Quand Juliet se réveilla ce matin là, la seule chose à laquelle elle put penser fut son corps endolori qui lui valut une grimace. Ses paupières étaient encore étroitement closes, sentant les rayons du soleil matinal lui réchauffer le visage. Puis, elle réalisa. Elle avait dormi toute la nuit sur le sol. En entendant la profonde respiration de Cameron à côté d'elle, Juliet en déduisit qu'il dormait encore. Un sourire perça sur le visage de Juliet. Bien que tout son corps lui hurlait d'adopter une posture plus confortable, elle n'avait aucune envie de bouger, elle se sentait bien.

Juste par curiosité, Juliet ouvrit pourtant un œil prudent, elle n'avait aucune idée de l'heure qu'il était. A la recherche de sa montre et s'adaptant lentement à la lumière, elle avança doucement son poignet gauche jusqu'à son visage, toujours éblouie. Trente minutes. C'était le temps qui lui restait pour se rendre à son cours de botanique. Son léger sourire se métamorphosa en un O parfait. Ils avaient vraiment passé toute la nuit dans cette salle de classe. Doucement et à regret, elle se détacha du Serpentard et retira sa main de la sienne. Elle se redressa à genoux, grimaçant quant aux courbatures qu'elle avait partout.

Normalement, Juliet aurait du se dépêcher de réveiller Cameron, après tout, lui aussi devait avoir cours, mais eu lieu de ça, elle se surprit à l'observer. Ses traits fins lui donnaient un air encore plus doux lorsqu'il dormait. La tête légèrement penchée, avec sa peau laiteuse et ses cheveux bouclés courts en pagaille, il paraissait si paisible et reposé. Juliet n'avait pas envie de le réveiller. Après les événements de la veille, elle ne pouvait plus passer à côté de son air vulnérable qu'il cachait derrière ses airs froids et distants.

Attendrie, Juliet aurait voulu le protéger, de sa famille peut-être.

— Cameron... murmura-t-elle en lui secouant légèrement l'épaule.

Le Serpentard ouvrit des yeux ensommeillés et en plissant les yeux, il fut un instant surpris de découvrir Juliet. Son expression de surprise disparut presque aussi vite qu'il retrouvait son masque habituel, même s'il paraissait serein. Juliet se leva, épousseta sa jupe et arrangea sa chemise, elle n'aurait pas le temps de retourner à la tour Gryffondor. Puis elle se rappela qu'elle avait laissé ses affaires de cours dans les vestiaires de Quidditch, en échappant de peu à Maisie Lloyd. Il faudrait qu'elle fasse un grand détour par le parc avant de se rendre à son premier cours de la journée.

Lorsqu'elle se retourna, le Serpentard s'était relevé et passait une main dans ses cheveux désordonnés. Il la regarda ensuite, l'air encore endormi.

— On fait quoi ? demanda Juliet tout à coup. Enfin... si tu veux toujours arrêter qu'on se voit ou je ne sais quoi...

Cameron Lloyd sourit et s'avança vers elle pour la prendre dans ses bras. Sous le choc, Juliet se raidit contre lui, puis se détendit. Elle n'avait aucune idée de ce que son geste voulait dire, car ce n'était pas du tout dans ses habitudes. Néanmoins elle se laissa aller tandis qu'il la serrait dans ses bras. Pouvait-elle rester avec lui pour le reste de la journée ? Elle ne demandait que ça. Cependant, Cameron se détacha d'elle et à contrecœur, elle ne remarqua que la distance de quelques centimètres qui les séparaient.

— Je ne suis pas très matinal, précisa-t-il complètement hors contexte.

Juliet éclata de rire. Son exact opposé.

— Il faut que je passe par le stade de Quidditch, dit alors Juliet.
— Dans ce cas il faudrait se dépêcher.

De retour dans le couloir pourtant, ni l'un ni l'autre ne montra la moindre envie d'accélérer le pas. Ils marchaient tous les deux normalement, peut-être un peu trop proches l'un de l'autre au point que leurs mains se frôlaient de temps à autre. Et Juliet, d'ordinaire attentive à ce qui se passait autour d'elle ne remarqua pas que les couloirs étaient anormalement vides et calmes alors qu'ils se rendaient en direction du rez-de-chaussée.

Juliette !

L'interpellée tourna la tête.

Papa ?

Cameron regarda la scène avec surprise et surtout une grande incompréhension. Juliet s'était précipitée vers un homme d'une quarantaine d'année à l'allure classe et étudiée. Ses yeux clairs et inquiets étaient rivés sur la Gryffondor et le soulagement que l'on lisait dans son regard aurait pu se remarquer à des kilomètres à la ronde. Bien que l'heure matinale avait encore raison de lui, il ne fallut qu'une seconde à Cameron pour en déduire qu'il s'agissait du père de Juliet Hardy.

En haut de l'escalier de marbre, le Serpentard tenta de comprendre ce que le père de Juliet lui disait en français, mais il n'y comprenait rien du tout. Quand il la serra contre lui, et que Cameron allait prendre la décision de s'éclipser, il remarqua alors le professeur Tourdesac qui lui fonçait droit dessus. Et face au visage furieux et également réprobateur de sa professeur, Cameron afficha un air neutre et ennuyé. Cependant, il devait avouer que la présence du père de Juliet Hardy le perturbait. Il avait un mauvais pressentiment.

— Mr Lloyd, je peux savoir où vous étiez passés vous et miss Hardy cette nuit ? l'attaqua-t-elle d'une voix sifflante.
— Que s'est-il passé ? demanda le Serpentard en ignorant sa question.
— Andrea Hardy a disparu. Et d'après le témoignage de certains Gryffondor ce matin, tout portait à croire que Juliet Hardy avait également disparu. Vous rendez vous compte des conséquences de vos activités répréhensibles ? Vos parents vont en entendre parler, jeune homme...

La professeur de défenses contre les forces du Mal le fusilla du regard en continuant de le sermonner sans qu'il n'écoute plus longtemps. Son regard revenant sur Juliet, Cameron croisa le regard furieux de Mr Hardy avant que celui ne se reporte sur sa fille. Puis, comme un cheveu sur la soupe, l'auror Harry Potter débarqua alors et s'empressa de prendre des nouvelles de la Gryffondor.

— Mr Lloyd, vous m'écoutez ? Retournez immédiatement à la salle commune des Serpentard et n'en sortez pas !


Il était maintenant midi et les aurors avaient beau avoir retourné le château et le parc, ils en étaient maintenant à commencer à se lancer à la recherche d'Andrea dans la forêt interdite. D'après eux, ils étaient certains qu'Andrea n'avait pas pu quitter Poudlard et qu'elle se trouvait forcément quelque part ici. Terriblement inquiète, Juliet n'avait pas quitté son père de la matinée et lui non plus n'avait pas l'intention de la laisser partir seule, même pour se rendre aux toilettes.

Andrea était introuvable depuis la veille et Juliet ne s'était même pas rendue compte qu'elle avait été absente à leur cours commun de sortilèges la veille. Cela aurait du l'alarmer. Sa sœur ne ratait aucun cours, et même si elle était mourante, elle aurait été capable de se traîner jusqu'à une salle de classe pour ne pas en rater une minute. Juliet avait été aveuglée par ses piteux résultats dans une grande majorité de matières et aussi par Cameron, à qui elle pensait à longueur de journée. Juliet se sentait trop coupable de ne s'être rendue compte de rien.

Charles Hardy n'avait jamais été aussi inquiet de sa vie. Quand on l'avait appelé le matin-même dès huit heures du matin en provenance de Poudlard il avait craint le pire et c'était exactement ce qui s'était produit : Andrea avait été absente plus de vingt quatre heures et les amis de Juliet n'avaient pas vu rentrer cette dernière de la soirée. Charles avait juste pris le temps de passer un coup de cheminée à Gabrielle avant d'utiliser le réseau de cheminée pour se rendre au collège de ses filles. Là-bas, des recherches étaient en cours pour fouiller le château et tous les élèves avaient été priés de rester dans leur salle commune le temps que les recherches se fassent dans l'ensemble du château.

Il avait tout fait pour conserver son calme mais sachant qu'il était peut-être arrivé quelque chose à ses filles, cela été devenu presque mission impossible. Ils avaient passé la matinée dans le bureau du directeur où Juliet avait été interrogée par Harry Potter, qu'il avait eu l'occasion de rencontrer plusieurs fois, leurs enfants passant les vacances chez les uns et les autres. L'auror avait été compréhensif et n'avait pas assailli Juliet de questions comme l'avait fait la professeur de défenses contre les forces du Mal, et Charles lui en était reconnaissant.

Juliet était pâle et le regard fixé sur le porte plume du professeur Flitwick depuis maintenant des heures, elle espérait à tout moment qu'Andrea revienne saine et sauve sans qu'on lui ait fait le moindre mal. Malheureusement, Juliet n'était pas assez optimiste pour le croire et si sa sœur avait été absente aussi longtemps, c'était qu'il lui était arrivé quelque chose de grave. Elle déglutit.

— Mr Potter ! s'exclama soudain la vieille chouette en débarquant dans le bureau directorial.

L'auror aux yeux verts se détourna du père de Juliet et il se tourna vers la professeur, qui amenait avec elle Rose Weasley. Surpris, Harry Potter se précipita sur la fille de Ron et d'Hermione. Juliet réagit enfin lorsqu'elle entendit le nom de sa meilleure amie et se retourna pour la voir. Rose était livide. Juliet se leva, inquiète.

— Rose, que s'est-il passé ? l'interrogea doucement Potter.
— J'aurais pu éviter tout ça, hier, avoua-t-elle d'une voix timide en regardant Harry.

Ses yeux brillaient. La culpabilité la rongeait depuis qu'ils les avaient enfermés dans la salle commune de Gryffondor suite à la disparition officielle d'Andrea Hardy le matin même. Harry la prit par les épaules, l'incitant à continuer tandis qu'à leurs côtés, Charles Hardy et Tourdesac étaient pendus aux lèvres de la sixième année.

— J'ai croisé Andrea hier en fin d'après midi, j'allais dîner et on s'est bousculées dans les escaliers, elle m'a demandé de l'aide pour trouver un professeur... j'ai remarqué qu'elle n'était pas dans son état normal, mais pourtant je l'ai laissée partir sans rien faire. Harry, je m'en veux tellement, je suis persuadée qu'elle fuyait quelqu'un !
— Rose, calme-toi, tu n'y es pour rien, tu ne pouvais pas savoir, d'accord ?
— Mais personne ne l'avait vue depuis la veille et je suis la seule à l'avoir croisée !

Potter tenta de rassurer Rose tandis que l'un de ses assistants prenait sa déposition. Juliet se rassit lentement, ne faisant pas attention aux aller-retours des professeurs et aurors qui allaient et venaient dans la pièce. Puis, son père vint s'asseoir à ses côtés. Elle n'avait jamais été aussi heureuse de le voir. Ils avaient beaucoup de différents et de disputes entre eux mais avoir son père près d'elle la réconfortait énormément alors qu'Andrea ne montrait toujours pas signe de vie.

— Juliet, ça va ? lui demanda-t-il tandis que le soleil rendait éblouissants ses cheveux blonds.
— Hmm hmm, acquiesça-t-elle vaguement, n'ayant pas envie de parler.

Charles s'installa à côté de sa fille et attendit en silence, tâchant de ne pas lui montrer sa tension. Il ne pouvait pas se permettre de craquer, pas après tout ce qu'il avait vécu.

Quand Darcy, la mère des deux soeurs, les avait quitté un an après la naissance des filles sans raison apparente mais en faisant promettre à Charles qu'il s'occuperait d'elles malgré la pression qu'exerçaient la dynastie Hardy, il n'avait pas réfléchi une seconde, et toujours fou amoureux de Darcy, il avait respecté sa promesse et avait élevé Juliet et Andrea. A l'époque, il était toujours étudiant en alchimie et avait allié ses études et l'éducation de ses filles avec l'aide de son frère et de sa sœur.

Ces années avaient été difficiles à mener pour lui. Il avait beaucoup compté sur sa famille à ce moment là : bien que Christian et Caroline, ses frère et sœur, avaient été surtout motivés à étouffer l'affaire auprès des médias concernant l'absence de la mère des filles, ils lui avaient été d'un soutien sans faille quand il s'était retrouvé seul à tout gérer en même temps. Aujourd'hui alchimiste reconnu et enseignant à temps partiel à l'académie de Beauxbâtons, Charles remontait peu à peu la pente et se permettait de souffler. Il n'avait pas oublié Darcy Adamson, l'anglaise pour qui il avait craqué étant étudiant.

Pourtant, lui et Gabrielle Delacour, l'une de ses collègues, avaient commencé à se fréquenter dans une relation autre que celle du travail depuis l'année dernière.

Aussi ne fut-il pas surpris de la voir arriver dans le début d'après-midi, imposant sa présence à tous en faisant de grands gestes à la recherche de Charles Hardy. Il lui avait pourtant dit de ne pas venir, mais Gabrielle restait Gabrielle. Cette femme n'en faisait qu'à tête, et c'était peut-être pour cette raison qu'elle lui plaisait tant ; elle représentait tout ce que Charles n'était pas. Il se rappelait d'elle déjà lorsqu'il était encore élève à l'académie de Beauxbâtons. A l'époque, ils n'avaient pas eu l'occasion d'apprendre à se connaître : lorsque lui était un septième année bourreau de travail constamment fourré à l'académie, Gabrielle était une cinquième année réputée pour ses duels épiques en compagnie de son groupe d'amis dans la petite ville sorcière. Charles avait même eu le souvenir de trouver cette petite blonde foncièrement agaçante.

Et aujourd'hui, elle venait prendre de ses nouvelles en prenant sur les heures de cours qu'elle dispensait à l'académie. Pour lui, ils flirtaient simplement, au détour de quelques dîners et plus si affinités. Mais quand il la voyait venir jusqu'ici pour s'assurer qu'Andrea allait bien, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait plus entre eux.

Juliet remarqua alors une femme aux cheveux blonds cendrés se diriger vers son père et elle. Elle la trouvait très belle et elle devina qu'elle était habituée à attirer le regard des hommes. Sceptique, elle la vit poser une main sur l'épaule de son père. Mais qui était-elle ?

— Toujours pas de nouvelle ? demanda-t-elle doucement en français. Un certain Neville Londubat m'a dit que vous étiez ici... Oh, excuse-moi, quelle erreur de ma part. Je suis Gabrielle Delacour, et tu dois être Juliet ?

La concernée acquiesça, toujours pas plus renseignée sur l'identité de cette femme. Bien sûr, les Delacour étaient une famille influente en France, mais elle ne l'avait jamais vue auparavant.

— Gabrielle est ma collègue de travail, elle enseigne l'équivalent des défenses contre les forces du Mal en France, répondit Charles, la voix rauque, en prenant soin d'ignorer la première question de la blonde.
— Je ne t'ai jamais raconté ceci, ajouta Gabrielle dans une tentative pour détendre l'atmosphère. Mais c'est Harry Potter qui m'a donné l'envie d'exceller dans cette matière, quand il m'a sauvé lors du Tournoi des Trois Sorciers.

Son regard se perdit sur le Survivant, comme tout le monde l'appelait. Cependant, Juliet n'avait que faire de la façon dont Gabrielle Delacour avait trouvé sa vocation. Elle fixa d'un mauvais oeil la main de la femme sur le bras de son père. Elle avait envie de sortir, d'aller prendre l'air, de voir du monde. Puis, Rose, répondant presque à ses envies, la rejoignit après en avoir fini avec l'auror chargé de les interroger. Elle lui tendit une main timide pour l'aider à se relever et Juliet la saisit.


Les cours avaient repris dans l'après-midi pour tout le monde. Andrea Hardy n'avait pas été retrouvée et c'était le sujet de conversation de tous à Poudlard. Des recherches étaient toujours menées dans la forêt interdite et c'était vite devenu le seul endroit où la jeune fille pouvait se trouver. Une bonne partie des Serpentard de sixième année étaient sur le qui-vive et pouvaient à peine se concentrer en cours, inquiets pour leur amie qui ne montrait toujours aucun signe de vie. C'était plus particulièrement le cas de Scorpius Malefoy et William Leighton qui allaient systématiquement voir un adulte pendant les inter-cours pour savoir s'ils avaient enfin des nouvelles.

Juliet quant à elle avait convaincu son père qu'elle serait bien mieux à suivre ses camarades pour se changer les idées au lieu de guetter l'apparition d'Andrea dans le bureau du directeur. Bien sûr, cela n'avait pas du tout réussi à la distraire, les cours qu'elle avait ce jour-là n'étant peut-être pas les plus passionnants. Elle était donc morte d'inquiétude à prendre des notes sur son cours d'histoire de la magie tandis que Albus lui jetait fréquemment des coups d'œil inquiets. Il se faisait du soucis à propos de ce qui arrivait à Andrea, mais il avait assez de tact pour ne pas bombarder sa meilleure amie de questions comme tous les curieux qui les croisaient dans les couloirs.

— Il y a quelque chose dont j'aimerais vous parler avant que je ne rejoigne mon père, leur annonça Juliet quand le cours se termina.

Juliet avait le visage fermé et les lèvres pincées. Rose et Albus échangèrent un regard entre eux. En ce moment, rien n'était plus comme avant. Pas plus tard que l'année précédente, ils n'avaient aucun secret les uns pour les autres et se racontaient absolument tout, jusqu'au point que cela ennuie Albus parfois ; entendre parler les filles de maquillage, de vêtements et d'à quel point Marshall Finch-Fletchey était romantique avait été souvent au-delà des limites de sa patience. Cependant, Rose et lui s'inquiétaient de plus en plus au sujet de leur amie : maintenant, elle ne les prévenait même pas alors qu'elle passait la nuit entière en dehors de la tour Gryffondor. Albus était incapable de dire si Cameron Lloyd avait une influence, bonne ou mauvaise, sur Juliet. Mais il était certain que les choses changeaient et que ce n'était pas forcément dans le bon sens.

Juliet, Rose et Albus étaient enfin sortis dans le parc de Poudlard en attendant l'heure du dîner dans moins d'une heure. Ils avaient voulu aller à l'extérieur pour échapper à la tension omniprésente dans les couloirs de Poudlard, et cela affectait leur moral à tous. Il ne faisait pas très beau. L'atmosphère était électrique, le vent était déchaîné et le ciel couleur gris orageux menaçait à tout moment de lâcher son averse.

— Alors ? hésita Rose après avoir jeté un coup d'œil inquiet au ciel très couvert.
— J'ai des soupçons.
— A propos d'Andrea ? demanda Albus prudemment.

Juliet regarda autour d'elle. A part quelques élèves qui se baladaient près du château, n'osant s'aventurer trop loin avec le temps menaçant, ils n'étaient on ne peut plus seuls. Malgré tout, elle évita de regarder du côté de la forêt interdite, où les recherches étaient toujours en cours pour retrouver sa sœur. Elle avait réfléchi à toute cette histoire depuis le matin. Tout était flou dans son esprit, mais elle avait le pressentiment que ce qui lui avait confié Malefoy et le semblant de dispute qu'elle avait surpris la veille entre Cameron et leur professeur de métamorphose avaient un lien. Et si elle devait faire confiance à quelqu'un dans ce château, les premières personnes à qui elle pensait n'étaient autres que Rose et Albus.

Juliet souffla un bon coup, puis se lança, fatiguée de tout garder pour elle. Elle commença par leur rapporter tout ce que Scorpius Malefoy lui avait raconté en passant par l'épisode du bureau de Aaron Lloyd jusqu'aux inquiétudes de ses parents. Albus et Rose l'écoutèrent attentivement, l'un la fixant sans ciller tandis que l'autre ne troublait son immobilité que pour replacer ses cheveux à cause du vent. Puis elle en vint à arriver aux événements de la veille, qui la confortait dans son choix de se méfier de Maisie et son père dorénavant.

— Et donc hier soir, après mon entraînement, Maisie est venue me voir dans les vestiaires pour me dissuader de traîner avec Cameron.
— Mais qu'est-ce-qu'elle t'a fait pour que tu ne réapparaisses pas de la nuit ? s'insurgea Rose avec des yeux ronds. Elle t'a attaquée ? On croyait que tu avais passé la nuit avec ton Serpentard !

Juliet fronça les sourcils, surprise. Elle surprit un regard d'Albus qui fixait Rose avec insistance.

— Comment vous savez ça ?

Il y eut un nouvel échange de regards tandis que les deux cousins semblaient mener une dispute silencieuse. Juliet commença à s'agacer sérieusement face à la situation et les rappela à l'ordre en claquant des doigts. Elle ne serait sûrement pas patiente aujourd'hui, et elle n'en était pas encore arrivée au point culminant de son récit.

— D'accord, concéda Albus en rendant les armes. Toute l'équipe de Quidditch était rentrée depuis au moins deux bonnes heures et tu n'étais toujours pas là, alors je suis allée chercher la carte de James.
— Quelle carte ?
— La carte des Maraudeurs, répondit Albus. J'ai surpris James avec l'année dernière quand j'avais la cape d'invisibilité sur moi. Ce n'est pas une simple carte, elle montre aussi où n'importe qui se trouve dans le château. Non, ne t'emballe pas Juliet, elle ne va pas au delà de la forêt interdite. Bref, on était inquiets alors... on a voulu vérifier Rose et moi. Et c'est là qu'on a vu que tu étais avec Lloyd. Rose voulait te ramener illico au dortoir mais je l'ai convaincue que tu rentrerais bientôt. Le lendemain matin, tout le monde avait pensé que tu avais disparu, comme Andrea. Mais ce n'est pas le plus important, tu soupçonnes les Lloyd d'avoir un rapport avec la disparition d'Andrea et tu passes la nuit avec l'un d'eux ?

L'air soucieux d'Albus rendit Juliet coupable de les avoir tant inquiétés. Rose ne le montrait pas mais elle n'avait que très peu dormi en ne voyant pas son amie revenir dans leur dortoir. Et rester silencieuse ne lui ressemblait pas. Aussi Juliet mit de côté ses idées concernant cette fameuse carte pour retrouver sa sœur, et poursuivit ses confidences alors que le vent sifflait à ses oreilles, ses longs cheveux bruns lui volant dans le visage.

— Donc, Maisie n'a pas eu le temps de me faire quoi que ce soit, je me suis enfuie, avoua platement Juliet sans s'y attarder. Et c'est en remontant dans les couloirs que j'ai entendu Cameron se disputer avec Mr Lloyd. Apparemment, Scorpius avait raison, il a des projets secrets et Cameron ne veut pas s'en mêler. J'imagine que ce doit être grave parce que... il a voulu qu'on arrête de se voir.

Un silence s'imposa. Seul le vent se fit entendre pendant quelques secondes. Puis, Rose n'y tenant plus, lâcha ce qu'elle pensait :

— Juliet. J'imagine que tout ça ne doit pas être facile pour toi, Andrea vient de... disparaître mais tu ne dois pas te laisser aveugler par ce que tu ressens. Lloyd peut très bien passer pour le gentil garçon devant toi et te manipuler. On entend tous la même chose à propos de son commerce de dingue ! Le professeur Lloyd est beaucoup plus sain que son fils et jamais il ne serait capable de faire du mal à Andrea si c'est ce que tu suggères ! Al ?

Juliet se tourna vers son ami, à la recherche de soutien. Elle n'avait vraiment pas envie d'entamer une nouvelle dispute avec Rose, surtout aujourd'hui. Elle savait qu'elle traversait encore sa mauvaise passe de post-séparation qui la rendait désagréable mais cela ne lui donnait pas le droit de juger les gens comme elle avait tendance à le faire. Juliet mettrait sa main à couper que Cameron n'était pas en train de l'utiliser, elle en était certaine.

— En fait, Rose, dit lentement Albus en choisissant particulièrement ses mots, je pense que Juliet a raison. Ne me dis pas ce que tu n'as pas remarqué comment son comportement a changé depuis qu'il avait appris qu'il s'était passé quelque chose entre son fils et Juliet. Il a toujours été sociable et avenant, et du jour au lendemain, je l'ai trouvé plutôt sec envers elle. Donc voilà, je ne serais pas étonné qu'il cache quelque chose. Avec l'aide de Maisie. Pourquoi elle soupçonnerait Juliet d'influencer son frère ?
— Donc vous croyez que notre professeur de métamorphose aidé par ses enfants est en train de concocter un plan diabolique et qu'Andrea en est une victime ? demanda Rose, sceptique.
— Ou qu'elle se soit trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, murmura Juliet.

Albus acquiesça lentement, ses yeux verts plissés en regardant au loin.

— Ce n'est pas impossible, répondit-il. Rose, il a interdit l'accès à son bureau chez lui, qui sait ce qui s'y trouve. Et Malefoy n'est pas retourné chez les Lloyd récemment ? Il ne t'en a pas parlé ?
— Apparemment, les rapports sont devenus tendus depuis que la tante de Malefoy a quitté son mari, précisa Juliet.
— Tiens ! s'exclama Albus en guise de preuve. Si ton professeur adoré n'avait rien à se reprocher, sa femme ne l'aurait pas quitté !

Rose ne répondit rien. Oui, son cousin avait sûrement raison. Tout n'était pas blanc chez leur professeur. Scorpius Malefoy n'aurait certainement pas raconté n'importe quoi à Juliet sachant que sa sœur était sa meilleure amie. Et à la manière dont Aaron Lloyd s'acharnait sur Juliet pendant les cours alors qu'il était d'ordinaire si sympathique avec ses élèves la poussait à croire en ce que ses amis lui disaient.

— Admettons que les Lloyd cachent un secret, dit soudain Rose sans faire attention aux deux premières années qui passèrent en courant à côté d'elle. Qu'en est-il de ton copain, Juliet ? Il sait forcément ce qui se passe.
— Il n'est pas mon copain, répliqua l'intéressée, le rouge lui montant aux joues.
— Peu importe, il t'a dit quelque chose sur les agissements de son père ?
— Juste qu'il s'agissait d'une affaire de famille compliquée.

Juliet ne croyait pas que Cameron Lloyd la manipulait. Les gens pouvaient croire ce qu'ils voulaient, elle s'en fichait. A l'heure actuelle, elle entendait de tout dans les couloirs. Une fois, Cameron et elle se rejoignaient pour une nouvelle escapade au « placard à balais », et d'autres fois, ils faisaient affaire ensemble. Mais elle était sûre d'une chose et elle n'en démordrait pas : il était sincère avec elle et Juliet avait clairement vu une ouverture en lui la veille.

— Ça serait bien que tu puisses lui poser la question et découvrir ce qu'il sait, ajouta Albus après un long silence.

Ne répondant rien, Juliet ignora les regards de Rose et d'Albus rivés sur elle. Juliet n'avait aucune idée si se confier avait été une bonne idée, finalement. Il n'allaient être que plus suspicieux envers Cameron et cela ne plaiderait pas sa cause, mais en même temps, savoir que Maisie était dangereuse et avait une dent contre elle la perturbait et elle avait plus que besoin de ses amis, de leur soutien et de leurs disputes, si agaçantes soient-elles.

Pour être honnête, Juliet se sentait accablée par cette journée bien trop longue à son goût. Peut-être que si elle ne se sentait pas soulagée d'avoir enfin parlé ses meilleurs amis, c'était parce qu'Andrea était toujours quelque part dans la nature, dans on ne savait quel état ou si elle allait bien. En fait, Juliet devait se l'avouer, en dépit de tout ce qui se produisait à Poudlard et en particulier avec le mystère des Lloyd, elle aurait donné n'importe quoi pour retrouver la présence de Cameron et de pouvoir s'endormir contre lui une nouvelle fois.


— Charles, tu devrais manger quelque chose...

Gabrielle Delacour était inquiète à propos du père des deux soeurs. Il était très rarement inquiet, même si ses recherches mettaient du temps à prendre forme, il ne se faisait jamais de souci pour son travail. Seulement, il avait beau le dissimuler sous ses airs aristocratiques, Gabrielle voyait bien que ses filles était le seul et unique sujet pour lequel Charles Hardy s'inquiétait réellement. La fin d'après-midi approchait à grands pas et Andrea n'avait toujours pas donné signe de vie. Et Charles n'avait toujours rien avalé de la journée.

— Rien ne passera tant qu'on ne la retrouvera pas.

Gabrielle soupira lourdement. Elle n'avait jamais eu d'enfant mais elle imaginait à quel point ils pouvaient être la cause de tant d'inquiétude. La femme aux cheveux cendrés regarda autour d'elle, le château de Poudlard était comme elle se le rappelait lors de sa venue à huit ans. Ils se trouvaient actuellement dans l'antichambre accolée à celle de la Grande Salle et Gabrielle se rappelait parfaitement des nombreux portraits de la pièce, dont une femme éméchée répondant au nom de Violette. Elle était venue rendre visite à sa sœur Fleur juste avant le début de la Troisième Tâche lors du Tournoi des Trois Sorciers.

— Le problème du château, c'est qu'il est presque impossible d'en connaître toutes les cachettes, intervint soudain Harry Potter en débarquant dans la pièce, en pleine conversation avec Neville Londubat. Les salles bougent, les escaliers aussi, les portes se déguisent...
— Comment ça ? Vous voulez dire qu'Andrea peut encore se trouver à l'intérieur ? s'emporta Charles Hardy en relevant brusquement la tête.

Potter haussa un sourcil, puis fit brusquement demi-tour en laissant Neville en plan et sans répondre à Hardy. Il avait une idée, même si elle paraissait très peu porteuse d'espoir en sachant que le château avait été fouillé par des aurors qualifiés, mais si cela pouvait lui permettre de savoir s'ils étaient passés à côté d'un endroit sans s'en rendre compte, il saurait où trouver Andrea. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à trouver son fils aîné, ce qui ne fut pas tâche compliquée. A peine sorti de l'antichambre pour sortir de la Grande Salle, il remarqua tout de suite James, attablé à la table des Gryffondor.

Harry ignora une grande majorité des regards portés sur lui et adressa un petit signe de tête à son fils qui le regardait d'un air interrogateur. Il traversa la Grande Salle en longeant deux des quatre longues tables et débarqua dans le Hall d'entrée où quelques groupes d'élèves le dévisagèrent. Mais peu importait, il n'en aurait pas pour longtemps. Et puis, étant jeune, il avait eu l'habitude de se sentir épié de la sorte. Il attendit que James le rejoigne, avec l'impression qu'il faisait un bond de trente ans en arrière.

— P'pa ? Alors, toujours pas de nouvelles ?
— J'ai besoin de la carte, James. Je sais que tu l'as.

James fronça les sourcils. Il savait de quelle carte il parlait bien sûr, la carte des Maraudeurs qu'il avait volé dans son bureau bien des années auparavant. Pourtant, même si James se doutait que son père était au courant de son incursion dans ses affaires, ce dernier ne lui avait rien reproché à ce sujet. James fouilla dans son sac, à la recherche de la fameuse carte bien qu'il savait qu'elle ne serait d'aucune aide à son père. Il avait déjà vérifié tous les recoins de la carte. Sans résultat.

— Elle n'est nulle part, ajouta James en tendant la carte à Harry.
— Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, prononça Harry après avoir sorti sa baguette. On ne sait jamais. Tu es allé dans la salle-sur-demande ?
— La quoi ?

James avait donc encore beaucoup de choses à apprendre, carte des Maraudeurs ou pas. Harry n'avait aucune idée de l'état de cette salle qui les avait tant aidé pendant la guerre contre Voldemort. Il avait essayé d'y entrer le matin-même, pensant qu'Andrea pouvait s'y trouver, mais il avait été impossible de voir la moindre porte. Soit la salle était hors service, soit elle avait été occupée. Pourtant, il avait essayé de penser à toutes les alternatives possibles concernant la Serpentard disparue.

Harry déplia, puis replia la carte, l'observa plus attentivement dans certains coins inexplorés où quelques noms se déplaçaient lentement, mais il n'y avait rien à faire : Andrea Hardy demeurait introuvable. Au bout de quelques minutes de recherches infructueuses mais néanmoins très attentives, Harry abandonna et replia complètement la carte pour la rendre à James.

— Tu as des hypothèses sur ce qui s'est passé ? demanda-t-il après un moment d'hésitation.
— On ne peut rien affirmer tant qu'on ne l'a pas retrouvée, répondit Harry en rangeant sa baguette magique. Tu devrais retourner dans la Grande Salle, James. Je vais voir où en sont les autres.

Harry jeta un coup d'œil aux petits curieux qui s'étaient approchés pour écouter leur conversation d'une oreille distraite puis fit demi-tour pour se rendre dans le parc de Poudlard. Dehors, c'était presque la tempête. Il ne pleuvait toujours pas mais à la lisière de la forêt, certains arbres étaient couchés par le vent qui avait pris de la force depuis l'après-midi. Il se rapprocha donc de la forêt interdite tout en resserrant sa cape autour de son cou. Décidément, le temps ne les aidait pas.

Puis, soudain, il remarqua un petit attroupement auprès de la cabane de Hagrid. Il était bien trop loin pour discerner quoi que ce soit, aussi s'empressa-t-il de courir pour voir ce qui se passait d'un peu plus près. Plus il se rapprochait et plus les silhouettes se distinguèrent, dont celle massive de Hagrid, quelques uns de ses collègues et avec étonnement son fils Albus et enfin Rose.

— Que se passe-t-il ? interrogea-t-il à peine arrivé et essoufflé.

Harry se rapprocha finalement du groupe et remarqua enfin Juliet Hardy ainsi que son associé Ian Scott accroupis auprès d'une jeune fille aussi blonde que les blés : Andrea Hardy. Celle-ci était assise sur le sol, les genoux repliés contre elle en tentant de cacher son visage avec ses mains. A côté d'elle, Juliet la tenait par l'épaule et lui murmurait des paroles réconfortantes. En le remarquant, Scott se releva et fit face à un Harry complètement dépassé par les événements.

— Elle était dans la forêt interdite, dit-il dans un souffle à peine audible par-dessus le vent. On a réussi à la ramener jusqu'ici avant qu'elle ne fasse une crise d'angoisse. Elle est en état de choc.
— Il faut l'emmener à l'infirmerie immédiatement, ajouta Peters en se joignant à eux.

Harry se retourna vers les deux sœurs et s'accroupit aux côtés de Juliet. Il observa plus attentivement Andrea. Elle avait eu l'air d'avoir passé un long moment dans cette forêt, son uniforme était déchiré, des brindilles emmêlaient ses cheveux et des griffures parsemaient son visage et ses mains. Cependant, ce qui inquiétait Harry était son regard étrangement vide porté sur Juliet. Harry allait prendre les devants pour s'occuper de la jeune fille et l'emmener à l'abri quand Juliet se tourna vers lui, les yeux brillants et lui dit d'une voix tremblante :

— Elle a perdu la mémoire. Les épreuves des BUSE sont ses derniers souvenirs.