— Juliet ! JULIET !

Les appels de James restèrent sans réponse dans la forêt sombre. C'était comme si toute vie avait été aspirée entre les arbres, le laissant seul à chercher Juliet dans l'immensité des lieux. Derrière lui, la voix de Rebecca lui semblait tellement lointaine qu'il ne lui répondait pas, absorbé à scruter la moindre parcelle d'obscurité autour de lui. S'il arrivait à Juliet ce qui était arrivé à Andrea Hardy, il ne se le pardonnerait pas. Pas après les semaines qu'il venait de passer à lui en faire voir de toutes les couleurs, à lui en vouloir et à se montrer infect.

Quelle direction avait-elle pu prendre ?

Les secondes semblèrent durer des heures. Chaque instant passé à la chercher resserrait l'étau qui lui comprimait l'estomac. James avait beau vouloir faire fuir cette image d'Andrea qui avait été retrouvée dans la forêt après des heures et des heures d'errance, elle revenait toujours plus vive et s'imposait à lui telle une évidence de ce qui allait arriver à son amie. James s'efforça de ne pas penser à cette éventualité et continua ses recherches en prenant un chemin envahi par les herbes folles. Juliet était forcément quelque part. Elle était juste derrière lui quelques instants avant qu'il n'entende ce cri. Elle était par ici. Elle devait être ici.

Dammit, j'ai perdu une élève, s'exclama Rebecca Morris d'une voix aux accents désespérés.

James se retint de ne pas lui lancer une remarque acerbe mais sa voix semblait s'être perdue au fond de sa gorge. Il parcourut quelques mètres à l'inverse de la concierge, à l'affut du moindre bruit ou de la moindre présence. Puis soudain, il remarqua une lueur à une dizaine de mètres. Ce ne pouvait être que la lueur de la baguette magique de Juliet. Fred et Lloyd étaient partis dans une direction bien trop éloignée pour qu'il puisse s'agir d'eux. James accéléra le pas, manquant de peu de se prendre le pied dans des racines et entra dans une petite clairière où il remarqua tout de suite la baguette sur le sol.

Tout proche d'elle, Juliet était parterre et lui faisait dos, immobile. James ne se le fit pas répéter deux fois et plus que soulagé de la retrouver, il se précipita aux côtés de la sixième année et s'accroupit auprès d'elle. Ses yeux étaient grands ouverts et lorsqu'il la prit par le bras, il se rendit compte qu'elle tremblait de tous ses membres. Une nouvelle angoisse l'assaillit alors, tout aussi terrible que le fait de ne pas l'avoir retrouvée immédiatement.

— Juliet ? Tu te souviens de moi ?

Juliet tourna lentement son regard vers lui. La lueur de la baguette magique de James n'éclairait que leurs visages et conférait à la scène une atmosphère d'horreur. James serra son poing sur l'avant-bras de Juliet.

— Tu es stupide ?

Rassuré, James lâcha son emprise et jeta un coup d'oeil à la jeune fille. Sa cape était déchirée. Mais elle n'avait pas l'air d'avoir été blessée.

— Qu'est-ce-qui s'est passé ? s'alarma James devant l'ampleur des dégâts.
— Il y a... une énorme panthère noire... elle m'a attrapé par la cape et trainée jusqu'ici, parvint à articuler Juliet en jetant des coups d'œil effrayés tout autour d'eux. Je crois que je l'ai stupéfixée mais j'étais pas concentrée... elle a disparu, par là-bas.

Juliet leva sa main et désigna la direction qu'avait prise la bête de son bras. James était circonspect. Cette forêt était remplie d'animaux et de créatures en tous genres, et certaines n'étaient sûrement pas aussi amicales qu'une inoffensive licorne. Il avait remarqué un peu plus tôt dans la soirée que Juliet n'avait pas eu l'air très encline à faire un tour dans la forêt. James se détendit enfin.

— Tu as du l'effrayer, elle ne reviendra pas, la rassura-t-il prudemment.

Juliet arrêta alors ses regards emplis d'appréhension tout autour d'eux pour fixer James droit dans les yeux, déterminée.

— La panthère n'avait rien d'un animal, James, elle m'a fixé comme seul un être humain peut le faire.

James fronça les sourcils en la regardant : Juliet avait l'air d'avoir peur, mais elle n'en était pas moins consciente et sûre d'elle. James se releva lentement puis scruta les environs. Il n'y avait aucun bruit, aucune trace d'animal. Tout était calme, peut-être un peu trop calme justement. Le septième année aida alors Juliet à se relever, peu enclin à rester dans les environs si une bête sauvage traînait dans le coin. Ils avaient eu assez d'émotions fortes ces dernières minutes pour continuer à risquer leur chance.

— Je ne veux pas rester ici, je veux rentrer, lui dit Juliet d'une voix légèrement tremblante.
— Qu'est-ce-qui s'est passé ? Pourquoi tu as crié ? Tu es blessée ? s'écria presque la concierge en débarquant dans la clairière.

Tandis que Rebecca Morris s'assurait que Juliet allait bien, James examina les alentours avec attention. Juliet ne pouvait être aussi secouée pour une bête sauvage qui trainait dans les parages. Une bête qui avait voulu l'emmener quelque part, de toute évidence. Un regard humain ? Et puis d'abord, qu'est-ce-qu'une panthère faisait au beau milieu de la forêt interdite, en pleine Ecosse ? James se retourna lentement vers la sixième année, qui expliquait ce qui lui était arrivé à la concierge. Juliet avait paru si tendue depuis quelques temps... et il doutait qu'il en soit lui—même l'unique raison.

Des idées étranges s'infiltrèrent alors dans son esprit : la liste des ingrédients qu'Albus lui avait présenté et l'épouvante de Juliet de se retrouver face à un animagus lui donnaient l'impression que cette tension chez son amie n'était pas si obscure. Mais que se passait—il sous son nez ?

— Juliet a raison, on devrait sûrement rentrer, suggéra James, inquiet tout à coup.

Un bras autour des épaules de Juliet, Rebecca leva la tête vers lui, comme si elle semblait analyser la situation. Elle observa les deux Gryffondor tour à tour tout en se mordant la lèvre. La pauvre jeune femme paraissait désespérée et perdue. James en profita pour aller ramasser la baguette magique de Juliet, abandonnée sur le sol. Le silence était pénétrant et James ne se sentait plus aussi à l'aise que lorsqu'il avait posé le pied dans la forêt interdite, une heure plus tôt.

— C'est d'accord, on rentre... commença Rebecca.
— JAMES ! DERRIÈRE—TOI !

Le hurlement de Juliet fut comme l'effet d'une bombe. La panthère avait un poil luisant noir qui reflétait à la lumière des trois baguettes et grognait dans leur direction. Rebecca poussa violemment Juliet sur le côté qui tomba au sol. L'américaine brandit sa baguette magique mais il était trop tard : la panthère avait bondi et impuissant, James vit l'animal sauvage se rapprocher trop vite pour se jeter sur lui, plantant ses crocs dans son épaule au passage. James s'effondra à son tour.

Mais la panthère n'avait pas l'air d'en avoir terminé. De nouveau sur ses pattes, elle bondit à nouveau dans la direction de Juliet qui la regarda, elle et son regard trop humain pour être animal, pétrifiée sur le sol humide de la forêt. La panthère grognait, dents retroussées.

— STUPÉFIX ! hurla Rebecca.

L'animal se retrouva alors propulsé dans les airs. Cependant, Rebecca, dont la main tremblait, gardait sa baguette rivée sur la panthère. La jeune femme transpirait à grosses gouttes. Elle avait chaud, même s'il faisait très froid. De son côté, Juliet, la respiration haletante, fixait ses pieds d'où Rebecca avait réussi à la sauver. Puis, elle leva lentement le regard, encore sous le choc.

Légèrement engourdie, et tremblant comme jamais, Juliet rejoint rapidement James. Il se maintenait l'épaule, les yeux étroitement fermés et Juliet se força elle-même à ne pas détourner son regard. La panthère avait transpercé l'épaisseur de sa cape noire qui prenait lentement des teintes bordeaux. Ils devaient se rendre immédiatement à l'infirmerie, aussi Juliet se retourna prestement vers Rebecca, paniquée. Cette dernière cherchait quelque chose au loin. La bête sauvage.

— On doit y aller, la pressa Juliet d'une voix bien trop aiguë pour être normale. Viens.
— Et moi qui croyais que ton chat était sauvage...

Juliet le toisa d'un regard meurtrier. C'était loin d'être le moment de plaisanter. La jeune fille se sentait tellement oppressée dans cette forêt et suite aux événements étranges liés à cet animal, ils ne pouvaient pas rester une seconde de plus ici. Un nouveau coup d'oeil à l'épaule de James la rappela à l'ordre : c'était la seule chose qui importait pour le moment, et pas une stupide histoire de chat. Alors elle prit par le coude et l'entraîna, affrontant sa propre peur à l'idée de tomber à nouveau face à l'animal.

— Rebecca ! s'emporta Juliet en remarquant que la jeune femme partait dans la mauvaise direction.
— Elle a disparu ! s'exclamait Morris. Je l'avais touchée !

Juliet jeta un dernier coup d'œil angoissé autour d'elle. Il n'y avait plus une trace de la panthère noire. Serrant un peu plus son emprise sur l'avant bras de James, elle le força à marcher plus vite. Ils devaient quitter cet endroit maudit le plus rapidement possible.


— Mais que vous est-il arrivé ? s'horrifia Mrs Pomfresh en les voyant débarquer dans l'infirmerie, une demi-heure plus tard. C'est encore une retenue qui a mal tourné, c'est ça ?

James était très pâle mais lui envoya un regard noir une fois qu'ils passèrent les portes de l'infirmerie.

— Un animal dangereux rôde dans la forêt interdite, s'expliqua l'assistante de Rusard. Je pense que je devrais prévenir le directeur. Mais il faut que je retourne dans la forêt, les deux autres élèves y sont encore.

Mrs Pomfresh leva les yeux au ciel. Comme si le directeur pouvait faire quelque chose contre ce qu'il y avait dans cette forêt. Puis, elle remarqua la présence de Juliet Hardy, les bras croisés autour d'elle, ainsi que des yeux emplis d'inquiétude rivés sur James Potter. Elle repensa alors à sa sœur, qui avait erré une journée dans la forêt interdite avant qu'on ne la retrouve. Tout en utilisant un sortilège de découpe sur la cape du jeune homme, elle songea que cette affaire de fille se dénonçant n'était pas claire. Pour la vieille infirmière, l'enquête avait été bâclée et envoyer la sixième année là-bas aujourd'hui avait été une énorme erreur.

— La blessure est profonde, Potter, vous allez souffrir, le prévint Mrs Pomfresh. Hardy, écartez-vous. Hardy !

L'air hagard, Juliet s'était approchée et prit la main de James. Les deux Gryffondor échangèrent un regard. Mrs Pomfresh leva les yeux au ciel pour la deuxième fois depuis cinq minutes. Personne ne l'écoutait jamais.

— Très bien, je vais lancer un sort désinfectant, ça va faire mal. A trois. Un.

Mais elle n'attendit pas la fin du décompte et en sentant que James lui broyait la main, Juliet devina que le sort était lancé. N'osant pas regarder dans sa direction, elle fixait la porte de l'infirmerie en attendant que James desserre la pression.

Non, ils n'auraient jamais du mettre un pied dans cette forêt. Alors quand elle vit leur professeur de défenses contre les forces du Mal entrer en trombe dans l'infirmerie, elle n'eut même pas l'envie de se moquer de sa robe de chambre vert pomme comme à l'accoutumée. Juliet lâcha subitement la main de James et alla s'interposer à grands pas entre l'infirmière qui soignait James et sa professeur. La colère était montée aussi vite en elle et incapable de retenir les mots faisaient rage dans sa tête, elle perdit tout contrôle d'elle-même.

— Tout ça, c'est de votre faute ! lui cracha-t-elle au visage. Si vous n'aviez pas eu la brillante idée de nous envoyer là-bas, on n'aurait pas failli se faire tuer ! Vous vous souvenez d'Andrea, qui a quitté Poudlard ? Vous pensiez qu'elle prenait des vacances dans la forêt interdite, peut-être ? Des malades traînent dans cette école, sous votre nez, et vous... vous vous souciez uniquement du respect de ce foutu couvre-feu !

Le professeur Tourdesac resta bouche bée devant Juliet qui, pantelante, était au bord des larmes.

— Juliet, calmez—vous, ce n'est pas la peine de s'emporter de la sorte, lui dit doucement la professeur de défenses. Vous devriez aller vous asseoir. Le choc a du vous...
— Non, non et non ! s'écria Juliet, repoussant sans ménagement la main de sa professeur. Ne me parlez pas comme à une imbécile, je sais ce que vous pensez, tous ! La pauvre petite Juliet, elle est tellement innocente, elle n'est même pas capable de se défendre face à un apprenti sorcier, elle se fait même assommer par Barbara Hopkins pendant les heures de retenue ! ALORS POURQUOI VOUS M'AVEZ ENVOYÉE DANS CETTE FORÊT ? Vous êtes mon professeur, vous saviez tout ça ! Regardez James, il a l'air d'aller bien selon vous ?

Sa vue se troubla à cause des larmes qu'elle ne put retenir un instant de plus. Juliet éclata en sanglots, au milieu de l'infirmerie, sous le regard décontenancé de sa professeur. Ayant assisté à la scène sans mot dire, James esquissa un geste pour se lever, mais il fut vite rappelé à l'ordre par Mrs Pomfresh qui l'en dissuada du regard et de sa poigne. Elle s'essuya rapidement les mains de l'onguent qu'elle était en train d'appliquer sur l'épaule du septième année, puis elle rejoignit la jeune fille et fit un petit geste à Mrs Tourdesac pour lui dire qu'elle s'en occupait.

— Je veux retourner dans mon dortoir, articula Juliet, la tête entre les mains.
— Juliet, après tout ce qui est arrivé, vous avez été secouée, je pense que vous devriez vous reposer ici le temps que...
— Non ! J'ai besoin de voir Albus et Rose. J'en ai besoin, vous comprenez ?
— Oui, miss, mais le mieux est que vous restiez ici en attendant que Rebecca ne revienne, répondit l'infirmière d'un ton ferme en posant une main sur l'épaule de la jeune fille. Juliet, je dois m'occuper de ton ami, d'accord ? Tu vas t'asseoir là-bas et les attendre tranquillement.

Juliet, les yeux toujours embués par les larmes, hocha la tête en gardant ses lèvres serrées. Encore toute retournée, elle alla s'asseoir sur un lit au fond de l'infirmerie et ramena ses jambes contre elle, incapable de regarder autre chose que le lit d'en face. Elle se sentait honteuse de s'être emportée contre le professeur Tourdesac mais elle n'avait rien pu faire pour l'en empêcher. C'était à cause d'elle s'ils s'étaient faits attaqués par cette panthère, que cette dernière avait déchiqueté l'épaule de James.

Et elle aurait du savoir. Tourdesac savait qu'après avoir découvert Andrea sortant de la forêt interdite, se rendre sur les lieux n'avaient pu qu'être une très, très mauvaise idée.

Tremblante, Juliet retenait la rage qu'elle sentait bouillonner en elle. Elle n'avait aucun moyen de la mesurer, et encore moins de la contrôler à l'encontre de certaines personnes. Il n'y avait pas seulement le professeur Tourdesac qui lui faisait perdre son sang froid, mais également la famille Lloyd en sa totalité. Juliet retenait du mieux qu'elle put les larmes de colère qui menaçaient à nouveau de se déverser. Elle se détestait suffisamment pour s'être donnée ainsi en spectacle, et au vu de ce qu'elle avait réalisé en faisant face à la panthère noire, elle n'était pas prête de se calmer.

Quelques mètres plus loin, l'infirmière de Poudlard s'affairait autour de James qui demeurait étrangement silencieux depuis qu'ils étaient arrivés. Le professeur Tourdesac s'était empressée d'aller prêter main forte à Rebecca Morris pour aller chercher les deux septième années dans la forêt interdite. S'attarder auprès de Juliet ne lui avait pas semblé être une bonne idée après avoir déclenché une telle crise.

— Vous passerez une nuit à l'infirmerie, Potter.

James réprima une grimace.

— Que s'est-il passé exactement ?
— J'en sais trop rien, marmonna James, vague. Une bête sauvage nous a attaqués.

Il lança un coup d'œil à Juliet, de l'autre côté de l'infirmerie, qui avait la tête entre ses genoux. Mais il n'eut pas le temps de s'y attarder que Pomfresh s'imposa dans son champ de vision, tout en ayant l'air de sonder la moindre parcelle de son âme. Elle aussi devait avoir des doutes concernant les attaques qui semblaient suivre les sœurs Hardy. Et James commençait sérieusement à se demander ce qu'il se passait en ce moment.

Au bout de quelques minutes qui semblèrent durer des heures à Juliet, la porte de l'infirmerie s'ouvrit à nouveau sur le professeur Tourdesac, Rebecca Morris, Fred, et Cameron. Aussitôt, elle bondit du lit sur lequel elle s'était assise et fonça droit sur le Serpentard en ignorant Fred à ses côtés qui lui demandait si elle allait bien. Les lèvres étroitement pincées, Juliet attrapa fermement Cameron par la main et murmura tout bas, de façon à ce que personne ne l'entende :

— C'est ce que tu me cachais, que Maisie est un animagus ?
— Quoi ? rétorqua Cameron, les yeux ronds.

Juliet détourna le regard vers le petit groupe formé par Pomfresh, Tourdesac, Morris, James et Fred, sur les nerfs. Elle était à deux doigts d'exploser à nouveau. S'il faisait semblant de ne rien comprendre à ses propos, elle ne retiendrait pas sa rage une seconde de plus.

— Comment je peux te faire confiance si tu me caches une telle information ? persiffla Juliet en faisant de grands efforts pour ne pas hausser le ton.
— Qu'est-ce-que tu racontes, Maisie, une animagus ? chuchota frénétiquement Cameron.
— J'en suis certaine, c'était elle, affirma sèchement Juliet. Alors maintenant, dis-moi si tu le savais. Maisie es-elle un animagus ?

Cameron la fixait sans comprendre, mais Juliet ne chercha pas à être patiente. Comme par hasard, une panthère à l'air particulièrement humaine l'attaquait juste après son altercation avec Maisie un peu plus tôt dans la soirée. Ce ne pouvait pas être une coïncidence pour la jeune sorcière. On se voit plus tard alors, Hardy. La phrase qu'avait prononcée Maisie prenait tout son sens après ce soir. Ces yeux bleus… elle avait eu le temps de les voir avant que la panthère ne lui bondisse dessus. C'étaient ceux de Maisie, elle en était certaine.

— Je... je ne sais pas, hésita-t-il.

Juliet soupira profondément, tentant vainement de se calmer. Cameron ne la regardait pas, il fixait un point au dessus de l'épaule de la Gryffondor.

— Que me caches-tu ? demanda Juliet, raide. On ne peut pas continuer comme ça si tu me caches des infos pareilles. Pas après ce qui vient d'arriver. Réponds-moi !
— Tu veux vraiment qu'on en parle, ici ? Que tu fasses une crise devant eux ? demanda-t-il dans un chuchotement en désignant le groupe de personnes autour de James.
— Je ne fais pas de crise ! s'exclama alors Juliet. On aurait pu se faire tuer et toi tu...

Tout à coup, Cameron la prit dans ses bras, ayant pour effet de la couper net dans sa phrase.

— Tais-toi, Juliet, tais-toi, lui dit-il entre ses dents. On en parlera plus tard.

Juliet, le cœur battant à tout rompre, ne chercha pas à se détacher de lui. Elle ne revenait tout simplement pas du fait qu'il continuait à se défiler même après l'éventuelle attaque de sa sœur. Malgré tout, elle dut admettre quelque chose : cela lui avait au moins permis de ne pas éclater de colère une seconde fois. Pourtant, tous ses ressentiments envers le Serpentard ne la quittaient pas et elle fut déçue amèrement déçue qu'il ne s'explique pas.

Puis il s'écarta de la Gryffondor et après lui avoir lancé un regard dénué de toute émotion, il se dirigea directement vers le professeur Tourdesac. Ils échangèrent quelques mots et Cameron quitta l'infirmerie sans plus d'explications. Juliet se retrouva alors seule dans son coin de la pièce, ne sachant quoi faire. Tout ce qu'elle avait en tête était de retrouver Rose et Albus, qu'elle puisse se déverser sans crainte de représailles et qu'elle soit aussi comprise. Pourtant, un autre détail la dérangeait dans cette histoire. Il s'agissait même d'un détail qui pourrait même faire toute la différence.

Alors Juliet rejoignit lentement le lit où James était assis. Mrs Pomfresh expliquait au professeur Tourdesac les différentes étapes de la cicatrisation qui devait prendre la nuit tandis que Fred, James et Rebecca parlaient de l'étrange créature qui les avaient attaqués. Rebecca Morris leur disait ne pas savoir réellement s'il était nécessaire de s'inquiéter à propos de la bête sauvage car il s'agissait tout de même de la forêt interdite et c'était plutôt courant d'y trouver des animaux dangereux. Cependant, elle finit par leur annoncer qu'elle reporterait l'accident auprès du directeur.

— Juliet, vous allez mieux ? lui demanda Mrs Pomfresh en la remarquant soudainement à leurs côtés.
— Oui, répondit-elle d'une petite voix, désireuse de se faire oublier de sa professeur.

Il était impératif qu'elle parle à James immédiatement. Rien ne s'était arrangé entre eux, elle en était consciente, mais elle devait à tout prix s'assurer qu'il n'avait rien dit et qu'il ne dirait rien quant à ce qu'elle lui avait confié dans la forêt. Après son premier face à face avec la panthère, elle avait clairement été terrifiée et dans son empressement à vouloir quitter la forêt, Juliet lui en avait peut-être un peu trop dit. Elle se rapprocha de lui pour être à son niveau tandis qu'il la regardait sans un mot.

— James ? chuchota-t-elle tandis que Fred parlait avec Rebecca. Quoi que tu aies vu ce soir...
— Il se fait tard, je pense qu'il est temps que vous retourniez dans vos dortoirs, vous deux, les interpela Tourdesac en s'adressant à Fred et à Juliet.

Juliet se retourna subitement vers James. Il fronçait les sourcils.

— Je vais revenir, mais je t'en prie, ne dis rien, souffla-t-elle avant de suivre à contre-cœur son professeur et Fred.


Quand Juliet fut enfin de retour à son dortoir, la tension qu'elle avait accumulé jusqu'ici ne la quitta pas. Elle avisa Rose dans sa robe de chambre blanche à pois bleus, assise sur son lit à lire son roman policier de la semaine « Neuf petits trolls », puis elle jeta un coup d'œil au lit de Victoria qui était vide. Elle s'adossa à la porte du dortoir, se permettant de souffler un bon coup après les événements périlleux de la soirée. Sur son lit, Rose paraissait tellement paisible que cette vision apporta du baume au coeur de Juliet.

— Alors, on ne t'a pas assommée cette fois ? l'interrogea Rose, un brin moqueuse.

Mais voyant que Juliet restait adossée à la porte sans bouger, Rose releva les yeux de sa lecture. Elle se mit à la détailler : Juliet était blême, ses cheveux étaient ébouriffés et ses yeux étaient légèrement rougis. Rose se redressa légèrement, inquiète, et vit Juliet lui foncer droit dessus pour se précipiter dans ses bras. Interloquée par l'attitude silencieuse de son amie, Rose lui frotta le dos dans un geste réconfortant, bien qu'elle soit dans l'incompréhension la plus totale.

— Rose, il faut que je retourne à l'infirmerie parler à James. S'il dit à quelqu'un que j'étais visée, mon père me forcera à rentrer en France.
— De quoi tu parles ? lui demanda Rose avec des yeux ronds. Qu'est-ce-que c'est que cette histoire ?
— Je t'expliquerai tout une fois que je serais rentrée de l'infirmerie, lui assura Juliet en se dirigeant vers son lit. En attendant, je crois que j'ai les pieds trempés à cause de cette neige...

Totalement ahurie, Rose regarda Juliet changer de chaussettes comme si elle faisait ça tous les soirs avant de repartir en direction de la salle commune. Mais arrivée sur le pas de la porte, elle se retourna lentement, l'air hésitant.

— Tu peux m'accompagner ? lui demanda-t-elle timidement. Je ne peux pas… je n'ai pas envie d'être seule.

Cinq minutes plus tard, Juliet et Rose étaient de nouveau dans les couloirs de Poudlard, redoublant de vigilance. La première sursautait à tous les tournants tandis que l'autre avait trop de questions en tête pour prêter attention au fait qu'elle se baladait en pyjama. Les deux filles descendirent une énième volée d'escaliers avant de se retrouver dans l'escalier menant à l'infirmerie. Quand elles arrivèrent à ses portes, Juliet tendit l'oreille. Il était tard, mais cela ne voulait pas dire que Mrs Pomfresh était partie se coucher.

Puis, à leur plus grande surprise, la porte de l'infirmerie s'ouvrit de l'autre côté et James leur fit face, vêtu d'un pyjama neutre de l'infirmerie. Rose retint un cri de surprise en se collant la main sur la bouche alors que Juliet sursautait une nouvelle fois. Cependant, la surprise laissa instantanément place à de l'agacement du côté de la brunette.

— Tu es censé te reposer ! lui reprocha Juliet à voix basse.
— Et toi tu es censée être dans ton dortoir ! répliqua James en brandissant la carte des Maraudeurs.
— Hé ! les rappela à l'ordre Rose en les poussant à l'intérieur de l'infirmerie. Je peux savoir ce qui s'est passé ? Assurdiato ! ajouta-t-elle en direction du bureau de Pomfresh, baguette en main.

Juliet resta plantée sur le seuil de la porte. Elles n'auraient pas besoin de rester bien longtemps : la jeune fille voulait seulement s'assurer que James ne dirait rien de la réelle cible de l'attaque. Alors résolue à en terminer au plus vite, elle se tourna vers James qui repliait sa carte en silence, l'air grognon. Juliet plissa les yeux. Il les avait vues arriver. Rose jeta un coup d'oeil par précaution au bureau de l'infirmière. Tout était plongé dans l'obscurité.

— James, c'est important, je sais que nous ne sommes pas en très bons termes en ce moment, mais tu ne dois dire à personne que la panthère a cherché à m'attaquer.
— Sauf que c'est toi qu'elle a voulu attaquer, insista James, acerbe. Morris fait son rapport demain à la première heure, je ne vais pas me gêner. C'est moi qui ai eu l'épaule en charpie, alors je donne ma version.

Rose, qui jusque là avait été silencieuse, sauta presque sur son cousin pour constater l'ampleur des dégâts. Mais James, de mauvaise humeur, la repoussa tandis qu'elle tentait de déboutonner le haut de son pyjama. Imperturbable, Juliet poursuivit :

— Si tu donnes ta version, mon père m'inscrit à Beauxbâtons dès qu'il l'apprend.

James entrouvrit la bouche, mais ne répondit pas face à Rose qui avait abandonné la perspective de voir son pansement. Elle semblait totalement perdue. Juliet lui avait simplement dit qu'ils s'étaient faits attaquer dans la forêt interdite pendant leur retenue, cependant, elle n'était pas allée plus loin, quand Victoria avait tenté de les dissuader de sortir. Pourtant, quand elle voyait l'air grave et fatigué de sa meilleure amie, elle ne put s'empêcher de penser qu'il y avait strangulot sous roche.

— Alors peut-être que ce n'est pas une mauvaise idée.

Bouché-bée, Juliet n'en revint pas. Rose non plus.

— Tu veux que je m'en aille ? lui demanda Juliet d'une voix plus aiguë qu'à l'ordinaire.
— Ne me dis pas que tu lui mets encore ta rupture sur le dos ? rétorqua Rose dont l'inquiétude à son égard avait disparu, aussitôt remplacé par un ton accusateur.

James contempla un instant sa cousine.

— Non, Rose, répondit-il froidement. Mais au cas tu ne l'aurais pas remarqué, il se passe des trucs bizarres depuis un certain temps. Andrea, maintenant elle. Ce serait mieux que tu partes d'ici, ajouta-t-il, son regard rivé à celui de Juliet. Tu as complètement pété les plombs tout à l'heure !
— Oui, parce que les forêts m'angoissent...
— Non, pas seulement, la coupa James sans cérémonie. Tu veux que je te rappelle ce que tu m'as dit tout à l'heure ? Que cette bête n'était pas animale ? Et que des malades se baladaient dans l'école ? Tourdesac n'a pas relevé, mais je ne suis pas sourd moi. Il se trame quelque chose et ça a commencé depuis que tu traînes avec Lloyd.
— Alors on y revient.

Juliet se détourna en soupirant. Cette conversation ne les mènerait à rien. James était trop buté et malheureusement pour cette fois, il était trop perspicace. L'image très attirante de son lit s'imposa alors à elle et Juliet n'eut qu'une envie : aller se coucher et oublier toute cette histoire le temps d'une nuit. Quitte à profiter une dernière fois de son dortoir dans la tour Gryffondor, autant s'y rendre le plus tôt possible. Pour le reste, elle aviserait le jour suivant.

— James, tu te rends compte de ce que tu veux faire ? demanda posément Rose. Lloyd ou non, Juliet ne peut pas partir du jour au lendemain. Vous êtes toujours amis, non ?
— Andrea l'a bien fait, elle.
— Sauf qu'Andrea ne s'est jamais sentie chez elle ici, dit Juliet d'un ton agressif, perdant patience. Laisse-tomber Rose, on s'en va. On ne doit pas avoir la même notion de l'amitié.

Rose s'apprêta à suivre les pas de Juliet tout en lançant un dernier regard à James. Il semblait être en proie à un combat intérieur. Pour la jeune fille, il était tout bonnement impossible que sa meilleure amie s'en aille : elles avaient toujours tout fait ensemble, Juliet lui manquait pendant les vacances et malgré ces problèmes inquiétants, il leur restait un peu plus d'un an d'insouciance avant d'entrer dans le monde réel, celui des adultes. Rose ne se voyait pas faire ce voyage sans elle de l'autre côté de la Manche. Elles devaient rester ensemble.

Pourtant, quand elle croisait le regard troublé de son cousin, Rose se disait qu'il suffisait d'une personne et d'une parole pour tout gâcher. Elle savait que Juliet et James ne se parlaient plus depuis un moment, mais cela ne pouvait pas signifier le départ de Juliet. Alors arrivée sur le seuil de la porte, Rose implora James du regard dans une ultime tentative pour le convaincre de dire quoi que ce soit. Secrètement, elle espéra que James allait faire le bon choix et qu'elle ne verrait pas Charles Hardy débarquer dans la matinée.


Lorsque Cameron entra dans la salle commune des Serpentard, il fut surpris de constater qu'il y avait encore beaucoup de monde debout pour un soir de semaine. Puis il se rappela que c'était l'une des nombreuses périodes pendant lesquelles les professeurs se liguaient contre les loisirs des élèves. Cependant, ce soir, Cameron se fichait éperdument des regards craintifs que certains lui lançaient avant de se renfoncer dans leur fauteuil. Il avait un but précis en tête : trouver Maisie. Ce que lui avait confié Juliet ne l'avait pas laissé indifférent, bien au contraire.

Après avoir jeté un coup d'œil aux quatre coins de la pièce, la déception envahit Cameron. Maisie n'était ni avec son groupe de sixième année habituel, ni avec ceux de septième années, ni avec personne. Elle n'était tout simplement pas dans la salle commune. Etait-elle dans la forêt interdite ? Cameron ne voulait pas y croire. Profondément agacé, il vérifia une nouvelle fois que sa petite sœur n'était pas là, sans plus de succès.

Puis soudain, il repéra une tête blonde platine. C'était son cousin, Scorpius Malefoy. Cameron savait qu'il se méfiait de Maisie depuis le jour où ils s'étaient tous les deux introduits dans le bureau d'Aaron. Quand son père les avait surpris, Maisie s'était cachée dans le couloir et les avait rejoints plus tard pour raconter à Scorpius que Aaron préparait un plan diabolique pour prévoir la fin du monde sorcier. Bien sûr, Cameron n'avait pas écouté sa sœur, habitué à ses histoires, mais Scorpius, leur cousin choyé et surprotégé par ses parents, avait gobé toute l'histoire avec un air totalement apeuré.

Cameron et Scorpius s'étaient rarement adressé la parole depuis qu'ils étaient à Poudlard, mais ce soir, le septième année avait besoin de réponses. D'un pas décidé, il s'approcha du coin habituel de Scorpius sans prêter attention à William Leighton qui le regardait suspicieusement au dessus de son livre.

— Scorpius, tu as vu Maisie ce soir ?

Surpris, Scorpius se redressa dans son fauteuil où il semblait sur le point de s'endormir. Il fronça ses sourcils blonds presque transparents avant de répondre :

— Elle a mangé avec toi, pas vrai ?
— Mais ensuite ? s'impatienta Cameron.
— Je ne sais pas, répondit lentement Scorpius.

Exaspéré, le septième année tourna les talons. Non, il ne pouvait pas croire que Maisie était un animagus. Certes, elle était très douée mais de là à pouvoir se transformer en animal à volonté ? Maisie, sa petite sœur, avait-elle les capacités pour le faire ? L'idée paraissait déroutante pour le jeune homme, mais réalisable. Et elle avait le meilleur des professeurs.

— Lloyd, attends ! l'interpela Leighton.

Cameron se retourna vers le capitaine de l'équipe des Serpentard, surpris.

— Elle est dans son dortoir, je l'ai vue passer tout à l'heure, l'informa-t-il, plume perchée au dessus de son parchemin.
— Il y a combien de temps ?

En réfléchissant, William baissa les yeux vers ses affaires posées à même le sol. Des dizaines de parchemins, de livres en tous genres étaient étalés parterre autour de son fauteuil.

— En début de soirée, je venais de terminer un… devoir.
— Elle n'en est pas ressortie ? poursuivit Cameron, indifférent au regard interrogateur et insistant de Scorpius.

William secoua la tête en signe de négation. Cameron n'attendit pas une seconde de plus. Il devait vérifier de ses propres yeux que Maisie était bel et bien dans sa chambre. Alors quand il passa la porte menant aux dortoirs des filles, il ne ressentit aucune gêne. Les noms des filles de Serpentard étaient inscrits sur les portes, aussi sa recherche ne dura le temps que d'un petit cri apeuré d'une deuxième année. Il poussa la porte de la chambre de sa soeur, se retrouvant face à deux filles qui le regardèrent, choquées.

— Je cherche Maisie, leur dit-il le plus naturellement du monde.
— Le lit là-bas, lui désigna l'une d'elles à voix basse. Elle dort.

Maisie, dormir aussi tôt ? La soirée était légèrement avancée, on approchait de onze heures, mais il n'était pas dans ses habitudes d'être couchée à cette heure. Guère soucieux des regard outrés de deux autres filles qui discutaient sur le lit d'à côté, Cameron tira brusquement le rideau vert émeraude, dévoilant un corps allongé sous une grosse couverture. Sans faire plus de cérémonie, Cameron s'en empara et força la jeune fille à se réveiller.

— Cameron ! s'écria Maisie en sursautant violemment. Qu'est-ce-que tu fabriques ici ?

La sixième année aux lourdes boucles brunes, les yeux arrondis sous le choc, tentait vainement de reprendre la couverture que son frère lui avait arrachée.

— Ecoute, tu m'as bien fait comprendre tout à l'heure que... commença-t-elle en abandonnant toute tentative de récupérer sa couette.
— Arrête de mentir, la coupa Cameron d'une voix sans appel. La famille, il n'y a que ça de vrai, n'est-ce pas ? Comment tu es sortie d'ici sans passer par la salle commune ?
— Que racontes-tu, Cam ? l'interrogea Maisie tout en s'asseyant en tailleur. Je n'ai pas bougé d'ici, tu m'as vraiment attristée au dîner, tu sais… tu t'es disputé avec ta copine pour être en colère contre moi ?

Cameron détourna le regard de sa sœur, impatient. Il la détestait dans ces moments là, lorsqu'elle prenait son ton mielleux comme s'ils étaient encore enfants.

— Il y a eu une attaque dans la forêt interdite, lui annonça-t-il sans détour.

Maisie fronça les sourcils puis se pencha vers sa table de chevet où elle saisit sa baguette magique. Elle la pointa ensuite sur son propre front en fermant les yeux.

— Maisie, qu'est-ce-que tu fais encore ?
— Sortilège rafraîchissant, médicomagie basique, tu me donnes mal à la tête. De quelle attaque tu parles ?

Cameron contempla sa soeur encore quelques instants, déconcerté, avant de reprendre ses esprits :

— Potter a été blessé et Juliet est persuadée de t'avoir reconnue sous ta forme d'animagus.

Maisie ouvrit prudemment un oeil, puis l'autre, et retira enfin sa baguette de son front. Une fine pellicule d'eau recouvrait sa peau suite au sortilège. Impatient d'intercepter la moindre moue qui aurait pu la trahir, Cameron s'assit aux côtés de Maisie sur le lit. Cette dernière le contempla sans mot dire jusqu'à éclater de rire. Un rire clair et sincère.

— Je peux savoir ce qui est drôle ?
— Ce n'est pas évident ? lui répondit Maisie, tout sourire. Tu ne portes pas James Potter dans ton coeur, tu es la personne la plus douée que je connaisse en magie, personne ne serait étonné de te voir devenir animagus. Tu es le coupable idéal, Cameron.

Maisie lui lança un petit sourire contrit et désolé avant de répéter son sortilège, l'ombre d'un sourire aux lèvres.

— Je n'étais pas là, j'étais avec Weasley, répliqua Cameron, touché par les paroles de Maisie.
— N'importe qui serait capable de lancer un sort de confusion, même Juliet, ajouta-t-elle avec un accent français forcé. Regarde ce qui est arrivé à Fiona, elle a été accusée à tord, injustement renvoyée de cette école par des enquêteurs débutants ! Aussi utiles que la bouse de dragon sur mes chaussures, ceux-là…

Maisie avait ouvert ses paupières et regarda dans la direction du lit vide de son amie qui avait quitté Poudlard deux mois plus tôt. Son regard dériva rapidement jusqu'au lit qu'Andrea avait déserté à la même période. Elle plissa les yeux comme si les soeurs Hardy étaient responsables de tous ses maux.

— Je n'y suis pour rien, se défendit simplement Cameron. Tu aimes bien te balader dans la forêt interdite, ne dis pas le contraire.
— Qui te dit que j'y étais ce soir ? Demande à Laura, ou Amity, ou n'importe qui. Je suis restée ici.

Le sourire naissant sur les lèvres de Maisie s'étendit largement, ce qui eut l'effet de faire perdre son sang froid à Cameron. Sa main dériva vers la poche de sa cape, par pur réflexe : il aurait eu envie de lui faire avaler son grand sourire, de lui donner une bonne leçon pour la réveiller une bonne fois pour toutes. Il ne serait bien sûr jamais capable de lui faire le moindre mal, mais la tentation de lui faire ravaler son sourire était énorme. A la place, il se contenta de la regarder d'un air mauvais... et déçu.

— N'agis pas comme si tu étais innocent dans cette histoire, Cam.

Maisie avait adopté un ton plus bas, rauque, qui ne lui ressemblait pas. Elle avait arrêté de frotter distraitement sa jambe de sa baguette, sourire évanoui, ses yeux rivés à ceux de son frère. Cameron ne répondit rien, écoutant d'une oreille les filles du dortoir murmurer derrière lui. Il se rapprocha un peu plus de Maisie, qui semblait sur le point de préciser le fond de sa pensée. Être hésitante était quelque chose qui n'était pas dans les habitudes de la sixième année. Cameron serra un peu plus la mâchoire.

— Je sais que tu parles de nouveau à papa, chuchota-t-elle dans un souffle, je ne sais pas de quoi vous parlez, mais j'espère que tu es franc avec nous.

Cameron bougea imperceptiblement et resta sur la défensive jusqu'à ce que du mouvement à l'entrée du dortoir ne vienne distraire l'attention des frère et soeur.

— Lloyd ! Ce n'est pas ton dortoir.

Cameron soupira en reconnaissant la voix de sa camarade de classe, Deirdre Doherty et accessoirement préfète-en-chef.

— Qu'est-ce-qui t'a fait changer d'avis, hein ? poursuivit Maisie à voix encore plus basse sans faire attention à la Serpentard sur le seuil de la porte. Marre de faire ton fils à maman ?

Devant l'air agressif teinté d'amertume de sa soeur, Cameron fronça les sourcils. Pourtant son attitude changea du tout au tout en l'espace d'un instant, comme si elle ne voulait pas lui montrer ce qu'elle ressentait réellement.

— Lloyd ! Dehors, maintenant !

Maisie demeura imperturbable et ne lui accorda plus ni sourire, ni moquerie, ni reproche. Elle se contentait de le contempler de ce regard perdu sur lui mais qui allait bien au-delà de ce monde, profondément plongée dans ses pensées. Cameron aurait donné n'importe quoi pour décrypter les pensées de sa soeur en ce moment même. Cependant, Doherty attendait après lui et il se pencha à l'oreille de Maisie, dans une dernière approche.

— Rassure-toi, on en a pas terminé.
— On en aura jamais fini, Cam. Tu seras toujours mon frère.