Juliet tourna à droite de la statue de Nigellus le Bigleux, le nez collé à la carte des Maraudeurs. Elle était angoissée, et ce n'était pas seulement du au fait qu'elle rejoignait Cameron Lloyd ; un autre problème allait se poser une fois qu'elle serait là-bas, et c'était plus délicat. Venant de l'autre sens, elle voyait le nom de Amity Beurk qui se dirigeait droit sur lui. Et à la façon dont le nom de Cameron était situé sur la carte, Juliet était persuadée qu'il était sur le point de lui tendre une embuscade. De plus, l'endroit reculé du château facilitait la tâche du Serpentard. Peu de professeurs passaient par là et même Juliet, après avoir passé cinq ans à explorer le château, n'avait jamais croisé un fantôme dans ces couloirs.
Elle s'était vaguement demandée s'il ne valait pas mieux qu'elle patiente mais l'idée d'attendre qu'il ait terminé de tabasser une élève, aussi détestable soit cette fille, la mettait dans une situation plus qu'inconfortable. Que ça lui plaise ou non, Juliet interromprait ses petites affaires. Après tout, elle n'avait aucune envie de reculer encore le moment où elle devrait lui parler, pas après la journée qu'elle venait de passer. Fiona Dixon avait été nommée coupable de l'agression de sa sœur, et Scorpius Malefoy et elle doutaient ouvertement de sa culpabilité.
Non, Juliet n'attendrait pas une minute de plus.
— Protego ! s'écriait Amity Beurk.
La Gryffondor se précipita et tourna au fond du couloir, baguette magique dans la main au cas où. Un nuage de poussière empêchait de distinguer quoi que ce soit et Juliet se retrouva complètement déconcertée. Ses yeux lui piquaient mais en même temps, elle entendait toujours la Amity se débattre à coups de "Stupéfix" face à un Cameron Lloyd silencieux. Sans rien voir, Juliet fourra la carte de James dans sa poche et leva sa baguette, pour se défendre de quoi, elle n'en savait rien. Aveugle, elle trébucha alors sur des marches avec un petit cri de surprise.
Plusieurs choses se produisirent alors simultanément : le duel qui avait lieu à quelques mètres d'elle s'arrêta, des bruits de pas claquèrent pour s'éloigner et un sort siffla aux oreilles de Juliet, la ratant de peu. La Gryffondor eut à peine le temps de se remettre de cet assaut qu'un deuxième sortilège la frappa de plein fouet et la propulsa dans les airs sans qu'elle ne puisse rien faire. Elle cria, sa baguette s'échappant de sa main pour voler quatre mètres plus loin, et Juliet heurta violemment le mur du couloir.
— Juliet ?!
Complètement dans les vapes, elle ne se releva pas et ne leva même pas les yeux vers son interlocuteur. De son côté, Cameron Lloyd, paniqué en reconnaissant la jeune fille, se précipita sur elle pour s'assurer qu'elle allait bien. Juliet se prit lentement la tête entre les mains, encore trop sonnée pour réfléchir normalement. Les formes autour d'elle étaient floues et elle avait bien trop l'impression de divaguer pour être dans son état normal. Elle avait du se cogner la tête.
— Tu vas bien ? lui demanda le Serpentard en voyant qu'elle gardait les yeux étroitement fermés. Réponds-moi, tu veux que je t'emmène à l'infirmerie ?
— Non, je veux pas tomber...
— Hein ?
— Laisse-moi une minute, murmura-t-elle.
Cameron la regarda avec des yeux ronds. Il venait de l'assommer avec violence et c'était tout ce qu'elle trouvait à dire ? Mais au moment où il se penchait vers elle pour l'aider à se relever, elle lui saisit fermement le poignet, arrêtant net son geste.
— Pas question que tu m'emmènes pour me laisser là-bas, le prévint-elle, pâle. Pomfresh va encore me faire la morale et... et tu vas encore t'enfuir.
— Mais je peux pas te laisser comme ça, répliqua le Serpentard.
— C'est ce que tu fais avec les autres d'habitude.
Juliet grimaça. Elle avait mal à la tête mais elle ne se sentait pas au bord de l'évanouissement comme elle l'avait été lors de sa retenue en début d'année. Cameron avait interrompu tout geste pour l'aider à se relever et la regardait sans laisser transparaitre le moindre sentiment. La Gryffondor se frotta la tête en reprenant ses esprits et en se rappelant la raison pour laquelle elle voulait absolument lui parler depuis des jours et des jours.
— Pourquoi tu m'évites ? C'est à cause de ce qui est arrivé à ma soeur ?
Sous les intentions fermes de la Gryffondor, Cameron eut un mouvement de recul. Dans la tête de Juliet, l'annonce dans la Grande Salle se repassait inlassablement, lui faisant presque oublier tout le reste. Fiona Dixon était la meilleure amie de Maisie Lloyd, dont le comportement lui paraissait plus qu'étrange ces derniers temps. Elle avait besoin de réponses.
— S'il-te-plaît.
Cameron planta son regard bleu dans le sien et sembla hésiter quelques instants.
— Certaines choses se sont produites dans ma famille, c'est vrai, admit-il d'un ton détaché. Alors au début, j'ai cru que ce qui était arrivé à Andrea avait un lien avec mes propres histoires. Crois-moi, je déteste mon père, mais je doute qu'il soit capable de faire du mal à un élève.
Juliet se retint de ne pas lever les yeux au ciel. Qu'est-ce-qui pouvait provoquer ce revirement de situation dans la tête du jeune homme ? Autour d'eux, la poussière du couloir était retombée mais ne retirait rien à l'atmosphère pesante du lieu.
— Que s'est-il passé dans ta famille ?
Le Serpentard resta silencieux. Les lèvres étroitement serrées, il n'avait pas l'air d'avoir l'intention de répondre à sa question. Juliet brûlait d'envie de le harceler jusqu'à ce qu'il lui raconte tout ce qu'il savait.
— Donc tu crois vraiment que Fiona Dixon a lancé un Oubliettes sur Andrea ?
Cameron haussa les épaules. Imperturbable et voyant que Juliet avait suffisamment repris ses esprits pour le questionner, il se leva.
— A première vue, non, avoua-t-il enfin. Dixon n'est pas très intelligente. Mais tout le monde sait à Serpentard que les filles de sixième année se disputaient constamment. Et puis, Dixon est venue me voir l'année dernière pour tabasser Andrea.
— Pardon ?
Bouche bée, Juliet n'en revenait pas. Elle ne se souvenait même pas avoir vu Andrea à l'infirmerie autrement que lorsqu'elle avait un rhume. Sa soeur avait toujours été méfiante et précautionneuse quant à sa propre santé et elle faisait tout pour qu'il ne lui arrive rien d'extraordinaire, ce qui était l'une des raisons pour lesquelles elle avait une telle aversion pour le Quidditch.
— Mais je ne l'ai pas fait, poursuivit Cameron devant l'air choqué de la Gryffondor. Malefoy m'a convaincu de la laisser tranquille. Apparemment Scorpius aurait repoussé les avances de Dixon et elle a cru que c'était parce qu'il était amoureux d'Andrea. Ridicule.
Cameron fit un geste de la main, comme si toutes ces histoires d'adolescent le dépassaient. Juliet hallucina devant tout ce qui se passait sous ses yeux sans qu'elle s'en rende compte. Bien sûr, elle savait que sa soeur n'était pas appréciée de tous à Poudlard, mais après que William Leighton et elle aient décidé d'enterrer la hache de guerre, plus personne n'aurait pu être considéré comme ennemi de Andrea Hardy. A l'exception de Maisie Lloyd.
— Maisie déteste Andrea, aussi, ne put s'empêcher de dire Juliet. Et maintenant qu'elle est partie, elle jubile. Tu l'as vue tout à l'heure ?
— Ne l'implique pas dans tout ça, la coupa Cameron. Ce n'est pas parce que son amie a provoqué l'amnésie de ta soeur que Maisie y est forcément pour quelque chose.
— Elle m'a menacée le soir où Andrea a disparu. Maisie était dans le parc ce soir-là et Andrea a été retrouvée dans la forêt interdite.
Juliet le défia du regard, attendant patiemment de savoir ce qu'il avait à redire. De son côté, Cameron, qui avait été jusqu'ici impassible et exaspéré, fronça les sourcils et contempla la Gryffondor comme si elle l'avait personnellement insulté. Pourtant il ne dit rien et au bout d'un long moment de silence, il se releva et lui proposa sa main.
— Je te raccompagne à la tour Gryffondor, dit-il d'un ton sans appel.
Plus troublée que jamais, Juliet accepta son aide et ils quittèrent ce couloir dans une tension presque palpable.
— Tu te fiches de moi là ? Tu le fais exprès ? Lloyd est un criminel et la première chose à laquelle tu penses après avoir entendu que Dixon a rendu ta soeur amnésique, c'est d'aller le voir ? As-tu seulement la moindre idée de l'inquiétude que tu nous a filé à Al et moi ? T'es inconsciente, Juliet !
— Euh, Rose, baisse d'un ton.
— Je me tairais lorsqu'elle aura enfin compris ! s'écria Rose à son cousin. Je n'arrive pas à croire que James est complice de ça…
Juliet se renfonça dans le sofa, honteuse. La salle commune des Gryffondor était pleine à craquer, ce qui força la brunette à vouloir se faire toute petite face à la rage de Rose qui, debout devant elle, était littéralement en train d'exploser. Rien que le fait de débarquer dans la salle commune lui avait valu les questions de ses camarades de maison et même maintenant, de nombreux regards étaient posés sur le groupe qu'elle formait avec Rose et Albus.
— Rose a raison, reprit plus posément Albus, les bras croisés à côté de sa cousine. Tu ne te rends pas compte de la gravité de la situation. Si Fiona Dixon n'est pas la vraie coupable comme on le croit, on est sérieusement dans la bouse de dragon.
— Et on a raison, confirma Rose d'un air revêche, ne lâchant pas son amie du regard.
— Alors maintenant, tu ne pars plus sans donner d'explication, conclut Albus, sévère.
Albus paraissait néanmoins inquiet, contrairement à Rose dont la colère surpassait toutes ses autres émotions. Ils savaient qu'elle était partie rejoindre Cameron Lloyd, le Serpentard. Rose, dont la colère était loin de la quitter, fondit comme un rapace sur sa proie et appuya ses deux mains sur chaque accoudoir du fauteuil de Juliet. Son visage à dix centimètres de celui de sa meilleure amie, Rose murmura lentement :
— Tu as beau être tombée sous son charme, il n'empêche que c'est un Lloyd, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. Et qui sont nos suspects numéro un, ma chère ? Oui, je te le donne dans le mille. Les Lloyd. Donc maintenant, sache que tu es sous ma garde surveillée.
Rose plissa les yeux et lui lança un regard noir. Juliet, bien trop remuée par les propos de ses amis, restait immobile et contemplait les yeux bleus de Rose qui lui lançaient des éclairs. Par dessus l'épaule de Rose, Albus leva les yeux au ciel avant d'attraper Rose par le coude et la faire reculer. Il fallait toujours que Rose soit dramatique, dans tout ce qu'elle entreprenait et c'était un trait de son caractère qui exaspérait Albus la plupart du temps. Rose lança un dernier regard suspicieux à Juliet et jeta un coup d'œil à sa montre.
— Il est six heures, on va dîner, ordonna-t-elle aux deux autres avant de se diriger vers l'ouverture du portrait. Allez, lève-toi Hardy.
Le lendemain, les discussions entre les élèves tournaient toujours autour de l'agression d'Andrea, de son départ, et de la coupable Fiona Dixon. Dans tous les recoins du château, des rumeurs courraient sur un éventuel triangle amoureux entre Andrea Hardy, Fiona Dixon et Scorpius Malefoy. Cependant, personne d'autre ne se doutait que le coupable de cette affaire n'était peut-être pas Fiona Dixon. En cours, les professeurs tentaient de faire taire les conversations qui tournaient à propos de cette histoire mais c'était peine perdue : les rumeurs étaient ce qui circulait le mieux à Poudlard et Juliet était la première à l'affirmer.
Les cours de la journée passèrent un peu trop lentement au goût de Juliet. Son cours d'histoire de la magie avait été un supplice en constatant que Rose avait décidé de lui lancer des coups d'œil suspicieux à chaque fois qu'elle faisait le moindre geste. Et pire que tout, Juliet s'était rendue compte qu'elle avait perdu sa baguette magique. Après être rentrée à la tour Gryffondor en début de soirée, elle avait surtout prit soin de replier la carte des Maraudeurs pour la remettre dans son sac, en attendant qu'elle voit James. Passant complètement à côté de l'absence de sa baguette. Quand elle réalisait enfin son erreur en plein milieu du cours de Binns, sa poche, pourtant vide, lui avait semblé peser des tonnes.
Et par les temps qui couraient, se retrouver sans arme pour se défendre la laissait bien démunie. Mais le plus mauvais dans tout ça, c'était que le cours suivant était celui de défense contre les forces du Mal et que dans un cours tel que celui-ci, une baguette magique se révélait indispensable, bien que Juliet soit la pire élève qui soit. Elle se prit le visage entre les mains, coudes sur la table, cessant tout effort de suivre le cours d'histoire.
— Il y a un truc qui ne va pas ? lui demanda Albus en remarquant son malaise.
— J'ai perdu ma baguette.
— Ah.
— Elle est à l'autre bout du château, chuchota Juliet, le visage toujours entre les mains. Et on a cours juste à côté, j'aurais jamais le temps d'aller la chercher sans être en retard au cours de la vieille chouette.
— Et tu as un léger problème, ajouta Albus en désignant Rose à l'aide de sa plume.
Réfléchissant à toute allure, Juliet échafauda un plan de dernière minute. Son regard passait de son amie rousse, assise dans l'autre rangée, à son professeur d'histoire de la magie, fantôme de son état. Juliet n'avait aucune envie d'encore se faire donner une leçon devant toute la classe parce qu'elle avait oublié sa baguette magique, en plus, ses camarades la regardaient déjà en chuchotant entre eux, un sourire moqueur au visage. Juliet n'avait aucune idée de la raison pour laquelle elle était encore au centre de l'attention, mais cela commençait à l'agacer sérieusement. Ajouté au fait qu'elle voulait aller récupérer sa baguette sans le regard meurtrier de Rose, Juliet leva la main.
— Professeur Binns ?
Le fantôme leva la tête vers elle, ses traits étaient toujours aussi passifs que lors de son premier cours. En même temps, il ne s'était pas rendu compte de sa nouvelle condition le jour de sa mort, ce qui était plutôt révélateur pour la jeune fille. Du fond de la classe, Juliet savait qu'il ne pouvait pas aussi bien la discerner que Barbara Hopkins, assise au premier rang, mais pour donner le change auprès de ses camarades, elle força une grimace tandis qu'elle s'adressait à Binns :
— J'ai très très mal à la tête, je peux aller à l'infirmerie ?
Cinq minutes plus tard, Juliet dévalait un couloir du sixième étage, satisfaite de son coup de bluff. Elle eut même un sourire en repensant à la mine déconfite de Rose, qui s'était vite transformée en rictus mauvais qui voulait dire : « toi, je ne te raterai pas ». Parfois, Rose savait se montrer très effrayante quand elle le voulait. Quoiqu'il en soit, Juliet était arrivée au bon étage et retourna sur ses pas, la démarche pressée. Elle n'avait pas tout son temps non plus. Mais arrivée dans le fameux corridor dénué de la poussière de la veille, sa baguette n'était nulle part.
— C'est pas vrai ! s'emporta Juliet en proie au désarroi.
Désespérée, la Gryffondor fit demi-tour, se demandant vaguement si Cameron l'avait récupérée ou si quelqu'un d'autre l'avait ramassée entre temps. Mais elle ne se faisait pas d'idée, elle avait bien vu sa baguette être projetée dans les airs avant de rouler sur le sol hors de sa vue. Juliet repensa à ses aventures de la veille dans le dortoir des garçons. Elle n'était pas aussi tête en l'air que ce Carlton pour laisser sa baguette au beau milieu d'un tas de débris tout de même !
Juliet vérifia l'heure : il ne lui restait qu'un quart d'heure avant le début de son prochain cours. Elle se résigna bien vite à l'idée d'aller chercher le Serpentard, elle commençait à bien le connaître et il était la personne la plus introuvable du château. Puis, Juliet s'arrêta en plein milieu de l'escalier, se traitant mentalement d'imbécile. Elle fouilla dans son sac à la recherche de la carte de James qu'elle ne lui avait toujours pas rendu. S'arrêtant au niveau d'une rangée d'escaliers, elle déplia la carte des Maraudeurs sur laquelle les noms de toutes les personnes présentes à Poudlard figuraient et chercha le nom du Serpentard. Son regard s'arrêta d'abord sur son nom à elle qui était immobile avant d'examiner rapidement les alentours.
Et telle ne fut pas sa surprise quand elle remarqua une tout autre personne bien connue se diriger droit vers elle. Fronçant les sourcils, Juliet se demanda vaguement ce que la septième année faisait au sixième étage alors qu'elle venait de remarquer son groupe d'amis de Poufsouffle deux niveaux plus bas. Visiblement, Audrey Collins s'était lancée seule dans les étages sans ses copines qui gloussaient constamment à ses côtés et ça, ce n'était pas très bon pour Juliet qui se hâta de ranger la carte dans sa besace. Sans baguette, elle n'était pas très rassurée et il valait mieux contourner le danger dans ce cas.
Cependant, les foulées précipitées de Collins se firent entendre plus vite que prévu et Juliet n'eut d'autre choix que de se cacher rapidement derrière la statue de Boris le Hagard. Derrière la cape de Boris, la Gryffondor était parfaitement dissimulée, aussi attendit-elle patiemment que les pas de la Poufsouffle s'éloignent avant de sortir de son repaire. Puis, elle remarqua avec frayeur que Collins était activement à sa recherche et qu'elle n'aurait pas du la sous-estimer. Et elle n'aurait pas du sous-estimer les tableaux non plus.
— Excusez-moi, Messieurs, demanda Audrey d'une voix mielleuse à la peinture représentant trois frères autour d'un bureau. Vous n'auriez pas vu une fille minuscule m'arrivant à peu près... là. Elle est brune.
« Minuscule ? » se répétait Juliet en grimaçant dans sa cachette.
— Bien sûr, juste derrière vous ! répondit aimablement l'un des sorciers.
Juliet soupira en roulant des yeux et sortit de son abri sous le regard peu amène de Audrey Collins qui avait sa baguette magique en main. Légèrement paniquée, Juliet montra cependant qu'elle était sûre d'elle, prête à régler ce problème avec diplomatie. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander pourquoi la Poufsouffle s'était donné tant de mal pour la retrouver. Depuis l'épisode fâcheux des Trois Balais, elle s'était contentée de l'ignorer dans les couloirs, contrairement à son habitude de lui lancer des piques, mais voilà qu'elle se retrouvait là, devant elle, ses traits détendus se transformant peu à peu avec des expressions furieuses.
— Qu'est-ce-que tu veux ?
Audrey Collins rit jaune et se rapprocha de Juliet en la dévisageant d'un air mauvais.
— Toi, tu oses me le demander ? Le départ de ta Serpentard de sœur ne t'a pas retenue d'aller chercher du réconfort auprès de mon copain, hein ?
— Pardon ? fit Juliet sans comprendre.
— J'aime profondément James, sache-le Hardy. Et je ne laisserai pas une fille dans ton genre gâcher mes deux ans et cinq mois de relation avec lui. Alors maintenant, tu vas me dire très exactement ce que tu as fait avec les garçons hier dans leur dortoir. Ou je te détruis. Ou je te dénonce à Mrs Tourdesac pour quitter les heures de classe sans raison apparente. Je t'ai vue tout à l'heure.
Juliet la contemplait avec des yeux ronds avant de devenir livide. C'était donc pour cette raison que les gens se moquaient d'elle depuis qu'elle avait quitté sa salle de classe. Collins savait qu'elle avait passé du temps dans le dortoir de James la veille. Et pour des motifs beaucoup moins louables que la recherche de la carte des Maraudeurs...
La Poufsouffle leva sa baguette sur Juliet, décidée à lui montrer de quel bois elle se chauffait. Effrayée, Juliet se retrouva sans aucun moyen de se défendre, ne trouvant que la solution de reculer jusqu'à atteindre le mur.
— Collins, il s'agit d'un énorme malentendu, dit alors Juliet en tentant de la calmer. Rien ne s'est passé hier. Alors oui, j'étais dans le dortoir de James, mais c'était pour...
Juliet se retint de ne pas gaffer. Elle n'avait pas idée de ce dont Audrey Collins était au courant, notamment pour la carte des Maraudeurs.
— Tu faisais quoi dans leur dortoir ? s'emporta Collins entre ses dents alors qu'elle n'était plus qu'à un mètre de Juliet.
— Je cherchais Cameron Lloyd, répondit rapidement Juliet, effrayée.
Audrey détourna le regard. Elle fulminait.
— Depuis quand tu cherches un Serpentard dans le dortoir des Gryffondor ? Tu te fous complètement de moi ?!
Soudain, alors qu'Audrey s'apprêtait à lui lancer un maléfice, ses cheveux auburn semblant s'enflammer de rage, sa baguette se retrouva expulsée dans les airs. Collins fut un instant surprise et paniquée, son adversaire n'ayant pas sorti sa baguette, elle se mit alors à chercher frénétiquement d'où provenait cette attaque. Et quand elle remarqua la tierce personne, le visage de la Poufsouffle se décomposa, plus que déconcertée. Mais elle se reprit au bout de quelques instants et leva le menton en l'air, comme pour prouver à Cameron Lloyd qu'il ne l'intimidait pas.
De son côté, Juliet ressentit du soulagement face à l'arrivée du Serpentard. Elle n'eut alors d'yeux que pour lui et elle ne pouvait être plus heureuse de le voir à ce moment sachant qu'il tenait dans sa main deux baguettes magiques. Et Juliet reconnaissait la sienne sans mal. Cameron arriva tranquillement à deux mètres des deux filles quand il lança sa baguette à Juliet, cette dernière la rattrapant aisément.
— Elle t'a donné combien pour que tu la défendes ? cracha alors la Poufsouffle. Oh, j'oubliais... c'est passionné entre vous, n'est-ce-pas ? Fais-gaffe Lloyd, passer du bon temps dans le dortoir des mecs de Gryffondor, elle connait !
Rouge de honte, Juliet brandit sa baguette magique sur Audrey Collins, s'appliquant à ne pas regarder Cameron juste à côté d'elles. Collins n'avait pas le droit de dire une chose pareille. Elle ne pouvait pas se permettre de raconter sa version pervertie des choses à Cameron. C'était à ce moment que Juliet se rendit compte qu'elle tenait bien trop à lui pour qu'il croit qu'elle n'était qu'une fille dont l'unique passe-temps était de traîner dans le dortoir des garçons. Touchée par ce que la Poufsouffle venait de dire, Juliet sentit les larmes lui monter aux yeux.
— Qu'est-ce-que tu attends ? poursuivit Audrey Collins dont la rage avait repris le dessus. Aurais-tu peur de montrer tes talents à ton bien-aimé ? Tu lui as dit que ton père avait payé ton entrée à Poudlard pour prouver que tu n'étais pas une cracmolle ?
— Dégage.
Cameron serrait sa baguette fermement dans son poing, et contrairement à Juliet qui était tétanisée et au bord des larmes, il ne semblait pas avoir peur de s'en servir en regardant Audrey Collins avec détermination. Les Serpentard avaient donc le beau rôle, à jouer aux « méchants », mais Collins venait de donner un coup là où ça faisait le plus mal. La magie de Juliet était sa faiblesse et le fait qu'on l'attaque à ce sujet l'anéantit complètement. Elle était prête à éclater en sanglots d'un moment à l'autre, aussi elle baissa toutes ses gardes, de sa baguette en passant par ses yeux emplis de larme.
— Tu sais très bien comment a terminé ton petit ami l'année dernière, la menaça Cameron d'une voix contrôlée. Si tu ne veux pas connaître le même sort, je te conseille de dégager immédiatement.
Audrey Collins hésita à bouger : les mots avaient dépassé sa pensée et elle s'en voulait déjà d'avoir été si cruelle. Mais c'était avant qu'elle ne croise le regard bleu glacial du Serpentard. Ses menaces firent alors mouche dans son esprit et elle déguerpit enfin, ramassant sa baguette au passage, dans un état second. Le couloir parut extrêmement vide subitement, seuls Juliet et Cameron demeurèrent debout dans le silence le plus complet, jusqu'à ce que la baguette de Juliet ne glisse entre ses doigts, l'écho de sa chute se répercutant contre les murs de pierre.
Deux secondes plus tard, Juliet éclatait en sanglots tout en s'écrasant au sol. Elle ramena ses genoux contre elle et son visage dissimulé par ses bras, Cameron assista à la scène, les épaules de la Gryffondor se secouant de sanglots silencieux. Le Serpentard resta un instant sans bouger, interdit. Il n'avait jamais réconforté quelqu'un de sa vie. Son manque d'expérience dans les relations humaines l'assaillait de toutes parts. Et à ce moment, il en avait terriblement besoin.
Juliet ne pouvait plus tenir. C'était tout bonnement impossible. Collins avait su comment l'atteindre. Elle en était consciente, ses pouvoirs n'étaient pas dignes d'une sorcière. Elle se sentait tellement nulle quand elle voyait les autres se battre en duel et qu'elle se trouvait incapable de répliquer convenablement. Cacher son embarras par des sourires était ce qu'elle savait faire de mieux. Elle ne pouvait plus entendre ni supporter les « c'est pas grave, tu feras mieux la prochaine fois » de ses camarades qui se pensaient compatissants. C'était ce pourquoi elle était douée, les contacts, sauver les apparences, et même rire de sa propre incapacité alors qu'au fond, elle se sentait triste à mourir.
Une nouvelle fois en vingt-quatre heures, Juliet se sentit soulevée par Cameron qui la redressa sur ses deux pieds, pour finalement la serrer dans ses bras. Au contraire de la veille, Juliet ne chercha pas à s'écarter de lui, elle s'y accrocha comme une bouée de sauvetage, ruinant sa chemise immaculée de ses larmes intarissables.
Un nouveau sanglot lui échappa. Même face à lui, alors qu'il cherchait manifestement à la soutenir, Juliet ne put s'empêcher de se sentir ridicule à ses côtés. Qu'est-ce-qu'elle était, finalement à côté de lui ? Elle était certes reconnue pour ses prouesses au Quidditch, mais son père avait raison : ce n'était qu'un sport, un loisir. Cameron lui savait se battre, il en était même devenu dangereux et avait utilisé son don pour se faire un nom et devenir indépendant. Il était un vrai sorcier, lui. Juliet se mit à pleurer de plus belle en songeant qu'elle ne serait pas capable d'impressionner un moldu, si elle en avait l'occasion. Même les Cracmols se débrouillaient mieux qu'elle et s'apitoyaient moins sur leur sort.
Juliet perdit complètement la notion du temps. Elle se fichait de rater son cours de défenses contre les forces du Mal. Une heure de cours serait-elle suffisante à combler ses énormes lacunes ? Non. Elle en sortirait encore plus déprimée, ses camarades riraient de la tenue du jour de la vieille chouette pendant qu'elle s'inquiéterait du temps dont elle aurait besoin pour pallier au retard qu'elle avait accumulé par rapport aux autres. En définitive, Andrea n'avait peut-être pas eu si tord en quittant Poudlard. Elle aurait sûrement plus de chance ailleurs. Mais Juliet effaça d'un froncement de sourcil cette suggestion. Elle était tout simplement abattue sous le coup de la tristesse, de ce que Collins lui avait balancé à la figure.
Et elle ne pouvait pas se permettre d'avoir ce genre de pensées sombres, surtout pas quand la personne contre laquelle elle était blottie semblait avoir une famille aussi exécrable et pire que sa propre incapacité à être une sorcière et à faire partie de ce monde.
— Je suis désolée Cameron, murmura-t-elle d'une voix éteinte entre deux sanglots silencieux. Que tu assistes à ça... C'est pathétique. Je déteste pleurer... Et si j'étais dans ce fichu dortoir hier, c'était... c'était pour trouver un moyen de te rejoindre. Tu me fuyais et... James a été la seule solution.
Juliet renifla bruyamment. « Quelle classe », ne put-elle s'empêcher de penser avec dégoût. Mais Cameron n'eut pas l'air de lui en tenir rigueur, il lui frotta doucement le dos en guise de réconfort. Plus honteuse que jamais, elle n'osait même pas s'écarter légèrement pour le regarder. Se calmant peu à peu, elle vint à se demander comment elle avait fait pour se faire apprécier du Serpentard le plus haï et le plus retiré de toute l'école. Et elle ne comprenait pourquoi elle était la seule à sentir qu'il n'était pas ce que tout le monde pensait de lui : quelle personne sans cœur et brutale la rassurerait dans ses bras ?
— Collins est profondément atteinte, dit Cameron à voix basse. Tu ne devrais pas l'écouter.
— Mais elle a raison sur un point. Même un cracmol ferait mieux que moi. Tout le monde le sait.
Juliet ferma douloureusement les yeux. Cela semblait si réel de le dire à haute voix, de le dire devant Cameron, le maître incontesté des défenses contre les forces du Mal. Il aurait pu se moquer d'elle, être mesquin et l'enfoncer encore plus, comme l'avait fait William Leighton durant leur première année, mais il n'en fit rien. Il était là, se contentant de la serrer contre lui sans la juger. Puis elle se sentit tellement bête à s'apitoyer sur son sort alors que lui-même cachait ses secrets et sa peine derrière ses airs fiers et distants.
— Je peux peut-être t'aider, lui confia-t-il alors. Si tu es ici, c'est que tu le mérites. Tu aurais parfaitement été capable de te défendre face à elle tout à l'heure, crois-moi.
— Tu n'as jamais assisté à l'un de mes duels, dans ce cas, chuchota Juliet avec lassitude. C'est tellement... humiliant à chaque fois.
Cameron se détacha lentement d'elle pour la regarder dans les yeux. Juliet, qui avait cessé de pleurer, le contemplait en fronçant les sourcils. Elle devait être dans un état pitoyable maintenant. Mais une fois plongée dans son regard bleu intense, elle en oublia son visage encore humide et ses yeux rougis. Cameron ne la scrutait pas avec dédain, ni avec son attitude froide réservée à ses camarades. Non, Juliet y lisait de la bienveillance et même de la douceur qui fit s'accélérer son rythme cardiaque.
— Juliet, tu dois prendre confiance en toi. C'est tout ce dont tu as besoin et je suis d'accord, ce n'est certainement pas Mrs Tourdesac qui t'aidera à ce niveau là. Laisse-moi essayer et tu verras que tu es capable de faire aussi bien que moi.
— Tu crois ?
— J'en suis certain.
Les lèvres de Juliet s'étirèrent en un mince sourire. Qui disparut presque aussitôt.
— Pourquoi ? demanda-t-elle d'une petite voix. Pourquoi tu voudrais m'aider ?
Ce fut au tour de Cameron de froncer les sourcils. Pourquoi voulait-il lui apporter son aide ? Il n'en avait pas la moindre idée. L'aurait-il proposé à quelqu'un d'autre ? Non. Mais Juliet avait paru si brisée et découragée face aux mots durs de Collins que sa détresse l'avait vivement interpelé.
— Je ne sais pas, répondit-il finalement dans un souffle.
— Mais tu as les ASPIC à la fin de l'année, objecta Juliet en détournant son regard. Tu as aussi ton... occupation. Je ne crois pas être assez...
— Eh bien je trouverai le temps, répliqua Cameron, décidé.
Rougissant jusqu'à la racine des cheveux, Juliet reporta son regard sur lui. Après tout ce qu'il pouvait bien entendre à son sujet, des bruits courant sur sa relation avec James en passant par sa nullité dévoilée au grand jour, il restait à ses côtés. Il ne la fuyait plus. Et mieux que ça, il lui proposait clairement de passer du temps à l'aider à régler ses problèmes. Que pouvait-elle demander de mieux ? A ce stade, peu importait ce qu'Audrey Collins ou n'importe qui d'autre pensait d'elle. Seul Cameron importait.
Ragaillardie grâce à lui, Juliet suivit ses pulsions et se dressa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur la joue de Cameron. Elle ne s'écarta pas tout de suite en sentant le Serpentard se pétrifier à son contact. Elle leva les yeux vers lui, son visage à seulement quelques centimètres du sien. Il la dévisageait, une lueur de panique dans ses magnifiques yeux bleus. Juliet ne se retira pas pour autant, d'aussi près, son irrésistible envie de glisser ses doigts dans ses boucles brunes refit surface et, le cœur battant à tout rompre contre sa poitrine, elle eut envie de l'embrasser.
Juliet se mordit l'intérieur des joues. Elle ne pouvait pas le faire, pas quand il semblait aussi ébranlé. Il la fixait toujours sans bouger, et elle se demanda même s'il n'avait pas retenu sa respiration. Essayant d'oublier le désir qu'elle avait de rompre la distance, pourtant peu importante, qui les séparaient, Juliet posa une main qu'elle voulait rassurante sur le bras de Cameron.
— Merci, souffla-t-elle. Merci pour tout.
Et sans demander son reste, Juliet s'enfuit sans un regard en arrière.
— Je te préviens, je viens te chercher après ton entraînement de Quidditch et pas de détour possible…
Juliet et Rose entrèrent dans leur dortoir après leur dernier cours de la journée et aussitôt la jeune fille rousse alla s'asseoir sur son lit dans un profond soupir. Juliet, dans une humeur indescriptible oscillant entre la tristesse et la lassitude, déposa ses affaires et frissonna quant à la température plutôt fraiche qui régnait dans la pièce. Puis son regard fut attiré par un morceau de parchemin posé bien en évidence sur son lit. Perplexe, Juliet le saisit et l'ouvrit.
Ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas. Tu sais à qui faire confiance, Juliet.
— On ne voit plus Victoria depuis quelques temps, remarqua Rose en se tournant vers le lit de leur camarade de dortoir. Depuis que tu l'as rembarrée, en fait.
Juliet leva les yeux vers elle et remarqua la fenêtre ouverte derrière le lit de son amie. Un hibou était posé sur l'encadrement de la fenêtre et s'envola aussitôt le regard de la jeune fille posé sur lui. Juliet bondit et se précipita sur la fenêtre ouverte pour apercevoir l'oiseau s'éloigner en direction de la forêt interdite. Toujours aussi perturbée, la Gryffondor ferma lentement la lucarne et donna le morceau de parchemin à Rose qui la regardait avec inquiétude.
— Tu reconnais cette écriture ? lui demanda-t-elle.
Tandis que Rose examinait le parchemin, ses fins sourcils froncés, Juliet essaya de se passer en revue toutes les écritures qu'elle avait vu passer sous ses yeux. Sa famille, ses amis, et même ses professeurs, elle n'avait jamais vu cette écriture ronde et penchée auparavant. Qui pouvait bien lui avoir envoyé cette missive ?
— Je ne vois pas qui aurait pu t'écrire mais je suis d'accord avec cette personne, lui dit enfin Rose. Tu ne devrais pas faire confiance à n'importe qui, si tu vois ce que je veux dire.
Rose la défia du regard, la lettre à la main telle une preuve irréfutable que sa meilleure amie ne devrait pas s'approcher de trop près de Cameron Lloyd. Juliet croisa les bras.
— Pendant combien de temps vas-tu me faire des reproches à son sujet ?
— Je suis désolée, Juliet, répondit tristement Rose, je ne peux pas faire confiance à ce mec. J'ai un mauvais pressentiment le concernant…
Les expressions de Rose avaient changé du tout au tout, passant de la confiance en soi depuis la veille à de l'inquiétude quand elle se mit à mordiller sa lèvre inférieure. Juliet n'eut pas le temps de répondre que Victoria Finnigan entra dans le dortoir, ce qui coupa court à ses intentions de lui prouver qu'elle avait tord. Juliet alla rapidement s'enfermer dans la salle de bains et se contempla dans le miroir avant de se rendre à son entraînement. Les yeux encore rougis après avoir pleuré quelques heures plus tôt, elle tenta de se rafraîchir le visage et de se constituer une mine réjouie. C'était plus ou moins réussi.
Quelques minutes plus tard, elle descendit en salle commune retrouver James, Fred et Emma pour se rendre sur le terrain de Quidditch comme si cette année avait été comme toutes les autres.
