Notes de l'auteur:

Mes chères lecteurs, c'est avec un immense plaisir que je vous présente (prématurément!) le chapitre 5 de Sundenbock, initialement prévu pour la fin du mois de Juillet, car je croyais ne pas disposer d'assez de temps libre pour le finaliser plus tôt! C'est donc avec joie que je vais débuter l'écriture du chapitre 6: je ne peux cependant pas vous promettre une date de sortie précise, mais je compte le terminer avant la fin des vacances d'été, pour sûr!

Le prochain chapitre sera narré du point de vue de Levi: je n'ai que trop délaissé ce personnage, pourtant essentiel à l'intrigue de cette fic! XD

Sur ce, je ne vous retiens pas d'avantage: bonne lecture à vous, et n'oubliez pas de laisser une p'tite review, c'est toujours un immense plaisir pour moi de découvrir votre ressentie! ;)


Voilà bientôt dix minutes que Morphée, par son immense bonté, avait entrepris de libérer le jeune soldat de son songe mortifère.

Eren, les cheveux ébouriffés et le visage humide de sueur et de larmes, ne put supporter d'avantage l'angoisse qui étouffait son cœur et martelait ses tempes. Son malaise s'intensifia lorsqu'il sentit un fluide poisseux couler le long de son vit, humidifiant lentement et insidieusement ses cuisses et son pantalon de nuit.

Il lui fallait immédiatement faire sa toilette, avant que l'un de ses supérieurs ne le trouve dans cet état !

Eren se leva de son lit avec un tel affolement que ses jambes ne purent le soutenir complètement. Il trébucha, tombant ainsi à genoux, avec comme seul soutient ses mains moites et tremblotantes.

Le semi-titan pantelait. Depuis son éveil, il peinait à reprendre contact avec la réalité.

Il n'osait se remémorer l'entièreté de son rêve impure, profondément gravé dans sa mémoire. Et bien qu'il tentait vainement de les réprimer, la honte et le désespoir qui l'avait assaillit durant ce songe étaient encore bien présent en son for intérieur…

Jaeger en souffrait terriblement, et ce, malgré le bref soulagement qui l'avait tantôt envahi en réalisant que toutes ces péripéties n'avaient été engendrées que sur l'impulsion de son esprit chamboulé par la mélancolie.

Dans la fleur de l'âge, il était courant pour le jeune soldat de laisser son esprit vagabonder vers des chimères à caractère sensuelles. Des rêves incontrôlables de pure débauche, où se dessinait de façon systématique des courbes robustes et viriles…

Des images faisant totale opposition aux livres d'illustrations obscènes que lui avait présenté Armin il y a trois années de cela : après une longue journée de labeur au camp d'entraînement de la 104eme brigade, Jaeger se souvenait encore de la fascination malsaine qui l'avait envahit à la vue de ces pages interdites, sur lesquelles l'artiste à l'origine de cet ouvrage avait mis en œuvre ses talents, représentant ainsi toute l'élégance et la volupté propre à la beauté féminine…

Eren n'avait jamais fait part de ses penchants à qui que ce soit, pas même à ses plus proches amis. A l'époque, il préférait que l'on garde de lui l'image d'un crétin suicidaire ne pensant qu'à massacrer du titan, plutôt que celle d'un pervers, obsédé par les nombreux atouts que possédaient ses homologues masculins et insensible aux formes généreuses qu'arborait ses camarades du sexe opposé.

De plus, le fait que son esprit capricieux ait eu l'audace, la traîtrise de le dépeindre lui, l'insignifiant et monstrueux Eren Jaeger, dans les bras du sublimissime Caporal-chef Levi… Le souvenir de ces ébats oniriques enclencha chez Eren un frisson, qu'il choisit d'assimiler à de la répulsion.

Se redressant avec prudence, Eren avanca de quelque pas, puis fit savoir aux gardes qu'il était réveillé, et qu'il désirait faire sa toilette. La lourde porte, suite à un cliquetis, s'ouvrit dans un grincement sinistre, libérant temporairement l'inculpé de sa prison.

Sans même laisser à ses bourreaux le temps de l'accabler de leurs habituels commentaires cyniques, Eren s'empressa de monter au troisième étage du régiment.

La recrue angoissée n'avait qu'un objectif en tête : plonger dans l'eau du baquet commun afin de purifier son corps souillé par le vice, et par là même, de purger son cœur de l'affliction et de la honte.

Mais son manque d'attention lui porta rapidement préjudice, car au détour d'un couloir, Eren eut le malheur de buter contre un dos solidement sculpté...

C'est avec une horreur sans nom qu'il réalisa que ce même dos appartenait à nul autre que le Caporal-chef Levi, qui suite à cette collision, se retourna pour venir planter son regard d'acier dans les pupilles écarquillés de son subordonné.

Le vétéran faisait d'abord face à deux autres recrues du bataillon d'exploration : Mikasa Ackerman et Armin Arlert. À cause de son manque de prudence, il semblerait qu'Eren ait interrompu une discussion entre son supérieur, son ami d'enfance et sa sœur adoptive… Cette pensée ne fit qu'intensifier d'avantage le sentiment de désarroi que les yeux de lynx du Caporal avait déjà bien attiser chez le semi-titan.

C'est ce même regard perçant qui déclencha chez Eren l'apparition d'une multitude d'images subliminales.

Il revit des scènes de son rêve de la nuit dernière… Des instants qu'il aurait préféré oublier : les caresses de son Caporal, les quelques paroles qu'ils ont échangées, les sensations, les soupirs, les grognements, les bruits obscènes… La luxure, le plaisir, la félicité…

Puis l'écho de ses instincts… Le désespoir, le regret…

Et le regard de pur mépris que le Caporal avait finit par lui adresser.

Bien qu'Eren demeurait tout habillé de ses vêtements de nuit, il ne put refréner la détestable sensation d'être mis à nu par les trois paires d'yeux qui l'examinait avec grande attention. De ce fait, le jeune homme craignait que leur regard ne s'aventure un peu trop bas… Plus exactement vers la tâche humide que le fluide engendré par sa débauche avait commencé à former, et que seul un bain salvateur pourrait éradiquer.

La jeune recrue sentit une boule se former progressivement dans sa trachée, car il devait en ce moment même affronter le regard glacial de l'objet de ses immondes fantasmes... Il devait faire face à l'homme qu'il avait rêvé de dévorer !

Comment ne pas se sentir honteux dans de telles circonstances ?

Comment ne pas craindre que la sauvagerie dont il avait fait preuve en rêve, ne finisse par devenir réalité ?

- Eren ? Souffla suspicieusement Levi, en voyant son cadet le regard baissé, les dents et les poings fermement serrés, les jambes tremblotantes.

Mikasa et Armin, témoins de l'étrange scène qui se déroulait face à eux, sentirent l'incompréhension et l'inquiétude s'emparer de leur être. Qu'arrivait-il à Eren ? Le jeune homme était comme pétrifié par le regard de son superviseur. De plus, il tremblait de la tête aux pieds !

- Eren, est-ce que tout va bien ? Regarde-moi, s'il te plaît. Demanda avec tendresse Mikasa, tout en s'approchant prudemment de son frère de cœur, qui semblait ne pas avoir pris conscience que l'on s'inquiétait de son état.

À cause de toutes les émotions négatives qui l'accablait, Eren fut prit d'un accès de panique en sentant une main se poser sur l'une de ses joues. Il repoussa le geste de sa sœur avec férocité, faisant fi des regards abasourdis engendrés par sa brusquerie, puis entreprit de continuer sa course vers la salle d'eau commune située au fond du couloir.

Mais à l'instant même où il put se saisir de la poignet du lieu qu'il convoitait, la jeune recrue hésita quelques secondes à pénétrer dans la salle lorsqu'il entendit l'objet de ses désirs impurs crier au loin son prénom d'une voix impérieuse.

Eren aurait sûrement dû obéir à l'ordre implicite de son supérieur : il lui fallait expliquer le pourquoi de son comportement instable, sans quoi, il risquerait de s'exposer à des sanctions.

Mais il n'en fit rien.

Dévoré par le déshonneur et la peur irrationnelle de devenir un danger pour les personnes qu'il chérissait, le semi-titan décida de s'enfermer à double tour dans la salle d'eau, et tenta par la suite d'ignorer les appels de ses deux amis d'enfance.

Dos à la porte, le jeune soldat se laissa glisser contre le bois solide. La tête soutenue par ses genoux tremblants, la recrue put enfin laisser couler les larmes qu'elle avait tant retenues.

L'intensité des appels désespérés de ses proches finit par diminuer au fil des minutes qui passèrent, jusqu'à ce qu'ils furent remplacés par un calme pesant. Étrange : se pourrait-il que ses proches aient compris la nécessité de laisser Eren seul durant quelque temps ? Qu'importe : tout ce qui comptait, c'était que Jaeger pouvait enfin sentir l'angoisse pesante de son cœur s'atténuer au fur et à mesure que ses larmes coulaient.

Pour la seconde fois, Eren avait fui.

Face à cette pensée, le jeune homme ne put retenir un ricanement froid, sardonique : comment son idole le percevrait-il, s'il le voyait dans cet état ? Certainement le prendrait-il pour un « merdeux inutile », pleurnichard, une « perte de temps », un froussard de première ligne, un immonde pervers... Voilà tout ce qu'il était !

Les mots doux que son Caporal lui avait adressé durant son songe ne seraient jamais rien de plus que des chimère cruelles et absurdes : à son stade actuel, jamais le novice ne gagnera l'estime de l'homme s'étant porté garant de sa vie.


Une fois s'être lentement levé du sol, Eren se sentait comme vidé de toutes pensées.

Instinctivement, il entreprit de se déshabiller entièrement, jetant provisoirement ses vêtements sales dans un coin de la pièce, pour ensuite plonger avec prudence son corps imberbe dans l'eau chaude du baquet en bois, préalablement (et bien heureusement!) renouvelée par les femmes de chambre.

Qui prendrait plaisir à se baigner dans une eau crasseuse ? La recrue ne se sentait déjà que trop sale.

Le semi-titan débuta ainsi sa toilette matinale, nettoyant minutieusement chaque parcelle de peau souillées par le fruit de ses fantaisies oniriques.

Tandis qu'il débarrassait son corps des impuretés qui le couvrait, Eren ne put empêcher sa pensée de vagabonder là où il ne fallait pas traîner. Son esprit s'appliquait ainsi sournoisement, à rejouer en boucle la fin du rêve érotique du jeune garçon… Cet instant précis, où Jaeger s'était retrouvé séduit -pour ne pas dire excité par l'idée de dévorer son supérieur au moment où celui-ci s'y attendrait le moins.

Sentant de nouveau la honte et la colère surgir en son for intérieur de façon insidieuse, le semi-titan tenta pour la première fois de contenir son émotivité en fermant les yeux. Lorsqu'il les ouvrit de nouveau, se fut pour fixer en chien de faïence l'écœurante image de son visage qui se reflétait dans l'eau de son bain.

Les traits déformés par une haine féroce dirigée vers sa propre personne, Eren gifla avec hargne la surface de l'eau dans un bruit de claquement humide, brouillant ainsi le reflet du minois qui s'imposait à lui, et dont la vue l'insupportait plus qu'à l'accoutumé.

Le jeune soldat n'en pouvait plus de ressentir. Il ne voulait plus rien éprouver : ni honte, ni angoisse, ni tristesse, ni colère… Pas même de stupre !

Tous ces sentiments le rendaient si faible ! Faible au point d'oublier l'ultime objectif qui donnait encore un sens à sa misérable vie : celui de devenir une arme surpuissante, capable de repousser les titans et de sauver l'humanité toute entière d'un terrible cataclysme.

Une arme digne de ce nom ne ressent rien.

Un outil n'a pas besoin de sentiment, car sa fonction n'est pas de ressentir -et encore moins de penser, mais d'être utile à son manieur.

C'est pourquoi Eren désirait ardemment réaliser son rêve : celui de devenir le bouclier salvateur de la race humaine.

Il n'y avait que de cette façon que la recrue pouvait se préserver des sévices de ce monde, et par là même de protéger la vie fragile de ses camarades : il devait fortifier les défenses entourant son cœur meurtri par la haine et la défiance d'autrui.

Il devait éradiquer toute notion de sentiment en son for intérieur, pour assurer la sauvegarde de l'humanité.

Son songe nocturne constituait un avertissement de taille : il viendra un jour où les gênes titanesques d'Eren prendront entièrement le contrôle du peu de bon sens dont il dispose encore… Et si le soldat prenait la décision de se retourner contre l'humanité… Alors les personnes qu'il s'était juré de protéger au péril de sa vie connaîtront le sens réel du mot « désespoir ».

Conscient du danger que ses pouvoirs représentaient, Eren devait littéralement tuer ses émotions. Car c'est bel et bien son émotivité qui risquait de causer du tort à ceux qu'il devait préserver de l'extinction.

Jaeger doit devenir l'arme la plus parfaite qui soit : une arme alliant puissance et obéissance !

À première vue, cet objectif semblait disproportionné : mais à force de temps et d'expérience, le semi-titan demeurait persuader qu'il atteindrait son but.

De plus, en atteignant cet idéal, Eren pourra enfin réaliser l'un de ses rêves les plus secret : celui de devenir l'égal de son Caporal, celui d'être perçu par Levi comme étant un soldat dévoué, talentueux, et assez mature pour obtenir le respect, voire même l'admiration de cet homme d'exception.

C'est ainsi que pour la deuxième fois au cours de sa jeune vie, Eren, les pupilles étincelantes d'une lueur nouvelle, fit une promesse solennelle, un serment qui le guiderait jusqu'à la fin de ses jours : plus jamais il ne laissera la moindre larme couler de ses yeux.

Dans ce monde cruel, les miracles se faisaient rares… Pourtant, à l'instant même où Jaeger énonça intérieurement sa nouvelle maxime, le sentiment de manque qui le prenait d'assaut depuis la veille, cette ignoble sensation qui avait causé la disparition de ses pouvoirs, cette perte que le jeune soldat croyait irréversible… N'était plus qu'un mauvais souvenir.