— Donc Rose a contacté Lloyd ?

Albus n'en revenait pas. Juliet et lui étaient assis au fond de la classe de défenses contre les forces du Mal et prêtaient une infime attention au duel que disputait Rose avec Kenny Clarks, le grand ami de Victoria Finnigan. Dans la nuit, un hibou était arrivé pour Rose et il avait amené avec lui la réponse de Cameron à leur amie. Juliet avait bien entendu jeté un coup d'œil à la lettre lorsque sa meilleure amie se trouvait dans la salle de bain. Ils devaient se rencontrer le soir-même. Et Juliet avait bien l'intention de trouver Cameron Lloyd d'ici là. Il n'était pas question que Rose décide de se venger de cette manière.

— Et tu veux l'intercepter aujourd'hui, c'est bien ça ? continua Albus après avoir vérifié que le professeur Tourdesac ne les surveillait pas.
— Exactement, sauf que je n'ai aucune idée de l'endroit où il peut être, soupira Juliet en posant sa tête sur ses notes de cours.
— Il me semble que James a cours avec les Serpentard, dit finalement Albus alors que Rose revenait à sa place. En sortilèges si je ne me trompe pas.
— Al, t'es génial ! s'exclama Juliet en relevant la tête tout à coup.

Puis elle se rendit compte qu'elle avait parlé un peu trop fort et cette fois-ci, leur professeur l'avait dans sa ligne de mire. Juliet pria alors pour qu'elle ne la choisisse pas pour le prochain duel et croisa même les doigts sous la table.

— Miss Hardy, vous êtes la suivante ! Et voyons voir... Mr Finch-Fletchey. Allez, dépêchez vous tous les deux !

Complètement désemparée, Juliet échangea un regard avec Marshall, assis eu deuxième rang avec ses amis. L'un d'eux fit même un clin d'œil au Serdaigle, ce qui mit Juliet très mal à l'aise. Mais elle se leva, armée de sa baguette après qu'Albus lui ait souhaité bonne chance. Arrivée au devant de la salle de classe, elle sentit tous les regards rivés sur eux et cela n'allait définitivement pas l'aider. Elle était déjà une très mauvaise duelliste et le fait que son adversaire soit Marshall Finch-Fletchey était déjà une catastrophe en soi.

Le Serdaigle et elle étaient sortis ensemble l'année précédente pendant deux mois. Cependant, Juliet avait mis un terme à leur relation car elle s'était sentie étouffée ; Marshall avait eu tendance à être trop collant envers elle et Juliet aimait sa liberté. Néanmoins, ils s'étaient quitté en bons termes, bien que la Gryffondor le suspectait de toujours avoir des sentiments pour elle. C'est pourquoi depuis, elle s'était sentie mal à l'aise en sa présence. Il était certes très gentil et mignon, elle ne pouvait éviter de penser aux coups d'œil qu'il lui lançait parfois, quand il croyait qu'elle ne se rendait compte de rien...

Marshall lui lança un sourire timide avant de lever sa baguette, prêt à se battre. Même si Juliet savait qu'elle allait lamentablement se ridiculiser à lui, elle ne pouvait absolument pas lui en vouloir, avec son visage doux et ses cheveux blonds qui lui donnaient une allure presque angélique.

Et soudain, la vieille chouette leur donna le coup de départ. Paniquée, Juliet attendit que Marshall soit le premier à attaquer.

Colloshoo ! s'exclama-t-il face au silence pesant de leur classe.

A quelques centimètres, le sortilège atteignit presque la Gryffondor qui s'était jetée sur le côté. Juliet songea avec dépit que c'était le seul avantage à jouer au Quidditch ; elle était habituée à éviter les Cognards depuis son entrée dans l'équipe.

Impedimenta ! lança-t-elle avant que Marshall n'ait pu faire le moindre geste.
Protego ! Incarcerem !

Juliet n'eut pas le temps de répliquer qu'elle s'écroula par-terre, ligotée par des cordes surgies de nulle part. Se sentant plus que jamais humiliée, elle entendit sa professeur de défenses contre les forces du Mal ricaner tout en la libérant d'un petit coup de poignet.

— Voilà qui était éclairant, miss Hardy, vous avez tenu cinq secondes de plus que la semaine dernière ! J'accorde cinq points à Serdaigle, Finch-Fletchey.

Le professeur Tourdesac se lança alors dans un discours sur les faiblesses et les erreurs les plus communes lorsqu'un élève se lançait dans un duel. Marshall aida Juliet à se relever puis lui chuchota :

— Tu vas bien ? Tu as une griffure sur la joue...
— Ça va, ça va, s'emporta Juliet en retournant à sa place, bien trop humiliée et agacée pour être patiente.

Marshall la suivit jusqu'à sa propre place, les sourcils froncés. Quand Juliet se rassit aux côtés d'Albus, celui-ci lui adressa un sourire d'excuse. Mais Juliet n'en avait que faire, elle était trop démoralisée par ses propres inaptitudes pour paraître positive et optimiste. A vrai dire, elle n'attendait que la fin de l'heure pour pouvoir partir à la recherche de Cameron Lloyd et attendit que la vieille chouette leur déblatère leur programme de la semaine suivante pour enfin sortir de cet enfer qu'étaient les cours de pratique de magie.

Quand la professeur les congédia finalement, Juliet fut la première à sortir de classe. Elle hésita à courir, mais elle marchait d'un bon pas, le couloir d'Enchantements était juste à l'étage du dessus. Tout ce qu'elle espérait était que le Serpentard suive ce cours. Mais qui ne suivait pas les cours de sortilèges du professeur Flitwick ?

Juliet pressa le pas et monta les marches quatre à quatre. Une minute plus tard, elle attendait devant la salle de sortilèges. Et à en entendre les éclats de voix à l'intérieur, les septièmes années étaient toujours à l'intérieur. Juliet prit donc son mal en patience et s'adossa contre le mur d'en face. Elle n'avait pas réellement réfléchi à ce qu'elle voulait lui dire. Juliet devait supporter l'idée que Cameron faisait ses affaires comme il l'entendait, et elle n'avait pas envie d'interférer, surtout si Malefoy lui avait dit vrai et que la famille Lloyd avait quelques secrets à son actif.

Cependant, elle ne pouvait décemment pas laisser Rose utiliser le Serpentard. Juliet se sentait bien trop mal à l'aise à ce sujet.

Soudain, la porte de la salle de Sortilèges s'ouvrit à la volée et un flot d'élèves en sortit, dont Troy Macmillan qui lui adressa un sourire en coin au passage. Elle vit James et Fred passer et au regard du premier, Juliet se rendit compte qu'il savait qui elle attendait. Mais conformément à sa promesse, le septième année aux constamment ébouriffés lui fit un petit signe de la main avant de suivre son groupe d'amis. Et enfin, Cameron Lloyd sortit de la salle, les mains dans les poches et l'air décontracté, comme à son habitude.

Le cœur battant à tout rompre, Juliet s'avança vers lui. Il la regarda, l'air clairement surpris. Puis il plissa les yeux alors qu'un nouveau groupe de Serpentard sortait de cours derrière lui.

— Hardy ?
— J'ai besoin de te parler. Maintenant.

Juliet se mordit la lèvre, gênée par le regard que leur lançaient quelques septième années traînant dans le couloir. Le Serpentard le remarqua et indiqua à la Gryffondor l'autre côté du couloir qui était désert. Tandis qu'ils marchaient l'un à côté de l'autre, Juliet ne sut pas vraiment pas comment aborder le sujet sans lui paraître autoritaire et prétentieuse. En proie au stress, Juliet tritura une mèche échappée de sa tresse.

— C'est au sujet de Weasley ? devina Cameron en voyant que Juliet avait du mal à sortir le moindre mot.
— Oui, confirma-t-elle prudemment.
— Et que voudrais-tu que je fasse ?

Le Serpentard s'était arrêté au bout du couloir, forçant Juliet à le regarder dans les yeux. Celle-ci hésitait. Ses pensées pour et contre se battaient dans sa tête. Elle n'aurait pas la conscience tranquille si Cameron Lloyd envoyait Brown à l'infirmerie. Ils s'étaient déjà battus à mains nues le jour de leur première retenue et Juliet n'osait imaginer la tournure que prendraient les événements avec l'aide de la magie. Même si Brown n'aurait aucun moyen de prouver que Lloyd l'aurait agressé, cette idée était gênante au point qu'elle la fit frissonner. Donc Juliet rassembla tout son courage et ne cilla pas.

— J'aimerais que tu oublies Rose et sa vengeance contre Brown.
— Et pourquoi je devrais faire ça ? lui demanda-t-il. Weasley est assez grande pour savoir ce qu'elle veut, et Brown le mérite.

Cameron Lloyd ne semblait ni en colère, ni vexé qu'elle lui demande de ne pas obéir à Rose. Juliet souffla un bon coup.

— Mais je ne veux pas que tu t'impliques. S'il-te-plaît, pour moi.

Rougissant à vue d'œil, Juliet ne détourna néanmoins pas le regard de celui du Serpentard. Ce dernier la fixait toujours, ne laissant transparaître aucune émotion. La Gryffondor était consciente du fait qu'elle empiétait totalement sur son terrain, mais elle ne supportait pas l'idée qu'il se mêle à cette histoire. Si Rose voulait se venger, il faudrait qu'elle le fasse seule, et sans intermédiaire. Mais en même temps, ils se connaissaient à peine, Juliet n'avait que très peu d'influence sur le Serpentard et elle en vint à se demander pourquoi elle lui avait demandé cette requête.

— D'accord, murmura-t-il lentement.

Un sourire étira les lèvres de Juliet. Cependant, elle ne put s'empêcher de ressentir une vague de culpabilité l'assaillir en contemplant le visage de Lloyd. Avec cette histoire de mystères au sein de sa famille, de divorce entre ses parents, et de sœur suspecte, il devait avoir bien plus de soucis qu'elle ne se l'était imaginé au départ. Puis elle s'en voulut de trop en savoir. Elle se sentait comme intruse... Malefoy n'aurait jamais du lui raconter ce qui l'inquiétait avec les Lloyd.

— Je suis désolée.
— Arrête de t'excuser, Juliet.

Cameron Lloyd n'avait pas employé un ton méchant, au contraire. Puis, l'entendre dire son prénom la frappa de plein fouet et ne put s'empêcher d'avoir apprécié qu'il l'ait prononcé. L'entendre dire par sa voix changeait tout son petit monde, elle avait l'impression d'être quelqu'un pour lui. Encore une fois, elle resta plongée dans ses yeux bleus et ne trouva pas la force d'en sortir. Puis, elle réalisa qu'ils étaient proches, tous les deux. Trop proches.

Le Serpentard recula subitement ce qui réveilla Juliet. Elle n'arrivait pas à savoir ce qu'il y avait entre eux. Il avaient une connexion, elle en était persuadée, et quelque part, ça lui faisait peur. Juliet était complètement perdue, incapable de mettre des mots sur ce qu'elle ressentait à son égard.

Et puis, Juliet réalisa l'ampleur de ce qu'elle venait de faire. Cameron Lloyd, qui ne recevait d'ordres de personne, allait rompre sa promesse avec Rose. Leur marché n'allait pas avoir lieu. Que représentait-elle pour lui ?

— Dis à Weasley qu'elle peut m'oublier, dit alors Cameron en rompant le silence devenu tendu. A plus tard, Hardy.

Mais avant que Juliet n'ait eu le temps de reprendre ses esprits, il avait déjà disparu.


Rose Weasley sortait de son cours d'étude de moldus, plutôt satisfaite. On était en octobre et finalement, Neville avait eu raison : elle ne regrettait pas d'avoir choisi de continuer cette matière pour les ASPIC. C'était très intéressant et leur professeur était aussi très amusante et ne se prenait pas au sérieux. Et Rose en avait besoin. Les profs qui étaient au taquet et enlevaient systématiquement des points si on osait répondre à côté de la plaque à une question agaçait fortement Rose.

La Gryffondor se rendit directement dans la Grande Salle où normalement, elle devait retrouver Albus et Juliet. Rose avait l'impression que cette année était en proie aux changements et que peu à peu, ils se séparaient tous les trois. Avant de passer leurs BUSE, ils passaient tout leur temps ensemble, avaient les mêmes cours et se quittaient occasionnellement pour leurs activités respectives. En un mois, tout avait changé : elle préférait être seule depuis sa rupture avec Stephen Brown, elle en avait besoin, ensuite Juliet était devenue distante avec eux, elle avait toujours la tête dans les nuages et quant à Albus, il disparaissait plus que nécessaire. Elle se promit qu'un jour, elle le suivrait pour voir où il se rendait à chaque fois qu'il n'allait pas en cours.

Malgré son cours positif, Rose ne pouvait s'empêcher de se sentir légèrement nerveuse : elle avait rendez-vous ce soir avec Cameron Lloyd pour lui donner l'argent. Certes, ce pouvait paraître pour une solution facile mais elle voulait voir Brown souffrir comme il n'avait jamais souffert de sa vie. Non, elle n'était pas triste d'avoir enfin rompu avec lui, elle était juste nostalgique. Cette relation aurait pu fonctionner si Stephen était resté le même qu'il y a deux ans.

Plongée dans ses pensées, Rose ne faisait pas attention où elle marchait et un accident ne manqua pas. Elle descendit une volée d'escaliers au deuxième étage quand quelqu'un lui fonça dedans. Au début, elle ne reconnut pas la personne, puis en la détaillant, elle eut un mouvement de recul. Andrea Hardy était méconnaissable, son air hautain habituel avait totalement disparu, remplacé par une expression pressée. Même son apparence soignée avait disparu : ses cheveux dorés étaient dans tous les sens et la cravate de son uniforme était de travers.

— Weasley, dit-elle d'une voix haletante. J'ai besoin de voir Flitwick, ou n'importe quel professeur. C'est urgent...
— Va voir dans leur bureau, répondit simplement Rose.

Elle n'était absolument pas prête à aider la Serpentard qu'elle détestait tant. Rose était persuadée que Andrea Hardy avait remarqué qu'il manquait des points à sa copie ou quelque chose du genre. Cette fille était tellement lèche-bottes auprès des professeurs qu'elle allait encore parvenir à ses fins.

Voyant que Rose n'était pas prête de l'aider, Andrea, un morceau de parchemin étroitement serré dans son poing, repartit en courant comme si elle était poursuivie par une créature démoniaque. Rose haussa les épaules, guère intriguée par le comportement de la Serpentard. De toute façon, il fallait qu'elle soit toujours le centre d'attention de tout le monde.

— Juliet m'a chargé de te dire que tu pouvais abandonner Lloyd ce soir, lui annonça Albus tandis que Rose s'asseyait en face de lui au dîner. Ça doit être sérieux entre eux.

Rose enragea intérieurement. Il avait fallu que Juliet s'en mêle. Même si Rose fut surprise qu'elle ait réussi à le convaincre, elle pesta tout de même contre sa meilleure amie. Parfois, elle agissait de façon égoïste et elle ne s'en rendait pas compte.

— Elle est où ?
— Partie à l'entraînement. Apparemment, Macmillan a prévu une séance d'au moins trois heures ce soir...

Rose se servit une part de pizza avant de balayer du regard la Grande Salle. A la table des Poufsouffle, elle vit Brown en grande conversation avec Barbara Hopkins qui elle-même paraissait s'être rapprochée de Juliet ces derniers temps. Rose songea qu'elle perdait complètement le fil avec ses amis en ce moment. Puis elle croisa le regard de Scorpius Malefoy chez les Serpentard. Il lui lança un sourire puis se retourna vers Will Leighton à ses côtés. Jamais Malefoy n'avait été aussi expressif envers eux, Rose n'en revenait pas.

— Il est bizarre Malefoy, tu ne trouves pas ? demanda-t-elle à son cousin.

Albus haussa les épaules, occupé à lire la Gazette du Sorcier. A tous les coups, il ne l'avait pas écouté. Elle détestait quand il faisait ça, mais n'ayant pas envie de se disputer avec lui, elle se renfrogna dans son coin et sut qu'elle allait passer une très longue et ennuyeuse soirée...


La séance d'entraînement venait de se terminer et cette fois, Troy Macmillan en était satisfait : son coéquipier avait failli désarçonner tous les joueurs à plusieurs reprises, le jeu de Juliet et de James s'était grandement amélioré depuis qu'ils avaient réglé leurs différents et Emma Ellis avait pris énormément d'assurance depuis quelques semaines. Le capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor était donc certain qu'ils allaient remporter la Coupe cette année. Avec une équipe triée sur le volée et hyper-préparée pour leur premier match dans un mois, il n'avait aucun doute là-dessus.

Juliet était restée sur le terrain longtemps après que l'entraînement ne soit terminé. Elle n'entendait plus de bruit dans les vestiaires, ce qui voulait dire que tout le monde devait être parti. Mais c'était ce qu'elle recherchait. La fatigue s'était accumulée depuis des jours et des jours et cette histoire de d'obsession pour Lloyd lui prenait tellement la tête qu'elle apprécia réellement ce moment de calme et de solitude.

Juliet était en train de remettre ses chaussures quand un bruit sourd se fit entendre à l'extérieur. Alarmée, elle chercha sa baguette magique dans sa poche et la sortit, sur ses gardes. Il faisait nuit dehors, et à proximité de la forêt interdire, rien n'était bien rassurant dans l'obscurité du parc. Des bruits de pas se firent alors entendre et Juliet paniqua. Tout le monde était censé être rentré au château. Qui pouvait bien être ici ?

— James ? tenta-t-elle. C'est toi ?

Pas de réponse. « Évidemment que ce n'était pas lui », pensa Juliet, en colère contre elle-même. Pourquoi ne réfléchissait-elle pas avant de dire quelque chose à haute voix ? Juliet s'avança alors prudemment vers la porte et telle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle reconnut l'identité de l'intrus sur le pas de la porte.

— Qu'est-ce-que tu fais ici ? demanda Juliet, sa baguette toujours brandie.
— Quelle question, je voulais te voir.

Non, Juliet ne faisait définitivement pas confiance à Maisie Lloyd. Ce que Scorpius Malefoy lui avait confié lui revint en mémoire et s'il avait évoqué son changement de comportement ces dernières années, ce ne pouvait pas être en bien. Juliet et Maisie Lloyd ne s'étaient jamais adressées la parole auparavant. Bien sûr, elles étaient dans des maisons opposées, mais Andrea la détestait aussi. Par extension, Juliet avait donc encore moins de chance de faire ami-ami avec la Serpentard.

Maisie alla s'asseoir tranquillement sur un banc, les jambes croisées, et paraissait très calme. Juliet n'était peut être pas aussi intelligente qu'Albus, mais il n'empêchait qu'elle se méfiait de son attitude, même si elle se montrait parfaitement sereine avec son sourire construit de toute pièce.

— Pourquoi ?
— Oh, Hardy, soupira la Serpentard en se levant sans geste brusque. Je veux simplement que tu arrêtes de distraire mon frère.

Juliet la contempla, interdite. Elle ne voyait pas du tout où elle voulait en venir. Mais elle n'allait pas se laisser faire par cette fille et se reprit vite. Bizarrement, Juliet commençait à comprendre pourquoi Andrea ne l'appréciait pas. Si elle considérait que Cameron était sa propriété, c'était qu'elle était vraiment arrogante.

— Quoi, tu es jalouse ? répliqua Juliet, retrouvant sa vigueur.

Maisie plissa les yeux. Puis, sans attendre, elle dégaina sa baguette magique à vitesse grand V et sous le choc, Juliet la vit exercer un sortilège informulé parfait. Dans leur classe, seul Albus avait réussi à lancer tout une multitude d'informulés alors le fait qu'elle se retrouvait soudainement plaquée contre le mur par Maisie la laissa pantelante. Maisie se précipita sur elle et planta sa baguette magique sur la gorge de la Gryffondor à une vitesse qui était bien trop perturbante pour être réelle. On aurait dit qu'elle avait été entraînée.

— Alors c'est ça, cracha Juliet à bout de souffle. Tu n'as plus l'attention de ton frère adoré ?
— Écoute-moi bien, fit Maisie en approchant un peu plus sa baguette. Tu crois que je ne vois pas clair dans ton petit jeu, Hardy ? Il ne s'en rend pas compte, vous les bouffondors, vous êtes tous les mêmes, toi incluse. Personne ne doit vous résister, mais voilà, vous n'êtes pas les rois ici. Arrête de pervertir Cameron avec tes idées de petite fille irréprochable. Compris ?
Expulso !

Suite au sortilège que Juliet lui avait lancé par surprise, Maisie Lloyd fut violemment projetée en arrière contre le mur d'en face. La respiration saccadée, Juliet ne réfléchit pas un instant et se rua sur la porte des vestiaires. Une fois sortie, elle ne ralentit pas et courut à toute allure. Elle avait sûrement oublié quelques unes de ses affaires mais elle s'en fichait tant qu'elle mettrait le plus d'espace entre elle et la Serpentard. Si Maisie Lloyd avait eu le temps de répliquer, elle n'aurait pas donné cher de sa peau. Intérieurement, elle remercia Albus de l'avoir aidée à maîtriser ce sortilège.

Parce que Juliet ne l'avouerait jamais à haute voix, mais Maisie Lloyd avait eu raison d'elle et lui avait fait une peur bleue. Quelle personne saine d'esprit aurait eu l'envie de la suivre jusque dans un vestiaire éloigné du château pour la menacer ? Maisie avait des amis au sein de chaque maison à Poudlard, mais elle n'en avait pas besoin : si ses yeux bleus lui rappelaient étrangement ceux de son frère, ils ne brillaient pas du tout de la même intensité et ce que Juliet avait pu y lire n'avait été que de la pure et simple détermination à lui glacer le sang.

Juliet ne s'arrêta pas avant d'avoir atteint les portes du château et même une fois arrivée à l'intérieur, elle hésita à regarder derrière elle. Mais voulant s'assurer que la Serpentard ne la suivait pas, elle jeta un coup d'œil à l'extérieur. Personne. Avec un peu de chance, le sort qu'elle lui avait envoyé l'avait mise K.O. et elle ne reviendrait pas à la charge. D'ailleurs, Juliet avait été surprise d'avoir réussi à lui lancer un sort avec la pression qu'elle avait ressentie sur le moment.

Légèrement essoufflée, la Gryffondor regarda sa montre : il ne lui restait plus que cinq minutes avant le couvre feu, ce qui ne serait pas assez suffisant pour revenir à la tour Gryffondor à temps, pourtant elle ne se pressa pas. L'esprit trop occupé par son altercation avec Maisie Lloyd, elle avait bien d'autres choses à penser que rentrer dans sa salle commune à temps. Malgré la réputation bien connue de Cameron, Maisie lui semblait bien plus effrayante.

Puis, alors que Juliet remontait les escaliers du deuxième étage, la frayeur que Maisie lui avait faite quelques minutes auparavant avait laissé place à un sentiment de révolte. Elle ne comprenait pas pourquoi tout le monde à Poudlard s'était ligué contre elle et son semblant de relation avec Cameron Lloyd. Après son professeur de métamorphose, c'était maintenant au tour de sa sœur de s'en mêler.

— … tu t'y es engagé, tu n'as pas le choix !
— Non ! Je me suis engagé à ne rien dire, pas à entrer dans votre jeu. De toute façon, je me casse dès que j'en ai fini avec Poudlard, et vous ne me verrez plus, famille ou non.
— Cameron...

Une porte claqua et un Serpentard bien connu de Juliet en sortit, l'air passablement énervé. Plantée au en plein milieu du couloir, Juliet s'était arrêtée en entendant les éclats de voix provenant du bureau du professeur Lloyd. Cameron eut l'air ahuri en voyant la Gryffondor ici. Sur tous les élèves de l'école de magie, il avait fallu que ce soit elle qui passe à ce moment là. Il s'avança rapidement vers elle et la prit par le bras sans faire de manière.

— Hé ! fit Juliet tandis qu'il l'entraînait dans un couloir adjacent du quatrième étage.
Chut !

Encore sous le choc de ce qu'elle venait d'entendre, elle se laissa faire jusqu'à ce que Cameron ne se stoppe et la regarde droit dans les yeux, une lueur inquiète dans le regard.

— Qu'est-ce-que tu as entendu ?
— Quoi ? Rien... Presque rien. Juste une histoire d'engagement... Et ça voulait dire quoi d'ailleurs ? Ton père veut que tu l'aides à faire quelque chose ?

Cameron la contempla, légèrement blême, avant de reprendre un visage imperturbable et calme. Le couloir était vide autour d'eux, mais ça en l'empêchait pas de se sentir observé ou écouté. Juliet Hardy les avait entendu. Et maintenant, elle allait se méfier des Lloyd, il en était certain. Ne sachant quoi faire, Cameron prit quelques secondes pour réfléchir.

— Une affaire de famille compliquée, se contenta de répondre Cameron à voix basse en guettant la réaction de la sixième année.

Juliet plissa les yeux, guère convaincue.

— Une affaire de famille qui force également ta charmante sœur à venir me menacer dans nos vestiaires ? répliqua Juliet, piquée au vif.
— Maisie t'a menacée ?
— Pas plus tard qu'il y a dix minutes, dit Juliet en prenant un air digne.
— Viens.

Cameron Lloyd l'intima à le suivre et entra dans une salle de classe vide quelques mètres plus loin. Ne se posant pas de question, Juliet le suivit. Maisie lui faisait peur et les propos de son professeur de métamorphose l'inquiétait mais étrangement, elle sentait qu'elle pouvait avoir confiance en lui. A moins que ses instincts ne la trompent et qu'il la séquestre dans cette salle vide sans que personne ne puisse l'entendre. Toute cette histoire la dépassait réellement et elle ne savait plus quoi penser des secrets des Lloyd à présent.

Une fois qu'elle fut rentrée dans la salle vide, Cameron referma la porte derrière elle et lança un sortilège informulé sur celle-ci, « sûrement un Assurdiato », songea Juliet en croisant les bras. Puis Cameron se retourna vers elle, en ne sachant visiblement pas comment appréhender la situation.

— Elle t'a fait du mal ?
— Non.

Le silence s'imposa entre eux pendant de longues secondes, qui se transformèrent en minutes. Puis, enfin, le Serpentard rompit le calme de la classe vide.

— Écoute, Hardy, commença-t-il en étant toujours à la recherche des mots qui convenaient. Il faut que tu oublies ce que tu viens d'entendre. Et il faut aussi... que tu m'oublies.

Les lèvres de Juliet s'entrouvrirent légèrement sous la surprise. Cameron tâcha de ne pas y faire attention et continua :

— Je n'ai pas conclu mon marché avec Weasley, donc tu n'as pas à t'en faire. Mais à partir de maintenant, on doit arrêter de se voir.

Sans voix, Juliet détailla le Serpentard comme si c'était la première fois de sa vie. Elle n'en revenait pas. Son cœur battant à toute allure, elle sentit son estomac se contracter. Malgré les menaces de Maisie, Juliet ne pouvait décemment pas se laisser faire. Sans réellement savoir pourquoi, Juliet se sentait prête à se battre contre l'attitude menaçante de Maisie Lloyd et les piques lancées par son professeur. Elle ne savait pas ce qu'ils cachaient tous les trois, mais elle était prête à en prendre le risque.

Juliet s'avança vers Cameron sans qu'elle ne le lâche du regard.

— C'est ce que tu veux ? lui demanda-t-elle d'un ton posé.

Il ne répondit pas, se contentant de la fixer, adossé contre le mur. Juliet avait eut sa réponse, et espéra qu'elle avait bien interprété son silence.

— Parce que moi, non. Je ne sais pas ce qui se passe entre vous, pourquoi Maisie m'en veut à ce point de te fréquenter, et pareil pour ton père, mais je me fous pas mal de ce qu'ils pensent, tout comme à peu près tout le monde à Poudlard. Si j'ai envie de passer du temps avec toi, je le ferais.
— Tu ne sais pas de quoi tu parles, Hardy, soupira Cameron en détournant le regard.
— Eh bien, je suis prête à prendre le risque, lâcha Juliet sur un ton de défi.

Sans réellement comprendre pourquoi la colère montait peu à peu en elle, Juliet ne put s'empêcher de ressentir de la déception quant au fait que le Serpentard abandonnait aussi facilement. Il ne la regardait plus, préférant avoir le regard vague porté vers l'une des fenêtres de la salle. Peut-être n'avait-il pas d'amis sur qui compter comme elle, mais c'était justement ce que Juliet lui offrait et celle-ci ne comprenait pas pourquoi il reculait maintenant. Elle était sincère avec lui et elle était persuadée que lui l'était aussi malgré tout.

— S'il y a un risque que tu ne dois pas prendre, c'est bien celui-ci.

Le ton sérieux et grave que Cameron avait employé alarma la Gryffondor. Non, elle ne savait pas ce que mijotait les Lloyd, mais au fond d'elle-même, elle était sure que Cameron lui ne lui ferait pas de mal. Juliet n'avait aucune idée de pourquoi elle savait qu'il ne la blesserait pas, sûrement parce que s'il avait eu l'occasion de le faire, il l'aurait fait dès leur rencontre, lorsqu'ils étaient seuls, aussi sur le chemin de Pré-au-Lard ou encore en ce moment même.

— Et toi, que veux-tu faire ?
— Il n'est pas question de moi et de mes envies Hardy, rétorqua le Serpentard en la regardant à nouveau.
— Bien sûr que si ! s'emporta Juliet. Je t'ai parfaitement entendu tout à l'heure quand tu as dit que tu les quitterais à la fin de l'année, alors pourquoi tu leur prêtes attention ? Peu importent leurs secrets ou je ne sais quoi, ils sont tes proches et doivent respecter tes choix !
— Ça ne marche pas comme ça...
— J'en ai marre, l'interrompit soudain Juliet. Tu sais quoi ? Pour toi, je me suis embrouillée avec James, Rose et pas mal de Gryffondor qui pensent que je pactise avec l'ennemi. Avant, j'aurais tout fait pour démanteler les rumeurs pour que les gens me voient à nouveau comme la fille bien sous tout rapport. Et aujourd'hui, je me retrouve là face à toi, je me fous de tout ça. J'ai juste envie d'être avec toi.

Cameron la dévisagea avec des yeux ronds, comme si la Gryffondor venait d'être prise d'une crise de démence. Mais Juliet se sentait beaucoup mieux, elle avait lâché tout ce qu'elle avait sur le cœur, n'ayant pas l'habitude de tout garder renfermé. A ce stade, elle se fichait complètement d'avoir explosé, même si elle lui avait directement exprimé son désir de passer du temps avec lui. Elle n'en ressentait même pas de honte.

— Tu ne me lâcheras pas, hein ? demanda-t-il calmement après quelques instants.
— Non, répondit-elle simplement. A moins que tu me dises clairement que tu ne veux plus me voir.

Sous les yeux surpris de Juliet, le Serpentard se laissa glisser contre mur sur lequel il était adossé jusqu'à s'asseoir sur le sol, l'air visiblement touché.

— Juliet... tu ne sais vraiment pas ce que tu me demandes, murmura-t-il d'une voix presque inaudible.

La colère de Juliet s'évapora instantanément quand elle perçut le ton faible de Cameron. Elle n'eut alors qu'une envie, le prendre dans ses bras et le réconforter. Mais elle ne pouvait pas se permettre d'agir d'une telle façon. Le voir ainsi, en proie au désarroi la laissa aussi pétrifiée que si Maisie l'avait à nouveau menacée. Elle ne sut pas du tout comment réagir. Ses instincts l'avaient quittée, elle avait la tête vide. Juliet se contenta de le contempler en retenant la moindre parole.

Puis il leva ses yeux bleus emplis d'inquiétude mêlée de profonde mélancolie vers elle et Juliet sentit son cœur se briser en mille morceaux. Cameron cachait bien plus derrière ses airs indifférents. Il l'attirait, et en même temps, elle aurait tout fait pour retirer cet air affreusement triste de son visage. Cameron Lloyd n'était définitivement pas la brute épaisse que tout le monde connaissait.

Alors Juliet se remit enfin à bouger et alla s'asseoir à côté de lui. Elle posa sa tête contre l'épaule de Cameron et prit sa main dans la sienne. Juliet essaya de faire passer ses émotions dans son geste et elle sentit qu'après quelques instants, le Serpentard se détendit contre elle. Juliet ferma alors ses yeux, savourant la quiétude du moment et surtout son étroite proximité avec le Serpentard, qui, elle le sentait, avait autant qu'elle besoin de ce moment réconfortant.

Les minutes s'écoulèrent sans qu'ils y fassent attention, et bientôt, Juliet ne se rendit pas compte qu'elle s'endormait paisiblement contre Cameron Lloyd, dans une salle de classe vide du quatrième étage.


Le lendemain, une heure avant le début des cours, dans le Hall d'entrée du château un petit groupe de personnes était en pleine alerte.

— Mr Malefoy, quand l'avez-vous vue pour la dernière fois ? lui demanda une nouvelle fois le professeur Flitwick.
— Avant-hier soir, je n'arrête pas de vous le répéter ! s'exclama Scorpius, trop fatigué pour ne pas surveiller le ton qu'il prenait en s'adressant au directeur de l'école.

Des pas précipités se firent entendre en direction du grand escalier de marbre et le professeur Tourdesac les rejoignit, l'air très inquiet. Le minuscule directeur l'interrogea du regard avec espoir mais il ne se rendit à l'évidence quand sa collègue secoua lentement sa tête de droite à gauche, atterrée. Il fronça les sourcils, réfléchissant à la marche à suivre, tâchant d'ignorer Scorpius Malefoy qui le pressait de faire quelque chose.

Andrea Hardy avait disparu.