— Je n'y arrive pas, Cameron. Ça ne sert à rien de continuer.
— Tu ne quitteras pas cette pièce tant que tu n'auras pas jeté ce sort convenablement. Tu en es capable alors arrête de te plaindre.
Intraitable, le Serpentard observa Juliet se prendre la tête entre les mains. Il soupira. Juliet tentait de se calmer et de retenir les larmes de frustration qui menaçaient à tout moment de faire leur apparition. Audrey Collins avait raison, il n'y avait pas d'autre raison à son incompétence pour se servir de sa baguette magique que celle d'être une cracmolle. Elle n'avait réussi qu'une seule fois à exercer ce sortilège de désarmement et commencer par ce sortilège d'attaque pour ce premier cours particulier en défenses contre les forces du Mal avait peut-être été évalué trop au dessus de ses réelles capacités. Certes, Juliet avait réussi à exécuter son sortilège d'agrandissement grâce à Cameron quelques jours plus tôt, mais se mesurer à quelqu'un était d'un tout autre niveau. Et elle se mesurait à lui.
Aujourd'hui, c'était samedi mais c'était également la quatrième fois de la semaine que Cameron et elle passaient des heures ensemble à travailler ses faiblesses. Bien entendu, il avait écouté la conversation qu'elle avait eut avec Aaron Lloyd et maintenant il était parfaitement au courant des difficultés que Juliet avait et que son père s'appliquait à l'enfoncer dès qu'il le pouvait.
Avec la très grande satisfaction des deux adolescents, leurs efforts avaient porté leurs fruits et Aaron Lloyd s'était retrouvé sans voix face au sortilège que Juliet avait effectué en l'espace de deux jours. Elle avait réussi à faire pousser l'un de ses ongles comme son professeur le lui avait demandé ; résultant en un énorme premier pas dans la maîtrise de la métamorphose humaine. Et même quand elle quittait Cameron à des heures indues, c'était pour aller peaufiner ses devoirs dans les autres matières.
S'investir dans son travail lui permettait de penser à autre chose, notamment à Andrea qui, d'après ses lettres, avait l'air d'avoir du mal à s'intégrer dans l'académie de Beauxbâtons, et à James qui n'allait toujours pas mieux. Après le Quidditch, les heures passées avec Cameron étaient réellement devenues un refuge pour elle, malgré les difficultés auxquelles elle devait faire face quand ils se retrouvaient.
— Je ne vois pas pourquoi tu arriverais à t'en sortir en sortilèges et pas en défenses. Tu dois vraiment prendre confiance en toi, lui assura Cameron. Pense un peu à la fierté que tu as ressenti en métamorphose, l'autre jour.
— C'est facile à dire, marmonna enfin Juliet en relevant la tête.
Cameron était à trois mètres d'elle, à moitié assis sur une table de classe. Elle était censée le désarmer, mais elle ne s'en sentait pas capable. Quand il s'étaient entraînés à la métamorphose, les choses avaient été plus simples pour elle : il lui avait avait fallu de la concentration, du temps et elle savait que si elle faisait la moindre erreur, Cameron était là pour les rattraper. Sauf qu'en cas de sort raté – ce qui était arrivé bien trop souvent auparavant – c'était lui-même qui aurait à en subir les conséquences, pas elle. Juliet ne voulait pas lui faire de mal, et sa détermination prenait la fuite à chaque fois qu'elle levait sa baguette vers lui.
— Tu n'as pas envie de te prouver que tu peux disputer un duel digne de ce nom ? poursuivait le Serpentard en insistant. Allez, Juliet, je suis à ta merci. Potter tuerait pour être à ta place.
Juliet détourna le regard. Comment lui dire que justement, le problème était là ? Elle n'avait aucune envie de le blesser, même si c'était pour la bonne cause. Au stade où ils en étaient, Juliet se fichait éperdument du fait qu'il ne se passe rien si elle prononçait la formule. En une petite semaine, Cameron ne s'était pas moqué une seule fois d'elle alors ce n'était pas la peur du ridicule qui la stoppait. Bien sûr que oui, elle avait envie de se prouver qu'elle pouvait se défendre face à Audrey Collins ou Maisie Lloyd si elle le voulait, mais entre le vouloir et le faire, il y avait un grand fossé à franchir. Et pour le moment, Juliet ne savait pas comment parvenir à le traverser.
— Il va falloir que tu tentes au moins une fois si tu veux qu'on avance.
— Je sais ! s'emporta Juliet.
— Comment tu as fait aux BUSE ? rétorqua Cameron qui commençait à perdre patience.
— Tu veux tout savoir ? Très bien, j'ai eu un Troll en défenses contre les forces du Mal. A l'examen pratique, j'ai paniqué et au lieu de lancer un Stupéfix, j'ai mis le feu à une armure. Oui, une armure ! Tourdesac accepte tout le monde dans son cours, alors j'ai continué. Maintenant je regrette.
— Tu dis ça seulement parce que tu n'y arrives pas. Je suis incapable de lire une carte d'astronomie et pourtant je n'abandonne pas au premier obstacle.
— Je n'ai jamais dit que j'abandonnais ! protesta Juliet, révoltée.
— Alors prouve-le, la défia-t-il.
Juliet se mordit la langue pour ne rien répliquer mais l'agacement qui avait monté en elle la faisait légèrement trembler. Elle souffla profondément en s'appliquant à garder son calme, puis elle se tourna vers Cameron, serrant étroitement sa baguette entre ses doigts. Fermant les yeux un instant, Juliet s'appliqua à vider son esprit de toutes ses inquiétudes, comme elle s'était appliquée à le faire avant de s'endormir les nuits précédentes. Avant de se lancer, elle se sentait toujours agitée mais peu importait : ce n'était plus à Aaron Lloyd qu'elle voulait démontrer ses aptitudes, c'était davantage pour elle-même.
Cameron lui adressa un petit signe de tête pour l'encourager à se lancer. Juliet se concentra et leva à nouveau sa baguette.
— Expelliarmus !
Sous le regard horrifié de Juliet, ce qu'elle avait craint par dessus tout se réalisa : Cameron se retrouva propulsé brutalement par-dessus la table contre laquelle il s'était appuyé. Il s'écroula quelques mètres plus loin, entre deux rangées de tables. « Par Merlin », murmurait Juliet, catastrophée, avant de se précipiter vers lui. Quand elle s'accroupit à ses côtés, Cameron s'était déjà assis, l'air alerte mais secoué.
— Ça va ? s'affola Juliet en l'examinant sous tous les angles pour s'assurer qu'il n'avait rien.
— Raté, lui répondit-il en levant sa main gauche qui tenait toujours sa baguette. J'imagine que c'était la revanche pour le début d'année ?
Juliet se redressa vivement, sa frayeur rapidement disparue. Cameron ne tarda pas à l'imiter tout en se frottant le bras, il avait même un léger sourire aux lèvres. Juliet ne le regarda pas, se contentant de fixer un point invisible sur le mur qui lui faisait face. Venait de se produire tout ce qu'elle avait voulu évité : comment pouvait-elle être certaine qu'elle ne lui infligerait pas des blessures bien plus grave la prochaine fois ? Toute sa colère avait maintenant laissé place à de l'exaspération face à son échec.
— Tu vois ? Un cracmol ne serait pas capable de faire ça. En plus, ton erreur est facile à corriger.
Une lueur d'espoir se mit à briller chez la Gryffondor tandis qu'elle se retournait vers Cameron qui lui au contraire avait l'air réellement satisfait. Remarquant qu'elle ne savait pas où il voulait en venir, il se rapprocha d'elle de façon à lui montrer comment rectifier son geste. A son contact, elle se figea : Cameron entoura sa main autour du poing de Juliet. Elle le sentait contre elle, son bras accompagnait le sien et ce fut dix fois pire quand elle sentit son souffle contre son cou. Juliet se sentait dangereusement perdre pied.
— En fait, ton geste est trop brusque, le poignet doit être souple, lui expliqua-t-il en joignant le geste à la parole. Désolé, je suis gaucher alors c'est un peu maladroit... Tu saisis ?
— Hmm, hmm.
— On veut juste désarmer, pas éborgner quelqu'un, ajouta-t-il, espiègle. Allez, recommence.
Cameron s'écarta d'elle aussi spontanément qu'une minute plus tôt et ne remarqua pas le trouble de la jeune fille quand il alla se positionner un peu plus loin. De son côté, Juliet se pinça l'arrête du nez pour s'éclaircir les idées. Elle aurait voulu se donner une bonne gifle, mais pour ne pas paraître folle devant Cameron, elle se retourna une nouvelle fois vers lui en levant sa baguette, décidée. Apprendre à utiliser ces sortilèges était l'une des uniques choses qu'elle pouvait maîtriser à l'heure actuelle.
— J'y vais, souffla-t-elle, concentrée. Expelliarmus !
Dans la main de Cameron, sa baguette s'agita avant de redevenir inerte. Juliet fronça les sourcils.
— Réessaie.
— Expelliarmus ! prononça Juliet d'une voix distincte.
Cette fois, la baguette magique du Serpentard lui fila entre les doigts et Juliet la rattrapa au vol, radieuse. Elle avait réussi, enfin.
— Génial ! s'exclama-t-elle en contemplant sa propre baguette comme si elle venait de la retrouver après un très long silence radio. C'est un peu comme marquer un but au Quidditch... dix points pour Gryffondor ! Je peux réessayer ?
Cameron ne répondit pas tout de suite, amusé par l'enthousiasme contagieux de Juliet. La tête légèrement penchée, il la regardait s'extasier de sa victoire avec un petit sourire.
— Cameron ?
Juliet lui tendait sa baguette avec un sourire rayonnant. Cela faisait des heures qu'ils étaient dans cette salle, d'abord pour qu'il l'aide avec son devoir sur les informulés, et ensuite pour s'entraîner, mais l'euphorie du moment l'avait revigorée et elle avait repris du poil de la bête. Cela avait complètement évaporé son épuisement.
— Euh... oui, acquiesça Cameron en se reprenant. Mais je te préviens, stupéfix est le prochain sur la liste.
Aussitôt, Juliet perdit son sourire. Elle déglutit difficilement avec le seul et unique désir de ne pas enflammer Cameron.
— Hé ! Juliet ! Tu n'as pas le droit de m'ignorer !
Dans le couloir du troisième étage, Juliet soupira en reconnaissant la voix d'Albus. Elle ne savait pas comment il avait fait pour la trouver étant donné le fait qu'elle venait de passer en coup de vent à la bibliothèque pour rendre un exemplaire du Géants et sorciers : quelle coopération ? que Binns leur avait recommandé de lire pour leur prochain examen. En découvrant un Albus à bout de souffle la rattraper, elle ne put s'empêcher de se sentir coupable. Elle avait laissé ses amis de côté ces derniers temps.
— Bon, d'accord, en quelques jours tu as fait quelques progrès depuis que tu passes ton temps avec lui, admit Albus à contrecœur. Mais on ne te voit plus aux heures de repas, et on était censés aller à Pré-au-Lard aujourd'hui, tu te rappelles ? Qu'est-ce-qui s'est passé pour que tu disparaisses aussi souvent ? On s'inquiète, Rose et moi...
— Vous n'avez aucune raison de vous inquiéter, le coupa Juliet en espérant que sa voix était suffisamment ferme et assurée. Je travaille dur, c'est tout.
Albus plissa les yeux et remarquant que son ami était dubitatif face à sa réponse, Juliet poursuivit :
— Vous vous faites probablement du souci pour rien. Et je pourrais très bien t'avouer que tu m'inquiètes aussi, Al. Du peu que j'en ai vu, Hopkins te tourne autour et bizarrement, tu ne l'envoies pas balader.
— Elle est sympa, se justifia Albus. Rose traîne bien avec Malefoy et Leighton depuis le début de la semaine, on devrait vraiment encourager le mélange entre les maisons... Attends un instant, Juliet. Ne change pas de sujet.
Juliet ouvrit la bouche pour répliquer, mais Albus la fit taire d'un œil furieux.
— Je vais te dire ce que j'en pense sincèrement, dit-il face à une Juliet sceptique. Rose pense que tu as juste envie d'être avec ton Serpentard mais tu as aussi commencé à t'éclipser depuis notre escapade dans le bureau de Lloyd et je trouve que c'est une belle coïncidence.
La brunette soupira.
— Al, je vous ai dit ce que je pensais de votre liste… répliqua Juliet d'un ton las.
— Lloyd t'a dit quelque chose ?
— Non, arrête d'être aussi suspicieux ! lui reprocha-t-elle devant l'air décidé de Albus. Ton frère t'a déjà dit que ça n'avait aucun sens. Ce n'est rien du tout cette liste.
Albus restait silencieux face à la réplique de Juliet qui était incapable de savoir à quoi il pouvait bien penser.
— Rose n'avait peut-être pas si tord que ça, dit lentement Albus au bout d'un long silence. Tu changes.
— On change tous, le coupa Juliet, blasée à l'idée qu'il ressorte le sujet entamé il y a deux mois. J'ai le droit d'avoir mon avis sur cette maudite liste, non ?
— Ouais, admit Albus sans un sourire. Sérieusement, Juliet, je n'arrive pas à croire que tu laisses tomber alors qu'Andrea a été agressée dans de drôles de circonstances.
C'était tout ce que la jeune fille ne voulait pas entendre. Depuis quand Albus était le premier à se jeter dans la gueule du loup ? Juliet ressentit un pincement au cœur à l'évocation de sa sœur. Pourtant, elle doutait que la liste d'ingrédients que ses amis avaient trouvé dans le bureau de Lloyd avait un quelconque lien avec l'agression d'Andrea. De plus, elle n'avait pas osé aborder le sujet avec Cameron depuis le jour où ses amis avaient trouvé la liste d'ingrédients. Elle était devenue paranoïaque à son sujet probablement à cause de ce qui était arrivé à Andrea.
Pourquoi Cameron l'aiderait à se défendre s'il avait un quelconque lien avec l'amnésie d'Andrea ? Non, pour la jeune fille, c'était de l'ordre de l'inconcevable.
Juliet allait proposer à Albus de se rendre à la Grande Salle ensemble, pour au moins apaiser les tensions quand Lily Potter débarqua à l'autre bout du couloir, le pas rapide et l'air toujours autant sur les nerfs que d'habitude. Albus, qui attendait une réaction de la part de son amie, cacha à peine sa déception en voyant qu'elle ne laissait rien transparaitre et qu'elle semblait plus absorbée par ce qui se passait derrière lui. Enfin, il se retourna au moment où sa sœur arriva à leurs côtés.
— Lily ? s'étonna Albus.
— Tu n'aurais pas vu James ?
— Non, répondit Albus. Qu'est-ce-qui se passe ?
— Ne m'en parle pas, bougonna Lily d'un air sombre. Fred et moi le cherchons depuis ce midi. A croire qu'il fait exprès d'éviter tout le monde depuis ce matin... c'est quand même pas de ma faute si sa copine et lui ont rompu !
— Quoi ? l'interrompit Juliet. Tu en es sûre ?
Lily lui décocha un regard noir.
— Non, non, je m'amuse à raconter ça à qui veut l'entendre parce que j'aime voir mon frère déprimer, rétorqua la Serpentard en levant les yeux au ciel. On ne parle que de ça depuis le petit déjeuner dans la Grande Salle…
Juliet se tourna vers Albus, médusée. Il était impossible d'avoir une conversation avec Lily Potter. Mais Albus ne s'intéressait pas à ce que sa sœur pouvait bien raconter, plongé dans ses pensées. Ce fut de nouveau le ton agressif de Lily qui le réveilla de ses songes :
— Bon, Al, tu m'aides à le trouver ? Réunion de famille, maintenant. Il n'est pas question qu'il se laisse aller à cause d'elle…
Face à l'autorité non dissimulée de Lily, Juliet la contempla prendre sauvagement la main de son frère et de l'entraîner à sa suite, à la recherche de James. Juliet se retrouva alors toute seule au milieu du couloir de la bibliothèque, pensive. Finalement, elle ne pouvait pas dénier que Lily Potter avait tous les défauts de la terre : elle restait loyale et bien qu'un peu excentrique, elle n'en oubliait pas sa famille. Juliet se mit alors à divaguer dans les couloirs sans but précis : elle n'avait pas encore assez faim pour se rendre au diner.
Puis ses pensées dérivèrent vers James. L'effet de leur rupture ne devait pas être surprenant mais elle aurait du être davantage sonnée : le couple que représentait James Potter et Audrey Collins relevait de la légende à Poudlard, au même titre que l'avait été celui d'Andrea et de Will Leighton, ou même de Rose. Elle ne comprenait pas comment James avait bien pu tenir face aux crises de jalousie de la Poufsouffle : elles étaient tellement poussées que le motif pour lequel Juliet avait quitté Marshall Finch-Fletchey lui paraissait faible tout à coup.
Juliet soupira en pensant à au septième année. Il avait été si triste ces derniers temps qu'elle osait à peine imaginer ce qu'il devait ressentir en ce moment même. Elle hésita à essayer de le chercher dans le château ; depuis qu'elle avait tenté de le réconforter en début de semaine, il n'avait pas cherché à venir vers elle. Un peu préoccupée, elle en vint à se demander si le soir où elle était montée dans leur dortoir avait joué dans leurs disputes. Collins ne l'avait jamais portée dans son cœur et s'était toujours montrée suspicieuse face à sa relation avec James. Juliet savait parfaitement ce qu'il en était mais elle se rendait compte que les autres pouvaient aussi y déceler un tout autre type de relation. Et Collins l'avait toujours pris dans le mauvais sens.
Juliet jura, exaspérée, tandis qu'elle se baladait sans vraiment savoir où elle allait. Et voilà qu'elle culpabilisait. Si on lui avait dit un jour qu'elle aurait de la peine pour Audrey Collins, elle aurait ri au nez de la personne en question. Puis elle s'arrêta. Aurait-elle cru à la rentrée qu'elle tomberait amoureuse de Cameron Lloyd, considéré comme le méchant Serpentard depuis des années ? Sûrement pas.
— Fais attention où tu marches !
Sans crier gare, un groupe de septième années de Poufsouffle la dépassèrent en la bousculant violemment et sous le choc, Juliet se retrouva par-terre en moins de temps qu'il n'en faudrait pour dire Quidditch. Juliet jura une nouvelle fois en se relevant. C'étaient les amis de Audrey Collins, mais cette dernière n'était pas avec eux. Les cinq étudiants se retournèrent alors pour rire de la Gryffondor qui époussetait ses vêtements, de mauvaise humeur.
— Tu es satisfaite, je suppose ? demanda Mia Cruikshank, poursuiveuse de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle. A cause de toi, Audrey est anéantie.
— Je n'ai rien à voir dans cette histoire, répliqua froidement Juliet en défiant la Poufsouffle du regard. Et ça ne vous regarde pas non plus.
— Ah... j'en doute à ce sujet. Quand on s'attaque à l'un d'entre nous, nous sommes tous concernés. Ce n'est peut-être pas une valeur assez importante pour une Gryffondor qui obtient ce qu'elle veut, mais nous, on venge nos amis.
Sans voix et surtout sous le choc, Juliet n'en croyait pas du discours que les amis de Collins tenaient. Elle ne connaissait pas tous leurs noms, mais elle se rappelait d'eux surtout pour le fait qu'ils se déplacaient constamment en groupe. Pourtant, elle n'aurait pas du baisser sa garde face à la Poufsouffle qui lui faisait face avec un grand sourire. Rapidement, Cruikshank sortit sa baguette et d'un seul mouvement du poignet, elle lança un informulé vers ses amis qui attendaient derrière. Trois bouteilles de jus de citrouille volèrent jusqu'à elle et plantée sur ses pieds, Juliet sentit le liquide se déverser sur sa tête, le long de ses cheveux et sur ses vêtements.
— Ton heure de gloire est terminée, tout le monde te déteste dorénavant, Hardy !
Le jus de citrouille dégoulinait de partout sur elle, mais Juliet ne bougeait pas, trop choquée pour faire le moindre mouvement. Elle suivit du regard les cinq étudiants qui faisaient demi-tour, bouche-bée, avant de se rendre compte qu'elle méprisait par dessus tout ces Poufsouffle. Même plus qu'Audrey Collins en personne.
— Hominum revelio !
Personne. Néanmoins, Cameron restait attentif à tout bruit, suspectant une présence dans la bâtisse. Lentement, il referma la porte d'entrée dans un silence presque assourdissant. Rentrer dans la maison qui avait été la sienne depuis sa naissance ne lui fit ni chaud ni froid, au début. Rien n'avait changé depuis le 1er septembre, date à laquelle Maisie et lui étaient retournés à Poudlard. Pour être précis rien n'avait changé depuis des années. C'était sa mère Daphné qui s'était toujours occupée de la décoration, son passe temps était de tout rénover complètement à chaque fois que son travail le lui permettait. Mais ce loisir avait suscité de nombreuses disputes entre elle et son mari qui ne supportait pas voir trop d'entrepreneurs autour de la maison.
Les pièces étaient donc encore décorées façon baroque, la dernière lubie de sa mère avant de partir, presque six ans auparavant. Cameron était toujours un peu mélancolique quand il passait devant le vase posé sur un guéridon de l'entrée. Quand Daphné était là, de magnifiques bouquets explosaient de couleur et rendaient à la maison froide un peu de sa chaleur. Mais quand elle était partie, les dernières fleurs avaient fané, on les avait jetées et le vase était resté désespérément vide. Cameron ne savait pas pourquoi cette histoire de fleurs le touchait tant, peut être parce que sa mère avait été son repère avant de partir, et une fois passée les portes, la maison dans lequel il vivait ne lui avait plus jamais apporté le moindre réconfort.
Cameron se secoua la tête pour reprendre ses esprits. Il n'était pas chez les Lloyd pour se rappeler du départ de sa mère. S'il avait délibérément caché à Juliet qu'il se rendrait dans son ancienne maison, ce n'était pas pour de mauvaises raisons : la sortie à Pré-au-Lard lui avait offert la possibilité de transplaner jusqu'ici. Ainsi, après avoir quitté la Gryffondor un peu plus tôt dans l'après-midi, il s'était directement rendu dans le village sorcier où il pouvait s'éclipser sans éveiller les soupçons. En six ans à rôder dans les couloirs de l'école, il n'avait jamais réussi à trouver le moyen d'en sortir en douce, la majorité des passages secrets menant à l'extérieur avaient été bloqués depuis l'occupation des Mangemorts à Poudlard des années plus tôt. En plus, Aaron était chargé de surveillance à l'école en ce samedi. Cameron ne se l'était pas répété deux fois et avait sauté sur l'occasion.
Les Lloyd vivaient en périphérie de Whitchurch, à la limite entre le pays de Galles et l'Angleterre, d'où le changement de la météo qui prit Cameron au dépourvu : ici, il faisait gris mais la tempête ne sévissait pas comme dans le nord du pays. De toute façon, il ne pouvait pas rester longtemps, la soirée approchait et tous les élèves devaient rentrer à Poudlard avant le diner, Cameron devait donc agir rapidement et aller droit au but. Il ne s'attarda pas en passant à côté de l'escalier. Sa destination était toute choisie : le bureau de son père.
— Monsieur, que faites-vous ici ?
Cameron se figea face à la porte qu'ils désirait tant ouvrir, parcouru de sueurs froides. Il se retourna lentement vers l'elfe de maison qui le dévisageait d'un air accusateur. Robbert. L'elfe de maison. Il l'avait totalement oublié. Comment cela avait-il pu se produire ? Avec lui, tout était planifié, calculé et allait toujours dans le sens qu'il espérait. C'était le cas de ses marchés qu'il avait pu maintenir pendant si longtemps : il connaissait les chemins qu'empruntaient ses « victimes » et ne s'était jamais fait prendre en train de se battre. Cameron se refusait à l'admettre mais il avait hérité du côté méticuleux et perfectionniste de son père. Sauf qu'aujourd'hui, il n'avait pas été assez vigilant, résultant en une énorme erreur.
Cameron étudia rapidement la situation, il y avait toujours moyen de s'en sortir. Il jeta un coup d'œil à la porte menant au bureau de Aaron, déçu d'être si proche de son but. Robbert n'était pas l'elfe de maison qu'il préférait, loin de là, il était même foncièrement mesquin. Mais Cameron avait ses moyens de pression. Il avait connu l'elfe en grandissant et avait découvert ses vices qui ne seraient pas au goût de son père s'il l'apprenait. Robbert était attiré par le luxe et il n'hésitait pas vendre les objets de son maître malgré son admiration pour lui.
— Robbert pense qu'il ne sera pas ravi de vous voir ici quand Robbert lui apprendra ce soir que monsieur Cameron est venu ici, poursuivit l'elfe en plissant ses yeux globuleux.
— Alors attendons-le autour d'une tasse de thé, tu veux bien ? remarqua Cameron d'un ton glacial. Je serais aussi heureux de lui faire savoir où disparaissent ses Gallions. Personnellement, je ne pense pas qu'il reste très indulgent s'il savait que tu es un voleur.
— C'est du chantage ? répondit l'elfe, moins assuré mais toujours aussi suspicieux.
Cameron sentit qu'il était sur le point de gagner. Il se baissa alors à hauteur de l'elfe et l'empoigna par son pull cashmere sans faire de cérémonie. Aussitôt, une lueur de panique apparut dans les grands yeux de Robbert.
— Ecoute-moi bien, petit profiteur, susurra Cameron sans cligner des yeux. Je ne suis jamais revenu ici, compris ? Si j'apprends que tu lui as tout répété, je me ferais un plaisir de lui avouer comment ont disparu les baguettes magiques des grand-parents cet été. Tu sais aussi bien que moi qu'il y tenait comme à sa propre vie.
— Comment...
— Je t'ai vu monter au grenier, le coupa Cameron en resserrant son emprise sur le pull de Robbert. Crois-moi, le jour où il découvre ta pièce, tu signes ton arrêt de mort. Alors ?
— Bien, Robbert ne dira rien ! Mais lâchez-moi...
S'assurant que l'elfe de maison était sincère, Cameron garda ses yeux rivés à ceux de Robbert jusqu'à ce qu'il ne le lâche brusquement. L'elfe trébucha et faillit tomber à la renverse mais Cameron n'en avait que faire. Un instant plus tard et Robbert vérifierait qu'il n'avait pas fait d'accroc dans son pull.
Cameron s'empressa alors de tourner la poignée de la porte, sachant que le temps était compté. Cependant, la porte était verrouillée. Absolument pas surpris que ce soit le cas, il sortit à nouveau sa baguette et tenta un Alohomora sans grande conviction. La porte demeurait fermée. Décidé à passer de l'autre côté, Cameron essaya les deux autres sortilèges de déverrouillage qu'il connaissait avant de s'avouer vaincu. Puis il eut une idée et se retourna vers l'elfe qui était comme il s'y attendait en train d'observer son pull rouge sous tous les angles.
— Tu sais comment entrer ?
— Non, répondit l'elfe en relevant la tête vers lui, craintif. Robbert est défendu d'y entrer, vous le savez bien...
Cameron haussa les sourcils, « en revanche, ça ne t'as jamais empêché de le voler », se dit-il avant de se retourner vers la porte en bois. A moins de détruire la porte, il devait exister une sorte de code ou un sortilège spécial qui permette d'entrer dans la pièce. Cameron passa ses deux mains dans ses cheveux en réfléchissant à toute allure. La seule ouverture possible se trouvait par cette unique porte. Cameron le savait car presque dix ans plus tôt, lorsque son cousin Scorpius et lui étaient entrés en douce dans la pièce, il avait eut le temps de constater que les murs étaient recouverts de bibliothèques et que la seule source de lumière provenait d'une chandelle sur le bureau central.
Profondément agacé par la situation, Cameron frappa violemment la porte de la paume de sa main. Peu d'occasions comme celles-ci se présenteraient à lui dans le futur. Pourquoi était-il si distrait en ce moment ? Oublier un détail comme l'elfe de maison était déjà de l'ordre de l'impardonnable, mais ne pas avoir de plan de secours le laissa bien trop démuni : il lui fallait des preuves, des preuves irrévocables et qui pourraient faire ouvrir les yeux à sa sœur et lui prouver qu'elle s'enfonce dans les ennuis.
Sentant un regard sur lui, le Serpentard se tourna vers l'elfe qui le fixait sans ciller. Soudain, un doute l'assaillit.
— Robbert, gronda-t-il. Serais-tu en train de me cacher quelque chose ?
L'elfe remua la tête de droite à gauche un peu trop rapidement pour être irréprochable. Cameron fit un pas dans sa direction, les traits menaçants tout en mettant en évidence sa baguette magique qu'il fit tourner entre ses doigts. Il ne reculerait devant rien pour obtenir la moindre petite réponse, même si cela voulait dire lancer un maléfice à Robbert pour qu'il comprenne à quel point il était sérieux et déterminé. Cameron n'eut pas à attendre très longtemps : Robbert, de plus en plus paniqué, arrêta de triturer ses petites mains en rendant les armes.
— Il faut toquer six fois à deux secondes d'intervalle, l'informa Robbert d'une petite voix tremblante. Oh non, Robbert... tu as aidé le fils indigne...
Ignorant les plaintes de l'elfe, Cameron s'empressa de vérifier qu'il lui avait dit la vérité et suivit ses instructions. Quand il toqua à la porte pour la sixième fois, il y eut un déclic et la porte s'ouvrit. Soulagé, il entra finalement dans le bureau interdit. Rien n'avait changé depuis la dernière fois où il s'y était introduit, des années auparavant. Des bibliothèques recouvraient entièrement les murs, la table n'avait pas bougé et la même atmosphère étouffante régnait dans les lieux. Puis Cameron baissa le regard vers le sol : un lourd tapis persan recouvrait les trois-quarts du parquet en bois.
Dans ses lointains souvenirs, lorsque Scorpius et lui étaient entrés dans cette pièce à l'insu des adultes, il avait remarqué qu'un coin du tapis avait été replié et qu'il masquait sans aucun doute une ouverture dans le sol. Il n'avait accordé aucune importance à ce détail jusqu'à ce que Rose Weasley et Albus Potter se soient introduits dans le bureau d'Aaron. En pensant à ses éventuelles cachettes, tout lui était revenu comme si ses souvenirs avaient décidé de faire brusquement surface. Cameron se précipita vers le tapis et s'empressa de le soulever. Puis il essaya de désemboiter une latte avec ses ongles avant de sortir sa baguette magique :
— Diffindo !
Après avoir découpé un morceau de parquet, Cameron découvrit un espace étroit et très poussiéreux où était entreposé un épais volume. Circonspect, le Serpentard attendit quelques secondes avant de le prendre précautionneusement et le poser à ses côtés. La couverture était en cuir rouge de mauvaise qualité et qui avait l'air d'avoir connu de meilleurs jours. Cameron inspecta alors l'intérieur du livre et fut forcé de constater qu'il ne s'agissait pas réellement d'un ouvrage à proprement parler.
L'intégralité du livre était composé d'enchaînements arithmantiques qui semblaient avoir été écrits par Aaron lui-même. Entre deux tableaux de nombres qui allaient pour certains jusqu'à dix pages, l'écriture changeait et l'opération se répétait des dizaines et des dizaines de fois. Des pages avaient été ajoutées au fur et à mesure que les tableaux s'allongeaient et une fois arrivé jusqu'à la dernière page, le dernier tableau restait inachevé. La dernière ligne était à moitié remplie par ces nombres qui n'apportaient pas beaucoup de sens à Cameron.
Il avait suivi le cours d'arithmancie un an avant de préférer se concentrer sur les runes anciennes, et cette unique année était hélas insuffisante pour comprendre le centième de ce qui était inscrit sous ses yeux. Agacé, Cameron fit tourner les pages lentement, à la recherche d'annotations ou d'indices. Il ne tarda pas à rencontrer quelques mots au bout de certaines lignes : « c'est ici où tu te trompes ! », « intéressant », « presque ! ». De toute évidence, Aaron ne faisait pas d'arithmancie tout seul et son collaborateur et lui semblaient travailler de paire sur ces nombres.
Cameron se gratta la joue d'un air pensif. A quoi ces recherches arithmantiques menaient ? Si elles étaient vaines alors pourquoi étaient-elles dissimulées dans le sol de la maison ? Le septième année inspecta alors l'ouvrage dans tous ses recoins, venant à se demander si son père y avait touché depuis toutes ces années. Il allait refermer le livre et le reposer dans sa cachette quand il s'arrêta sur la page de garde. Une phrase y était inscrite et semblait avoir été écrite bien avant tout le reste. Fais de tes rêves une réalité. D.
Perplexe, Cameron scruta la phrase sans parvenir à comprendre le lien entre ces suites arithmantiques et cette phrase. Daphné ? Cameron n'avait aucun souvenir de sa mère ayant pris des cours d'arithmancie lorsqu'elle était à Poudlard. La divination n'avait pas été sa tasse de thé non plus. Il releva la tête en regardant tout autour de lui, essayant de se rappeler un moment où ils en auraient parlé. En vain. Se faisant la promesse de lui en parler la prochaine fois qu'il la verrait, sûrement aux vacances de Noël, Cameron se releva soudainement et alla s'intéresser de plus près à la bibliothèque et tira des livres au hasard, légèrement désemparé par le manque de preuves.
Pendant presque une demi-heure, Cameron poursuivit son investigation dans les livres de la bibliothèque. Tous étaient reliés de près ou de loin à l'arithmancie mais pas seulement : un nombre incalculable d'ouvrages concernaient la divination dans son sens large ainsi que l'étude des rêves. Alors lorsque Cameron reposa les exemplaires de « L'avenir est déjà écrit » et « Rêveries : essence même de notre être », son irritation prit le pas sur sa détermination.
— Accio livre ! lança-t-il en direction d'une haute étagère.
Un nouveau livre atterrit dans sa main tendue. Cameron se mit à tourner les pages d'un air absent au moment même où on toqua à la porte qu'il avait laissé ouverte. Exaspéré, ce dernier ne leva même pas les yeux vers l'elfe de maison. Il lui restait trop peu de temps pour être ralenti par cet horrible Robbert.
— Va voir si quelques Noises ne traîneraient pas dans le salon… ordonna Cameron d'un ton las en continuant de feuilleter « Confréries Sorcières d'Europe ».
— Merci pour cet accueil, cher voisin.
Cameron releva soudainement la tête et faillit en faire tomber son livre. Les bras croisés, une jeune fille de son âge était adossée contre l'encadrement de la porte. Il n'eut aucun mal à reconnaitre la désinvolture et les boucles châtain de sa voisine moldue. Un courant glacé le traversa alors qu'ils se fixaient tous les deux sans rien dire. Que faisait-elle ici ? Comment avait-elle réussi à rentrer dans la maison ? Effaré, le Serpentard jeta des coups d'oeil autour de lui pour s'assurer qu'aucun objet magique n'était visible et rangea discrètement sa baguette dans sa poche.
— C'était quoi, ça ? lui demanda-elle en le désignant.
— Une baguette magique.
La jeune fille gloussa, l'air peu convaincu. Cameron l'ignora, pas du tout enclin à lui faire la conversation une minute de plus.
— Rentre chez toi, Amy. Tu ne devrais pas être ici.
Loin d'être sur le point d'obéir, Amy ne bougea pas d'un pouce et sortit un objet jaune fluo de sa poche en ne lâchant pas Cameron des yeux.
— Et j'en déduis que tu ne devrais pas être là non plus ? lui demanda-t-elle avec un léger sourire. Je t'ai vu rentrer il y a une heure, je me suis demandée si tu avais besoin de quelque chose. Tu t'es enfui de ton internat ?
— Pourquoi ça t'intéresse ?
— Eh bien… hésita Amy avec un grand sourire, j'ai beaucoup pensé à toi depuis l'été dernier et… tu ne m'as même pas laissé ton numéro, ni ton twitter, ni ton insta, ni rien du tout !
Désorienté, Cameron fronça les sourcils. Il ne comprenait pas la moitié de son charabia, mais ce n'était pas le plus important, Amy devait absolument sortir de cette maison. Si Aaron apprenait que quelqu'un s'était introduit dans son bureau, et que leur voisine moldue était elle aussi entrée à l'intérieur de la maison… Cameron ne donnerait pas cher de leur peau. Et un rapide coup d'oeil à sa montre le rappela à l'ordre : il lui restait dix minutes avant de revenir à Poudlard.
— Maintenant je comprends, tu n'as même pas la télé chez toi, ajouta Amy en regardant tout autour d'elle comme si la décoration n'était pas à son goût. Remarque, l'abonnement coûte une blinde, c'est pas plus mal…
— Ecoute, tu dois vraiment y aller, la pressa-t-il en allant reposer son livre.
Ensuite, Cameron força Amy à sortir de la pièce sous les faibles protestations de celle-ci. Cependant, avant de refermer la porte derrière lui, son regard fut attiré par le trou qu'il avait laissé dans le parquet. Planté sur le seuil de la porte, Cameron hésitait. La tentation était forte. Son père entrerait dans une colère froide en découvrant que quelqu'un avait mis le nez dans ses petites affaires. Peut-être même qu'il accuserait Robbert. Enfin, il se détourna.
Une fois la porte refermée derrière eux, un déclic se fit entendre et Cameron s'empressa alors de sortir de la maison, entraînant une Amy qui se plaignait dans son sillage. Au moment où ils passaient enfin le seuil de la maison, Cameron repéra Robbert dans un coin sombre du vestibule. Il le fixait de ses grands yeux méfiants et Cameron lui lança un dernier avertissement silencieux avant de rejoindre Amy à l'extérieur.
Il faisait nuit noire maintenant et seuls les lampadaires dans la rue leur permettaient de voir dans la pénombre. Le vent soufflait un peu plus que lorsque Cameron était arrivé une heure plus tôt.
— Ne dis à personne que j'étais ici, lui dit-il d'un ton presque menaçant.
Pendant l'espace d'un instant, le sortilège Oubliettes surgit dans l'esprit de Cameron et sa baguette magique sembla peser plus lourd dans sa poche. Mais il se détesta aussitôt pour avoir envisagé d'utiliser cette possibilité sur sa voisine. Amy était bavarde et n'hésitait pas à raconter sa vie sur son téléphone jaune fluo. N'ayant pas été élevé dans un contexte moldu, Cameron avait eu beaucoup de mal à comprendre cet objet et du peu qu'il en avait vu auparavant, il avait déjà oublié toutes les choses les fonctionnalités dont elle avait parlé. Pourtant, il ne pouvait pas décemment lui faire une telle chose. Elle ne le méritait pas.
— T'es bizarre, se contenta-t-elle de dire au bout d'un long silence.
— Pas un mot à quiconque, se répéta Cameron pour être certain que le message soit bien passé.
Amy rangea son téléphone dans la poche de son jean et se retourna vers Cameron, les yeux plissés. Elle se mordit la lèvre.
— Sexy et mystérieux, mais bizarre quand même. J'espère qu'on se reverra.
La jeune fille soupira en secouant la tête puis se détourna pour remonter l'allée de la maison Lloyd. Elle frissonna quand elle fut de retour dans la rue. Le temps était plus frais qu'elle ne l'avait prévu. Elle n'avait pas réellement pensé à prendre sa veste en sortant de chez elle et avec dépit, Amy repensait aux remontrances quasi-quotidiennes de sa mère qui lui disait de s'habiller plus chaudement. « Ouais ouais, t'as toujours raison, m'man », se dit-elle intérieurement en soupirant de nouveau.
Soudain, un crac ! retentit et l'arracha de ses pensées. Amy sursauta et regarda par-dessus son épaule pour voir ce que Cameron fabriquait. Mais il n'était plus là. Amy fronça les sourcils. Puis elle sortit de nouveau son téléphone de sa poche en reprenant le chemin jusqu'à sa propre maison quelques mètres plus loin. Elle devait absolument raconter à Anna qu'elle avait revu Cameron. Un sourire s'étira lentement sur ses lèvres. Décidément, elle l'aimait bien, ce garçon.
