— Alors, celle-ci ou celle-la ? demandait Juliet à Rose en lui désignant une robe dans chaque main.

Rose, assise en tailleur sur son lit, réfléchissait en plissant les yeux, ce qui était signe d'une grande concentration. Depuis qu'elle la connaissait, Rose ne l'avait jamais vue en jeans ; son choix vestimentaire avait donc été plutôt simplifié pour aujourd'hui. Mais Rose devait se rendre à l'évidence, sa robe noire faisait trop habillé bien que Juliet ne l'ait jamais portée avant. Lentement, Rose rendit son verdict en tendant un doigt vers la robe bordeaux qui était clairement plus décontractée.

— T'es sûre ? insista Juliet en zieutant le choix délaissé par Rose.
— Sûre et certaine, confirma Rose. Habille-toi vite, qu'on ait le temps de boire une Biéraubeurre avant ton rencard.
— Ce n'est pas un rencard !
— Mais bien sûr, c'est pour ça que tu as passé une heure et demie dans la salle de bains, Hardy.

Victoria Finnigan ne leur accorda pas un regard tandis qu'elle traversait le dortoir pour se rendre à la salle commune. Juliet, qui rangeait la tenue abandonnée, s'arrêta dans son geste et la suivit du regard quitter la pièce. Victoria ne lui avait jamais parlé aussi froidement depuis qu'elle la connaissait et elle mettait son attitude sur sa petite altercation de la veille. Cependant, Juliet ne regrettait pas de lui avoir dit ce qu'elle pensait. Finnigan le méritait, parfois. Elle ne se rendait jamais compte quand elle était allée trop loin.

Mais Juliet n'avait pas vraiment la tête à s'apitoyer sur les cas Finnigan et Clarks. Elle était terriblement excitée et aussi nerveuse à mesure que le temps défilait : on était samedi et aujourd'hui, elle allait enfin revoir Cameron Lloyd. Rien ne pouvait altérer son empressement à aller à sa rencontre, pas même ce qu'en pensaient les autres. Elle avait ses amis de son côté, et finalement, c'était le plus important pour elle.

Il était temps d'y aller, Juliet enfila un trench et sauta dans des bottines avant de rejoindre Albus dans leur salle commune. Dans cette dernière, tous les élèves au delà de la troisième année s'étaient eux-aussi levés plus tôt qu'à la normale pour profiter de leur sortie au village sorcier. Cette sortie était appréciée et c'était le seul moment où ils pouvaient s'éloigner pendant une journée du château qui leur rappelait incessamment leur imposante masse de travail. Juliet respira profondément, elle allait enfin oublier ses soucis actuels et profiter comme il se devait de ces quelques heures.


Une heure plus tard, Rose, Juliet et Albus étaient assis autour d'une table aux Trois Balais, discutant de n'importe quoi sauf de Lloyd. Pourtant, plus l'heure avançait et plus Juliet se demandait s'il allait se montrer dans la Grand-Rue. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que si le Serpentard s'était montré sympathique avec elle, c'était pour se montrer odieux et foncièrement méchant plus tard. Mais voilà, Cameron Lloyd était différent de tous et Juliet ne savait absolument pas à quoi s'attendre de lui. L'estomac serré, elle eut beaucoup de mal à finir sa Biéraubeurre.

Quant à Rose et Albus, ils n'avaient pas prévu quelque chose de précis pour la journée. Rose avait décliné la proposition de Stephen Brown à s'y rendre avec lui. Elle avait voulu profiter de cette journée pour s'évader et non pas s'embrouiller l'esprit avec son futur ex-petit ami. Albus avait également l'intention de rejoindre quelques connaissances de Serdaigle - incluant cette fois l'ex-petit ami de Juliet, Marshall Finch-Fletchey, et Rose avait décidé de l'accompagner, se disant que de nouveaux visages seraient bénéfiques pour elle.

Bonjour, Juliette !
— Oh non... marmonna Rose dans sa barbe tandis qu'Albus la dévisageait avec un sourire moqueur.

Sous le regard surpris des trois Gryffondor, Andrea Hardy et Scorpius Malefoy s'installèrent à leur table, comme si ça leur était tout à fait naturel. Malefoy s'assit à côté de Rose, pour le soulagement de celle-ci, qui n'aurait pas supporté d'avoir Andrea à côté d'elle. Andrea s'assit à côté de Scorpius, faisant face à Juliet et à Albus.

— Euh... vous allez bien ? demanda Albus après un temps d'hésitation.
— Parfaitement bien, répondit Scorpius d'un ton complètement décontracté avant de se tourner vers Rose. Ça a l'air super bon ce que tu bois là. C'est quoi ?
— Un chocolat chaud, répondit lentement cette dernière.

Pendant que Scorpius Malefoy demandait à goûter son chocolat et que Rose le regardait en faisant de gros yeux, Andrea sembla se ressaisir et se pencha en avant pour que Juliet puisse l'entendre malgré le bruit inévitable du pub bondé. Albus, curieux de savoir ce qu'Andrea avait à dire à Juliet après leur dispute de la veille, se rapprocha de son amie. Juliet termina la dernière gorgée de sa Biéraubeurre avant qu'Andrea ne reprenne la parole.

— Scorpius et moi avons surpris une conversation entre les Lloyd, annonça Andrea sans faire attention à Scorpius qui avait la tasse de Rose entre ses mains. Je sais que tu m'en veux pour hier, mais méfie-toi, Maisie trame quelque chose de pas net.
— Qu'est-ce-que tu entends par « quelque chose de pas net » ? demanda Albus, sceptique.
— Je ne sais pas justement, Potter ! répliqua Andrea, agacée. Bref, son frère est forcément relié à tout ça. Je te tiendrai au courant si j'apprends quelque chose de nouveau.

Juliet se retint de rire. Andrea était venue jusqu'ici pour la prévenir des manigances de Maisie Lloyd ? Personnellement, la Gryffondor avait tendance à ne croire que ce qu'elle voyait de ses propres yeux. Andrea était manifestement encore trop enfoncée dans ses histoires personnelles dans lesquelles tout le monde complotait contre elle. Et puis, si elle voulait la convaincre de ne pas retrouver Cameron Lloyd, c'était raté. La Gryffondor était plus que prête à le rejoindre, quoiqu'en disent les autres.

— Je me demande à qui elle se référait quand elle disait « on », dit alors Andrea d'un ton vague plus pour elle-même que pour Juliet et Albus. Son père peut-être...
— Malefoy ! s'écria alors Rose, coupant court aux réflexions de la Serpentard.
— Je suis désolé, vraiment ! s'excusa Scorpius Malefoy.

Le pull de Rose était maintenant recouvert de chocolat, Juliet, Andrea et Albus se demandant comment Malefoy avait bien pu renverser la tasse sur une Rose qui fulminait.

Tergeo !
— Merci, Al.
— Tu veux que j'aille t'en chercher un autre ? proposa Scorpius Malefoy qui ne savait pas comment réagir face au visage rouge de rage de Rose.
— J'espère bien, en plus tu as fait bien plus qu'y goûter !

Juliet ne put s'empêcher de sourire en voyant Scorpius Malefoy, d'ordinaire si en retrait, se lever pour aller commander une nouvelle boisson, confus. Rose ruminait dans son coin en vérifiant que son cousin avait bien retiré toutes les tâches de son pull. Quant à Andrea, elle fixait Juliet regarder sa montre, puis redresser la tête, prête à partir. Juliet les salua en leur souhaitant à tous une bonne journée, s'empressant de quitter le pub surpeuplé pour se retrouver dans la fraîcheur de ce début de mois d'octobre.

Frissonnante, Juliet resserra sa veste sur elle et jeta un coup d'œil aux alentours. Il y avait une dizaine de personnes qui se baladaient dans la rue, mais pas de trace de Lloyd. Juliet se mit à remonter la Grand-Rue, regardant d'un œil distrait les vitrines devant lesquelles elle passait, s'efforçant de ne pas penser à lui. Juliet vérifia tout de même une nouvelle fois sa montre : il était midi.

— J'espère que tu n'es pas le genre de filles à aimer le salon de Mme Piedodu, Hardy.

Juliet sursauta et lui fit face. Ses inquiétudes étaient infondées : Cameron Lloyd était là devant elle, les mains dans les poches de sa veste et ne semblait pas sur le point de l'attaquer ou de se moquer d'elle, comme elle l'avait imaginé. Juliet avala sa salive difficilement.

— Pas vraiment, non, répondit-elle.

La vérité, c'était qu'elle aurait pu l'être. L'année précédente, lorsqu'elle était avec Marshall, ils étaient allés dans ce salon si connu et Juliet n'y avait plus jamais mis les pieds par la suite. Elle avait eut le malheur de manger des biscuits qui l'avaient rendue malade. Mais ne voulant pas gâcher sa journée avec son petit ami, elle avait prétendu que tout allait bien pour le reste de la journée. Ce qui avait été de toute évidence une très mauvaise idée. Juliet fronça les sourcils à l'évocation de cette journée désastreuse.

Juliet se surprit alors à dévisager Lloyd. Pour une fois, elle avait tout le loisir de pouvoir plonger dans ses yeux bleus si complexes sans que personne ne vienne les interrompre. Elle se surprit à sourire sans qu'elle le veuille vraiment et cela déstabilisa le Serpentard, qui passa une main dans ses boucles brunes, rompant le contact visuel qui s'était établi entre eux.

— Bon, où veux-tu aller ? lui demanda-t-il d'une voix égale.
— Et si on se baladait autour de Pré-au-Lard ? proposa alors Juliet.

Après tout, ils seraient beaucoup plus tranquilles et Juliet avait remarqué à la fois les regards noirs et ceux craintifs qu'on lançait au Serpentard dès qu'ils passaient près d'eux. Ce dernier se contentait de regarder autour de lui sans y faire attention. Juliet et Cameron empruntèrent donc un chemin qui avait l'air de s'éloigner légèrement en direction des montagnes environnantes. Elle se permit à nouveau de lui jeter un coup d'œil curieux. Toujours les mains dans les poches, il marchait tranquillement à ses côtés comme s'ils faisaient ça tout le temps. Juliet ne tint plus.

— Alors, qu'est-ce-qui t'a convaincu de m'accompagner aujourd'hui ?
— Ne brûle pas les étapes. Tu me devais une réponse, rappelle-toi.

Prise dans son propre piège, Juliet se vit contrainte de lui donner une explication. Pendant toutes ces journées à anticiper ce moment, elle n'avait pas réfléchi à ce qu'elle aurait bien pu lui dire. Pourquoi avait-elle insisté pour l'inviter à cette sortie ?

— J'aime me faire une opinion des gens par moi-même, dit-elle prudemment. Et je suis persuadée que tu n'es pas un monstre, j'ai été trop directe la dernière fois...

Sentant le rouge lui monter aux joues, Juliet regretta d'avoir prononcé cette dernière phrase avec ce ton d'excuse. Lloyd ne sembla pas y faire attention, ou du moins, ne le montrait pas. Car c'était ce qui caractérisait Cameron Lloyd. C'était sa façon d'être.

— Pour être honnête, c'est justement ce que tu m'as dit qui m'a fait changer d'avis, répondit-il alors qu'ils marchaient toujours tranquillement sans se regarder.

Juliet fronça les sourcils, circonspecte. S'il lui avait dit qu'elle était une bête féroce que personne ne voulait voir, Juliet n'aurait certainement pas accepté sa proposition.

— Quand les gens viennent me voir, autrement que pour mes affaires, c'est pour jouer la carte de l'hypocrisie. On ne m'a jamais dit en face que j'étais un monstre.

Juliet se mordait la lèvre, gênée.

— Désolée.
— Pas grave.
— Ça ne... hésita Juliet, ça ne te dérange pas ce que les gens pensent de toi ? Enfin, je veux dire... on se fie aux apparences et...
— Et toi, qu'est-ce-que ça t'apporte que les gens t'apprécient ? répliqua Cameron.
— C'est... je ne sais pas à vrai dire. Mais tu n'as pas répondu à ma question.
— Et si on arrêtait les questions ? proposa alors Lloyd en se stoppant brusquement.

Ne le voyant plus à ses côtés, Juliet fit de même et se retourna pour lui faire face. Il ne paraissait ni vexé, ni énervé ou quoi que ce soit. Toujours le même visage aux expressions figées que Lloyd avait l'habitude d'arborer. Juliet retint alors toutes ses interrogations pour plus tard. Elle était loin d'en avoir fini avec lui, elle voulait réellement apprendre à le connaître et découvrir ce qu'il cachait. Mais pour le moment, il valait mieux être prudent et l'approcher doucement.

— D'accord, répondit-elle lentement.

Lloyd parut se détendre et Juliet ne put s'empêcher de sourire. Il avait beau être ce qu'il était, ce garçon devait agir sur elle et elle contrôlait encore moins ses gestes et paroles que d'habitude. Pendant un quart de seconde, Juliet crut voir les joues du Serpentard se teinter imperceptiblement face à son attitude d'extravertie. Au bout de quelques secondes de silence, l'estomac de Juliet lui rappela ses besoins jamais assouvis.

— On va boire un verre ?

Cette fois, Cameron Lloyd ne d'esquisser un léger sourire. Ils firent donc demi-tour sur le chemin et la Gryffondor engagea la conversation vers ses cours de divination, lui affirmant qu'une majorité d'élèves dénigrait cette matière pourtant très drôle. Cameron n'était apparemment pas un fanatique de la matière, il l'avait même arrêtée après ses BUSE, mais il écouta ce que Juliet disait avec attention.

Quand Juliet et Cameron entrèrent dans le pub des Trois Balais après être revenus dans le centre du village, certains regards se fixèrent sur eux pour ne plus se détacher. Cela mit légèrement Juliet mal à l'aise. Pourquoi les gens ne pouvaient-ils pas regarder ailleurs et pourquoi sa vie devait être épiée par ses camarades ? Lloyd à ses côtés était à la recherche d'une table, pas le moins du monde gêné par l'attention qu'ils attiraient. Pour une fois, Juliet aurait aimé être tranquille et pouvoir rencontrer qui elle voulait sans qu'on ne la dévisage.

— Là-bas, fit Lloyd en lui indiquant une table.

Juliet lui fit confiance, elle n'arrivait pas à voir quoi que ce soit dans cet endroit bondé, et elle le suivit se faufiler entre les tables jusqu'à un coin de la pièce. Ils étaient enfin parvenus jusqu'à la table quand soudain, on attrapa Juliet par le coude pour la tirer en arrière. Surprise, elle se vit emporter entre les tables avant de se rendre compte que c'était James qui l'entraînait sans ménagement. Juliet essaya de se détacher de l'emprise qu'il avait sur son bras, en vain.

— Lâche-moi ! protesta-t-elle vivement tandis qu'ils la menait dans les toilettes du pub.

Quand James referma la porte derrière eux, il se tourna enfin vers elle, les sourcils froncés.

— Tu ne peux pas sortir avec lui.
— Quoi ? Tu te fous de moi ? Tu veux que je te rappelle ce que tu me disais pas plus tard qu'hier ?

James leva les yeux au ciel, gêné à l'idée de lui dire ce qu'il avait en tête. Juliet croisa les bras sous sa poitrine, mécontente, et se mit à taper du pied nerveusement. La situation ne pouvait pas être plus ridicule : elle devait passer la journée avec Cameron Lloyd et elle se retrouvait avec James dans les toilettes des Trois Balais. Mais surtout, elle en voulait terriblement au septième année de s'interposer entre elle et le Serpentard.

— C'est juste que... hésita James. Tout le monde sait qu'on est plus ou moins liés, toi et moi... et je suis certain que Lloyd le sait. On se déteste depuis la première année, je suis certain qu'il te manipule pour me...
— Oh non ! s'exclama Juliet en reculant subitement. Pas toi ! Tu n'es quand même pas en train de tout ramener à toi ?
— Non ! Bien sûr que non ! s'insurgea James. Je ne serais pas dans les toilettes à te convaincre de le laisser tomber si je me souciais uniquement de moi ! Cameron Lloyd a toujours été louche, Juliet. Il ne s'est fait d'amis pendant six ans, et encore moins eut une petite amie… Alors pourquoi maintenant ?

Juliet ouvrit la bouche pour répliquer, avant de se rendre compte qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'elle voulait répondre. James n'avait pas tord, mais justement, s'il ne le liait à personne, peut-être que Cameron Lloyd avait pris l'habitude d'être seul et qu'en voyant les années passer, il s'y était fait. Non, Juliet ne pouvait pas croire que le Serpentard chercherait à la manipuler pour mieux atteindre James. Il avait tellement l'air détaché de toutes les affaires de Poudlard qu'elle ne pouvait même pas l'imaginer se rapprocher d'elle pour servir des intérêts peu louables.

— Fais-moi confiance, dit alors Juliet d'un ton plus doux. Je ne suis plus une gamine, je suis capable de voir quand on me ment.

James ne répondit pas, mais se mordit la lèvre en détournant le regard. Cela eut pour effet d'intriguer la sixième année. Elle voulut en profiter pour s'éclipser, mais il la retint une nouvelle fois par le coude. Juliet commençait à sentir la rage monter en elle. Il n'avait aucun droit d'agir comme il le faisait. Certes, elle le considérait un peu comme le grand-frère qu'elle n'avait jamais eu, mais ce n'était pas une raison pour agir comme tel. Juliet détestait se disputer avec ses amis, mais dans ce cas précis, James l'agaçait tellement qu'elle n'en avait rien à faire. Alors elle décida de le remettre à sa place.

— James, il s'agit de ma vie, dit Juliet en insistant sur l'avant-dernier mot. Je n'ai pas besoin de toi pour me rappeler toutes les cinq minutes que je suis une petite fille sans défenses ! Et question relation, on ne peut pas vraiment dire que tu sois à même de me donner des conseils. Va voir Collins, et on pourra en reparler, d'accord ?
— Ah ouais ? s'emporta James. Tu n'as pas à impliquer Audrey dans cette histoire. Elle, au moins, n'est pas une future criminelle bonne à enfermer à Azkaban !
— Tu crois ? poursuivit Juliet avec un air dédaigneux, elle pourrait très bien y finir, vu les regards meurtriers qu'elle lance à toutes les filles qui te parlent !
— Arrête, tu sais très bien qu'elle ne ferait de mal à personne, rétorqua James en s'appuyant sur la porte. Lloyd envoie une dizaine de personnes à l'infirmerie par mois, je ne sais pas ce qu'il te faut de plus pour prouver qu'il est mauvais.

Juliet se frappa le front du dos de sa main, excédée.

— Qu'est-ce-qu'il t'a fait pour que tu le détestes à ce point ?

Les yeux de James s'arrondirent face à la question que venait de poser Juliet. Alors tout s'éclaira dans son esprit : il s'était forcément passé quelque chose entre les deux garçons pour que James soit tant opposé à ce qu'elle abandonne le Serpentard. Cependant, au moment où elle allait lui en faire la remarque, la porte des toilettes s'ouvrit sur une Audrey Collins, l'air très suspicieuse, mais aussi très surprise. Juliet sauta sur l'occasion pour s'enfuir de cette pièce exiguë qui avait accumulé tant de tension au cours des dernières minutes que Juliet redoutait de dire quelque chose de regrettable.

— Ne t'en fais pas, Collins, claqua froidement Juliet. Il est tout à toi.

Juliet accorda un dernier regard déçu à James avant de se diriger directement vers la sortie du pub à grands pas sous les regards de quelques uns de ses camarades. Cependant, si elle s'était sentie gênée en entrant un quart d'heure auparavant, il n'en était rien maintenant. Elle était bien trop sur les nerfs pour pouvoir y prêter attention. Elle détestait James. Il lui avait gâché sa journée. Et elle avait besoin d'air frais.


Quelques instants plus tard, dans la Grand-Rue, Cameron contemplait Juliet dans le silence, ne sachant visiblement pas comment réagir face à la situation. Tout le monde à Poudlard savait que Juliet Hardy et James Potter étaient proches, mais Lloyd se demandait comment elle pouvait supporter un type pareil. Dès sa première année, il avait su qu'il n'apprécierait jamais Potter. Ce dernier avait eu le malheur de commencer à le taquiner pour se rendre intéressant dès les premières semaines à Poudlard, mais Cameron s'était vite montré tranchant et l'avait mis à terre d'un Flipendo bien placé avant que Fred Weasley n'ait eu le temps de rire à la blague que James avait lancé. James Potter était devenu populaire par la suite, les gens prenant James pour la victime d'un vil Serpentard tandis que Cameron fut consigné et pris au contraire pour le bourreau sans cœur.

Sa réputation et ses petites affaires avaient même débuté grâce à Potter. Quelques témoins avaient remarqué à quel point Cameron était doué en maléfices pour un gamin de première année. Les gens avaient commencé à venir le voir pour se venger de quelqu'un et par la suite, personne parmi le corps enseignant n'avait soupçonné que le fils du professeur de métamorphose était le responsable de tant d'envois à l'infirmerie.

Cependant, il ne dit rien à Juliet. Après tout, les Gryffondor et les Serpentard étaient censés se détester par principe. James Potter en était un parmi tant d'autres.

— Écoute, Hardy, si tu veux rentrer à Poudlard maintenant...

Juliet leva les yeux vers lui et acquiesça gravement. Elle se sentait tellement stupide à ce moment lorsqu'ils revenaient au château. Ni Cameron, ni Juliet ne s'adressèrent un mot sur le chemin du retour, chacun étant dans ses pensées. Juliet ruminait ses sombres sentiments envers celui qu'elle prenait pour son grand-frère alors que Cameron Lloyd réfléchissait à sa dispute avec Potter. A cause de lui, elle s'était disputée avec l'un de ses proches amis, et cela lui rappela douloureusement les seules autres disputes dont il avait pu être la cause.

Ils passèrent au niveau du portail en fer forgé quand Lloyd se mit à détailler le profil de la Gryffondor. C'était bien la première fois qu'il sortait de ses sentiers battus et cette nouvelle expérience lui donnait étrangement envie d'aller plus loin. Jusqu'à présent, il s'était interdit tout rapprochement avec quiconque : il était persuadé de ne pas être fait pour cela, et comment croire que cela pouvait arriver alors que sa famille était un fiasco total depuis toujours ? Il y avait bien Daphné, sa mère, qu'il aimait profondément, mais elle-même était la preuve que les Lloyd étaient porteurs d'une malédiction. Sinon, elle ne les aurait pas quittés tous les trois, des années plus tôt.

Puis, avec une expression résignée, il songea que Juliet Hardy était décidément trop mignonne pour traîner avec un mec comme lui. C'était une réelle bouffée d'air frais et elle était si innocente, il savait pertinemment que si elle s'accrochait à lui, elle finirait inévitablement par souffrir à un moment ou à un autre. Il le savait, car à son plus grand malheur, on était loin d'en avoir terminé avec lui.

Finalement, ils arrivèrent à l'entrée du château et Juliet se tourna vers lui. Quand son regard noisette se planta dans le sien, ses résolutions tombèrent à l'eau. C'était mal, il le savait très bien. Mais personne ne s'était jamais autant intéressé à lui. Les gens se contentaient de venir le voir pour ses marchés et lui allait en voir certains pour les envoyer à l'infirmerie. C'était un cercle vicieux, mais Cameron n'avait jamais ressenti le besoin d'aller vers les gens. Cependant, on n'avait jamais insisté pour l'inviter à aller à Pré-au-Lard, on ne lui avait jamais parlé aussi ouvertement qu'elle le faisait. Alors, il prit les devants pour la première fois.

— Oublie Potter, lui dit-il d'un ton sérieux. Aujourd'hui, on va chercher un truc à manger et on va passer un bon après-midi, d'accord ?

Juliet parut un moment surprise par ce revirement de situation et un sourire perça derrière ses lèvres.


— Quand je t'ai croisé juste avant l'histoire du placard à balais, tu devais récupérer l'argent de cette fille ? demanda craintivement la Gryffondor alors qu'ils étaient assis sur un banc de la cour extérieure.

Cette histoire de gagner des Gallions sur la santé d'autres élèves rebutait Juliet au plus haut point, elle devait bien l'avouer. Bien sûr, elle se doutait que le Serpentard n'était pas une personne qui transpirait la bonté et évitait les conflits, mais tout de même, elle ne pouvait pas en supporter l'idée. Elle pensa avec dépit que James avait raison sur ce point.

— Je croyais qu'on avait dit pas de questions ? rappela Lloyd en plissant les yeux.

Ils se défièrent du regard pendant quelques secondes, avant que le Serpentard ne rende les armes.

— J'aurais du me douter qu'elle n'avait pas l'argent, c'est une née-moldue. Elle n'avait que des livres Sterling.

Toujours aussi mal à l'aise avec ce sujet, Juliet n'arrivait pas à trouver les bons mots pour lui montrer qu'elle désapprouvait ce qu'il faisait. Après tout, elle ne le connaissait pas et elle n'était pas la mieux placée pour lui dire ce qu'il devait faire. L'image de Mr Lloyd, son professeur de métamorphose, s'imposa à son esprit. Ne voyait-il pas à quel genre d'activités se dévouait son fils, lui qui avait l'air si bienveillant envers ses élèves ? Au moins, Juliet s'estima heureuse de ne pas avoir eu à faire à Cameron Lloyd dans d'autres circonstances que celles d'aujourd'hui. Personne ne la détestait au point d'en arriver là, et elle ne put s'empêcher de se sentir soulagée.

— C'est mal, commenta-t-elle simplement.

Lloyd eut un sourire. Évidemment, il ne s'attendait pas à ce que la douce Juliet approuve son commerce étrange.

— Mais j'en ai besoin.
— De l'argent ?
— Oui.
— Pourquoi ?
— C'est compliqué.
— Oh, fit Juliet.

Non, elle ne connaissait définitivement pas Cameron Lloyd. Juliet retint le flot de questions qui lui parvenaient à l'esprit, préférant ne rien ajouter. Son regard se perdit sur un groupe de Serdaigle qui traversait la cour en riant.

— Tu es française, c'est ça ?
— Oui, répondit Juliet en reportant son attention vers lui. Mais ma mère était anglaise, à Serpentard, d'ailleurs.
— Était ? demanda Lloyd.
— Elle nous a abandonnées, Andrea et moi, à la naissance. Personne ne la revue depuis.
— Je suis désolé, s'excusa Cameron tout à coup.
— Ce n'est rien, je ne l'ai jamais connue alors elle ne peut pas vraiment me manquer. Elle s'est sûrement rendue compte que la famille Hardy était un énorme piège. Dans ce cas là, je ne la blâme pas.

Cameron remarqua que Juliet avait adopté un ton froid qui ne lui ressemblait pas. Pire même que la voix avec laquelle elle s'était adressée à Potter au Trois Balais.

— Parfois, je me demande si je suis tombée dans la bonne famille, poursuivit Juliet, le regard vide. Quand je vais chez les Weasley, je me sens à ma place mais quand je suis de retour en France, c'est comme si je faisais face à une bande d'étrangers coincés qui font tout représenter la famille parfaite. Avant que ma mère ne disparaisse dans la nature, mon oncle et ma tante ont mis des jours et des jours à trouver une solution pour masquer le fait que mon père avait eu des enfants hors mariage. Si ce n'est pas pitoyable, ça.

Les mots étaient sortis tous seuls de la bouche de Juliet sans qu'elle puisse les retenir. Puis elle réalisa qu'elle n'avait jamais fait part de cette histoire à ses meilleurs amis, ni à personne. Elle se tourna subitement vers Cameron, qui la regardait en penchant légèrement la tête.

— Je n'ai pas envie de t'ennuyer, ajouta-t-elle avant de rougir. Surtout pas avec mes affaires de famille.

Cameron ne dit rien, se contentant de la regarder, elle et ses joues rosies. Il se rendit compte que même elle, la joueuse de Quidditch adulée par ses camarades, n'avait pas la vie rêvée qu'elle semblait avoir. Qu'était-il censé lui dire, que lui aussi ressentait la même chose à propos de sa famille qu'il détestait tant ? Il ne pouvait s'y résoudre. De plus, lui et les relations humaines n'étaient pas synonymes. N'arrivant pas à trouver les bons mots, il glissa sa main jusqu'à celle de Juliet sur le banc en pierre et entrelaça ses doigts aux siens.

Juliet leva lentement les yeux vers lui, frissonnant au contact des doigts de Cameron contre les siens. Ses yeux bleus brillaient d'une lueur réconfortante à ce moment et étaient si intenses que Juliet eut l'impression de s'y perdre. Son cœur battit un peu plus vite contre sa poitrine. A ce stade, ses pensées n'étaient plus cohérentes, la gorge sèche, elle n'eut pas envie de parler, et pour être honnête, elle n'aurait pas su quoi dire.

Étrangement, elle se sentait bien, assise là. Il faisait peu froid, c'était vrai. Le ciel au-dessus de leurs têtes était gris orageux, mais peu importait, Juliet était bien. Son cœur battant à toute allure, elle détourna le regard en rougissant de plus belle. Juliet n'arrivait même pas à lui en vouloir pour ses actes. Il y avait tellement de choses à son sujet qu'elle ne savait pas. Sa famille à elle avait de l'argent, et même beaucoup d'argent, elle n'avait donc aucune raison de se permettre de le juger. Elle ne pouvait pas comprendre si elle ne savait pas par quoi il était passé.

— DEGAGE ! HORS DE MA VUE ! TU ME DÉGOÛTES, SALE PORC !

Rompant la sérénité et la magie du moment, Rose débarqua comme une furie dans la cour. Elle était furieuse et ne remarqua même pas Juliet quand elle passa à son niveau. Cette dernière, immobilisée et sous le choc, mit quelques instants avant de réaliser qu'une seule personne avait pu mettre sa meilleure amie dans une telle colère et cette personne n'était autre que Stephen Brown, le Poufsouffle de septième année. Il ne tarda pas à arriver derrière Rose et appelait la Gryffondor d'un ton suppliant :

— Rosie, je suis désolé ! Vraiment désolé... on pourrait en parler au moins !
— C'EST FINI ENTRE NOUS AU CAS OU TU NE L'AURAIS PAS COMPRIS, ABRUTI !

Rose était déjà hors de vue que Brown se rendit compte de la présence de Juliet et Cameronqui assistaient au spectacle, assis l'un à côté de l'autre. Son regard s'arrêta deux secondes sur leurs doigts entremêlés, puis il s'approcha de Juliet, l'air effaré en jetant des coups d'œil vers l'endroit où se trouvait Rose quelques secondes plus tôt.

— Hardy, tu pourrais aller raisonner Rose ? Elle ne va pas très bien et elle ne pense pas ce qu'elle dit...
— Au contraire, je pense qu'elle sait très bien ce qu'elle fait, rétorqua Juliet. Tu peux lui dire adieu, Brown.

Le Poufsouffle lui lança un regard impérieux avant de les quitter à grands pas. Avec un pincement au cœur, Juliet retira sa main de celle du Serpentard et se leva.

— Je... je suis désolée, bégaya Juliet. Mais il faut que... Rose a besoin de quelqu'un.
— Bonne chance, Hardy, lui dit-il avec un sourire en coin.

Juliet se mordit la lèvre. Ils étaient tellement bien avant que Rose ne débarque. Elle regrettait de ne pas pouvoir passer plus de temps avec lui... mais son amie devait être dans tous ses états, elle ne pouvait pas se permettre de la laisser seule, enragée contre son ex petit ami. Au prix d'un effort qui lui coûta plus qu'elle ne pouvait l'admettre, Juliet lui sourit en retour et tourna les talons, sur les traces de Rose, tandis qu'une partie de ses pensées étaient restées auprès de Cameron Lloyd.


Assis seul sur le banc en pierre, Cameron suivit Juliet du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse hors de sa vue. Perdu dans ses pensées, il ne bougea pas tout de suite. Il était bien loin de l'idée qu'il s'était faite de la jeune fille, lui qui l'avait toujours plus ou moins associée à James Potter et Fred Weasley, deux fauteurs de trouble qui avaient de nombreuses fois failli le faire repérer dans le château en dehors du couvre-feu. Cameron était intrigué par les points communs qui les reliaient, la Gryffondor et lui. Car Juliet Hardy n'était pas la seule avoir une mère absente.

Soudain d'humeur maussade en pensant sa mère, Cameron se leva finalement et les mains dans les poches, se mit à marcher en direction du château sans savoir vraiment où il allait. Daphné Greengrass n'habitait plus en Angleterre et de ce fait, ils ne se voyaient que très rarement. Elle lui manquait, mais Cameron savait que sa relation avec elle avait brusquement changé depuis l'incident pour ne plus jamais redevenir la même.

Le simple fait de se remémorer ce qu'il s'était pass ce soir-là lui fit serrer instinctivement sa main sur sa baguette magique. Cameron n'éprouvait pas la même adulation pour son père que le reste des élèves. Sa réputation d'ancien Serdaigle populaire au lendemain de la guerre laissait un goût amer dans la bouche de Cameron. Avec dépit, il songea que Maisie était bien stupide de lui vouer un culte elle aussi, lui qui était la raison du divorce de leurs parents.

— Alors, ton rendez-vous s'est bien passé ? Vous vous êtes murmuré des mots doux ?
— Dégage, Maisie.

Cameron n'avait pas été surpris quand sa soeur était subitement apparue alors qu'il descendait la volée de marches menant aux cachots. Elle le suivait depuis le début de l'année et Maisie était du genre obstinée. Avec les autres, elle obtenait toujours ce qu'elle voulait : réclamer les devoirs des septième années pour obtenir de meilleurs résultats, faire de la concurrence à Andrea Hardy pour la mettre dans tous ses états, et même faire porter ses affaires par des première années naïfs. Cependant, Cameron connaissait sa soeur et il n'était pas aussi facile à berner qu'un gamin de onze ans.

— Oh, je sais, poursuivit Maisie en le suivant à la trace. Elle a refusé de t'embrasser. Mon pauvre Cam.
— Pourquoi tu n'irais pas voir tes amis ? Ta présence leur est si indispensable.
— Pas autant que la tienne auprès de notre famille, répliqua Maisie d'une voix sombre tout à coup.

Surpris cette fois, Cameron se retourna pour lui faire face. Elle avait abandonné son ton moqueur et était désormais plus que sérieuse. Le Serpentard décida de la prendre à son propre jeu et retourner les doutes qu'elle pouvait avoir à l'encontre de Aaron Lloyd.

— Si tu tiens tellement à le défendre, pourquoi tu ne sais toujours pas ce qu'il prépare dans l'ombre ?

Pendant un millième de seconde, Maisie parut désarçonnée par la question de son frère, mais elle se reprit bien vite et croisa les bras pour se donner contenance avant de répliquer d'un ton froid :

— Peu importe, je lui fais confiance et tu devrais faire la même chose au lieu de fricoter avec cette fille. Quand elle te lâchera, tu comprendras qu'il n'y a que nous. Moi je serai toujours là pour toi.
— Tu oublies quelque chose, remarqua Cameron en lui jetant un regard noir.
— Ah ouais ? Quoi ?
— On ne choisit pas sa famille. Pourtant tu as raison. Je ne t'abandonnerai pas non plus, Maisie.

Cette fois, Maisie lui lança un regard affolé tandis que Cameron repartait déjà, la laissant en plan au milieu du couloir sombre et froid des cachots.


— Je vais le tuer, Juliet, je vais le tuer...

Un bras autour des épaules de sa meilleure amie, Juliet tenait aussi une boite de mouchoirs dans son autre main. Elle avait retrouvé Rose dans leur dortoir, pleurant de rage. Rose se moucha bruyamment. Elle n'avait cessé de menacer Brown depuis que Juliet l'avait rejointe et n'avait rien dit des raisons qui l'avait mise dans cet état. Juliet attendit patiemment que son amie se calme, et cela prit une dizaine de minutes supplémentaire.

— Et dire que je lui ai accordé le bénéfice du doute... marmonna Rose entre ses dents. J'ai été trop stupide pour croire qu'il m'aimait encore. C'est un abruti, hein ?
— Oui, pire que lui, ça n'existe pas, approuva Juliet.
— Eh bien je l'ai surpris en train de fourrer sa langue dans la bouche de cette quatrième année... tu sais, celle qui n'arrête pas de raccourcir la longueur de sa jupe. Elle aussi, dès que je la croise, je la tue. En plein milieu du chemin, les...
— Calme-toi, Rose, il ne mérite pas que tu te mettes dans un tel état...

Les larmes de Rose ne tarirent pas, si elle savait que ce moment arriverait tôt ou tard, la chute avait été brutale, même si ça lui pendait au bout du nez. Mais le voir, lui, Stephen, avec qui elle s'était trop attachée durant deux ans, en train d'embrasser cette Gryffondor sans avoir aucun scrupule, ça avait signé la fin. Plus jamais Rose ne se ferait avoir. Elle apprendrait de ses erreurs, et elle allait se venger. Juliet lui frotta le dos dans un geste réconfortant et sanglotant encore à moitié, elle tourna son visage vers elle, l'air décidé.

— Ne tombe jamais amoureuse, Juliet. Jamais.