Jour 5

Le lendemain matin, Harry avait décidé qu'il ne pouvait plus continuer ainsi. Il avait passé les quatre derniers jours à fuir, et à vivre dans la peur et l'angoisse, sans même envisager le début d'un plan pour se sortir de sa situation actuelle. Mais s'il voulait vraiment construire quelque chose dans cette nouvelle époque, alors il devait mettre la peur et la fatigue de coté pour commencer sérieusement à réfléchir sur ses prochaines actions. Il devait organiser ses pensées et enfin agir, pour améliorer significativement ses conditions de vie.

Aussi, il avait commencé à faire une liste mentale de toutes ces choses qu'il devait effectuer avant le retour à son époque. Bien entendu, sauver Sirius et Dumbledore faisait partie de cette liste, tout comme trouver et détruire les Horcruxes de Voldemort. Mais, tout en haut, il y avait surtout la première tache qu'il devait faire : Connaitre la date de son nouveau présent.

Effectivement, depuis le début de sa cavale, Harry n'avait eu que peu d'informations sur l'époque dans laquelle il avait atterrie. De manière factuelle, il savait que, dans son nouveau présent, Voldemort inspirait la crainte et accaparait l'attention des aurors du Ministère. Cependant, c'était aussi le cas de son ancienne époque et, pour ce qu'il en savait, il pouvait tout simplement avoir voyagé que de quelque mois en arrière seulement… Impossible donc de prévoir un plan d'action stable sans cette donnée essentielle.

Mais cette information était impossible à obtenir en passant sa vie à se cacher dans les forêts ou dans les landes d'Écosse. Alors, très tôt ce matin là, Harry avait volé jusqu'au Pré-au-Lard, caché ses affaires non loin de la Cabane Hurlante et poussé nerveusement la porte des Trois Balais.

Il y avait plusieurs moyens d'obtenir la date du jour. Se rendre dans une ville moldue en étant une, mais pénétrer au cœur du village sorcier était une autre. Harry avait choisi la plus dangereuse des solutions, en quête d'une chose très importante qu'il trouva rapidement sur le bar de Rosmerta: La Gazette du Sorcier.

Le jeune homme n'avait pourtant jamais aimé le quotidien. Celui ci avait su prouver maintes fois sa fidélité à un gouvernement corrompu par Voldemort, via le blasphème et le mensonge, et Harry en avait été la principale cible. Néanmoins, le jeune homme était sûr qu'il pouvait avoir une vision globale du monde sorcier britannique s'il parvenait à mettre la main sur l'un des numéros. Après tout, ces derniers mois, il était devenu adepte de la lecture du quotidien afin de préparer correctement son voyage. Il savait que ce journal était la plus importante source d'information du pays, et c'était ce dont il avait cruellement besoin en cet instant.

- Bonjour jeune homme, je peux t'aider ?

La voix de Rosmerta coupa net les pensées d'Harry, et ce dernier releva brusquement la tête vers la sorcière. Celle-ci lui sourit gentiment mais son regard était analytique et prudent. De toute évidence, elle avait déjà bien observé son jeune client à partir du moment où celui ci était entré dans son établissement. Sans doute avait-elle déjà noté son âge, et les traits du visage aussi.

Harry savait, face à ce regard, qu'il devait redoubler de prudence et d'attention pour ne pas attirer de soupçons. Pourtant, dès que ses yeux se posèrent sur la femme, le jeune homme fut incapable de répondre à sa question, et il resta bouche bée de surprise. Il s'attendait à voir une Rosmerta avec des légères rides au coin de ses yeux et de son cou. Il s'attendait à une femme mure, bien que toujours belle.

Rien n'aurait pu le préparer à faire face à une femme à peine plus âgée que lui, vêtue d'une robe élégante qui faisait soigneusement ressortir ses courbes généreuses. Rien n'aurait pu le préparer au visage radieux et souriant de cette jeune femme qu'il avait pourtant connue dans la fleur de l'âge. Rosmerta était reconnaissable, mais elle était jeune, beaucoup, beaucoup trop jeune pour venir d'une époque proche de la sienne !

Bon sang, combien de temps avait-il remonté pour faire une telle rencontre ?

- Quelque chose ne va pas ? demanda finalement Rosmerta avant d'attirer Harry vers une table pour le faire s'asseoir. Attends, reste là, d'accord ? Je vais t'amener à manger et à boire. Tu as l'air tout mince.

Harry se laissa entrainer, marchant comme s'il vivait dans un étrange rêve. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait remonté autant de temps dans le passé. Par Merlin, si Rosmerta était si jeune, il devait certainement se trouver au cœur même de la première guerre contre Voldemort, soit à une époque qui précédait sa propre naissance !

Son regard tomba sur la pile des journaux qui attendait sur le bar. De là où il était, Harry put voir la couverture du quotidien, et elle était sombre, très sombre. Elle montrait la photo d'une maison éventrée par un sort et l'on voyait clairement la Marque des Ténèbres flotter au dessus d'elle. La une titrait « Une nouvelle attaque de Mangemorts sur la famille d'un haut fonctionnaire du Ministère. La ministre Eugenia Jenkins assure pourtant qu'ils étaient « sous haute protection ». ».

Harry ne savait même pas qui était Eugenia Jenkins.

Rosmerta finit cependant par revenir, détournant l'attention du jeune sorcier sur elle. Elle posa face à lui une pâtisserie anglaise ainsi qu'un thé qui sentait bon la rose et le fruit rouge. Jamais encore un repas n'avait eu l'air aussi appétissant que celui là, et Harry ne put retenir un sourire plein de gratitude et de chaleur pour ce présent…

- Prends ton temps, d'accord ? Tu as l'air de ne pas avoir mangé depuis des jours.

- Non, je vais bien, rassurez-vous, corrigea Harry, même s'il avait déjà mangé la moitié de la pâtisserie en une seule bouchée tant cela lui faisait un bien fou de manger quelque chose de bon. C'est délicieux ! Merci infiniment. J'étais venu récupérer un exemplaire de la Gazette du Sorcier à l'origine, je peux vous en prendre un ?

Rosmerta lui donna un sourire bienveillant et se tourna pour lui offrir le journal. Harry tendit la main vers sa poche pour la payer, mais la jeune femme l'arrêta dans son geste et lui donna un nouveau sourire charmant.

- C'est pour moi. Tu as l'air d'en avoir vraiment besoin, dit-elle avec un clin d'œil complice avant de repartir derrière son bar.

Harry la regarda avec surprise un petit moment, stupéfait par la bienveillance de la jeune femme, mais il revient bien vite à son merveilleux petit déjeuner pour le finir rapidement. Avec nervosité, il attrapa finalement le journal, parcouru brièvement la une et le sommaire avant de finalement s'arrêter sur le titre du quotidien puis sur la date du jour.

C'était un Mardi.

Un Mardi 25 juillet.

Un Mardi 25 juillet 1972.

Harry sentit sa bouche s'assécher sous le choc. 1972… C'était près… -non, c'était pile- 25 ans avant son époque. Il avait été transporté de 25 ans dans le passé. De 25 fichues années.

1972… C'était au début de la première guerre contre Voldemort. L'ordre du Phénix n'avait même pas encore été fondé. Les temps sombres venaient juste de commencer. Harry n'était même pas né. Non, pire, les parents d'Harry n'avaient que 12 ans !

25 ans. C'était un quart de siècle. Pour revenir à son époque, Harry devait vivre un quart de siècle. C'était à la fois près et à la fois si loin ! C'était plus que tout ce qu'il avait déjà vécu. C'était même plus que le temps vécu par ses parents avant leurs morts !

Bon sang, quand il reverrait Ron et Hermione, il aurait 42 ans. Pire, il aurait peut-être des enfants de l'âge de ses meilleurs amis…

Harry releva les yeux vers le plafond, hagard. 25 ans… En 25 ans, il aurait le temps de se préparer à affronter Voldemort. Il aurait le temps de devenir un sorcier capable de l'affronter. Il aurait le temps de chercher et de détruire les Horcruxes de son ennemi mortel.

Mais est-ce que les ancres de ce dernier étaient déjà crées à cette époque ? Comment traquer quelque chose qui n'existait peut-être pas encore ? Comment vivre 25 ans alors qu'il était poursuivi par le Ministère ? Alors qu'il n'avait même pas de véritable identité sur ce monde ?

Que faire maintenant ?

Un bruit attira finalement l'attention d'Harry, le détournant de ses pensées. A coté de lui, un groupe d'hommes plutôt bruyant prit place sur la table à coté de la sienne et ils ne tardèrent pas à commander à manger. Curieux, le jeune homme ouvrit son journal pour se cacher dans les pages et tendit l'oreille.

- …Je ne sais pas, ce Voldemort a l'air plutôt convainquant. Ca fait des années que les moldus envahissent nos espaces.

- Franchement, "convainquant" n'est pas le meilleur mot à utiliser alors qu'il provoque des attentats, rétorqua un autre homme d'un ton plutôt sérieux. Il s'en prend même aux hauts fonctionnaires maintenant. S'il voulait vraiment faire passer un message, il l'aurait fait par les urnes non ?

- Aux grands maux, les grands remèdes, comme on dit. Il a déjà essayé de…

Harry cessa d'un coup d'écouter la conversation. Dans le journal, à la quatrième page, un encart foncé attira soudainement l'attention du jeune sorcier.

« Le Ministère, toujours à la recherche des orphelins

Dans le numéro du 19 juillet, le Ministère évoquait déjà les graves répercutions des attentats perpétrés par le Seigneur des Ténèbres Voldemort. Certains des enfants qui auraient récemment perdus leurs parents dans ces attaques barbares, seraient actuellement sans famille, et vadrouilleraient dans la nature. Beaucoup d'entre eux seraient en quête de vengeance et finiraient par perdre la vie dans un combat contre les Mangemorts. Si vous apercevez l'un de ces orphelins, prévenez tout de suite le Ministère afin qu'il puisse assurer la sécurité de ces jeunes gens. Nous comptons sur vous. »

Harry releva la tête vers Rosmerta. Celle-ci ne le lâchait pas du regard et lui sourit avec gentillesse. Autour d'eux, le pub était calme et tranquille, si l'on omettait la présence du groupe d'hommes bruyant. Trop calme et bien trop tranquille.

L'endroit était pourtant semblable à ce qu'Harry avait toujours connu des Trois Balais. Il s'agissait d'une minuscule auberge chaleureuse, remplie d'une bonne odeur parfumée. De nombreuses tables étaient disposées ça et là pour accueillir le plus de personne possibles dans un endroit réduit, le tout en garantissant le confort de tous. Harry avait toujours connu les lieux bondés mais, ce matin là, le manque de personne ne faisait que ressortir le bois sombre du sol, les poutres apparentes au plafond, la teinte crème des murs et les grandes fenêtres qui illuminaient la pièce. Au fond de la salle se trouvait même une grande cheminée qui pouvait réchauffer l'entièreté de l'auberge. Harry la connaissait bien puisque sa place fétiche se trouvait à coté d'elle.

Cet endroit avait toujours évoqué la sureté, la sécurité et la chaleur. C'était la nostalgie des sorties avec Ron et Hermione, c'était l'adrénaline quand ils avaient fondés l'AD, c'était un endroit où l'on se détendait, où l'on se réchauffait lorsque la neige tapissait le sol du village.

Mais aujourd'hui, Harry se sentait en danger ici. Un danger semblable à celui qui l'avait menacé dans la forêt, pas plus tard que la veille. Un danger qui criait au jeune homme de partir, maintenant, de fuir les lieux le plus vite et le plus loin possible. Mais, dans le regard de Rosmerta, il sut qu'elle ne le laisserait jamais partir, même s'il lui demandait gentiment.

Sans doute avait-elle déjà appelé le Ministère pour leur dire qu'un orphelin se trouvait actuellement dans son auberge.

- Est-ce que vous avez des toilettes ? demanda Harry avec un sourire qu'il espérait être le plus naturel possible.

- Bien sur ! répondit Rosmerta avec un regard toujours aussi chaleureux. C'est au fond du couloir, là bas.

Elle montra une petite pièce sans fenêtres adossée au couloir qui menait à l'étage. Il n'y avait aucune issue pour s'enfuir, là bas. Harry la remercia cependant et fit de son mieux pour ne pas montrer son inquiétude. Il allait devoir agir vite, très vite. Car il ne doutait pas que le Ministère pouvait arriver d'une seconde à l'autre.

Et c'est ce qu'il fit. A peine fut-il dans la pièce qu'il se drapa de sa cape d'invisibilité avant de fermer la porte derrière lui afin de donner l'illusion qu'il était toujours à l'intérieur. Il fit le chemin inverse, prenant soin de ne bousculer personne, et passa sous le regard acérée de la jeune tenancière. Il eut même le temps d'attraper un exemplaire du journal avant de se poster devant la porte, aux aguets.

Quand celle-ci s'ouvrit pour laisser passer les employés du Ministère, Harry s'engouffra dans l'ouverture et couru jusqu'à la Cabane hurlante afin de récupérer ses affaires et de fuir les lieux.

27 Juillet 1972

S'il y avait bien une chose pour laquelle Harry était très bon, c'était pour toujours se trouver au beau milieu des ennuis. Ce genre d'ennui périlleux et dangereux que l'on ne rencontrait que dans les films ou dans les livres. Ce genre d'ennui qui aurait du causer sa mort un milliard de fois, si Harry n'avait pas été béni par sa chance insolente. Ce genre d'ennui que seul un psychopathe sans nez aux yeux rouges pouvait créer.

D'aucun aurait pu rétorquer qu'Harry cherchait ces ennuis la plupart du temps, et il n'aurait pas totalement tors. Après tout, le jeune homme avait passé son adolescence à mener ses enquêtes pour toujours se retrouver entre Voldemort et ses plans, même lorsqu'il n'était encore qu'un enfant ignorant. Mais, quand le sorcier lui-même n'allait pas au devant des problèmes, c'était eux qui venaient le trouver pour tenter de le tuer. A tel point qu'Harry se demandait souvent s'il n'était pas simplement un aimant à ennui.

Pourtant, ce soir là, tout avait semblé si habituellement calme, loin de ces moments de stress et de panique. Le soleil s'était couché tranquillement sur les vastes plaines d'Ecosse, ponctué par le doux chant des oiseaux et la légère brise du vent du nord. C'était elle qui avait porté à Harry le délicat fumé d'un Cock-a-leekie mijoté, et qui avait rappelé aux papilles du jeune homme qu'il n'avait rien mangé de chaud depuis près d'une semaine. La perspective d'un véritable repas, combinée à l'épuisement, lui avait soudain fait oublier toute prudence. Il s'était donc stoppé dans un petit village au cœur des landes, non loin d'une plus grande ville qu'Harry n'avait encore jamais survolée. C'était un endroit bordé par de grands et majestueux arbres, parsemé de vielles maisons de pierres grises traditionnelles. Un lieu calme et tranquille, un endroit parfait où élever tranquillement des enfants et où promener sagement son chien.

Harry choisit de prendre place sur l'une des tables de la terrasse ouverte du restaurant. Elle donnait vue sur l'allée principale du village, sur ces rues proprettes, ses maisons semblables et ses grands jardins. D'ici, on pouvait assister au ballet des voitures et à celui des parents venus récupérer leurs enfants de l'école. Tous ces gens semblaient avoir une vie simple, une vie normale comme Harry en avait souvent rêvé. Loin de la violence et de la guerre. Loin de la mort et de la terreur.

Lorsque son assiette lui fut servie, le jeune sorcier cessa de regarder les alentours pour se concentrer sur sa nourriture. L'odeur du plat était encore meilleure que le parfum qu'il avait sentit dans le ciel, promesse d'un repas aux multiples saveurs.

Le bol était chaud sur ses doigts. C'était une sensation douce, tranquille et rassurante. Elle tranchait de l'étreinte froide de la nuit, avec les vents forts que l'on ne trouvait qu'en altitude, avec l'humidité des nuages. Elle guérissait ses paumes rendues calleuses par cette cavale insensée à travers tout le pays. Et elle chassait de son esprit chacun de ces repas froids et fades qui avaient autant comblés son ventre que ses papilles.

La première gorgée de l'épaisse soupe fut petite, mais suffisante pour emplir sa bouche de l'effluve sucrée du pruneau. Bientôt, la saveur salée du poireau et du poulet chassa sa première impression et il ne put s'empêcher de se servir de l'un de ces morceaux tendres qui l'appelait de tous ses vœux. La viande sembla fondre dans sa bouche, se teintant des milles saveurs des légumes qui l'accompagnaient.

C'était sans aucun doute le meilleur repas de sa vie. C'était peut-être qu'une simple soupe écossaise, mais elle avait réussi le miracle de le rassasier comme il ne l'avait plus été depuis qu'il avait quitté son époque.

Alors que son corps entier fut envahis de cette délicieuse chaleur bienvenue et de cette confortable sensation de satiété, Harry prit le temps de saisir la valeur des choses simples qui l'entouraient. Comme la chaleur de l'été qui l'enserrait délicatement. Comme la caresse des rayons du soleil sur ses joues bronzées par cette cavale acharnée. Comme le calme et la sérénité qui régnait en ces lieux. Comme l'éclat de rire des enfants, la joie des chiens qui courraient dans le parc, le chant des oiseaux et celui du vent qui se mélangeait aux feuilles des arbres en une douce mélodie.

Il se voyait bien vivre ici. Dans l'une de ces classiques maisons en pierre. Il en imaginait l'intérieur comme étant le regroupement d'une foule de petites pièces, toutes décorées, chaleureuses et semblables à un cocon. Sa demeure accueillerait chaque moment privilégié avec sa famille, comme si elle serait le livre de sa vie. Il y imaginait son épouse, une belle femme aux cheveux roux et au caractère de feu, qui accueillerait son retour d'une phrase un peu taquine, même si son regard brillerait de plaisir de le voir. Ses enfants ne tarderaient pas non plus à lui sauter dans les bras pour accueillir son retour du travail. Ici, il y aurait une fille un peu garçon manquée, avec de la terre qui barbouillerait son nez. Là, un petit garçon qui lui raconterait avec intelligence sa journée. Et derrière un chien. Semblable à Patmol. Aboyant joyeusement pour faire la fête à son maitre.

Sans doute s'était-il endormi, là, sur cette terrasse. Sans doute que cette utopie n'avait été que le rêve d'un homme épuisé. Un homme qui avait cédé à la quiétude de l'instant et à cette délicieuse sensation de satiété.

Mais il fut réveillé quelques dizaines de minutes plus tard, sous le son d'un sort qui filait plus vite que le vent. Tout autour de lui, le village qu'il avait vu si calme était soudain dévoré par des flammes vivaces et affamées. De nombreux moldus couraient en criant, cherchant à fuir les rayons de lumières multicolores qui les cueillaient toujours en plein vol. Harry eut juste le temps de sauter sur ses pieds et d'attraper ses affaires avant de parvenir à comprendre ce qu'il se passait réellement.

La marque des Ténèbres flottait dans le ciel, semblant plus sinistre et menaçante que jamais. Elle n'était que l'écho des sorts qui s'intensifiaient autour de lui et des cris des moldus soumis au Doloris. Elle n'était que la signature des Avada Kedavra qui faisaient s'aligner des dizaines de familles au sol. Elle n'était que l'étendard des rires machiavéliques et dangereux des fous qui perpétraient des crimes aux noms d'une idéologie suprémaciste.

Depuis qu'il était de retour dans le passé, Harry avait eu envie de se confronter aux Mangemorts de nombreuses fois. Il avait eu envie de continuer la lutte qu'il avait commencée à son époque et de, peut-être, changer le futur en mettant un terme aux agissements de certains de ses ennemis. Mais plusieurs choses l'avaient empêché de mettre cette idée en œuvre. La première étant qu'il n'y avait définitivement aucune chance qu'il ne se retrouve mêlé à un raid, comme celui qui se déroulait maintenant sous ses yeux.

Et la seconde était qu'Harry ne devait en aucun cas utiliser sa magie. Même pour se défendre contre les s'il le faisait, il ne sortirait jamais du radar du Ministère de la Magie.

Il ne devait surtout pas utiliser sa magie.

Quand il se rappela de cette interdiction, Harry sentit son corps se tendre. Sans sa magie pour l'aider, il était impuissant et fragile, dangereusement exposé et faible. De la même manière qu'il l'avait été, dans ce cimetière, une froide nuit de juin. La fatigue et la solitude n'aidait pas non plus le jeune homme à se calmer, le rendant au contraire plus sensible que jamais à l'étau de la peur.

Mais il y avait pire que cela :

Il ne pouvait pas venir en aide à ces hommes qui tentaient de fuir le feu des sorts.

Il ne pouvait pas sauver ces femmes et ces enfants qui criaient de douleur.

Il devait juste partir, fuir, vivre, pour permettre à un futur meilleur d'exister. Pour la première fois de sa vie, Harry devait laisser derrière lui des gens qui avaient besoin de lui. Il devait décider de faire ce sacrifice pour égoïstement continuer son combat. Il devait détourner les yeux et s'envoler sur son balai avant qu'il ne soit trop tard. Il ne devait pas attirer l'attention des Mangemorts et cacher sa baguette. Il devait se faire plus petit et se mêler à la foule.

Il le devait.

Mais il resta là, immobile, sur la terrasse en feu du restaurant. Tiraillé entre son sens de la justice et son sens du devoir. Partagé entre sa bravoure et sa mission. Saisit par l'impuissance et par la peur. Il resta juste là, une seconde de plus.

Un seconde de trop.

Son regard émeraude rencontra soudainement l'orbite noire des masques de l'un des Mangemorts et le monde sembla soudainement se figer sur son axe. L'homme l'avait vu. L'homme l'avait vu et, bientôt, la baguette pâle de ce dernier suivit le mouvement de ses yeux. Droit vers la terrasse. Droit vers Harry.

D'un geste rapide poussé par l'instinct, le jeune homme sauta hors du rayon rouge lancé vers lui et se précipita dans le restaurant pour fuir l'assaut. Ses jambes le poussèrent jusqu'à la porte arrière du bâtiment, qu'il ouvrit d'un grand mouvement d'épaule avant de s'engager dans une ruelle. Les flammes virevoltaient tout autour de lui en dévorant les maisons, les jardins. Elles n'étaient dominées que par l'hideuse Marque des Ténèbres qui volait toujours dans le ciel et qui semblait le suivre à chaque instant, de la même manière que les yeux rouges de Voldemort lui-même l'aurait fait à son époque.

Bien vite, bien trop vite, la silhouette massive du Mangemort retrouva le jeune sorcier et ce dernier n'eut pas d'autre choix que de s'engouffrer dans la rue pour échapper à son poursuivant. Il dévala le bitume tout en cherchant une zone suffisamment sure et claire pour prendre son envol et quitter cet enfer. Le cœur d'Harry battait fort dans sa poitrine, avalant autant l'oxygène que la fumée acre des incendies. Mais il avait beau courir, jamais il ne parvenait à semer cette silhouette noire qui semblait prendre un malin plaisir à mener la chasse.

Les sorts s'enchainaient sur lui, brulant sa peau, coupant sa chair et explosant brusquement la façade d'une maison et la vitrine d'une boutique. Les éclats de verre se fichèrent dans le bras du jeune sorcier mais il sut éviter habillement les pans de murs qui s'effondraient à sa suite. Le bruit, en revanche, était assourdissant. Il se mêlait parfaitement aux cris déchirants des hommes et aux râles des vielles maisons de pierre.

Le sac pesait lourd sur les épaules d'Harry. Son balai était encombrant. La cage d'Hedwige était bruyante, signalant sa position dès qu'il marchait trop vite. Pourtant, le jeune homme ne put se résoudre à se séparer du peu d'affaires qui lui restait. Peut-être avait-il l'espoir de parvenir à s'en tirer, une fois de plus, avec toutes ses possessions.

Heureusement, Hedwige était partie chasser et ne risquait rien.

Et puis Harry finit par être acculé dans une impasse. Piégé par un mur de maisons enflammées. Un mur si haut qu'il était impossible de le survoler. Un mur si haut qu'Harry ne put s'empêcher de le comparer au caveau dans lequel Dumbledore avait été enterré.

Ce mur, c'était la promesse que son corps ne quitterait jamais cet endroit.

Ces flammes, c'était l'avant gout de l'enfer qui récupérait son âme après sa mort.

Mais Harry ne pouvait pas mourir sans se battre.

Il se tourna alors vivement vers le Mangemort, baguette au poing. Ce dernier s'avançait maintenant vers lui, satisfait d'avoir attrapé sa proie. Il semblait jouer avec lui, pas encore prêt à en finir.

Si Harry lançait le moindre sort, il serait condamné par le Ministère.

S'il n'en lançait pas, ce serait de la main de ce Mangemort qu'il mourrait.

Il n'y avait aucune issue à sa situation.

- Tu es attrapé petit oiseau.

Harry n'avait aucune idée de qui pouvait bien porter cette voix. Il ne l'avait encore jamais entendue et, pourtant, il pouvait se targuer de connaitre de nombreux Mangemorts. Il frissonna cependant devant le ton doucereux, sombre et inquiétant et recula un peu plus vers les flammes. La chaleur du feu lécha sa peau en digne avertissement.

- Ca, c'est ce que tu crois.

L'homme ne dit rien mais Harry pouvait sans mal l'imaginer avec un sourire sardonique. Le sort survint à la suite, sans même que le jeune homme ne puisse l'entendre et se préparer à y répondre. Si ce n'était pas un Doloris, la vague de douleur que lui causa le sort était suffisante pour lui arracher un cri de douleur. Son corps entier sembla fondre comme de la lave en fusion, à tel point que la brulure des flammes lui sembla soudainement être une souffrance plus clémente.

La douleur dura une éternité, suivit d'une seconde et d'une troisième. Elle eut le temps de devenir son monde, de lui donner l'impression de sombrer dans la folie plusieurs fois. Elle eut le loisir de lui faire oublier son corps et de lui faire regretter d'avoir hésité quand il fallait lancer un sort pour se protéger.

Et puis, tout aussi brusquement qu'il était arrivé, son supplice se termina

- Ava

- Stupéfix.

Harry était plié au sol tandis que son corps était encore secoué par des vagues de magie. Il avait cependant suffisamment de conscience pour relever la tête et regarder ce qu'il se passait.

Des flammes.

Une silhouette noire.

Une silhouette violette.

Une silhouette de feu.

Et une voix, rustre, profonde et étrangement connue.

- Prends-le et sors le de là, Marlene !

Sans lui laisser le temps de se reprendre, une main attrapa son poignet pour le tirer dans le sens inverse de la rue, cherchant à le mettre en sécurité. Il s'agissait d'une femme, petite, avec de très longs cheveux roux attachés en queue de cheval. Elle répliquait de manière vive et efficace aux sorts lancés partout autour d'eux, les éloignant de plus en plus de la bataille qui faisait rage.

- Bon sang mais que faisais-tu ici. Ne sais-tu pas qu'il est dangereux d'essayer d'affronter les Mangemorts seul ?

Harry eut envie de rire à cette remarque. Mais seul un gémissement de souffrance traversa ses lèvres. Heureusement, ce son fut suffisant pour forcer la femme à s'arrêter pour lui offrir une potion contre la douleur. Le breuvage fut immonde, mais ce fut sans doute la meilleure potion que le jeune homme n'eut jamais but.

Quand Harry se sentit mieux, il releva la tête pour remercier la femme. Mais lorsqu'il croisa son regard bleu océan, son cœur rata un battement et ses mots moururent dans sa gorge. L'intensité de tout son épuisement le gagna d'un coup, comme si son corps lui-même admettait sa défaite.

- Tu… Oh Merlin.

La femme le regarda de haut en bas, essuyant les traces de suie sur son visage. Son regard s'attarda sur son balai, sur son sac et sur sa cage, sur ses cheveux et ses yeux.

- Mais tu n'es vraiment qu'un gamin…

Harry n'eut même pas la force de nier le constat de McKinnon.