Go, go testostérone ! C'est l'heure du combat de coqs :D Merci d'être toujours autant au rendez-vous pour cette histoire. Je m'amuse énormément dessus ! On avance petit à petit dans l'intrigue, avec quelques petits désagréments surprises :3

CHAPITRE 32

Théo s'arrêta quelques secondes devant la porte d'entrée, le visage fermé. Il n'aimait vraiment pas les confrontations avec les autres ordres. Les paladins n'étaient d'ordinaire pas cordiaux les uns avec les autres, mais de mémoire, mis à part à Mirages dans un temps qui lui paraissait bien lointain (et encore, si on mettait à l'écart le meurtre de la prêtresse des Murmures qui avait déclenché la fin du monde), jamais les différentes Églises n'étaient parvenues à s'allier et imposer leur point de vue aux autres. Certes, certaines avaient des intérêts communs ou proches, mais la manière de faire différait de chaque ordre avec ses règles sordides et lois trop autoritaires. En revanche, les conflits d'opinions et guerres froides étaient très nombreuses. Chaque Église avait un territoire d'influence, le plus grand étant celui de l'Église de la Lumière, qui détenait Castelblanc et la plupart de ses régions alentours. Même à Kirov, les guerriers blancs commençaient à se faire respecter. Si les alliances promises par le nouvel empereur arrivaient à leur terme, l'Église de la Lumière pourrait même atteindre un territoire d'influence si grand que ce serait une première dans son histoire. Les autres se partageaient des miettes : quelques villes dans le meilleur des cas, quelques poignées de fidèles lorsque la situation était vraiment catastrophique.

Le cas de l'Église du Feu était à part. Elle concurrençait les ordres de Théo sur bien des points : leur gestion des hérésies était sensiblement la même, la majeure différence étant que les paladins de ces ordres gardaient les prisonniers enfermés jusqu'à six mois avant l'exécution, où ils brisaient mentalement et physiquement leur victime. Des rumeurs couraient même sur l'existence de laboratoires où les sujets étaient simplement exécutés dès lors qu'ils n'étaient plus utiles. C'était pour cette raison que pour rien au monde Théo ne leur permettrait de mettre la main sur Balthazar.

Le paladin avait enfilé son armure pour paraître plus impressionnant, et dégainé son épée. Il était hors de question qu'il paraisse faible devant eux. S'il devait assumer plus tard le rôle de Troisième de la Lumière, il ne se laisserait certainement pas marcher dessus par une bande de petits bouseux et leurs flammèches. Il prit une inspiration et ouvrit la porte pour faire face aux cinq hommes en armures de cuivre qui se tenaient derrière. A en juger par la taille de l'épaulette du cinquantenaire aux cheveux gris qui lui faisait face, on lui avait enfin envoyé quelqu'un d'important. Les cheveux soigneusement peignés, la barbe taillée et perlée, il avait déjà plus une allure de figure d'autorité.

Contre toute attente, l'homme s'inclina légèrement face à lui en signe de respect. Théo ne bougea pas, méfiant, et attendit qu'il fit le premier pas pour engager la conversation. Ceux-là ne lui parurent pas trop menaçant, mais il ne voulait pas prendre le risque de baisser sa garde et se faire piéger comme un débutant.

"Monsieur Silverberg, je présume ? dit l'homme d'une voix profonde et calme. Je suis l'archevêque Falbra, dirigeant de l'Eglise du Feu. Je m'excuse profondément de ne pas être venu plus tôt. Mes hommes n'ont pas jugé bon de m'avertir de votre présence, reprit-il d'une voix rancunière à l'attention des soldats derrière lui qui reculèrent d'un pas. Cela aurait évité quelques malentendus... sanglants. Puis-je rentrer ?"

Théo plissa les yeux pour essayer de déterminer ses intentions. Même si lui n'avait pas d'arme à la ceinture, ce n'était pas le cas de ses accompagnateurs, plus nerveux.

"Seulement s'ils restent dehors.

- Bien sûr, ils vont rester ici et garder l'entrée.

- Mais, Monsieur… s'indigna un des gardes.

- Que voulez-vous qu'il m'arrive ? Allez vous acheter à boire."

Il déposa une bourse dans la main d'un des soldats qui se détourna bien vite de sa mission pour se diriger vers la taverne d'en face, ses compagnons sur les talons. Rassuré, le guerrier le laissa passer. Théo se retourna pour l'accompagner vers le salon quand il remarqua la tête de fouine de Balthazar dépasser de l'escalier. Il finit par lui faire signe de descendre. Si l'homme voulait vraiment se montrer cordial, il avait plutôt accepter à sourire hypocritement au mage également. Après tout, ce dernier était bien plus doué en négociations que lui.

L'archevêque s'installa sur le canapé du salon. Théo prit place en face de lui, un peu nerveux. L'homme ne lui inspirait pas confiance. Ses deux yeux verts rieurs puaient la manipulation et le dédain, juste comme ceux des nobles qui lui avait adressé la parole lors de son "intronisation" à la Cour de la reine Timarée. La mère et le fils Lennon les rejoignirent. Maria disparut dans la cuisine pour faire du thé, tandis que Balthazar s'installait à côté de son ami, le visage fermé. Le paladin analysa soigneusement le visage de son adversaire, mais il resta froid et impassible.

"Je souhaitais vous féliciter personnellement pour votre prise de fonction parmi les grands de l'Eglise de la Lumière. Je sais que nos deux ordres n'ont pas été des plus proches ces dernières années, mais j'espère pouvoir trouver des points d'entente à l'avenir pour allier nos visions respectives de la justice. J'ai été un ami proche de votre père durant les guerres démoniques, ainsi ne suis-je pas surpris de vous voir accéder vous et votre soeur aux sphères les plus élevées.

- Merci, répondit simplement Théo suite à un coup de coude vicieux de Balthazar pour l'inviter à réagir. Mais je ne suis pas certain que vous venez juste pour ça, sauf votre respect."

Le vieil homme le scruta avec attention, de la tête au pied. Théo se crispa légèrement, sur la défensive. Son attention se porta ensuite sur Balthazar, et le paladin sut immédiatement à son regard que la suite ne lui plairait vraiment pas.

"Comme vous le savez, nos ordres ont en commun la chasse à l'hérésie, et en particulier celle des démons et de leurs descendants. Nous savons bien évidemment qui est cette créature et pourquoi il a disparu de la ville sans laisser de traces plus jeune. Une importante prime est offerte pour sa capture et son exécution, et il se trouve que le peuple a remarqué sa présence.

- Il est protégé par l'Église de la Lumière, suite aux événements qui ont découlé de l'attaque de Castelblanc où il a fait preuve de vaillance et d'héroïsme, contrairement à la majorité des Églises que nous avons appelé pour nous porter main forte et qui ont fait la sourde oreille, ajouta le guerrier sournoisement."

Sa petite pique fit touche. Le visage de son interlocuteur s'étira d'un sourire contrarié. Maria déposa les tasses sur la table. Théo remarqua que ses mains tremblaient légèrement. Balthazar lui adressa un sourire rassurant tout en lui pointant l'escalier de la tête, pour qu'elle aille se réfugier à l'étage. Elle obéit en tâchant de garder une attitude neutre.

"Très amusant, en effet, répondit l'homme d'une voix agacée. Cela étant, nous avons un problème. Je veux ce demi-diable afin de rendre justice aux familles biaisées par ses actions par le passé. Cet homme est un meurtrier, et l'héritier du pire démon que ces terres ont vu foulé. Ne me faites pas croire que vous ne voulez pas sa mort tout autant que moi, Silverberg."

Théo se pencha dangereusement vers lui, un sourire mauvais aux lèvres.

"Je viens de vous dire qu'il est protégé par l'Église de la Lumière. Si vous tenez à votre petit patelin et à votre Église, je vous conseille de ne pas essayer de vous en prendre à lui. Dois-je vous rappeler ce qui est arrivé à l'Eglise des Murmures la dernière fois qu'elle a essayé de se dresser contre nous ?

- Vos menaces ne m'impressionnent pas. Nous sommes capable de rivaliser contre votre armée et la Lumière n'est pas la bienvenue dans cette région du monde. C'était une visite de courtoisie, Silverberg, mais si vous ne le livrez pas, je serais contraint d'employer la force.

- Je vous en prie, ça a très bien réussi à vos collègues venus nous arrêter dans l'auberge. Mais je suppose que vous vous en fichez, les généraux envoient toujours les faibles avant de se mouiller.

- Théo, l'appela Balthazar, tu n'arranges pas la situation. Le demi-diable tient quand même à signaler à cet honorable paladin qui agit comme si je n'étais pas dans la pièce que nous sommes sur une mission d'une importance capitale qui implique la survie du Cratère. Vous pouvez vous en prendre à moi si vous le voulez, mais lorsqu'il ne restera que des cendres de votre ville parce que mon père et ses démons seront passés dessus, ce sera vous que les gens blâmeront. Et je suis sûr qu'ils apprécieront grandement de vous écarteler sur la place publique pour "rendre justice aux familles biaisées par le passé". Nous sommes ici pour essayer de protéger le Cratère, mais vos paladins ne font que nous compliqué la tâche depuis notre arrivée. Au lieu de se battre, pourquoi ne pas placer votre rancoeur de côté pour allier nos puissances afin de retrouver mon père au plus vite ? Si nous restons sans rien faire et qu'il retrouve sa pleine puissance, même la plus puissante des armées ne pourra l'arrêter cette fois-ci. Il ne fera pas la même erreur que sur l'île des Intendants en nous confrontant de face. Castelblanc et la Tour des Mages ont déjà été attaqués et de gros dégâts sont à constater. Souhaitez-vous risquer la vie du peuple que vous prétendez défendre en éliminant la seule personne encore capable de le raisonner ? Comme vous l'avez si justement dit, je suis son unique héritier, ce qui fait de moi la personne la plus apte à comprendre comment et pourquoi il agit, car je partage un bout de son démon dans ma tête."

Le paladin dévisagea le mage avec une pointe de colère et de dégoût dans les yeux qui déplut particulièrement à Théo. Néanmoins, son ami marquait un point. Si la protection de la ville tenait tant à cet homme, il avait tout à gagner à l'écouter. L'homme aux cheveux gris poussa un soupir amer.

"Et quelles sont mes garanties ? Qu'est-ce qui me prouve qu'il ne va pas violer nos femmes et dévorer nos enfants pendant la nuit ? Les engrosser ?

- Je suis un hybride, je suis stérile, s'agaça Balthazar. Je ne suis pas un animal, je suis autant humain que vous. Les demi-diables ne sont pas les clichés sur pattes décrits dans vos livres. Pourquoi le Troisième de la Lumière prendrait-il le risque de me protéger si ça n'en valait pas la peine ? Pourquoi suis-je toujours en vie à votre avis ? S'il vous plaît, cessez de nous importuner et laissez-nous travailler. Plus vite nous en aurons terminé, plus vite nous quitterons la ville."

Les yeux vert vipère de l'archevêque scrutèrent ceux jaune doré de son adversaire. Balthazar resta impassible, mais savait au fond de lui qu'ils avaient gagné. Il baissait les bras.

"Bien, grogna le haut-gradé. Nous vous autorisons l'accès à nos archives, à la seule condition qu'il ne rentre pas à l'intérieur, dit-il en pointant le demi-diable. Nous souhaitons également qu'il ne quitte pas ce logement avant votre départ pour éviter qu'il n'infecte la population. Cette maison sera gardée nuit et jour par mesures de sécurité.

- Si vous y tenez… soupira le mage. Ce n'est pas comme si j'avais mieux à faire de toute façon.

- Je veux aussi des rapports réguliers et quotidiens sur la situation, ainsi que des explications claires de ce qui se passe avec Enoch Lennon. Si nous devons nous préparer à une attaque de démon, je veux pouvoir en avertir mes hommes et prendre les dispositions nécessaires.

- Comme vous voulez. Je passerais demain pour vous faire un point sur la situation, répliqua froidement Théo."

Le paladin se releva et se dirigea vers la sortie.

"Attendez ! l'appela Théo. J'aimerais mettre un dernier point au clair. Si quoi que ce soit arrive à Maria Lennon pendant ou après notre passage, il y aura des conséquences. Je la place sous ma protection personnelle."

Il poussa un grognement d'approbation avant de quitter les lieux et de claquer la porte derrière lui. Balthazar poussa un long soupir et se laissa tomber dans le canapé.

"Ca s'est plutôt bien passé, pas vrai ?

- Hum, répondit Théo. A voir s'il va tenir ses engagements par la suite. Je n'ai pas confiance en lui.

- Tu n'as confiance en personne, Théo. Je suis plutôt optimiste pour ma part. On arrivera peut-être un arrangement. Et puis on ne va pas cracher sur des renforts, aussi peu fiables soient-ils. On a besoin d'eux si les choses tournent mal.

- Mouais. On verra ça."

Le guerrier se redressa et tendit une main au demi-diable.

"Remettons-nous au travail."