Les acclamations venant de la part des supporters de Gryffondor étaient tonitruantes. James Potter avait atterri près d'Adam Blackwood, leur nouvel Attrapeur de troisième année. Décidément, Adam allait se souvenir toute sa vie de son premier match chez Gryffondor. Quand il avait brandi son bras en montrant qu'il avait le Vif d'or dans sa main, il avait paru plus fier qu'autre chose, malgré son air hagard. James n'avait pas pu retenir une exclamation de joie tandis qu'il serrait dans ses bras tous ses coéquipiers. Macmillan aurait sûrement plein de choses à leur reprocher plus tard, mais peu importait pour le moment : ils avaient gagné leur premier match.
James reçut les félicitations de Neville, qui s'était empressé de venir voir son équipe en tant que directeur des Gryffondor. Et si cette victoire était essentielle aux yeux de tous les élèves de cette maison, c'était parce que la Coupe de Quidditch était celle qu'ils avaient le plus de chance de remporter cette année. Cela faisait deux ans de suite qu'ils étaient les champions de Poudlard mais ce n'était pas le cas pour la Coupe des Quatre Maisons. Depuis le début de sa scolarité, Gryffondor n'avait jamais terminé en première place du classement et c'était souvent considéré comme une défaite en soi chez les Gryffondor. Et en six ans, James avait espéré voir au moins une fois la Grande Salle décorée aux couleurs rouge et or pour le banquet de fin d'année.
— Fête à la salle commune ! s'écria Fred, l'air d'aller beaucoup mieux.
— T'as failli nous faire perdre ! répliqua James par-dessus le brouhaha. A ta place je me ferais discret…
— On a gagné, c'est le principal !
James le regarda alors suivre le cortège composé de Gryffondor qui emmenaient son équipe victorieuse en direction du château, Adam Blackwood porté par un groupe de quatrième années. Il apercevait même Troy, qui portait Juliet sur ses épaules, entourés de la foule. Pas très loin non plus, la chevelure rousse de Rose se discernait parfaitement et James eut comme l'impression qu'elle sautait sur place en tapant dans les épaules de tous ses camarades qui se trouvaient à sa portée. James se retrouva face aux regards noirs qu'il attirait du côté Serdaigle, autour de la frêle Tanya Jackson.
— J'ai foiré, hein ? lui demanda Emma Ellis, l'air complètement abattue.
— N'importe quoi, répondit James en l'entraînant à la fin du cortège de Gryffondor. Tu t'es très bien débrouillée. Juliet ne te l'a pas dit mais elle s'est pris un poteau lors de son premier match. On a du finir le match à deux Poursuiveurs. Et on a perdu. Tout le monde a oublié bien sûr !
Ellis éclata de rire sous le regard amusé du septième année. Il se souvenait parfaitement de leur capitaine à l'époque, une septième année tyrannique à souhait. Elle avait failli virer Juliet de l'équipe à ce moment, mais le deuxième match des Gryffondor s'était bien mieux passé par la suite. Les deux Gryffondor furent vite rejoints par un groupe de filles de l'année de James qui ne cessaient de le féliciter comme si c'était lui qui avait fait remporter la victoire à leur maison. Parmi elles se trouvait Melinda Jones, avec qui il s'entendait très bien, et elle eut le mérite de calmer ses copines en remarquant l'air ennuyé de son ami. Emma le salua alors quand elle repéra ses propres amis et il vit quant à lui une personne qu'il aurait bien aimé éviter aujourd'hui.
Audrey l'attendait à l'entrée du château et James savait qu'il ne pourrait pas lui échapper. Les bras croisés, elle n'avait cependant pas l'air de mauvaise humeur.
— Bonne chance, surtout si elle te demande de quitter l'équipe ! lui murmura Melinda à l'oreille avant de courir rattraper ses amis.
La remarque de sa camarade n'apporta aucun sourire sur le visage de James. Tout ce qui concernait sa petite amie n'était plus drôle à ses yeux. Fred, Troy, Melinda et même Carlton se demandaient comment il pouvait encore supporter le comportement excessif d'Audrey. Et lui-même se posait la question. Quand il allait la voir, c'était à reculons, et même pendant les cours, il avait arrêté de venir s'asseoir avec elle, si cela lui permettait d'avoir quelques heures de répit. Il devait malheureusement en subir les conséquences par la suite. La situation était vite devenue invivable depuis quelques temps, mais pourtant, une partie lui disait qu'un jour, l'ancienne Audrey lui reviendrait.
— Félicitations, hésita-t-elle avec un sourire timide.
— Merci, se contenta de répondre James.
— On fait un tour ? Il fait beau aujourd'hui.
James ouvrit la bouche pour répondre, mais la referma aussitôt. Il aurait voulu lui répondre qu'on l'attendait à la tour Gryffondor pour fêter leur victoire, mais ce n'était certainement pas la bonne solution pour apaiser les tensions entre eux. James mourait d'envie d'aller rejoindre ses amis, de se détendre enfin - dans la limite du possible, bien sûr, les premières années les côtoyaient -, mais hélas, Audrey s'était mise entre lui et la possibilité d'oublier tous leurs problèmes l'espace de quelques heures.
Toujours vêtu de sa tenue de Quidditch, James fit alors demi-tour en direction du parc ensoleillé, et où visiblement, des dizaines d'élèves avaient voulu profiter eux-aussi du temps clément, mais frais, de ce début de novembre. Audrey marchait silencieuse à ses côtés. Ils avaient commencé à sortir ensemble pendant l'été suivant leur quatrième année, c'est pourquoi James eut un léger sourire nostalgique en repensant aux balades qu'il faisaient autour du lac, main dans la main, tout en évitant de parler des BUSE qui les attendaient à la fin de l'année. Sauf que maintenant, une distance les séparait, et elle n'était pas seulement physique.
— Tu as très bien joué, tout à l'heure, dit enfin Audrey au bout d'un long silence. Ton but de la quarantième minute était remarquable.
Le Gryffondor ne répondit rien. Il se contentait d'avancer en gardant les yeux rivés au loin, vers la forêt interdite. Il lui semblait évident qu'Audrey tentait de rattraper son attitude détestable des derniers jours ; en effet, il n'avait pas pu s'absenter trois minutes aux toilettes sans se voir suspecté d'aller rejoindre une autre fille. James en avait marre par-dessus tout d'être surveillé à longueur de temps. Plus le temps passait et plus la situation le blasait. C'était donc ça, l'amour, de devoir rendre des comptes à sa copine toutes les trente secondes ?
— James... murmura Audrey d'une voix douce en l'arrêtant. Dis quelque chose, ça ne va pas ?
— Tout va très bien, mentit-il en la regardant droit dans les yeux, raide. On a gagné, pourquoi ça n'irait pas ?
— Je ne sais pas... je te trouve distant. Qu'est-ce-que j'ai fait ce matin pour que tu ne m'adresses plus un mot ?
Les bras de James retombèrent mollement le long de son corps. Cela faisait bientôt deux semaines qu'il faisait attention à ses fréquentations, qu'il la rejoignait immédiatement après ses entraînements de Quidditch, qu'il prenait soin à ne pas évoquer un nom susceptible de la mettre en colère et Audrey trouvait le moyen de tout ramener à elle ? Il faisait des efforts inconsidérés pour elle, pour sauver leur relation en péril due à sa jalousie maladive. Et apparemment, tout le monde s'en rendait compte. Tout le monde, sauf Audrey.
— Absolument rien.
— Ne me dis pas qu'il n'y a rien, rétorqua la Poufsouffle en posant ses deux mains sur ses hanches. Je te connais. J'ai fait quelque chose qui t'a vexé ? Tu paraissais de très bonne humeur il y a quelques instants, avec Ellis, et Melinda aussi.
— Si tu étais moins centrée sur toi-même, tu aurais compris que tout ce dont j'avais besoin était d'aller fêter notre victoire dans ma salle commune. Tu sais, le seul endroit où je peux être tranquille, où je ne suis pas sous ta surveillance ?
James n'avait pas pu se retenir plus longtemps, surtout après qu'elle ait énoncé chaque personne avec qui il avait eu des contacts depuis la fin du match. Ce n'était pas normal qu'il se sente aussi prisonnier avec elle, qu'il ait l'impression de ne plus être libre, d'autant plus que seul leur couple semblait être sujet à ce problème. Chez les autres, la jalousie ne prenait pas une place aussi importante qu'entre eux deux. Audrey le contemplait comme s'il lui avait fait part de son désir de rompre avec elle.
— T'es devenue invivable Audrey. Bientôt, je ne vais même plus pouvoir passer du temps avec Fred, mon propre cousin. Qu'est-ce-qu'on va devenir une fois les ASPIC en poche ? Tu comptes m'enfermer dans une cave pour être sûre que personne ne me voie ou me parle ?
— Arrête, l'interrompit Audrey en serrant les dents, signe que la colère montait en elle. Évidemment, tu ne peux pas me comprendre, toi le beau Gryffondor qui a tout le monde à ses pieds. Qu'est-ce-que je suis à côté, hein ? Tu y as déjà pensé ? Je ne suis que la vulgaire Poufsouffle née-moldue dont on n'a rien à faire ! Ah si, j'oubliais. On me connaît seulement parce que je suis la petite amie de James Potter. Le grand James Potter ! Oh oui, il est populaire, James, il est le digne représentant de sa lignée ! Alors oui, j'ai des raisons de m'inquiéter quand je vois toutes ces filles te tourner autour, parce que tu es la seule personne que j'ai !
— Mais je suis pas un objet ! s'insurgea James en haussant le ton, indigné. Tu ne peux pas prétendre me contrôler seulement parce que tu te sens inférieure ou je ne sais quoi ! Et toi, tu te poses souvent la question de savoir comment je vis d'être le fils du célèbre Harry Potter ? Tu imagines la pression que ça donne, de ce que ma famille m'a laissé comme héritage ? Tu ne sais pas le nombre de fois où j'aurais aimé être comme toi à Poudlard, un anonyme. Je pensais que tu me comprenais Audrey, que tu étais l'une des rares personnes à me voir comme James, et pas comme James Potter, le mec qui aura tout acquis dans la vie à cause de son nom de famille. Là, j'ai l'impression que tu me vois comme tous les autres, ceux qui seraient près à me lécher les pieds pour attirer mon attention.
James était devenu livide. Il aurait continué s'il ne s'était pas rendu compte que des gens s'étaient rapprochés d'eux pour essayer de comprendre les raisons de leur dispute. Les yeux gris de sa petite amie paraissaient larmoyants et il s'en voulut de presque lui avoir crié dessus. Mais sa colère et son injustice par rapport à ce qu'elle lui faisait subir indirectement le retenait de la prendre dans ses bras pour la réconforter. Il serrait les lèvres, se retenant de lâcher tout ce qu'il avait en tête, tous les reproches à son encontre et son envie de tout envoyer balader.
— Mets-toi à ma place aussi, chuchota Audrey. Tu t'entends avec tout le monde, on t'admire et pas seulement parce que ton père est célèbre. Si je ne m'impose pas à tes côtés, je ne suis rien.
— C'est tout ce que tu trouves comme excuse pour ton comportement ? s'emporta James en levant les yeux au ciel. Piquer des crises énormes à cause de simples rumeurs est excusable selon toi ?
— Les rumeurs paraissent fondées quand on regarde la façon dont tu te comportes avec Hardy !
— Donc tu crois qu'on s'est envoyés en l'air dans ma salle de bain ? C'est pathétique.
Audrey fronça les sourcils et regarda James sous un nouveau jour. Il ne s'était jamais montré aussi cinglant avec elle. Cependant à l'énonciation de la sixième année, elle ne pouvait pas garder son sang froid. Audrey avait remarqué les regards que James et Juliet Hardy s'étaient échangés la semaine passée, et même s'ils étaient fuyants et hésitants, elle avait senti son cœur exploser : bien sûr qu'elle avait remarqué les efforts que James avait faits pour s'éloigner de la sixième année, mais pourtant cela ne changeait rien au fait que ce qui les reliaient étaient toujours bien présent. Que cette rumeur soit vérifiée ou non.
— J'ai toutes les raisons de m'inquiéter, dit lentement Audrey en ne lâchant pas le regard noisette de James. Il suffit de vous regarder tous les deux pour comprendre qu'il y a quelque chose entre vous.
— J'y crois pas, murmura James en posant une main sur son front. T'es aveugle ou quoi ? Tu te rappelles de ce que tu m'as dit à la dernière sortie de Pré-au-Lard ? Qui m'a convaincue de laisser Juliet tranquille avec cet abruti de Serpentard ? J'ai mis du temps à m'en rendre compte, mais elle est amoureuse de lui, tu n'as pas à t'en faire pour notre relation basée sur les « on dit » de Poudlard !
— Ce ne sont pas ses sentiments à elle qui m'inquiètent James, ce sont les tiens !
Audrey avait dit cette dernière phrase d'une voix cassée, presque inaudible.
— Tu ne me fais pas confiance, affirma James dont la voix s'était complètement adoucie en quelques instants.
— Non, ce n'est pas ça, chuchota Audrey sans oser le regarder. Je t'aime, James. Mais de ton côté, j'ai l'impression que tu as changé, que ce que tu ressentais pour moi a disparu. Et que tes sentiments pour...
— Audrey, c'est une amie, la coupa James d'un ton ferme mais il restait secoué par les propos de la Poufsouffle. Elle est juste mon amie. Nous, on est ensemble.
— Alors dis-moi que je suis la seule qui compte à tes yeux, dit finalement Audrey en laissant ses larmes couler sur ses joues. Tu te rappelles de cet arbre, là-bas ? Celui sous lequel tu me disais que tu m'aimais entre deux séances de révision ? Rappelle-moi avec quelle conviction tu le disais. Dis-moi que tu m'aimes.
Un cri provenant de l'entrée du château résonna dans les oreilles sourdes de James. Tout ce qu'Audrey venait de lui confier n'avait pas de sens. Leur relation battait de l'aile, il en était conscient. Le temps où ils révisaient tous les deux à l'ombre d'un hêtre centenaire lui paraissait lointain, comme d'une autre époque. Oui, plus de deux ans s'étaient écoulés depuis qu'ils s'étaient embrassés pour la première fois, qu'ils s'étaient dits amoureux l'un de l'autre. L'aimait-il encore, comme au premier jour ? Il était jeune, dix-huit ans, ce n'était pas assez pour prendre du recul, il avait besoin de grandir encore. Il n'était qu'un adolescent, même si Audrey et lui s'étaient promis que ce serait pour la vie.
Et là, maintenant, en ce moment même, il se trouvait incapable de sortir les mots qu'Audrey attendait. C'était simple, pourtant. Les mots n'étaient pas compliqués à prononcer, il lui avait dit tant de fois auparavant, mais ils étaient tellement lourds de sens qu'il parvenait à les sentir se bloquer dans sa gorge. Il n'y arrivait plus. Depuis quand ne les avait-il pas prononcés, d'ailleurs ? Sa mâchoire se serra quand il réalisa qu'il n'en avait pas la moindre idée. Des mois, sûrement. Audrey avait du remarquer ce genre de détail, aussi observatrice qu'elle était. Et cela faisait des mois que sa jalousie avait considérablement empiré. Il n'était peut-être pas aussi irréprochable que ça, finalement.
— Tu vois, dit doucement Audrey avec fatalité tout en essuyant une nouvelle larme sur son visage aux traits fins.
Immobile, James était tombé de haut et réagit à peine quand Audrey l'embrassa chastement sur les lèvres avant de faire demi-tour en direction du château. Il la regarda s'éloigner sans rien faire. Pourtant, il savait qu'il aurait du la rattraper, la rappeler ou même lui hurler qu'il l'aimait encore. Mais c'était au-delà de ses forces. James secoua sa tête en tentant de reprendre ses esprits : non, ce ne pouvait pas être terminé entre eux, pas après une dispute. C'était arrivé à de nombreuses reprises auparavant et ils s'étaient toujours réconciliés par la suite. Cependant, cette dispute était différente. Elle avait été plus intense, à la fois James et Audrey s'étaient dit ce que chacun pensait réellement l'un de l'autre. Mais ce ne pouvait pas être leur fin.
Une demi-heure plus tard, James s'était finalement décidé à rentrer lentement à la tour Gryffondor. Sur son chemin, les couloirs lui avaient paru désespérément vides, et devina que tous les Gryffondor devaient se trouver en salle commune. Mais contrairement à ce dont il avait envie une petite heure plus tôt, James n'était plus d'humeur à fêter leur victoire. Il avait un goût amer dans la bouche et sa tête lui semblait terriblement vide. La situation lui avait échappé et il était totalement perdu. Bien entendu, il n'était pas question de demander son avis à Fred, qui ne comprendrait pas, et il avait aussi sa fierté. Il arriva donc devant le portrait, découragé et désorienté par les événements.
Quand il entra dans la salle commune, le tapage qui avait lieu dans la pièce l'assaillit de toutes parts. Le vacarme produit par les conversations et les rires lui donnèrent un mal de tête atroce et la présence de toute la maison Gryffondor lui donnait envie de se réfugier dans son dortoir. Mais avant qu'il n'ait pu faire un pas, on l'agrippa par les deux bras et il lui fut alors impossible de se dégager des serres de ses camarades. Il les comprenait, leur victoire au Quidditch était contagieuse et les rendait tous euphoriques, mais cela ne l'atteignait pas.
— James, tu as été gé-nial ! le complimenta Kenny Clarks, un sixième année. Vous nous refaites la même chose pour les deux prochains match et on te sacre empereur des lionceaux...
— Ne l'écoute pas Potter, il est un peu excité, intercepta une fille qui avait tendance à toujours l'observer. Je t'offre un verre ?
James déclina poliment, comme dans un état second. Il salua quelques personnes, répondait de manière brève à d'autres et finit par arriver dans un coin de la pièce où on pouvait enfin faire un pas sans marcher sur les pieds d'une autre personne. Arrivé près d'une haute fenêtre, il regarda tristement les escaliers menant à son dortoir jusqu'à la foule compacte qui se trouvait devant. C'était tellement étonnant et inhabituel de sa part d'éviter les gens qu'il ne se reconnaissait plus. Où était donc passé le James insouciant, blagueur et avenant ?
— Hé Pot-Pott, tu tires une ces tronches.
Il n'y avait qu'une personne qui utilisait ce surnom. Sans surprise, il se retourna vers Carlton qui était assis à une table avec Melinda. Comme d'habitude, son ami avait une cigarette aux lèvres et le dévisageait en plissant des yeux, ce qui avait pour effet de se sentir passer sous les rayons X. Quant à Melinda, elle fixait son ami blond et légèrement à côté de la plaque en lui lançant un regard sévère. Il avait manqué de tact, mais James ne lui en voulait pas, c'était Carlton après tout. Il se laissa tomber sur une chaise à leurs côtés en poussant un long soupir. Son regard balaya la salle commune où des caisses de biéraubeurres avaient été amenées ainsi qu'un grand nombre de gâteaux et sucreries. James suspecta Fred d'avoir préparé le coup bien avant le match.
— T'en veux une ? T'inquiète, celles-là sont dans la norme. T'en as bien besoin.
L'attention de James fut de nouveau accaparée par Carlton qui lui désigna un paquet de cigarettes. Paquet qui fut rapidement subtilisé par Melinda Jones avant qu'il n'ait pu amorcer le moindre geste. Carlton grogna en essayant de récupérer son paquet de cigarettes, mais James s'était déjà détourné de ses amis, seulement concentré sur les paroles de la chanson qui passait sur la RITM. James reconnut rapidement les Wild Wet Wizard, ces trois sorciers chanteurs de vingt ans qui faisaient des émeutes partout où ils allaient. Et accessoirement, c'était le groupe de musique préféré de Juliet. Repensant à sa dispute avec Audrey, il la chercha du regard dans la salle commune et tomba finalement sur elle. Assise sur un accoudoir de fauteuil, elle était entourée d'une demi-douzaine de personnes qui l'écoutaient attentivement raconter une action du match qu'elle venait de jouer.
C'était ridicule. James adorait Juliet, mais pas au point d'éprouver ce type de sentiment pour elle. Audrey était en train de se monter une histoire à cause de sa jalousie. Toutefois, il ne put s'empêcher de ressentir du soulagement en apercevant le sourire rayonnant de Juliet qui avait paru si maussade et sombre ces derniers temps. James suspectait que l'amnésie d'Andrea Hardy avait du énormément jouer sur elle.
Le regard dans le vague en pensant à Juliet, il fut subitement rappelé à la réalité quand il remarqua un visage inconnu dans la pièce. En s'attardant sur elle, il s'aperçut que la fille en question portait un pull aux couleurs de Serdaigle. Il était très rare que des élèves d'autres maisons viennent chez les Gryffondor. Lui-même avait refusé d'y faire entrer Audrey qui avait voulu à tout prix découvrir la pièce. Mais James fut plus qu'intrigué quand il avisa la personne avec qui elle riait aux éclats. Et cette personne n'était autre que son frère, Albus.
— C'est qui la fille, là-bas ? demanda James en se penchant en avant.
Carlton haussa les épaules. Avec lui, il aurait pu y avoir une invasion de Serpentard qu'il n'aurait rien remarqué. Melinda en revanche se redressa légèrement sur sa chaise pour voir de qui parlait James. En reconnaissant la Serdaigle, elle haussa les sourcils avec un air sceptique.
— Barbara Hopkins, sixième année, répondit-elle après avoir bu une gorgée de biéraubeurre. C'est ton frère qui l'a amenée ici, ils avaient l'air de bien s'entendre.
Soucieux, James fronça les sourcils. Le nom de la Serdaigle lui disait quelque chose. On lui avait parlé d'elle... Puis il se souvint. D'après ce qu'on racontait dans les potins de Poudlard, c'était une aguicheuse de première et elle ne cherchait pas à contredire les rumeurs. Albus n'était pas aussi naïf, tout de même ? James savait que son frère n'était pas intéressé par les relations amoureuses, et à moins qu'il n'ait changé d'avis au cours des deux derniers jours, ce revirement de comportement le surprenait. Albus se tenait à ses convictions et obéissait aux règles strictes que lui-même s'imposait. Mais James avait beau retourner la situation dans tous les sens, il n'arrivait pas à comprendre ce qui était passé dans la tête d'Albus pour inviter une Serdaigle ici.
— Bah il a envie de se la faire, ajouta Carlton en regardant les deux sixième années parler ensemble. Elle est…
— Attention à ce que tu vas dire, Harry ! le prévint Melinda en lui frappant le bras.
Carlton se tourna brutalement vers son amie blonde. S'il y avait une chose qui le faisait réagir dans n'importe quelle situation, c'était qu'on l'appelle par son prénom. Carlton détestait s'appeler Harry. Ses deux amis réussirent à arracher un sourire à James qui s'empara d'une bouteille de Biéraubeurre dans la foulée.
— Sois pas jalouse Mel, tu sais que t'es ma préférée, dit lentement Carlton en lui adressant un sourire goguenard.
— Au fait, où est Fred ?
James cherchait activement son meilleur ami de sa place mais ne le trouvait pas. De plus, il devait avouer que le sujet de conversation qui tournait autour de son frère le mettait mal à l'aise. Parler des autres ne le gênait absolument pas, mais quand on parlait de son frère ou de sa sœur, c'était une tout autre histoire. Puis, à la grande surprise de James et coupant net à ses réflexions, Melinda éclata de rire en montrant du doigt l'autre côté de la salle commune. Fred était effectivement près de la cheminée, mais pas dans la position dans laquelle on se serait attendu. Il était bâillonné et ligoté parterre. James ouvrit grand ses yeux en découvrant son cousin dans une telle posture. Visiblement, les gens debout juste à côté ignoraient complètement les regards noirs qu'il leur lançait.
— Macmillan, précisa Melinda une fois qu'elle se fut calmée. C'est vrai que tu as raté ça... c'était du grand spectacle. Tout le monde en voulait plus ou moins à Fred d'avoir dégobillé en plein match. On lui a fait un procès et on a tous voté pour son humiliation publique.
— Pas cool, se contenta de remarquer James en posant sa bouteille de Biéraubeurre. Je l'avais prévenu pourtant.
— Toi, j'aimerais bien t'avoir comme meilleur pote ! se moqua Melinda devant le manque de réaction de James.
— Il l'a cherché, se défendit-il. Et ça va faire baisser son ego, un peu.
— J'y crois pas vraiment. Dans deux jours, il retrouvera à nouveau sa Serdaigle en jouant au macho. Freddie reste notre Freddie.
Se renfonçant sur le dossier de sa chaise, James soupira avant de reporter son attention sur Juliet. Elle était maintenant avec Rose qui lui parlait avec beaucoup d'énergie. Rose désignait Albus d'un geste de la main et Juliet fronçait les sourcils en écoutant son amie. Il ne pouvait pas éprouver ce genre de sentiment pour elle comme le lui suggérait Audrey. C'était inconcevable.
James se passa une main dans les cheveux, préoccupé. Ce geste attira le regard de Juliet qui lui sourit timidement par dessus l'épaule de Rose. Le septième se força à sourire en retour, mais le coeur n'y était pas. Etait-ce vraiment le début de la fin avec Audrey ?
— Just for you, I'd create the most beautiful spells you've ever seen, 'cause I love looking at the sparkles in your eyes...
— Rose, ferme-la, marmonna Fred, de mauvaise humeur. Déjà que tu nous séquestres ici pour tes causes humanitaires, on a pas besoin d'entendre tes talents musicaux limités.
— Tu peux parler, lança James, à l'autre bout de la pièce. Qui chante comme un hibou étranglé sous la douche ?
Fred se renfrogna dans son coin, décidément en train de passer la pire journée de sa vie.
— Especially when they're shining through your hu-huge glasses... Hé ! FRED !
Rose fulminait après s'être pris un coussin sauvagement expédié par son cousin. Certes, on l'avait ligoté et laissé dans un coin de la salle commune pendant la petite fête de l'après-midi, mais ce n'était pas si grave que ça. Puis à la réflexion, elle ne devait pas être mieux que lui après avoir forcé Juliet et James à avaler un petit déjeuner copieux. Mais ils n'avaient pas été malades, eux. Il n'avaient pas discrédité l'honneur de leur maison en vomissant aux pieds des anneaux que Fred était supposé garder. Rose se gratta la tête, pensive, avant de lever sa baguette à nouveau, sous le regard blasé de son cousin Albus.
La sixième année trouvait intolérable le fait que personne n'ait nettoyé la salle commune après leur passage. Les cadavres de bouteilles de biéraubeurre gisaient un peu partout dans la pièce, ce qui avait le don de la mettre hors d'elle. Les elfes de maison de Poudlard étaient payés pour faire le ménage, elle le comprenait parfaitement, mais de là à les prendre pour des esclaves à ramasser les dégâts d'une fête avec des provisions tirées des cuisines, Rose n'était plus d'accord du tout. La moindre des choses était de respecter leur travail, et si elle pensait que sa mère, Hermione Weasley, était parfois un peu extrême, elle la rejoignait totalement à ce sujet.
En hurlant juste un peu et assez fort, elle avait donc réquisitionné Hugo, Albus, James et Fred pour le grand nettoyage. Après tout, c'était un bon moyen de se retrouver en famille et à partager un moment dans la bonne humeur. D'où sa tendance à vouloir chanter par-dessus les chansons qui passaient à la RITM et qui, visiblement, ne plaisait pas à tout le monde. Rose enviait vaguement Juliet d'être profondément endormie dans leur dortoir, mais finalement, elle-même aurait tout le temps de faire la grasse matinée le lendemain. Son amie avait bien mérité un peu de repos.
Cependant, la raison principale qui les poussait à rester debout à une heure du matin était Albus. Quand son cousin était entré en salle commune avec Barbara Hopkins, Rose n'en avait pas cru ses yeux, et plus tard au dîner, elle avait appris que Fred et James avaient les mêmes préoccupations à son sujet. Elle l'avait observé du coin de l'œil depuis le début de la soirée et pourtant, Albus ne laissait rien transparaitre depuis que la petite fête s'était terminée avant le diner. Il agissait simplement comme si amener Hopkins, la fille qui avait dragué son ex, était une amie de longue date et qu'ils faisaient s'invitaient régulièrement. Sauf que ce n'était pas le cas. Et Albus était en lui-même une énigme : il se conduisait toujours comme si rien ni personne ne pouvait l'atteindre.
— Rooose ? Je peux y aller ? Je suis fatigué... se plaignit Hugo en traînant des pieds vers elle.
Sa grande sœur croisa les bras et le regarda en plissant les yeux. Il n'était pas question que Hugo se défile. La quatrième année lui montait à la tête et lui et Lily n'arrêtaient pas de se retrouver en retenue ces derniers temps. Le faire travailler un peu ce soir était bon pour lui. Et au moins, Hugo aurait des raisons de se plaindre, pour une fois. Il avait une fâcheuse tendance à être le roi des plaintes en tous genres : une petite égratignure sur la main et il allait voir directement Mrs Pomfresh, ses devoirs n'étaient faits qu'à moitié sans parler de sa nouvelle attitude à répondre aux professeurs. En bref, Hugo faisait sa crise d'adolescence à lui.
— Non, je vois encore des emballages de Chocogrenouilles là-bas, vas-y, ordonna-t-elle en tant que chef auto-proclamée des opérations.
— Tu m'énerves... marmonna Hugo en ressortant sa baguette de sa poche.
— Quoi ? Pas de bougons dans les rangs, Hugh ! Et ne joue pas au déprimé, ça ne prendra pas avec moi !
Rose s'assura que son petit frère allait effectivement ramasser les déchets pour les mettre dans les énormes sac qu'ils entassaient depuis la demi-heure précédente, puis elle partit apporter son aide à James. Cinq minutes plus tard, ils avaient enfin terminé. Ils avaient fait lévité trois gros sacs remplis d'ordures dans un coin de la pièce dont les elfes de maison de l'école pourraient se débarrasser d'un claquement de doigts. Fière de la tâche accomplie, Rose se laissa tomber dans un fauteuil auprès de la cheminée dont les braises étaient encore rougeâtres. Fred la rejoint rapidement en lui tendant une bouteille de Biéraubeurre en guise de récompense. Cette fois, Hugo eut la permission de Rose de pouvoir s'en aller, lui planta une bise baveuse sur sa joue et s'éclipsa dans ses dortoirs. Et Albus allait en profiter pour faire de même, mais c'était sans compter sur la vue affutée de sa cousine.
— Hé, Albus, viens-là ! s'exclama Rose en frottant sa joue humide.
Pris sur le fait, Albus se retourna lentement et après avoir longuement soupiré, il rejoignit Rose, James et Fred auprès de la cheminée. Rose se pencha en avant, essayant de trouver la meilleure technique à adopter. Albus était loin d'être aussi influençable que Juliet. S'ils devaient lui arracher les Botrucs du nez, il fallait le faire avec précaution. Cependant, en croisant le regard rieur de James porté sur son frère, elle sut que ça n'allait pas être une tâche facile. Fred et James rentreraient difficilement dans le jeu de la subtilité, surtout quand elle remarqua le regard entendu que les deux meilleurs amis échangèrent une dizaine de secondes plus tard. Rose prit donc les devants en ne s'adressant pas directement à Albus.
— Alors, les gars, ça va les amours ? lança-t-elle joyeusement.
Aussitôt, le visage de James perdit toute trace de couleur, même si Rose ne le remarqua pas. Albus quant à lui n'était pas dupe, néanmoins, il but une longue gorgée de Biéraubeurre en regardant Rose avec un air intéressé. Fred rentra immédiatement dans le jeu, après tout, il ne perdait jamais une occasion de faire parler de lui et de sa relation compliquée avec sa Serdaigle :
— Si tu savais... soupira Fred. Quaker est venue me rejoindre tout à l'heure, après le diner, pour me dire à quel point je la faisais rire. Bon d'accord, elle se foutait de moi. Mais tu sais ce qu'on dit, Rosie. Sorcière qui rit, à moitié dans ton lit !
— Ouais, sauf que tu as déjà couché avec elle, donc ça ne compte pas, remarqua Rose avant de se retourner vers les deux frères, un air conspirateur au visage. Et toi James, tu vas bien ? Collins ne t'a toujours pas collé un sortilège de traçabilité ?
— Va te faire voir, Rose.
Sous le regard interdit et déconcerté de sa cousine, James se leva brusquement, lui colla sèchement sa bouteille de Biéraubeurre dans les mains et partit sans un mot. Albus et Rose échangèrent un regard : avaient-ils raté un épisode ? Jamais James n'avait paru aussi en colère quand on faisait allusion à la jalousie de sa copine, il lui arrivait même d'en rire. Rose resta sans voix jusqu'à ce que la silhouette du septième année ait disparu dans les étages. Elle ne savait pas quoi dire et surtout, elle ne comprenait pas pourquoi James avait réagit aussi intensément, lui qui prenait toujours tout à la légère. Fred s'était renfoncé dans son sofa, l'air confus, son attitude insouciante qu'il arborait habituellement avait disparu.
— Ça ne va pas très bien entre Collins et lui, c'est ça ? demanda Albus en rompant le silence gêné.
— Ouais, acquiesça Fred après avoir bu une gorgée de sa bouteille. Audrey a toujours été plus ou moins jalouse. Mais dernièrement, elle a carrément pété les plombs, je crois que tout le monde s'en est rendu compte. James essaie de le cacher mais je vois bien que cette situation lui pèse.
— Personnellement, je comprends pas comment ils ont fait pour rester ensemble aussi longtemps, ajouta Albus d'un air pensif.
— Parce que tu crois que c'est la fin , l'heure de la rupture a sonné ? lui demanda Fred en fronçant les sourcils.
— C'est mon frère, dit Albus comme s'il s'agissait d'une évidence. Collins est trop étouffante pour lui, il a besoin d'espace.
— Al, le conseiller matrimonial, blagua Fred avec un sourire.
— C'est vrai ! se défendit Albus. Je ne pense pas qu'il soit du genre à être aussi bridé, Lily est pareille que lui. C'est peut être pour ça d'ailleurs qu'elle est heureuse à Serpentard… Loin de… tout.
Albus fit un signe de la main en englobant la salle commune de Gryffondor et Rose comprit aussitôt le sens de ses paroles. La majorité de leur famille était envoyée à Gryffondor, ce qui pouvait être légèrement étouffant. Quand Lily Potter avait été répartie à Serpentard, on avait en avait parlé à Poudlard pendant de longues semaines, puis on s'était faits à l'idée que tout était possible, et que même les Weasley pouvaient avoir leur place chez les vert et argent.
— Je pense que James ne peut pas rester avec quelqu'un d'aussi oppressant que Collins, résuma Albus après un soupir.
— Lui-seul peut en juger, dit lentement Rose.
— De toute façon, je me suis inquiété dès qu'Audrey et James on dépassé le stade des trois mois, ajouta Fred d'un ton plus léger. Je ne comprends toujours pas comment on fait pour rester avec la même personne pendant autant de temps. C'est ennuyant à la fin, non ? Bon, c'est vrai que les grand-parents n'ont pas l'air de s'ennuyer, eux.
« Il n'a jamais été amoureux, le chanceux », Rose soupira en remarquant la lueur interrogatrice dans les yeux clairs de Fred.
— C'est surtout source de complications, rectifia Albus avant de bailler longuement. Et avant que vous ne le demandiez, Barbara Hopkins ne m'intéresse pas. Vous n'attendez que ça depuis le début de soirée, je le sais. On était juste en pleine discussion en rentrant du match, je lui ai proposé de monter avec nous, ça aurait été malpoli de couper court à la conversation parce qu'elle n'était pas une Gryffondor. Satisfaits ? Maintenant, si vous n'avez plus rien à me dire, je vais me coucher. Bonne nuit.
Et sans que Rose ni Fred n'aient eu le temps de sortir ne serait-ce qu'un seul mot, Albus s'était levé et avait tourné les talons. Rose se tourna vers Fred qui, enfoncé dans le sofa rouge vieilli, lui lançait un regard entendu. Ainsi, ils avaient eu la même pensée : Albus n'avait pas eu l'air de s'être forcé à tenir compagnie à Hopkins pour avoir passé tout son après-midi avec elle. Rose se leva avec un petit sourire, prête à rejoindre son lit confortable.
— Affaire à suivre, Freddie.
