Hello, hello. C'est plutôt pour un aspect pratique que je poste le jour d'Halloween, ce chapitre n'étant pas particulièrement spooky, même si j'aurais aimé ! C'est la période de l'année que je préfère alors j'ai écrit quelques trucs à gauche et à droite au lieu de me concentrer à 100% sur cette fic. Ceci dit, voici un nouveau chapitre à se mettre sous la dent.

Bonne lecture !


Le bruit de la chasse d'eau résonna dans les toilettes vides du sixième étage. Juliet poussa un profond soupir de soulagement. Se sentant agréablement légère, elle sortit du cabinet et alla se laver les mains en observant son reflet dans le miroir. Les joues rosées et ses tresses décoiffées lui donnaient un air échevelé et sauvage. Nouveau soupir. Elle venait de passer la soirée enfermée avec Albus, Barbara et Cameron et la chose la plus rationnelle à faire aurait été d'aller se coucher en préparation au match de Quidditch qui l'attendait ce samedi.

Mais il ne fallut à Juliet qu'un millième de seconde pour se détendre à propos de son match. Poufsouffle avait très mal commencé la saison après avoir perdu son match contre Serpentard à plus de deux cent cinquante points d'écart. Et tout le monde savait que Gryffondor valait bien mieux que les équipes de Poufsouffle et Serpentard réunies cette année-là. Ce match, ils l'avaient déjà dans la poche. Juliet n'avait pas besoin du troisième oeil de Barbara pour lui dire qu'ils le remporteraient haut la main. Elle avait un tout autre obstacle à affronter ce soir, bien plus complexe à ses yeux.

— Concentre-toi, dit-elle à son reflet.

Il était tard. On approchait sans doute l'heure du couvre-feu, mais Juliet n'avait jamais été aussi éveillée. Elle passa ses doigts dans ses tresses pour les défaire. Elle fouilla ses poches pour trouver les chewing gums crapaud à la menthe volés à Rose. Puis ajouta une fine couche de son rouge à lèvre rose préféré sur les lèvres. Elle s'observa quelques secondes, satisfaite, et quitta les toilettes d'un pas assuré, bien décidée à affronter le reste de la soirée avec dignité et assurance.

Et sans le moindre dérapage.

Adossé contre le mur d'en face, Cameron l'attendait patiemment. Malgré elle, son coeur fit un bond dans sa poitrine. Elle ressentait une pointe d'excitation à l'idée de partir à l'aventure avec lui, comme lorsqu'ils se retrouvaient dans un coin du château il y avait à peine quelques semaines. Flottait désormais ce sentiment d'inachevé dans l'air, pas complètement disparu mais pourtant hors de leur portée.

Ils se dévisagèrent pendant un moment, bien après que la porte des toilettes se soit refermée dans un claquement discret.

— J'ai quelque chose sur le visage ? demanda Juliet en sachant pertinemment que ce n'était pas le cas.

Il secoua la tête sans rien dire et lui fit signe de le suivre.

— Alors, qu'est-ce-que tu veux me montrer ?

Les pieds de Juliet étaient fermement vissés contre la pierre. Elle n'avait aucune intention de lui rendre la vie facile. Ainsi elle lutta pour ne pas sourire devant l'air agacé de Cameron. Après plusieurs secondes où ils se regardèrent en chiens de faïence, il capitula enfin :

— On va à la bibliothèque.
— Maintenant ? Mais elle doit fermer dans cinq minutes !
— Tu n'as jamais enfreint les règles avant, peut-être ?

Une quinzaine de minutes plus tard, ils tournèrent à l'angle du couloir de la bibliothèque où les derniers élèves sortaient, les bras débordants d'épais grimoires. Plusieurs groupes de cinquième et septième années faisaient désormais la fermeture de la bibliothèque en vue des examens à la fin de l'année, dont Fred Weasley qui partit dans la direction opposée lorsqu'il aperçut Juliet. Le jeune homme l'évitait tout particulièrement depuis qu'elle s'était mise en tête de lui demander à chaque repas quand elle serait capable d'utiliser le passage secret menant en dehors de l'école.

Mais elle n'eut pas le temps de le héler que la silhouette voûtée de Mme Pince sortait à son tour de la bibliothèque, une grosse clé en fer à la main.

Confondus, murmura Cameron à ses côtés, baguette levée.
— Qu'est-ce-que…

Cameron tira Juliet fermement par le poignet à l'angle du couloir au moment même où la vieille bibliothécaire se tournait dans leur direction, l'air perdue en contemplant sa clé. Sans pouvoir la voir, ils l'entendirent marmonner des paroles incompréhensibles avant que les lanternes du couloir s'éteignent et qu'ils ne soient plongés dans l'obscurité. Les pas traînants de Mme Pince s'éloignèrent jusqu'à disparaître complètement. Juliet se détendit enfin.

— Je pensais qu'elle dormait dans la bibliothèque comme une chauve-souris, chuchota-t-elle, pensive.
— Désolé de te décevoir, mais je crois qu'elle mange du pudding comme toi et moi.
— Quoi ? T'es en train de dire que Pince est humaine ?
— Allons-y tant que la voie est libre, lui dit-il avec l'ombre d'un sourire.

La bibliothèque était plongée dans les ténèbres. Les hautes étagères formaient des ombres gigantesques où Juliet s'attendait voir débarquer un monstre d'un moment à l'autre. Les rayons de la lune allongeaient les pieds de table, leur donnant d'effroyables pattes d'araignées. Un lieu aussi paisible et calfeutré que la bibliothèque dans la journée avait le don de lui donner la frousse la nuit. Juliet réprima des frissons mais emboîta le pas à Cameron, peu encline à lui montrer que les rangées de livres interminables l'intimidaient.

Tout à fait indifférent aux allures ténébreuses des lieux, Cameron marchait d'un pas décidé, sachant exactement où il allait. Juliet le suivit sans rien dire pendant quelques minutes jusqu'à ce qu'elle perde patience tandis qu'ils s'enfonçaient dans les tréfonds de l'aile consacrée aux civilisations européennes contemporaines. Le Whisky qu'elle avait ingurgité dans la soirée commençait à lui donner des maux de tête et elle n'avait aucune intention de sursauter à chaque fois que sa propre ombre la surprenait.

— Je suppose que tu n'as pas envie de réviser tes ASPICs maintenant… qu'est-ce-qu'on fait ici ?
— Quand j'ai fouillé le bureau de mon père il y a quelques semaines, j'ai trouvé des livres qui n'avaient rien à voir avec ses lectures habituelles. Je n'y ai pas pensé plus que ça… jusqu'à maintenant.

— Quels livres ?

Cameron ne lui accorda pas la moindre attention et tourna à l'angle d'une nouvelle rangée d'étagères en lisant les dos de livre. Juliet soupira profondément et s'assit sur une table tandis qu'il passait d'allée en allée l'air d'être à la recherche d'un exemplaire en particulier. Le regard de Juliet se perdit sur une étagère remplie d'épais ouvrages plus grands que la normale. Elle ne se rappelait pas avoir déjà vu ces ouvrages ici, elle qui faisait la majorité de ses devoirs à la bibliothèque.

Lumos, murmura-t-elle.

Un spectacle inédit s'offrit alors à ses yeux. Un livre sur la rangée du bas se mit à trembler, puis à rire. Un gloussement guttural, et effrayant. Juliet poussa un cri de stupeur en se levant précipitamment, prête à décamper de cette bibliothèque qui s'était transformée en enfers une fois la nuit tombée. Son coeur battait à cent à l'heure. Cameron la rejoignit, aussi impassible qu'il l'avait été depuis qu'il avait posé un pied dans la bibliothèque.

— Des maléfices ont été mis en place pour faire peur aux fauteurs de trouble, lui expliqua-t-il en lui lançant un regard appuyé.
— Ça fonctionne, je vais pas rester une minute de plus ici. Je suis désolée Mme Pince, je sais bien que vous êtes humaine ! ajouta-t-elle en s'adressant au plafond.
— Chut ! J'ai déjà eu mon quota de retenues par ta faute cette année… — C'est toi qui a voulu m'emmener ici, tu as pris le risque que ça arrive !
— Pourquoi tu veux à tout prix chercher les ennuis ? J'ai juste besoin de cinq minutes, le temps de trouver…
— Trouver quoi au juste ? Le nouveau mensonge que tu vas me sortir ?

Cameron lui jeta un regard noir avant de tourner les talons et disparaître entre les étalages. Fulminante, Juliet se rassit sur la table et garda les yeux rivés sur les livres moqueurs. Ils se moquaient d'elle, elle en était persuadée. Ils se moquaient de leur situation, aussi ridicule qu'elle était. Au lieu de vivre une année normale, ils se retrouvaient forcés à faire face aux histoires de leurs parents. Juliet croisa les bras, en colère contre Cameron qui refusait de lui dire toute la vérité, mais surtout en colère contre elle-même pour le suivre jusqu'ici les yeux fermés.

Juliet passa les minutes suivantes à se demander ce qu'elle faisait toujours ici lorsque Cameron réapparut quelques mètres plus loin, un livre en cuir rouge à la main.

— Tu veux retrouver ta mère, non ? Tu veux savoir qui elle est ? Je crois que ce livre pourra t'aider. Mon père ne l'aurait pas en sa possession s'il n'était pas important.

Il plaqua le livre en question sur la table dans un bruit sourd. Juliet sursauta. Elle lut rapidement le titre à la lumière de sa baguette magique - Confréries Sorcières d'Europe - puis reporta son attention sur lui. Elle se demanda avec horreur ce qu'il savait réellement à propos de Darcy. S'il avait avoué ne jamais l'avoir rencontrée dans le passé, elle ne pouvait pas exclure la possibilité d'un mensonge ou que son père lui ai raconté toutes leurs histoires d'enfance. Avec tout l'aplomb dont elle disposait, Juliet demanda :

— Comment je peux savoir que tu me mets pas sur une fausse route ?
— Je ne peux pas mentir, tu te souviens ?

Le visage de Juliet perdit le peu de couleurs qui lui restait. Interdite, elle faillit faire tomber l'exemplaire de Confréries Sorcières d'Europe. La fiole vide de Veritaserum lui sembla peser des tonnes dans sa poche. Il savait. Il savait qu'elle avait empoisonné la bouteille de Whisky Pur-Feu au Veritaserum. Ses doigts se crispèrent sur sa baguette magique. Rien ne lui laissait croire à son visage s'il était consterné, furieux ou même déçu.

— Comment…
— Potter et toi parlez beaucoup trop fort… on a entendu toute votre conversation tout à l'heure.

Rougissant à vue d'oeil, Juliet tenta de se rappeler de la conversation qu'elle avait eue avec Albus : de leurs chamailleries à propos des soins capillaires jusqu'à leurs taquineries respectives, ils n'avaient pas eu le moindre filtre dans la dernière heure qu'ils avaient passée dans la salle désaffectée. Le fait que Barbara et Cameron aient tout entendu de leur échange aussi puéril que révélateur l'emplissait d'une honte qu'elle regretta aussitôt de ressentir.

Juliet redressa le menton pour le regarder dans les yeux. À la lumière de sa baguette magique, elle remarqua une trace de son rouge à lèvres sur sa peau laiteuse, vestige de leur soirée qu'ils s'étaient promis de ne pas répéter.

— J'aurais jamais eu besoin de recourir à de telles mesures si tu m'avais dit ce que tu avais fait à Andrea, lui reprocha-t-elle lentement.
— Parce qu'empoisonner tes camarades avec du Veritaserum est tout à fait acceptable.
— Tu t'es fait une petite fortune sur le dos d'élèves, ne viens pas me faire la morale.
— D'accord, tu marques un point.

Un soupir s'échappa des lèvres de Juliet, qui laissa place à un silence entre eux. Alors qu'elle débattait intérieurement pour savoir si maintenant était le bon moment de retourner à la tour Gryffondor, Cameron s'assit précautionneusement à côté d'elle, Confréries Sorcières d'Europe posé entre eux. Les caquètements des livres piégés avaient baissé de volume, comme lassés du peu d'attention qu'on leur apportait.

— On devrait faire équipe.

La voix de Cameron avait résonné dans leur coin de la bibliothèque et bien que Juliet aurait pu la reconnaître entre mille, elle n'arrivait pas à croire que ces mots venaient bien de lui.

— Pardon ?
— Barbara a raison. Séparés on a certaines pièces du puzzle, ensemble on peut avoir toutes les pièces. On peut gagner le jeu.

Juliet l'observa dans le plus grand des silences, essayant de déceler le moindre mensonge sur son visage. Il lui répondait par la même mine impertinente qu'en début de soirée. Rien en dehors de sa trace de rouge à lèvres n'indiquait le moindre fléchissement.

— En quoi tu pourrais m'aider ? demanda Juliet d'un ton agressif. Je n'ai aucune idée de ce que tu penses vraiment, si tu as été honnête avec moi ne serait-ce qu'une minute ou si tu m'as complètement menée en bateau depuis le début…
— Je peux t'aider à traquer Darcy Adamson.
— J'ai pas besoin de ton aide, je me débrouille très bien sans toi. Merci pour le livre, je le lirais avant d'aller dormir.

Dans un geste vif, Juliet se saisit de l'exemplaire de Confréries Sorcières d'Europe et le fourra dans le cabas de Barbara. Le livre tomba dans les tréfonds du sac où des craquements de biscuits brisés retentirent. Il ne faisait aucun doute pour la jeune fille qu'il ne cherchait qu'à répondre aux ordres de son père qui était activement à la recherche de Darcy depuis des semaines. Ils avaient sans aucun doute besoin d'elle pour atteindre Darcy. C'était aussi clair que de l'eau de roche. Et elle ne tomberait pas dans ce piège.

— Alors tu comptes te rendre à Moorgate à son job moldu qu'elle a déserté il y a une semaine en espérant qu'elle t'attende comme la mère attentionnée qu'elle a toujours été ?

Livide, Juliet fit volte-face. Cameron était toujours assis sur la table de son attitude désinvolte, comme si être en possession de tous ces détails à propos de Darcy, sa propre mère, était normal. Le sentiment d'injustice qu'elle avait ressentit pendant des semaines la submergea à nouveau, aussi débordant que ses mains se mirent à trembler. Elle resserra son emprise sur sa baguette magique toujours illuminée, puis la pointa droit sur le visage blafard de Cameron. Il protégea ses yeux de ses mains tout aussi fantomatiques.

— Comment tu sais où elle travaillait ?
— J'ai des contacts, se justifia-t-il en plissant les yeux. Mon père et Poppy sont des mines d'informations, tu…
— Poppy ? répéta Juliet. Tu fais ami-ami avec ma garde rapprochée ?

Cameron croisa les bras en l'étudiant avec attention.

— Elle m'a beaucoup aidé avec… hésita-t-il en fixant un point au dessus de l'épaule de Juliet. Ça n'a pas d'importance.

Suspicieuse, Juliet le contempla en se demandant en quoi Robards pouvait bien lui apporter la moindre aide. Elle remarqua à peine Cameron lorsqu'il eut un petit rire nerveux. Celui qui l'avait faite craquer dans la salle désaffectée. En un bref instant, elle en oublia Poppy et se dandina d'un pied sur l'autre.

— Admettons que j'accepte ton offre et qu'on fasse équipe… tu veux quoi en échange ?

Un sourire étira les lèvres de Cameron.

— Je veux savoir comment sortir de l'école en passant inaperçu.

Au loin, une chouette hululait dans la nuit. Juliet le dévisageait dans un silence tel que Cameron détourna le regard au bout de quelques secondes.

— Une requête assez simple, résuma-t-il. Je sais que Fred Weasley est en train de réhabiliter le passage secret derrière le miroir. Mais il a aussi ajouté un mot de passe à son entrée.
— Après tout ce qui s'est passé, tu veux que moi, je te dise comment sortir de l'éco-…

Soudain, Cameron lui fit signe de se taire. Il se releva en une fraction de seconde et tendit l'oreille en direction de l'étage supérieur où Juliet ne pouvait déceler que des étagères remplies de livres similaires à celles qui les entouraient. Un craquement résonna à quelques mètres de là, presque aussi rapidement accompagné d'un parfum fleuri qui flottait dans les airs. Intriguée plus qu'apeurée, Juliet tendit sa baguette illuminée dans les airs pour explorer les alentours. Cameron lui arracha presque sa baguette des mains.

Nox, chuchota-t-il, sa main posée sur la sienne.

Aussitôt la baguette s'éteint. Ils se retrouvèrent plongés dans la pénombre. Tous ses sens en alerte, Juliet essaya de discerner l'endroit d'où avaient résonné les craquements. En vain. Les livres piégés avaient repris leurs caquètements qui résonnaient dans leur coin de la bibliothèque. Une seconde de plus et la personne présente dans les lieux leur tomberait dessus.

— Ton voeu est exaucé, chuchota Juliet, immobile. On dirait que tu vas te encore te retrouver en retenue par ma faute.
— Je ne pense pas que ce soit un professeur, dit Cameron à voix basse en sortant sa baguette magique.
— Qui d'autre ?

Il haussa les épaules puis murmura :

Hominum Revelio.

Pendant l'espace d'un instant, rien ne se produisit. Puis une lueur apparut à quelques mètres de là, à seulement trois rangées d'étagères d'eux. Le coeur battant, Juliet emboîta le pas à Cameron qui marchait déjà à pas feutrés vers la lumière produite par le sortilège. Le plancher qui craquait sous le poids de leur pas alerta l'étranger. Une chaise se renversa, créant un boucan tonitruant dans l'espace pourtant calme dédié aux essais juridiques.

La lueur arrêta tout mouvement au moment où ils atteignirent la chaise en bois en travers du chemin. Juliet déglutit. L'étranger était seulement à quelques pas d'eux, les attendant très probablement au tournant. Son sang se glaça dans ses veines. Et s'il ne s'agissait ni d'un professeur, ni d'un élève ou de Rusard ?

— Tu passes par là et je prends cette rangée, souffla Cameron avant de longer une nouvelle rangée dans le plus grand des silences.

Peu rassurée, Juliet rassembla tout son courage et brandit sa baguette en poursuivant sa lancée. La lumière que produisait le sortilège Hominum Revelio était tout proche, au détour de l'une des étagères centrales. Elle avisa Cameron, à l'autre bout de l'étagère, qui lui fit signe que l'étranger était bel et bien là. Sous le coup de l'adrénaline qui pulsait à travers son corps entier, elle bondit à découvert et pointa sa baguette magique sur la silhouette entourée d'un halo blanc éblouissant. Telle ne fut pas sa surprise de trouver une silhouette assise parterre, loin d'être une menace.

En s'approchant un peu plus cependant, Juliet tomba des nues lorsqu'elle reconnut l'une de ses camarades qu'elle s'était appliquée à éviter avec soin ces derniers mois suite à son implication avec Andrea.

— Dixon ? lança Cameron.

Le halo de lumière qui entourait Fiona Dixon s'estompa au fil des secondes qui passaient et laissait entrevoir son regard hagard qui ne leur prêtait pas la moindre attention. Irritée par son absence de réaction, Juliet fit un nouveau pas vers elle. Avant leur sixième année, elle n'avait jamais eu de raison de s'intéresser à cette fille timide vivant dans l'ombre des autres, elle qui était tant obsédée par sa meilleure amie Maisie Lloyd qu'elle s'était retrouvée accusée à tord d'avoir lancé le sortilège Oubliettes sur sa camarade de classe.

— Qu'est-ce-que tu fais ici ? la questionna Juliet, perdant patience. Pourquoi tu as essayé de t'enfuir ?

Fiona leva les yeux vers elle sous sa frange épaisse mais ne dit pas un mot. Elle prit son collier entre des doigts tremblants.

— Tu nous suivais ? Tu me suivais ? insista Juliet, pressante.

Juliet n'attendit pas sa réponse et s'accroupit subitement à ses côtés comme elle l'aurait fait avec son cousin Octave quand il était plus jeune et qu'elle voulait lui faire comprendre que non, retirer les brindilles de son balai ne lui permettrait pas d'aller plus vite. Les yeux ronds et sombres de Fiona la fixaient avec crainte mais cela n'empêcha pas Juliet de lui dire ce qu'elle avait sur le coeur, agitée par la soirée mouvementée qu'elle venait de passer.

— Écoute-moi bien, j'ai déjà trop de soucis pour te rajouter à ma liste de problèmes, Dixon. Alors dis-moi ce que tu faisais à nous écouter ou je te promets que je te lancerais un sortilège de mon cru… que je rate parfaitement, alors si tu veux te retrouver avec des livres imprimés sur le visage pour le restant de ta vie…
— Juliet… l'interrompit Cameron en posant une main sur son épaule.
— Quoi ? aboya la concernée.
— Il y a clairement quelque chose qui ne va pas, lui dit-il avant de s'adresser à Fiona. Qu'est-ce-qui t'est arrivé ?

À la plus grande surprise de Juliet, les traits de Fiona Dixon s'adoucirent enfin. Elle continua de tirer nerveusement sur la pierre en lapis lazuli accrochée à son cou avant de répondre d'une voix presque inaudible :

— Je… je sais pas… Je me rappelle avoir réussi à trouver un siège dans la salle commune, je voulais continuer à faire mes recherches sur le cimetière Greyfriars… et j'ai… j'ai du… m'assoupir…
— Comment t'es arrivée dans la bibliothèque ? l'attaqua Juliet. Elle est censée être fermée ! Tu nous as forcément suivis jusqu'ici !
— J'ai… je sais pas, je… se défendit Fiona, au bord des larmes.

Son regard se fit à nouveau vide. Ses doigts s'étaient refermés sur la pierre précieuse.

— On devrait partir, dit Cameron en l'observant d'un air mi-inquiet, mi-dégoûté.
— Non, objecta Juliet en remuant sa baguette magique vers lui. On sait toujours pas pourquoi elle est là ni pourquoi elle nous écoutait…
— Mais regarde-la, elle est complètement amorphe.

Un regard vers la sixième année de Serpentard lui appris qu'elle était toujours aussi prostrée, prise dans un combat intérieur dont elle seule avait les clés. Juliet soupira avec lassitude en baissant enfin sa baguette magique. Cameron avait raison. Dans un état pareil Juliet serait incapable de lui retirer la moindre réponse. Ravalant les nombreuses questions et la rancoeur qu'elle pouvait ressentir à propos de Fiona, Juliet s'adressa à Cameron d'un ton calme et posé :

— Tu devrais la raccompagner à votre salle commune.
— Tu es sérieuse ?
— On peut pas la laisser là, et si quelque chose lui arrivait ? Et si elle finissait dans la forêt interdite ?

Juliet le dévisagea avec affront. Elle savait qu'elle pourrait tout obtenir de lui s'il avait la moindre intention de se racheter auprès d'elle après ce qu'il avait fait subir à Andrea. Et cette fois ne manqua pas.

Une poignée de minutes plus tard, ils se retrouvèrent tous les trois dans le couloir glacial et sombre du troisième étage où régnait une atmosphère pesante. La présence de Fiona Dixon la mettait mal à l'aise. La jeune fille était toujours aussi perturbée et frissonnante et ne cessait de leur jeter des petits coups d'oeil furtifs avant de se replonger dans un état de transe en s'agrippant à sa pierre de lapis lazuli. Juliet regrettait presque d'avoir forcé la main à Cameron pour la ramener jusqu'à la salle commune de Serpentard s'il y avait la moindre chance qu'elle soit dangereuse.

— Réfléchis à ce que j'ai dit, lui dit-il à voix basse alors qu'elle refermait la double porte de la bibliothèque avec précaution.

À la lumière de sa baguette magique, Cameron la regarda intensément de ses yeux bleus saisissants. Juliet en oublia presque Fiona Dixon, à quelques mètres d'eux. Les battements de son coeur s'accélérèrent à mesure qu'il s'approchait d'elle. Elle pouvait sentir la chaleur de son corps dans le froid glacial du couloir. Juliet s'agrippa à la poignée en fer tandis que Cameron lui murmurait à l'oreille :

— On pourrait être invincibles tous les deux.

Sans voix, elle l'observa rejoindre la frémissante Fiona Dixon avant de l'entraîner dans les sous-sols du château. Juliet resta plantée seule dans le couloir jusqu'à ce que les deux Serpentard ne disparaissent hors de vue. Puis elle décampa en courant, effrayée par le silence du château, mais surtout par son envie inavouable de ne pas le laisser s'enfuir une nouvelle fois.


La salle commune de Gryffondor était en pleine effervescence la veille du match qui les opposait à Poufsouffle. Après avoir passé presque sept ans entre les murs du château, James avait appris à reconnaître la période qui précédait un match de Quidditch. L'excitation était presque palpable, autant chez les joueurs que chez le reste des élèves. Troy Macmillan, assis parterre, multipliait ses discours enthousiastes, surtout lorsqu'il s'agissait de remonter le moral d'une équipe démoralisée par le temps pluvieux. Mais pour la première fois depuis quatre ans, James ne faisait pas partie des quatre joueurs qui avaient droit aux bonnes paroles de Troy ce soir-là.

Le capitaine de l'équipe, mais aussi un bon ami, avait réussi à le convaincre de faire sa part en confectionnant une dizaine de banderoles animées pour le match du lendemain : lions déchaînés côtoyaient slogans aussi variés que "retournez dans vos tanières les blaireaux", "la coupe 2023 est à nous", "on t'aime, Fred Weasley" que James suspectait son cousin d'avoir ajouté à la liste de bannières pendant que Troy avait eu le dos tourné.

— C'est de l'esclavagisme, se plaignit-il à Carlton qui était sagement assis sur sa chaise, les pieds sur la table.

Ce dernier observa la bannière pendant quelques secondes, jeta un oeil au groupe de quatrième années qui les entouraient et sortit sa baguette magique. Une boîte en métal s'écrasa au sol, déversant son contenu d'herbes séchées au sol. Mais pour la première fois de sa vie, Carlton n'avait pas de cigarette coincée derrière l'oreille et se fichait éperdument de l'énième objet qu'il faisait tomber à cause de sa maladresse légendaire.

— T'inquiète, tonton Carlton est là, soupira-t-il en pointant sa baguette magique sur le pinceau que James avait ensorcelé pour écrire sur les banderoles.

Aussitôt les lettres rouges vives se mélangèrent les unes aux autres dans un concert organisé mais silencieux pour enfin former la nouvelle phrase "les canons de Chudley vont remporter la Ligue cette année" avant que la banderole suivante ne subisse un nouveau ravalement de façade "la bonne affaire de Carlton, rendez-vous à la statue de la sorcière borgne au sixième étage pour une promotion spéciale, deux champignons vénéneux pour trois Mornilles, valable jusqu'à mardi…".

— T'es au courant que les profs pourront lire ça, hein ?
— Rien de mal à vendre des champignons vénéneux, dit Carlton avec son sourire légèrement tordu.
— Bien sûr, ton traffic de champignons passera inaperçu, je sais pas pourquoi je n'y ai pas pensé avant…
— Rien de mieux qu'un match de Quidditch pour faire sa pub, Jamesy.

Carlton l'observa de ses petits yeux gris en grattant le sommet de son crâne du bout de sa baguette magique. Ses mèches blond sale s'emmêlèrent un peu plus… jusqu'à ce que son visage ne s'éclaire d'une illumination.

— Je sais ce qu'il te faut.

Une nouvelle pancarte jaune vive vit ses lettres rouges brillantes se mélanger, sauter l'une pardessus l'autre ou fusionner. Lorsque les lettres ralentirent enfin leur danse sur la bannière, le teint de James devint livide. La nouvelle bannière lisait "James Potter recherche jeune fille de bonne famille, pour un rendez-vous en tête à tête au salon de Madame Pieddodu."

— Non, le menaça James de sa baguette.
— Bah quoi, ça fait longtemps depuis Emily.
Audrey. Vous êtes dans la même classe depuis six ans! le corrigea James pour la énième fois.

Ils pointèrent tous les deux leur baguette vers la bannière dont les mots commencèrent à s'effriter, comme effrayés par le sort qu'on leur réservait, certains mots des bannières environnantes s'échappèrent de leur banderoles pour sauter dans celle saccagée à tel point qu'on put y lire pendant une dizaine de secondes "Carlton Potter recherche Madame Pieddodu pour aller à la chasse aux champignons"… Leur entrain pour corriger la bannière atteint un tel sommet qu'elle finit par prendre feu.

James et Carlton échangèrent un regard alarmé alors que les flammes commençaient à lécher la pancarte.

Sous l'oeil paniqué de James qui arrosait la banderole à coups d'Aguamenti, Carlton s'était jeté au sol pour ramasser ses herbes séchées au moment où Troy débarqua de son pas lourd. Une goutte de sueur perla sur le front de James, espérant secrètement que son ami n'ait rien vu. Il croisa les doigts sur sa baguette tandis que Juliet et Emma apparurent derrière les épaules carrées du capitaine des Gryffondor. Mais Troy ne jeta pas un oeil aux banderoles.

— Tu as vu Paulo Green ? demanda Troy d'une voix sourde pour se faire entendre au dessus des quatrième années.

— Je l'ai vu.

Leur petit groupe se tourna vers Carlton, assis en tailleur sous la table.

— Et ? insista Troy.
— Il a dit qu'il avait besoin de ses dix heures de sommeil s'il voulait être au top de sa performance, répondit James en se rappelant du garçon arrogant qui le remplacerait en tant que Poursuiveur.

MacMillan poussa un profond soupir avant de passer sa main dans ses cheveux.

— Retenez-moi d'aller dans ce dortoir… bougonna-t-il, mécontent. S'il ne marque pas au moins dix buts demain je le ferais passer en entraînement intensif. Tel un bébé Croup.
— Paulo est un cas désespéré mais il est plus que capable de marquer des buts, les interrompit Emma. Il ne rate jamais ses passes !
— On va gagner, ajouta Juliet d'un air déterminé. Je te promets de marquer quinze buts avant qu'Adam ne remarque le vif d'or.
— N'oublie pas que c'est Poufsouffle, Troy, le rassura James. C'est un match facile. Même sans moi vous allez les écraser.

Troy observa tour à tour ses trois camarades qui avaient formé le trio de Poursuiveurs avant de parler d'un ton empli d'une extrême sérénité.

— Ne sous estimez jamais vos ennemis.

Ses paroles planèrent pendant quelques instants, accompagnant le brouhaha que produisaient la rumeur des conversations.

— Vous trouvez pas que ça sent le brûlé, par ici ? ajouta-t-il en fronçant les ailes du nez.

Troy lança un regard autour d'eux avant de s'éloigner. Un sourire plaqué aux lèvres, James se déplaça de façon à ce que les deux filles ne puissent pas voir l'état des pancartes derrière lui. Mais il réalisa bien vite qu'elles ne prêtaient aucune intention aux banderoles ruinées par Carlton. Juliet essayait de lui dire quelque chose silencieusement tandis qu'Emma lui donnait des coups de coude dans les côtes, les joues rouges.

— L'acné est encore revenu ? demanda James en se tâtonnant les joues, confus.

Un coup de coude plus violent et Juliet s'éclipsa dans un gloussement qui laissa James dans un état d'incompréhension le plus total. Il avait arrêté d'essayer de comprendre les filles. Aussi rouge la locomotive du Poudlard Express, Emma s'appuya sur le dossier de la chaise en bois en regardant James qui n'en menait pas large non plus. La situation lui échappait et s'il avait pris le temps d'apprendre à connaître la jeune fille avant de quitter l'équipe, il aurait su quoi lui dire pour détendre l'atmosphère.

— Comment vont les entraînements ? demanda-t-il maladroitement.
— La routine, répondit Emma en haussant les épaules. Troy nous fait courir deux tours de terrain de plus qu'avant, Paulo essaie d'impressionner Juliet, Adam fait sa drama queen quand Troy fait semblant de relâcher de vif d'or et qu'il le cherche pendant deux heures… Et moi je suis au milieu de tout ça à essayer de m'améliorer. Ton absence se fait ressentir…
— Désolé, avec les études, ça devenait compliqué…
— Tu voudrais aller boire une Biéraubeurre aux Trois balais ? le coupa Emma.
— Tu sais, je ne fais plus partie de l'équipe, ça serait bizarre que j'y aille avec vous tous…
— Non, je voulais dire, avec la Saint Valentin qui approche, ça te dirait qu'on y aille ensemble… rien que toi et moi ?

Il regarda Emma avec des yeux ronds et en lâcha presque sa baguette qu'il tenait toujours entre ses doigts. Il l'observa comme s'il la rencontrait pour la première fois. Ses joues rosées et ses longs cils lui donnaient un visage poupin. James fut traversé d'une vague de honte : quel âge avait-elle, déjà ? Il était hors de question qu'il s'intéresse à une quatrième année, aussi douée était-elle pour le Quidditch.

En pleine partie d'échecs de l'autre côté de la pièce, Fred riait aux éclats en le regardant. À l'entrée du dortoir des filles, il pouvait voir Juliet pouffer avant qu'elle ne s'enfuie dans les escaliers. De toute évidence Emma avait mis l'équipe de Quidditch au courant qu'elle lui ferait une telle demande. Un mouvement sous la table lui rappela la présence de Carlton, dont le rire rocailleux secouait ses épaules.

— Dis oui ! chuchota Carlton, dont la tête blonde émergea, la mine pleine d'espoir.
— Emma, j'ai… je vois quelqu'un d'autre.

Le sourire d'Emma s'affaissa lentement. La peine qu'il lut sur son visage lui pinça le coeur.

— Je suis désolée, j'aurais jamais du te demander. C'était stupide.
— Non, pas du tout, c'est moi qui…

James n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'Emma s'enfuit en un coup de vent. Les chuchotements sifflaient à ses oreilles, excités. Il se retrouva hébété comme à chaque fois que la situation le prenait de court et en venait presque à regretter la présence d'Audrey, qui était tout aussi efficace qu'un sortilège Repousse-Moldu l'aurait dans une gare de train à Londres. L'ombre même de la Poufsouffle lui avait évité qu'on lui fasse des avances pendant deux ans.

Fred Weasley débarqua au moment où Carlton émergea de sous la table, se sentant tous les deux très concernés par la scène qui venait de se dérouler sous leurs yeux. Pour donner le change, James se mit à rassembler les pancartes sans prendre la peine de les trier.

— Depuis quand tu vois quelqu'un ? demanda Fred, aussi curieux que tous leurs camarades qui leur jetaient des coups d'oeil.
— Je… j'ai dit… Vous voulez que je vous donne un transcript de ma conversation, aussi ? demanda James aux quatrième années qui avaient cessé leur conversation pour s'intéresser à la sienne.
— Pendant une seconde j'ai cru que tu allais lui dire oui, dit Fred à voix basse, le ton conspirateur. Elle n'a même pas quinze ans.
— Mes parents ont dix ans de différence…
— Elle est en quatrième année, elle ne sait même pas encore ce que sont les Billywigs ! s'exclama Fred.
— C'est une métaphore pour parler de sexe ? demanda Carlton, l'air confus.
— Non, je parlais vraiment des Billywigs, ils sont au programme en cinquième année.

James retint un fou rire tout en sortant la carte des Maraudeurs de son sac. Il n'en avait pas oublié son objectif premier des dernières semaines depuis qu'Albus avait décidé de sortir avec Audrey. Lily et lui n'avaient cessé de s'échanger la carte dans l'espoir de dénicher le moindre indice sur la relation mystérieuse qu'entretenaient Albus et Audrey. Il déplia, puis replia pour déplier à nouveau la carte pour y trouver le nom d'Albus Potter… jusqu'à ce qu'il le trouve entouré d'une dizaine d'autres noms dans un couloir abandonné du sixième étage.

Un étage en dessous, Albus était en compagnie d'Audrey, mais aussi de tous ses amies et encore plus étonnamment de Barbara Hopkins, qui ne cachait plus son enthousiasme à l'idée de sortir avec Albus avant la fin de l'année.

— Dis-moi que ce n'est pas la chose la plus étrange que tu n'aies jamais vue de ta vie ? demanda James en collant la carte sous le nez de son cousin.
— Pas aussi étrange que de voir une quatrième année te faire des avances, gloussa Carlton on s'avachissant sur sa chaise.
— Tu les surveilles… gronda Fred en ignorant l'air goguenard de Carlton. T'es pas mieux que Juliet et son obsession pour Lloyd.
— Mais regarde, insista James en pointant son index sur le nom de son frère. Audrey et Barbara Hopkins sont dans la même salle sans qu'Audrey essaie de lui arracher les yeux ?
— Te vexe pas mais peut-être que sa relation avec Albus est plus saine que la tienne l'a jamais été ?

James ouvrit de grands yeux ronds en regardant son cousin comme s'il venait de l'insulter d'être un membre des Wigtown Wanderers, équipe de Quidditch qu'il détestait. Ce dernier s'assit nonchalamment sur le coin de la table où les pancartes étaient entreposées et s'intéressa à une boîte de dragées surprise de Bertie Crochue.

— Ou ils ont peut-être passé un épisode sauvage dans la Salle de bains des Préfets et c'est déjà fini. Sauf qu'ils n'osent pas le dire à personne.
— La salle de bains des Préfets, répéta lentement Carlton, rêveur.

Le regard de James se perdit sur les devoirs abandonnés de la table d'à côté, essayant de mettre de côté les pensées salaces que Carlton pourrait avoir à propos de la salle de bains. Ses pensées revenaient irrémédiablement à son frère, puis à Audrey, dans un duel permanent qui ne lui laissait jamais entrevoir de gagnant. Une pièce de puzzle lui manquait, il en était certain.

— T'es juste jaloux que ma vie romantique soit toujours meilleure que la tienne, soupira enfin Fred dans une vaine tentative de détendre l'atmosphère.
— J'ai pas le temps pour me prendre la tête avec ces histoires, les brésiliens veulent me faire passer quarante entretiens d'ici la fin de l'année pour savoir si j'ai le niveau requis, dit alors James, l'air ennuyé.
— Sortir avec quelqu'un n'a pas besoin d'être compliqué, regarde moi et Eva, pas de prise de tête. Tout coule de source. Beurk ! commenta Fred d'un ton dégoûté en fixant le paquet de dragées. Chocolat à l'orange, encore… Vas-y, Jamesy, c'est pour toi…

D'un air absent, James se servit quelques dragées et les enfourna tous sa bouche sous le regard écarquillé de Fred. James émit un petit grognement satisfait en constatant que les dragées avaient bon goût.

— Tu pourrais essayer de lui demander directement, suggéra Carlton d'un ton sérieux.

James leva les yeux vers la porte de la salle commune où Albus était arrivé. Les conversations s'étaient tues aussitôt. On entendait le feu de cheminée crépiter dans l'âtre et la plume à papote de Hugo qui griffonnait son morceau de parchemin à l'autre bout de la salle commune. Son frère restait figé sur ses pieds, son insigne brillant de préfet épinglé sur sa poitrine se soulevant au rythme de sa respiration erratique. Il ne faisait aucun doute qu'il avait couru du troisième étage jusqu'ici.

Un certain nombre de têtes étaient tournées vers James, non pas avec les sourires moqueurs suite à la demande importune d'Emma, mais avec un mélange de curiosité et d'appréhension. Tout le monde l'attendait au tournant. Tout le monde retenait sa respiration lorsque les deux frères se retrouvaient dans la même pièce. Tout le monde se languissait de le voir enfin relâcher toute sa colère. Mais James ressentait tout sauf de la colère.

Le silence d'Albus après des jours sans l'approcher lui avait fait l'effet d'un poignard dans le dos. Il n'était pas en colère et la colère aurait été préférable à la profonde déception qui l'avait assailli.

Dans un silence d'outre-tombe, il se leva et Albus se contenta de le fixer, figé sur place. Sous le regard de tous leurs camarades présents dans la salle, James lui fit signe de le suivre dans les dortoirs.

— Et à demain pour un nouvel épisode de Potter drama ! lançait Carlton alors que les deux frères montaient les marches du dortoir d'un pas lourd.

James poussa la porte du dortoir d'Albus, aussi rangé que l'avait été sa chambre à la maison, le lit tiré aux quatre épingles et les livres parfaitement alignés sur les étagères. Même le dortoir sentait bon le coton fraîchement lavé contrairement à son propre dortoir où l'odeur de vieille chaussette côtoyait les Patacitrouilles moisies qu'aucuns d'entre eux ne parvenaient à trouver.

— Ne me regarde pas comme si j'allais te battre à coups de baguette.

Albus resta appuyé contre la porte sans faire un pas de plus. Ses yeux brillaient dans la demi-obscurité.

— Si c'est le divorce des parents qui te fait perdre la tête, tu aurais pu m'en parler avant. Il y avait pas besoin de me voler mon ex pour faire passer le message.

Le ton de James était plus froid qu'il ne l'aurait voulu, mais il ne le regrettait pas d'avoir été aussi abrupt. Il aurait tant aimé qu'Albus soit honnête avec lui, quoiqu'il ressente pour Audrey, quoique leur famille traversait. Mais il n'avait pas l'intention de le ménager. Pas après tout ce temps sans qu'il n'ait daigner faire le moindre pas vers lui.

— Tu es au courant ?

Devant l'air éberlué d'Albus, James se laissa tomber sur le premier lit qui était à sa portée et attrapa le Vif d'or en peluche posé sur le couvre-lit.

— Bien sûr que je suis au courant, soupira James en lançant la balle d'une main à l'autre. Ils se regardent plus comme avant. Ils s'évitent. Ils se sont pas offert un seul cadeau à Noël.

Il marqua une pause, se remémorant le dernier jour des vacances de Noël. Lily dansait à l'étage avec son pas de troll, Ginny fumait une cigarette moldue à la fenêtre de la cuisine et Harry lisait la Gazette du Sorcier d'un air absent. Si ces petits détails de la vie quotidienne avaient été normaux, l'atmosphère pesante et lourde, dénuée toute chaleur humaine, n'avait rien de convivial. Alors James leur avait demandé s'ils allaient se séparer aussi simplement qu'il leur aurait demandé s'il pouvait aller à la fête qu'organisait Troy.

Et ils avaient dit oui.

— À quoi bon rester ensemble s'ils ne s'aiment plus ? poursuivit James en haussant les épaules. Tu es assez grand pour comprendre comment ça marche… Si tu te maries un jour avec elle… tu auras toutes les raisons de vouloir divorcer. C'est toujours préférable d'avoir une porte de sortie.

— Je suis désolé, James.

L'interpelé releva la tête, surpris. Le vif d'or jaune vif tomba au sol sans un bruit au moment même où Albus allumait sa lampe de chevet d'un coup de baguette magique. Il passa une main fatiguée sur le visage avant de faire un pas vers lui.

— Ce que j'ai fait avec Audrey… ce que je fais… tu comprendras bien assez tôt.

La carte des Maraudeurs apparut dans l'esprit de James, où à peine quinze minutes plus tôt Albus avait été entouré d'une dizaine d'autres personnes dans un couloir à l'étage du dessous.

— À quel jeu tu joues ? demanda lentement James.
— J'ai un plan.

— Un plan ?

Un sourire apparut sur les lèvres d'Albus, légèrement tremblant, prêt à s'affaisser à tout moment. Il s'appuya contre les barres du lit à baldaquin et lui dit d'un ton déterminé :

— On ne répétera pas les erreurs de nos parents, je t'en fais la promesse.


Lorsque Rose Weasley se réveilla le matin du match, le dortoir était baigné d'une lumière douce et feutrée. Les deux lits de ses camarades étaient déjà vides. Et à vrai dire, elle n'aurait su dire si Victoria était venue se coucher la nuit dernière, Rose et Juliet s'étaient endormies tard et la porte ne s'était pas ouverte de la soirée. Les seules fois où Victoria ne dormait pas dans le dortoir était lorsque quelque chose se préparait dans les couloirs de l'école ou quand elle avait besoin de travailler un devoir en retard. Perplexe, Rose s'était levée en se demandant vaguement s'il s'agissait de l'une ou l'autre option.

À sa plus grande surprise, Rose entra dans la salle de bains pour y retrouver une Victoria blême et déjà toute habillée devant le miroir.

— Comment tu vas ? demanda Rose, inquiète.
— Je vais parfaitement bien. Juste un peu de trac. Mais on va gagner.

Victoria avait prononcé ces mots comme une automate.

— T'es sûre que ça va ?
— Tu sais à quel point c'est angoissant de commenter un match que ta maison dispute ? Tous les directeurs de maison te soufflent des mots dans l'oreille, c'est insupportable. Au moins mon dernier match est garanti d'être une victoire.
— Comment ça ton dernier match ? tiqua Rose.
— Tu n'as rien entendu, Rosie, dit Victoria en posant une main sur son épaule.

Puis son amie afficha un sourire complice et sortit de la salle de bains sans un mot de plus. Rose contempla la porte pendant quelques secondes, se demandant si elle était réveillée ou non, si elle rêvait ou non, avant de s'emparer de sa brosse à dents sans un mot. Lorsqu'elle fut prête et son maquillage rouge et or étalé grossièrement sur ses joues, Rose se rendit à la Grande Salle où l'odeur de bacon et de toasts grillés lui chatouillèrent agréablement les narines. Elle s'arrêta sur le seuil, scrutant les quatre tables à la recherche de l'un de ses amis.

Sans grande surprise, Juliet était au milieu de son équipe de Quidditch et Albus était introuvable à la table des Gryffondor. Elle ne tarda pas à repérer Scorpius Malefoy, assis au milieu de la table des Serpentard. "Oserais-je ?", se dit-elle, son regard faisait l'aller-retour entre la table des Gryffondor et celle des Serpentard.

Après quelques secondes d'intenses réflexions, Rose rejoignit Scorpius à grandes enjambées pour s'installer en face de lui. Scorpius écarquilla ses yeux gris glacés quand elle s'assit sur le banc. La majorité des Serpentard ne lui accorda pas la moindre attention, mis à part Fiona Dixon qui lui jeta un regard noir qui lui glaça le sang par dessus son bol de porridge. La jeune fille avait des cernes creusés sous ses yeux qui laissaient penser qu'elle n'avait pas dormi depuis des jours.

— Alors, quoi de prévu aujourd'hui ? le salua Rose en se servant un chocolat chaud tout en évitant le regard de Dixon.
— Je pensais juste aller faire un tour à la bibliothèque pour finir ce devoir de métamorphose… j'ai pas encore réussi à lancer de Lapifors informulé. La théorie m'aidera sûrement.

L'air distrait, Scorpius faisait glisser son index autour de son mug de café, indifférent quant au regard mauvais que Fiona Dixon ne cachait même plus. Scorpius évitait soigneusement de jeter un oeil au bout de la table, près de celle des professeurs, où William Leighton et sa bande discutaient bruyamment en prenant leur petit déjeuner.

— Alors tu ne veux pas aller voir le match ? demanda Rose, surprise.

Il mit quelques instants avant de répondre, le regard porté sur le groupe de Poursuiveurs de Poufsouffle qui venaient d'entrer dans la Grande Salle, provoquant une salve d'applaudissements à leur table. Les yeux gris de Scorpius se fixèrent sur les siens et jamais elle n'y avait remarqué autant de lassitude qu'à cet instant. Son amitié avec Will devait l'affecter bien plus qu'il ne le laissait paraître. Rose reposa sa tasse de chocolat chaud. En face d'elle, Scorpius gesticula, l'air inconfortable.

— Je ne sais pas, répondit-il enfin lentement. J'ai déjà parié gros sur une victoire de Gryffondor. On sait tous que les Poufsouffle vont se faire écraser, même avec Potter en moins. Donne-moi une bonne raison d'aller voir ce match.
— Pour te changer les idées au lieu de te morfondre quelque part dans le château.

Scorpius plissa les yeux.

— Tu devrais lui parler honnêtement, poursuivit Rose en se penchant légèrement au dessus de la table. Quand il ne joue pas au Quidditch, il reste assez raisonnable.
— On parle de Will, il n'est jamais raisonnable. C'est un gamin pourri gâté qui obtient tout ce qu'il veut par la force. Je ne suis même pas sûr que j'ai envie de rester ami avec lui.
— Je suis sûre qu'il est plus affecté qu'il en a l'air, dit alors Rose d'un ton qu'elle voulait convainquant alors qu'au bout de la table, William Leighton éclatait d'un rire grave.
— Non.

Rose considéra longuement son compagnon de petit déjeuner, cherchant à comprendre pourquoi son amitié avec William Leighton devait s'arrêter aussi prématurément. Au bout de la table, le groupe des trois Serpentard étaient penchés au dessus de la table, occupés à chuchoter entre eux, levant la tête de temps à autre pour jeter un oeil à la table des Gryffondor où Troy Macmillan était debout, en train de faire de grands gestes devant ses trois Poursuiveurs.

— Je dis juste que c'est dommage que vous arrêtiez de vous parler, dit enfin Rose. Mais je n'insisterais pas, si c'est ce que tu souhaites.
— Quand tu vis dans mon milieu, tu apprends à te taire quand il le faut. Le silence est ma meilleure défense.

Scorpius avait prononcé ces paroles d'un ton résigné, comme s'il s'était déjà fait à l'idée qu'il vivrait sa vie ainsi, à ne pas faire de bruit quand son coeur lui criait son injustice. Rose ne trouva rien de rassurant à dire, devant un Scorpius qui appuyait une serviette aux coins de ses lèvres du bout de ses doigts. Scorpius Malefoy était décidément l'une de ces énigmes qu'on avait du mal à résoudre. Pendant l'espace d'un instant, elle se rappela de l'avertissement lointain de son père à l'encontre du garçon Malefoy. Mais Rose balaya la pensée sans trop s'y attarder. Les temps avaient changé, et son père Ron ne connaissait pas Scorpius Malefoy comme elle le connaissait, elle.

— On est plus en guerre, tu sais, remarqua alors Rose, en écopant d'un nouveau regard noir de Fiona Dixon.
— Pour certains la guerre ne s'arrête pas après que le grand méchant soit hors de nuire.

L'air sérieux de Scorpius la convainquait de ne pas s'engager sur cette voie. Rose ne prit même pas la peine de terminer son chocolat chaud. Elle se leva et sentit des dizaines d'yeux braqués sur elle, comme un veau de lune en terre ennemie.

— Je vais aller retrouver Al. Viens avec moi.

— Non merci, lui et Collins se sont bécotés là-bas pendant dix minutes tout à l'heure, contra Scorpius avec mine de dégoût en montrant un coin de la Grande Salle. Pas besoin de voir ce spectacle à nouveau.

Rose ouvrit de grands yeux ronds à la pensée. Elle n'avait clairement pas envie de tenir la chandelle à Albus et Audrey Collins mais l'idée de les voir ensemble était quelque chose qui l'intriguait plus qu'elle ne l'aimerait se l'avouer.

— Viens avec moi, vous êtes misérables tous les deux, je suis sûre que vous vous entendrez à merveille.
— Si par miracle Poufsouffle remporte ce match, tu me dois trois gallions, capitula Scorpius en se levant à son tour.

Sur le chemin jusqu'au terrain de Quidditch, les deux amis suivirent un groupe particulièrement bruyant de Gryffondor qui semblaient faire des paris entre eux. Rose et Scorpius échangèrent un regard alarmé lorsqu'ils entendirent la somme modeste de quinze gallions pour une victoire de Poufsouffle. Rose ne put s'empêcher de remarquer le ciel clair et l'air sec de cette belle journée d'hiver - un bon présage pour le match qui s'apprêtait à débuter. Lorsqu'ils furent arrivés au stade, Rose arracha les multiplettes d'un première année de Serdaigle et se mit à scruter les gradins, à la recherche d'Albus. Sans grande surprise, elle le trouva dans le camp Poufsouffle avec Audrey Collins.

Rose soupira bruyamment en rendant les multiplettes au première année qui s'enfuit à toutes jambes.

— On dirait que c'est toi qui a besoin d'être convaincue d'aller chez les Poufsouffle, se moqua Scorpius en remarquant l'hésitation de Rose.

Ils laissèrent un groupe de Gryffondor passer sur le chemin avant que Rose ne l'entraîne à l'écart.

— Je veux savoir si je me trompe, lui avoua Rose.
— Hein ?
— Albus et Audrey. Tout le monde pense que c'est une forme de complot pour se venger de James… d'ailleurs je crois qu'il en est à l'origine, remarqua Rose, pensive. James est un peu égocentrique. Il a l'impression que tout le monde parle de lui, tout le temps.

Rose se rappela d'une belle journée d'été où son cousin avait passé la journée à bouder parce qu'Albus et Lily avaient reçu une lettre de leur parents cinq minutes avant de recevoir la sienne qui s'était malheureusement coincée sur le rebord de la fenêtre de leurs grand-parents. "De toute façon papa et maman vous préfèrent tous les deux", avait-il grogné toute la journée à ses frère et soeur.

— Alors c'est quoi le plan ? demanda Scorpius.

Un sourire apparut sur les lèvres de la Gryffondor. Rose se frotta les mains l'une contre l'autre, un air conspirateur au visage. Entre les recherches de Juliet à la bibliothèque, les heures passées à écouter le professeur Lloyd en compagnie d'Albus et ses innombrables devoirs de métamorphose, Rose n'avait eu que très peu d'occasions de s'amuser. Et à la mine semi-intéressée de Scorpius, leurs observations pourraient même s'avérer fructueuses.

— Il n'y a qu'une seule façon de démêler le vrai du faux. L'observation. Nous allons nous infiltrer chez les Poufsouffle.
— Mais on parle d'Audrey Collins… remarqua Scorpius, l'air pensif. C'est bien elle qui a jeté un sortilège de chauve-furie à Potter l'année dernière, non ?

Rose hocha la tête vigoureusement, excitée. Scorpius eut un mouvement de recul devant autant d'entrain.

— Qu'est-ce-qui te fait dire qu'elle se laissera approcher ?
— On ne sort pas avec deux Potter sans s'en vanter ne serait-ce qu'un tout petit peu, non ?
— Je crois que ta cousine Lily a du souci à se faire quand Collins en aura fini avec son frère.

C'était d'humeur plus légère qu'ils montèrent des dizaines d'escaliers en bois pour monter dans les gradins, où les centaines de pas des élèves produisaient des bruits sourds et réguliers accompagnés de murmures d'excitation. Le match Gryffondor-Poufsoufle n'était pas l'un des matchs les plus attendus à cause de l'équipe de Poufsouffle qui avait vu la moitié de son équipe reconstituée après l'année précédente. Gryffondor était a priori l'équipe favorite, qui avait été en grande forme depuis presque deux ans.

Pour Rose, et pour la majorité de ses camarades, la victoire contre Poufsouffle ne serait qu'une formalité. D'où son intérêt pour suivre le match du camp Poufsouffle et non du sien, où elle aurait habituellement soutenu et hurlé le nom de ses amis et cousins.

— J'ai entendu Paulo Green dire à ses amis que l'avenir de l'équipe des Gryffondor était entre ses mains, disait un quatrième année à son ami, non loin d'eux.
— Ce mec est prêt à tout pour être populaire, répondit un garçon avec un chapeau en forme de blaireau. Je comprends pas comment il a réussi à entrer dans l'équipe.

Rose dévisageait les deux garçons en fronçant les sourcils lorsque Scorpius lui donna un coup de coude une fois arrivés en haut des gradins. La foule jaune et noire se dévoilait à eux et le terrain de Quidditch s'étalait en contre-bas. Du menton, il désigna le coin opposé des gradins, où, derrière les autres, Albus et Collins étaient assis l'un contre l'autre et semblaient être en pleine conversation. Rose ne se le fit pas répéter deux fois : elle força les élèves d'une rangée à se lever pour les laisser passer, ce qui ne passa pas inaperçu. Suivie par Scorpius Malefoy, les têtes commençaient à se retourner sur eux, des murmures les suivirent dans leur dos sans que Rose ne se décide à rebrousser chemin.

Quand ils s'installèrent juste derrière le couple improbable, la moitié des gradins les regardaient, elle la Gryffondor et lui le Serpentard non désirés dans un lieu exclusivement réservé aux Poufsouffle.

— On fait vraiment tâche, remarqua Scorpius avec un sourire contrit.
— Qu'est-ce-que vous foutez ici ?

Retourné sur son siège, les yeux perçants d'Albus faisaient l'aller retour entre sa cousine et Scorpius, qui s'étaient tranquillement assis comme si la situation était normale. Audrey les regardait avec un air intrigué. Rose ne put s'empêcher de remarquer à quel point ses cheveux blonds étaient beaux aujourd'hui : des fils noirs et jaunes s'entrelaçaient dans ses nattes. Il n'y avait pas de doute, la beauté d'Audrey Collins était ravageuse. Puis Rose se rappela de ses crises de jalousie légendaires et son charme naturel s'estompa instantanément.

— Félicitations pour vous deux, lança Rose d'un ton léger. Je dois avouer que c'est un peu… surprenant de vous voir comme ça… ensemble.

Albus la fusilla du regard tandis qu'Audrey se mettait à rire doucement.

— Merci, Weasley, on est quand même soulagés de ne plus avoir à se cacher.
— Ne plus se cacher ? répéta Rose.
— Le match va bientôt commencer, la coupa Albus, intransigeant.

En effet, Madame Bibine avait rejoint le centre du terrain et ce n'était qu'une question de secondes avant que les équipes ne sortent à leur tour. Rose songea un instant à l'anxiété de Victoria ce matin là. Après tout, ce matin était la première fois où sa camarade s'était confiée à elle, ce qui lui ressemblait très peu. Soucieuse tout à coup, elle tendit le cou pour distinguer les joueurs de Gryffondor qui venaient de sortir des vestiaires.

— Ils ont eu une meilleure idée que nous, remarqua alors Scorpius en regardant Albus et Audrey.

Penchés l'un sur l'autre, Audrey était en train de dévisser une petite flasque en verre opaque avant d'en boire une gorgée et de la tendre à Albus.

— Il est dix heures du matin, objecta Rose, légèrement dégoûtée.
— Si ça peut m'aider à oublier nos admirateurs, je ne dirais pas non.

Rose n'eut pas besoin de tourner la tête pour remarquer que certains regards récalcitrants étaient toujours braqués sur eux. Et pourtant, elle ne comprenait pas pourquoi elle était le sujet d'attraction. Albus Potter et Audrey Collins se montraient en public, main dans la main, et on les considérait à peine pour une raison qui lui était totalement inconnue.

— Bienvenue au quatrième match de l'année ! s'exclama Victoria Finnigan dont la voix résonna dans le stade entier. Poufsouffle nous fait l'honneur de présenter une équipe qui a encore changé depuis le début de l'année. Yasmin Huffman, Stephen Brown, Jonah Allen, Lindsay Newman, Luke Goulding, Sophie Rodrigues et leur capitaine Mia Cruikshank !

Lorsqu'elle entendit le nom Stephen Brown, la nature compétitive de Rose refit surface. Elle croisa les doigts pour que l'un des batteurs de Gryffondor lui serve un Cognard bien placé. Voulant occuper ses mains, Rose sortit un paquet de chewing-gum saveur crapaud à la menthe de sa poche et en fourra deux dans sa bouche. Elle mâcha vigoureusement son chewing gum alors que Victoria annonçait le nom des joueurs de Gryffondor qui virevoltaient déjà dans les airs, prêts à ouvrir le match.

— T'en veux un ? proposa-t-elle à Scorpius sans même le regarder.

Scorpius hocha la tête en s'emparant du paquet vert criard pendant que Madame Bibine lançait le Souaffle dans les airs. La grande silhouette de Stephen s'en empara presque immédiatement ce qui arracha une grimace à Rose. Sans même avoir besoin de le regarder, elle savait qu'il arborait un sourire suffisant, de ceux qui lui faisaient comprendre qu'il était plus beau et plus intelligent qu'elle sans avoir à dire le moindre mot. Rose ne pouvait lutter, lorsqu'elle se rendait à un match de Quidditch, elle ne pouvait décemment pas s'intéresser à autre chose que ce qui se passait sur le terrain.

— Belle reprise de la part de notre Juliet Hardy ! s'exclama Victoria, dont l'excitation dans la voix était palpable. Elle passe à son nouveau coéquipier, Paulo Green, aussi déterminé que Lindsey Newman qui lui a envoyé un Cognard dans les pattes… Green évite… remonte en flèche et… MARQUE ! Dix points pour Gryffondor !

Une salve d'applaudissements retentit du côté Gryffondor, que Rose accompagna seule du côté Poufsouffle. Assaillie par des regards noirs, Rose se rassit doucement sans faire d'esclandre.

— Arrête de te marrer, toi, s'offusqua Rose en remarquant Scorpius dont les épaules se secouaient doucement.

Le match avait repris en faveur de Poufsouffle. Mia Cruikshank dont la chevelure rousse flottant aux vents semblait littéralement s'enflammer, volait à toute vitesse, plaquée contre son balai, le Souaffle étroitement serré dans son bras gauche. Flanquée par Paulo Green et Emma Ellis, la capitaine freina brutalement à la mi-terrain pour s'en débarrasser. Dans les gradins, Audrey Collins se leva pour encourager son amie.

— Allez Mia ! hurla-t-elle, bientôt suivie par la rangée suivante.

Rose se remit à mâcher son chewing gum avec nervosité avant que son regard ne tombe sur une pancarte dans les gradins opposés, ceux de sa propre maison. Elle cligna des yeux rapidement, pas certaine de comprendre les mots qui y étaient inscrits : Carlton Potter recherche Madame Pieddodu pour aller à la chasse aux champignons.

— Cruikshank est seule devant les buts de Gryffondor, commenta Victoria, une ombre d'appréhension dans la voix. Weasley est en position pour parer l'attaque… espérons juste qu'il n'ait pas pris un déjeuner trop lourd cette fois ci !

Des rires parcoururent la foule de Poufsouffle mais Rose gardait les yeux rivés sur la Poursuiveuse de Poufsouffle qui avait lancé le Souaffle dans les airs. Elle se servit ensuite de son manche à balai pour frapper le Souaffle vers les buts.

— Une fourberie de Finbourgh ! s'écria Finnigan, impressionnée lorsque le Souaffle passa dans l'anneau de gauche. Dix points pour Poufsouffle qui égalise le score ! Elle s'est améliorée cette petite, dis donc…

Rose et Scorpius furent les seuls à ne pas se lever lorsque Cruikshank marqua. Avec désespoir, Rose avait le regard rivé sur le dos d'Albus qui sautillait sur place avec Audrey Collins. Lorsqu'ils s'embrassèrent dans l'excitation du moment, Rose échangea un regard dégoûté avec Scorpius qui n'avait pas l'air d'en penser moins. Rose se renfonça dans son siège, commençant à regretter amèrement son choix de venir s'incruster dans la vie de son cousin. À les voir ensemble célébrer le but de Poufsouffle, Rose se rendit compte qu'elle n'avait jamais vu Albus s'emballer autant pour un match de Quidditch.

Et si c'était possible ? Et si Albus Potter et Audrey Collins étaient réellement amoureux l'un de l'autre ?

— Hardy reprend le Souaffle, mais je crois que Newman et Goulding s'apprêtent à lui envoyer un Cognard…

Les commentaires de leur camarade de dortoir eurent le mérite de détourner l'attention de Rose des amoureux et de se concentrer à nouveau sur le match. Avec une inquiétude grandissante, elle remarqua tout de suite les batteurs de Poufsouffle frapper dans le même Cognard qui fut propulsé à une vitesse impressionnante en direction de la Poursuiveuse. Juliet tourna la tête un instant avant que la balle de la percute et se laissa judicieusement tomber. Puis elle lâcha le Souaffle qu'Emma Ellis récupéra immédiatement en dessous d'elle.

Un soupir de soulagement se fit entendre dans les gradins de Gryffondor et Rose elle-même ne put s'empêcher de se crisper au banc.

— Quel club compte-t-elle rejoindre après Poudlard ? demanda alors Scorpius en suivant le jeu.
— Je ne sais même pas si elle-même le sait, répondit Rose en haussant les épaules.
— Un recruteur des Frelons de Wimbourne va assister au match Gryffondor-Serpentard pour voir Will jouer.

Surprise, Rose se détourna du match pour regarder Scorpius droit dans les yeux.

— Mais il n'est qu'en sixième année ! — Je te l'ai dit, quand il veut quelque chose, il l'obtient, se contenta-t-il de dire d'un ton grave. Ses parents ont commencé à soutenir le club quand Will s'y est intéressé… Quoiqu'il en soit, il prévoit quelque chose de gros. J'ai bien peur que Hardy soit sa principale cible. Quoi de mieux que d'incapaciter le meilleur joueur du camp opposé quand on est batteur.

Rose contempla le visage calme et pâle de Scorpius avec horreur. Bien sûr, elle savait que le Quidditch n'était pas un sport sans risque, mais entendre les plans de William Leighton, des semaines avant le match décisif, la mettait étrangement mal à l'aise. Elle n'ajouta pas un mot de plus, se promettant d'en toucher un mot à Juliet dès qu'elle en aurait l'occasion.

— FAIS UNE PASSE, SOMBRE IDIOT !
— Miss Finnigan, je vous en prie… la coupa le professeur Londubat.

Un silence complet avait envahi l'ensemble des gradins et pendant l'espace d'un instant, Rose n'eut aucune idée de ce qui se passait sur le terrain pour que Victoria s'emporte de cette façon. Lorsque Rose repéra le Souaffle, il était trop tard. Stephen Brown venait de l'intercepter entre Paulo Green et l'anneau central et filait comme une flèche vers les anneaux opposés sans la moindre résistance.

— Jonah Allen marque, commenta Victoria d'un ton neutre après quelques secondes. Trente à dix en faveur de Poufsouffle.

Fred Weasley renvoya le Souaffle à Emma Ellis, qui fit une passe en biais à Paulo Green. Près des anneaux de Poufsouffle, Juliet était démarquée avec Mia Cruikshank qui se tenait encore à une dizaine de mètres de là. Mais Paulo l'ignora complètement et se lança seul vers les buts. Il fut vite intercepté par Stephen Brown qui lui rentra dedans et lui arracha le Souaffle des mains. Encore une fois.

Boutenchoc ! s'écria Rose, convaincue que son ex-petit ami venait de commettre une faute.
— Il jouait le Souaffle, non ? remarqua Scorpius qui se cachait derrière Rose pour éviter les regards qui s'étaient tournés vers eux.
— Elle fait quoi Bibine, là !? s'emporta-t-elle en se rasseyant. Il lui faut de nouvelles multiplettes ou quoi ?

Albus se tourna sur son siège pour lui décocher un regard noir avant de boire une nouvelle gorgée de sa flasque. Rose se renfonça à nouveau sur son siège, vexée, sans accorder un regard à quiconque. Grâce à une succession de passes légères et rapides, les Poufsouffle marquèrent un nouveau but, ce qui enflamma l'engouement des camarades qui les entouraient. Rose se fit toute petite derrière la masse jaune et noire qui encourageait leurs joueurs.

Le match se poursuivit en défaveur des Gryffondor. Pendant la demi-heure qui suivit, leur frustration monta d'un cran lorsque leur jeune recrue refusait catégoriquement de lancer le Souaffle à leurs camarades. Troy Macmillan avait presque failli délaisser son rôle de batteur pour le suivre et lui parler : ce qui n'eut aucune incidence sur le jeu du jeune homme qui s'entêtait à vouloir jouer seul. C'était sans grande surprise que les joueurs de Poufsouffle avaient repris le dessus, menant un score de quatre vingt dix à vingt, se contentant simplement de récupérer le Souaffle des mains de Green.

Des huées avaient commencé à secouer la foule des Gryffondor et de l'extérieur, on aurait presque eu l'impression qu'ils soutenaient l'équipe adverse avant que les applaudissements reprennent dans le stade lorsque Fred bloquait un tir ou lorsque Juliet récupérait le Souaffle.

— Hardy évite soigneusement Green, et on l'en remercie, reprit Victoria, nerveuse. Elle marque un but pour Gryffondor ! Trente à quatre vingt dix pour Poufsouffle…

Juliet et Emma avaient alors changé de tactique et s'étaient mises à jouer à deux en évitant Paulo Green qui leur faisait de grands gestes pour qu'elles leur envoient le Souaffle. Pour une amatrice de Quidditch comme Rose, le match était difficile à regarder et elle avait du mal à imaginer comment ils pourraient faire remonter le score quand les joueurs de Poufsouffle regagnaient toute leur confiance à mesure que les minutes s'écoulaient. Silencieux depuis un long moment, Scorpius n'osait plus dire un mot devant l'état transi de Rose qui suivait le Souaffle d'un bout à l'autre du stade.

Comme pour répondre à ses interrogations silencieuses, Yasmin Huffman et Adam Blackwood semblaient avoir repéré le Vif d'or et fonçaient tous les deux vers le coin opposé du terrain.

— Les attrapeurs ont repéré le Vif ! s'exclama Victoria, qui elle aussi avait récupéré l'espoir que Gryffondor gagne ce match.

Dans un bond, Rose se leva, les yeux rivés sur le dos aux couleurs de Gryffondor d'Adam Blackwood. S'il attrapait le Vif d'or, cette histoire de Paulo Green serait oubliée dans quelques jours. Si Yasmin Huffman, une petite Poufsouffle aux allures fragiles mais extrêmement rapide l'attrapait, ce match deviendrait une affreuse tâche dans l'histoire de leur maison. Et on ne pouvait pas admettre que Gryffondor perde le match qui était censé être le plus facile de la saison. Rose ne pouvait pas le croire.

— Huffman attrape le Vif d'or, annonça alors Victoria dont la déception s'entendait à chacune des syllabes qu'elle prononçait. Poufsouffle remporte le match, trois cent cinquante à trente. Bonne journée à tous. Je vais te noyer dans le lac et te donner en offrande au calmar géant, Green. Ah, et je démissionne, professeur.

Une explosion de joie secoua alors les gradins de Poufsouffle. Entourée de ses camarades qui s'enlaçaient et de son cousin qui embrassait sa nouvelle petite amie à pleine bouche, Rose n'arrivait pas à y croire. Gryffondor aurait du gagner ce match. C'était d'une telle évidence. Ils avaient les meilleurs joueurs, l'entraînement intensif de Troy et l'esprit d'équipe qu'ils avaient forgé ensemble depuis au moins trois ans. Cette victoire de Poufsouffle, elle ne pouvait pas y croire.

Aux côtés de Scorpius qui n'osait dire le moindre mot, Rose était comme pétrifiée.

— Alors Weasley, contente d'être venue ? lui demanda Audrey Collins, un sourire resplendissant au visage.

Complètement dépitée, Rose secoua la tête de droite à gauche, incapable de savoir quoi répondre.

— On dirait que ça se corse sur le terrain, lui dit Scorpius, les yeux rivés sur un petit groupe de joueurs en contrebas.

D'un même mouvement, Rose, Albus et Audrey se mirent à regarder les joueurs rassemblés au pieds des anneaux de Gryffondor. Paulo Green se tenait face à Juliet et Emma dans une discussion qui avait l'air d'être houleuse. Juliet pointait un doigt accusateur vers son nouveau camarade tandis que Paulo semblait s'écrier, les bras ouverts. Puis, tout à coup, Juliet le poussa violemment par les épaules et le cinquième année se retrouva projeté à terre. Puis elle sortit sa baguette magique. Aussitôt, Emma s'accrocha au bras de Juliet et tenta de l'entraîner dans les vestiaires.

— Ouuuh, j'aime ce côté de Hardy ! s'exclama Audrey, qui se délectait de la situation.

Rose et Albus échangèrent un regard inquiet. Mais leur inquiétude commune envers leur amie fut de courte durée : un instant plus tard, Albus s'était levé et tirait Audrey par la main, sans doute prêt à fêter la victoire des Poufsouffle quelque part dans le château. Scorpius avait toujours les yeux rivés sur le terrain où tous les joueurs - Gryffondor et Poufsouffle - étaient réunis pour calmer le jeu.

— Je t'avais dit que c'était pas une bonne idée de venir, soupira Scorpius en haussant les épaules. On aurait mieux fait de travailler le Lapifors

En état de choc, Rose leva les yeux vers lui. Autour d'eux, les Poufsouffle vidaient les gradins avec entrain. Les sourires et les cris enthousiastes lui faisaient l'effet de milliers de petites aiguilles qui lui pénétraient la peau. Elle soupira enfin en passant ses deux mains sur son visage, étalant la peinture rouge et or sur ses joues dans un mélange brouillon.

— Maintenant vous avez une chance de remporter la Coupe, lui dit-elle dans un soupir.
— J'en doute, mais on va jouer un match digne de ce nom, je peux te l'assurer.

À sa plus grande surprise, Scorpius tendit sa main vers elle, paume vers le ciel.

— Tu veux me tenir la main ? lui demanda-t-elle, confuse.
— Prends pas tes désirs pour une réalité, Weasley.

Les joues de Rose se mirent à chauffer et auraient probablement été tintées de rouge si elle n'avait pas de la peinture sur son visage.

— C'est une étape difficile pour toi, mais tu me dois trois Gallions, tu te rappelles ?


J'ai pas été cool du tout avec les Poufsouffle dans cette histoire alors je leur devais bien cette victoire. Et c'est toujours un plaisir de rabaisser l'égo des Gryffondor.

Signé : une vile Serpentard sympa quand même.

En attendant, je vous dis à la prochaine ou en review si le coeur vous en dit. See you soon.