Chapitre 4 : Rencontre inattendue.
Emerveillée devant tant de grandeur, Aradia mit un moment avant de se rendre compte que ses deux « sauveurs » avaient pris de l'avance sur elle. La jeune fille accéléra le pas pour les rattraper et ne pas se faire distancer pour de bon. Au fur et à mesure de son avancée, la Grindelwald n'en était que plus impressionnée par l'édifice vers lequel elle se dirigeait, bien que son aspect général reste assez austère et peu accueillant. Deux sorciers à l'allure sinistre les accueillirent pour les faire pénétrer dans la forteresse. Pour ce faire ils prirent leurs baguettes magiques et exécutèrent plusieurs moulinets du poignet pour déverrouiller l'immense porte. Tout en passant l'arche, Aradia distingua la phrase « Pour le plus grand bien » gravée dans la pierre. Sans doute la devise du propriétaire, pensa-t-elle. C'est dans le silence qu'ils traversèrent de nombreux couloirs, montèrent plusieurs escaliers avant d'arriver dans une immense salle sommairement décorée qui faisait penser à une salle de trône de l'ancien temps. Au centre était disposée une immense table en bois rectangulaire, actuellement occupée par de nombreuses personnes en pleine discussion. Les trois nouveaux arrivants restèrent de côté en attendant que la réunion se finisse. En bout de table, la jeune sorcière dévisagea l'homme qui semblait présider l'assemblée. Il était grand, blond et dégageait un charisme évident. Lorsqu'il prenait la parole le silence se faisait et tous l'écoutaient attentivement, presque religieusement. Oswald l'avait qualifié plusieurs fois de « Maître » et Aradia se demandait ce que ce titre cachait en réalité. Etait-il noble ? Ou une sorte de gourou accompagné d'une secte de fanatiques ? Peut-être tout simplement était-il un puissant sorcier disposant d'un titre honorifique récompensant sa maîtrise de la magie ? Il était délicat de poser une telle question pour le moment car elle ne voulait surtout pas risquer de se mettre à dos les occupants de ce château. Comme Annah le disait souvent : les réponses ne tarderaient pas à venir avec le temps. Dans tous les cas il était évident qu'elle était entrain d'observer son géniteur.
Les débats continuèrent pendant près d'une heure avant de terminer enfin. Certains restaient attablés pendant que d'autres quittaient la pièce d'un bon pas. Gellert Grindelwald tourna enfin le regard vers eux pour leur faire signe d'avancer. Anxieuse, Aradia tentait de ne rien faire paraitre malgré son trouble évident. Elle ignorait comment aborder un tel évènement. Etait-il heureux de la voir ? Indifférent ? Allait-il se justifier de l'avoir abandonné ? Ou ignorait-il tout de son existence ? Autant de questions qui tournaient en boucle dans son esprit depuis qu'on lui avait appris qu'elle allait le rencontrer. A la surprise générale, le mage noir combla les quelques mètres qui le séparait de sa fille et écarta les bras pour l'accueillir.
- Aradia ! Ma fille ! Enfin nous nous rencontrons.
Interdite, la jeune fille se raidit à ce contact inattendu. Gellert passa ses mains dans son dos pour l'enlacer dans une étreinte qui se voulait rassurante. Passé cet instant, l'homme se redressa pour plonger son regard dans celui de sa progéniture.
- Nous avons tant de choses à nous dire. Tant de temps à rattraper. Je suis si heureux de te connaitre enfin.
- Je… Moi aussi.
- Si j'avais su avant…
Mais laisse-moi te présenter la femme à qui nous devons nos retrouvailles.
Il désigna une sorcière qui devait approcher de la cinquantaine portant une tunique noire. Cette dernière se rapprocha pour l'enlacer également à son tour. Cette fois de manière plus naturelle nota mentalement Aradia.
- Elisabeth Morganach, ta tante. Tu n'imagines pas comme je suis rassurée de te voir ici.
Elle s'écarta de sa nièce pour la détailler un peu mieux.
- Un peu maigrichonne mais on va rattraper ça, dit-elle en lui pinçant la joue. Gellert, je peux la conduire à sa chambre ? Elle doit être épuisée la pauvre.
- Faites, nous nous retrouverons au dîner, accéda-t-il à sa demande d'un geste nonchalant.
Le remerciant, Elisabeth prit le bras de la jeune sorcière pour l'emmener avec elle. Tout était arrivé si vite qu'Aradia se sentait un peu dépassée par les évènements. Après quelques pas, elle posa la question qui lui brûlait les lèvres.
- Vous êtes la sœur de ma mère alors ?
Cette dernière acquiesça de la tête pour confirmer.
- En effet et laisse-moi te dire que tu ressembles beaucoup à ma regrettée Lorelei.
- Regrettée ? Elle est… Morte ?
Même si elle s'en doutait depuis longtemps, apprendre ainsi que sa mère était décédée lui enserrait le cœur.
- Comment ? Et pourquoi m'a-t-on laissé seule tout ce temps ? Questionna-t-elle en sentant le chagrin faire place à la colère.
- Je sais que tu as beaucoup de questions et malheureusement je n'ai pas toutes les réponses mais il faut que tu comprennes bien que ton père… N'est pas quelqu'un de bien, chuchota-t-elle presque.
- Que voulez-vous dire ?
- Grindelwald est beaucoup de choses mais certainement pas quelqu'un de sentimental, même pour sa propre enfant. Il faut que tu te méfies de lui.
- Je ne comprends pas, dit une Aradia déconcertée. Vous n'êtes pas avec lui ?
- Pas ici. Attendons d'être dans ta chambre pour parler de tout ça.
Frustrée, la jeune sorcière obtempéra en suivant cette femme pour le moins étrange. Il leur fallu un moment avant d'arriver à destination. Une fois dans la pièce, la jeune fille détailla les lieux. L'endroit était sommairement meublé par un lit, une petite armoire et un bureau dans le fond. Elisabeth verrouilla la porte avant d'exécuter plusieurs sortilèges d'insonorisations.
-Maintenant que nous sommes à seules nous allons pouvoir parler librement.
Croisant les bras sur sa poitrine, elle réitéra ses questions.
- Maintenant dites-moi pourquoi il faudrait me méfier de mon père alors que personne n'est venu me chercher avant aujourd'hui ? Et pourquoi je ne me souviens de rien avant qu'on me retrouve dans la rue ?!
Elisabeth prit son temps pour lui répondre, choisissant soigneusement ses mots pour amener le plus en douceur possible une partie de la vérité à sa nièce. Elle savait que ce moment ne pouvait pas être reporté si elle voulait gagner la confiance de sa nièce.
- Il faut que tu comprennes certaines choses avant… Notamment de comment tes parents se sont rencontrés. Même si je ne connais pas tous les détails je pense en savoir assez pour répondre à certaines de tes questions.
- Je vous écoute.
- C'est lors d'un de ses voyages que ton père a croisé la route de Lorelei. A l'époque il était en quête d'une ancienne forme de magie très rare dont il avait entendu parler dans un ancien grimoire ayant appartenu à un professeur de Poudlard qui a vécu au XVème siècle et qui s'appelait Percival Rackham. Ce Percival maîtrisait cette magie et il est dit qu'il pouvait accomplir des choses incroyables avec. Tu imagines bien que Gellert s'y est intéressé de près.
- Que vient faire ma mère dans cette histoire ?
- J'y viens. Il se trouve qu'une de nos ancêtres, Isidora Morganach, a été sa disciple car elle maîtrisait elle aussi ce pouvoir, tout comme notre grand-mère après elle. Ton père pensait peut-être que Lorelei pourrait l'aider à comprendre son origine.
- Ce qui n'a pas été le cas je suppose ?
- En effet. On n'apprend pas à utiliser l'ancienne magie. On possède le don ou on l'a pas. Moi-même et ta mère nous n'en avons pas hérité. Gellert a été très déçu mais je suis certaine qu'il n'a pas totalement oublié l'idée de s'en servir… Même au travers de quelqu'un d'autre…
- Comme sa fille ? Suppose Aradia qui comprenait petit à petit où voulait en venir son interlocutrice. Vous voulez dire qu'il espérait atteindre ce pouvoir en ayant…
- Une fille avec l'une des dernières descendantes Morganach. Je sais que ça peut paraitre… Malsain et retord. Mais je suis convaincue que c'est ce qui est arrivé. Il a séduit ta mère en espérant avoir un héritier porteur du don... Lorsque ta mère l'a compris, elle s'est enfuit avec toi. Malheureusement les sbires de Gellert l'ont retrouvé. Lorelei était une sorcière puissante ils étaient… Trop nombreux. Ils t'ont enlevé et l'ont laissé pour morte.
La voix d'Elisabeth tremblait, signe de son émotion à l'évocation de ce qui été arrivé à sa sœur. Le chagrin le l'avait jamais quitté depuis ce moment.
- Lorsque je l'ai retrouvé elle avait juste eu le temps de mettre ses souvenirs dans un flacon.
Voyant l'incompréhension de sa nièce à l'évocation de cette technique elle lui précisa le procédé et la manière d'utiliser une pensine avant de poursuivre.
- Je savais que Gellert était derrière tout ça mais je ne savais pas par où commencer mes recherches ni comment faire pour te récupérer. Il m'a fallu du temps avant de retrouver l'un de tes kidnappeurs et lui faire avouer ce qu'il s'était passé.
- Et ?
Elisabeth inspira un grand coup avant de lui dévoiler l'horrible vérité :
- Tu venais d'avoir sept ans et tes pouvoirs ne s'étaient pas manifestés. Dans le monde des sorciers ça signifie presque toujours que l'enfant ne sera pas un sorcier. Gellert a dû le penser et n'a pas supporté d'avoir une moldue comme fille. Il les déteste trop. Il a donné l'ordre de se débarrasser de toi en te lançant un sortilège d'amnésie avant de t'abandonner à ton sort. Depuis je n'ai cessé de te chercher sans succès.
Sous le choc de cette révélation et de la cruauté de son géniteur, la jeune fille restait sans voix. Cette version de l'histoire expliquait beaucoup de choses, mais était-ce vrai ?
- Ce que Gellert ne savait pas c'est que le don de perception de l'ancienne magie a toujours eu une particularité : ceux qui le possédaient voyaient leurs pouvoirs magiques se dévoiler à l'âge de quinze ans. Pas sept, huit ou neuf. Quinze ans. C'est ce qu'il s'est passé pour ton aïeul et ta grand-mère… Et également pour toi.
- Vous voulez dire que je peux accéder à ce pouvoir ?
- Ton nom est apparu sur le registre de Poudlard, signe que tes pouvoirs se sont manifestés. C'est comme ça que je t'ai trouvé. Tu as quinze ans aujourd'hui. Ça ne peut pas être une coïncidence. De plus…
Elisabeth prit une bourse qu'elle cachait dans sa robe avant d'en sortir, sous les yeux médusés d'Aradia, un coffret. Sortilège de rétrécissement dit-elle pour seule explication. A mieux y regarder, la jeune fille distingua une douce lueur blanche en émaner du centre. Attentive à sa réaction, sa tante comprit qu'elle la voyait.
- Si tu vois ce que je pense… C'est que tu as le don. Comme ta grand-mère et comme Isidora. Ton père le suppose aussi.
- Pourquoi tu es avec lui si tu le détestes autant ?! demanda-t-elle finalement en oubliant de la vouvoyer. Qu'est-ce qui me prouve que tout ça est vrai d'ailleurs ?!
S'attendant à cette objection, la sorcière lui désigna un flacon où un fil argenté flottait.
- Les souvenirs de ta mère. Ils ne peuvent pas mentir. Gellert a une pensine dans son bureau. Si tu l'utilise tu comprendras.
- ça ne répond pas à ma seconde question, déclara Aradia tout en prenant l'objet.
- Gellert ne sait pas que j'en sais autant. Pour lui je suis juste la tante qui rêvait de récupérer sa nièce disparue. De plus, j'avais besoin de ses ressources pour te libérer.
La jeune sorcière dodelina de la tête. Son instinct lui soufflait que sa tante disait vrai à propos de tout ceci. Ce qui voulait dire qu'elle n'était pas en sécurité ici, à disposition d'un père qui n'en avait que faire d'elle.
- Tu as un plan je suppose ?
- Nous allons nous enfuir. Rejoindre l'Angleterre, là ou Gellert à peur d'aller à cause d'un ancien ami très puissant devenu professeur à Poudlard. Albus Dumbledore, dévoila-t-elle avec une once de respect dans la voix, est le seul à pouvoir freiner ton père. Si tu rejoins Poudlard tu seras en sécurité.
- Tu crois que ça va l'arrêter d'aller là-bas ?
- Non, il va falloir faire également autre chose. Pour ça nous allons devoir agir avec une ruse digne de la Maison Serpentard.
Elle dévoila une autre fiole où une substance bleue glougloutait. Sans prévenir, il prit un fil de cheveu de sa nièce pour le mettre dedans dans un « aie » sonore. La couleur vira au vert. Pour finir, la sorcière prit une aiguille de sa poche pour en tremper la pointe dedans. Avec un sourire elle lui dévoila alors son dessein.
- Elle est désormais ensorcelée avec ta marque. La personne qui sera piquée par sa pointe t'oubliera instantanément.
- Pour combien de temps ?
- La malédiction peut durer des années. Ça nous laissera un peu de répit pour disparaitre. Il ne pourra pas trouver ce qu'il ne cherchera pas, fit-elle avec malice.
Tout en la regardant, Aradia demanda :
- Je vais devoir piquer mon père avec ça ?
- Tu es la seule qui peut l'approcher sans qu'il soupçonne quelque chose. Tu vas devoir gagner ta liberté…. Ce soir.
