Hey ! ça faisait longtemps !

C'est avec une grande émotion et une immense fierté que je vous présente le chapitre 6 de Sundenbock ! Le chapitre 7 est quasiment terminé. Je le sortirais le moment venu !

Bonne lecture à tous et toutes ! :D


Quatre heures. Un nouveau record de sommeil pour le caporal-chef Levi, un officier accompli reconnu pour sa force herculéenne, et paradoxalement pour ses constants problèmes d'insomnies.

Le soldat le plus fort de l'humanité présuma, au vu des infimes rayons de soleil qu'il pouvait percevoir à travers les fentes des volets de sa chambre, que le soleil venait à peine de se lever.

Frottant du dos de ses mains ses paupières alourdies par la fatigue, le vétéran se redressa lentement, faisant craquer les lattes soutenant le matelas de son lit. L'été approchant à grand pas, il était de plus en plus difficile pour Levi de supporter la chaleur régnante en son gîte. Cela expliquait le fait qu'il ait entrepris, depuis maintenant plusieurs jours, de dormir en ne portant aucun vêtement qui risquerait de le faire transpirer : la chaleur avait tendance à rendre sa peau moite, voire collante, et il était connu de tous que Levi haïssait cette sensation d'humidité. Ça lui donnait l'impression d'être continuellement poisseux, sale : l'été et ses désagréments fâcheux, en outre.

Une fois ses volets ouverts et son lit fait, le militaire dénudé zieuta l'horloge comtoise postée non loin de son lit pour connaître l'heure: il était six heures et demie. Il disposait donc d'une heure entière pour manger, faire sa toilette, puis enfiler son uniforme.

Son organisation était comme à l'accoutumé : rigoureuse, précise. Certains diraient même qu'elle est à l'image du caporal-chef : elle frôle la perfection.


- Bonjour Levi! Toujours aussi ponctuel, à ce que je vois ! S'exclama Hanji avec enthousiasme, tout en fermant la porte du bureau d'Erwin derrière elle.

- Et toi, toujours à la bourre, la bigleuse. Tu mettais tellement de temps qu'Erwin a décidé d'aller se chercher un café, en attendant que tu daignes sortir de ton lit. Ça valait vachement la peine de se lever de bonne heure… Grogna sarcastiquement le caporal-chef, très agacé par les libertés matinales que prenait régulièrement sa collègue scientifique.

- Allons bon ! Je ne suis pas en retard à ce point, tout de même… marmonna Hanji tout en jetant un coup d'œil à l'horloge murale de son major.

Elle fut stupéfaite en réalisant qu'il était déjà 8h30. L'entretien avec Erwin était censé débuter à 7h30…

- Ça fait plus d'une heure qu'on poireaute, Hanji. Fais au moins semblant d'en avoir quelque chose à foutre, s'il te plaît.

- Bon, j'ai vraiment exagéré cette fois-ci, je l'admets! Il faut dire que je n'ai pas dormi autant que je l'aurais souhaité… le cas d'Eren m'a tellement occupé l'esprit, que j'ai passé une bonne partie de la nuit à faire des recherches : c'était épuisant, mais extrêmement instructif! J'ai hâte de partager mes découvertes avec toi et Erwin!

Hanji fut stoppée dans ses explications lorsque Erwin fit son entrée dans le bureau, une tasse de café à la main et un léger sourire aux lèvres. Saluant Hanji, il ne lui tint pas rigueur pour son retard fulgurant, qui était totalement justifié à ses yeux : après tout, Hanji était connue pour sa passion dévorante pour les sciences anatomiques et psychologiques, passant des journées et des nuits entières à affiner ses connaissances. Cette curiosité insatiable était ce qui faisait la force de cette femme exceptionnelle, Erwin n'allait donc certainement pas lui faire le moindre reproche à ce sujet… pas pour cette fois, en tout cas.

Prenant soin de fermer la porte derrière lui, le major du bataillon d'exploration s'installa à son bureau, et invita ses camarades à faire de même.

-Levi, Hanji, vous aviez demandé à ce que nous discutions en privé d'une situation que vous m'aviez décrit comme étant problématique. Pouvez-vous m'en dire un peu plus, maintenant que nous sommes à l'abri des oreilles indiscrètes ? Quémanda le soldat d'élite à ses compagnons d'armes.

- Si Levi n'y voit pas d'inconvénient, je veux bien te faire un résumé de ce que nous avons pu observer ces dernières semaines concernant le cas de la nouvelle recrue Eren Jaeger… Commença Hanji, en lançant un petit regard en direction de son collègue, qui lui fit un geste de la tête approbateur.

- Vas y Hanji, je te ferai signe si j'ai quelque chose à ajouter. Déclara Levi.

- Très bien, je me lance. Promis je fais simple ! S'empressa de préciser la scientifique avant de reprendre. Nous avons remarqué qu'Eren avait de grandes difficultés à se sentir à l'aise parmi ses camarades. La raison est assez évidente : il peine à accepter sa condition de semi-titan. Il est pris d'assaut par ses responsabilités particulières, ce qui est normal, vu la lourde charge qui repose sur ses épaules. Je pense qu'il est tout aussi important d'évoquer son fort degré d'épuisement physique, causé par les nombreuses expériences que nos supérieurs hiérarchiques m'ont ordonné de mener. Dieu sait que j'aimerais davantage ménager ce garçon, mais la découverte de ses pouvoirs étant encore trop récente, je n'ai d'autre choix que d'obéir aux demandes du général Zackley… comme vous le savez déjà, le gouvernement voit en Eren une menace potentielle : d'où l'intérêt de garder un œil sur lui, et d'étudier minutieusement le fonctionnement de ses transformations pour trouver un moyen de contrer ses éventuels accès de rage.

- Je comprends, réagit Erwin, pinçant son menton d'un air pensif, les conditions de vie d'Eren ne l'aident pas à se sentir serein, car il a le sentiment d'être sous surveillance constante. J'ai conscience que les attentes de nos supérieurs peuvent paraître disproportionnées, mais…

- Elle n'ont pas juste l'air d'être disproportionnées Erwin: elles le sont vraiment. Coupa sèchement Levi. La pression que ces sales porcs exerce sur le gamin a eu des conséquences désastreuses, aussi bien pour lui que pour nous tous. La preuve étant qu'hier après-midi, il a été incapable de se transformer en titan. Il avait beau déchiqueter la peau de sa main, ça n'a servi strictement à rien : il n'a pas réussi à se servir de ses pouvoirs. J'ignore de quoi ça peut venir, et encore moins si ça va durer, mais une chose est sûre : si cette histoire arrive aux oreilles des hauts-placés du régiment , ils ne chercheront pas plus loin que le bout de leur nez. Ils considèreront qu'Eren est devenu inutile à notre cause. Il sera certainement condamné à mort, histoire de faire bonne mesure….

L'air grave du caporal-chef Levi indiquait qu'il se plongeait dans une réflexion profonde et difficile.

De toute évidence, Eren était un soldat de bonne volonté. Le sot qui oserait contredire ce fait serait au mieux un inconscient fini, au pire un menteur orgueilleux. Le destin de ce jeune garçon, intimement entrelacé avec celui de l'humanité à moitié décimée, restait cependant incertain : Eren mènera-t-il réellement ses semblables vers la victoire ? Était-il vraiment digne de confiance ? Il n'y avait pas d'issues prédéfinies à ces questionnements : c'est pourquoi Levi comptait continuer à suivre son propre jugement, pour faire un choix avec le moins de regrets possibles.

Il a donc décidé de dédier sa lame et son cœur à l'ensemble de l'humanité, tout en plaçant ses espoirs en la personne d'Eren Jaeger, sans jamais négliger la moindre éventualité, dont celle de la trahison ou de l'échec.

Si la recrue Jaeger méritait d'être tuée, les motifs de cette exécution ne devraient pas être utilitaires, mais éthiques : seule la trahison pouvait justifier la condamnation de ce garçon, et non pas ses performances durant les expériences imposées par le régiment. C'est juste… beaucoup trop injuste. Surtout quand Levi ressentait toute la hargne, le zèle qui émanait constamment de ce jeune homme.

- Sans forcément imaginer le pire, je suis globalement d'accord avec ce que dit Levi, déclara posément Hanji à l'intention d'Erwin. Le mal-être d'Eren a eu des répercussions manifestes sur la qualité des résultats des expériences que nous avons menées ensemble… et mes recherches d'hier soir m'ont permis d'y voir plus clair à ce sujet.

En entendant cela, Levi ne put refréner le sentiment de soulagement qui l'envahit en réalisant qu'Hanji avait peut-être trouvé la cause des difficultés du jeune Jaeger. Erwin était également très curieux de connaître le fin mot de toute cette histoire.

- En psychologie, entama la scientifique, il existe un phénomène nommé psychosomatisme. Pour faire simple, plusieurs travaux ont prouvé qu'il existait un lien assez étroit entre notre corps et nos émotions. Certains blocages émotionnels, s'ils ne sont pas pris en compte à leur juste valeur, peuvent avoir des conséquences bien réelles sur notre état physique. Prenez une personne anxieuse, par exemple : elle ressentira des symptômes liés à son mal-être émotionnel. Boule dans la gorge, palpitations, rigidité musculaire, mais aussi des troubles du comportement ou des phobies… Eren n'échappe pas à cette règle. Pire encore, son hygiène émotionnelle étant loin d'être idéale, je mettrais ma main à couper que son mal-être a fini par parasiter ses capacités de transformation… Je pense qu'il serait judicieux de le ménager pendant quelques jours avant de reprendre le moindre protocole expérimental.N'en déplaise à nos supérieurs ! Je veux que ce garçon se repose un maximum, qu'il se recentre un peu plus sur lui-même.

- Je comprends ton point de vue, Hanji, s'exclama le commandant du bataillon d'exploration d'un ton solennel, mais malgré notre désir réciproque d'aider notre recrue, je tiens à rappeler que nous traversons une période plus trouble et incertaine que jamais. Notre situation actuelle ne nous permet pas le moindre relâchement. Le bien-être d'Eren a son importance, mais des résultats concluants et rapides restent attendus par nos supérieurs... De ce fait, je ne peux accorder qu'un repos très bref à Eren: disons deux jours sans entraînement et sans expérimentations, en plus des deux jours de congés réglementaires attribués à l'ensemble des soldats.

Voilà une annonce plutôt réjouissante ! Bien qu'Eren mériterait bien plus que quatre jours de repos au vu de l'énergie qu'il a mobilisé ces derniers mois, la scientifique était en mesure de comprendre les enjeux actuels auxquels l'ensemble du régiment devait faire face. L'humanité toute entière avait besoin d'Eren Jaeger. Trop d'inactivité de sa part pourrait avoir de sérieuses conséquences sur le pouvoir d'action du régiment.

C'était la triste réalité : Eren ne peut certainement plus être considéré comme un soldat lambda. Les responsabilités qui lui incombent sont fondamentalement différentes de celles de ses camarades. La scientifique a conscience que cette situation cause beaucoup de tort à Eren, mais ces mesures profondément injustes sont malheureusement nécessaires et irrévocables… Pour le moment, il ne peut en être autrement.

En jetant un coup d'œil vers Levi, Hanji ne fut pas étonnée de voir que le caporal était fidèle à lui-même : calme, mesuré, presque calculateur. Il semblait une nouvelle fois plongé en pleine réflexion… Prévoit-il de formuler une autre demande à Erwin ?

Erwin, comme durant son discours de présentation du bataillon d'exploration, arborait une expression déterminée. Grand stratège, il a confiance en ses intuitions, et estime prendre la meilleure décision, celle qui profiterait à l'ensemble de l'humanité.

Erwin continua donc sur sa lancée :

- Cette mesure ne doit être connue que de nous trois. Si ce sujet arrivait aux oreilles des autres recrues, cela pourrait créer un sentiment d'injustice parmi elles… Eren se sent assez marginalisé comme ça, n'empirons pas les choses en partageant avec nos soldats une information qu'ils auront du mal à cautionner. Nous devons garder une cohésion de groupe à tout prix, en évitant les moindres discordes. L'annonce d'une telle nouvelle aurait des conséquences néfastes sur le comportement des camarades de Eren.

Le caporal Levi et le major Hanji ne pouvaient qu'acquiescer. Les recrues du bataillon s'entraînent actuellement d'arrache-pied, de l'aube jusqu'au crépuscule, obéissant aux directives de leurs supérieurs sans le moindre répit. Une recrue standard n'a le droit qu'à deux jours de repos complet dans la semaine, l'état d'urgence annoncé par le gouvernement rendant d'autant plus rare la possibilité de partir en vacances pour passer du temps en famille. Une situation peu confortable, pour l'ensemble des recrues et des vétérans… mais cette réglementation sera maintenue tant que la menace exercée par les titans sur les murs n'aura pas été stabilisée. Et Dieu sait qu'un apaisement des tensions entre les humains et titan pouvait prendre un temps difficilement déterminable…

- C'est quand même navrant, marmonna Hanji d'un air résigné, de devoir débattre du droit au repos d'un de nos soldats.

- La situation est délicate, mais on a l'habitude, c'est notre dada quotidien ce genre de galère, répondait nonchalamment Levi, c'est pas dans ma nature d'être fataliste, loin de là. J'ai même une idée à vous proposer, tous les deux : le moyen le plus sûr d'éloigner Eren de la malveillance de ses collègues et de nos supérieurs serait peut-être de l'éloigner physiquement du QG, non ?

Interloqués par une telle proposition, le commandant Smith et le major Zoë redoublèrent d'attention.

- Qu'est-ce que tu veux dire, Levi ? Demanda Erwin.

- Je peux pas faire plus clair : on pourrait laisser Eren respirer un peu, en l'éloignant du QG principal. Avec mon escouade, on se chargera de l'accompagner jusqu'au château de Lahneck, l'ancien QG du Bataillon d'Exploration. Mais pas seulement pour le laisser profiter de ses congés, hein ! Pour éviter les râleries des autres porcs qui nous servent de supérieurs, je pense que ce serait mieux de le laisser là-bas, sous la surveillance de mon escouade et de moi-même, le temps que les choses se calment du côté du régiment. Faut que la situation s'éclaircisse un peu, avant de laisser Eren revenir parmi les autres recrues…. Hanji ferait même mieux de nous accompagner aussi, pour continuer ses expériences.

- Mais quelle bonne idée ! S'exclama Hanji. Monsieur Zackley n'a jamais parlé d'une quelconque interdiction de muter Eren, d'autant qu'il continuerait d'être sous la surveillance du régiment. Cette demande ne devrait pas poser problème, n'est-ce-pas Erwin ?

Erwin s'accorda quelques secondes de réflexion.

Il avait une confiance absolue et infaillible en Levi. Son caporal semblait confiant vis-à-vis de ses capacités à corriger la moindre anomalie, fût-elle causée directement par Eren ou non… Sans compter sur le niveau d'expertise plutôt élevé des membres de l'escouade Levi.

Tout indiquait que cette mutation avait de fortes chances de se dérouler convenablement. Il faudrait néanmoins en informer le général Zackley : bien que sous la responsabilité du bataillon d'exploration, le cas d'Eren demeurait préoccupant pour l'ensemble du régiment, tout corps d'armée confondu. Erwin privilégie donc toujours la transparence avec ses supérieurs quant à ses décisions.

Du moins, "transparence" est un bien grand mot : il sera nécessaire de faire l'impasse sur certaines informations, notamment les difficultés que rencontre Eren à se transformer. Il fallait impérativement préserver l'intégrité de ce jeune homme, ne pas tendre des perches aux haut placés (qui seraient prêts à placer Eren entre les mains des Brigades Spéciales, gâchant le potentiel énorme de ce garçon), et laisser du temps au major Hanji pour qu'elle parvienne à trouver une solution efficace à ce problème de transformation. Il fallait absolument gagner du temps, autant que nécessaire : chaque seconde était précieuse, dans cette course contre-la-montre vieille d'un siècle.

Erwin faisait, comme à son habitude, un pari : il plaçait sa confiance en ses camarades, en son propre jugement, mais aussi en Eren Jaeger, la seule lueur d'espoir qui restait à l'humanité dans les ténèbres funestes de la guerre.

- Je vais en informer notre général, répondit finalement Erwin. En attendant, tu as ma bénédiction, Levi. Amène Eren au château de Lahneck. J'attends de toi et Hanji une correspondance aussi régulière que possible, vos rapports devront faire état de tout événement notable. Ne négligez aucune information : je me prépare à envoyer du renfort à la moindre urgence.

- J'en prends note, réagit le caporal-chef. Essaie de faire court Hanji, ou ce pauvre Erwin va encore passer des nuits entières à lire tes pavés.

- Mais… je m'applique, c'est tout ! S'agita Hanji, les joues rougies par l'embarras, Erwin a toujours apprécié ma précision et mon sens du détail en lisant mes rapports… Des qualités qui font défaut à un pragmatique comme toi !

- Peut-être que tu as raison… En attendant, je me lève à l'heure, moi.

- Ne commence pas à jouer sur ce terrain-là, toi ! Tu ne voudrais quand même pas te mettre à dos la merveilleuse scientifique que je suis !

- T'as raison, ce serait dommage… on a encore besoin de tes lumières, donc je vais éviter de te vexer. Profites bien, parce que le jour où les titans n'existeront plus, je vais t'emmerder jusqu'à la tombe !

Erwin ne put s'empêcher de pouffer. Une telle vue se faisait bien rare, en ces temps sombres : l'ironie, les taquineries, les éclats de rire… Il est si difficile de se sentir pleinement décontracté, et ce, même en période de repos. Erwin en sait quelque chose : ses épaules n'ont jamais pesé aussi lourd qu'en ce moment précis.

Ses précieux compagnons d'armes (y compris ceux tombés vaillamment au combat) méritent d'être bénis des cieux. La liste des raisons est longue : pour être resté à ses côtés jusqu'au bout, pour avoir mis leur expertise militaire au service du bataillon d'exploration et d'être resté inconditionnellement loyal, autant dans la cadre du travail qu'en amitié. Ce sentiment de pure reconnaissance ne faisait que se renforcer en voyant Levi Hanji se chamailler.

Parce que, mine de rien, Erwin arrivait à concevoir ce que pouvait ressentir Eren : il est si facile de sombrer dans le désespoir le plus total lorsqu'on se sent isolé du reste de la société. Lorsqu'on se sent entraînée de force par le cours funeste des choses.

Raison de plus pour tenter, dans la mesure du possible, d'aider ce garçon. Que l'humanité soit plongée dans le plus macabre des enfers ou qu'elle réussisse à triompher avec bravoure des titans, nul ne mérite de vivre ce moment décisif de l'Histoire en solitaire.


Levi et Hanji venaient de sortir du bureau du commandant Erwin, et se mirent à s'éloigner des lieux d'une allure rapide et soutenue. Maintenant qu'une solution a été trouvée pour traiter le cas d'Eren Jaeger, il ne restait plus qu'à exécuter le plan annoncé. Levi s'est porté volontaire pour faire le premier pas.

Sur ce Hanji, je te laisse, déclara Levi en se stoppant au bout du couloir. Je vais discuter avec Eren, je descends dans les cachots.

Je t'en prie, fonce ! Je vais me hâter et rejoindre mon unité. A plus tard ~ Chantonna la major en agitant joyeusement sa main en signe d'au revoir, tout en marchant à l'exact opposé du chemin emprunté par son collègue.


Au même moment, Mikasa et Armin sortaient du réfectoire. Eren manquant à l'appel, les deux amis d'enfance du semi-titan ne pouvaient que s'inquiéter : ce n'est pas la première fois que le jeune Jaeger ratait son petit-déjeuner. Sauter des repas pouvait nuire à sa santé : c'est ce que s'évertuait à rappeler Mikasa, à chacune de ses visites dans le cachot où était cruellement détenue son frère de cœur. À croire que ses paroles, bien qu'elles aient toujours été emplies de compassion à l'égard du jeune Jaeger, ne parviendront jamais à atteindre l'homme qui fut jadis son sauveur. Même dans un moment aussi crucial, Mikasa se sentait relégué au second plan, observant avec impuissance et apitoiement son frère sombrer dans la solitude.

Armin partageait les mêmes inquiétudes que la belle Ackerman : Eren n'allait pas bien, il n'y avait pas besoin d'être un génie pour observer la détresse apparente de ce malheureux. Ce penchant de plus en plus prononcé pour l'absentéisme ne faisait qu'accentuer une impression fort désagréable chez le jeune prodige : le semi-titan prenait ses distances de façon drastique avec le reste du régiment. Il se renfermait, lentement, mais sûrement, sur lui-même, mettant à mal par la même occasion toute possibilité pour ses amis de garder un contact régulier avec lui.

Cette situation devenait de plus en plus préoccupante : il était temps d'agir, de ne plus tourner autour du pot et de confronter Eren au plus vite. C'est la conclusion qu'ont tirée Mikasa et Armin, à l'issue d'une conversation durant leur temps de repas.

C'est donc d'un pas décidé que les deux soldats se dirigeaient à l'unisson vers les cachots où demeurait leur meilleur ami, dans l'espoir qu'une discussion fructueuse était encore possible.

- Je n'en peux plus de cette situation… souffla la jeune asiatique d'un regard assombri par l'épuisement et le désarroi. Je ne veux plus qu'Eren se sente obligé de fuir le reste du régiment pour avoir la paix. Je veux qu'il sache qu'il n'est pas seul, et que s'isoler n'est pas une solution pour faire avancer les choses. Il donne bien trop de crédit aux sottises que débitent les abrutis qui ont le culot de l'insulter.

- Nous ferons de notre mieux Mikasa, répondit le blondinet. Connie et Jean ont peut-être fait le choix de la prudence et de l'effacement, mais il est évident que cette attitude n'est pas la bonne. Eren se sent seul, et en tant qu'ami, il est de notre responsabilité de lui montrer que ce n'est qu'une impression.

- Oui… Espérons qu'il soit prêt à nous écouter. C'est qu'il peut être têtu, quand il s'y met… Marmonna la guerrière aux cheveux de jais.

- Vous n'êtes pas censé vous diriger vers le terrain d'entraînement, vous ?

En entendant cette voix profonde et monotone, Mikasa et Armin durent stopper leur marche et se tourner en direction de ce son. Celui qui les avait impérieusement interrompues dans leur course n'était nul autre que le caporal-chef Levi, qui semblait se diriger vers une direction similaire à la leur.