Dans le dortoir des sixième années de Gryffondor, le retour à l'école de magie avait été marqué par un réveil difficile aux aurores. Après avoir passé une courte nuit de sommeil, les filles se préparaient pour le premier jour après le retour des vacances. Rose Weasley et Victoria Finnigan avaient finalement rejoints leur amie Juliet après deux semaines sans se voir. Si Juliet avait répondu maladroitement aux questions de l'infatigable concierge qu'était Victoria, les deux meilleures amies s'étaient endormies sur le lit de Rose après avoir passé une bonne partie de la nuit à discuter de leurs nouvelles respectives tout en faisant attention à ne pas réveiller leur camarade Victoria qui dormait à poings fermés.

La reprise des cours s'annonçait difficile, non seulement par la masse de travail qui les attendait mais aussi par les nouveaux éléments de l'enquête qui étaient parvenus aux oreilles de toute l'école. En effet, la nouvelle de Darcy Adamson, une brillante sorcière disparue qui était revenue d'entre les morts pour agresser sa propre fille avait été relayée par les allers et retours d'une Auror à Poudlard et par le retour de l'une des étudiantes injustement nommée coupable. Si la majorité du corps enseignant avait voulu garder ces témoignages secrets, il était inconcevable de ne pas expliquer les raisons du retour de Fiona Dixon à l'école. Depuis la veille, personne ne l'avait vue ou ne serait-ce qu'entendue. Une annonce avait été faite lors du dîner, mais Fiona avait manqué à l'appel, ce qui avait alimenté les habituelles rumeurs grouillantes et insensées au sein de l'assemblée.

Pourtant, le retour de Fiona Dixon à Poudlard n'était pas le sujet qui avait tracassé les deux amies la nuit précédente. Tandis que Rose avait été vivement interpelée par les agissements de Darcy, Juliet au contraire avait été préoccupée par Poppy Robards, qui venait tous les jours à l'école sous prétexte d'avoir un interrogatoire à mener. En effet, l'Auror avait été un véritable dérivatif à ses problèmes : au lieu de se lamenter sur son sort et à marmonner des insultes à l'encontre de tout ce qui arrivait à sa famille, Juliet trouvait tous les moyens imaginables pour la tourner en bourrique. Durant toute la semaine, la jeune fille avait pris un malin plaisir à s'enfuir dans les recoins de l'école lorsque l'Auror arrivait à Poudlard.

— Rose, c'est quoi les formules des sortilèges impardonnables ?
— Je pense que c'est mieux si tu restes dans l'ignorance.
— Ignorance, ignorance… marmonnait Juliet, de mauvaise humeur. En attendant je crois que je vais lui arracher ses si beaux cheveux, grommelait Juliet devant la fenêtre de leur dortoir. Tu la verrais, Rose, elle est insupportable. Elle me regarde toujours avec ce petit air suffisant… non, tu ne trouves pas ? Tu l'as vue hier soir, non ? Et puis d'abord, quels parents ont l'idée de nommer leurs enfants après des stupides fleurs… Poppy… Poppy… Pop-pop…

Rose s'éclaircit la gorge avant de repartir à la recherche de son mascara favori. Après quelques instants néanmoins, elle se releva, une expression mi-inquiète, mi-vexée au visage.

— Mais pourquoi tu n'arrêtes pas de parler de cette Poppy ? Tu ne crois pas avoir d'autres soucis à régler ?

— Je ne peux pas régler mes soucis tant qu'elle me suit partout où je vais, répondit Juliet, plantée au milieu de la pièce, déjà prête à aller en cours.
— Je pense surtout que tu as besoin de te changer les idées. Pourquoi tu n'irais pas voir Cameron ? Quitte à décharger ta colère sur quelqu'un, autant la lâcher sur lui.
— Ne prononce pas le nom qui commence par C et qui finit par Ameron, Rose, je te l'ai déjà dit. Je ne veux plus le voir, répliqua Juliet en articulant chaque mot de sa dernière phrase.

Exaspérée, Rose haussa les épaules au moment même où Victoria arrêta de faire couler l'eau de sa douche.

— Il n'y a que deux personnes avec qui j'ai envie de parler, maintenant.
— Oui, je sais. Lloyd et ta mère, c'est ce que tu me répètes depuis que je suis arrivée hier. Écoute, lui dit-elle pour changer de sujet. Tu ne veux pas qu'on parle d'autre chose ? Je ne t'ai toujours pas montré les belles photos que j'ai prises à Reykjavik. Les paysages étaient magnifiques, je suis sûre que ça te changerait les idées, après… toute cette histoire. Hugo en a ruiné quelques unes avec la tronche qu'il tire mais je vais apprendre quelques sortilèges pour modifier ces photos… peut-être retirer un personnage complètement d'ailleurs… oh, et je te l'ai pas dit, mais j'ai rencontré quelqu'un, Juliet.
— Attends, je vais essayer quelque chose, la coupa son amie.

Rose se renfrogna en remarquant que Juliet ne l'écoutait pas. Cette dernière s'était rapprochée de la fenêtre et finit par l'ouvrir pour une raison qui lui était inconnue. Du mouvement dans la salle de bain se fit entendre, signe que Victoria en avait bientôt fini et qu'elle débarquerait dans la minute dans le dortoir. De mauvaise humeur, Rose entreprit de passer une fine couche de mascara sur ses cils presque transparents. Elle ouvrit légèrement la bouche dans un grand moment de concentration quand, dans son champ de vision périphérique, elle vit Juliet enjamber le rebord de la fenêtre.

— Juliet ! Ouch, fit-elle en se mettant sa brosse dans l'oeil.

La main plaquée sur son oeil, Rose se précipita sur la fenêtre où Juliet venait de disparaître. Dans les airs, à la hauteur du septième étage, Juliet se trouvait sur son balai, les bras levés en signe de victoire.

— Je suis une sorcière, je vole sur un balai volant ! Pourquoi je n'y ai pas pensé avant ? J'ai ma porte de sortie, Rose ! lança-t-elle avec un grand sourire. Robards n'a qu'à aller se faire voir…
— S'il-te-plaît, reviens ici tout de suite ! s'écria Rose en se penchant par la fenêtre.

Mais son amie ne l'écoutait toujours pas et fila avec vitesse de l'autre côté de la tour sous le soleil radieux de ce début de semaine. Ravalant sa rage, Rose paniqua légèrement quand elle se sentit basculer en avant, prise de vertige, alors elle rentra rapidement dans la sécurité de son dortoir au moment où Victoria sortait de la salle de bain, étonnée du raffut que produisaient ses amies. Rose évita ses questions quant aux cris qu'elle avait entendu puis se précipita sur son miroir de poche. Et voilà qu'elle ressemblait à s'y méprendre au patronus Jack Russell de son père Ron. Tandis que Rose se frottait vigoureusement l'oeil à l'aide d'un mouchoir, Juliet s'extirpa non sans difficulté de l'encadrement de la meurtrière, son balai à la main.

— Je crois que je vais diminuer ma dose quotidienne de cookies… J'ai pris un peu de poids dernièrement…
— Pourquoi ? Tu as déjà essayé de te défenestrer avant ?
— Ah, ah. Très drôle.
— Non, je ne trouve pas ça très marrant, Juliet. Vous m'inquiétez, toi et Al. Il n'y en a pas un qui rattrape l'autre. Tu as eu le temps de lui parler hier soir avant qu'il ne s'enfuie on ne sait où ?

Juliet secoua la tête en signe de négation. Si Albus avait été sur le point de lui avouer ce qu'il avait sur le coeur avant qu'ils ne partent en vacances chacun de leur côté, il n'en était plus rien désormais. A vrai dire, c'était à peine s'il avait diné avec ses amis la veille. Après s'être enquis des nouvelles de Juliet, il s'était rapidement évaporé pour ne plus donner signe de vie avant que les filles ne montent à leur dortoir. Se demandant vaguement à quoi Albus pouvait bien être occupé pour ne pas avoir été présent de la soirée, Juliet alla poser son balai contre son armoire et se dressa sur la pointe des pieds pour gratter l'oreille de Fizwizbiz, perché sur cette dernière, occupé à observer les opérations matinales d'un oeil méfiant.

— Les filles ! les interpella Victoria en passant la tête par la porte du dortoir. Dépêchez-vous ! Apparemment ce matin Lloyd est d'une humeur épouvantable, il aurait déjà envoyé en retenue deux premières années qui avaient sorti leur baguette magique dans le couloir !

Rose et Juliet échangèrent un regard surpris. Les battements du coeur de Juliet s'accélèrent. Ce qu'elle avait attendu depuis son retour à Poudlard était enfin arrivé. Ainsi, Aaron Lloyd était enfin de retour au château. Bientôt, la panique laissa place à un sourire satisfait quand elle réalisa que son professeur n'était pas dans ses meilleurs jours. Avait-il quelque chose à se reprocher ? Les interrogatoires de Poppy Robards auraient-ils révélé une faille chez l'insaisissable professeur de métamorphose ? La brèche était ouverte et Juliet comptait bien s'y infiltrer.

Alors que Rose entrait dans une crise de panique qui lui faisait faire des gestes trop précipités pour tout jeter pêle-mêle dans son sac, Juliet ne se pressa pas pour autant. En fait, elle avait bien l'intention de prendre tout son temps pour se rendre dans sa salle de classe.

— Je pense que je vais aller chercher un toast à la Grande Salle avant que le cours ne commence, l'informa Juliet d'un ton calme et posé.

Rose releva la tête de son sac, l'air complètement ahurie.

— T'es tombée sur la tête ? Il nous reste un quart d'heure avant le cours de Lloyd, manger est le dernier de nos soucis. Tiens, je dois avoir quelques barres de céréales dans ma valise, tu n'as qu'à te servir…
— Non, non, répliqua Juliet en se dirigeant à son tour vers la porte. Je passe d'abord à la Grande Salle, ensuite je vais en cours.
— Je rêve où tu veux intentionnellement arriver en retard au cours de Lloyd ? Ce n'est pas…

Mais Juliet n'eut pas le temps d'entendre la suite qu'elle s'était déjà éclipsée hors du dortoir sur les pas de Victoria avant elle. Une fois dans la salle commune presque vide à cette heure tardive, la Gryffondor se mit à presser le pas : si elle voulait soigner son entrée en cours de métamorphose, il n'était pas question d'arriver avec une demi-heure de retard. Ainsi, elle ignora comme à son habitude des derniers jours Rebecca Morris qui traînait dans les environs de la tour Gryffondor, occupée à lire quelques uns de ses dossiers en marchant. Juliet la dépassa rapidement et à son plus grand malheur, la concierge la remarqua et la rattrapa aisément.

— Bonjour, Juliet ! J'espère que tu as bien dormi.

Juliet grogna en guise de réponse. Même si Rebecca n'était pas la personne à qui elle devrait en vouloir, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir des émotions négatives à son encontre. Ainsi, les deux jeunes filles parcoururent le château du septième étage au rez-de-chaussée ensemble, sans pour autant que Juliet ne réponde au monologue de la concierge. Cependant, Rebecca était d'une nature engageante et ne se vexait pas pour un sou. Alors elle continuait de lui raconter sa vie aux Etats-Unis, comment ses parents s'étaient rencontrés autour d'un match amical des Rase-Cimes de Tarapoto contre les allemands Heidelberg Harriers à la Nouvelle-Orléans.

Ce n'était qu'une fois arrivée devant les portes de la Grande Salle que Rebecca se rendit compte de l'heure avancée de la matinée après avoir jeté un bref coup d'oeil à sa montre.

— Tu n'es pas censée être dans la cour de métamorphose, maintenant ?
— Si, répondit Juliet le plus naturellement du monde.

Rebecca la regarda, les sourcils froncés mais peu encline à dicter sa conduite à la sixième année. Juliet lui sourit et s'infiltra dans la Grande Salle où elle manqua de foncer dans Carlton.

— Elles se jettent toutes sur moi… renifla t-il d'un air supérieur avant d'éclater de rire.

Il était accompagné de Melinda qui leva les yeux au ciel face à la remarque de son ami et de Troy qui avait toujours un crumpet dans la main, prêt à le porter à sa bouche.

— Hé Juliet ! Tu tombes à pic ! s'exclama ce dernier. J'ai décidé d'ajouter une séance d'entraînement en vue du prochain Gryffondor-Poufsouffle. Annule tous tes plans pour demain soir. T'es avec moi.
— Tu parles d'une soirée romantique, lança Melinda Warren en levant à nouveau les yeux au ciel.

MacMillan lui jeta un regard noir et reporta son attention sur la sixième année qui acquiesça instantanément. Il était hors de question qu'elle ajoute du stress à son capitaine au bord de la crise de nerfs avec ses ASPICs. Derrière eux, Carlton avait sorti discrètement des feuilles et du tabac du fond de la poche de sa cape et entreprit de se rouler une cigarette.

— Bien. Je compte sur toi, reprit Troy avant de mordre dans son crumpet beurré.
— On devrait y aller, dit alors Melinda en désignant les escaliers de marbre. Carlton, tu viens ?

Juliet, Melinda et Troy se retournèrent à l'unisson vers Carlton qui venait de faire tomber tout son tabac sur les dalles de pierre et leva lentement la tête vers les trois Gryffondor. Il passa une main gênée dans ses cheveux blonds sale tandis que Juliet et Troy se mettaient à rire.

— Irrécupérable, commenta Melinda d'un air dépassé en laissant les deux garçons derrière elle.

Dans un profond soupir destiné à la bêtise de Carlton, le capitaine des Gryffondor emboîta le pas à son amie. Juliet s'apprêta à faire de même et laisser Carlton ramasser son tabac, accroupi sur le sol, quand il l'interpela :

— Hé, Hardy ! Tu sais que t'es en train de devenir une célébrité ? lança Carlton avec son petit sourire goguenard.
— De quoi tu parles ?

Carlton leva l'index pour lui demander d'attendre et se releva tant bien que mal, une partie de son tabac dans sa main libre. Puis il se mit à tâtonner ses poches sous le regard suspicieux de Juliet. Comment pouvait-elle devenir célèbre ? Alors qu'elle songeait sérieusement à l'une des blagues vaseuses du septième année, ce dernier trouva enfin sa baguette magique.

Accio Gazette du Sorcier !

Carlton plissa les yeux en direction de la table des Gryffondor, presque vide l'heure où la majorité des élèves avaient cours. Un exemplaire du journal le plus lu en Grande Bretagne s'échappa de l'emprise d'une assiette remplie de porridge pour s'élancer vers eux et remonter toute la longueur de la pièce. Quand la Gazette du Sorcier finit dans les bras de Carlton, des regards curieux s'étaient tournés vers eux. Juliet croisa les bras, un mauvais pressentiment désagréable montant en elle.

— J'suis le seul à lire les faits divers avec eux, lui dit-il avec un air concentré en cherchant la page qui l'intéressait.

Il lui tendit la gazette avant de s'accroupir à nouveau.

Hominum Revelio ?

En octobre dernier, on apprenait à travers un auror délégué aux affaires de Poudlard qu'une élève avait été retrouvée dans la forêt interdite après avoir été portée disparue. Un bilan à faire friser les poils d'un boursouflet : une mémoire effacée et tous ses repères en vrac. En effet, cette élève de sixième année avait subi les foudres de l'une de ses camarades Serpentard. Le motif de la responsable en question ? Une amourette qui aurait mal fini.

Deux mois plus tard, nous apprenons que la réalité en est toute autre : l'auteur de cette bien triste agression ne serait autre que la mère de la victime, Darcy Adamson, rôdant à s'y méprendre dans fins fonds de la sombre Forêt Interdite, bien des années après sa disparition du monde sorcier. Après enquête auprès des parties concernées, nous pouvons nous demander de façon légitime ce qui a motivé un tel acte. Secret dévoilé ? Erreur de sortilège ? Démence ? C'est pourquoi nous nous sommes interrogés sur cette famille qui semble cacher plus de secrets qu'elle n'y paraît. Il y a maintenant plus de sept ans, Charles Hardy décidait seul que ses filles n'iraient pas à Beauxbâtons, l'académie de magie française. A la place, il les envoyait à Poudlard, pour une raison qui nous semble nébuleuse : les lancer sur la trajectoire de leur mère qui les a quittés à leur naissance. En se penchant d'un peu plus près sur cette histoire, on se rend vite compte que cet abandon est tout ce qu'il y a de plus curieux. La dite Darcy Adamson n'a pas donné signe de vie depuis la fin de ses études d'alchimie.

Une mère disparue depuis une quinzaine d'années, un père qui tente d'éloigner ses enfants de leur domicile en France et des filles qui se font agresser après cinq ans au sein de l'école, que se cache-t-il derrière ces circonstances pour le moins étranges et suspicieuses ? Ce qui est certain, c'est qu'à la place de sa fille à Poudlard, je m'assurerais de mes arrières pour ne pas subir le même sort que ma soeur.

Sois sur tes gardes, J.

Par Armando Djiev

Après sa lecture, Juliet contempla l'article d'un air vide. Elle ne savait pas ce qu'il y avait de pire : l'histoire de sa famille révélée au grand jour ou le fait que le journaliste ne la mentionne aussi directement. Aussitôt, Juliet jeta un coup d'oeil autour d'elle. Les élèves curieux qui avaient vu le journal voler jusqu'à eux s'étaient détournés de Carlton et elle mais elle n'était pas dupe. Cet article allait lui faire bourdonner les oreilles, elle en était certaine. Elle jeta de nouveau un oeil au journal avant de le laisser tomber parterre et laisser Carlton seul sans demander son reste.

— Hé ! Un peu de respect ! s'exclama Carlton de sa voix graveleuse.

La tête vide, Juliet se rendit machinalement à la salle de métamorphose où le cours avait bien évidemment commencé. La Gryffondor posa la main sur la poignée glacée de la porte, révisant son avis de s'y rendre avec dix minutes de retard. De l'autre côté du mur, on entendait clairement la voix du professeur Lloyd, qui était en train de passer en revue l'examen pratique sur les sortilèges informulés de la semaine qui avait précédé les vacances. Juliet sourit légèrement. Avec son absence, il ne pouvait trouver aucun moyen de lui lancer de piques quand à ses capacités magiques. Toujours indécise, Juliet se gratta le menton en se demandant ce qu'elle allait faire.

Valait-il le coup d'assister à un cours qu'elle détestait maintenant qu'elle avait dépassé le stade du retard que la bienséance avait établi ? De l'autre côté du spectre, il serait pourtant ridicule de ne pas entrer alors qu'elle se tenait devant la porte… et pourquoi manquerait-elle une occasion de le pousser à bout alors qu'il savait tout ce dont elle avait besoin de savoir sur sa mère ?

A cette pensée, Juliet reposa sa main sur la poignée et entra dans la salle en se donnant toute l'assurance dont elle était capable. Son entrée triomphante dans la salle de classe coupa court aux explications du professeur et tous les regards se tournèrent vers elle et ses cheveux à peine démêlés. Juliet n'eut le temps de remarquer que Rose, au fond de la classe, l'air de lui demander ce qui lui prenait en se ratatinant sur son siège.

— Il semblerait que miss Hardy ait accepté de nous honorer de sa présence, remarqua calmement Lloyd en s'adressant à la classe. Pouvons-nous connaître les raisons de votre retard, miss ? Soyez inventive, je retirerais un nombre de points à votre maison en accord avec votre réponse.

Des éclats de rires retentirent dans la classe, dont Victoria Finnigan qui fut la première à pouffer derrière son livre « La métamorphose pour sorciers médiocres ». Juliet serra les poings, la bouche sèche, et lança d'un ton aussi détaché que possible :

— Ma mère ne m'a jamais appris à me servir d'un réveil.

Un silence lui répondit. Le silence le plus lourd qu'il lui ait été d'entendre dans une salle de classe. Lloyd la contempla quelques instants, ne démontrant aucun signe de ressentiment ou de surprise, juste son maintien raide et aux expressions neutres. Juliet n'osa plus respirer le temps que son professeur ne prenne la décision de la virer à grands cris de son cours ou qu'il ne se décide à lui retirer un nombre de points équivalent au faible nombre de rubis restant dans le sablier de Gryffondor. Pourtant, il n'en fut rien.

— Allez vous asseoir.

Juliet se tourna à nouveau son professeur qui la vrillait de son regard neutre et qui lui donnait l'envie de se terrer six pieds sous terre. Avec l'impression de trembler de la tête aux pieds, Juliet se rendit à la première place libre qu'elle trouva et qui se trouvait au premier rang… ce qui était une bonne chose puisqu'elle était bien trop proche du devant de la classe pour croiser à nouveau le regard sombre et effrayant de son professeur. Ce n'était qu'après s'être assise qu'elle réalisa son erreur.

À ses côtés se trouvait Fiona Dixon, légèrement recroquevillée sur sa chaise, qui lui servit un sourire timide quand Juliet remarqua sa présence.

Encore plus livide qu'auparavant, la Gryffondor eut grand peine à lui sourire en retour et se détourna de la Serpentard de retour au château en faisant bien attention à rester de son côté du bureau. Si Andrea lui avait avoué avoir rencontré Fiona avant les vacances, Juliet ressentait toujours des sentiments conflictuels à son encontre. Fiona paraissait être une gentille fille, mais elle demeurait aussi une suiveuse qui aurait tout fait pour suivre son idole Maisie. Maintenant que Maisie Lloyd était hors du tableau et hors de nuire, qu'allait-elle devenir, seule et victime d'un complot qui avait eu raison d'elle ?

Mais avant que Juliet n'ait à s'interroger plus longuement sur l'avenir de Fiona Dixon à Poudlard, cette dernière fit glisser un morceau de parchemin vers elle. Juliet déglutit et l'ouvrit lentement, dévoilant une écriture fine et italique.

Je pense que nous allons devoir nous parler, un jour ou l'autre.

Circonspecte, Juliet replia le morceau de parchemin, les sourcils froncés, puis le retourna à l'expéditeur, en espérant que le message qu'elle voulait lui faire passer aura été compris.

Le double cours de métamorphose passa lentement. Lentement au point que Juliet ne regrette sa décision d'être entrée dans cette salle de classe. La simple présence de Fiona Dixon à seulement quelques centimètres d'elle la mettait mal à l'aise, au point de ressentir des petits frissons désagréables à la base de la nuque à chaque fois que la Serpentard bougeait, prenait sa plume ou même quand elle sentait son regard sur elle. Cependant, elle n'eut rien à craindre des représailles de son professeur, qui ne daigna pas une seule seconde s'intéresser au binôme qu'elle formait avec Fiona Dixon.

Lorsque le cours s'acheva enfin, Juliet prit tout son temps avant de ranger sa plume, son parchemin et sa baguette qui n'avait pas servi. A côté d'elle, Fiona Dixon avait adopté la même attitude qu'elle, même si Juliet n'avait aucune intention de lui adresser la parole. Ce qu'elle avait envie de faire depuis des jours et des jours était désormais arrivé : coincer son professeur et obtenir des réponses. Alors quand Albus débarqua à ses côtés, Juliet poussa un soupir exaspéré même si son arrivée eut le mérite de faire fuir la Serpentard.

— Je sais ce que tu veux faire, lui dit-il à l'oreille.
— Et tu veux m'en empêcher ? s'impatienta Juliet en rangeant sa plume.

Albus arqua un sourcil.

— Nope. Mais je serai pas loin.

Puis il s'éclipsa à la suite des autres et le brouhaha de fin de classe s'évapora lentement à mesure que leurs camarades sortaient dans le couloir. Juliet en profita pour se planter devant le bureau de Lloyd et attendit qu'il remarque sa présence. Assis, il triait ses notes minutieusement et elle dut attendre quelques secondes avant qu'il ne daigne lever la tête vers elle. Son regard était interrogatif, comme si leur altercation datant d'il y a deux heures n'avait jamais existé. Juliet prit une grande inspiration.

— Qu'est-ce-qui est arrivé à Darcy ?

Lloyd ricana. Puis il se leva et rangea sa liasse de parchemins dans sa malette.

— La question correcte serait plutôt, qu'arrive-t-il à toutes les personnes qui ont côtoyé votre mère ?

Juliet fronça les sourcils. Le dernier élève passa la porte, William Leighton, qui jeta un coup d'oeil intrigué aux deux personnes restantes dans la classe avant de disparaître à son tour. Momentanément perturbée par son Némésis, Juliet reporta son attention sur son professeur qui avait ramassé ses derniers parchemins et qui avait visiblement l'intention de quitter la salle, lui aussi.

— Je sais que vous étiez amis, répliqua Juliet d'une voix remplie de rancoeur. Je sais que vous cherchez à la retrouver. Il semblerait que vous soyez celui qui a des choses à se reprocher… pas elle.

Le professeur Lloyd s'arrêta à mi-chemin entre son bureau et la porte.

— Juliet, Juliet… soupira-t-il comme s'il s'adressait à un enfant.

L'interpellée frissonna de la tête au pied en entendant son prénom dans sa bouche.

— Ce n'est pas ce que les faits relatent. Vous avez vu Darcy jeter un sortilège d'Oubliettes sur votre soeur.
— Je vous ai aussi vu cette nuit là, elle était dans votre bureau, lui rappela Juliet, intraitable.
— C'est du Darcy tout craché, en effet. Apparaître à des moments où on s'y attend le moins.
— Comment je pourrais le savoir ? s'emporta Juliet. Vous l'avez connue, pas moi. C'est injuste ! Vous me devez au moins ça ! J'ai le droit de savoir ce que vous lui voulez après toutes ces années ! Ce que vous trafiquez ensemble depuis tant d'années !

Un long silence s'ensuivit. Juliet regretta même d'être allée trop loin. Puis, Lloyd eut un sourire contrit et se détourna d'elle comme si son attitude avait mis un terme à leur discussion. Tandis que son professeur quittait la salle à son tour dans la fraîcheur hivernale des couloirs, Juliet tenta de se ressaisir. Mais elle était une piètre manipulatrice : comment parvenir à lui arracher des réponses alors qu'il demeurait le professeur le plus énigmatique de toute l'école ?

Poussée par son besoin d'en savoir plus, Juliet suivit ses traces et se mit à courir pour le rattraper. Aaron Lloyd n'était pas particulièrement pressé, et la présence de Juliet ne sembla même pas l'irriter comme à son habitude. Un léger sourire était apparu sur ses lèvres alors qu'il marchait tranquillement.

— Qu'est-ce-que vous voulez de ma mère ? l'attaqua-t-elle en le suivant aux talons.

Le professeur fit la sourde oreille et dépassa un groupe d'élèves qui les regarda passer, l'air curieux.

— Je n'arrêterai jamais de chercher la vérité, persista Juliet entre ses dents. Je vous harcèlerai chaque jour jusqu'à la fin de ma scolarité s'il le faut.

Le sourire de Lloyd s'allongea un peu plus alors qu'il s'arrêtait devant une lourde porte en bois sombre. La salle des professeurs. Déconfite, Juliet serra les poings de frustration et lança :

— Je découvrirais ce que vous cachez depuis des années, tous les deux… je découvrirais qui est le frère de Darcy que vous connaissez. Je vais chercher, mettre ce château sans dessus dessous si c'est ce que je dois faire pour avoir la moindre réponse à mes questions. Vous pouvez en être sûr.

A sa plus grande surprise, le professeur Lloyd se retourna enfin vers elle et la gratifia d'un sourire qui aurait pu être destiné à la bêtise d'un enfant pris en faute.

— Hélas, je doute que cela soit possible.
— Pourquoi donc ?

Lloyd posa la main sur la poignée derrière lui et la tourna, produisant un déclic sourd dans le mécanisme de la porte.

— Vous ne trouverez rien ici. Ni sur moi, ni sur votre mère. Votre oncle est un Cracmol, il n'a jamais posé un pied à Poudlard et vous tuerait probablement pour être la fille de sa soeur. Non, cette école ne vous donnera aucune réponse sur votre famille.

Éberluée, Juliet fixa la porte qui venait de se fermer sur Lloyd comme si elle s'était adressée à elle, et murmura :

— Hein ?


— Potter, tu es sûr de vouloir faire ça ? On pourrait être renvoyés…

Dans un couloir du troisième étage, Barbara Hopkins et Albus Potter marchaient au pas de course après avoir quitté ensemble leur cours commun d'arithmancie. Les couloirs étaient déserts, la majorité des étudiants étant toujours en cours à cette heure de l'après midi. Albus avait même raté son cours de potions pour pouvoir mener leur mission à bien. Cela faisait maintenant quelques jours que l'idée d'un plan avait germé dans son esprit et il devait bien remercier son frère et sa soeur pour ça : en effet, Lily et James avaient utilisé la dernière trouvaille de leur oncle George pour pouvoir l'espionner pendant les vacances. Ne restait plus qu'à s'introduire dans le bureau de Lloyd, la raison pour laquelle Albus avait pris soin de rater un cours où il serait sûr que le bureau serait vide.

— Et c'est quoi, ça ? lui demanda-t-elle en désignant le paquet de Dragées Surprise de Bertie Crochue dans la main du jeune homme.
— Ils ont la particularité d'être ensorcelés afin que nous puissions écouter aux portes. C'est la version améliorée des Oreilles à Rallonge, sans les fils, expliqua Albus alors qu'ils montaient la dernière volée d'escaliers menant au bon couloir.

Hopkins secoua la tête lentement alors qu'ils arrivaient dans le couloir où le bureau de Lloyd se trouvait. Elle n'était pas du tout d'accord avec la manière dont s'était déroulé le plan d'Albus. Sentant l'appréhension et les doutes que la Serdaigle avait à propos de ce qui allait se produire, Albus l'attrapa par le poignet et la força à s'arrêter à quelques mètres de leur destination.

— Écoute, Hopkins, je ne t'ai jamais demandé de m'accompagner, lui rappela-t-il, impatient. Alors si tu ne veux pas m'aider, ou si tu continues à te plaindre, tu peux partir.

Barbara croisa les bras en détournant le regard.

— Si jamais tu te fais avoir, ne me fais pas plonger avec toi. Mon dossier a déjà eu quelques déconvenues. Mais pour le reste, je te suis.

Albus soupira profondément devant la moue vexée de la Serdaigle, puis il rendit les armes.

— D'accord… fit enfin Albus en sortant lentement sa baguette magique. Surveille le couloir, si quelqu'un arrive, tu donnes un coup dans la porte et tu te casses, comme la peureuse que tu es. Compris ?

Barbara acquiesça doucement, dédaigneuse, et Albus s'empressa de murmurer un « Alohomora » discret sur la porte. Il y eut un déclic et il put s'infiltrer rapidement dans le bureau. Rien n'avait bougé depuis la dernière fois où ils s'y étaient infiltrés, Rose et lui. Efficace, Albus sortit les Dragées Surprise de Bertie Crochue et étudia la pièce avec attention. S'ils se faisaient prendre, ils risquaient très gros. Albus serra les poings, indécis. Où allait-il pouvoir disposer les dragées sans que leur professeur ne puisse les déceler ?

Puis, il la vit. La plante verte près du bureau au centre de la pièce. Aussitôt, Albus bondit sur ses pieds et s'accroupit auprès du pot de fleur. C'était l'emplacement parfait. Ils pourraient entendre facilement en partant du principe que leur professeur était le plus souvent assis à son bureau et une fois dissimulées dans la terre, les dragées seraient impossibles à remarquer. Albus les enfouit et s'assura ensuite qu'il laissait la terre comme il l'avait trouvée. Ensuite, il ne restait plus qu'à prendre que quelques précautions comme insonoriser la pièce d'à côté et ils pourraient écouter les conversations de leur professeur avec une facilité déconcertante.

Albus se releva lentement, satisfait de sa planque, et étudia une dernière fois la distance entre la plante verte et la salle qui se trouvait à côté. Les dragées ayant une portée maximale, Albus ne voulait rien laisser au hasard et être certain de son stratagème. Après un dernier regard lancé derrière lui, Albus eut un sourire : si Aaron Lloyd avait quelque chose à cacher, il le découvrirait.

— Potter ! J'espère que t'as un plan, parce qu'il arrive ! s'exclama Hopkins en débarquant en trombe dans le bureau. Je l'ai entendu, il est avec quelqu'un !

Abasourdi, Albus mit au moins une seconde à réagir.

— Je croyais que tu ne voulais pas tomber avec moi ? répondit-il en sortant sa cape d'invisibilité de sa poche.
— J'ai paniqué, j'ai complètement paniqué ! s'écriait-elle, hystérique.
Chut !

Albus la prit par le bras et l'entraîna fermement dans le coin opposé de la pièce, puis il s'enveloppa de la cape d'invisibilité avec la Serdaigle qui tremblait tellement elle avait peur de se faire coincer. Albus eut à peine le temps de s'assurer que leurs pieds étaient recouverts par la cape que la porte s'ouvrit sur Lloyd. Mais pas le Lloyd espéré. Cameron entra lentement dans le bureau pendant que Albus et Barbara, collés l'un à l'autre à côté de la fenêtre, échangeaient un regard surpris.

— D'accord. Vingt secondes, murmura Cameron d'un ton calme.

Le Serpentard balaya rapidement de son bras le bureau central recouvert de copies d'élèves soigneusement empilées. Les parchemins se mirent à voler dans la pièce pendant que Cameron donnait un violent coup de pied dans la plante verte où Albus s'était appliqué à dissimuler ses dragées. Albus se retint de se plaquer la paume de sa main contre son front quand la terre s'éparpilla parterre, dévoilant les dragées colorées au grand jour. A ses côtés, Barbara se blottit un peu plus contre Albus, évitant la nouvelle salve de parchemins que Cameron envoyait valser dans le bureau de son père.

Quelques secondes plus tard, Cameron contempla les dégâts qu'il avait produits avec un petit sourire satisfait. Albus se retint de respirer, s'il en restait là, alors Barbara et lui pourraient s'en sortir sans qu'on ne les repère. La respiration de la Serdaigle s'accéléra lorsque Cameron sortit sa baguette magique et la pointa sur la seule armoire de la pièce, qui se trouvait à quelques centimètres d'Albus.

« Non, non… ne fais pas ça », supplia-t-il intérieurement en sachant pertinemment ce qui allait arriver.

Reducto !

Au moment où l'armoire explosa en une multitude morceaux de bois, de parchemins et de morceaux de verre, Albus poussa Barbara sur le côté et se jeta à son tour, dévoilant au moins la moitié de son corps qui n'était plus protégée par la cape d'invisibilité. Cameron n'en manqua pas une miette, lui qui venait de détruire les meubles de son père. Il perdit son sourire et fixait avec une surprise non dissimulée l'endroit où les jambes d'Albus étaient apparues l'espace d'un instant. Accroupie, Barbara lui soufflait de ne pas bouger d'un pouce en lui montrant les débris à leurs pieds.

Cameron fit un pas en avant vers les deux sixièmes années avant que le professeur Lloyd n'apparaisse dans l'encadrement de la porte. Albus souffla. Barbara au contraire n'avait toujours pas repris sa respiration.

— Cameron… soupira-t-il d'un air fatigué. Tu n'as pas autre chose à faire de tes journées ? Serais-tu encore un enfant ?
— Ouais, le tien.

Délaissant le coin de la pièce où Albus et Barbara Hopkins étaient cachés, Cameron se retourna pour faire face à son père. Albus pria pour que le Serpentard se taise, et surtout, qu'il ne les dévoile pas à Aaron Lloyd. Il jeta un regard angoissé aux cinq dragées qui étaient étalées parterre parmi les débris et qui étaient facilement identifiables.

— Qu'y-a-t-il ? demanda le professeur d'un ton détaché.
— Maisie était au courant ? Maisie était au courant de qui était Darcy Adamson, et tu ne m'as jamais rien dit ?
— Encore cette histoire de jalousie entre vous, remarqua Aaron, blasé, en rentrant dans son bureau détruit.

Lloyd jeta un coup d'oeil circulaire à l'étendue des dégâts devant un Cameron qui se retenait avec de grands efforts de ne pas exploser. Albus n'avait encore jamais vu le Serpentard perdre son sang froid. Il était réputé pour agir avec la tête froide et surtout pas dans un excès de colère.

— Comment tu peux espérer que je sois dans ton camp si tu fais de telles différences entre nous ? C'est pour ça que tu ne voulais pas que je me rapproche de Juliet ? Parce que sa mère et toi prenaient du bon temps dans les mêmes recoins de Poudlard ? Tu me dégoûtes.

Le professeur demeura impassible face aux mots de son fils et continua son tour du bureau, jusqu'à se rendre à l'endroit où Albus et Barbara étaient accroupis, cette dernière était devenue livide.

— Tu ne sais pas de quoi tu parles, Cam, reprit lentement Lloyd. Si je ne t'ai rien dit, c'est parce que j'ai jugé l'information inappropriée.
— Bien, alors je ne regrette en aucun cas ce que je viens de faire, ajouta Cameron d'un ton menaçant.

Cameron se pencha pour ramasser une poignée de copies d'élèves et les déchira lentement les unes après les autres sans que son père ne l'interrompe. Puis il les laissa tomber, comme une feuille tomberait doucement de son arbre en automne, pendant que Lloyd gardait le regard rivé sur celui de son fils.

— Tu leur expliqueras à quel point leurs devoirs manquaient de pertinence, hein ?

Cameron shoota dans un morceau du pot de la plante verte et partit sans demander son reste, laissant le professeur Lloyd seul dans la pièce saccagée. Barbara ferma les yeux, livide, et même s'il ne voulait pas se l'avouer, Albus craignait autant la réaction de leur professeur autant que la réaction de son frère s'il apprenait à quoi il occupait ses soirées. Barbara déglutit difficilement en voyant le professeur se rapprocher d'eux, faisant craquer à chaque pas les morceaux de bois brisés sous ses pieds. Albus commença à reculer le plus silencieusement possible à mesure que les pas de Lloyd se rapprochaient de lui. Il n'était plus qu'à un demi-pas des deux étudiants quand une voix féminine se fit entendre à la porte.

— Oh la vache, qu'est-ce-qui s'est passé ici ?

Aaron Lloyd se détourna des gravas.

— Ceci, ma chère Rebecca, est ce que l'on appelle communément le résultat de la crise d'adolescence.

La jeune concierge acquiesça lentement, pas certaine de savoir quoi répondre.

— Des avancées ? lui demanda-t-il au bout de quelques instants.

Rebecca se prit les mains l'une dans l'autre, l'air affreusement gênée. Lloyd comprit instantanément qu'elle n'avait pas de bonnes nouvelles à lui apporter et il perdit sa patience :

— J'aimerais vous rappeler, miss Morris, que votre présence ici n'est due qu'à mon extrême gentillesse et à ma capacité à vous laisser vagabonder comme bon vous semble dans cette bibliothèque que affectionnez tant. Je vous demande une chose en retour, une seule.

Rebecca perdit ses couleurs et se mit à se mordiller les lèvres. Albus se pencha en avant, ne voulant perdre aucune miette de l'échange qui avait lieu sous ses yeux. Au bout de quelques instants néanmoins, Rebecca se redressa, avala sa salive et lança d'une voix qu'elle voulait assurée mais aux accents légèrement tremblotants.

— Vous n'avez pas idée à quel point c'est une tâche difficile, et je n'ai pas toutes mes journées ! J'ai un job ici, et un Auror vient de me confier la surveillance d'une élève, je ne peux décemment pas me balader dans le pays comme bon vous semble ! Je sais à quel point ces lieux sont importants pour vous, mais je ne peux pas faire mieux.

Dans un geste rapide, le professeur de métamorphose dégaina sa baguette magique. Albus remarqua Rebecca tressaillir de loin, malgré l'assurance qu'elle se donnait. Pourtant, Lloyd n'avait aucunement l'intention de s'en servir contre elle, il pointa sa baguette sur les débris à leurs pieds et tous les parchemins étalés sur le sol en pierre se mirent à voleter en s'entrecroisant pour former cinq piles nettes sur la surface vide du bureau. Silencieuse, la jeune femme suivit des yeux les copies voler les unes parmi les autres, jusqu'à ce que leur numéro aérien ne s'achève.

— J'ai besoin de rentrer chez moi immédiatement, lui dit Lloyd en allant rassembler les piles de parchemin. Si vous pouviez prévenir un ou deux elfes qu'il y a du travail ici, je ferais quelques efforts du côté de ma patience.

L'américaine ne répondit rien, se contentant de le regarder avec un air concerné. Puis Lloyd ne s'attarda pas et laissa la jeune femme seule dans la piège saccagée. Lentement, elle croisa les bras, tout en détaillant avec une moue attristée l'étendue des dégâts. Pendant un moment, Albus se demanda à quoi elle pouvait bien penser, et si elle réfléchissait à cette mission dont elle était investie. Puis, enfin, elle soupira et quitta les lieux à son tour. Albus et Barbara demeurèrent silencieux jusqu'à ce que l'écho des talons de Rebecca Morris ne s'étouffent dans un couloir adjacent.

Lorsque Barbara Hopkins se fut assurée que tout danger était écarté, elle retira d'un coup sec la cape d'invisibilité au dessus de leurs têtes et se leva. Furieuse, elle pointa un doigt accusateur droit sur Albus.

— Plus. Jamais. Ça.

— Bah quoi ? On est sains et saufs, lui rappela Albus en se levant à son tour.

La Serdaigle respirait bruyamment, et semblait faire tous les efforts du monde pour se calmer, sans succès.

— Ton genre, c'est plutôt de te faire avoir dans des positions pas très catholiques, pas vrai ? la taquina Albus.
— Ferme-la, Potter.

Albus éclata de rire en repliant sa cape d'invisibilité devant le visage rouge de Barbara.

— Ne compte pas sur moi pour recommencer, et je te rappelle que tu ne devrais pas faire le malin. Cameron t'a vu et je ne pense pas qu'il soit assez idiot pour remarquer que ce n'étaient pas les jambes d'une fille.
— Mes jambes pourraient être confondues avec celles de n'importe qui, répliqua Albus en regardant les membres de son corps incriminés.

Barbara leva les yeux au ciel et désigna son pull aux couleurs rouge et or.

— Des jambes masculines aux couleurs de Gryffondor et qui se retrouvent comme par hasard dans le bureau de Lloyd ? Non, tu as totalement raison, il ne devinera jamais à qui elles appartiennent.

Barbara appuya sa dernière phrase d'un revers de main. Le Gryffondor eut un petit sourire et alla ramasser chacun des Dragées Surprise de Bertie Crochue éparpillés sur le sol. Il n'était néanmoins pas déçu que leur plan ait échoué ce soir là. S'il avait appris quelque chose de cet échange, c'était que Rebecca Morris rendait visite à Aaron Lloyd et qu'ils discutaient ouvertement de sa mission. Pensif, Albus se demanda s'ils étaient enfin sur le point d'apprendre ce que représentaient la liste d'ingrédients qu'ils avaient découverte en début d'année.

Quand la Serdaigle entreprit de sortir du bureau en évitant de marcher sur les débris, Albus s'empressa de ranger sa cape d'invisibilité dans sa poche et suivit Hopkins.

— On recommence demain quand tout sera rangé ?
— Oh oui, bien sûr Potter.

Albus se retint de rire devant le faux sourire de Barbara et ils se séparèrent comme si la demi-heure précédente n'avait jamais existé.


Sur le parchemin vieilli, les deux noms se déplaçaient ensemble, dans une parfaite harmonie, au deuxième étage. Il ne faisait aucun doute que les personnes correspondant aux noms marchaient ensemble vers leur destination : un coin reculé et isolé de la bibliothèque. Ils recherchaient le silence, le fait d'être à l'abri des regards. Juliet avait beau avoir essayé, elle ne parvenait pas à détacher son regard des noms de Cameron Lloyd et Barbara Hopkins, ensemble, inscrits sur le papier. Que faisaient-ils ? De quoi parlaient-ils ? Avait-elle raison d'ignorer Cameron au point qu'il ne passe tout son temps libre avec elle ?

Cela faisait bientôt une demi-heure qu'elle observait la carte des Maraudeurs tandis que James était occupé à rédiger son devoir de métamorphose, tellement concentré qu'il ne semblait pas remarquer l'un de ses flacons d'encre renversés sur l'une des tables de la salle commune. Chez les Gryffondor, ce soir-là n'était pas à l'image de ses élèves les plus turbulents. L'ambiance était relativement calme, probablement due à l'absence du groupe de troisième années qui se lançaient des défis quotidiennement. Un coude distraitement posé sur la table qu'occupait James à lui seul, Juliet ne lâchait pas des yeux ces deux noms, sur le parchemin.

Au fond, c'était elle qui l'avait voulu. C'était elle avait décidé de ne plus lui accorder le bénéfice du doute. C'était entièrement sa faute si aujourd'hui, Cameron et elle ne s'étaient plus adressé la parole depuis le soir de la tempête. Elle l'avait bien cherché.

Et pourtant, voir ces deux noms ensemble, de façon aussi régulière, la rendait aussi malheureuse et envieuse.

Quand Juliet détacha enfin son regard humide de la maudite carte, elle s'efforça de ne plus regarder dans cette direction. Elle ne s'en était pas sortie aussi mal jusqu'à maintenant : il avait suffi de s'occuper autant que possible, d'avoir l'esprit occupé jusqu'à tomber de fatigue et ne pas avoir l'occasion de penser à lui. Il ne lui restait donc qu'une seule chose à faire, trouver quelque chose à faire pour la soirée, ce qui n'était pas difficile en soi. Le travail affluait de nouveau à mesure qu'ils retrouvaient chacun de leur professeur depuis leur retour à l'école, quelques jours plus tôt.

Dans un profond soupir, Juliet replia soigneusement la carte que James lui avait confiée, de façon à ne voir que le pan avec les deux noms familiers de Cameron et Hopkins. Non, elle n'était pas devenue folle, elle surveillait tout simplement ses arrières.

Puis elle s'intéressa à ce que faisait James qui s'était mis à travailler comme jamais. Même le fait de lui avoir révélé la condition Cracmolle de son oncle ne l'avait pas perturbé. Il s'était contenté de hocher la tête devant une Juliet dans tous ses états. Une salve de questions s'était insinuée dans sa tête depuis : et si elle avait hérité de ce gène déficient de magie ? Et si les Adamson étaient une famille de tueurs à gage contre laquelle Darcy avait voulu les protéger, elle et Andrea ?

Plus les jours étaient passés, et plus elle s'était rendue à l'évidence que son imagination débordante avait pris le dessus sur sa raison. Depuis que le professeur Lloyd lui avait révélé la condition de son oncle inconnu, elle n'avait cessé d'y penser, sans pour avoir la possibilité d'y faire quelque chose. Et elle s'était mise à douter. Et si Lloyd lui avait menti ? Et s'il avait décidé de la lancer sur une mauvaise piste pour se débarrasser d'elle et ses questions parasites ?

Juliet n'avait alors entrevu qu'une solution à cette problématique : trouver sa mère, et au plus vite.

Leurs soirées passées en salle commune avaient alors été dédiées au travail et à réfléchir à comment entrer en contact avec une sorcière qui pouvait se trouver n'importe où dans le monde, et peut-être même sous l'apparence de sa forme d'animagus qui passait inaperçu. Fatiguée par tant de questions et tant d'incertitudes sur sa propre famille, Juliet essayait de se distraire par tous les moyens possibles, y compris par ses devoirs, la seule chose qu'elle pouvait un tant soit peu maîtriser.

— Je ne t'ai jamais vu autant travailler, monsieur-j'ai-des-facilités, se moqua Juliet en sortant Le livre des Sorts et Enchantements, niveau 6 de son sac.
— Huh ?

Surpris, James releva la tête de ses notes brouillonnes comme s'il venait tout juste de se réveiller.

— Eh bien, il faut que je travaille si je veux… hé ! Je te l'ai toujours pas dit, Juliet ! s'exclama-t-il d'un seul coup, tout sourire, en envoyant valser sa plume.
— Me dire quoi ?
— Prépare-toi, c'est une excellente nouvelle, dit-il en se penchant un peu plus vers elle. Je voulais te l'annoncer quand on s'est vus au Chaudron Baveur, mais Lily a débarqué et… voilà.

Il se mit à pianoter distraitement sur la table, l'air surexcité. Juliet ne put s'empêcher de sourire. Les bonnes choses arrivaient rarement dernièrement. James posa sa plume, des étoiles dans les yeux.

— Je quitte le pays. Je vais faire un échange à Castelobruxo pour finaliser mes études en herbologie l'année prochaine. Mes parents sont bizarrement d'accord pour m'aider à payer cette année là-bas… c'est génial, non ? Je pars en août, j'ai tellement hâte, tu n'as pas idée.
— C'est… wouah, fit Juliet, incapable d'avoir une réaction cohérente. Enfin… tu as toujours aimé tout ça, ajouta-t-elle en faisant un geste pour englober ce qui relevait des potions et de la botanique.
— Tu l'as dit ! Partir sur les traces de Libatius Borage… c'est une référence en la matière depuis tellement d'années, tu comprends ? Je sens que ça va être la plus belle année de ma vie. Je ne parle pas un mot de portugais mais honnêtement, j'en ai strictement rien à faire…

Amusée, Juliet le regarda s'extasier sur la fantastique nouvelle d'un voyage dans une école reconnue.

— Attends un instant, où se situe Castelobruxo exactement ? lui demanda-t-elle prudemment.
— Au Brésil. C'est ce qui rend l'aventure encore plus excitante, je ne sais rien de là-bas ! Rien… à part ce que m'a raconté mon oncle Bill… Il y a Rio, la danse… et les Caipora ? C'est quoi le climat là-bas, c'est tropical ?

Juliet décrocha l'espace d'un instant. Son regard perdu sur le visage éclatant de James, il ne sembla pas remarquer son malaise. Quand Carlton passa près d'eux pour se rendre à son dortoir, accompagné de son effluve de tabac, Juliet sursauta, puis passa une main sur sa nuque, passablement gênée. Geste que James ne manqua pas.

— Juliet ? Quelque chose ne va pas ?
— Tout va bien, répondit-elle lentement de façon à faire attention à ses mots. Je suis heureuse pour toi James, vraiment. C'est la meilleure des choses qui puisse t'arriver.
— Alors pourquoi…
— Je… je n'avais pas réalisé que tu serais aussi loin l'an prochain.

James perdit son sourire au même moment où Rose débarqua pour s'installer sur la chaise à côté de son amie. Terriblement gênée par sa voix chancelante et par ce qu'elle venait de lui dire, Juliet continuait de fixer James, espérant qu'il s'intéresse à Rose ou qu'il change de sujet pour dissiper le malaise. Elle ressentait un sentiment terriblement égoïste à l'idée qu'elle n'aurait plus James auprès d'elle, et pourtant elle n'avait absolument aucune envie d'approfondir le sujet. James continuait de la fixer sans rien dire, imperméable aux remarques de Rose qui semblaient venir d'un autre monde.

— Hé ! Urgence ! s'exclamait Rose en claquant des doigts pour réclamer leur attention. J'ai besoin d'avis d'ordre romantique.

Juliet tourna brusquement la tête vers Rose qui se passait les deux mains dans les cheveux, en proie à un conflit intérieur. De son côté, le septième année s'empara de nouveau de sa plume abandonnée.

— Ahem, fit-il en s'éclaircissant la voix, désolée Rosie, mais je ne suis pas le meilleur dans ce domaine.
— Clairement moi non plus, marmonna Juliet en jetant un bref coup d'oeil à la carte des Maraudeurs. Si ça concerne Malefoy…
— Il ne s'agit pas de Malefoy.

Rose jeta des petits coups d'oeil paniqués en réalisant qu'elle avait parlé trop fort. Pourtant, Hugo Weasley et trois de ses amis, les plus proches de leur table, étaient toujours en pleine partie de Bataille explosive, et aucun d'eux ne lui manifesta de l'attention. Nerveuse, Juliet jeta un bref coup d'oeil à la Carte des Maraudeurs où Cameron et Hopkins avaient déserté leur coin de bibliothèque. Perdant le peu de couleurs qui lui restait, Juliet déplia brutalement le vieux parchemin pour les retrouver.

— J'ai rencontré quelqu'un pendant les vacances, un moldu écossais, expliqua Rose à un James concentré sur ses paroles.
— Outch. Le seul conseil que j'aurais été capable de te donner, c'était d'être honnête… avec toi-même, lui… ça tombe à l'eau. Tu ne lui as pas dit que tu étais une sorcière, hein ?
— Tu penses que je suis stupide ? Le truc, c'est que même si je le voulais, je ne pourrais même pas lui dire. Il m'a donné son numéro de féléton mais…
— Téléphone, la corrigea James.
— Je sais, j'ai toujours du mal à avec celui-là. Quoiqu'il en soit, je n'ai pas de féléton ici et je me vois mal lui envoyer un hibou. Depuis quand les moldus ne s'envoient plus de hiboux entre eux ?

James se gratta le crâne, pensif.

— Tu sais quoi ? C'est un amour de vacances, tu vas vite l'oublier.

Rose se leva brutalement en renversant la chaise sur laquelle elle était assise quelques instants auparavant. Les joues rouges, elle fixait son cousin comme s'il l'avait insultée d'avoir un lien de parenté avec Lord Voldemort en personne. La plume penchée à quelques millimètres de son parchemin, James contemplait Rose avec un air effrayé.

— Je ne veux pas l'oublier ! Et je ne veux pas qu'il m'oublie ! C'est un musicien, j'ai toujours eu un petit faible pour les musiciens… oh ! Tu as raison, James. C'est le truc ! Si je lui envoie un hibou, il n'y a pas moyen qu'il m'oublie de sitôt. Avec un peu de chance, ça lui fera peur et c'est encore mieux.

Un grand sourire sadique naquit sur les lèvres de Rose avant que son regard ne tombe sur la carte des Maraudeurs. En un geste rapide, elle s'en empara et s'attira les foudres de Juliet qui venait tout juste de trouver le nom de Cameron sur la carte. Quant à lui, James s'était mis à pratiquer l'art du Remplissage, qui consistait à ajouter des mots à son devoir, faisant ainsi augmenter le nombre de centimètres de son parchemin et en atteindre le nombre requis. Concentré sur son devoir de métamorphose, il ne voyait même pas sa carte être sur le point d'être déchirée entre Rose et Juliet qui la voulaient.

Puis Rose lâcha d'un seul coup la carte des Maraudeurs après avoir vu ce que Juliet tenait à tout prix à garder.

— Non, ne me dis pas que… fit-elle, consternée. Dortoir, maintenant, Juliet.

Rose la vrilla de son regard noir avant de désigner les hauteurs de la tour d'un geste las de sa main. Puis elle s'en alla en lui faisant signe de la suivre. Juliet se contenta de replier correctement la carte, le menton en l'air. Elle ne voyait pas en quoi Rose avait à se mêler de cette histoire. Si elle continuait de surveiller les allées et venues de Cameron, c'était son problème, et non celui de sa meilleure amie. Soudain agacée par la situation, Juliet posa brutalement la carte des Maraudeurs sur les notes inutilisées de James. Ce dernier releva la tête, sourcils froncés :

— Tu sais, je ne pense pas que ça te serve à grand chose, de scruter la carte tous les soirs. Ce qui est fait est fait.

Juliet le regarda, emplie d'incompréhension. Comment savait-il qu'elle traquait Cameron ?

— Darcy, précisa-t-il à voix basse après s'être assuré que personne ne les observait. Tout le monde est à sa recherche, il est très peu probable qu'elle s'infiltre ici.

James hésita quelques instants, puis il lui fit signe de se rapprocher de lui. Juliet s'exécuta, les yeux plissés.

— Elle ne peut pas entrer, mais toi tu peux sortir.
— Qu'est-ce-que tu veux dire ?
— Le passage secret que Fred voulait déblayer, tu t'en souviens ?

Amusée plus que désespérée, Juliet se retint de ricaner.

— Vaguement. Celui que tu as saboté. Celui qui nous a valu cent cinquante points en moins. Toute la maison qui nous déteste. Non, je ne vois absolument pas de quel passage secret tu parles.
— Ouais, celui que j'ai saboté. Si tu réussissais à convaincre Fred, je suis presque sûr qu'il s'y remettrait… il ne manquerait plus qu'à entrer en contact avec Darcy, et tu as ta porte de sortie.

Méditant quelques instants sur ses paroles, Juliet regarda son ami d'un air vide. Entrer en contact avec Darcy était tout ce en quoi elle pouvait rêver. Cela faisait maintenant de longues journées qu'elle ne pensait plus qu'à ça. Elle ressentait cet énorme besoin de couvrir les zones d'ombre de cette famille, de savoir d'où elle venait et de comprendre ce qui avait poussé Darcy à faire de tels choix. Si elle ne comprenait ni n'approuvait pas ce que sa mère avait fait de sa vie, mais Juliet savait que la meilleure des choses à faire était de lui laisser une chance de s'expliquer.

Alors la jeune fille passa la hanse de son sac sur son épaule et lança d'une voix parfaitement calme et posée :

— T'es génial.
— Je sais.

James lui fit un clin d'oeil et s'intéressa de nouveau à son devoir. Juliet en profita pour rejoindre Rose dans leur dortoir, montant les marches quatre à quatre en manquant d'en rater quelque unes avant d'arriver à destination. Une fois dans leur chambre, ce n'était pas une Rose en colère prête à lui faire la leçon qu'elle retrouva. Rose se tenait debout près de la fenêtre par laquelle Juliet s'était enfuie il y a quelques jours.

— Tu as reçu une lettre. J'ai le pressentiment qu'elle vient de ton père, la prévint-elle en se retournant pour la lui donner.

Aussitôt, le coeur de Juliet s'emballa. Son père ne lui avait plus adressé la moindre lettre depuis leur altercation au lendemain de Noël. Depuis, toute communication avait été indirecte. Charles Hardy lui avait mis une Auror insupportable dans les pattes et Juliet s'était retenue de ne pas lui envoyer une lettre représentative de ses humeurs à son encontre : la colère, l'injustice, et la déception. C'était donc avec une appréhension presque oppressante que Juliet décacheta l'enveloppe et ouvrit la missive avec des doigts légèrement tremblotants.

— Dis, qu'est-ce-que j'écris à mon moldu ? J'hésitais entre « tu te rappelles de la jolie rousse au charme ensorcelant ? » ou encore « tu aimes les filles au caractère de feu, comme mes cheveux » ?

Mais Juliet ne l'écoutait plus, absorbée par la lecture de la lettre de son père.

Juliette,

Je suis désolé, pour tout.

Pour tout ce que tu as à subir. Pour mon attitude face à tes rêves. Tu ne seras peut-être pas en mesure de le comprendre, mais je veux que tu saches que je ne pense qu'à ton bien. En espérant avoir trouvé un dérivatif à ces problèmes, j'ai tous les espoirs du monde que cette petite attention te plaira.

Je t'embrasse,

Papa

— Quelque chose l'a piqué, murmura Juliet, ahurie. Il ne signe jamais ses lettres par « papa »… Et…

Perplexe, Juliet fronça les sourcils en allant récupérer l'enveloppe qu'elle avait posée sur son lit défait. L'enveloppe n'était pas vide. Deux billets se trouvaient à l'intérieur, deux billets au prochain match des Tapesouaffles de Quiberon contre les Montroses Magpies ainsi qu'à l'after party des français qui aurait lieu à Southampton pendant les vacances d'avril. Juliet n'en croyait pas ses yeux et incapable de sortir le moindre mot, Juliet alla poser la lettre et les deux billets sur le lit de Rose où cette dernière était assise, occupée à écrire sa propre lettre à son moldu.

— On dirait que quelqu'un cherche à se faire pardonner… commenta Rose. C'est vraiment nul d'acheter ses enfants comme ça.
— Eh bien, ça marche Rose. Ce sont les Tapesouaffles de Quiberon, le meilleur club de France ! Je ne sais pas si tu te rends compte…

Rose leva les yeux au ciel.

— Prends-moi pour une ignorante. Je ne joue pas mais je suis incollable au Quidditch. Alexandre Saint Martin est l'attrapeur le plus sexy de sa génération. Il est tellement doué sur un balai qu'il s'est donné l'objectif d'attraper le vif dans une position différente à chaque match. Sa dernière passe de Plumpton m'a définitivement convaincue. Et pour lui, ce n'était pas une erreur. Je vais me marier avec lui, Juliet.
— Et ton écossais ? demanda Juliet, dubitative.
— Tu connais le concept d'une relation libre ? Irving est très ouvert, comme garçon, ajouta-t-elle en haussant les épaules.

Juliet sourit devant l'air béat de sa meilleure amie en pensant à Alex Saint Martin. Pourtant, ce n'était pas à cause de lui que ce match l'intéressait. Juliet avait une toute autre idole dans cette équipe : une Poursuiveuse beaucoup plus discrète que son acolyte, qui évitait la plupart des interviews mais qui avait fait la différence depuis son entrée dans l'équipe. En 2019, les Tapesouaffles de Quiberon avaient remporté la Coupe de la Ligue face aux tenants du titre : les Kenmare Kestrels.

En plus de l'enthousiasme de James à l'inscrire aux sélections pour entrer dans l'équipe de Gryffondor, Juliet avait toujours gardé à l'esprit cette joueuse qui sortait de nullepart et qui, pourtant, jouait aussi subtilement que les autres joueurs expérimentés de son équipe.

— Tu comptes y aller avec qui ? hésita Rose au bout de quelques instants.

Juliet la contempla en train de se mordiller la lèvre. Il ne faisait aucun doute que Rose rêverait elle aussi de se rendre à ce match.

— Je ne sais pas. Tu sais, ça voudrait dire qu'il faut qu'on rentre chez moi pour les vacances… sauf si on trouve le moyen de sortir de l'école sans que personne ne s'en aperçoive… tu serais prête pour ça ?
— Juliet, je donnerais n'importe quoi pour voir un match de professionnels. Et encore plus pour rencontrer Alex le beau français.

Dans un éclat de rire, Juliet lui tendit la deuxième place.

— Merci papa Hardy ! s'écria Rose en faisant une petite danse de la victoire.
— Je ne sais pas comment il a réussi à combattre sa haine du Quidditch mais il a fait des efforts. Je vais lui répondre.

Juliet se rendit à sa table de chevet et récupéra le premier morceau de parchemin qui lui passa sous le nez et griffonna une simple phrase.

Qui êtes vous et qu'avez vous fait à mon « papa » ?

Ensuite, Juliet hésita. Elle n'avait aucune envie d'attendre le matin suivant pour poster sa courte lettre. Le couvre-feu était dépassé depuis longtemps et Rebecca Morris devait déjà être devant la salle commune à monter la garde. Les lèvres de Juliet s'étendirent en un léger sourire quand elle réalisa la solution qui s'offrait à elle. Bien plus enthousiaste que ces derniers jours, Juliet alla récupérer son balai posé contre son armoire et s'engouffra par la fenêtre en entendant la désapprobation de Rose dans son dos : « non, pas encore ! ». Dès que ses pieds quittèrent le sol, Juliet ressentit une sensation de bien-être total l'envahir.

Dehors, il faisait nuit noire, aucune étoile n'éclairait le parc de Poudlard. Seul l'étendue d'herbe aux abords du château était distinguable grâce aux quelques fenêtres qui éclairaient l'extérieur de leur lumière jaune. Mais plus on s'éloignait du château et plus Juliet avait l'impression de s'enfoncer dans un gouffre sans fond. La sensation de se laisser glisser dans l'abysse, l'air froid s'insinuant dans chaque pore de sa peau la revivifia. Il y avait bien longtemps qu'elle n'avait pas utilisé le vol sur balai pour voler sans but précis, pour ne ressentir que le sentiment de n'être qu'un point dans l'air, sans lien avec la terre meuble sur laquelle tout le monde s'accrochait fermement. La liberté.

Poussée par cet instant de pure volupté, Juliet ferma les yeux et lâcha toute prise, y compris la lettre pour son père, et fonça en piqué vers le sol. Les doigts gelés fermement agrippés au manche de son balai, Juliet rouvrit les yeux au moment critique où le sol se rapprochait dangereusement et remonta en chandelle, récupérant au passage la lettre qui avait mis moins de temps à tomber. Se sentant d'humeur joueuse, Juliet coinça la lettre dans sa bouche et accéléra en direction de la Forêt Interdite, forêt qui l'avait toujours angoissée.

Pourtant, voler au dessus de la cime des arbres, caressant au passage les branchages de la pointe des pieds comme s'ils représentaient la barrière avec le monde des Ténèbres, lui donnait l'impression d'être au-dessus de tous ses soucis. Juliet ferma de nouveau les yeux et se laissa guider par ce qu'elle sentait sous ses pieds et les cris d'animaux qu'elle entendait sous elle.

Elle n'avait pas envie d'arrêter ce moment. Elle ne voulait pas passer à la journée du lendemain et prendre le risque que quelque chose tourne mal. James avait la chance d'aller à Castelobruxo l'an prochain. Rose et elle prévoyaient une sortie mémorable qui resterait surement gravée dans leurs souvenirs. Juliet était bien. Et elle en était certaine, ce sentiment de plénitude ne pouvait pas durer. Pas avec tant de questions et de troubles menaçant de tout envoyer en l'air.

Juliet rouvrit les yeux. Le rêve éveillé était terminé.

Ses yeux s'étaient légèrement habitués à l'obscurité et elle remarqua avec une légère angoisse qu'elle s'était un peu trop éloignée du château, assez éloignée pour que n'importe quoi ne l'attrape par les chevilles et que personne ne soit capable de l'entendre si elle criait à l'aide. Juliet déglutit, prit un peu d'altitude et vola tranquillement jusqu'à la volière, ses doutes lui revenant peu à mesure qu'elle rentrait. Elle alla emprunter un hibou de l'école après s'être assurée que l'endroit était vide. Puis elle regarda le volatile s'envoler dans l'obscurité avant d'elle-même s'envoler de l'autre côté, vers la réalité du château.

Profitant encore quelques derniers instants de la fraîche et du sentiment grisant du vol, Juliet vola sans se presser pour rentrer dans son dortoir, les pensées vagabondant les unes parmi les autres, jusqu'à ce qu'elle ne passe proche d'une fenêtre derrière laquelle une torche illuminait un couloir du quatrième étage. Deux silhouettes se découpaient dans l'ombre, deux silhouettes occupées à s'embrasser avec passion. Juliet stagna à hauteur de la fenêtre, indécise. Était-elle curieuse au point de se rapprocher et savoir qui brisait les règles strictes du couvre-feu ?

Avec un léger sourire en coin, Juliet se laissa glisser lentement vers la vitre et plissa les yeux pour reconnaître les deux personnes. Quand elle les reconnut, Juliet ne put s'empêcher d'échapper un hoquet de surprise, tout sourire vite disparu. Déconcentrée par la vision qu'elle avait sous les yeux, son balai donna un coup sec dans la fenêtre et les deux étudiants se séparèrent l'un de l'autre dans un bond. Les yeux ronds portés sur eux, Juliet était en état de choc quand elle croisa le regard alarmé d'Audrey Collins derrière la vitre, accompagnée d'Albus, légèrement en retrait, qui fixait sa meilleure amie avec le même état de choc qu'elle.

La bouche légèrement entrouverte sous la surprise, Juliet s'envola de nouveau alors qu'Albus se tapait le front.

— C'était un rêve, Juliet, murmurait-elle pour elle-même. Le vol sur balai est une drogue, le vol sur balai est une drogue…