Salut à tous, merci pour vos reviews, c'est vraiment encourageant de savoir que l'histoire plaît et qu'elle est suivie !

On se retrouve pour une nouvelle confrontation entre Rogue et Amelia.

Bonne lecture !

Chapitre 12 : Moldu

Janvier 1991 – Poudlard

« Et donc, de l'extrait de racine de valériane, » termina le professeur Rogue.

Amelia griffonna racine de valériane au bas de la liste qu'elle venait de dresser sur un bout de parchemin.

« Sept ingrédients, » résuma-t-elle.

« Lequel est le principe actif de l'anti-chenilles, d'après vous ? », interrogea le maître des potions en faisant disparaître le contenu du chaudron d'un coup de baguette.

Relisant lentement la liste, Amelia ne répondit pas immédiatement.

Il avait fallu presque une quinzaine de jours pour déterminer la composition exacte de l'anti-chenilles et la proportion de chaque ingrédient à la goutte près. Les cours ayant repris, Amelia avait rencontré le professeur Rogue en fin d'après-midi plutôt que le matin. Le professeur Chourave lui avait permis de manquer les cours de botanique qui coïncidaient avec les heures aux cachots, sous réserve que l'analyse ne dure pas éternellement.

Cette séance était justement sensée être la dernière, et pourtant, quelque chose ne collait pas.

L'analyse permettait de rechercher des substances parmi une liste affreusement longue qu'un large panel de réactifs étaient supposés révéler.

« Pas de réponse ? », demanda impérieusement le professeur Rogue face au silence d'Amelia. « Je dois avouer qu'une telle incompétence est particulièrement décevante lorsque l'on s'adresse à une experte comme vous prétendez l'être… »

Désormais habituée aux provocations du maître des potions, Amelia ne prit pas la peine de lui faire remarquer qu'elle n'avait jamais prétendu quoi que ce soit de la sorte.

« Ça ne marche pas, » dit-elle finalement, en tournant la liste de manière à ce qu'il puisse la lire.

Le professeur Rogue ne considéra même pas la liste, préférant ranger le matériel. Agacée par son manque d'intérêt, Amelia récupéra la liste d'un geste sec.

« Il n'y a que le jabot de focifère qui ait un effet sur les insectes, » expliqua-t-elle d'un ton légèrement haché par l'irritation, « mais ce n'est qu'un répulsif, ce n'est absolument pas mortel. »

« Et vous ne venez à cette conclusion que maintenant ? », se moqua ouvertement le professeur Rogue. « Je commence à douter de cet Optimal dont vous vous êtes vantée… »

« Je n'ai jamais parlé d'aucun Optimal, » marmonna Amelia, devinant sans mal que l'homme avait trouvé son relevé d'ASPICs dans la publication officielle des résultats aux ASPICs du Ministère italien.

« Vous auriez dû, pourtant, » répliqua méchamment le maître des potions. « Je vous aurais alors demandé le nom de l'examinateur que vous avez corrompu pour obtenir la note maximale. »

« Personne n'a été corrompu, » répondit Amelia avec lassitude.

« Dans ce cas, les examinateurs italiens doivent être bien conciliants, pour accorder un diplôme malgré un tel manque de – »

N'écoutant plus les critiques de l'homme, qui ne semblait les formuler que pour son propre plaisir, Amelia se concentra sur sa liste, réfléchissant intensément à ce qui pouvait bien lui échapper.

« …homologue italien, dont les méthodes d'enseignement doivent être de bien piètre qualité, si vous voulez mon – »

« Cette recette, » coupa finalement Amelia en agitant sa liste, « correspond à un répulsif de mauvaise qualité, tout au plus à un anti-moustiques. »

L'interruption, étrangement, ne lui valut qu'un silence, ce qu'Amelia jugea préférable à la tirade précédente. Satisfaite, elle leva les yeux vers le maître des potions qui la jaugeait d'un air attentif, visiblement impatient de connaître la suite du raisonnement.

« Pourtant, » continua-t-elle, « c'est référencé comme anti-chenilles, et pour en avoir massacré plusieurs centaines, je sais que ce n'est pas un simple répulsif. »

« Nos analyses… », prononça lentement le professeur Rogue, d'un ton menaçant.

« Nos analyses sont bonnes, » anticipa Amelia, sachant très bien que l'homme allait se défendre d'avoir fait la moindre erreur. « Au pire, » ajouta-t-elle raisonnablement, « il n'est pas impensable de demander à quelqu'un d'autre de refaire les tests pour confirmer. »

Le regard meurtrier que lui jeta l'homme balaya cette suggestion.

« Mon hypothèse, » reprit Amelia, « est que notre anti-chenilles contient un ingrédient indétectable avec l'analyse par ajouts successifs ».

« Peu probable, » fit sèchement le professeur Rogue, faisant presque sourire Amelia qui avait deviné, avant même de terminer sa phrase, qu'il réagirait ainsi. « Un tel ingrédient est généralement rare, et horriblement cher, et je ne crois pas que cette potion soit particulièrement rare et chère. »

« Ce n'est pas le cas, » confirma Amelia. « D'après le professeur Chourave, qui l'a achetée de sa poche il y a quatre ans, ce n'était ni rare, ni cher, n'importe qui peut se rendre à la jardinerie magique et en acheter un chaudron de cinq litres sans débourser plus d'un gallion. »

« Dans ce cas, » poursuivit le professeur Rogue d'un ton implacable, « cette potion ne peut être composée que d'ingrédients courants, faciles à obtenir, et l'analyse que nous avons menée est faite pour détecter ce genre d'ingrédients. »

« C'est presque vrai, » fit Amelia.

Cette dernière remarque lui obtint un regard effroyablement glacial.

« Quel ingrédient fait selon vous exception ? », demanda froidement le maître des potions, clairement convaincu que la réponse serait une erreur.

« Ni vous ni moi ne connaissons le nom de la substance active, ni même le nom commercial du produit, » répondit Amelia, « mais je pense qu'il s'agit d'un produit moldu. »

Là, c'était dit.

Le regard polaire changea brièvement, et Amelia y vit quelque chose de presque…

Appréciateur.

Sans doute le mot le plus approprié pour qualifier l'absence momentanée de dédain.

« Un produit moldu, » répéta le professeur Rogue.

« Un insecticide, » précisa Amelia en pliant le parchemin sur lequel figurait la liste désormais inutile d'ingrédients.

« Que savez-vous à leur sujet ? », s'enquit impérieusement le maître des potions.

« Pas grand-chose, » répondit Amelia. « Ils servent à éliminer des insectes, de manière plus ou moins ciblée, comme les potions utilisées en agrimagie, mais je ne sais pas grand-chose de plus. »

« Votre mère est moldue, » pointa l'homme. « Vous arriverez forcément à trouver des informations. »

Entendre parler de sa mère saisit Amelia au cœur. Le choc se propagea en fourmillements jusque dans ses ongles, et lui donna presque la nausée. Pendant un court instant, ses pensées furent tellement bruyantes qu'elle craignit de les prononcer à haute voix.

Soudain, Amelia eut l'impression que le regard du professeur Rogue changeait, comme si elle venait de dire quelque chose d'inattendu.

Amelia ne sut pas d'où lui venait cette sensation, mais à cet instant, elle sut qu'il avait lu dans ses pensées.

Moins d'une seconde plus tard, l'expression du maître des potions s'effaça, et il la regardait de nouveau avec indifférence. Le changement fut si rapide qu'Amelia se demanda si elle n'avait pas simplement rêvé.

« Renseignez-vous, » ordonna seulement le professeur Rogue. « D'une manière ou d'une autre. »

Et brisant le fil qui reliait leurs deux regards, il tourna le dos et disparut dans son bureau.