Coucou ! Après notre petite semaine de pause, voici la suite des aventures de Théo. On progresse bien dans l'intrigue aujourd'hui, avec quelques réponses :D

CHAPITRE 42

La route jusqu'à la maison de Maria Lennon se fit dans un silence pesant. Le jeune homme, dont les aventuriers ignoraient toujours le nom, aidait Simaë à avancer. La vieille femme était peu discrète et s'extasiait sur tout ce qui l'entourait. Elle n'avait clairement pas toute sa tête, mais ils devraient faire avec. Cyrielle et Grunlek ouvraient la marche, pour prévenir tout danger potentiel. Théo et Balthazar restèrent plus en arrière, pour prévenir toute fuite de leur nouvel "ami". Si Mamie n'irait pas loin, la facilité avec laquelle l'autre mage parvenait à s'enfuir était plus inquiétante. A côté du paladin, Balthazar était nerveux. Il ne cessait de toucher à la chevalière qu'il portait à la main et cela commençait à taper sur le système du guerrier. Le mage avait cette sale manie de toucher tout ce qui lui passait sous la main lorsqu'il était angoissé, sauf que ça faisait du bruit, et Théo ne supportait pas le bruit lorsqu'il devait surveiller un potentiel fugitif avec toute sa concentration. A cela s'ajoutait désormais son ouïe trop sensible qui captait le moindre grattement du métal contre sa peau.

"Qu'est-ce que t'as ? grogna le paladin. C'est lui qui te met dans cet état ? dit-il en pointant leur cible de la tête."

Il hocha négativement. Il hésita à parler, avant de cracher le morceau devant le regard insistant du paladin.

"Je suis tombé sur une voyante au marché, dit-il à voix basse. Elle m'a montré où trouver le fils de Simaë… Mais aussi d'autres choses moins réjouissantes. Je ne suis pas certain du sens qu'on doit leur donner, mais sur l'une d'elle, on était morts aux pieds de Grunlek.

- Je pensais que tu ne croyais pas à ses conneries. C'est toi qui disait que ce n'était pas de la vraie magie.

- Et je le pense toujours. Les prophéties n'existent que dans les contes de fée. Mais dans ce cas, comment savait-elle où il se trouvait ?

- Elle le connaissait peut-être ? La ville est pas si grande. Et puis, je te signale qu'on a déjà annoncé ma mort plusieurs fois, et je suis toujours là. Il y a toujours moyen de contredire les prédictions, de toute manière. Si personne n'a pu prévenir qu'Enoch tenterait d'invoquer un titan, personne ne prédira la mort d'aventuriers hasardeux. Depuis Castelblanc, plus personne ne sait qui on est, on a fait attention de bien effacer nos traces. Je ne suis pas certain qu'on soit assez célèbres pour devenir le centre d'une autre prophétie de fin du monde. Je sais pas toi, mais moi, j'en ai marre de risquer ma vie pour ce foutu Cratère."

Balthazar resta terriblement silencieux suite à sa dernière remarque. Son regard se fit triste, mais il l'effaça rapidement au profit d'un sourire pour le rassurer. Théo détestait lorsqu'il faisait ça aussi. C'était l'expression typique du "je-te-cache-mes-sentiments-pour-ne-pas-te-froisser-mais-je-ne-suis-pas-d'accord". Le mage avait la fâcheuse tendance à ne rien dire pour le rassurer. A bien y réfléchir, il avait peut-être pris cette habitude parce que le paladin faisait exactement la même chose. Mais il était plus facile de rejeter la faute sur le demi-diable que sur lui-même.

Quoiqu'il en était, même s'il ne l'avouerait pas à voix haute, Théo trouvait cette "prophétie" inquiétante. Il n'avait pas forcément peur de la mort, il l'avait déjà affronté plusieurs fois par le passé, mais il craignait de ne pas être à la hauteur pour remplir son objectif : sauver Victoria et Balthazar. S'il perdait l'un des deux, il ne se le pardonnerait pas. Il ne pouvait plus perdre personne. Pas après tout ce qu'ils avaient vécu à Castelblanc. Une peine douloureuse lui serra le coeur. Shinddha lui manquait terriblement. Il n'était pas le plus bavard de leur petite équipe, mais il était celui qui se mettait toujours dans des situations impossibles pour les aider, celui qui n'hésitait jamais à se mettre en première ligne pour se sacrifier pour les autres. Ce qui était arrivé n'était pas juste. Il méritait une mort plus honorable que celle que Manaril lui avait offerte.

C'était drôle comme le temps passait vite. Il y avait encore quelques semaines, cette simple pensée l'aurait plongé dans cet état second désagréable. Il prenait la chose avec plus de recul. Etait-ce signe qu'il était en train d'accepter ce qui s'était déroulé là-bas ? Ca lui faisait peur. D'abord on acceptait, puis on oubliait. Théo ne voulait pas oublier Shinddha. Personne ne devait l'oublier. Il avait donné sa vie pour sauver Castelblanc au pire moment de son histoire. C'était lui qui aurait dû y laisser sa vie, comme trophée de service militaire, pas ce pauvre gamin qui n'avait rien demandé. Ses poings se serrèrent légèrement. Il prit une grande inspiration et essaya de mettre ses pensées sombres de côté. Il n'avait pas le temps de se laisser distraire.

La petite maison des Lennon apparaissait déjà au bout de la rue. Le trajet retour avait été plus rapide qu'il ne l'aurait crû. La nouvelle un peu moins bonne était les trois paladins qui attendaient devant. Théo reconnut Falbra de loin à la teinte grisâtre de ses cheveux. Il sentit tous ses poils se dresser. Que venait-il faire là ? En le reconnaissant, l'archevêque se dirigea dans leur direction. Il se figea néanmoins net après seulement deux pas, comme dérangé par une barrière invisible. Théo n'eut pas beaucoup de mal à deviner pourquoi. Avec Balthazar, Cyrielle, Simaë, son fils et maintenant lui, l'énergie démoniaque environnante devait exploser des sommets. Seul Grunlek était normal, finalement. Le fils de la vieille dame s'agita lui aussi à la vue de l'homme d'église. De toute évidence, il avait lui aussi déjà eu affaire à lui.

"Silverberg, je voulais vous parler. Il y a un problème avec la créature. Elle s'est… dissoute ? Je ne sais pas comment l'expliquer. Elle s'est mise à convulser, puis elle a fondu. Il n'en reste qu'une bouillie noire. J'ai laissé le champ de force dessus dans le doute, mais j'ai besoin d'un deuxième avis.

- Vous avez besoin de moi ? se moqua le paladin.

- Ne fanfaronnez pas trop rapidement. Je peux sentir votre aura, et j'aimerais que vous me rendiez des comptes sur la raison pour laquelle ce… criminel, dit-il en pointant le fils de Simaë, vous accompagne.

- Pas vos affaires. Je passerai ce soir. Bonne journée.

- Silverberg !"

Théo l'ignora copieusement et rentra dans la maison. Les autres le suivirent sans poser de question et laissèrent l'archevêque devenir rouge comme une tomate sur le point d'exploser. Balthazar claqua sèchement la porte à son nez, et tous purent l'entendre clairement les insulter. Cela les fit plus rire qu'autre chose et l'atmosphère se détendit un peu. Simaë resta bloquée dans l'entrée. Elle regarda autour d'elle, confuse.

"C'est l'heure de prendre le thé ! Où est le thé ? demanda-t-elle à son fils. On va être en retard !"

L'homme poussa un soupir et l'accompagna jusqu'au canapé sous le regard bienveillant de Grunlek. Il couvait la vieille dame du regard et était étrangement silencieux depuis qu'ils étaient sortis des hauts-quartiers. Théo commençait à se demander si la femme ne lui rappelait pas quelqu'un qu'il avait connu. Maria passa la tête hors de sa cave avant d'écarquiller les yeux de surprise en apercevant les nouveaux arrivants. Elle courut hors des escaliers pour prendre Simaë dans ses bras. Théo avait jusque là supposé qu'elles étaient rivales ou ennemies : il avait eu tort. Dans un premier temps, la vieille dame ne reconnut pas la mère de Balthazar, confuse, mais lorsque ce fut fait, elle éclata en sanglots dans ses bras et l'enlaça. Au visage de son fils, le paladin comprit qu'il était aussi perdu que lui.

Les aventuriers, Maria et les nouveaux venus s'installèrent dans les vieux fauteuils en se serrant un peu. La mère de Balthazar servit le thé et les biscuits, avant que le guerrier n'ouvre les festivités, las du manque d'action.

"C'est quoi votre nom ? demanda-t-il au "maître des orbes". Je ne crois pas vous avoir entendu nous le dire.

- Je m'appelle Mictian Barthelemus Lennon. Mic ou Mictian, en plus court. Je suis le premier enfant d'Enoch, mais il m'a rejeté parce que je suis né demi-élémentaire de feu et non pas démon. Je suis mort né, j'ai été ressuscité… Mais je crois savoir que vous détenez déjà ces informations. Vous êtes connus comme le loup blanc dans le Cratère. Le mage, le guerrier, le nain et l'archer qui ont détruit la Cité des Merveilles. Ce n'est pas si loin d'ici. On en a beaucoup entendu parler. Vous connaissez déjà ma mère, Simaë."

Balthazar parut soudainement très intéressé par ce qui se disait. Il détailla son demi-frère de haut en bas d'un oeil expert.

"Alors comme ça, toi aussi tu es mage, dit-il d'un ton suspicieux. Je n'ai jamais entendu parlé d'autres créatures magiques à la Tour des Mages.

- J'ai eu la chance de naître sans cheveux enflammés ou la peau citrouille, comme chacun. Personne n'a jamais soupçonné que je puisse être autre chose qu'humain. Certains sont plus doués que d'autres pour cacher leur vraie nature, dit-il d'un ton mielleux.

- Certains ont la chance de ne pas être né avec un démon dans la tête, répliqua froidement le mage, légèrement vexé. Et puis, je ne crois pas pouvoir affirmer que ton cursus à la Tour des Mages a été parfaitement sain et logique. Mon ami paladin m'a donné un joli aperçu de ce dont ce que tes collègues et toi étudiaient. Ou plutôt était-ce de l'expérimentation ? Je ne suis pas certain du mot à employer."

Balthazar posa sur la table le sac d'orbes mémoriels avec un grand sourire. Mictian baissa immédiatement le regard, gêné. A côté de lui, Théo serra les poings pour se retenir d'intervenir à mesure que les souvenirs de ce qu'il y avait vu revenaient. Il n'y avait aucune excuse acceptable pour ce qui c'était produit. Même l'inquisition traitait ses prisonniers de manière plus convenable. Mictian chercha ses mots un moment avant de reprendre.

"C'est une erreur de jeunesse, avoua-t-il. J'ai ressenti ta présence dès ton arrivée à la Tour des Mages. Je ne savais pas qui tu étais, mais j'ai tout de suite deviné que tu étais lié à mon père d'une manière ou d'une autre. Malheureusement, avec ta réputation, je ne pouvais simplement pas prendre contact normalement. Il y avait une chasse aux sorcières, et tout ceux qui s'approchait de trop près du "démon" se faisaient renvoyé par l'archimage des troisièmes années de l'époque. Il était vraiment dérangé et obsédé par l'idée de se débarrasser de toute créature magique dans l'enceinte de l'établissement. Il y avait des rumeurs sur comment il avait brûlé certains étudiants par le passé juste pour cette raison, et j'ai pris peur. Plutôt que de fuir comme certains de mes amis, j'ai choisi de m'engager à ses côtés pour dissiper les soupçons. J'ai gagné sa confiance jusqu'à ce qu'il m'introduise dans son cercle de recherche privé. Pendant des mois, il nous a demandé d'étudier Balthazar. On l'a drogué, torturé, forcé à oublier tout ça pour ne pas attirer les soupçons. Ce n'était pas grave qu'il y ait des marques tant qu'il n'allait pas se plaindre aux autres archimages. J'ai détesté chacune de ces interventions. Mais je n'avais pas le choix."

Mal à l'aise, il évita de croiser le regard plissé de Théo, peu convaincu par ses arguments. Un simple coup d'oeil sur le côté l'avertit que, pour une fois, Maria Lennon était de son avis. Elle regardait Mictian avec colère. Ce n'était pourtant pas le cas de Balthazar qui se détendit légèrement.

"Je comprends, dit-il simplement. Je ne t'en veux pas. Cela fait bien longtemps que j'ai fait le deuil de ce qui s'est passé à la Tour des Mages de toute manière. Ce n'est pas exactement une surprise pour moi. Je sais très bien ce que disaient les mages suprêmes derrière mon dos.

- Qu'en est-il de la Mêta-Lignée ? le coupa Théo, moins apte au pardon."

L'intéressé se crispa et rentra ses ongles dans le fauteuil. Maintenant qu'il avait commencé à se livre, à quoi bon continuer de cacher le reste ? Théo se souvenait l'avoir entendu mentionner le nom de l'organisation de Mani lors de la dernière rencontre. Grunlek, qui découvrait pour ainsi dire toute cette histoire, fronça légèrement les sourcils. Il était vrai que Théo n'avait pas vraiment pris le temps de tout lui raconter. Seuls Cyrielle, Mani et Balthazar, à leur arrivée à Gorge Noire, avaient été mis dans la confidence. La jeune paladine encourageait son mentor du regard, déterminée elle aussi à en savoir plus. Loin de toutes ces préoccupations, Simaë continuait de s'extasier sur son thé.

"Après le départ de Balthazar, mon mentor a été grièvement blessé. Il se savait mourant, mais il m'a annoncé sur son lit de mort avoir donné mes contacts à une organisation secrète qui pourrait nécessiter mes services. Jusqu'à ce que je termine mes études, rien ne s'est passé. Ce n'est que lorsque je suis rentré chez moi que j'ai trouvé sur ma table une lettre de menace d'un certain Finéas, qui disait détenir ma mère et voulait me rencontrer. Je n'ai pas exactement eu le choix une fois encore de refuser sa proposition. Il avait besoin de ma magie et j'avais besoin d'argent."

Il poussa un soupir.

"Le travail était plutôt simple. J'espionnais Gorge Noire pour lui, je tuais quand il me le demandait et je revenais vers lui dès qu'il avait besoin de moi. Pendant quelques années, tout s'est bien passé, mais Finéas a commencé à devenir plus exigeant. Ma mère n'a pas toujours habité avec moi, dit-il. Elle habite près du désert de l'est. Un jour, j'ai refusé une offre de Finéas qui me demandait de traquer un démon dans la forêt entourant Mirages, qu'il voulait utiliser, et il a changé drastiquement d'attitude avec moi. J'ai choisi de ramener ma mère ici pour la protéger. J'ai menti quand je disais qu'il vous passait le bonjour. J'ai simplement vu cet elfe, qui était le plus proche conseiller de Finéas pendant longtemps, et je me suis dit que ça le distrairait suffisamment pour qu'il ne se lance pas après moi. Je n'avais pas prévu que quelqu'un découvre cette salle, s'excusa-t-il. J'ai tout entreposé là pour éviter que quelqu'un ne tombe dessus. Je n'avais pas prévu que quelqu'un y rentre et lorsque je m'en suis rendu compte, j'ai voulu déplacer tout ça ailleurs. C'est un énorme malentendu."

Le guerrier plissa les yeux, méfiant. Même s'il avait envie de croire à son histoire, après tout, cela ressemblait assez bien à Finéas, Mani ne l'avait pas reconnu. L'elfe n'avait pas spécialement une bonne mémoire de base, mais lorsque l'on parlait de la Mêta-Lignée, il lui paraissait malgré tout plus impliqué qu'ailleurs.

Grunlek décida d'intervenir à son tour.

"Pourquoi avoir refusé de poursuivre le démon à Mirages ?

- Je savais que c'était Balthazar, avoua-t-il. Un demi-diable qui retourne à l'état "sauvage" devient incontrôlable et vengeur. J'ai eu peur qu'il m'attaque si jamais il me reconnaissait. J'ai beau maîtriser le feu moi aussi, je ne suis pas assez idiot pour me confronter directement à un démon majeur. Et puis, il y avait aussi le problème de mon père, qui est revenu comme une fleur pour essayer de me recruter pour un autre projet dans le même temps. Lui aussi a menacé de s'en prendre à ma mère et j'ai choisi de ne pas m'en mêler pour la retrouver. Je refuse de travailler pour lui après ce qu'il lui a fait.

- C'est ce que nous avons cru comprendre, répondit le nain. Nous n'avons pas exactement toutes les pièces du puzzle du passé de Théo et Balthazar, et nous en avons vraiment besoin pour sauver notre ami mage, et la soeur de Théo.

- La malédiction… dit-il à voix basse. Oui, je suis au courant."

Il parut gêné et se gratta les mains.

"Vous cherchez la Sorcière Rouge, celle qui a posé le sort. Je sais où elle est, mais je crains fort que vous arriviez trop tard : elle est décédée il y a quelques mois."