Il faisait nuit noire dans l'infirmerie. Seuls les rayons de la lune qui étendaient leur lumière par les hautes fenêtres éclairaient la pièce silencieuse. Une porte se referma doucement et Madame Pomfresh traversa la salle en direction de l'unique lit occupé. C'était encore cette Gryffondor intrépide. Décidément, entre les blessures de Quidditch et ses petits incidents de la vie quotidienne, la petite Juliet Hardy faisait surement parti des élèves qui avaient fait le plus d'apparitions à l'infirmerie.
La vieille dame vérifia que Juliet allait bien et qu'elle s'était remise du traumatisme qu'elle avait subi dans la soirée. Madame Pomfresh regrettait sincèrement le manque d'intérêt de certains professeurs dans la surveillance des heures de retenue. Ce n'était pas la première fois que ce genre d'accident arrivait. Poussant un profond soupir, l'infirmière redressa les couvertures sur Juliet, profondément endormie. Puis elle rejoignit sans faire de bruit son bureau.
Quand Juliet se réveilla le lendemain matin, elle avait la tête qui tournait légèrement. Se redressant sur les coudes, elle se rendit compte avec des petits yeux qu'elle n'était pas dans son lit confortable du dortoir de la tour Gryffondor, mais une fois de plus à l'infirmerie. Elle se rappela très rapidement des dernières images qu'elle avait vu avant de s'évanouir : une bagarre avait éclaté entre Brown et Lloyd, Lily Potter qui jubilait devant le spectacle, et enfin Barbara Hopkins qui l'avait poussée dans les chaudrons...
— Hopkins... marmonna Juliet avec un goût de vengeance en bouche.
Juliet repoussa ses couvertures dans un grand geste mais elle fut vite interrompue par les petits pas pressés de la vieille infirmière de Poudlard.
— On ne bouge pas, jeune fille ! lui ordonna-t-elle en la rallongeant avec une force impressionnante pour son âge.
Pendant que Madame Pomfresh l'examinait afin de déterminer si elle pourrait quitter l'infirmerie, Juliet rumina ses sombres pensées à l'encontre des Poufsouffle et Serdaigle. Si Brown avait été fidèle à Rose, rien de tout ceci ne se serait produit, c'était certain. Quand l'infirmière eut enfin terminé son examen, elle lui colla un verre d'eau dans les mains, ainsi que deux petits comprimés orange à avaler. Puis elle s'éloigna en voyant que la porte de l'infirmerie s'ouvrait sur une fille de deuxième année qui se tenait l'estomac, à moitié recroquevillée sur elle-même. Sans réfléchir, Juliet avala les comprimés avec son verre d'eau d'une traite et attendit, faute de mieux. Elle avait appris à ne pas contrarier Poppy Pomfresh au fil du temps.
Alors que Juliet commençait à s'ennuyer sérieusement et que les cours recommençaient dans un peu moins d'une demi-heure, la porte de l'infirmerie s'ouvrit à nouveau. C'étaient Rose et Albus. Une expression de soulagement se lisait sur leur visage. Rose portait également le sac de cours de Juliet et des affaires propres. Juliet sourit sincèrement en les voyant arriver.
— C'est dingue, remarquait Albus un peu plus tard, une fois qu'ils furent sortis de l'infirmerie. Il t'arrive toujours des trucs de fous. Raconte-moi encore une fois comment Lloyd a collé une droite à Brown, c'est juste géant.
Mais si cette histoire faisait beaucoup rire Albus, Juliet se retint d'en rire pour son amie Rose. Elle avait bien remarqué son air triste et elle n'avait pas encore eu l'occasion de lui parler seule à seule. Juliet leur avait juste raconté la partie où les deux septième années s'étaient battus, elle s'était abstenue des raisons des coups échangés. Ils arrivèrent en avance devant la classe de défense contre les forces du Mal, personne n'était encore arrivé. Aussi, Juliet se sentait fautive de voir Rose aussi peu dans son assiette. Elle décida de détendre l'atmosphère en ajoutant un détail, qui, elle en était sûre, allait lui donner le sourire :
— J'ai oublié de te dire, Al, que Lily était aussi en retenue avec nous et qu'elle était la seule à bien se marrer du spectacle !
Cela ne manqua pas et Rose esquissa un maigre sourire. Ensuite, ils furent rejoints par un groupe de Serpentard, et ce fut au tour de Juliet de perdre son sourire.
— Oh, miss Hardy ! l'interpella le professeur Tourdesac alors que le cours se terminait. Le petit accident de la veille ne vous dispense pas de venir en retenue ce soir.
Juliet serra ses poings sous la table. On aurait dit que tout le monde faisait exprès de l'agacer ces derniers temps. Elle se demandait même comment elle allait tenir une année complète sans commettre quelque chose d'irrécupérable. Albus, avec qui elle s'entraînait aux sortilèges informulés ce jour-ci, sentit l'agacement de son amie et lui lança un sourire qui se voulait réconfortant. Juliet sourit faiblement. Puis elle acheva de prendre les notes nécessaires pour ses révisions avant que le temps soit venu de quitter la salle.
Albus la salua rapidement avant d'aller à son cours d'étude de Runes et Rose disparut elle aussi à son cours d'étude des Moldus. Juliet se retrouva donc à déambuler dans les couloirs sans but précis. Elle croisa un groupe de septième années qui ne lui prêtèrent pas attention. Ils parlaient des ASPIC. Juliet passa une main dans ses cheveux. Si elle voulait avoir une chance de les obtenir elle aussi, il faudrait qu'elle s'y mette le plus tôt possible. Décidée, elle se rendit à la bibliothèque, profitant des deux heures de libre qu'elle avait avant de rejoindre ses amis au déjeuner.
La bibliothèque était un lieu paisible où elle adorait venir travailler. Au contraire de la salle commune de Gryffondor où régnait un éternel brouhaha, Juliet avait l'impression d'être plus productive quand elle venait faire ses devoirs ici. A cette heure de la matinée, la bibliothèque était presque vide, un avantage pour elle à son emploi du temps allégé de sixième année. Néanmoins, si elle avait moins d'heures de cours, elle avait beaucoup plus de devoirs et de travail personnel à fournir. Et puis quelque part, elle avait envie à prouver à son directeur de maison qu'elle n'allait pas se laisser abattre par la masse de travail qu'ils allaient bientôt avoir et qu'elle allait tout faire pour réussir cette année.
Prête à mettre ses nouvelles résolutions en pratique, elle s'assit au bout d'une longue table entourée deux énormes étagères. Motivée, Juliet sortit ses affaires d'histoire de la magie et partit à la recherche de livres sur les guerres entre géants. Rose lui avait dit qu'elles feraient cette dissertation ensemble, mais Juliet avait toujours eu l'impression de la ralentir dans son travail. Rose avait beaucoup de facilités, elle avait beau ne se contenter que du minimum, elle obtenait pourtant une majorité d'Effort Exceptionnel dans tout ce qu'elle entreprenait. Tout son contraire.
— Accio ! lança Juliet vers un livre sur l'étagère du haut.
Satisfaite de son choix, elle revint vers ses affaires et se rassit, enfin prête à se mettre au travail. Pourtant au bout de quelques instants, son regard fut inévitablement attiré par un nouvel arrivant qui s'était installé à l'autre bout de sa table. C'était Lloyd, le Serpentard. La tête entre les mains, il ne semblait pas avoir remarqué la présence de Juliet et paraissait absorbé par l'épais volume qu'il lisait.
Une nouvelle fois, Juliet se surprit à le contempler. Elle aurait été incapable de dire qu'il s'était battu la veille au soir, il n'en portait aucune marque. Était-il passé à l'infirmerie, lui aussi ? Juliet se souvint alors de son état pitoyable alors qu'elle s'y était retrouvée. Elle se sentait terriblement honteuse à l'idée de s'être évanouie. Par la faute de Barbara Hopkins, qui plus est. Qu'allait-il penser d'elle ? Qu'elle n'était qu'une vulgaire petite fille sans défense qui s'évanouissait à la moindre petite altercation ?
Puis elle réalisa l'ampleur de ses pensées. Pourquoi se souciait-elle de ce qu'il pensait ? Elle ne lui avait jamais parlé de toute sa scolarité !
Juliet blêmit lorsqu'elle se rendit compte qu'il la regardait, puis elle frissonna. Il l'intimidait. Mais bizarrement, en le voyant sous cette angle, comme n'importe quel étudiant venant travailler à la bibliothèque, elle ne ressentit pas de terreur. Pire que ça : il intriguait Juliet. Elle en venait vraiment à se demander comment elle avait pu ne pas le remarquer les cinq années précédentes. En y réfléchissant bien, ça paraissait plutôt logique : le Serpentard était un solitaire qui n'était sûrement pas du genre à faire des sorties entre amis. La quasi-totalité de l'école l'évitait sous peine de se retrouver mourant à l'infirmerie. Et le fait que son père était enseignant à Poudlard ne devait pas aider non plus.
Tout comme elle. Son père enseignait l'alchimie à temps partiel dans l'académie de Beauxbâtons. Elle ne savait pas comment son intégration se serait passée si elle était restée en France. Juliet se gifla mentalement quand elle réalisa que ses pensées avaient dérivé vers ce sujet sensible. Elle ne connaissait pas ce garçon, et pourtant elle cherchait à le comprendre. Qu'est-ce-qui n'allait pas dans sa tête ? Puis, avec lassitude, elle se renfrogna à l'idée de trouver des excuses à tout le monde.
Elle se massa doucement les tempes en fermant les yeux. Quand elle les rouvrit, Lloyd avait disparu.
Le soir venu, le professeur Tourdesac semblait avoir retenu la leçon. Elle les fit s'installer chacun dans un coin d'une classe du deuxième étage et leur fit copier des lignes pendant près de deux heures et demie. Assise au fond de la classe, elle observa sa professeur qui corrigeait des copies, puis le regard de Juliet dériva lentement vers le Serpentard assis au premier rang, penché sur son morceau de parchemin. Le regard perdu sur sa nuque, elle repensa à la journée maussade qu'elle venait de se passer.
En parti à cause de lui et de ses camarades de retenue, de nouvelles rumeurs avaient circulé et plus ça allait, plus les versions se déformaient. Elle avait entendu un groupe de quatrième années dire qu'elle s'était battue avec Barbara Hopkins, que celle-ci l'avait assommée et que Lloyd, en chevalier servant, l'avait portée dans ses bras jusqu'à l'infirmerie. Juliet songea avec mélancolie que la réalité avait été beaucoup moins digne d'un conte de fées : Lily Potter lui avait raconté entre deux fous rires ce midi-là que la vieille chouette avait tenté de la gifler pour qu'elle se réveille, et que par la suite, c'était Barbara, se sentant terriblement coupable, qui était allée chercher l'infirmière.
— Pssst !
Lily Potter, elle aussi installée au fond de la classe, lui lança un clin d'œil moqueur avant que son regard ne fasse l'aller-retour entre Juliet et Lloyd. Depuis la retenue de la veille, Potter semblait trouver Juliet très amusante et cette dernière aurait largement préféré s'en tenir aux rapports conflictuels qu'elles échangeaient habituellement. Juliet lui fit signe de se taire, plus honteuse que jamais. Il fallait qu'elle fasse réellement attention à ce qu'elle faisait. Juliet rougit, se cacha derrière ses longs cheveux et se jura de ne plus jeter de coup d'œil au devant de la classe.
Quand enfin le professeur Tourdesac fit voler les morceaux de parchemin des élèves en retenue, Juliet fut la première à sortir, le regard fixé droit devant elle jusqu'à ce qu'elle ne soit rentrée dans sa salle commune, où elle en était sûre, elle n'aurait pas affronter le regard moqueur de Lily Potter, ou celui mystérieux de Lloyd.
Deux semaines s'étaient passées depuis la rentrée. Les heures de retenue étaient enfin terminées et révolues pour Juliet. Et il était temps. Tous leurs professeurs semblaient s'être donné le mot pour leur donner une montagne impressionnante de travail. Avec ses soirées réquisitionnées par les heures de retenue, elle avait commencé à accumuler du retard dans ses devoirs. De plus, Troy MacMillan, leur capitaine de Quidditch, avait enfin donné la date exacte des sélections. Et si Juliet faisait d'office partie de l'équipe, cela signifiait également que les entraînements allaient reprendre, lui laissant encore moins de temps libre.
— Alors, tu viens ? demandait-elle à Rose qui était assise sur son lit en ce samedi matin. Je n'ai qu'une demi-heure avant d'aller sur le terrain. Et j'ai faim.
Rose voulait l'accompagner aux sélections, mais elle avait du faire beaucoup d'efforts pour se lever aussi tôt un matin de weekend. Et comme d'habitude, voir Juliet faire des aller-retours entre le dortoir et la salle de bain de façon aussi dynamique la fatiguait déjà. Rose n'était pas de très bonne humeur en ce moment. Stephen et elle se voyaient de moins en moins et lui semblait l'éviter. Malgré tout, elle n'osait pas lui demander d'explication, il lui avait donné sa parole de nombreuses fois dans le cas où quelque chose n'irait plus entre eux. Mais elle devait avouer que la situation jouait beaucoup sur son moral.
Elle aurait voulu en parler avec Juliet. Cependant, cette dernière n'avait le temps de rien en ce moment. Ils allaient en cours le matin, se quittaient pour des cours différents à l'opposé du château, allaient manger avec une bande de Gryffondor bruyants, retournaient en cours et le soir, Juliet était immanquablement absente, avalant son diner en cinq minutes avant de se rendre en retenue. Quand elle rentrait enfin à la tour de Gryffondor, elle était épuisée et avait malgré tout des devoirs. Rose aurait pu en parler à Albus, elle en était consciente. Mais elle avait surtout besoin des conseils de son amie et son cousin avait un avis plutôt tranché sur la question.
De plus, lorsque Albus, Rose et Juliet se retrouvaient tous les trois, cette dernière était distante et dans ses pensées. Et cela ne lui ressemblait pas. Évidemment, Rose s'était rendue compte que la rumeur qui avait couru sur elle et Lloyd l'avait mise très mal à l'aise, mais maintenant que l'histoire semblait avoir disparu des conversations, Juliet, elle, n'avait pas changé son comportement étrange. Et Rose s'inquiétait.
— Je suis prête, dit-elle simplement en se levant.
— Allez, on va passer une bonne journée ! lui affirma Juliet d'un ton enjoué en la prenant par le bras.
Car oui, Juliet avait bien l'intention changer les idées de Rose et de lui faire oublier Brown l'espace d'une journée. Elle-même sentait qu'elle avait besoin d'une journée avec sa meilleure amie. Les deux dernières semaines avaient été si intenses qu'elle avaient eu à peine le temps de discuter. Les deux filles quittèrent donc le dortoir, bras dessus, bras dessous, saluèrent quelques uns de leurs camarades matinaux, puis descendirent dans la Grande Salle où le moment sacré de la journée pour Juliet avait lieu : le petit déjeuner. Elle s'installa à côté de James qui avait l'air de très bonne humeur. Il avait l'air tout aussi excité qu'elle à l'idée de savoir qui serait nommé Poursuiveur à leurs côtés. Leur capitaine, Macmillan, installé un peu plus loin, lança un clin d'œil à Juliet.
Le septième année l'adorait, en particulier parce que Juliet était l'une des meilleures joueuses de Quidditch qu'il n'avait jamais vu. Avec n'importe quel balai, elle était capable de s'adapter à n'importe quelle situation. Tout le monde savait que pour la jeune fille, le Quidditch était une chose tout aussi naturelle que de marcher. Pour cela, Juliet devait beaucoup à James et elle lui en serait reconnaissante à vie pour l'avoir entrainée de force sur le terrain de Quidditch.
Juliet avait le souvenir très net d'elle-même en deuxième année, où malgré les apparences, elle avait eu une peur bleue de contredire son père. Son père qui avait toujours pensé et qui pensait toujours que le Quidditch n'était qu'un sport, qu'un loisir. Elle avait passé cet été là au Terrier, avec Rose et Albus, mais étrangement, elle ne se rappellera pas de cet été sous cet angle. Pour elle, il avait été la révélation. Elle s'était sentie tellement à l'aise, tellement à sa place chez les Weasley où ce sport était presque une institution. Elle se souviendrait toujours des journées ensoleillées d'été où James lui hurlait dessus dans le verger quand elle avait le malheur de faire tomber le Souaffle. Ces journées faisaient parties des meilleurs moments de sa courte vie.
— Prête, coéquipière ? lui demanda James en lui servant une tasse de café fumante.
Juliet hocha avidement la tête, la bouche pleine de bacon, tandis que Rose la regardait avec un sourire en face d'elle.
— Al n'est pas avec vous ?
— Non, il avait beaucoup de devoirs, répondit Rose. Il a préféré aller travailler.
— Il a un emploi du temps surchargé, ajouta Juliet en se servant un verre de jus de citrouille frais. Je ne sais pas comment il fait.
— Je suis la seule personne normale dans cette famille, soupira James avec un léger sourire.
Juliet et Rose éclatèrent de rire puis, James, satisfait de son petit effet, se détourna et se mit à discuter avec Fred, dont la petite amie venait de le quitter. « Enfin, si le terme de petite amie était approprié », songea Juliet. Elle n'approuvait pas vraiment ce qu'il faisait, ses aventures d'un soir, user de son charme pour arriver à ses fins, mais après tout, cela ne la regardait pas. Rose mangeait dans un silence religieux, ce qui ne lui ressemblait pas. Si on le lui posait pas de question, elle était capable de ne pas ouvrir la bouche du repas, et ça, Juliet trouvait que ce n'était vraiment pas la Rose qu'elle connaissait.
Il n'était pas si tôt que ça, mais la Grande Salle était relativement vide. Juliet remarqua Stephen Brown et sa bande d'amis à la table de Poufsouffle, et lui non plus ne semblait pas particulièrement heureux, mais cela eut le mérite de donner un petit sourire victorieux à Juliet. Il était parti la trouver une semaine plus tôt et lui avait promis qu'il parlerait à Rose de ce qui s'était passé pendant la fameuse heure de retenue. Mais plus ça allait et plus Juliet se demandait quand il allait respecter sa promesse.
Puis naturellement, Juliet jeta un coup d'œil à la table des Serpentard. Elle se mordit la lèvre quand elle vit Lloyd en pleine discussion avec une fille de sa promotion. Juliet ne voyait le Serpentard que très rarement dans la Grande Salle. Soudain, elle réalisa qui était cette fille. Des cheveux bruns bouclés, un teint laiteux, des yeux bleus... elle était la sœur de Lloyd. Comment elle avait pu être aussi stupide pour ne pas avoir fait le rapprochement ? Elle était dans la même année qu'elle et Andrea s'était souvent plainte auprès d'elle de Maisie Lloyd qui lui volait ses admirateurs. Parce que oui, alors que son frère avait l'air d'être un solitaire par nature, Maisie était constamment entourée d'une demi-douzaine de personnes à chaque fois que Juliet la croisait dans les couloirs. Fronçant les sourcils, elle trouvait ça curieux, d'être différents à ce point. Puis elle pensa à sa sœur et elle. Elles étaient nées le même jour mais elles ne se ressemblaient ni physiquement et ni dans leur façon d'être.
Et cette fois ne manqua pas, elle croisa le regard du Serpentard et ne s'en décrocha pas. C'était la même chose depuis la première fois qu'elle l'avait vraiment regardé. Juliet avait beau réfléchir, elle ne savait pas ce que ces regards signifiaient. L'année précédente, lorsqu'elle était sortie avec son premier vrai petit ami, elle se rappelait très bien du début de l'histoire : Marshall Finch-Fletchey la regardait, elle le regardait, ils détournaient automatiquement le regard en rougissant comme des tomates. Là, avec lui, c'était complètement différent, quand il la fixait de son regard bleu intense, Juliet n'avait qu'une idée en tête, démasquer ce qui se cachait derrière ce personnage énigmatique. Et elle n'arrivait pas à s'en décrocher jusqu'à ce qu'il cesse de la regarder ou qu'un élément extérieur ne vienne la perturber.
Comme s'il lisait dans ses pensées, James fut l'élément extérieur cette fois-ci. Le rire bruyant de ce dernier réveilla Juliet de sa torpeur. Elle le regarda avec stupéfaction en train de frapper la table de son poing, littéralement mort de rire. Apparemment, Fred devait avoir été très drôle. Juliet décida de se lever, l'estomac suffisamment rempli pour qu'elle ne se plaigne plus. Elle fronça les sourcils quand elle remarqua que Rose l'avait suivie du regard, l'air circonspect. Juliet l'interrogea du regard en retour.
— Non, rien...
Une heure plus tard, les sélections allaient bon train sur le terrain de Quidditch. Pour sa dernière année à Poudlard, Fred Weasley avait tenté sa chance pour devenir gardien et avait été de loin le meilleur entre tous les prétendants. D'ailleurs, Juliet avait tenté tant bien que mal de convaincre Rose de rejoindre l'équipe, lui affirmant que ce serait un bon exutoire pour elle, mais Rose avait décliné sa proposition à chaque fois qu'elle le lui suggérait. Juliet songea avec mélancolie aux bons moments qu'elles avaient passé en quatrième année, la seule année où Rose avait fait parti de l'équipe au poste d'Attrapeur. Mais elle n'avait pas voulu retenter l'expérience.
Ensuite, Troy Macmillan, Batteur de son état, avait trouvé son homologue : un cinquième année nommé John Williams qui avait paru taciturne à Juliet, mais qui sur le terrain était une véritable bête féroce, n'hésitant pas à frapper franchement dans le Cognard. Il allait faire des merveilles lors des matchs.
Par la suite, trouver le troisième Poursuiveur était la tâche la plus compliquée d'après Macmillan. Juliet devait avouer qu'il avait plutôt raison. Elle et James étaient habitués à jouer ensemble depuis quatre ans, ils avaient développé des tactiques de jeu qui étaient difficiles à intégrer pour une nouvelle recrue qui débarquait tout juste. Cela faisait donc plus de vingt minutes que Macmillan essayait de réduire le plus possible le cercle des prétendants au poste. Il les fit tous jouer ensemble et remarqua que deux Gryffondor se démarquaient réellement du lot.
— Alors, toi... et toi ! s'écria Macmillan en désignant les deux Gryffondor qui avaient retenu son attention. Vous allez chacun votre tour jouer avec ces deux guignols, en bas ! Hardy, Potter, ramenez-vous !
Ils avaient ensuite formé deux équipes de Poursuiveurs et avaient testé chaque prétendant un à un. Juliet avait déjà une petite préférence tandis qu'ils atterrissaient après avoir fait les essais. Pour elle, la quatrième année était celle qui s'était sentie le plus à l'aise entre James et elle. Son jeu était fluide et n'était pas du genre à la jouer solo du tout. Juliet échangea un regard avec James. Il ne lui fallut que quelques secondes pour se rendre compte qu'ils étaient d'accord. Emma Ellis avait encore beaucoup à apprendre, mais comme elle n'avait jamais joué en équipe, son jeu était très modulable. Alors quand Troy Macmillan se tourna vers les deux Poursuiveurs pour leur demander leur avis, Juliet s'exclama :
— Bienvenue dans l'équipe, Emma ! lança-t-elle d'un ton chaleureux.
Emma Ellis sautilla de joie et fit de grands signes à ses amis qui étaient venus l'encourager dans les gradins. Tandis que Macmillan s'excusa auprès de l'autre Gryffondor qui n'était pas retenu, Emma sauta dans les bras de James, puis de Juliet, qui se sentit alors très petite quand elle remarqua que la quatrième année la dépassait d'une demi-tête. Néanmoins, tant de bonne humeur contagieuse la contamina elle aussi et elle écouta Macmillan leur donner ses dernières indications avant qu'ils ne puissent quitter le terrain.
— Cette année, j'aimerais qu'on fasse un minimum de deux entraînements par semaine, s'expliqua-t-il une fois que seule l'équipe fraîchement complète restait sur le terrain. Qu'on multipliera par deux dans les périodes d'avant-match. Je veux de la disponibilité, c'est compris ? En attendant, je vais dès aujourd'hui réserver le terrain pour nos entraînements, comme ça il n'y aura pas de problème avec les autres équipes. Si l'un de vous a un empêchement quelconque, qu'il me prévienne le plus vite possible, d'accord ? De toute façon, je suis la majorité de mon temps en salle commune. Je ne serais pas difficile à trouver.
Les sélections s'étant très bien passées au goût de Juliet, elle s'empressa d'aller se changer dans les vestiaires, de saluer les membres de son équipe et de rejoindre Rose qui l'attendait à la sortie, l'air trop enjoué pour qu'il soit naturel.
Rose et Juliet passèrent un très bon après-midi. Après être retournées dans la Grande Salle pour le déjeuner, elles étaient tombées sur Emma Ellis qui s'avéra être une véritable boule d'énergie. Son sourire était franc et même Rose qui essayait de cacher son malaise depuis des jours et des jours riait ouvertement des blagues d'Emma. Enfin décontractée, Rose avait suivi Juliet dans le parc où elles se baladèrent une bonne partie de l'après-midi en parlant de tout et de rien, évitant tout de même le sujet fâcheux. Mais elles furent vite rattrapées par la pluie qui se mit à tomber brusquement et étaient rentrées hilares et trempées en courant sous le regard désabusé de Rusard qui nettoyait les flaques d'eau sur le sol du Hall d'entrée.
Quand elles remontèrent dans la salle commune en fin d'après-midi, une bonne nouvelle les attendait sur le tableau d'affichage : la prochaine sortie à Pré-au-Lard aurait lieu dans quinze jours. Juliet évita de penser aux devoirs qui l'attendraient le lendemain et s'installa dans un vieux fauteuil auprès de la cheminée, Rose se laissant tomber dans le canapé d'à côté, un sourire sincère sur le visage.
— Tu sais, Juliet, lui disait Rose une heure plus tard alors qu'elles jouaient aux cartes explosives, tu mérites de trouver quelqu'un de bien. Je te souhaite pas ce qui m'arrive.
Juliet plia sa carte sous la surprise. Rose avait les yeux brillants en fixant un point dans l'âtre de la cheminée. Juliet n'aimait vraiment pas ce regard. On aurait dit que Rose s'était retenue un très long moment avant de lâcher enfin ce qu'elle pensait vraiment.
— Rester avec Stephen a été une erreur, poursuivit-elle. J'ai l'impression d'avoir perdu beaucoup trop de temps avec lui.
— Rose... murmura Juliet en ne prêtant qu'une infime attention à leur construction qui venait d'exploser.
— Non, ne dis rien. Tu avais raison. Albus avait raison. C'est moi qui ai été trop bête pour croire que ça pouvait marcher entre nous. Mais j'ai juste besoin de temps.
Juliet se leva et s'installa alors aux côtés de sa meilleure amie qui faisait de son mieux pour ne pas verser de larmes. Elle l'enlaça. Juliet détestait voir Rose aussi malheureuse alors qu'elle avait toujours pétillé de joie avant que les problèmes liés à Brown ne débarquent. Alors Juliet se fit une promesse : dès que Rose aurait officiellement rompu avec lui, Juliet ferait tout pour que sa meilleure amie ne tombe pas à nouveau sur un parfait abruti. Parce qu'elle était sa meilleure amie. Et parce que Rose le méritait elle aussi.
Le lendemain soir, Rose, Albus et Juliet étaient une nouvelle fois les derniers à traîner dans la salle commune des Gryffondor. Ils profitaient du calme si rare dans cette pièce pour achever leurs devoirs de dernière minute. Depuis la veille, Rose s'était montrée beaucoup plus décontractée et moins à cran que ces dernières semaines. Juliet et Albus ne pouvaient qu'apprécier ce changement positif, ils en avaient donc profité pour passer leur dimanche à ne rien faire et à se promener dans le château car la pluie battante de la veille n'avait pas cessé. Albus, qui avait pris de l'avance dans ses devoirs la veille, aidait Juliet à rédiger sa conclusion sur son devoir de soins au créatures magiques, tandis que Rose relisait tranquillement son devoir sur la guerre des géants.
— J'arrive pas à croire qu'on ait autant de travail en sixième année, soupira Albus une fois que Juliet eut mis le point final à son devoir.
— Et dire que les moldus pensent qu'on se contente de remuer simplement nos baguettes magiques, remarqua Rose avant de bailler longuement.
Juliet acquiesça lentement, fatiguée elle aussi. Les deux cousins rangèrent alors leurs affaires, prêts à aller se coucher chacun dans son dortoir respectif.
— J'irais bien me chercher un truc à grignoter, dit pensivement Juliet en rangeant son devoir dans son sac.
— Maintenant ? s'exclama Albus. Il est plus de minuit... tu ne peux pas attendre demain matin ?
Juliet bougonna dans son coin. Quand elle avait une envie de sucré, elle devenait légèrement grognon. Mais Albus semblait décidé à la convaincre de ne pas sortir ce soir.
— Tu viens de terminer tes heures de retenue, tu ne voudrais pas tout recommencer ?
— J'ai une envie de biscuits.
Rose leva les yeux au ciel, amusée, puis souhaita une bonne nuit à ses amis et monta dans son dortoir.
— Si tu te fais attraper, tu vas le regretter, la menaça-t-il alors qu'elle se dirigeait vers le portrait pivotant.
Puis comprenant que son amie était vraiment têtue ce soir, il fouilla dans son sac et lui lança sa cape d'invisibilité. Juliet lui envoya un sourire radieux puis elle s'éclipsa par le portrait et disparut sous la cape d'Albus.
Sous la sécurité de la cape d'invisibilité, Juliet prit beaucoup moins de précautions que d'habitude. Alors qu'elle se méfiait à chaque détour de couloir, ce soir, elle se contentait simplement de suivre la route la plus simple et la plus directe. Elle croisa même la vieille chouette qui crut déceler un courant d'air frais quand elle passa à son niveau, mais elle dut tout de même s'empêcher de rire quand elle vit sa professeur sortir brusquement sa baguette magique, croyant sans doute à une attaque de fantôme.
Il faudrait qu'elle règle ce problème de nourriture, un jour. Juliet avait bien conscience qu'une grande partie de sa vie tournait autour de sa passion. Mais en même temps, c'était un peu comme le Quidditch, indispensable à sa vie. Cela dit, ce n'était pas normal qu'elle ait de telles fringales nocturnes, et elle avait réellement faim.
D'humeur joyeuse, elle se laissa glisser sur la rambarde du grand escalier et atterrit sur ses deux pieds - pour une fois -, dans le Hall d'entrée. Elle tourna à droite et pénétra dans le couloir menant aux cuisines. Décidément, Juliet devait beaucoup trop de choses à James. Elle espérait simplement qu'elle le lui rendait bien.
Juliet vérifia rapidement que personne n'arrivait d'un côté du couloir, ni de l'autre, puis elle passa un bras en dehors de la cape et chatouilla la poire du tableau menant aux cuisines de Poudlard. Quand l'ouverture apparut, Juliet se glissa en dehors de la cape et entra dans les cuisines. La pièce était grande, et à cette heure, peu d'elfes étaient encore en train de travailler. Son regard parcourut la salle de la taille de la Grande Salle et son cœur manqua un battement quand elle vit un Serpentard bien connu installé à l'une des grandes tables. Il feuilletait un livre tout en mangeant et n'avait pas remarqué la présence de la Gryffondor.
Juliet hésita à repartir, trop intimidée pour s'avancer dans la salle. Mais avant qu'elle n'ait pu prendre la décision de repartir, l'elfe avec qui elle s'était liée d'amitié se précipita vers elle en courant.
— Miss Juliet, miss Juliet ! s'exclama Daisy en remontant une allée.
Si Juliet ne voulait pas se faire remarquer du Serpentard, c'était raté.
— Bonsoir Daisy, la salua Juliet, consciente que Lloyd avait le regard rivé sur elle maintenant.
— Vous voulez rester miss Juliet, de quoi avez-vous besoin ? s'empressa de lui demander l'elfe de maison.
Juliet sourit. Daisy était toujours prête à rendre service. Juliet jeta un coup d'œil rapide à Lloyd qui était retourné à sa lecture, puis elle s'adressa de nouveau à Daisy qui attendait patiemment une réponse de sa part. Aucun son ne sortait de sa bouche. Elle ne savait même plus ce qu'elle voulait et ce dont elle avait envie.
— Euh... je ne sais plus. J'ai la gorge sèche, tu pourrais m'apporter une bouteille d'eau, s'il-te-plaît ?
— Avec des cookies ? proposa Daisy avec un grand sourire.
— Euh... bafouilla Juliet. Oui, pourquoi pas...
Il était nécessaire qu'elle se reprenne, depuis quand Juliet bafouillait ? Elle n'avait envie que d'une chose : que Daisy se dépêche pour une fois et qu'elle puisse déguerpir. Elle se sentait beaucoup trop fébrile et ça l'inquiétait. Albus avait eu raison, elle n'aurait pas du sortir ce soir. Albus avait toujours raison.
— Des cookies au chocolat au lait ou aux œufs de chocogrenouille ? proposa Daisy.
— Aux œufs de chocogrenouille, répondit faiblement Juliet qui espérait que le crépitement que produisaient ces cookies allaient lui redonner un élan de vivacité.
— Oh ! Les préférés de mr Cameron ! s'exclama Daisy. Ils sont dans le four, je vous les apporte dans cinq minutes, miss Juliet !
Juliet ne se sentait pas très bien, Lloyd avait de nouveau tourné la tête en entendant son prénom, et de là où elle se situait, elle n'arrivait pas à voir s'il la fusillait du regard ou s'il se contentait de la fixer de la même façon que d'habitude. Puis les paroles de Daisy montèrent enfin à l'esprit de Juliet. Cinq minutes ? Cinq minutes entières à rester plantée debout comme une andouille ? Elle devait avoir l'air vraiment stupide. Juliet aurait préféré que Lloyd lui lance un regard plein de dédain, ou qu'il l'insulte comme n'importe quel Serpentard le ferait face à un Gryffondor, elle aurait compris et elle arrêterait son combat intérieur.
D'ailleurs, pourquoi se prenait-elle la tête à son sujet ? Juliet reprit ses esprits et souffla un bon coup. Elle n'était pas du genre à se laisser démonter, et alors qu'ils ne s'étaient jamais parlé, elle était complètement paniquée à l'idée de lui adresser la parole. Elle n'arrivait pas à comprendre ce qui était différent chez lui et qui faisait qu'elle agissait tout aussi différemment en sa présence. Par Merlin, Juliet s'entendait avec tout le monde, pourquoi lui serait différent ?
Ne sachant pas ce qui la poussait à le faire, sûrement pour se prouver qu'il ne l'intimidait pas tant que ça, Juliet prit son courage à deux mains et se dirigea vers la table à laquelle il était assis. Les battements de son cœur s'accélérèrent tandis que Juliet s'assit face au septième année. Ce dernier leva le regard vers elle, ni surpris, ni haineux, ni rien du tout. Il fallait qu'elle dise quelque chose, n'importe quoi, ou elle se trouverait vraiment ridicule si elle restait assise face à lui sans rien lui dire.
Ses yeux bleus glaciaux la dévisageaient toujours avec ce mélange de curiosité et cette part de mystère qui l'attirait inexorablement.
— Cameron... souffla-t-elle.
Juliet eut envie de sortir en courant, totalement interdite. Daisy venait de lui apprendre comment il s'appelait et elle avait fallu qu'elle fasse un lapsus. « Pathétique », songea Juliet. Lloyd ne répondit rien, mais Juliet le vit clairement se raidir.
— Salut, murmura-t-elle dans un vaine tentative pour rattraper son coup.
— Salut.
— Tu lis quoi ?
— Devenir un mage noir en dix leçons, répondit naturellement le Serpentard en gardant son regard rivé à celui de Juliet.
En voyant la Gryffondor se pétrifier, il se sentit obligé de préciser :
— C'est juste mon bouquin de défenses.
— Ah, répondit Juliet.
Le silence s'imposa. Juliet jeta un coup d'œil à Daisy au loin qui s'affairait à sortir les cookies du four. Le moins qu'on puisse dire, c'était qu'elle ne se sentait vraiment pas à l'aise. Elle ne savait pas si c'était à cause de l'humour typiquement à la Serpentard ou si c'était parce que dans cette lumière, elle le trouvait vraiment mignon, avec ses cheveux bruns bouclés. Juliet rougit à cette pensée, le trouvait-elle vraiment attirant, lui, le Serpentard brutal que tout le monde détestait ?
— Désolé pour la dernière fois, ajouta-t-il d'un ton banal en piquant sa fourchette dans ses haricots verts.
— Pardon ?
— C'est de ma faute si tu t'es retrouvée en retenue.
Nouveau silence. Juliet ne sut pas quoi dire. Lloyd lui présentait des excuses. Devenue subitement muette, elle remercia Daisy pour être de retour avec une assiette débordante de cookies et une bouteille d'eau qu'elle tendit à Juliet. Cette dernière la remercia d'une petite voix.
— Mr Cameron désire autre chose ?
— Non merci, Daisy.
— Eh bien, à bientôt ! s'empressa de lancer Juliet à l'elfe de maison en se levant d'un seul coup.
Elle prit un cookie, puis fit volte-face, prête à partir. Elle parcourut trois mètres avant de se retourner, répondant à son impulsivité du moment : après tout, qui ne tentait rien n'a rien. Juliet retourna auprès de Cameron Lloyd dont le regard l'atteignait, par elle ne savait quel moyen et lui demanda d'une voix claire :
— Tu voudrais m'accompagner à la prochaine sortie de Pré-au-Lard ?
