06 septembre 1976
Le petit jour se levait à peine lorsqu'Harry entra dans sa salle de cours. Les premiers rayons du soleil pénétraient paresseusement par les grandes fenêtres, teintant la pièce de chaudes lueurs matinales. Ils dévoilaient au jeune professeur l'étendue de toute sa classe et des années d'histoire qui y étaient entassées.
Son ancienne salle de cours était toujours aussi majestueuse : Une grande hauteur de plafond qui faisait raisonner ses mots, des poutres solides et ouvragées, des murs de pierres et un parquet de bois, une belle luminosité qui rendait les lieux confortables et une grande surface pour permettre à tous de s'entrainer à l'intérieur. L'odeur des vieux livres emplissait la pièce et, alors qu'il s'avançait, il entendait le parquet ronronner sous ses pieds.
Étrangement, retrouver cet endroit si particulier était… Assez rassurant. C'était comme replonger la tête la première dans une partie de son enfance, celle qu'il avait abandonnée au profit d'un sablier rose. Il se voyait ici, à cette place éloignée du tableau, à commenter tout et n'importe quoi avec Ron. A se faire gronder par Hermione pour ne pas écouter. A s'entrainer avec Lupin pour maitriser le Patronus.
Et cette classe était dorénavant la sienne, pour un an tout du moins. Même si, pour le moment, elle lui semblait, assez impersonnelle. Au fur et à mesure des années, le jeune homme avait vu cet endroit changer de visage en fonction de son propriétaire. Ici, les grappes d'ail de Quirrell. Là, les photos de Lockhart. Les divers animaux magiques de Lupin ou les glaces à l'ennemi de Croupton Junior. Le rose d'Ombrage et le noir de Rogue.
Sous son férule, la pièce semblait encore vieille et encombrée, comme si cela faisait longtemps que personne n'y avait pas mis les pieds. Elle était là, en attente, comme si elle souhaitait être bientôt remplie de vie, et porter la touche de son nouveau professeur.
Harry finit par perdre ses yeux sur les nombreuses piles de livres abandonnées ça et là. D'un geste de baguette, il les aligna dans les armoires du fond et les scella temporairement, afin d'avoir le temps de les trier correctement par la suite. De toute évidence, cela faisait un bon moment que ce travail n'avait pas été fait, sans doute à cause de la malédiction apposée par un mage noir casse-pieds, qui empêchait ce poste et cette salle d'être correctement pourvus.
Une fois sa tache effectuée, Harry se débarrassa des décorations inutiles et rangea toutes celles qui pourraient potentiellement servir à quelqu'un d'autre que lui. Il tria les artefacts, les parchemins et les reliques historiques, mais préféra néanmoins tout transporter dans une salle désaffectée avant de les sceller précieusement. Et alors qu'il rentrait une nouvelle fois dans sa classe, il put enfin passer aux choses sérieuses.
Avec une moue pensive, Harry parvient au centre de la pièce. D'un mouvement de baguette, il repoussa son bureau dans un coin et réorganisa les places. Sa nouvelle disposition lui donnait une meilleure visibilité sur chacun de ses élèves, tout en facilitant une potentielle évacuation, si quelque chose venait à arriver dans sa classe… Et si le fiasco des lutins de Cornouailles de Lockhart devait se reproduire, personne ne serait accroché au lustre par ces sales bestioles.
Dans l'espace libre nouvellement créé, Harry sécurisa une zone de duel qu'il protégea grâce à divers sorts et enchantements. Comme il avait déjà préparé quelques pierres ornées de runes en amont, son travail fut rapide, efficace, presque chirurgical. Le plus difficile fut de cacher ses toiles de magies afin qu'aucun élève ne puisse les sentir et les briser à dessein.
Une fois sa plateforme terminée, Harry demanda quelques mannequins d'entrainement aux elfes de maison, qui furent bientôt entreposés contre le mur du fond. Puis le jeune professeur reporta son attention sur les sorts de sécurité déjà présents dans la pièce, afin de les rafraichir et de les agrémenter de magies plus récentes. Le travail étant déjà magnifique à la base, bien que vieux, Harry ne fut pas long à être satisfait du niveau de sécurité qu'il offrait à ses élèves.
Puis il passa à la partie décorative de sa mission. Aussitôt, il changea la couleur des rideaux en un brun profond, qui lui rappelait le confort de la demeure américaine de son maitre. Il charma aussi les teintures pour étouffer un potentiel feu et les fenêtres pour s'ouvrir au moindre problème. Une fois terminé, Harry fit le tour de la pièce des yeux et sourit malicieusement à une idée soudaine. Il regagna rapidement son bureau et sortit les quelques dessins historiques qu'il avait amenés avec lui en guise de décoration. Avec une plume très fine, il s'amusa à tracer des cercles de surveillance, utilisant une magie antique que très peu de sorciers connaissaient. Et une fois terminé, il encadra ses peintures et les dispersa tout autour de la pièce. Puis, d'un coup de baguette, il relia tous ses sorts à un parchemin sur son bureau.
Un ricanement malicieux lui échappa à l'idée d'attraper toutes les bêtises de ses futurs élèves. Il les imaginait déjà penser qu'il était doté d'un œil derrière la tête, les imaginait râler contre ce professeur qui voyait tout à l'intérieur de sa classe. Et personne ne suspecterait jamais ses tableaux historiques, ni l'étrange magie qui était à l'œuvre à l'intérieur de ceux-ci.
- Cette salle me semble aussi protégée qu'un coffre à Gringotts, fit une voix derrière lui et Harry releva la tête vers son invité avec un reste de sourire amusé.
Dumbledore se tenait là, admiratif du travail de tissage de son nouveau professeur. Il entra dans la pièce, regarda la clarté des lieux et perdit ses yeux sur les nouvelles peintures d'Harry.
- Et bien, je préfère parer à toutes éventualités, répondit ce dernier avec légèreté. J'estime que les élèves n'ont pas à penser à leur sécurité quand ils apprennent.
Harry eut une grimace amère en pensant à toutes les épreuves qu'il avait du traverser dans sa jeunesse. Il se rendait bien compte qu'un enfant comme lui n'aurait jamais du être en danger au point où il l'avait été. Il savait qu'il avait été lui-même impulsif et idiot, et qu'il s'était mit tout seul dans les ennuis la plupart du temps, mais… Un troll en première année ? Il ne laisserait pas passer ça tant qu'il était professeur ici.
- C'est assez juste. Joli bout de magie, admit Dumbledore en pointant l'une des peintures.
- J'ai participé à des fouilles mayas avec mon père. Il adore étudier les magies anciennes. Ce fut très riche en enseignement, expliqua Harry avec un sourire nostalgique avant de plier son parchemin et de ranger sa baguette. Je suppose que vous êtes ici pour vous assurer que je n'ai pas posé de sorts noirs dans cette salle.
Dumbledore ne répondit pas à sa remarque et passa à l'expertise de ses rideaux. Harry releva un sourcil, mais il savait qu'il avait parfaitement deviné les intentions du directeur de Poudlard. Après tout, à la place du vieux sorcier, il aurait surement fait la même chose pour quelqu'un qui lui paraissait suspect.
En l'absence de réponse, Harry préféra ignorer son invité et sortit ses notes de cours pour préparer ses premières classes. McGonagall lui avait transmit son emploi du temps avant le buffet de la veille, et il avait pu étudier les attentes du Ministère et de Dumbledore durant l'été. Pensivement, il attrapa son plan de cours et se perdit dans ses notes, tout en tapotant son doigt sur le bois de son bureau
- Vous êtes doué, nota finalement Dumbledore en observant la magie de sa plateforme de duel. Vous n'avez jamais songé à faire carrière dans les protections ?
Harry releva les yeux de son parchemin et regarda pensivement le vieux mage. Celui-ci continuait d'étudier son travail avec intérêt, passant d'une rune à l'autre pour en disséquer les composants. Il y avait une lueur malicieuse et intéressée dans ses yeux, comme s'il découvrait un nouveau mystère à déchiffrer. Il ne prenait même pas le temps de regarder son nouveau professeur, tout à son étude de sa magie.
- Je ne vais pas le cacher, j'aurais aimé en faire mon métier, répondit prudemment Harry en posant ses notes à coté de lui. Mais les circonstances m'ont poussées vers une autre voie que celle là.
- Les circonstances, nota pensivement le directeur.
- Ce genre de circonstances qui vous empêche de fermer les yeux sur la souffrance d'autrui, ponctua Harry en fixant intensément le directeur.
Ce dernier se releva finalement et termina de faire le tour de la plateforme de duel pour enfin se diriger vers le bureau d'Harry. Ce dernier releva un sourcil à le voir venir, mais il le laissa prendre son tout nouveau parchemin de surveillance pour l'observer. Après un moment, Dumbledore hocha pensivement la tête et posa les yeux vers son nouveau professeur.
- Vous êtes un homme intriguant, Mr Dearborn. Plein de contrariétés. Presque insaisissable. Je n'arrive pas encore à vous définir correctement.
Harry eut un sourire caustique à cette conclusion et retira ses lunettes pour les nettoyer, trouvant là une merveilleuse excuse pour éviter les yeux de son ancien mentor.
- Si c'était possible de me saisir si aisément, je serais très mauvais pour lutter contre les Forces du Mal.
Dumbledore, étonnamment, rit de sa petite répartie.
- C'est bien vrai, nota-t-il avant de se détourner pour regagner la porte. Je suppose que vous ne vous rendrez pas au petit déjeuner, ce matin. Personnellement, je ne peux pas commencer une journée sans une bonne tasse de thé, alors si vous êtes comme moi, je suis sûr qu'un elfe de maison sera ravi de vous fournir une délicieuse boisson chaude.
Harry fronça les sourcils et reposa ses lunettes sur son nez. C'était étrange d'entendre Dumbledore lui dire qu'il était insaisissable alors que ce dernier l'était bien plus que lui. Comment pouvait-il se montrer si suspicieux à son égard au point de venir vérifier ses protections lui-même, et, en même temps, se montrer attentionné envers lui en lui envoyant un elfe de maison lui apporter un petit déjeuner ? Vraiment, Harry ne savait pas du tout où il se situait sur la boussole du vieil homme…
- Dûment noté, répondit le jeune professeur en passant une main dans ses cheveux. Je suppose qu'une tasse de café ne serait effectivement pas de trop.
- Étrangement, reprit Dumbledore avec un sourire malicieux, je ne vous imaginais pas avec une autre boisson entre les mains.
Il fit un signe de tête chaleureux à Harry avant de finalement sortir de sa salle de classe. Ce dernier eut une moue pensive, mais il ne fut pas long à demander une grande tasse de café à un elfe de maison, qu'il se chargea de vérifier par acquis de conscience. Néanmoins, le vieux professeur avait raison : la première gorgée fut particulièrement bienvenue.
Lorsqu'il eut finit son café, Harry se releva de sa chaise et fit le tour de sa classe, nerveux. Ce n'était pas la première fois qu'il était professeur, au vu de l'année d'expérience avec l'A.D., mais c'était vraiment différent d'enseigner à des amis qu'à de jeunes adolescents inconnus, et qui n'avaient peut-être pas envie d'apprendre ce qu'il leur proposerait. Aujourd'hui, le sorcier n'était plus un camarade de classe qui aidait les siens, il était devenu une figure d'autorité, une présence qui devait guider des enfants loin de la magie noire.
C'était un rôle que le jeune homme n'aurait jamais imaginé tenir, le jour où il avait tourné la clef doré dans son retourneur de temps. Mais, maintenant, il était là, devant une salle vide, angoissé comme un adolescent à son premier rendez-vous amoureux… alors qu'il allait surement parler magie noire à un groupe de mini-Mangemorts qui pouvait tout aussi bien saisir la moindre de ses faiblesses pour tout rapporter à leur cher petit maitre serpent.
- C'est toi qui l'as décidé, maugréa-t-il pour lui-même avant de reprendre son petit tour.
C'était lui qui l'avait décidé, oui. Mais lorsqu'il avait choisi ce chemin, il était encore installé dans l'herbe d'un jardin New-Yorkais à plaisanter avec le véritable Caradoc en pleine nuit, une bouteille de bière-au-beurre à la main. Aujourd'hui, il était dans une salle propre, nerveux, seul, et il se disait qu'il allait devoir se montrer inflexible, solide et sévère, alors que c'était complètement hors de son véritable caractère.
Et il se demandait bien ce qu'auraient dit Ron et Hermione à le voir ainsi. Mais comme il ne les avait pas emmenés dans ce voyage, Harry ne pouvait que supposer leurs traits d'esprit, et il se surprit encore à sentir à quel point ses amis lui manquaient.
Quelques dizaines de minutes plus tard, quand les élèves entrèrent dans sa salle de classe, ils trouvèrent Harry assit sur un meuble, plongé dans l'un des vieux grimoires de recherche qu'il avait rangé un peu plus tôt. Le jeune professeur ne fit pas mine de s'intéresser à ses premiers élèves, les laissant s'installer comme ils le désiraient devant les bureaux.
Le tout premier cours qu'il dispensait réunissait les Serpentards et les Gryffondors de cinquième année. Sans surprise, les deux maisons s'installèrent chacun de leur coté et ils ne se mélangèrent pas, formant une ligne clair entre les deux maisons. Les premiers regardaient Harry avec un œil méfiant et évaluateur, tandis que les seconds somnolaient ou parlaient à leurs camarades d'une voix plus ou moins basse.
A l'heure du début de son cours, Harry ferma soigneusement son livre et le posa sur le coin de son bureau. Il regarda patiemment les élèves, prenant conscience de leurs petites moues curieuses et de leurs traits plus ou moins connus. Puis il se rapprocha pour leur faire face et, instantanément, le calme revint dans la pièce.
- Les Forces du Mal sont nombreuses, diverses, changeantes et éternelles, commença Harry d'une voix dure en guise d'introduction. Elles sont instables, mouvantes et indestructibles. Un combat contre elles ressemble à celui que l'on peut mener contre une Hydre : A chaque tête tranchée, une autre repousse, plus cruelle et plus rusée que la précédente.
Harry ponctua son discours d'un silence éloquent avant de contourner son bureau pour s'avancer dans la salle.
- Vos défenses doivent être aussi flexibles et inventives que ne sont les attaques de votre adversaire. Vous ne pouvez pas vous permettre de retenir une seule et même méthode pour lutter contre les Forces du Mal. Restez toujours incertain de vos connaissances. Révisez sans cesse vos positions. Ne considérez jamais vos savoirs ou vos postures pour acquis et ne cessez jamais d'apprendre.
Il se tut et regarda intensément sa classe, passant des Gryffondors aux Serpentards. Ses yeux appuyaient ses propos durement, tout en identifiant ses élèves. Il s'aidait des ressemblances avec ceux qu'il avait connu, des différences que chaque personne portait comme étant sa propre identité.
Ici, Il y avait un petit Sirius à l'écharpe verte. Là, des airs de familles avec des Mangemorts tout juste aperçus dans la bataille du Ministère… Et, parfois, des petites subtilités qu'Harry peinait à identifier correctement.
- Nombreux sont ceux qui quitteront ma classe à la fin de votre année scolaire, suite à vos BUSES. Je ne peux que vous encourager à continuer de vous informer, et à alimenter votre soif de connaissance dans cette matière, même lorsque vous ne l'aurez plus. J'ai dans l'espoir que vous retiendrez mes avertissements précédents, et que vous ne cesserez jamais de penser à votre sécurité avant tout. Mais pour les autres, votre bataille contre les Forces du Mal ne fait que commencer. Car si votre ennemi est puissant, sa plus grande arme est son attrait. A l'égard du vampire qui charme sa victime pour qu'elle tombe plus aisément dans ses filets. De la sirène qui attire ses proies dans une chanson envoutante. Ou de la Magie Noire qui exhausse vos vœux au prix de votre âme, de votre conscience, ou Merlin seul sait ce que vous serez prêt à lui donner. Gardez cela en tête, si un jour vous êtes confronté à de tels dangers.
Son regard glissa aisément sur les futurs Mangemorts, mais il s'interdit de s'y attarder. Ce n'était encore que des enfants, s'invectiva-t-il. Ils n'étaient pas encore des meurtriers, pas plus qu'ils ne portaient la marque de Voldemort. Il se détourna alors de ses élèves et tapota sa baguette sur le tableau pour y noter les objectifs de cours.
- La majorité de mon enseignement passera par la pratique, précisa-t-il en pointant les mannequins. Ma priorité étant votre sécurité, nous commencerons tous par réviser ou apprendre les principaux sorts de protections. Je vous demanderais donc de lire la théorie dans votre coin, et d'en rédiger un résumé que vous me remettrez en début de cours. Je n'attends pas de longueurs minimales. Je préfère que vous vous concentriez sur la compréhension du matériel en premier lieux. Bien sur, vous pouvez me poser vos questions n'importe quand pendant la leçon, ou me trouver à mon bureau le reste du temps. Je serais disponible après les cours et avant le repas du soir, si vous avez besoin d'éclaircissements ou que vous souhaitiez parler des Forces du Mal plus en détail…
Harry remonta ses lunettes sur son nez et regarda encore une fois ses élèves. Quand il fut sûr d'avoir leur pleine attention, il retourna à son bureau, et jeta un coup d'œil rapide sur son nouveau parchemin. Il retient néanmoins un sourire amusé quand il vit les quelques entrées que ses sorts de surveillance avaient enregistrés. C'était un peu déloyal de saisir les méfaits de ses élèves de la sorte, étant donné qu'il n'avait pas été très assidu lui-même en classe, mais il trouvait ce petit jeu particulièrement amusant à observer.
Il détourna cependant son regard en faisant consciencieusement l'appel et en notant d'un geste de baguette l'emplacement de chaque élève. Une fois fait, il plaça le plan de classe sur un coin de son bureau et reprit la parole.
- Cette semaine sera dédiée aux révisions. Je veux être sur que vous bénéficiez des bonnes bases pour vos BUSES. Oh et, Mlle Roy, je compte sur votre attention, rajouta Harry en levant un sourcil sans la regarder. Je suis sûr que les messages à votre amie peuvent attendre encore un peu.
Il y eut un jappement de surprise et un petit rire parcouru la classe. Harry ne rajouta rien de plus et demanda à tous les élèves présents de leur parler de leurs années précédentes, rendant ainsi son cours interactif et plus décontracté, sans pour autant perdre de son sérieux.
09 septembre 1976
Enseigner était une chose très amusante. Harry avait aimé faire ça quand il avait dirigé l'A.D. et même si le contexte était différent maintenant, il aimait toujours ça. Il adorait voir les yeux de ses élèves s'illuminer de compréhension, de curiosité, d'envie d'apprendre. Il adorait voir leurs réussites, les accompagner dans leurs échecs et les soutenir dans leurs évolutions. C'était un sentiment grisant que de savoir qu'il aidait la future génération à s'élever vers un autre niveau de compréhension de la magie et de la Défense contre les Forces du Mal.
Avec les plus jeunes, Harry avait adapté son cours pour les aider à se familiariser avec l'exercice de la magie. Il avait répondu à toutes leurs questions avec patience et impartialité, même les plus naïves d'entre elles, et les avait aidés à comprendre le lien qui existait entre eux et leur baguette. Cela dépassait un peu ses prérogatives, mais il était fier de constater à quel point les premières années semblaient maintenant bien plus sereins à l'idée d'évoluer dans le monde magique, grâce au temps qu'il leur avait accordé.
Avec les plus vieux, cependant, Harry ne se montrait pas aussi conciliant, loin de là. Il avait de grandes attentes pour eux, et si peu de temps pour les réaliser ! C'était frustrant de se dire qu'il n'avait qu'une année pour essayer de les mettre en sécurité tout en leur apprenant à se méfier de la Magie noire…
Mais, heureusement, la majorité de ses élèves semblaient accepter ses méthodes d'enseignements. Il avait déjà vu certains d'entre eux travailler sur les devoirs qu'il leur avait demandés, et il avait même constaté leur impatience à passer à la partie pratique de son cours. Et ce dernier comprenait leur enthousiasme : C'était cet aspect qu'il avait vraiment adoré dans les cours de Lupin, cet aspect qu'il voulait à tout prix préserver pour garder l'attention et la vigilance de ses étudiants.
Mais il y avait aussi des élèves plus dissipés, qui n'aimaient simplement pas l'autorité qu'il incarnait. Et, dans ces moments-là, le parchemin de surveillance se révélait être d'une grande utilité pour garder un œil sur les fauteurs de troubles. Pour l'instant, quelques remarques désintéressées avaient suffit à préserver le calme de la pièce sans qu'Harry n'ait à retirer de points. Et c'était comme une petite revanche sur Rogue, qui, lui, ne s'était jamais privé de le faire dès le premier quart d'heure de chaque année.
Néanmoins, Harry ne se faisait aucune illusion sur le fait que cette paix puisse durer. Pour le moment, il n'avait pas encore fait la rencontre des plus dissipés de tous ses élèves : les Maraudeurs. Et il n'était vraiment pas pressé de les rencontrer. Enseigner à ses parents et à son ancien professeur de potion était la chose la plus bizarre qu'il n'ait jamais faite de sa vie. Et pourtant, il avait trouvé le moyen de mettre sa propre baguette dans le nez d'un troll.
Mais, bien sur, le jeudi pointa bien trop vite le bout de son nez. Et avec lui, la double heure de cours avec les sixièmes années. A cause de cela, il avait été tendu toute la matinée durant. Pour tenter de tromper sa nervosité, il s'était même lancé dans un intense débat sur les cercles de protection avec le professeur de rune et celui d'arithmancie. Ça avait été une discussion prenante et mouvementé, passionnante et passionnée, mais, bien sûr, cela n'avait définitivement pas suffit à le calmer.
Ce ne fut qu'une fois derrière la porte de sa salle de classe, qu'Harry se força à se rappeler que ces enfants n'avaient rien à voir avec lui : Il était orphelin. Autant de sa famille que de son temps. Fort de ses pensées, il attrapa la poignée et l'ouvrit un peu trop sèchement, s'interdisant fermement de douter de ses convictions et de sa propre assurance.
- Entrez, dit-il d'une voix presque trop dure, avant de s'effacer pour laisser ses élèves s'installer.
Ces derniers, inconscient de sa nervosité, s'avancèrent dans la classe dans un brouhaha détendu. Certains d'entre eux le jugeaient de la même manière que les autres classes le faisaient, en un étrange mélange de curiosité et de prudence. Rogue faisait parti de ces gens là : La hargne méfiante qu'il donna à Harry lorsqu'il passa devant lui effaçait quelque peu la pitié que son professeur ressentait à son égard. Les autres, quant à eux, agissaient normalement, sans trop le calculer. James et Sirius en étaient les parfaits représentants, mais Harry savait qu'ils agissaient ainsi juste pour endormir sa méfiance.
Une fois tout le monde à l'intérieur, le jeune professeur prit une grande inspiration et ferma prudemment la porte. Il retourna ensuite derrière son bureau, et ouvrit son parchemin de surveillance, faisant en sorte de toujours le garder sous les yeux pour tenter de désamorcer le moindre problème avant que celui-ci arrive. Puis, de la même manière qu'il l'avait fait pour ses autres classes, il présenta sa matière d'une voix solide et forte, en exposa les dangers et les risques. Il laissa ses élèves s'exprimer sur ce qu'ils avaient appris, sur les questions qu'ils pouvaient se poser concernant les forces du Mal. Certains élèves étaient captivés par ses mots, comme Lily et, plus étrangement, Rogue. D'autres notaient, écoutaient, rêvassaient.
Et d'autres encore remplissaient son parchemin de surveillance sans le savoir.
James Potter lance un bout de parchemin à Lily Evans. [Rapport sur la beauté féminine]
Bavardage entre Sirius Black et James Potter. [Quidditch, sortie à Pré-au-Lard, railleries sur des camarades]
James Potter provoque Severus Rogue. [Surnom utilisé, évocation d'une potentielle hygiène douteuse]
Sirius Black sort une fiole contenant un liquide rouge [non identifiée] de son sac et s'apprête à la lancer dans la classe.
- Monsieur Potter, Monsieur Black, siffla rageusement Harry en plaquant brusquement ses mains sur son bureau. Venez ici.
Un silence de mort gagna soudainement la salle. Harry fixait le duo d'un regard noir, furieux de ce que son parchemin de surveillance avait pu attraper pendant qu'il répondait à une question de l'une de ses élèves. Il savait que les Maraudeurs étaient astucieux et créatifs, autant que les jumeaux Weasley à son époque, s'il devait comparer. La fiole rouge de Sirius pouvait être tout et n'importe quoi… Et Harry n'avait vraiment pas envie de savoir ce qu'elle pouvait faire. Alors, après avoir parlé, le jeune sorcier se redressa et attrapa sa baguette pour cacher son parchemin de surveillance. Puis il retira sa robe de professeur, la posa sur sa chaise et se dirigea vivement vers la zone de duel.
Les deux garçons regardaient leur enseignant avec une surprise pleinement lisible dans leurs yeux. Ils avaient été discrets dans leurs précédentes actions, c'était vrai. Mais Harry les avait déjà prévenus une fois, et il n'était pas question qu'il les laisse mener leur étrange vendetta dans sa classe. Et alors que les autres élèves murmuraient fébrilement, plongés dans l'incompréhension, il posa un regard plus dur sur ses étudiants dissipés et fit tourner sa baguette entre ses doigts.
- Ne me faites pas répéter.
Les deux garçons se levèrent mollement de leurs sièges, et s'approchèrent lentement de la plateforme de duel. Les yeux des autres élèves se posèrent sur eux, avec un mélange de curiosité et d'impatience. Pour eux, la demande de leur professeur semblait soudaine et incompréhensible. Mais les trois sorciers debout savaient ce qu'il s'était réellement passé avant que le professeur n'interpelle ses deux élèves.
Harry leur fit un signe sec de la tête pour les inciter à sortir leur baguette.
- Puisque vous semblez n'avoir rien à apprendre dans mon cours, je ne peux que présumer de vos incroyables talents magiques, commença-t-il, sarcastique et agacé. Alors allez-y. Montrez-nous ça. Attaquez-moi.
Il avait dit ses mots en tapotant régulièrement sa baguette contre sa jambe, presque nonchalamment, dans une méthode qu'il avait apprise de son mentor en Amérique. D'un point de vu extérieur, ce geste semblait anodin, dénué de tout intérêt. Mais il ne l'était pas si l'on considérait qu'il s'en servait pour cacher le lancer informulé de plusieurs petits sorts de protections qui se renforçaient mutuellement. Et alors que les enfants se regardèrent, indécis, Harry continuait son manège imperceptible. Il avait lancé le septième sortilège lorsque, finalement, Sirius commença à lui envoyer un expelliarmus presque faiblard… Qui s'échoua lamentablement sur son bouclier magique sans même qu'Harry eut à lever sa baguette pour le contrer.
- Décevant, nota-t-il avec une moue presque boudeuse. C'est tout ce que vous avez ?
Non, ce n'était pas tout ce qu'ils avaient. Fort de la provocation d'Harry, James essaya à son tour de le toucher, avec un sortilège plus franc, plus solide et plus hargneux que celui de Sirius. Mais, là encore, son attaque s'écrasa sur le bouclier sans même faire trembler la baguette d'Harry.
Sirius et James se regardèrent encore une fois. Puis ils déployèrent des trésors d'ingéniosité pour tenter de le toucher, de le maudire, de le blesser parfois. Mais Harry, inflexible, continuait d'ignorer leurs sorts. Il n'ouvrit jamais la bouche, et continua de bouger imperceptiblement sa baguette pour renforcer petit à petit sa chaine d'enchantement.
La seule chose qui le fit bouger de sa place et rompre son bouclier soigneusement construit fut un sort noir lancé par Sirius. Ce dernier sut instantanément qu'Harry avait comprit ce qu'il avait fait, et il ne put que se raidir d'angoisse devant l'intense regard noir de son professeur.
- Et donc ? demanda froidement Harry en haussant un sourcil. C'est avec ce genre de lacunes pathétiques que vous vous permettez de bavarder en classe et de distraire vos camarades ?
- On ne faisait pas ça, répondit James avec une certaine arrogance qui irrita légèrement Harry, car elle ne ressemblait que trop à la sienne lorsqu'il se défendait des attaques des autres.
- Je n'ai pas besoin de votre défense, Monsieur Potter. Je sais que vous le faisiez. Je sais ce qu'il y a dans la poche de votre ami. Et je sais exactement ce que vous comptiez faire avec. Maintenant, mettez-vous en garde. Tous les deux.
Aussitôt, les deux étudiants levèrent leurs baguettes, nerveux et extrêmement méfiants.
- Je vais vous lancer le maléfice du saucisson dans quatre secondes. Je vous demande juste de le contrer. Simple, non ?
Harry eut un sourire légèrement sardonique et remonta ses lunettes sur son nez. Il compta patiemment, les regardant se mettre en position et ériger leurs boucliers. Puis il leva sa baguette et, d'un coup sec, le sort fila.
Bien sur, puisque les deux jeunes sorciers avaient eu leurs BUSES et que l'attaque ne les avait pas pris en traître, ils parvinrent tous les deux à arrêter le sort de leur professeur. Mais ce qui les surprit, en revanche, fut son contrecoup. Les boucliers se brisèrent net, désarçonnant les deux étudiants. Et si l'un sut rester sur ses jambes, le second, lui, tomba sur ses fesses de surprise.
Harry n'avait qu'un second sort à lancer pour les cueillir comme des fruits trop murs.
Certains Serpentards se permirent de rire de la performance pathétique des deux Maraudeurs face au minuscule sort de saucisson de leur professeur. Mais Harry ne rit pas. Au contraire, il tourna des yeux sévères sur chacun d'entre eux.
- Aucun d'entre vous n'aurait fait mieux. Aucun. Voila pourquoi je suis un professeur, et vous êtes des élèves. Et le prochain que je surprends à avoir l'idée de distraire les autres fera trois tours du château au pas de course.
Il appuya son regard sur les deux Maraudeurs à la fin de sa tirade, et les étudiants lui répondirent par un regard noir. Puis, finalement, Harry tendit la main vers Sirius afin de l'aider à se relever.
- Quant à vous, je vous prierais d'être plus attentifs en classe, rajouta-t-il avant de se tourner vers James. Bel équilibre mais prise peu ferme sur la baguette. Ayez un peu moins confiance en votre capacité et suivez votre instinct, conclut-il avant de regarder Sirius. Apprenez à bouger. Parfois, éviter un sort est bien plus simple que de tenter de s'en protéger. Vous avez une magie offensive : Capitalisez sur votre agilité, et vous pourrez bien plus vous concentrer sur votre force de frappe.
Il leur fit un signe de tête pour qu'ils regagnent leur place, non sans récupérer la fameuse fiole rouge de Sirius. Il la posa dans l'un des tiroirs de son bureau avant de remettre sa robe et de réactiver son parchemin de surveillance.
- Pour répondre à votre question, Miss Williams, je pourrais vous conseiller quelques références disponibles dans la bibliothèque de Poudlard, reprit Harry comme si rien ne l'avait interrompu. Mais gardez à l'esprit qu'aucune théorie magique ne vous sauvera face au danger : Il n'y aura que vous et vos réflexes.
Étonnamment, le parchemin de surveillance resta vide de toutes nouvelles entrées jusqu'à la fin du cours.
Un peu de retard pour celui là, je vous le concède. Heureusement, j'ai déjà fait le premier jet du suivant, il ne devrait pas trop tarder non plus.
Merci pour vos reviews, c'était une magnifique manière de commencer l'année ! J'espère vraiment que la suite continuera à vous plaire :)
A bientôt !
