Happy Friday! Voici un nouveau chapitre des cookies aujourd'hui.
Malheureusement j'ai pas été aussi productive le mois passé, du coup mon avance de cinq chapitres en a pris un coup (plus que quatre !), mais on va essayer de rétablir ça... je réfléchis à faire le camp nano au mois d'avril pour donner un coup de boost. J'ai pas fait de nano depuis des années alors si vous avez des conseils, je suis preneuse !
J'espère que ce chapitre vous plaira, comme d'habitude j'ai pas envie de spoiler alors je m'arrête ici (et faut que j'aille bosser, aussi). Bonne lecture !
J'ai faim. Tu crois qu'on pourrait étudier les plats moldus dans le prochain cours ?
Rose lut la note de Scorpius Malefoy et sourit. Son voisin de table semblait s'ennuyer à point ferme et leur cours d'étude des Moldus se déroulait juste avant l'heure du dîner, ce qui avait le désavantage de les rendre acariâtres et peu attentifs. Dehors, la nuit était tombée depuis bien longtemps. Son estomac lui aussi s'était mis à gargouiller depuis une bonne demi-heure. Instinctivement, Rose suçota sa plume baveuse en songeant à ce que les elfes de maison avaient préparé ce soir-là. Du poulet rôti ? Saucisses et purée ? Potage au potiron ?
Désormais incapable d'écouter ce que leur professeur leur racontait, Rose griffonna quelques mots sur le parchemin posé entre les affaires de Scorpius et les siennes.
Tu es au courant que les moldus mangent la même chose que nous ? Le jus de citrouille en moins, peut-être. Tes elfes de maison te préparent quoi dans ton manoir ?
Scorpius leva les yeux au ciel lorsqu'il lut sa réponse. Il s'empressa de lui répondre d'une écriture fine et penchée.
Si tu ne poses pas la question à Chapman, je le ferais.
Rose jeta un coup d'oeil à la note, puis à Scorpius qui était toujours tiré aux quatre épingles avant de se remettre à suçoter sa plume sans un mot. Scorpius se redressa sur sa chaise et leva la main.
— Professeur Chapman, interpella Malefoy du fond de la classe. Pourra-t-on étudier les habitudes alimentaires des moldus la semaine prochaine ?
Un maigre sourire éclaira le visage émacié de leur professeur d'étude de Moldus sous les regards moqueurs – et intéressés – du reste de la classe.
— Monsieur Malefoy, il existe peu de différences entre le régime alimentaire des sorciers et celui des moldus, expliqua-t-il d'un ton patient. Vous ne pouvez sans doute pas savoir que…
— Dans ce cas, pourrions-nous étudier les NFTs ? J'ai du mal à comprendre ce que c'est et leur relation avec l'internet. Qui paierait une telle somme d'argent pour quelque chose d'immatériel ? J'ai fait la conversion livres-gallions… certains se vendent à plus de 300 gallions !
Rose luttait pour ne pas montrer le sourire qui menaçait à tout moment de la dévoiler. Elle avait toujours suspecté leur professeur de ne rien connaître à la vie des moldus, seulement de s'extasier à chaque découverte d'un nouvel artefact moldu. La semaine précédente, Polly Chapman, la petite fille du professeur, lui avait suggéré l'étude des tablettes électroniques et il n'avait pas réalisé qu'il ne pourrait pas les utiliser une fois à Poudlard.
Cependant, Rose ne pouvait s'empêcher de le trouver attendrissant. Il lui rappelait souvent son grand-père Arthur avec qui elle avait passé de nombreux étés à réparer jouets et voitures électriques. Pendant ses vacances de Noël, la Gryffondor avait même commencé à utiliser un téléphone intelligent pour lui envoyer les photos de son voyage à Reykjavik avant son retour à Poudlard. Et Rose avait été impressionnée par le monde qui s'était ouvert elle. Littéralement.
— Aviez-vous une idée de quels plats moldus vous vouliez étudier ? demanda le professeur Chapman en la tirant de ses rêveries.
— Les pizzas. D'où elles viennent ? Comment elles sont faites ? Une dégustation peut-être ? suggéra Scorpius, plein d'espoir.
Trois élèves au milieu de la classe se mirent à rire. Loin de se laisser décontenancer, Grant Chapman s'empressa d'aller prendre quelques notes sur son bureau, notes parmi lesquelles des objets en tous genres tels qu'un marteau, une manette de jeux vidéos et un mini frigo se côtoyaient dans un désordre que les moldus eux-mêmes pourraient comprendre. Scorpius lança un petit sourire vainqueur à Rose et cette dernière ne put s'empêcher de ressentir de l'excitation en songeant à la dégustation de pizzas dès la semaine suivante.
Lorsque sonna la fin du cours, Rose et Scorpius furent sans surprise les premiers sortis de la salle pour aller prendre leur diner. Par habitude, ils ne mangeaient jamais ensemble. Leurs maisons avaient bien trop d'antécédents que d'un commun accord, sans jamais en discuter, leurs chemins se séparaient toujours à l'entrée de la Grande Salle malgré leur passion commune pour la nourriture. Mais alors qu'ils descendaient les dernières marches de l'escalier en marbre, Rose et Scorpius se retrouvèrent face à William Leighton et son imposante carrure de batteur de son équipe de Quidditch.
Les bras croisés, il fixait un point derrière eux en grimaçant.
— J'ai perdu mon appétit.
Rose et Scorpius tournèrent la tête en même temps pour découvrir la scène qui se déroulait sous leurs yeux. Deux étudiants s'embrassaient à pleine bouche, entrelacés l'un à l'autre près de la porte qui menait aux cuisines. À la robe aux couleurs de Gryffondor et aux cheveux bruns hirsutes, Rose devina aisément qu'il s'agissait de son cousin et la réalisation lui donna l'envie pressante de se ratatiner sur place. Elle n'en croyait pas ses yeux. Jusqu'à la veille, Albus lui avait soutenu corps et âme qu'il réfléchirait à deux fois avant de se laisser entraîner dans le gouffre dangereux qu'était Audrey Collins.
Comment avait-il pu avoir l'audace de s'afficher en public avec la septième année de Poufsouffle sans lui en avoir parlé au préalable ?
Livide, Rose se retourna vers les deux Serpentard, qui fixaient le couple improbable avec la même mine de dégoût prononcé. Ils n'étaient pas les seuls à contempler la scène avec effarement. Des chuchotements frénétiques émanaient des petits groupes d'élèves qui passaient à côté d'eux. Rose repéra aisément Molly, sa cousine de trois ans sa cadette, qui observait Albus et Audrey avec des yeux écarquillés. La voix de Will les réveilla de leur contemplation silencieuse :
— C'est répugnant, mais j'arrive pas à m'en détacher. Tu veux pas aller les arrêter, Weasley ? C'est ton peuple.
— Hors de question ! Vas-y toi, t'es un Préfet non ? répliqua Rose, bras croisés.
— Je me rabaisserais pas à ce genre de d'activité.
Scorpius Malefoy soupira, désormais ennuyé, ce qui fit réagir Will. Il avait perdu son air de dégoût et ses yeux faisaient l'aller-retour entre Scorpius et Rose.
— J'ai besoin de vous dire quelque chose, leur avoua-t-il à voix basse. Mais pas ici. La prédatrice de Potter me donne envie de vomir.
À peine eut-il terminé sa phrase qu'il s'éloignait déjà à grandes enjambées. Rose et Scorpius échangèrent un regard, ni l'un ni l'autre n'ayant aucune idée de ce qu'il avait à leur annoncer. Elle remarqua Scorpius lancer un regard désespéré vers la Grande Salle et elle ne pouvait que le comprendre : après presque deux heures à attendre l'heure du dîner, ils n'avaient jamais été aussi proches de leur but. Rose jeta un dernier coup d'oeil à son cousin, mais Collins et Albus s'étaient déjà volatilisés.
Rose et Scorpius s'empressèrent alors de suivre les pas de Will, qui s'était enfoncé dans les profondeurs des cachots. Aussitôt la première volée de marche dévalée, Rose ne put s'empêcher de réprimer quelques frissons le long de sa colonne vertébrale : les sous-terrains du château lui foutaient toujours la frousse et quelque chose dans l'air humide et parfois moisi des lieux lui faisait monter son taux d'anxiété. Lorsqu'ils retrouvèrent enfin Will, Rose frissonna de plus belle. Il s'était arrêté à côté d'une torche qui accentuait les ombres de son visage, lui donnant des airs lugubres et dangereux.
— J'ai rompu avec Andrea, annonça-t-il de but en blanc.
Ni Rose ni Scorpius ne dirent un mot. À ses côtés, Scorpius avait l'air d'un fantôme et si elle n'avait pas appris à le connaître au cours des derniers mois, elle n'aurait sans doute pas remarqué qu'il était un peu plus livide qu'à l'accoutumée. Ses cheveux étaient presque de la même couleur que sa peau translucide.
— Je lui ai envoyé une lettre hier, alors je voulais vous prévenir avant que ça se sache.
— Tu lui as envoyé une lettre ? répéta Rose, pas certaine de comprendre.
— Oh Weasley, je sais ce que tu vas me dire, s'emporta Will en plongeant des mains légèrement tremblantes dans ses poches, dis-moi maintenant que je suis un lâche qui aurait pu attendre les prochaines vacances pour lui dire en face. Mais je peux pas lui mentir. Je suis fatigué de lui envoyer des lettres sans qu'elle daigne m'envoyer une réponse.
Rose croisa les bras. Elle mentirait si elle disait qu'elle n'avait pas vu la rupture arriver après les épreuves qu'ils avaient endurées. Même si elle n'était pas une amie d'Andrea et qu'elle ne la portait pas dans son coeur, après son amnésie du début d'année, elle méritait au moins que son petit ami lui dise les choses en face. Mais Will était aussi devenu son ami, et elle ne pouvait s'empêcher de ressentir de la rancoeur envers Andrea qui ne donnait aucun signe de vie à personne.
— C'est vraiment bas, même pour toi, remarqua-t-elle sans hausser la voix.
— Désolé si ma façon de faire te déplait, mais ça ne m'empêchera pas de dormir ce soir.
Dans la pénombre, Will toisa la jeune fille d'un regard mauvais. Rose ne s'en formalisa pas : il savait très bien ce qu'elle pensait de lui, et au fond, elle était persuadée qu'il appréciait sa franchise quand le reste de son groupe d'amis lui léchait les pieds. Earnest Swindlehurst, d'ordinaire léger et blagueur, arrêtait généralement tous ses efforts pour détendre l'atmosphère lorsque William Leighton était d'humeur massacrante. "L'un des privilèges d'être Capitaine et Batteur de l'équipe de Quidditch de Serpentard", pensa-t-elle dans un soupir.
— Désolé, Scorpius, je sais que vous êtes proches Andrea et toi, j'espère que ça ne changera rien dans le groupe. Tu es toujours le bienvenu.
Rose guetta la réaction de Scorpius mais celui-ci ne réagissait pas. Son visage était fermé. Elle aurait été incapable de deviner ce à quoi il pensait. Était-il vexé ? Ou au contraire soulagé ? L'une des deux options était aussi valide l'une que l'autre. La Gryffondor eut un pincement au coeur. À entendre Will, Scorpius Malefoy ne faisait partie de leur groupe que parce qu'Andrea Hardy sortait avec Will. Et rien d'autre.
— Et pourquoi tu as décidé de tout arrêter ? demanda-t-elle à Will.
Le Serpentard était hésitant, croisant les bras pour les décroiser aussitôt. S'il était difficile de discerner quoi que ce soit dans la pénombre des cachots, Rose aurait juré voir des larmes lui monter aux yeux. Mais quelques secondes plus tard, toute trace d'émotion avait disparu. Rose déglutit. Elle aurait voulu l'étreindre comme on rassurait un petit garçon qui pleurait à chaudes larmes.
— Il y a des rumeurs… qui semblent être fondées.
L'hésitation de Will intrigua Rose. Il se mit à fouiller dans son sac et finit par en retirer une photo qui était pliée en quatre. Rose et Scorpius firent un pas en avant en même temps. L'air gêné, Scorpius invita Rose à prendre la photo d'un geste de la main. Un instant plus tard, Rose découvrait un cliché d'Andrea en train de discuter avec un homme un peu plus âgé dans ce qui semblait-être une salle de classe. La photographie animée les montrait en train de discuter avant qu'Andrea se mette à rire à gorge déployée. L'homme était assis derrière un bureau professoral et semblait amical et souriant. Rose fronça les sourcils.
— C'est son prof, indiqua Will. Ils ont l'air proches.
— Will… tu penses vraiment à quoi je pense que tu penses ?
— Oui, répondit-il sans hésiter.
— Comment tu peux insinuer qu'il se passe quelque chose entre eux ? s'étonna-t-elle alors que Scorpius regardait la photo par-dessus son épaule. Ils sont simplement en train de se parler, non ? Tu ne peux pas lancer de telles accusations. C'est très grave.
— Je la connais. Andrea flirte. Si c'est comme ça qu'elle veut aller de l'avant après son trauma alors grand bien lui fasse ! Mais ce sera sans moi.
— Qui t'a envoyé cette photo ? demanda alors Scorpius, l'air circonspect.
— Aucune idée, répondit Will en haussant les épaules. Je l'ai reçue au petit déjeuner ce matin. Mais cette photo ne trompe pas, Rose. Andrea m'a demandé de ne pas venir à Noël alors qu'on l'avait prévu depuis son départ de Poudlard. Je suis pas stupide.
Will leur lança un dernier regard avant de s'en aller sans dire un mot de plus. Rose n'insista pas. Les bruits de pas du garçon s'évanouirent jusqu'à ce que le silence menaçant des cachots ne se renferme sur eux. Rose et Scorpius restèrent là, pendant quelques instants, les bras ballants, ne sachant quoi ajouter. Puis, Rose prit une grande inspiration et demanda d'un ton à peine audible.
— Tu vas bien ?
— Ouais.
Rose n'eut pas le temps de s'appesantir sur le sujet que Scorpius avait déjà tourné les talons sans demander son reste. Quelque chose lui disait que la nouvelle n'était pas de bon augure pour le jeune homme. Rose se rappelait sans mal du jour où Scorpius Malefoy et Andrea Hardy avaient rejoint le groupe d'amis lorsque Andrea avait commencé à fréquenter William Leighton. Et Rose ne pouvait s'empêcher de penser que Will pouvait être très superficiel dans ses relations amicales. Elle était persuadée qu'avoir Zane Parker dans ses rangs était juste une façon d'avoir un suiveur de plus.
Avant que Scorpius n'ait pu s'échapper dans les ténèbres, Rose le rattrapa en courant, ses pas résonnant contre les murs de pierre humides.
— Tu as parlé à Andrea récemment ?
— Pas vraiment. Elle n'a toujours pas répondu à la lettre que j'ai envoyée il y a deux semaines. Peut-être que c'est sa façon à elle de gérer la situation. Ou elle passe à autre chose.
Rose continua de marcher à ses côtés en silence. Ils étaient désormais de retour dans le couloir familier de leur classe de potions qu'ils avaient partagé pendant cinq ans. La jeune fille se retint de ne pas pousser un soupir de soulagement, comme si elle avait été coincée sous l'eau et qu'elle était enfin remontée à la surface. Scorpius se dirigea vers un couloir adjacent qui le mènerait à sa salle commune, mais Rose l'arrêta avant qu'il ne fasse un pas de plus.
— Hé ! Tu vas où comme ça ?
— Laisse-tomber, Rose.
Entendre son prénom de la bouche de Scorpius Malefoy lui fit l'effet d'un électrochoc. Bien sûr, ils étaient définitivement plus que des connaissances, mais pas assez proches pour s'appeler l'un l'autre par leur prénom respectif, en particulier lorsqu'on considérait leur historique familial. Rose mit quelques secondes à s'en remettre sous l'air impatient de Scorpius.
— J'ai même plus faim, dit-il avec lassitude. Quel genre d'ami je suis si je ne peux même pas remarquer qu'Andrea mentait ? Ne parlons même pas de Will. Je sais que les choses ne seront plus jamais les mêmes désormais.
Surprise par le ton pressant de Scorpius, Rose ne réagit pas tout de suite.
— T'en sais rien du tout, Will est sûrement dans tous ses états à l'heure qu'il est… il faut lui donner un peu de temps. Et puis… tu m'as, moi.
Scorpius plissa son nez dans une grimace affreuse.
— Tu as lu cette réplique dans l'un de tes bouquins à l'eau de rose ?
— Très drôle.
Le regard de Rose se posa sur la pierre irrégulière au dessus de la tête blonde de son ami. Ses pensées allaient dans tous les sens, s'entrechoquaient pour s'emboîter puis se repousser comme deux aimants contraires. Elle n'avait pas la moindre idée pour remonter le moral Scorpius Malefoy. Elle songea un instant au manoir dans lequel il vivait avec ses parents et ses trois elfes de maison qui s'occupaient de tout. Comment ce fils unique avait-il trouvé de quoi s'amuser dans une maison sombre et austère ?
Puis l'inspiration frappa Rose de plein fouet.
— Tu sais quoi ? Je devais rejoindre Juliet à la bibliothèque mais je crois qu'on peut faire quelque chose de plus amusant ce soir.
Circonspect, Scorpius l'interrogea du regard. Le sourire de Rose s'élargit.
— Tu as déjà fait du dégnommage ?
La nuit commençait à tomber en ce jour ensoleillé mais frileux du mois de janvier. Contre le ciel bleu rosé du début de soirée, quelques silhouettes virevoltaient autour des trois cercles d'or sur le terrain de Quidditch. Il faisait très frais ce soir-là, aussi, les pieds bien posés sur la terre, Juliet s'était couverte de la tête aux pieds pour mener sa mission à bien. Les mains dans les poches, elle fixait d'un air distrait le petit groupe de Gryffondor non loin d'elle, à quelques mètres de l'entrée des vestiaires. Être en charge de trouver le remplaçant de James Potter qui avait été Poursuiveur pendant près de quatre ans n'était pas la plus simple des missions.
Et elle l'était encore moins lorsque les nouvelles concernant Darcy l'emmenaient très loin de ses préoccupations quotidiennes à Poudlard.
La veille, elle s'était une nouvelle fois endormie très tard dans la nuit, occupée à s'imaginer la vie que Darcy Adamson menait à Londres. Son imagination l'entraînait d'un bout à l'autre du pays grâce au peu d'information qu'elle avait sur Darcy : l'adresse de son travail moldu. L'adresse à laquelle sa mère se rendait probablement tous les jours pour aller travailler. L'adresse où Darcy pouvait se trouver à ce moment précis. Cette adresse, c'était tout ce dont elle avait à sa disposition. Et pourtant, c'était assez pour la tenir éveillée jusqu'à pas d'heure : transplanait-elle tous les jours à son travail moldu ? Utilisait-elle la magie tous les jours ? Rentrait-elle chez elle dans une famille moldue une fois la journée terminée ?
Les innombrables questions qui lui passaient par la tête restaient pourtant sans réponse. Juliet aurait tout donné pour pouvoir s'éclipser dans le sud du pays, juste le temps d'une journée. Pourtant, l'examen de sortilèges ce matin-là et les questions incessantes de ses camarades à propos des sélections du soir-même lui avaient fait l'effet d'un dur rappel à la réalité.
Lorsque Juliet prit une profonde inspiration, expirer produisit un volute de buée autour de son visage. Elle sortit ses mains de ses poches et rejoignit Emma Ellis, son unique partenaire désormais, à l'entrée des vestiaires. Occupée à lacer ses bottes, elle releva la tête vers Juliet.
— Qu'est-ce-que tu en penses ? demanda Emma en se relevant dans un bond. Tu crois qu'on trouvera notre bonheur aujourd'hui ?
Les deux jeunes filles regardèrent toutes les deux dans la direction du groupe bruyant de Gryffondor en train de chahuter. Juliet secoua la tête. Tout aurait été beaucoup plus simple si James était resté dans l'équipe pour ce match. À la place ils se retrouvaient dans la situation très désavantageuse de devoir former un nouveau Poursuiveur une semaine avant le match contre Poufsouffle. Si Juliet était heureuse pour son ami et son futur voyage au Brésil de l'année suivante, une pointe de ressentiment n'arrivait pas à se détacher d'elle.
— T'as préparé ce qu'on allait faire ? lui demanda Emma en commençant à s'étirer les jambes.
— Pas du tout, avoua Juliet dans un souffle. J'ai été… préoccupée.
Des éclats de voix entre les prétendants au titre se firent entendre quelques mètres plus loin. Juliet leur jeta un coup d'oeil inquiet : tout ce qu'elle voyait était un groupe d'élèves bruyants qui n'étaient bons qu'à se lancer des frisbees à dents de scie une fois la nuit tombée. Puis Juliet secoua la tête, réalisant qu'elle leur prêtait un jugement sans les connaître. Alors elle se tourna vers Emma, l'air décidée :
— Écoute. Maintenant c'est nous contre le monde entier. Si on s'en donne les moyens on peut tout faire. On peut même trouver mieux que James.
— T'es un peu intense aujourd'hui.
Juliet la dévisagea en fronçant les sourcils.
— Ne t'inquiète pas, Juliet, la rassura Emma en attachant sa tignasse brune dans un chignon approximatif. On va créer un nouveau trio de choc.
— C'est ce que j'aime entendre.
Les deux jeunes filles échangèrent un regard entendu. Pourtant, savoir qu'elle pouvait compter sur Emma ne la rassurait pas. Si elle n'arrivait pas à trouver un remplaçant, la faute serait la sienne, et personne d'autre. La pression monta d'un cran. Juliet n'avait jamais été en charge de l'équipe. Ou de tout autre groupe. Elle avait toujours été heureuse de suivre le mouvement et de concerter ses amis au lieu de prendre des décisions pour le groupe. Jusqu'à présent, il ne lui était jamais venu à l'esprit qu'elle pouvait diriger les autres et donner des ordres.
En se dirigeant vers le groupe de Gryffondor, Juliet tenta de se raccrocher à tous les petits moments de confiance pour se donner une contenance. Macmillan lui avait déjà dit qu'il pourrait lui donner une lettre de recommendation pour être capitaine l'année suivante. Mais en était-elle vraiment capable ? Elle était une excellente joueuse, c'était certain, mais mener l'équipe de Quidditch de Gryffondor l'année suivante ? Elle en était beaucoup moins sûre.
Face au groupe d'aspirants Poursuiveurs, Juliet se frotta les mains pour se donner contenance. Elle reconnut facilement le groupe de quatre chahuteurs dans la salle commune le soir, mais aussi Hugo Weasley et Melinda Warren qui aussi différents l'un de l'autre, semblaient avoir commencé à sympathiser dans les cinq dernières minutes qui avaient précédé. Juliet s'éclaircit la voix :
— Bonjour à tous, les salua-t-elle sans trop savoir par quoi commencer. Hum… Comme vous le savez sûrement, James ne pourra pas assurer le rôle de Poursuiveur au prochain match. On a besoin de quelqu'un qui arrive à sa hauteur, alors si vous savez voler, vous être probablement à la bonne place…
Il y eut quelques regards dans le groupe à l'arrière. Puis une voix s'éleva des autres.
— Avec tous les points qu'elle nous a fait perdre cette année, il faut bien que quelqu'un rattrape ses erreurs…
— C'est à cause de sa mère, elle est dérangée. À sa place je serais déjà parti à Beauxbâtons.
— Fais gaffe, elle va t'envoyer son copain… répondit le jeune homme avant de réaliser que tout le monde les écoutait.
Toute l'assemblée était tournée vers les quatrième années qui venaient de parler au dessus de tout le monde. Juliet se mordit l'intérieur des joues pour se retenir de dire quoi que ce soit alors qu'elle sentait la rage lui picoter le bout des doigts. À ses côtés, Emma Ellis gesticula, l'air gênée. Au bout de quelques secondes seulement Juliet perdit patience et le sourire avenant qu'elle s'était constitué. Elle fit un pas en avant, puis elle lança entre ses dents :
— Quittez le terrain tout de suite.
Un silence accompagna ses paroles. Un silence que seul une bourrasque de vent parvint à briser. Personne ne bougea d'un pouce, jusqu'à ce que les deux amis décident à contre-coeur de quitter le stade de Quidditch d'un pas lourd.
— … si vous avez d'autres remarques, vous pouvez les suivre, menaça la sixième année à l'intention du groupe. Malheureusement pour vous, je fais partie de l'équipe et je compte y rester.
Juliet alla ramasser le Souaffle qui était posé à ses pieds, souhaitant mettre fin à son discours et à d'éventuelles critiques venant du groupe de quatrième années.
— Allez prendre vos balais, on va faire deux groupes… j'ai besoin de deux gardiens… on va commencer par des tirs au but pour que je juge les niveaux…
Aussitôt avait-elle commencé à parler de façon plus pragmatique se sentit-elle plus à l'aise. Dans un mouvement enjoué, les conversations reprirent bon train entre les camarades de Gryffondor. Juliet poussa un profond soupir de soulagement lorsqu'ils s'envolèrent peu à peu dans les airs. "Une bonne chose de faite" se dit-elle en allant à son tour chercher son balai.
À sa grande surprise, l'entraînement de Quidditch se poursuivit sans encombre. Une fois dans les airs, elle avait ressentit un regain d'assurance qui lui avait permis d'apprendre à connaître les joueurs et à les guider en fonction de leur jeu. Emma et Juliet avaient été plus observatrices qu'autre chose mais la sixième année reconnut avoir pris beaucoup de plaisir à observer et guider ses camarades. Deux joueurs s'étaient démarqués pendant cette heure-ci. Paulo Green n'avait pas manqué un seul but qu'il s'était ciblé et tel un boulet de canon, il s'envolait d'un bout à l'autre du stade dans un battement de cils. Melinda Warren quant à elle lançait d'excellentes passes et évitait les cognards avec une flexibilité déconcertante.
Il n'y avait pas de doute pour Juliet, la place se jouerait entre eux deux et elle était persuadée qu'Emma serait d'accord lorsqu'elles en discuteraient avant de faire sa recommendation à Troy Macmillan.
— Merci à tous d'être venus, lança Juliet après qu'ils se soient tous rassemblés dans les airs. On vous tiendra au courant des résultats dans la semaine.
Dans le brouhaha général, Juliet fit un petit geste de la main à Emma pour qu'elle la rejoigne. La quatrième année s'exécuta, le Souaffle sous le bras, pour la rejoindre auprès des cercles d'or. Curieuse d'avoir son avis, Juliet voulait aussi surtout savoir si son jugement était le bon ou si au contraire elle était complètement à côté de la plaque. Son acolyte était toujours assez perspicace et une fine stratège en tant que joueuse d'échecs depuis sa plus tendre enfance. Cependant, avant qu'elle n'ait eut le temps de dire un mot, Melinda Warren les rejoignit sur son Nimbus 2013, les joues rosies par l'effort.
— Salut, c'était sympa comme session ! les salua-t-elle avec un petit sourire. Je suis désolée que James vous ait mis dans cette situation.
— C'est pour ça que tu es venue pour le remplacer ? lui demanda Emma, sourcils froncés.
— Un peu, oui, avoua Melinda. Je sais qu'il ne veut pas à mal mais je me sens aussi coupable de savoir que je peux aider si vous en avez besoin. Troy est mon meilleur ami. Il a du mal à allier ASPICs et l'équipe, entre les cours d'arithmancie et les potions, il galère pas mal… je lui dois bien ça.
— Où as-tu appris à jouer comme ça ? s'étonna Juliet. Macmillan n'a jamais mentionné que tu étais aussi douée !
— Je sais que c'est la fierté de la maison, mais ce n'est pas vraiment une passion pour moi, dit Melinda en haussant les épaules. Mon frère était dans l'équipe de Poufsouffle il y a quelques années, on y joue ensemble presque tous les étés… mais ça s'arrête là. Et c'est beaucoup trop chronophage !
Emma hocha la tête en jouant avec le Souaffle, elle qui alliait séances d'entraînement de Quidditch et tournois mensuels du club d'échecs.
— Je ne vais vous retenir plus longtemps, Carlton a rejoint une nouvelle partie de dégnommage dans le jardin d'Hagrid, il faut que je vois ça. Et, euh… hésita-t-elle, si Paulo n'accepte pas la place, vous pouvez compter sur moi.
Melinda assortit ses paroles d'un clin d'oeil appuyé à l'adresse des deux filles puis s'envola en direction des vestiaires.
— On va devoir choisir Paulo, pas vrai ? demanda alors Emma.
— Tu le connais ?
— Il a un ego sur-dimensionné, mais c'est le meilleur joueur qu'on a vu aujourd'hui.
Emma jeta un coup d'oeil aux gradins qui lui fit lâcher son Souaffle. Dans une vaine tentative de le rattraper elle faillit en tomber dans un grand geste maladroit.
— Je crois que James veut te parler, au fait, lui dit-elle avant de foncer en piqué vers le sol. On se retrouve au petit déj' demain !
Une nouvelle rafale de vent vient ébouriffer les cheveux de Juliet, stagnant toujours près des buts. Certains Gryffondor se trouvaient toujours sur le terrain à discuter. Juliet prit une grande inspiration, reposa ses mains gelées sur le manche de son balai et rejoignit son ami en quelques secondes. Confortablement assis sur un banc en bois des gradins, James Potter fixait avec persistance le petit groupe de Gryffondor qui avaient atterri près des buts. L'un d'entre eux mimait avec précision le mouvement d'un Souaffle qui traversait l'un des buts.
Au bout de quelques secondes, Juliet s'impatienta. Elle lui fit un petit signe de la main. Comment osait-il venir aux sélections qui avaient lieu à cause de lui ?
— Pas mal, pas mal, commenta James en reportant enfin son attention sur elle. Paulo Green est un bon choix, mais il a un sale caractère. Je l'ai entendu parler à Hugo hier. Quelque chose à propos de la façon dont Hugo mastiquait ses Suçacides.
— On a juste besoin de ses compétences en Quidditch, pas de son sale caractère. Et je te rappelle que tu as perdu ton droit de faire des commentaires quand tu nous as abandonnés.
— Si tu le dis.
Un sourire resplendissant apparut sur son visage, de ceux qu'on a du mal à cacher parce qu'ils remontent jusqu'aux yeux. Juliet se renfrogna. Il avait l'air beaucoup trop heureux pour quelqu'un qui avait mis leur équipe de Quidditch en mauvaise posture.
— J'ai besoin de géraniums dentus, tu me rejoins dans les serres ?
Quelques instants plus tard, après s'être changée et avoir déposé son balai dans les vestiaires, Juliet s'était engouffrée dans l'abysse sombre qu'était devenu le parc de Poudlard à la nuit tombée. Dans le froid sec du mois de janvier, Juliet hésita avant d'entrer dans la première serre. Elle n'y avait jamais posé les pieds lorsqu'il faisait nuit. La perspective se retrouver dans un lieu calme où une tentacula vénéneuse pouvait lui mordre l'épaule la réjouissait très peu. Lorsqu'elle prit enfin son courage à deux mains, elle réalisa bien vite que la tentacula ne l'agresserait pas ce soir-là car toutes les portes étaient verrouillées.
Alors qu'elle s'apprêtait à baisser les bras et à maudire James pour lui donner de fausses informations, Juliet poussa la dernière porte correspondant à la serre numéro sept, qui se laissa pousser sans résistance. Seul le clair de lune filtrait à travers les parois de verre, ce qui donnait à la serre une atmosphère à la fois féérique et effrayante. Ce fut assez pour distinguer la silhouette de son ami, penché sur une table, occupé à couper ce qui ressemblait à un géranium dentu. Quand il entendit les pas de la jeune fille, James se redressa, équipé de ses gants en peau de dragon et armé d'un sécateur.
— Comment t'es entré ? Tout est fermé…
— Privilège de connaître personnellement Neville Londubat, ma chère Juliet.
L'attitude légère de James changea alors du tout au tout : il se mit à s'intéresser de très près à un pétiole du géranium qu'il avait sous les yeux comme si elle n'était plus là. Gênée par le silence qui régnait entre eux, Juliet se balança d'avant en arrière sur ses pieds en regardant en l'air. Le vent d'hiver battait contre les parois de verre et si elle tendait l'oreille, Juliet pouvait discerner le claquement des petites dents du géranium lorsque James approchait son sécateur. Après quelques secondes, Juliet perdit patience.
— Alors… tu voulais parler du sujet qui fâche ?
James se redressa subitement et posa son sécateur à côté des pots de géranium dans un bruit sourd.
— Oui, souffla-t-il avec soulagement. Je suis désolé, je devrais pas t'impliquer dans mes histoires. Audrey est mon problème, pas le tien.
— J'ai changé d'avis, lui annonça Juliet d'un ton qu'elle voulait assuré. Je veux le faire. Toi et moi. Pendant deux semaines. Audrey n'aura que ce qu'elle mérite depuis des années et je pourrais me…
Sa voix flancha quelque part dans sa gorge. À une période de l'année où elle n'aurait du ne se soucier que de ses examens et de son prochain match contre Poufsouffle, elle se retrouvait tiraillée dans des directions opposées. Juliet aurait pu énumérer des dizaines de raisons afin de se venger de Cameron et de le voir souffrir pour le restant de sa scolarité à Poudlard. Se retrouver réduite à l'apercevoir en compagnie de Barbara au bord du lac lui rappelait avec une pointe de ressentiment la situation inextricable dans laquelle elle se trouvait.
— Je suis prête.
Malgré son ton désinvolte, Juliet sentait son coeur battre à tout rompre dans sa poitrine. Elle avait l'impression de se retrouver à la maison, dans la cuisine blanche et immaculée de son père, à attendre la réponse de ses examens aux BUSES l'année passée avec impatience et anxiété. Pourtant, devant la mine sérieuse et déterminée de Juliet, James se mit à pouffer en regardant son amie. Puis il se calma et reprit d'un ton solennel :
— Tu as presque fui en courant quand je t'ai fait cette proposition.
Les lèvres de James s'étirèrent en un mince sourire, l'air de trouver la situation particulièrement comique. Juliet soupira profondément. Elle se sentait presque stupide d'avoir échappé au plan qui aurait du être parfait. Juliet Hardy et James Potter ensemble aurait eu l'effet d'une bombe à Poudlard. Un événement presque attendu mais dont on ne savait pas quand il se réaliserait. Audrey Collins aurait enfin eu ce qu'elle méritait : ses doutes concernant les sentiments de James qu'elle avait traînés avec elle, tel un boulet accroché à sa cheville, auraient été confirmés. Et Juliet se serait félicitée d'être aux premières loges de cette triste révélation.
Mais une force invisible l'avait forcée à tourner les talons et à ne plus vouloir se rendre dans le couloir du sixième étage.
— Tu es la dernière personne à qui j'aurais du demander un tel service.
— N'implique pas Darcy dans tout ça, elle ne peut pas m'empêcher de vivre.
— Je ne parlais pas de Darcy, riposta James en se désintéressant de ses géraniums. Rose m'a dit ce que tu fabriquais avec la carte des Maraudeurs. J'ai été stupide de croire que tu étais morte d'inquiétude à l'idée que Darcy débarque à Poudlard. Pourquoi tu m'en as pas parlé ? On est allés chez sa mère ensemble, Juliet !
James la regardait intensément, ce qui l'aurait mise mal à l'aise si elle n'avait pas eu l'impression qu'il pouvait lire la moindre de ses pensées. Juliet se sentit blêmir. Traquer Cameron et Barbara comme elle l'avait fait pendant des jours et des jours était quelque chose dont elle était peu fière et pourtant, son regard se baissa vers le sac que James avait posé sur le sol près d'énormes sacs remplis de terreau. Avait-il toujours la carte avec lui ou était-elle passée dans les mains de Lily qui l'avait réclamée pendant des semaines ?
— C'est fini entre lui et moi, alors tu n'as pas de soucis à te faire, grommela Juliet en se balançant d'un pied sur l'autre.
— Tu en es sûre ?
Sans prévenir, James bondit sur ses pieds et la rejoint en quelques pas qui crissèrent sur le sol sale. Il était maintenant si proche d'elle qu'elle sentait le souffle chaud de James sur son visage. Il la força à relever le menton pour qu'elle le regarde dans les yeux. Juliet grimaça à l'idée qu'il la touche avec un gant plein de terre mais elle se contenta de le contempler avec défi.
— Prouve-le moi.
Ses yeux noisette ne riaient plus. Lui aussi la fixait intensément avec cet air provocateur qu'elle aurait aimé lui arracher du visage. Juliet savait pertinemment ce qu'il voulait d'elle : lui prouver qu'elle avait tord et qu'elle était toujours trop attachée à Cameron pour passer à autre chose. Le sourire de James s'agrandissait à chaque seconde qui s'écoulait. Juliet déglutit difficilement et prit le visage de James entre ses mains. Pendant l'espace d'un instant, un éclair de stupeur apparut dans les yeux de James et Juliet se sentit capable de tout : y compris embrasser son meilleur ami pour lui prouver qu'il avait tord.
Alors que ses lèvres n'étaient qu'à quelques centimètres de celles de James, Juliet ferma douloureusement les yeux, et s'arrêta dans son élan. Elle le repoussa mollement avant de maudire une énième fois ses sentiments refoulés envers la seule et unique personne qui avait réussi à faire de James un monstre laid et repoussant. Les épaules du septième année se secouèrent d'un rire silencieux.
— On aurait dit que je m'apprêtais à te donner le baiser du Détraqueur.
— C'est parce que tu me fais l'effet d'un Détraqueur, grogna Juliet.
— Ouais… pas vraiment l'effet que je recherche quand j'embrasse une fille, déplora James, une lueur d'inquiétude dans la voix.
Juliet poussa un cri de rage échouant là où une dizaine d'autres élèves à l'école s'en seraient donné à coeur-joie. James était l'un des élèves les plus populaires de l'école, il était un bon parti et ce petit air malicieux dans ses yeux noisette le rendait irrésistible. Tandis que James s'éloignait à nouveau, frottant ses mains l'une contre l'autre pour retirer la terre séchée de ses gants, Juliet alla s'asseoir sur le seul endroit de l'établi qui n'était pas couvert par les pots de géraniums dentus ou de terreau.
— C'est ridicule, non ? soupira Juliet en se passant une main sur le visage. Après ce qui est arrivé à Andrea, j'ai cru que ce serait facile de couper les ponts… au lieu de ça, je… j'ai…
— Je t'ai pas demandé de venir ici pour que tu me déverses tout ton amour dégoulinant pour Lloyd, Juliet. J'ai une idée qui pourrait t'intéresser.
Dans des gestes précautionneux, James retira ses gants en peau de dragon et les posa sur l'établi sous le regard intrigué de la jeune fille. Il se mit ensuite à fouiller dans la poche de sa cape pendant quelques secondes avant d'en retirer une petite fiole en verre de quelques centimètres de long. Juliet plissa les yeux. La fiole était à moitié remplie d'un liquide aussi transparent que de l'eau. James la leva à la hauteur de ses yeux et contempla le liquide dont les rayons lumineux de la lune se reflétaient sur le verre.
— Peut-être qu'on peut se montrer un peu… sournois, nous aussi, lui avoua-t-il d'un ton conspirateur.
— Qu'est-ce-que tu veux dire ?
Dans la pénombre, il était difficile de discerner ce que le jeune homme avait derrière la tête. Trop impatiente pour jouer aux devinettes, Juliet s'apprêtait à se lever pour aller lui arracher la fiole des mains quand le bras de James retomba mollement de son corps. Il jeta un coup d'oeil inquiet à la porte de la serre et reporta son attention sur Juliet.
— Hypothétiquement parlant, il se pourrait que j'ai volé du Veritaserum quand on en a préparé avant les vacances de Noël.
Surprise, Juliet mit quelques instants à assimiler ces paroles.
— Toi, l'élève modèle, TU AS VOLÉ QUOI ?
— Parle plus fort, je suis sûr que Binns ne t'a pas entendue de l'autre côté du château !
— Tu es en train de suggérer que je fasse parler Cameron avec une potion de vérité ?! s'exclama Juliet, réalisant enfin ce qu'impliquaient les paroles du jeune homme.
— Chut !
James la foudroya du regard avant de jeter un nouveau coup d'oeil inquiet à la porte derrière eux.
— Je pourrais me faire renvoyer pour ça, alors baisse d'un ton, lui dit-il entre ses dents. Je comptais l'utiliser pour arracher les limaces du nez à Audrey… mais je pense que tu en as plus besoin que moi… pour l'instant.
Songeuse, Juliet fixa la fiole en verre pendant quelques instants, ayant du mal à réaliser que ce simple liquide pouvait être la solution à une partie de ses problèmes. Les propriétés du Veritaserum lui étaient vaguement familières grâce à son utilisation dans le département de la justice magique. Leur utilisation était strictement réglementée par le Ministère de la Magie. Aussi fut-elle surprise que James prenne un si gros risque. Dans quel but voulait-il l'utiliser ?
— Autant te prévenir tout de suite, ce n'est pas la version la plus potente, mais elle fonctionne dans soixante pour-cent des cas. Tu n'as probablement pas envie de l'utiliser, et honnêtement je comprendrais que ce ne soit une solution mais…
— Donne-la moi.
Juliet s'était brusquement levée et s'était jetée sur la fiole dans un geste précipité. Mais James ne relâcha pas la pression.
— Cinq gouttes, c'est tout ce dont tu as besoin, la prévint-il avec gravité. Tu pourras me rendre le reste quand tu auras fait ce que tu as à faire.
Quand James la laissa enfin prendre la potion, Juliet se mit à l'observer avec fascination. Aussi claire que de l'eau, la potion serait indétectable dans n'importe quel autre liquide. Une vague d'excitation la submergea alors. Une foule de possibilités s'offrait à elle. Même si elle avait passé une bonne partie de ces dernières semaines à éviter Cameron et que la perspective de verser un serum de vérité dans son jus de citrouille pourrait s'avérer compliqué, la possibilité même de lui faire dire la vérité lui arracha un sourire.
Mais la perspective de le confronter à nouveau lui fit perdre sa soudaine bonne humeur. La gorge sèche, elle fourra la fiole dans sa poche en reportant son attention sur James. Il venait de couper une feuille de géranium dans un clic sourd.
— Pourquoi tu veux faire parler Audrey ?
— J'ai besoin d'avoir une raison ? s'insurgea James en relevant la tête de la plante. Tu veux que je te rappelle ce qu'elle fabrique avec mon frère ?
— Mais tu n'as pas besoin de Veritaserum pour lui demander non ?
James se mit à rire jaune avant de reprendre un air sérieux. Après un soupir il rejoint Juliet et s'assit sur l'établi, épaules affaissées comme s'il avait pris dix ans de plus d'un seul coup. Juliet n'aurait su dire comment la situation l'affectait. James n'avait eu qu'une envie : se venger d'Audrey Collins en la faisant souffrir. Puis son discours s'était adouci. Juliet fronça les sourcils en l'observant. Il avait l'air tout aussi perdu qu'elle.
— Il y a quelque chose qui ne colle pas, réfléchit James à haute voix en se grattant le menton. Audrey allait mieux, la séparation lui a fait le plus grand bien. Il n'y avait qu'à la voir pendant pendant la soirée à la Cabane Hurlante, elle avait l'air heureuse ! Pourquoi elle irait voir mon frère ? C'est une fille intelligente, elle sait ce qu'elle fait. Alors je comprends pas ce qui peut la motiver. Notre histoire nous a mis K.O. tous les deux. Pourquoi revenir au point de départ avec Albus ?
— Audrey est intelligente ?
— C'est tout ce que tu retiens de ma tirade ?
— Je peux pas changer d'avis après l'avoir vue mettre cinq minutes entières à ouvrir un paquet de Chocogrenouilles.
James lui donna un coup d'épaule joueur et Juliet s'empressa de répliquer avant d'éclater de rire.
— Même les personnes intelligentes font des choses stupides, remarqua James d'un ton soudainement sérieux.
— On parle toujours de Collins ?
— Je sais pas.
Les deux Gryffondor restèrent silencieux pendant plusieurs minutes. Le regard perdu sur les géraniums dentus devant eux, Juliet songea à Audrey Collins et la demande qu'elle lui avait faite après que Juliet les ait surpris ensemble. La Poufsouffle avait eu l'air terrifiée à l'idée que leur secret ne s'ébruite. Et voilà que depuis la veille, elle et Albus ne s'étaient plus quittés d'une semelle et se tenaient la main partout où ils allaient, attirant regards et remarques sur leur passage. Leur couple avait été la nouvelle de l'année, et quelque part, Juliet savait que son plan avec James aurait échoué avant même qu'ils ne le mettent en place.
— Peut-être que c'est l'amour fou entre eux, chuchota Juliet, pensive. Ça promet pour les réunions de famille.
James lui jeta un regard noir.
— Tu peux parler, les parents de ton bien-aimé te détestent déjà. J'arrive toujours pas à croire que sa mère t'a virée de chez lui. On fait pas les choses comme ça tu sais ?
— Ton frère sort officiellement avec ton ex, tu veux vraiment jouer à ce jeu ?
— Trêve ? dit alors James en tendant une main vers elle.
D'humeur plus légère, Juliet serra sa main dans la sienne, scellant un pacte qui lui plaisait bien plus que leur plan initial.
Dès le lendemain, Juliet avait décidé de relâcher ses efforts entre révisions et entraînements de Quidditch pour passer une heure en compagnie de James dans la salle commune de Gryffondor, ce qu'elle n'avait pas fait depuis son retour à Poudlard. Dans la pièce bondée, les deux adolescents avaient même joué à une partie de Bavboules, que Fred Weasley et Emma Ellis avaient fini par rejoindre. La bonne humeur avait été au rendez-vous jusqu'à ce qu'Albus entre dans la salle commune et ne dévisage le petit groupe formé auprès de la cheminée. À la grande surprise de Juliet, James l'avait remarqué, puis s'était de nouveau intéressé à la Bavboule qui venait d'exploser à côté d'Emma sans plus y accorder d'attention.
Et Albus avait disparu aussi vite dans les dortoirs que s'il avait transplané.
Si la jeune fille s'était attendue à ce que James explose, ou pire, que l'un des deux frères finisse à l'infirmerie dans un bain de sang, il n'en était rien. Dans les jours qui suivirent, James avait offert à son petit frère une ignorance la plus complète. Dans la Grande Salle, leurs camarades de Gryffondor avaient recommencé à graviter autour de la bonne humeur de James Potter, qui avait toujours la bonne anecdote à propos de son futur voyage à Castelobruxo. De son côté, Albus mangeait souvent à la table des Poufsouffle, ou plus rarement à la table des Gryffondor lorsqu'il était accompagné de Rose qui était la seule à vouloir faire un pas vers lui.
Si Juliet n'était toujours pas prête à faire de même, elle n'avait pu s'empêcher de ressentir une certaine curiosité à l'encontre d'Audrey Collins. James la pensait manipulatrice au point de mener Albus à la baguette, mais en l'observant, assise au milieu de son groupe de Poufsouffle, elle ne pouvait s'empêcher de la trouver triste et légèrement avachie, posture qui offrait un contraste fort avec l'imagine forte et confidente qui faisait presque peur à Juliet en début d'année. "C'est ce qu'elle aimerait te faire croire" lui disait James quand elle tentait de lui faire remarquer qu'Audrey avait l'air d'avoir le moral dans ses chaussettes.
Mais Audrey Collins n'était qu'une préoccupation parmi tant d'autres. Le match de Quidditch contre Poufsouffle, leur deuxième match de la saison, s'approchait à grands pas et si elle avait été confortée dans son choix que le boulet de canon qu'était Paulo Green avait été le meilleur choix pour le troisième Poursuiveur, Juliet s'était mise à en douter après que le cinquième année lui ait demandé de lui ramener une bouteille de jus de citrouille des cuisines durant leur dernier entraînement. Juliet en avait ri sur le moment, mais elle n'était pas certaine que Paulo lui avait fait une blague.
Les jours qui passaient la rapprochaient également un peu plus de sa prochaine sortie à Pré-au-Lard. À mesure que le temps passait, Juliet se faisait de plus en plus inquiète à l'idée de se rendre là-bas. Même l'arrivée des chouettes durant le petit déjeuner lui faisait monter une bouffée d'angoisse à l'idée que Darcy lui écrive. Que lui avait-il pris de vouloir rencontrer Darcy, la sorcière qui avait jeté un Oubliettes sans coeur sur Andrea, sa propre fille ? Résignée, Juliet avait reproché à Rose plusieurs fois qu'elle n'aurait pas du la laisser faire.
Malgré les inquiétudes de Juliet, les deux jeunes filles avaient commencé à faire des recherches du côté de la bibliothèque. Désormais, elles savaient que le professeur Lloyd était à la recherche de Darcy et très probablement d'un lieu qui lui était cher. "Peut-être que ce sont tes origines" avait suggéré Rose alors qu'elle était cachée derrière une pile d'ouvrages retraçant l'histoire des plus grandes familles de Sang Purs durant les dix derniers siècles. Mais après avoir épluché chacun d'entre eux, Rose et Juliet durent se rendre à l'évidence qu'elle ne venait pas d'une longue lignée de sorciers aux valeurs suprémacistes. "Et tant mieux", n'avait-elle pu s'empêcher de penser en songeant aux atrocités auxquelles les Sang Purs étaient liés.
C'était donc naturellement vers des rangées moins obscures de la bibliothèque que Juliet avait passé le reste de sa soirée en attendant le professeur Londubat. À la lumière chancelante du bureau où elle était assise, elle relisait sans grand entrain les dernières lignes de son devoir d'histoire de la magie. Épuisée par son entraînement de début de soirée, ses yeux lui picotaient désagréablement, attendant avec impatience le moment où sa tête se poserait sur l'oreiller.
Des bruits de pas l'alarmèrent lorsqu'elle songeait sérieusement à poser sa tête sur son bras pour s'endormir quelques instants.
— Juliet, voici le dossier, la salua Neville Londubat en posant délicatement un dossier intitulé "Darcy Adamson" auprès de son devoir. Tu peux le rendre à Mrs Pince la semaine prochaine.
Le professeur Londubat la gratifia de son sourire réconfortant et elle fut soulagée d'avoir un allié chez les professeurs. Entre la vieille chouette Tourdesac qui aimait la voir en retenue et le professeur Lloyd qui avait tout simplement décider d'en faire son souffre-douleur, Juliet se demandait parfois si elle avait été l'objet d'un mémo pour lui faire quitter l'école. Mais le professeur Londubat avait été d'un soutien sans faille. Les cours de métamorphose avaient été beaucoup plus calmes depuis que Aaron Lloyd agissait comme si elle n'existait pas.
Désormais bien éveillée, les mains de Juliet se refermèrent sur le dossier vieux d'une vingtaine d'années. Il y avait maintenant quelques jours qu'elle avait demandé à son directeur de maison si elle pouvait avoir accès au dossier de Darcy dans le but d'y déceler des indices afin de faire avancer leurs recherches. Ce genre de requête faite par les élèves était souvent rejetée car les dossiers d'anciens élèves étaient soumis à une réglementation stricte mais Neville Londubat lui avait assuré qu'il parviendrait à lui accorder une autorisation.
— Professeur, je peux vous poser une question ?
Neville Londubat acquiesça.
— Vous vous souvenez de Darcy à l'école ? hésita Juliet d'une voix à peine audible. Enfin… vous saviez dans quel camp elle se situait ?
Un éclair de tristesse apparut dans les iris de Neville et Juliet regretta presque de lui avoir posé la question. La question la taraudait depuis qu'elle avait appris que Darcy était toujours dans le pays. Juliet avait réalisé à quel point la guerre avait laissé des marques. Il n'était pas rare que d'anciens mangemorts refassent surface et qu'ils fassent l'objet d'une rubrique dans la Gazette du Sorcier.
— C'est difficile à dire, répondit Neville en fixant un point vague derrière la lampe de bureau, ta mère était encore jeune quand la guerre a éclaté, elle faisait très probablement partie des élèves qui ont été évacués avant la Bataille de Poudlard.
— Et si elle montait un plan diabolique avec le professeur Lloyd ? lâcha Juliet en déversant ce qu'elle avait sur le coeur. Ça expliquerait pourquoi Darcy a jeté un Oubliettes à Andrea.
Neville la fixa longuement, toujours appuyé contre l'étagère, avant de jeter un coup d'oeil derrière son épaule. Quand il se fut assuré que personne n'écoutait leur conversation, il murmura :
— Tu sais quelque chose ?
— Non, mais… elle ne peut être que maléfique, non ?
— Je sais que c'est difficile, admit Neville avec compassion, mais essaie de ne pas t'inquiéter. Une équipe d'Aurors est à sa recherche. Si on trouve quelque chose, tu seras la première à le savoir. Quant au professeur Lloyd…
Le professeur de botanique hésita. Juliet savait à quel point il choisissait ses mots avec précision lorsqu'il parlait de lui. Mais Juliet n'avait pas pu s'empêcher de remarquer que de nouvelles tensions étaient apparues entre les deux hommes depuis son altercation avec Maisie. Quand cette dernière avait été prise sur le fait, elle aurait juré que la relation entre Neville Londubat et Aaron Lloyd avait changé du jour au lendemain. On ne les voyait plus ensemble à la table des professeurs et Juliet avait remarqué à plusieurs reprises Neville prendre sa fille à part avec un air inquiet.
— Fais attention à ce que tu dis le concernant. Sans preuve, personne ne t'écoutera. Jusqu'à présent, il a toujours été le premier à collaborer avec le Ministère…
— Alors vous aussi vous pensez qu'il cache quelque chose ! s'exclama Juliet sans contenir son excitation.
Un sourire contrit apparut sur les lèvres fines de Neville.
— Tu peux en être certaine, je garde un oeil sur lui.
Puis il se redressa et s'apprêta à partir lorsqu'il se ravisa à la dernière seconde.
— Si je peux me permettre de te donner un conseil… concentre sur ce qui est en ton contrôle. Tu as un grand match la semaine prochaine, c'est important que tu mettes toutes les chances de ton côté si tu veux intégrer un club à la sortie de Poudlard.
— Vous dites ça parce que c'est mon seul et unique projet professionnel ou parce que vous êtes mon directeur de maison ?
— Je veux te voir réussir, Juliet, sourit Neville avant de quitter la bibliothèque.
Puis dans un silence où on ne pouvait qu'entendre les chuchotements provenant d'une autre allée, Juliet s'attela à la lecture du dossier Darcy Adamson qu'elle avait eu l'occasion de feuilleter avant les vacances de Noël. À sa plus grande frustration, elle n'y découvrit pas plus que la première fois si ce n'était un intérêt très poussé pour l'alchimie. De nombreuses heures lui avaient été assignées pour avoir été surprise dans la Réserve à y lire des ouvrages interdits sur ce sujet.
Après plusieurs minutes, Juliet referma le dossier d'un coup sec et jeta un oeil autour d'elle. Rose lui avait promis de poursuivre leurs recherches sur les sorciers celtes mais tout comme la veille, Rose n'était pas venue la rejoindre. Inquiète mais aussi légèrement vexée, Juliet rassembla ses affaires et se mit à serpenter entre les allées de la bibliothèque pendant au moins dix bonnes minutes avant de se rendre compte qu'elle était passée deux fois devant la bibliothécaire sans s'en rendre compte.
Reprenant ses esprits, Juliet passa une nouvelle fois devant le petit groupe de Poufsouffle en train d'étudier des runes anciennes avant de tomber sur un duo qu'elle ne s'attendait pas à voir ce soir-là. Rose Weasley et Scorpius Malefoy étaient tous les deux penchés sur le même livre, dissimulés derrière l'aile des antidotes magiques. Juliet poussa un profond soupir. C'était maintenant la deuxième fois que sa meilleure amie la délaissait au profit de Scorpius Malefoy.
Juliet s'éclaircit la voix pour signaler sa présence et les deux amis se retournèrent dans un mouvement coordonné. Scorpius la salua d'un sourire poli tandis que Rose se mettait à rougir jusqu'à la racine des cheveux. Elle bondit de sa chaise en manquant de la faire tomber et la rejoint en quelques pas derrière une étagère pour qu'elle puisse lui parler plus librement.
— Désolée Juliet, j'ai pas vu le temps passer ! s'excusa platement Rose en passant une main dans ses cheveux roux ébouriffés. Neville t'a donné le dossier ?
— Ouais, mais il n'y a rien de très intéressant dedans, marmonna Juliet en lui mettant dans les mains.
Une ride de concentration au front, Rose entreprit de le feuilleter à son tour devant l'air ennuyé de Juliet qui n'avait qu'une envie : quitter l'atmosphère calfeutrée de la bibliothèque et se prélasser au coin du feu de la cheminée de leur salle commune. Dans ses songes, Juliet se mit à entortiller une mèche de cheveux échappée de ses deux tresses.
— Peut-être que Lloyd avait raison, soupira-t-elle en regardant Rose tourner les pages une à une. S'il y avait quelque chose dans cette bibliothèque, il le saurait. Il a eu accès à tous ces livres pendant quinze ans. S'il a fait ses propres recherches et qu'il n'a rien trouvé, comment pourrions-nous trouver quelque chose ? Ce dossier ne m'apprend rien de nouveau, c'est une alchimiste.
— Les gens mentent, tu sais ? chuchota Rose après avoir réprimé un bâillement. C'est probablement dans son intérêt qu'il t'éloigne d'une piste.
— Ça n'a pas de sens, s'il y a quelqu'un qui peut l'aider à le mener à Darcy, c'est bien moi. Je suis sûre qu'elle m'a envoyé le balai à Noël. Je suis sûre qu'elle a essayé d'entrer en contact avec moi. J'en suis persuadée, Rose.
— C'est d'autant plus important qu'on redouble de vigilance à Pré-au-Lard. Il se doute peut-être de quelque chose. Tu n'as pas vraiment caché que tu étais à sa recherche, toi aussi.
Rose se frotta les yeux puis la jaugea de ses yeux bleus perçants. Juliet se mordit l'intérieur des joues. Elle avait sans doute raison. Elle s'était légèrement emballée en allant voir le professeur Lloyd à son retour à Poudlard. Maintenant, il savait qu'elle s'intéressait à Darcy et cela pourrait contre-carrer tous ses plans. Et s'il se décidait à la suivre à Pré-au-Lard ? Juliet secoua la tête comme pour s'en dissuader. Ce n'était pas possible. Pourquoi la suivrait-il alors qu'il savait où elle travaillait à Londres ?
Un sentiment d'agacement monta en elle. Elle trouvait la situation profondément injuste. Darcy entrait en contact avec Aaron Lloyd, et l'avait même fait une fois à Poudlard au moins, mais elle devait mettre les bouchées doubles et redoubler d'inventivité afin de pouvoir au moins l'apercevoir au coin de la Grand-Rue. Son noeud à l'estomac ne fit que se serrer lorsque Juliet refoulait ses sentiments d'injustice.
— C'est clair comme de l'eau de roche, dit alors Rose en la réveillant de ses pensées. On a cherché au mauvais endroit. Allons chercher du côté de la section d'alchimie.
Avant qu'elle n'aient eu le temps de faire le moindre geste, des éclats de rire retentirent de l'autre côté de l'étagère aux antidotes magiques. Juliet et Rose se concertèrent du regard, puis dans un accord parfait relevèrent la tête en même temps pour jeter un oeil entre les livres aux couvertures en cuir.
— Ouch !
Les deux filles se frottèrent la tête où elles s'étaient cognées. Puis Juliet poussa un ouvrage qui avait perdu sa tranchée et remarqua le coin de la bibliothèque éclairé d'une lumière tamisée qui dévoilait une Barbara Hopkins qui riait à gorge déployée, ses cheveux bruns rejetés en arrière, assise sur la table qu'occupait Scorpius Malefoy. Ce dernier avait lâché sa plume et portait toute son attention à la Serdaigle. Juliet sentit Rose se crisper à ses côtés.
— Elle fait tout pour m'énerver celle-là, râla Rose en rendant sèchement le dossier à Juliet.
Puis elle rejoignit les deux étudiants à grands pas, Juliet sur ses talons. Un sourire s'étala sur le visage poupin de Barbara quand elle remarqua Juliet. Et il disparut aussitôt lorsque son regard se posa sur Rose qui avait les poings serrés. Scorpius observait la scène qui se déroulait sous ses yeux avec un mélange de curiosité et d'inquiétude.
— Hopkins.
— Weasley.
— Qu'est-ce-que tu fais ici ? demanda Rose d'un ton faussement poli.
— Je viens te voler ta meilleure amie pour la soirée, répondit naturellement Barbara en bondissant sur ses pieds. Allez viens Juliet, j'ai quelque chose à te montrer.
Sous la plus grande surprise de Juliet, Barbara s'empara de sa main et l'entraîna à sa suite sans un mot de plus pour Rose et Scorpius. Juliet accorda un regard d'excuse à Rose qui l'observait avec incompréhension. Mais alors qu'elles étaient de retour dans les couloirs du château, Juliet la força à s'arrêter en traînant des pieds.
— Hé ! Qu'est-ce-que tu veux ?
— Tu me fais confiance ?
Juliet éclata de rire en plein milieu du couloir et attira l'attention d'un groupe de Serdaigle qui passaient à leur niveau.
— C'est exactement ce que Will Leighton m'a demandé avant qu'il me déverse un seau de lutins de Cornouailles à la figure en cours de défenses.
— Comment oses-tu me comparer à cet individu ? lui demanda Barbara d'un ton faussement vexé. Je te promets que les lutins de Cornouailles ne font pas partie de mon plan.
— Ton plan ? releva Juliet, inquiète tout à coup.
— Tu le regretteras pas, s'entêta Barbara avec un sourire enjôleur.
— Barbara…
— Allez, Juliet, suis-moi. Des fois un simple saut dans l'inconnu est tout ce dont on a besoin.
La Serdaigle la fixa avec insistance pendant quelques instants avant de lui rendre un sourire éblouissant, sachant qu'elle avait déjà remporté la bataille. Quelque chose dans ses yeux noisette suintait la détermination et pendant l'espace d'un instant, Juliet réalisa pourquoi tant de garçons ne savaient pas lui résister. Elle se sentait incapable de lui dire non.
— Vingt minutes, c'est tout, capitula Juliet.
— Oui oui, allez viens.
Poussée par la curiosité, Juliet suivit Barbara à travers le château jusqu'au septième étage, lui demandant toutes les trois minutes ce qu'elle comptait lui montrer sans que Barbara ne crache le morceau. Sur le chemin, elles ne croisèrent presque personne, la majorité des élèves étant en train de terminer leur dîner. Juliet commença sérieusement à s'inquiéter lorsque Barbara l'entraîna dans les couloirs désaffectés et poussiéreux qu'elle avait fréquentés en tout début d'année. Elle se souvenait encore du corps inconscient d'Amity Beurke quand elle avait voulu échapper à Rusard. Un peu plus tard, elle s'était retrouvée dans le placard à balais en compagnie de Cameron… Et tout avait commencé.
C'était avec une certaine appréhension que Juliet suivait le pas sautillant de Barbara, qui avait commencé à ralentir pour enfin s'arrêter devant une porte en bois d'acacia. Elle était entrouverte. Une faible lumière provenait de l'intérieur.
— Après toi ! lui dit Barbara en désignant la porte.
Tâtonnant dans sa poche à la recherche de sa baguette magique, Juliet entra alors dans une salle complètement désaffectée. Des panneaux en bois recouvraient la majorité des fenêtres et la moitié des bureaux avaient été poussés de l'autre côté de la salle. Mais ce n'était pas l'aspect délabré de la pièce qui lui donna envie de prendre les jambes à son cou. Cameron Lloyd était assis à l'un des seuls bureaux encore debout, occupé à lire un épais grimoire à la lumière d'une lanterne. Lorsqu'il releva les yeux vers elle, il eut l'air tout aussi surpris qu'elle de la trouver ici. Ils se regardèrent pendant quelques secondes avant que Barbara ne se présente sur le pas de la porte, baguette magique à la main.
— Je sais, je sais… vous allez sans aucun doute me haïr pour ce que je m'apprête à faire… mais vous me remercierez après.
— De quoi tu parles ? demanda Juliet sans comprendre.
— Barbara… non, lança Cameron en la voyant pointer sa baguette magique sur la porte de la salle.
Sous les yeux surpris de Juliet, elle entendit Barbara marmonner une formule et vit Cameron sortir sa propre baguette de sa poche. Barbara lui adressa un sourire d'excuse. Mais Cameron secouait la tête de droite à gauche, tentant de la dissuader de faire ce qu'elle s'apprêtait à faire. Juliet s'impatienta et se tourna vers Barbara, qui tenait sa baguette dans une main et la poignée de la porte dans l'autre. Nerveusement, Juliet se mit à serrer sa baguette et la fiole de Veritaserum entre ses doigts.
— Je vais vous laisser seuls… Cette porte ne s'ouvrira pas avant quelques heures, ce qui devrait vous donner le temps de parler un peu, de mettre les choses au clair… et quoiqu'il se passe, je ne jugerais pas…
— PARDON ?
Près de la porte, Barbara sursauta. Ni Juliet ni Cameron n'avaient dit le moindre mot. Tous les trois se tournèrent vers le coin opposé de la pièce où une tête flottante était apparue dans la pénombre.
— Albus ?! s'exclama Juliet.
Tout se passa alors très vite. En une fraction de secondes, un sortilège fusa de la baguette de Cameron, la tête d'Albus Potter se précipita vers la porte de la salle et Juliet poussa violemment Barbara sur le côté pour qu'elle puisse sortir. Juliet poussa un profond soupir de soulagement quand elle respira l'air poussiéreux du couloir abandonné avant de se sentir tirée en arrière par sa cape. Barbara s'était rattrapée à elle dans sa chute et elles tombèrent toutes les deux au sol. À deux centimètres du visage de Juliet, la porte de la salle claqua dans un bruit sec. Son visage se décomposa avec horreur.
— Tu nous as enfermés ? Tu nous as vraiment enfermés ?! lança la voix consternée d'Albus, quelque part au dessus d'elles.
L'expression de surprise horrifiée sur le visage de Barbara ne les trompa pas. Ils étaient tous les quatre coincés dans cette pièce.
Soz.
Comme vous vous en doutez, c'est un chapitre un peu particulier qui va suivre. C'était un petit défi qui ne devait pas faire partie de l'histoire initialement... mais ça l'est devenu.
Bref, rendez-vous au prochain chapitre qui s'intitule 'Dans la salle désaffectée'. Titre de chapitre qui changera peut-être d'ici là. C'est un peu comme le repas du midi, j'arrive jamais à me décider.
Stay safe!
