— C'était moins une, remarqua une Rose essoufflée alors qu'ils s'installaient pour leur cours de sortilèges dès le lendemain matin.

Albus, assis à côté d'elle, marmonna quelque chose dans sa barbe sur le fait que si Rose était descendue plus tôt, ils n'auraient pas eu à courir dans les couloirs. Le cours commença quelques secondes après qu'ils se soient assis dans la salle de classe. Et Juliet soupira une nouvelle fois ce matin en entendant Rose rétorquer à Albus que s'ils ne l'avaient pas forcée à sortir la veille au soir, elle aurait eu plus de temps pour rattraper ses heures de sommeil. Mais Juliet finit par les ignorer, assise un rang devant eux aux côtés de Kenny Clarks – pour son plus grand malheur. Il n'arrêtait pas de lui lancer des regards suggestifs à chaque fois qu'elle parlait à James. Et cela avait le don de mettre Juliet hors d'elle.

Elle évita de lui prêter attention alors qu'il jouait avec sa plume d'un air nonchalant et se concentra sur le sort qu'expliquait le professeur Flitwick. Juliet se débrouillait à peu près bien dans cette matière, mais à la moindre nouvelle difficulté, elle se braquait. Ajouté au fait que son voisin de table et elle devaient faire équipe pour s'exercer sur le sort d'expulsion, elle n'arrivait à rien faire pendant ce cours. Une heure plus tard, ils sortirent de la salle de classe pour aller profiter du temps clément, mais Juliet restait toujours aussi morose. Albus le remarqua et se promit de l'aider à maîtriser ce sort dans la journée.

Il faisait beau dehors. Quelques groupes d'élèves profitaient eux-aussi du soleil et des températures relativement agréables de ce mois de septembre.

Juliette !

L'interpellée se retourna, sachant très bien de qui il s'agissait : il n'y avait que sa sœur qui pouvait l'appeler avec son accent français. Si Juliet s'était habituée à s'entendre appeler « Juliet » depuis des années, cela la choquait toujours un peu quand on prononçait son prénom correctement.

Rose et Albus s'arrêtèrent également, la première poussant un profond soupir en reconnaissant la sœur de Juliet. Le simple fait de l'apercevoir énervait Rose. Comme d'habitude, Andrea était accompagnée de sa clique de Serpentard composée de son petit ami Will Leighton, de Scorpius Malefoy, de Maverick Nott et de Zane Parker. Ils se déplaçaient constamment en groupe et il était presque connu de tous qu'Andrea les menait à la baguette depuis l'année précédente.

Il n'y avait pas plus apprêté qu'Andrea Hardy. Son uniforme était toujours impeccable, sa cravate toujours très droite et sa jupe dévoilait des jambes longues et fines. Ses cheveux dorés n'étaient jamais mal coiffés, et sous le soleil, ils en devenaient même éblouissants. Elle conservait en toute circonstance son air hautain qui était le seul point négatif à sa perfection. Non, Rose n'était pas jalouse de la beauté d'Andrea, de ses excellents résultats scolaires, ou de son petit ami qui était le capitaine de son équipe de Quidditch. Elle n'échangerait rien contre son attitude prétentieuse, Rose en était certaine.

Andrea ne tarda pas à exaspérer Rose. Elle les ignora délibérément, elle et Albus, pour s'adresser à sa sœur en français. Il fallait qu'elle soit toujours la meilleure, et Rose ne comprenait pas pourquoi Juliet adorait tant sa sœur.

— Aurais-tu perdu l'esprit ?

L'intéressée arqua un sourcil, pas certaine de voir où en venait Andrea. La Serpentard posa une main aux ongles parfaitement manucurés sur le bras de son petit ami, lui murmura quelque chose à l'oreille, puis s'avança vers Juliet de son pas aérien. Elle la prit par le bras en l'entraînant avec elle en direction du lac. Ce serait beaucoup plus simple pour parler librement. Juliet adressa un petit signe à Albus et Rose et leur dit qu'elle les rejoindrait dans une minute.

— Toi et Lloyd dans un placard à balais, sérieusement ?

Voilà qui avait le mérite d'être clair. Juliet n'eut pas le temps de s'expliquer qu'Andrea continua sur sa lancée, en faisant de grands gestes, signe de son inquiétude et préoccupation.

— Je ne comprends absolument pas comment une telle situation a pu se produire. Je ne sais pas comment tu as pu l'approcher mais ce n'est pas bien, Juliet, pas bien du tout. Tu ne le connais pas. Il est bizarre et trop dangereux. Et tu sais bien que je déteste sa sœur, tu lui donnes une raison de m'atteindre personnellement.

Juliet leva les yeux au ciel.

— Où est-ce-que tu as entendu ça ? se contenta-t-elle de lui demander en croisant les bras.

Andrea réfléchit quelques instants en fixant un point invisible au dessus de la forêt interdite au loin.

— Scorpius l'a appris de la bouche de Jones qui l'a lui-même entendu du professeur Tourdesac. Elle en parlait avec le professeur Lloyd, tu sais, le père de Lloyd justement ! ajouta Andrea d'un ton accusateur.
— Mais tout ça est faux, on s'est juste cachés dans le même placard à balais pour échapper à Rusard, il ne s'est rien passé de plus ! C'est cette imbécile de Tourdesac qui raconte n'importe quoi ! Elle voit le mal là où il n'est pas !

Andrea entrouvrit légèrement la bouche, les sourcils froncés. Elle venait de réaliser que ce qu'on entendait dans les couloirs depuis le début de la matinée n'était qu'une vulgaire rumeur, elle même lancée par un professeur. Juliet remarqua tout de suite qu'Andrea s'en voulait d'avoir cru à ses idioties, la bouche entrouverte, prise au dépourvu. Car c'était tout ce qu'on entendait depuis quelques heures : Juliet, la Gryffondor populaire que tout le monde trouvait attachante, fricotait avec le fils Lloyd pour faire parler d'elle et se rendre intéressante.

— Et je suppose que tu n'es pas la seule à avoir entendu parler de cette histoire ?

Andrea hocha la tête lentement avec un air désolé dans ses yeux bleus.

— J'en ai assez entendu.
— Attends ! s'exclama Andrea avant que Juliet ne tourne les talons.

Juliet attendit, le regard tourné vers le château. Elle ne savait pas quoi penser. Maintenant, toute l'école pensait qu'elle prenait du bon temps avec cet affreux Serpentard et elle n'avait aucune idée de ce qu'elle allait faire ou dire pour remettre les pendules à l'heure.

— Fais attention, murmura Andrea en faisant tomber son masque froid derrière lequel elle se cachait habituellement. Ce Lloyd... avec son commerce bizarre et ses maléfices, il est inquiétant. Sois prudente, Juliet.

Quand les deux sœurs revinrent vers le petit groupe composé de Gryffondor et de Serpentard, Juliet fut surprise de constater que Rose et Albus étaient en grande conversation avec Scorpius Malefoy, un garçon plutôt réservé. Mais aujourd'hui, le regard gris et froid de ce dernier était complètement différent alors qu'il parlait avec enthousiasme du club d'échec dont Albus faisait parti lui aussi. Rose ne savait pas jouer aux échecs, au plus grand déplaisir de son père, mais elle écoutait avec un air intéressé les deux garçons discuter d'un ton enjoué.

Andrea rejoignit Scorpius et leva les yeux au ciel quand elle entendit leur sujet de conversation. Elle jeta un coup d'œil aux deux autres garçons quelques mètres plus loin, puis annonça d'une voix forte, interrompant Albus sans y prêter attention :

— Nous allons vous laisser, Vince nous attend à la tour d'astronomie.

Rose souffla d'exaspération. En plus, il fallait qu'elle soit le centre d'attention. Elle jeta un coup d'œil à Juliet, mais celle-ci n'avait pas l'air de remarquer le comportement désagréable de sa sœur, elle regardait vaguement un groupe de garçons qui riaient bruyamment près du lac. Quant à Albus, il saluait Malefoy après lui avoir communiqué la prochaine réunion de leur club. Et sans surprise, ce dernier suivit les ordres d'Andrea et redressa son sac sur son épaule, prêt à partir. Mais au dernier moment, Andrea s'approcha de Rose, comme si c'était la première fois qu'elle remarquait sa présence, et lui dit doucement à l'oreille :

— Ta paire de collant est filée, Weasley. Tu devrais aller te changer.

Puis elle suivit le groupe de Serpentard qui rentrait au château en riant à gorge déployée de la blague que venait de raconter Will Leighton.

Rose bouillonnait de rage. Comment osait-elle lui faire une remarque alors qu'elle semblait l'ignorer la plus grande partie du temps ? De très mauvaise humeur, elle ne remarqua pas tout de suite que Juliet et Albus étaient partis en direction de leur arbre préféré près du lac où ils aimaient passer leur temps libre, soit à discuter, travailler ou même à faire la sieste. Ils s'y installèrent tout en discutant du beau temps, Rose s'assit un peu à l'écart et remarqua avec dégoût que la Serpentard avait raison, ses collants opaques étaient filés. Elle la détestait. Si elle n'était pas la sœur de Juliet, il y a longtemps qu'elle lui aurait envoyé un maléfice cuisant pour lui déformer son visage sans imperfection.

De son côté, Juliet essayait de sauver les apparences malgré le fait que toutes ses pensées étaient accaparées par cette rumeur. Elle avait beau n'avoir rien fait de mal, elle se sentait humiliée et salie. Elle n'aimait pas vraiment se sentir la cible de rumeurs infondées, même si cette fois, elle s'était bel et bien retrouvée dans ce placard avec le Serpentard. En général, tout le monde l'appréciait à Poudlard, toutes maisons comprises.

Juliet accepta donc l'aide d'Albus qui lui proposait de s'exercer afin d'enfin maîtriser ce sort d'expulsion. Ils s'entrainèrent pendant plus d'une heure et demie sous le regard vague de Rose qui rêvassait dans son coin. Quand fut venue l'heure d'aller déjeuner, Juliet bondissait de joie : elle avait réussi son sortilège plusieurs fois d'affilée. Elle en était tellement heureuse qu'elle colla une bise sur la joue d'Albus. Celui-ci rougit imperceptiblement, peu habitué aux débordements d'affection.

— Merci Al, je t'adore !
— De rien, mais arrête, tout le monde nous regarde ! répliquait Albus en jetant des coups d'œil autour de lui bien qu'il n'y avait personne autour d'eux.

Ils rentraient alors au château, Juliet encore amusée par la réserve d'Albus. Elle adorait le taquiner à ce sujet. C'était encore un trait de son caractère qui le différenciait de James, Albus était toujours embarrassé quand on se montrait trop extraverti envers lui. Cela fit sourire Rose également, qui ne paraissait pas très encline à la conversation néanmoins.

— Alors Hardy, t'as pris ton pied hier soir ? lança une septième année de Poufsouffle tandis qu'ils passaient par le Hall d'entrée.
— Renseigne-toi avant de m'adresser la parole, Collins, répliqua Juliet du tac au tac. Il ne s'est rien passé du tout hier.

La dénommée Collins ricana, mais Juliet ne s'arrêta pas en entraînant ses deux amis vers la Grande Salle. Comment cette histoire avait-elle pu se répandre aussi vite dans l'école ? Pour que la rumeur soit parvenue aux oreilles d'Audrey Collins, une fille rousse de Poufsouffle, cela faire le tour complet de l'école. Évidemment, Collins ne pouvait que jubiler, elle qui exerçait un bien étrange lien de possessivité sur son petit ami James Potter. D'ailleurs, Juliet s'était toujours demandée ce que James lui trouvait, à cette fille. Certes, elle était jolie, mais sa jalousie destructrice gâchait absolument tout. Ils avaient beau très bien s'entendre tous les deux, Juliet devait s'avouer qu'à ce niveau là, James restait un mystère pour elle.

— A d'autres ! Je dois avouer que j'ai été plutôt surprise en apprenant cette nouvelle, poursuivit Collins en parlant fort à ses amies autour d'elle. Moi qui pensais qu'elle ne lâcherait jamais Jimmy !

La colère montant peu à peu, Juliet ralentit le pas, hésitant à démentir ce qu'elle avait entendu et à lui dire quelques paroles pas très agréables, mais elle sentit qu'Albus exerçait une pression sur son bras, l'incitant à entrer dans la Grande Salle.

— Elle n'en vaut pas la peine, ajouta Rose après avoir jeté un regard dédaigneux à Audrey Collins qui ne cessait de ricaner dans leur dos.

Mais une fois assise à la table des Gryffondor, Juliet ne parvint pas à se calmer, elle sentait des regards se poser sur elle et ils n'étaient pas flatteurs. Un troisième année eut même l'audace de s'écarter de leur groupe parce qu'il avait peur qu'elle s'adonne aux mêmes activités que le Serpentard Lloyd. Bizarrement, Juliet, la gourmande invétérée, ne mangea presque rien ce midi là, attendant patiemment que ses amis terminent de déjeuner et évitant tout particulièrement de jeter un coup d'œil vers la table des Serpentard.


— Je ne comprends pas, franchement, avoua Juliet alors qu'elle et James étaient sur le terrain de Quidditch. Pourquoi les gens ne cherchent pas à savoir ce qui s'est réellement passé avant de me voir comme une pestiférée ?

James était venue la voir en fin d'après-midi, lui aussi ayant eu vent de cette fâcheuse histoire. Il avait eu du mal à croire que cette histoire était la vérité. Après tout, il la connaissait, Juliet, et il voyait bien que cette situation lui montait à la tête. Et puis, il connaissait bien Lloyd également. James aurait eu du mal à croire que Juliet irait voir l'étudiant le plus détesté de l'école de son plein gré. Il lui avait donc proposé un petit tour sur le terrain de Quidditch ; James savait qu'il n'y avait que ce sport qui permettait de la relaxer, c'était un peu comme une tradition entre eux. Ils volaient depuis une bonne demi-heure et Juliet s'était enfin décidée à lui dire ce qu'elle avait sur le cœur.

— Les gens sont comme ça, soupira James une fois qu'ils avaient rangé leur balai dans la remise. Il ne faut leur laisser voir que ça t'atteint et tu verras, dans quelques jours, ils seront tous passés à une autre victime.
— C'est facile à dire, bougonna Juliet alors qu'ils marchaient de nouveau vers le château sans se presser. Tu as le droit aux regards d'admirateurs, et moi j'ai fait fuir des première années dans le couloir pas plus tard que cet après-midi. Ils croient tous que je vais les attaquer.
— Donne-moi des noms, menaça alors James en sortant soudainement sa baguette de sa poche, hilare.

Juliet soupira.

— Audrey Collins ? lança-t-elle d'un ton froid.

Le visage du septième année se ferma, exaspéré. Audrey avait un problème, il en était conscient. Au début, cela l'avait rendue attendrissante et touchante à la fois mais plus le temps passait et plus Audrey devait exécrable. Il avait beau la rassurer à chaque fois qu'elle s'inquiétait, il n'y avait rien à faire. Malgré tout, sa petite amie ne faisait pas vraiment d'efforts pour accepter qu'il parle à d'autres filles, et également à Juliet. Et cette dernière n'arrangeait pas les choses quand elle lui répondait d'une façon glaciale et sans détours.

— Qu'est-ce-qu'elle t'a dit ?
— Pas grand chose de nouveau, concéda Juliet. Elle était plutôt contente, en fait.
— Je vais lui parler, soupira James. Tu sais comment elle est... hier encore elle a failli me faire une crise d'hystérie quand j'ai voulu me mettre en binôme avec Melinda pour le cours de potions.

Juliet ne répondit rien, parfaitement consciente que les efforts de James n'auraient aucune incidence sur le comportement de Collins. Cette fille était tellement aveuglée par sa jalousie qu'elle ne laissait même pas ses amies seules en compagnie de James. Mais peu importait pour Juliet, James ne se laissait pas influencer et continuait de se comporter comme il l'avait toujours fait avec elle, quoiqu'en disent ses amis, même s'ils ne correspondaient qu'à des visages qu'elle croisait de temps à autre dans la salle commune ou au détour d'un couloir.

Les deux amis remontèrent donc au château en parlant de cette deuxième journée de cours, de bonne humeur. Juliet était tellement investie dans sa conversation qu'elle en oublia presque la retenue qui l'attendait au deuxième étage. James l'y accompagna, jouant avec sa baguette entre ses doigts. Juliet ne se sentait pas vraiment confiante, tout à coup : et si le Serpentard qui se la jouait discrète sur ses affaires décidait qu'elle avait trop attiré l'attention sur lui ? L'image de la fille étendue sur le sol la veille s'imposa à son esprit. Finalement, elle n'avait pas su ce qui lui était arrivé et si Rusard avait réussi à l'emmener jusqu'à l'infirmerie.

— Bon, eh bien, voilà, dit finalement James alors qu'ils étaient devant le bureau de Mrs Tourdesac. Fais un bisou à Lloyd pour moi, hein ! ajouta-t-il pour détendre l'atmosphère.

Juliet lui lança un regard noir et le regarda s'éloigner d'un air las puis elle frappa à la porte, les mains bizarrement tremblantes. Il n'était même pas l'heure et pourtant, le petit bureau de la vieille chouette était bondé. Quelque part, ne pas se retrouver seule avec le Serpentard la rassura, parce qu'ils n'étaient pas les seuls à être en retenue dès le deuxième jour de cours. Juliet fut d'ailleurs intriguée à l'idée d'y retrouver Lily Potter, Barbara Hopkins et Stephen Brown.

Dans le cas de Lily Potter, ce n'était certainement pas une surprise. A Serpentard depuis quatre ans désormais, ses camarades de maison avaient eu du mal à intégrer une Potter parmi leurs rangs, mais c'était sans compter sur le caractère fort de la jeune fille. Elle avait su s'imposer dès sa première année face à des années supérieures qui la menaçaient de leur hauteur. Aujourd'hui, elle était inséparable de son cousin Hugo Weasley, lui-même à Gryffondor, et menait la guerre à tous ceux qui osaient la regarder d'un peu trop près. James et Albus avaient été un peu déçus à l'idée de voir leur petite sœur être répartie à Serpentard, mais finalement pour reprendre les termes d'Albus, c'était « cool d'avoir une petite sœur aussi indépendante que Lily ».

Bien évidemment, Juliet ne cacha pas son plus grand étonnement quand elle vit le Poufsouffle et la Serdaigle, l'un à côté de l'autre. Juliet plissa les yeux en croisant le regard de Stephen qui lui répondit par un haussement de sourcils faussement surpris. Juliet se mordit la lèvre, s'empêchant ainsi de dire à voix haute ce qu'elle pensait de lui. S'ils étaient en retenue tous les deux, lui et Barbara, c'était qu'il y avait de grandes chances pour qu'ils se soient faits attrapés ensemble eux aussi la veille au soir.

Et puis, il y avait Lloyd. Il était adossé contre le mur avec un air décontracté et Juliet se surprit à l'observer attentivement. Le Serpentard était grand et mince mais le regard de Juliet fut attiré par son visage qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de voir auparavant. Très pâle, il avait des mèches bouclées et brunes qui lui tombaient sur le front. Elle le détailla attentivement avant qu'elle ne se rende compte que lui aussi la fixait de son regard bleu froid. Juliet en eut des frissons dans le dos mais elle n'en était pas moins capable de briser ce contact : ses yeux bleus dissimulaient bien plus qu'une froideur apparente, mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce qu'elle pouvait y lire d'autre. Ce garçon était définitivement un mystère à part entière.

Puis Juliet fut interrompue dans sa fascination par le professeur Tourdesac qui s'éclaircit la gorge bruyamment avant de leur faire la morale.

— Je suppose que vous êtes tous les cinq conscients d'être ici pour la même raison. Si un couvre-feu existe, c'est qu'il doit être respecté, jeunes gens. Malheureusement, je n'ai pas pu vous retirer de points hier puisque l'année avait à peine commencé, mais la prochaine fois que je vous y reprends, je ne serai pas aussi tolérante. Au bout de six années, je ne comprends pas que vous n'ayez toujours pas assimilé ce détail.

Le professeur Tourdesac fixa les deux septième années tour à tour avant de contourner son bureau. Elle leur demanda de la suivre jusqu'aux cachots où un désastre les attendait. Juliet se pinça le nez en entrant à la suite de Barbara Hopkins dans la salle de potions. C'était surtout l'odeur âpre de la pièce qui lui donnait la nausée. Juliet ne suivait plus les cours de potions, à défaut de ne pas avoir eu de bons résultats, mais elle devait avouer que l'atmosphère pesante des cachots ne lui avait absolument pas manqué.

— Comme vous pouvez le constater, mon collègue a eu quelques problèmes avec l'un de ses groupes de première année. Je lui ai gentiment proposé mon aide, précisa-t-elle d'une voix doucereuse en faisant un geste englobant toute la salle.

On aurait dit que la salle de classe avait subi un sortilège d'explosion et que tous les chaudrons dans la pièce avaient répandu leur contenu verdâtre et gluant sur le sol, les paillasses, et même giclé sur les murs ainsi que le plafond. Juliet, qui se tenait à côté d'une table où une substance semblait vivante, retint un haut le cœur. C'était tout simplement écœurant. Hopkins paraissait penser exactement la même chose alors qu'elle arborait une expression de dégoût particulièrement prononcée.

— Je pense que vous l'aurez compris, vous n'aurez pas besoin de magie pour cette tâche, acheva le professeur Tourdesac, une expression sadique au visage.
— Vous voulez qu'on nettoie cette chose sans baguette ? ne put s'empêcher de remarquer Juliet en désignant d'un doigt la substance qui l'inquiétait tant.

Sa remarque parut faire plaisir à la vieille chouette, et Juliet ne parvint pas à bloquer ses pensées meurtrières envers sa professeur de défense contre les forces du Mal. Après tout, elle était responsable de la rumeur. Elle s'approcha de Juliet en tendant une main aux ongles longs et semblables à des griffes. Juliet sortit à contre cœur sa baguette magique de sa poche et la lui tendit, non sans lui lancer un regard glacial au passage. Il n'était pas question qu'elle la remercie non plus !

— Ne vous inquiétez pas, Hardy. Je ne vais pas vous laisser sans l'équipement adéquat.

La vieille chouette ramassa les baguettes des autres élèves puis elle lança un accio ! vers le coin de la pièce et une caisse flotta un instant dans les airs avant de venir se poser sans bruit aux pieds de la professeur.

— Une paire de gants, des seaux et des éponges, c'est tout ce dont vous aurez besoin ! Et n'oubliez pas, si vous n'avez pas fini ce soir, vous saurez ce qui vous attend demain. Bonne chance !

Juliet lui lança un regard dédaigneux tandis qu'elle fermait la porte derrière elle, les laissant tous les cinq dans la salle de potions décomposée. Finalement, Juliet se félicita d'avoir troqué son uniforme scolaire contre une vieille paire de leggings et un pull beige détendu au fil des années pour aller voler avec James un peu plus tôt dans la soirée. Non seulement, elle se sentait à l'aise mais en plus elle n'abîmerait pas ses vêtements, contrairement à Hopkins qui paniquée, regardait sa chemise immaculée et la saleté de la pièce.

— Bah, on n'a pas vraiment le choix, lança finalement Brown en se servant dans la caisse.
— Même les moldus son mieux équipés que ça, grommela Lily Potter en poussant un chaudron du bout du pied.

Un quart d'heure plus tard, tout le monde s'était attelé à la lourde tâche de nettoyer de fond en comble la salle de potions. Juliet en avait déjà assez, ses gants étaient trop grands pour elle et sans baguette magique, elle ne voyait pas de solution à son problème. Et il était impensable qu'elle les retire. Elle était certes nulle en potions, mais il n'empêchait qu'elle en connaissait les règles de base, à savoir ne pas toucher une substance inconnue sans protection. Juliet se chargeait donc de nettoyer les chaudrons, qui pour certains étaient bons à jeter, mais elle se contentait simplement de les ranger tous dans un coin.

Cependant, il y avait une autre chose qui l'agaçait particulièrement : Lily Potter. Depuis qu'ils s'étaient tous mis à mettre un peu d'ordre dans la pièce, Lily avait été la seule à les regarder faire sans qu'elle ne leur apporte aucune aide. De l'autre côté de la pièce, elle était actuellement en train de feuilleter un magazine de Sorcière Hebdo. Si cela continuait, Juliet allait exploser. Elle trouvait que se retrouver ici était déjà injuste, alors si en plus la quatrième année n'y mettait pas du sien, elle perdrait son calme sous peu.

L'odeur était presque insupportable et Juliet n'arrivait pas à s'y habituer. Son agacement monta en flèche quand elle remarqua les deux potentiels amants qui discutaient tout en décapant une tâche sur le mur. Barbara Hopkins s'arrêta dans sa tâche et se contenta de contempler le Poufsouffle de septième année. Frottant inutilement un chaudron déjà propre, Juliet garda un œil sur elle. Il fallait vraiment qu'elle parle à Rose. Et que celle-ci l'écoute.

Alors qu'elle pensait à la meilleure façon d'aborder le sujet sans que sa meilleure amie ne se braque, un geste de la part de Barbara Hopkins attira le regard de Juliet qui redressa brusquement la tête. Sa camarade de classe avait posé une main dans le dos de Brown. Mais peu à peu et ne se rendant pas compte qu'on l'observait, Hopkins descendit sa main lentement mais sûrement vers le bas de son dos, un peu trop bas justement. Juliet fulminait. Le pire dans tout ça, c'était que Stephen Brown se laissait faire. C'en était trop.

— Vous avez besoin d'aide, tous les deux ? lança Juliet d'une voix qu'elle tentait de garder calme et posée.

Barbara fit un bond en arrière en entendant la voix de Juliet. Brown se retourna aussi un instant plus tard, le visage rouge.

— Ne te mêle pas de ça, répliqua Barbara Hopkins d'une voix tremblante.
— Et pourquoi je ne devrais pas m'en mêler ? l'attaqua Juliet en serrant fort l'éponge dans son poing. Je devrais te laisser tripoter le copain de ma meilleure amie, d'après toi ? Vous me donnez envie de vomir tous les deux. Plus que cette salle dégueulasse.
— Juliet, ce n'est pas ce que tu crois, tenta Hopkins, toujours aussi gênée.
— Je ne suis pas aveugle.
— Eh bien, tu devrais peut-être t'occuper de tes affaires, il me semble que tout ne soit pas très clair autour de toi, se défendit Stephen Brown avant de lui lancer un regard éloquent vers le Serpentard de l'autre côté de la pièce.

Son ton suffisant et son attitude innocente par rapport à ses gestes furent la goutte de trop pour la Gryffondor. Sans sa baguette, elle se sentit bien démunie mais cela ne l'empêcha pas de traverser l'espace qui la séparait de Brown et de lui balancer son seau d'eau croupie à la figure. Ce dernier la fixait sans bouger avec des yeux ronds, incapable de fermer sa bouche grande ouverte alors que Juliet la contemplait d'un air satisfait.

— Ça aura sûrement le mérite de rafraîchir tes ardeurs, lança-t-elle d'une voix blanche sous le regard de Hopkins qui la fixait avec des yeux ronds, ne revenant toujours pas de ce que Juliet venait de faire.

Juliet ignora l'air hébété de Stephen Brown dont le regard faisait l'aller-retour entre la Poufsouffle et la Gryffondor et retourna à ses chaudrons, de bien meilleure humeur qu'un instant auparavant. Lily Potter, qui n'appréciait pas vraiment Juliet, haussa les sourcils, intéressée par la tournure que les événements avaient pris. Finalement, ces heures de retenue allaient être bien plus amusantes que prévu. Quant à Lloyd, il s'était arrêté dans son nettoyage du mur pour détailler Juliet, légèrement intrigué.

Satisfaite, Juliet se retint de sourire : Stephen marmonnait des mots incompréhensibles en observant sa tenue ruinée et qui empestait. Il n'allait pas pouvoir se changer avant qu'ils ne soient sortis d'ici. Juliet fit un nouvel aller-retour en portant ses chaudrons nettoyés dans un coin de la pièce quand un geste attira son regard. Elle ne vit qu'une chose : le seau d'eau sale que tenait Brown entre ses mains et qu'il s'apprêtait à lui lancer. Dans un dernier réflexe de survie, Juliet se jeta sur le côté et tomba lourdement sur le sol. Le Quidditch n'était pas si inutile que ça comme l'affirmait sa famille.

Quand Juliet tourna à nouveau son regard vers Brown, celui-ci paraissait lutter pour masquer son angoisse. Juliet se mordit la lèvre, il venait juste de déverser son seau sur Lloyd qui s'était trouvé juste derrière elle.

— Euh... hésita Barbara, toujours de l'autre côté de la pièce. Ne nous énervons pas. Je suis sûre qu'on puisse arriver à un compromis dans le calme.

Juliet, qui arborait un sourire de vainqueur deux secondes auparavant, sentit son sang se glacer dans ses veines. Même si Brown ne méritait pas sa compassion, Juliet se sentit mal à sa place. Non, elle ne connaissait pas Lloyd du tout. Et elle était encore plus terrifiée que lorsqu'elle s'était retrouvée enfermée avec lui pendant quelques secondes. Ses poings étaient serrés, et Juliet remercia le ciel qu'ils soient tous dépourvus de leur baguette magique. Toujours au sol, Juliet n'esquissa pas un geste. Lily Potter ne souriait plus, et avait même laissé tomber le magazine qu'elle lisait dans un bruit sourd.

— Lloyd, dit Stephen Brown en prenant sur lui. Je ne te visais pas, tu l'as vu...

Le Serpentard de septième année dévisagea Brown de son regard meurtrier et s'avança vers lui, poings serrés, délaissant le mur qu'il nettoyait dans son coin.

— Et qui se retrouve dans cet état ? lui demanda calmement Lloyd une fois arrivé à sa hauteur.

Soudain, sous les regards ahuris de Barbara, de Lily et de Juliet, Lloyd abattit son poing sur le visage de Brown avec une telle force que ce dernier se retrouva au sol. Bien que Brown ait une carrure beaucoup plus imposante que le Serpentard, il ne se releva pas, Barbara poussa un petit cri apeuré.

— Ça fait un moment que ça me démange, cracha Lloyd avant de lui tourner le dos.

Il partit à grands pas en direction de la porte, indifférent aux regards tournés vers lui quand Brown se releva et se précipita vers lui. Son visage déformé par la rage, il semblait déterminé à se venger du Serpentard. Ils s'écroulèrent tous les deux au sol quand Brown lui sauta dans le dos. Hopkins gémissait, en regardant la scène avec terreur et se sentant coupable de cette catastrophe. Juliet la trouva vraiment pitoyable. Elle se releva enfin, ne quittant pas des yeux les deux garçons qui ne se lâchaient plus.

Il fallait qu'elle fasse quelque chose, ou la situation allait dégénérer. Mais au moment où elle prit la décision d'aller chercher de l'aide auprès d'un professeur, elle sentit qu'on lui accrochait le poignet. Juliet eut à peine le temps de se retourner que Barbara coupa court à ses réflexions :

— Attends ! Tourdesac va nous ajouter des heures de retenue si elle l'apprend !
— Non mais regarde ! s'exclama Juliet en brandissant son bras libre vers les deux garçons l'un sur l'autre. Ils se battent à la moldue !

Juliet esquissa un geste pour se libérer de l'emprise de la Serdaigle. Mais celle-ci de la relâcha pas : elle la tira même brutalement en arrière pour l'empêcher de sortir de la salle. Cependant, Hopkins calcula mal son coup. Toute la force qu'elle employa pour la retenir envoya Juliet dans le coin de la pièce où cette dernière avait soigneusement empilé ses chaudrons.

Dans un cri de détresse, Juliet s'écrasa violemment au sol, faisant tomber les chaudrons émettant des bruits sourds qui s'entendaient à des kilomètres à la ronde. De nouveau au sol, le monde tourna autour de Juliet. Les garçons avaient cessé de se battre et semblaient se mélanger dans sa vue brouillée. La bouche étrangement pâteuse, Juliet entendit la porte s'ouvrir à la volée, et bientôt, ce fut la dernière chose qu'elle vit avant de sombrer dans l'obscurité.

Au fond de la pièce, Lily Potter pouffa.


Pomme verte.

Albus s'engouffra par l'ouverture du portrait de la Grosse Dame et déboucha dans sa salle commune. Il n'était pas très tard, aussi fut-il plus difficile de repérer Rose dans la faune de Gryffondor. Il se fraya un chemin parmi un groupe de troisième années, puis il repéra enfin deux têtes rousses assises à une table. Quand elle le vit arriver, Rose se leva brusquement, abandonnant son frère avec qui elle était en train de jouer une partie d'échec. Albus eut le temps de voir Hugo lever les yeux au ciel avant que Rose ne s'attaque à lui :

— Il l'a tuée, c'est ça ?
— Non, pas encore, répondit patiemment Albus devant l'air horrifié de sa cousine. En fait, Barbara Hopkins l'a assommée. Juliet est partie se coucher plus tôt que prévu.
— Et ça te fait rire ? rétorqua Rose, mains sur les hanches.

Albus soupira.

— Oui, je trouve ça plus drôle que le fait que tout soit en parti de ta faute, lui dit-il d'un ton accusateur.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Ouais, tu m'as bien entendu. D'après toi, pourquoi Hopkins était en retenue avec ton petit ami ? Ça fait des mois qu'on te répète que Brown est un abruti fini. C'est une coïncidence, peut-être, qu'ils soient en retenue tous les deux ? S'ils n'avaient pas été là, Juliet n'aurait jamais fini à l'infirmerie. Ouvre les yeux, Rose.

Rose le fusilla du regard, mais Albus ne se laissa pas décontenancer. Il en avait assez qu'elle évite toujours le sujet ou qu'elle ignore ses remarques à ce sujet. Albus ne savait pas pourquoi elle s'accrochait à ce maudit Poufsouffle, mais il se doutait fortement que cette histoire de retenue qui avait mal tourné était en lien direct avec lui. Et Rose ne pouvait plus nier l'évidence. Pourtant, elle n'était toujours pas d'humeur à l'écouter ce soir-là.

— Tu n'as pas de conseils à me donner, monsieur l'éternel célibataire, dit froidement Rose après un moment de silence. Ne te mêle pas de mes affaires.
— Et je peux savoir pourquoi ?
— Laisse tomber, Albus, répliqua Rose en balayant sa question d'un revers de main. On le sait tous, tu es préfet, tu es brillant, mais tu ne peux pas tout comprendre.

Sur ces dernières paroles, Rose lui jeta un dernier regard empli de défi et tourna les talons en direction des dortoirs. Albus, pantois, resta planté là sans rien dire. Non, il ne comprenait définitivement pas sa cousine.

— Al, tu joues ?

Hugo, qui avait suivit l'échange de loin, eut le mérite de tirer Albus de ses pensées.

— Je déteste jouer avec Rose, elle ne connait pas la différence entre une tour et un cavalier.