Chapitre 5 : L'aiguille du destin.
Aradia était certes convaincue que sa tante lui disait la vérité, cela l'empêchait pas de vouloir voir par elle-même les souvenirs de sa mère.
- La pensine de Gellert se trouve dans son bureau qui est verrouillé par le meilleur sortilège qui soit : celui du sang.
- Laissez-moi deviner… Seul un membre de sa famille peut passer ?
- Imparable lorsqu'on imagine être seul et plutôt facile à mettre en place. Cette protection est également très difficile à briser. Une chance pour nous, dit en souriant Elisabeth.
- Il n'est pas gardé ?
- Entrer dans Nurmengard est déjà assez difficile en soi pour ne pas avoir à poster des sentinelles partout. Cependant il faut faire vite, ton père va nous faire demander pour dîner sous peu.
La jeune sorcière acquiesça, ayant bien à l'esprit que se faire prendre aurait de graves conséquences. Si Gellert la soupçonnait Morgane savait ce qu'il était capable de faire. Il serait sans doute prêt à l'enfermer et la soumettre au sortilège de l'Imperium pour la contrôler… Dans le meilleur des cas. Aussi discrètes que possible, elles montèrent au dernier étage pour se retrouver devant une porte finement ouvragée. Aradia approcha sa main de la pognée, hésitante. Que se passerait-il si sa tante se trompait et que la protection magique la rejetait ? Fermant les yeux, elle se lança. Sa main actionna la poignée. Attentive à un quelconque signe d'alarme, elle souffla de soulagement. Elisabeth et elle entrèrent dans la pièce. Celle-ci étant assez grande où deux grandes bibliothèques se tenaient de part et d'autre de l'espace. Tout l'ensemble était baignée de clarté grâce ) la grande baie vitrée qui se trouvait derrière le bureau de Gellert. La sœur de la mère de la jeune sorcière ne tarda pas à se diriger vers la pensine qui était disposée dans un coin. Elle fit signe a sa nièce de venir.
- Vas-y, mais fais vite.
Hochant la tête, Aradia s'exécuta et versa les souvenirs dans le liquide miroitant que composait l'objet.
- Fait comme moi, expliqua Elisabeth en se penchant au-dessus.
A peine leurs visages touchèrent le fluide, qu'elles furent propulsées dans les méandres de l'esprit de la mère d'Aradia. Les souvenirs qui défilaient devant ses yeux émouvaient la sorcière. Voir pour la première fois celle qui l'avait porté en pouvant enfin mettre un visage sur un nom la touchait au plus profond d'elle-même. La chronologie sauta plusieurs fois d'une dizaine d'année, expliquant la rencontre entre Gellert et Lorelei. Tout se passait comme sa tant lui avait expliqué. D'abord l'intérêt, puis un profond attachement , tout du moins du côté de sa mère, jusqu'à une violente dispute portant sur l'enfant à naître. Lorelei accusait Gellert de ne pas l'aimer et de ne s'intéresser à elle uniquement à dessein de pouvoir contrôler cette magie ancienne. Ce dernier ne récusait même pas, se contenant de garder un regard impossible et froid. Le dernier souvenir fût le moment de son combat contre les sbires de Grindelwald venus chercher la jeune Aradia. Lorelei enchaîna les sortilèges, mettant à terre nombre d'attaquants, cependant elle fût très vite submergée. Un moment d'inattention et un sort l'atteignit en pleine poitrine, suivi de beaucoup d'autres. Elle s'écroula, ensanglantée, pour regarder impuissante les kidnappeurs partir avec son bébé. Puis tout se brouilla et les deux Morganach se retrouvèrent de nouveau dans le bureau du mage noir.
Aradia avait le visage baigné de larmes, à la fois triste et furieuse devant tant d'injustice.
- Je lui ferai payer, jura-t-elle en regardant sa tante.
- Un jour peut-être, susurra cette dernière en s'approchant d'elle pour la prendre dans ses bras.
La jeune sorcière se laissa aller un instant avant de reprendre contenance et s'essuyer les yeux. Quelque chose sur le bureau de son père attira soudainement son attention. Une simple boîte à en bois, posée bien en évidence. Elle s'écarta de sa tante pour se diriger vers elle et plus elle approchait, plus la jeune sorcière voyait apparaitre de des reflets argentés courir le long de l'objet.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Aradia à sa tante.
- De quoi tu parles ?
- Cette boîte ? Cette lumière ?
- Quelle lumière ? Je ne vois rien, dit Elisabeth.
- Vraiment ?
- Oui. Il faut qu'on parte. Il ne faudrait pas…
- En effet, il ne faudrait pas qu'on vous surprennes ici… Compléta une voix forte derrière elles.
Avec horreur, Aradia voyait un Gellert Grindelwald furieux se tenir dans l'encadrure de la porte. Comme pour la protéger, elle se plaça entre le père et la fille, une lueur de défi dans les yeux, avant de sortir sa baguette.
- Ne soit pas ridicule. Tu ne penses tout de même pas me battre. Personne ne le peut, siffla-t-il sûr de lui en avançant nonchalamment vers elles/
- Laisse-nous partir !
- Tu pensais réellement que je ne savais rien de ton véritable dessein ? Tu es peut-être une bonne sorcière, mais je reste bien supérieur. La preuve en est, ma petite mise en scène a parfaitement fonctionnée.
Il s'adressa à Aradia en désignant la boite qui l'avait tant intrigué.
- Tu la voit n'est-ce pas ? Cette magie ancienne qui possède encore ce coffret ? C'est la preuve que tu y es sensible et que mon investissement porte ses fruits.
- Ton… investissement ?! s'indigna la concernée.
- Bien sûr. Avoir une progéniture n'était pas dans mes plans, tout du moins pas dans l'immédiat, mais lorsque j'ai compris l'importance du sang dans la transmission de cette faculté j'y ai vu une expérience qui a long terme pourrait m'être profitable. Quelle dommage que ta mère ne m'ai pas prévenu de cette histoire des quinze ans… Peu importe. Nous allons faire de grandes choses ensemble.
- Pourquoi est-ce que j'aurai envi de vous suivre ?! Vous avez fait tué ma mère !
- Ce n'est pas ce que j'avais demandé à mes hommes venus te chercher. Ces imbéciles l'ont payé de leurs vies, crois-moi. J'aurai préféré que ça se passe autrement car ta mère était entêtée mais elle aurait fini par comprendre. Après tout, nous formons une famille, toi et moi. Veux-tu encore te retrouver toute seule ?
Perdue, la jeune sorcière ne savait plus quoi penser. Si la mort de sa mère avait été un accident comment le prouver ? De toute évidence son géniteur n'allait pas perdre de temps à lui donner plus d'explications : ce dernier avait déjà sorti sa baguette, la pointant vers le duo.
- Je préfèrerai que tu me suives de ton plein gré mais j'aurai ce que je veux, d'une manière ou d'une autre. Tu as tant à apprendre de ce monde. Je pourrai t'initier et te guider sur le chemin de la grandeur. Accepte de me rejoindre et nous ferons des choses extraordinaires ensemble !
Pendant ce temps, Elisabeth était prête à se défendre en cas d'attaque même si elle savait pertinemment qu'elle n'avait aucune chance face au mage noir. C'est avec surprise que sa nièce s'interposa soudainement entre elle et Gellert pour lui prendre des mains sa baguette. Stupéfaite de ce revirement, elle regarda avec horreur la jeune Aradia avancer à reculons vers son père, le visage fermé.
- Désolée mais il a raison. Il est mon père et toi… Tu n'es rien face à lui.
Arrivée à son niveau, elle lui donna la baguette de sa tante sans rien dire. Satisfait de la tournure des évènements Gellert la prit et laissa sa fille se positionner à ses côtés. La sorcier dévisagea son ex belle-sœur avec un sourire moqueur.
- Si ça peut te consoler, dis-toi que tu as l'extrême honneur de mourir de ma main… Avec la Baguette de Sureau. Avada Ke…
Il ressentit alors une piqûre à la base de son cou qui le prit au dépourvu et coupa court à son sort. Aussitôt ses forces diminuèrent et il chancela pour finir par tomber à terre, lâchant sa baguette qui roula jusqu'aux pieds de sa fille qui tenait encore l'aiguille ensorcelée dans sa main.
- Traîtresse ! vociféra-t-il en tenant de se relever, sans succès.
Avec lenteur, Aradia s'abaissa pour ramasser la Baguette de Sureau et la porter à ses yeux. Avec surprise elle constata que les traces de cette magie ancienne courait également sur ses contours. Quelques chuchotements indistincts lui parvenaient-même. Une douce chaleur l'enveloppa alors. Elle se sentait… Puissante. Connectée. Un sentiment très étrange.
- Nous pourrions te tuer, siffla Elisabeth en s'approchant du sorcier à terre qui luttait pour garder les yeux ouverts.
- Non, dit Aradia très fermement.
- Tu es sûres ? Il a…
- Je sais ce qu'il a fait mais nous nous en tiendrons à ton plan. Il va m'oublier et nous serons en sécurité. Quant à ça… Je la garde, annonça la jeune sorcière en désignant la baguette de son père.
Ce dernier s'écroula enfin, victime du maléfice.
- Nous devons partir, suis-moi ! intima Elisabeth.
Sa nièce acquiesça et prit la fuite avec sa tante, non sans avoir récupéré également l'étrange coffret magique. Le cœur battant la chamade, la sœur de Lorelei la guida à travers la forteresse, évitant les sentinelles pour rejoindre un passage secret dissimulé par un tableau représentant une gargouille à l'allure redoutable. C'est ainsi qu'elles se retrouvèrent à l'extérieur quelques minutes plus tard. Libres.
