20 Juillet 1997

La journée du vingt juillet était passée beaucoup trop vite au gout d'Harry. Les heures avaient filé rapidement, de manière floue et confuse, comme si le jeune sorcier était coincé dans un rêve. Harry était bien incapable de se souvenir ce qu'il avait préparé au petit déjeuner ce matin là, ce qu'il avait ajouté ou retiré à sa malle avant de la fermer et de la laisser dans son ancien placard sous l'escalier, ou même ce qu'il avait prit comme provisions au supermarché pour ce qui allait être le saut dans l'inconnu. A la place, la sensation cotonneuse, fébrile et agitée l'avait suivit toute la journée, partagée avec un étrange calme décidé et déterminé qui l'empêchait de faire demi-tour. Harry le savait au fond de lui, c'était son dernier jour ici. Pour le reste du monde, il allait disparaitre pour de bon.

Et, pourtant, à l'extérieur de sa chambre au Privet Drive, tout semblait si… normal. Le soleil déclinait gentiment au loin, se couchant paresseusement et étendant ses rayons orangers sur le quartier. Le vent soufflait tranquillement, jouant entre les branches d'arbres et emportant les odeurs de viande grillée qui provenait des barbecues. Le chant des oiseaux accompagnait le son des rares voitures qui passaient dans l'allée…

Jamais Harry n'avait porté autant d'attention aux détails du paysage qui se trouvaient au-delà de la fenêtre de sa chambre. Jamais encore il n'avait prit le temps de se dire que le soleil couchant avait une saveur de finalité, de tristesse, tout en gardant cette chaleur douce qu'Harry pensait pouvoir assimiler à l'étreinte d'une mère. Jamais encore il n'avait fait attention à l'arbre du voisin, si vivant, si puissant, qui pointait ses branches vers le ciel et qui ne pliait que face à la douce brise d'été. Jamais encore il n'avait fait attention à la course des oiseaux dans le ciel, au trajet de cette chenille sur le mur ou aux jeux des enfants dans la rue.

L'instant présent lui semblait plus intense que jamais. Si vivant, si réel, si matériel. La vie qui l'entourait, les belles choses qui se trouvaient juste là, sous ses yeux, et qu'il n'avait jamais prit le temps de voir et de contempler. C'était étrange de faire une pause dans son vécu pour saisir la valeur de ce qui se passait. Pour saisir le temps, les secondes, les minutes, qui ne cessaient de s'écouler de manière linéaire, matérialisé par le tic tac régulier de l'horloge du couloir. Pour faire attention à toutes ces choses qui se passaient autour de lui et qui n'avait jamais mérité son attention avant maintenant. Pour contempler, pour la dernière fois, ce paysage coutumier qu'il quittait à jamais…

Dire qu'il abandonnerait son présent au profit d'un saut dans l'inconnu… De la même manière qu'il avait sauté sous la trappe en première année, de la même manière qu'il avait glissé dans la Chambre des Secrets en seconde année, ou de la même manière qu'il avait suivit Ron sous le saule cogneur en troisième année… Comme toutes ces fois là, Harry ne savait pas où il atterrirait, ni ce qu'il ferait une fois là bas. Mais cette fois, contrairement à ces évènements, il ne faisait pas ce choix dans l'urgence de la situation. Il avait au contraire pesé et mesuré cette décision pendant des semaines, il s'était préparé à tout affronter. C'était d'ailleurs ce recul qui lui permettait de rester déterminé et calme en cet instant, malgré le fait qu'il allait tout abandonner derrière lui.

Harry était sûr de sa décision. Revenir dans le temps était la meilleure chose à faire. Il était actuellement le détenteur du dernier Retourneur de Temps britannique, c'était en quelque sorte son devoir de corriger tout ce qui s'était mal passé jusque là et de se préparer à faire face à Voldemort.

Mais pour atteindre son but, il quittait sa vie entière. Il avait accepté ce sacrifice lorsqu'il avait choisi cette route à celle de Dumbledore, mais il n'avait pas trouvé le courage de parler de sa décision à Ron et Hermione. Il savait pertinemment qu'ils auraient tout fait pour lui, même le suivre dans cette folie. Mais Harry ne pouvait pas se résoudre à séparer ses deux meilleurs amis de leurs familles. Il ne pouvait pas leur arracher leur avenir et les faire devenir des criminels recherchés. Car oui, le retour dans le temps était profondément illégal et il serait surement traqué par le Ministère pour avoir commis cet outrage. Comment pouvait-il avoir la conscience tranquille s'il entrainait ses amis avec lui dans ce qui pouvait être la plus grande erreur de sa vie ?

Non, c'était décidément quelque chose qu'il devait faire seul.

- Garçon ! Il est l'heure !

La voix de l'oncle Vernon raisonna dans le couloir, le tirant soudainement de sa contemplation et de ses pensées. Avec un profond soupir un peu angoissé, Harry se détourna de la fenêtre de sa chambre et prit fermement le sac de randonnée dans lequel il avait rangé toutes les possessions dont il avait besoin pour son voyage. Cela faisait tellement longtemps qu'il préparait ce saut dans le temps que sentir finalement le poids de ce sac sur ses épaules lui donnait un sentiment d'accomplissement et d'appréhension face aux changements qui allaient survenir dans sa vie.

Il rajusta correctement sa bourse de galion, son porte monnaie moldu, sa gourde, sa cape d'invisibilité et sa baguette à sa ceinture. Ces éléments n'avaient pas trouvés leur place dans son sac, puisqu'il les jugeait trop importants pour être abandonnés en cas de danger. Il accrocha cependant son balai à sa besace puisqu'il lui serait surement utile pour fuir, s'il se faisait repérer par les Mangemorts avant qu'il n'ait pu remonter le temps. Enfin, il attrapa la cage d'Hedwige qu'il n'abandonnerait jamais derrière, même si sa vie en dépendait, et il descendit enfin les escaliers pour rejoindre l'oncle Vernon dans le garage.

Il ne dit au revoir ni à Pétunia, ni à Dudley. Ils ne lui manqueraient pas et il ne leur manquerait pas non plus de toute manière. Ces adieux ne seraient que dérangeants, et ni lui ni eux ne sauraient quoi dire pour mettre à terme à leur malaise. Autant s'épargner le désagrément. Il prit donc immédiatement place sur la banquette arrière, déposant simplement son sac à coté de lui, avant de fermer la portière. L'oncle Vernon le regarda avec un drôle d'air en le voyant prêt à partir mais il ne dit rien et s'installa au volant de sa voiture. Cependant, il ne démarra pas tout de suite, se contentant de fixer des yeux la porte du garage avant de se racler la gorge.

- Tu pars pour de bon ? demanda-t-il en évitant le regard de son neveu dans le rétroviseur pour rester fixé sur la porte.

Harry haussa un sourcil à la soudaine question avant de poser la cage de sa chouette à ses pieds afin de la sécuriser durant le trajet. Il sortit ensuite sa cape d'invisibilité pour s'en draper, lui et ses affaires. Il ne voulait pas être vu par les membres de l'Ordre qui veillaient à l'extérieur. C'était sa décision que d'agir ainsi et il devait le faire seul.

- Je pars pour de bon, Oncle Vernon. Vous ne me reverrez plus. J'ai bien prévenu l'Ordre pour qu'ils vous mettent en sécurité le jour où les protections tomberont. Je sais que vous êtes contre mais honnêtement, c'est votre histoire, c'est à vous de décider.

L'oncle Vernon eut une mine qui aurait pu être comique si elle n'était pas si constipée par un mélange de dégout, de mépris et de colère. Harry savait que les Dursley voulaient être aveugle au fait qu'ils étaient en danger et qu'ils ne pouvaient pas croire que des « gens anormaux comme lui » leur veuillent du mal. Le jeune homme était pourtant sur qu'il aurait réussi à convaincre sa famille de la folie de Voldemort s'il avait seulement prit le temps de le faire. Malgré tout ce qu'il avait vécu dans son enfance, il ne leur souhaitait pas de mal. Mais le temps, c'était bien la seule chose qui lui manquait. Il s'était donc résigné à remettre le destin des Dursley entre leurs mains et celles des membres de l'Ordre du Phénix.

De son coté, oncle Vernon démarra la voiture sans rien ajouter de plus. Assis sur la banquette arrière, toujours caché par sa cape, Harry ne put alors que regarder le petit pavillon impeccable du 4 Privet Drive s'éloigner jusqu'à ce que l'angle de la rue ne coupe définitivement sa vue. Ce fut sans doute à ce moment précis qu'il comprit que c'était réellement la dernière fois qu'il voyait cette maison, que c'était à partir de maintenant qu'il commençait réellement son voyage. Etrangement, il ressentit une vague de nostalgie l'envahir à ce constat. Malgré tous les mauvais souvenirs liés au Privet Drive, ça avait été tout de même son premier foyer, celui qui avait vu ses premiers dessins, ses premiers pas, ses premiers jours à l'école… Et cela signait aussi la fin d'une époque, la fin des beaux jours à Poudlard, des cents coups avec Ron, des confidences avec Hermione, des batailles de mots avec Malfoy, des punitions de Rogue…

Avec un soupir, Harry détourna son regard de la fenêtre et de ses souvenirs pour le poser sur sa chouette. La belle Hedwige le regardait avec clairvoyance derrière les barreaux de sa cage, comme si elle savait parfaitement ce qu'il se passait mais qu'elle parvenait tout de même à rester calme et paisible. Harry lui enviait sa sérénité. Lui se sentait si crispé par l'appréhension que même le sourire qu'il offrait à son animal était pâle et tendu. Sa main, quant à elle, caressait la coquille en verre de son Retourneur de Temps comme pour s'assurer qu'il était toujours là et qu'il le suivrait quoi qu'il arrive.

Comme convenu, l'oncle Vernon déposa Harry à la gare de Surrey. Pendant le trajet, ce dernier avait rangé sa cape d'invisibilité et avait ajusté correctement ses vêtements moldus. Pour l'occasion, il avait choisi des habits confortables et résistants, qui lui permettraient de courir s'il en avait besoin et de rester au chaud s'il ne parvenait pas à trouver un toit pour dormir. Il avait même investit dans un jean à sa taille, un manteau résistant et une paire de basquets solides. Même s'il espérait ne pas rencontrer de difficulté avant et après l'utilisation du Retourneur de Temps, Harry ne connaissait que trop bien sa propension à se fourrer dans les ennuis et ne pouvait décemment pas partir sans être préparé à toutes éventualités.

Le jeune sorcier ne regarda pas la voiture de son oncle s'éloigner. De même que pour sa tante et son cousin, il ne lui dit pas au revoir, seulement un merci poli pour l'avoir emmené jusqu'ici. Il entra ensuite dans la gare et paya rapidement son billet au guichet. Il ne voulait pas trop trainer dans les zones publiques où on pourrait l'attaquer sans qu'il ne puisse rien voir. Voldemort pouvait avoir des espions partout, même s'il n'attendait surement pas Harry ici. Le fait qu'il cru voir Rogue dans un groupe de touristes japonais ne le calma certainement pas dans ses angoisses, et il finit par aller se terrer dans le train pour attendre le départ et rester à l'abri des regards derrière un rideau tiré. Ce ne fut qu'une fois le train partit qu'il put enfin se détendre.

Jusque là, tout se passait bien. Harry avait réussi à quitter Privet Drive sans alerter l'Ordre du Phénix ou les Mangemorts et il était, pour le moment, en relative sécurité. Sa chouette dormait à ses cotés, son sac était toujours à ses pieds, sa baguette n'avait pas été confisquée. Tout se passait même mieux qu'il l'avait imaginé.

Bien sur, cette fuite n'aurait pas été nécessaire si Harry avait choisi naïvement d'utiliser le Retourneur de Temps dans sa petite chambre du Privet Drive. Mais l'avertissement d'Hermione raisonnait encore dans l'esprit du jeune sorcier, comme s'il était gravé au fer rouge à l'intérieur de son crâne. « Personne n'a le droit de changer le cours du temps ! Personne ! […]Le professeur McGonagall m'a raconté des choses horribles qui sont arrivées à des sorciers parce qu'ils avaient cherché à modifier le temps… Certains se sont tués eux-mêmes par erreur dans leur passé ou leur futur ! ».

Harry avait conscience qu'il transgressait l'une des lois les plus importantes du monde de la sorcellerie en utilisant cet artefact illégalement. Il s'était même renseigné sur ce qu'il encourait si le Ministère de la Magie mettait la main sur lui après l'avoir utilisé : Le simple souvenir de ce qu'il avait lu lui suffisait à lui donner des sueurs froides. C'était pour cette raison qu'il avait décidé d'utiliser son Retourneur de Temps dans un endroit reculé, un endroit sûr, un endroit où personne n'aurait l'idée de regarder avant qu'il ne parte.

La vielle cabane en pleine mer dans laquelle il avait appris qu'il était un sorcier.

Il avait réussi à trouver le lieu exact de la maison dans les documents de Vernon. C'était plutôt étonnant pour son oncle de garder ça mais, pour le coup, cela avait bien servit à Harry. Heureusement, sans les détours qu'avait effectués sa famille lors de la folle semaine précédent son onzième anniversaire, il arriverait là bas assez vite pour pouvoir utiliser son artefact durant la nuit.

Le voyage fut agréable. Le wagon était étonnamment calme et le train le berçait tranquillement. Harry put même acheter un petit sandwich à la vendeuse ambulante. Au loin, le soleil se fondait petit à petit dans l'horizon, semblant bruler les villes et faire briller les lacs de son reflet. Bientôt, les étoiles remplacèrent cependant les magnifiques couleurs du crépuscule et le manteau de la nuit s'installa définitivement sur la voute céleste.

Comme le train n'allait pas jusqu'à la destination finale d'Harry, le sorcier profita de la nuit pour voler jusqu'au petit village voisin. Bien qu'il était toujours sur ses gardes, il était déjà plus rassuré de savoir que personne ne le suivait et il put savourer dignement la sensation du vent sur sa peau. Hedwige put même se dégourdir les ailes en l'accompagnant durant le reste de son trajet et ils jouèrent parfois ensembles, en effectuant quelques manœuvres de vol pour impressionner l'autre. Cela faisait longtemps qu'Harry n'avait pas rit en jouant ainsi avec son amie.

Il ne leur fallut qu'une petite heure pour enfin trouver le petit village et apercevoir la lugubre cabane isolée qui s'élevait sur le rocher. Comme dans ses souvenirs d'enfance, la bourgade semblait pittoresque quoi que conviviale. Lorsqu'il perdit de l'altitude pour pouvoir regarder autour de lui, Harry se sentit très seul au monde pendant un instant mais, paradoxalement, il se sentit aussi en sécurité, comme si rien ne pouvait le trouver ici. Il était isolé de tout et tous. Seuls les arbres et la mer pourraient le juger de la décision qu'il avait prise.

Hedwige dut sentir qu'ils étaient arrivés car elle se posa sagement sur l'épaule de son sorcier tandis qu'Harry amorça sa décente jusqu'à la cabane. Il atterrit tranquillement sur le perron, rangea son éclair de feu et prit une grande respiration d'air salin. L'espace d'un instant, son regard se perdit sur le ciel étoilé et sur l'immensité de la mer. La tranquillité et l'isolement de ce lieu avait quelque chose d'extrêmement apaisant. C'était comme si rien ne pouvait arriver ici, comme si Harry était enfin en sécurité quelque part.

- On y est Hedwige, murmura doucement Harry avant de tendre le bras vers sa chouette pour la remettre gentiment dans sa cage. On va pouvoir faire ce qu'on avait prévu. J'aurais six ans pour chercher les horcruxes, sauver Dumbledore et Sirius. Ca devrait aller.

Et c'était ça son plan. Le Retourneur de Temps pouvait lui permettre d'aller dans beaucoup d'époque et choisir une date précise avait été la chose la plus difficile à faire pour Harry. Il aurait pu se rendre en 1981 pour sauver ses parents. Ou dans les années 40 pour empêcher Tom Jedusor de rejoindre Poudlard. Mais Harry avait plutôt choisi de se rendre en juin 1990. C'était une date plus proche de son temps d'origine, qui pouvait lui permettre d'empêcher le retour de Voldemort en court-circuitant le rituel et ainsi sauver son parrain et son mentor. Cela lui laissait aussi assez de temps pour chercher les Horcruxes et s'entrainer suffisamment pour pouvoir tenir un combat face aux Mangemorts.

-Oui, ça devrait aller, répéta-t-il en poussant délicatement la porte du refuge abandonné.

La cabane était particulièrement délabrée, encore plus que dans les souvenirs d'Harry. Le sorcier se souvenait des fissures dans les planches du mur mais pas du trou immense dans le toit qui avait rendu la chambre inutilisable. Le salon était d'ailleurs devenue une véritable passoire et dégageait une forte odeur d'algue qui faisait tousser Harry. Les meubles semblaient pourrir sur eux même, gorgés de l'eau qui fuyait par le toit. En somme, ce n'était pas un refuge très confortable mais Harry se disait que cela serait bien suffisant pour ce qu'il avait à y faire. Seule Hedwige n'était pas de cet avis et le manifestait dans un hululement courroucée qui faisait légèrement rire son maitre.

- Ce n'est pas pour longtemps, je te le promets. Ici, nous seront en sécurité.

Le sorcier posa la cage de sa chouette sur l'un des meubles avant de resserrer les pans de son manteau autour de lui. Il faisait froid, et la nuit et la fatigue rendait la décision d'Harry encore plus angoissante qu'elle ne l'était déjà. Était-ce vraiment une bonne idée de tout quitter ainsi ? Ne serait-il pas chassé par le Ministère jusqu'à sa mort pour ça ? Et s'il échouait à faire ce qu'il voulait et qu'il rendait son présent encore pire qu'il ne l'était déjà ?

Un peu incertain, malgré la détermination qui l'avait animé toute la journée, Harry sortit le Retourneur de Temps de la poche de sa veste et le tourna entre ses doigts pour en saisir toute la puissance. Il y était. Après tout ce temps passé à simplement contempler cette petite bulle de verre et ce sable rose particulièrement fascinant, le moment de l'utiliser était enfin arrivé.

Une rafale de vent se fit soudainement entendre à l'extérieur, faisant grincer la maison en bois sur ses gons. L'air s'infiltra jusqu'au jeune homme, qui frissonna sous le froid nocturne. L'espace d'un instant, Harry se revit, couché sur le sol, attendant naïvement son onzième anniversaire. Il se souvint d'Hagrid sur le canapé et de Dudley avec sa queue de cochon.

L'instant d'après, il se remémora du Poudlard Express, lorsqu'il avait rencontré Ron pour la première fois. Et Hermione, lorsqu'il lui avait parlé dans les toilettes des filles. Il put même se rappeler avec clairvoyance de Neville et de son Rapeltout. Des jumeaux sur le terrain de Quidditch. De Percy dans ses habits de préfet. De Luna et de son sourire distrait, de ses collègues de dortoir, de ses camarades de classe, de Ginny…

Ginny…

Harry prit une grande inspiration et fit glisser ses doigts sur le cercle d'or, dévoilant la fine clef qui lui permettait de retourner le mécanisme. Pour la première fois, une longue chaine se matérialisa en même temps que la clef, une chaine qui lui faisait penser à celle qu'Hermione avait mise autour de son cou, la dernière fois qu'ils avaient utilisés un Retourneur de Temps. Avec une confiance qu'il ignorait posséder, Harry attrapa le collier pour le mettre et celui-ci sembla couler sur sa peau comme s'il n'était que de l'eau. Il était trop tard pour reculer maintenant. Il avait dit à Ginny qu'il ne pouvait plus être avec elle. Il laissait sa vie derrière lui. Ses amis, ses souvenirs, l'espoir de milliers de gens. Il ne serait plus Harry Potter dès le moment où il retournerait le sablier.

Le jeune sorcier reprit en main la cage d'Hedwige et rajusta son sac sur ses épaules tout en vérifiant que son balai tenait bien. Puis il fit rouler le Retourneur de Temps entre ses doigts avant de le regarder intensément.

- Il me faut juste du temps, marmonna Harry pour lui-même, comme pour se persuader qu'il devait utiliser ce moyen. Il me faut juste assez de temps pour trouver les Horcruxes de Voldemort, juste assez de temps pour acquérir la force de le battre.

Harry ferma les yeux pendant une courte seconde alors que ses doigts se posèrent sur la clef. Il se demanda vaguement si, quelque part dans ce présent, il y avait déjà un autre Harry qui opérait dans le but qu'ils s'étaient fixés. C'était la première fois qu'il composait avec l'idée qu'un autre lui pouvait exister dans la même réalité. Où était-il à présent ? Que faisait-il ? Avait-il réussi à trouver le moyen de tout changer ?

Une autre rafale de vent se fit entendre, plus forte que la précédente. Mais Harry ne l'entendit plus vraiment.

Il lui fallait précisément 61 870 tours s'il voulait pouvoir retourner de sept ans en arrière. Il avait compté précisément chaque heure pour mémoriser ce chiffre. 61 870.

Un.

Deux.

Trois.

Le minuscule sablier tournait au rythme de ses doigts sur la clé. Le sable rose devenait de plus en plus lumineux au fur et à mesure de son avancé. Le mécanisme pour remonter le Retourneur de Temps était petit mais la prise se faisait naturellement sur lui, comme si le métal avait été conçu pour s'adapter facilement à ses doigts. Et plus il retournait la clé, plus il sentait la magie de l'artéfact s'écouler autour de lui, à travers lui, à l'image du sable qui dansait dans son contenant au fil de ses mouvements.

Mais soudainement, le mécanisme sembla s'emballer. Le sablier continua de se tourner, encore et encore, sans qu'Harry ne puisse le maitriser à l'aide de la clef. L'inquiétude et la panique envahi le jeune sorcier qui ne put qu'assister, impuissant, à l'incroyable magie qui était à l'œuvre. Il ne put même pas tenter d'arrêter le processus puisque le Retourneur de temps brula soudainement entre ses doigts, forçant Harry à le lâcher pour ne pas en être blessé.

Tout autour de lui, la cabane décrépie s'effaça au profit de la sensation désagréable du Retourneur de temps. Il se sentit projeté en arrière à une vitesse inqualifiable, et Harry ne savait pas si c'était les souvenirs qui avaient tendance à amoindrir le traumatisme ou si la sensation était nettement pire que celle qu'il avait ressentie avec Hermione. Non seulement le voyage lui sembla durer une infinité, mais il avait aussi l'impression que tous ses organes, ses os et son sang essayaient de sortir de lui pour s'adapter à une vitesse plus agréable et plus naturelle que celle qu'il subissait à l'instant.

Mais le pire fut sans doute lorsqu'il jeta un coup d'œil à son Retourneur de Temps. Celui-ci tournait encore plus vite qu'avant et seule la couleur rosée du sable était visible, au centre des mécanismes dorés. Mais pire que ça, ces derniers semblaient aussi se dissoudre, se rétracter, se casser et devenir poussière, mélangeant le doré à la valse du sable rose.

Puis Harry fut brutalement éjecté de cet espace désagréable et, pendant quelques secondes, la douleur fut la seule chose qu'il put sentir. Elle était partout, dans chaque muscle, dans chaque nerf, dans chaque os. C'était comme si son corps se reconstituait après avoir été étiré à une très grande vitesse… Et c'était une sensation bien pire que le souvenir qu'il avait du doloris.

Quand la vision lui revient, la nausée fut la seconde sensation qu'il ressentit et il ne put que se décaler pour rendre son maigre repas au pied du canapé. Ce dernier se mélangea bientôt au sang qui coulait de son nez mais Harry ne fit pas attention à cela et tourna juste la tête vers son Retourneur de Temps pour voir s'il était de nouveau en état de fonctionner.

Peine perdue, cependant. L'intérieur de celui-ci n'était à présent composé que de particules roses et dorées et le verre se fissura soudainement entre ses doigts. Le sablier et son mécanisme avait entièrement disparu et la bulle protectrice se désagrégea à son tour, tombant en poussière comme si elle n'avait jamais existée.

- Non, non, non… S'il te plait non, ne part pas, marmonna Harry en essayant de regrouper les restes de son Retourneur de Temps avec une angoisse palpable.

Mais c'était inutile. Le sable coula entre les doigts d'Harry, s'infiltra entre les planches du sol de la cabane et ses efforts pour réunir le reste de l'artefact au même endroit restèrent vains.

Dans sa main, il ne resta bientôt plus que la petite clé ouvragée, maintenant libre de sa prison.


Et voilà pour le début !

Cela dit, j'ai déjà bien avancé sur l'histoire et j'ai encore de la matière à vous offrir ! 5 parties entières dans une grande histoire en parallèle du canon d'Harry Potter.

Nouveau chapitre dans une semaine !

A bientôt !