie d'une baiser chaste.
Draco et Rigel avaient été prévenus par Hagrid quand ils avaient planifié ça que les licornes adultes n'aimeraient pas être touchées ou même approchées par des humains mâles, d'où la raison pour laquelle ils se tenaient à l'écart. Rigel supposa que comme elle était techniquement une jeune fille, elle pouvait approcher le troupeau, mais elle n'en ressentait aucun vrai désir. C'était le cadeau de Pansy, et par ailleurs, Rigel se sentait en quelque sorte teintée par sa récente expérience avec les sombrals qui tiraient les calèches de l'école. Assurément, quelqu'un qui pouvait voir les hérauts de la mort ne devraient pas non plus tenter de s'ébattre avec des licornes. Elle se sentait comme si, jeune fille ou non, elle n'était plus aussi innocente que Pansy l'était, si en effet, elle l'avait jamais été. L'innocence, imaginait-elle, était un état d'être, pas nécessairement un précurseur chronologique à l'âge adulte. Cela impliquait un certain niveau de confiance et de foi dans le monde, quelque chose que Rigel n'avait jamais eu en abondance, même avant d'apprendre qu'un accident de naissance pouvait l'empêcher et l'empêcherait d'atteindre ses rêves à moins de prendre des actions drastiques. Néanmoins, c'était plutôt attrayant de loin. Pansy paraissait si heureuse avec les licornes, complètement en paix avec sa place dans le monde. Si Rigel cherchait avec ses sens magiques, elle pourrait véritablement sentir la magie de Pansy fredonner de contentement.
Il lui vint soudain à l'esprit que la mare de mercure qu'elle avait vue dans l'espace mental de Pansy durant la maladie était de la même teinte exacte d'argent que les yeux d'une licorne.
Draco prit un moment pour jeter un œil à Rigel et chuchoter :
« On a bien fait, pas vrai ?
– Ouais, dit doucement Rigel. Je pense que oui. »
(1) Dans la version anglaise, Violet s'est trompée et a écrit "ton oncle de substitution", ndt.
(2) Violet mentionne un portrait au lieu du mur, ce qui me semble être une erreur, ndt.
Version littérale de la chanson du choixpeau :
« Chaque année commence de cette façon
Avec des visages vieux et nouveaux
Et des première année qui occupent la salle
Et font la queue-leu-leu
La plupart d'entre vous paraît effrayée à en mourir
Alors que vous attendez votre tour
Je vous promets, ça ne fera pas très mal mais
Il y a quelque chose que vous apprendrez
Voyez-vous, c'est mon boulot de vous dire
Où vous devez être
Et de regarder dans votre esprit et de juger
Votre cœur sur ce que je vois
Maintenant, voici la partie où j'explique
Ce que les différentes Maisons signifient
Cette connaissance vous donnera quelques idées
Sur quelle Maison vous devriez vous pencher
Mais des fois, les chapeaux s'ennuient vous savez
Et des fois, ils deviennent fatigués
De vous chanter des chansons identiques
Et donc j'ai été inspiré
De vraiment changer les choses
Et d'avoir un peu d'amusement
Et de vous raconter à tous l'histoire
D'une chanson qui n'a pas été chantée
Car il était une fois un enfant sorcier
Qui passa par cette même porte
Il écouta pendant que je lui parlai
Des quatre grands fondateurs
Il s'entra dans la tête qu'une
Maison se tenait au-dessus des autres
Et quand il me mit sur sa tête
Il pensa qu'il savait mieux
Et bien que je lui disse le contraire
Il résista obstinément
Et n'alla pas là où il appartenait
Malgré ce que j'avais insisté
Et bien que ce garçon obtînt son souhait
Ses besoins ne furent jamais satisfaits
Il passa sa vie à l'école à regarder en arrière
Ce jour avec regret
Si seulement il avait écouté quand
Il entendit sa destinée
Il passa ses années menotté quand
Il aurait pu être libéré
Cette année, vous ne trouverez pas de différences
Des Maisons dans ma chanson
Vous viendrez à moi impartiaux
Et vous irez là où vous appartenez
Donc s'il vous plaît oubliez les choses que vous avez entendues
Ou ce que vos amis pourraient faire
La chose la plus importante est de trouver
Ce qui est juste pour vous. »
NDA : Dooonc presque 40 000 mots plus tard… ce chapitre m'a en quelque sorte échappé. C'est comme, je fais un brouillon et dis "ok, je veux atteindre cet événement avant de poster". Puis je suis genre : "mais chronologiquement, ça doit arriver avant, et je voulais vraiment introduire cette intrigue secondaire avant de sauter là-dedans, et puis soudain mon mignon petit brouillon bébé est un chapitre monstre diabolique avec des crocs. Dans tous les cas, j'espère que quiconque lisant encore cette histoire a aimé le chapitre. Merci infiniment pour tous ceux qui y restent collés. Plein d'amour. -Violet
NDA2 : Pour votre information, l'emploi du temps est le même que l'année dernière à part pour Vol :
Lundi : Sortilège, HdlM, Déjeuner, DCFM
Mardi : Métamorphose, Botanique, Déjeuner, Temps libre
Mercredi : Sortilège, HdlM, Déjeuner, DCFM, Astronomie
Jeudi : (pas de cours à la première heure car couché tard pour Ast.), Potions (théorie), Déjeuner, Métamorphose
Vendredi : Double Potions (pratique), Déjeuner, Botanique
NDT : Bienvenue mes chers soldats dans les notes de fin. J'espère que vous avez apprécié le chapitre, n'hésitez pas à laisser un petit mot d'encouragement pour votre petite traductrice en lui disant ce que vous en avez pensé. D'ailleurs, je prie pour que vous receviez la notification de ce nouveau chapitre parce que j'ai découvert que FFnet retirait maintenant automatiquement les notifications tous les six mois… (quand j'ai reçu des notifs sur l'appli mobile et pas par mail, c'est là que je me suis dit que y avait un truc qui n'allait pas. Ça m'a fait louper des reviews aussi T_T) Donc allez checker vos paramètres si vous êtes comme moi. En tout cas, j'espère que je pourrai sortir le prochain chapitre un peu plus vite. Quoi qu'il en soit, il est plus court.
NDT2 : Petite incohérence de la part de Violet : Alice était indiquée comme étant en 5ème année dans PP. Je ne sais plus si je l'avais "corrigé" ou pas, donc je préfère vous l'indiquer. Elle aurait dû être en 6ème année.
