Bonjour ! Pfiou, on l'a fait ! On en est à 60 chapitres xD Je ne sais toujours pas comment cette fanfiction a pu grossir à ce point, mais tant que je fais semblant que tout est sous contrôle, ça va ! Bonne lecture de ce nouveau chapitre, et surtout bon courage parce que vous allez en avoir besoin ahahahah.
CHAPITRE 60
Roulé en boule, les genoux repliés contre son corps, Théo sanglotait comme un enfant. La douleur était insoutenable. Elle était partout. Dans sa tête, dans son corps. Son être entier brûlait de terreur et de douleur. Il voulait mourir. Il aurait donné n'importe quoi pour pouvoir mourir et faire taire les voix, les hurlements de douleur de ses amis. Il savait que ce n'était pas réel. Ils s'amusaient encore avec lui, mais tout lui paraissait si… réel.
« Toujours pas décidé à parler, Silverberg ? »
Le paladin secoua la tête. Il ne pouvait pas parler. Il ne pouvait pas livrer des informations cruciales à l'ennemi.
« Recommencez, Milich.
— Madame, sauf votre respect…
— Recommencez ! Je me fiche de son état, nous avons besoin d'informations sur la chambre du Premier, et il est le seul qui puisse les fournir de par son lien avec son ancêtre. Silverberg père est le seul à être entré là-haut et à être ressorti sans dégâts psychologiques. Je veux savoir à quoi m'attendre.
— Très bien. Mais sachez que je n'apprécie pas vos méthodes. Vous êtes en train de gaspiller un bon élément.
— Je ne vous permets pas de me faire la morale, stupide mortel. Je vous ai laissé le choix entre lui et son aînée. Vous avez choisi de le sacrifier. Vous avez intérêt à ce qu'il me donne ce que je veux ou vous perdrez sa sœur avec lui. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?
— Oui, Manaril. »
Milich se tourna vers le paladin. Théo n'avait jamais ressenti autant de haine envers quelqu'un. S'il avait eu assez de force, il l'aurait tué de ses mains. Il n'avait plus rien à perdre de toute manière.
« Remettez-le debout. »
Deux paires de bras lui saisirent les épaules et le forcèrent à se remettre debout, devant ce foutu appareil. La colère fut vite remplacée par la panique. Théo se débattit en hurlant, en suppliant. Les gardes le frappèrent dans le dos pour le faire taire. Le rayon magique frappa son crâne. Ses jambes lâchèrent et il hurla de nouveau, plongé dans les cauchemars.
Essoufflé, Shin courait dans la forêt, poursuivi par l'énorme amalgame de cadavres. Il n'avait aucune idée de comment il avait réussi à descendre du toit de la bâtisse sans se faire attraper, mais il avait profité de sa chance pour courir droit devant lui. Théo avait été englouti, il ne savait pas s'il était encore vivant, et il ne pouvait malheureusement rien pour lui sans aide. S'ils se faisaient attraper tous les deux, les autres allaient se retrouver en difficulté.
Il s'accrocha à une branche d'arbre pour prendre un peu de hauteur. La créature se trouvait assez loin, mais elle rattrapait son retard. L'archer ne savait plus où était situé le camp, ce qui rendait l'orientation compliquée. Un cri l'alerta plus loin. Il tourna la tête et distingua une tâche rouge courir au loin. L'archer bondit et courut en direction de Balthazar et Grunlek, qui ne tardèrent pas à le repérer.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda Balthazar.
— Enoch est de retour, expliqua Shin. Cette fois-ci, il a un nécromancien. Il a créé une créature géante à partir de cadavres d'elfe. Elle est derrière moi.
— Où est Théo ? réagit Grunlek.
— À l'intérieur de la créature, grimaça l'archer. Je ne sais pas s'il…
— Non, il n'est pas mort, le rassura Balthazar. Je l'aurais senti. Mais ne tardons pas trop à le tirer de là. »
Le vent porta l'odeur des corps dans leur direction. Les aventuriers froncèrent du nez, dégoûtés. C'était insoutenable. Balthazar proposa d'attirer la bestiole dans une clairière pour qu'ils puissent avoir de l'espace pour agir. L'archer approuva et monta de nouveau à un arbre. Il en trouva une à cinq minutes, au nord.
Les trois aventuriers s'y précipitèrent à toute vitesse, rassurés puisque celle-ci se trouvait à l'opposé du camp où les autres les attendaient. Une fois sur place, ils se préparèrent au combat. Shin grimpa sur un rocher pour avoir un point de tir. Balthazar commença à incanter malgré les risques pour sa santé, et Grunlek se tint près à sauter sur le monstre.
L'immense bête ne tarda pas à être visible à l'horizon. Shin commença à tirer bien avant qu'elle n'entre dans la carrière. Les flèches faisaient mouche, mais n'avait pas l'air de le ralentir. Elles semblaient même ridiculement inefficaces quant à la taille du monstre. Au mieux, elles donnaient l'impression de piqûres d'insecte.
Balthazar hésita. Le feu ferait plus de dégâts, c'était certain, mais une énorme boule de feu aurait plus d'efficacité que celle qu'il venait d'invoquer. Il fit la grimace. Il allait devoir ouvrir les vannes, quitte à ne plus pouvoir les refermer ensuite. Du moins pas avant plusieurs jours. S'il perdait le contrôle et se transformait en démon, il ne garantissait pas que la forêt ne devienne pas un désert infertile pour les cent prochaines années. Mais il n'avait pas vraiment le choix. Il entrouvrit son esprit. La puissance du démon le fit vaciller et il tomba à genoux, deux énormes cornes sur la tête. Des excroissances poussèrent dans son dos, et ne tardèrent pas à déchirer sa robe pour former des ailes écailleuses rouges. Le mage ricana d'une voix grave, sa boule de feu toujours en lévitation au-dessus de sa tête. L'attaque grossit petit à petit, jusqu'à atteindre la taille d'une montgolfière.
Shin et Grunlek lui adressèrent un regard concerné, mais le pyromage ne les entendait plus. Concentré sur le monstre qui sortait des fourrés, aplatissant les arbres dans son sillage, il fit feu avec une telle puissance que l'explosion que produisit la boule de feu au contact de la bête souffla la forêt sur plusieurs kilomètres.
« S… Stop, pitié… supplia Grunlek, en tentant de repousser mollement la main de son ami. »
Théo n'avait plus aucune conscience de l'endroit où il se trouvait. Il faisait noir, à l'exception d'une fenêtre sur les restes de sa conscience. Balthazar, entièrement transformé en démon, poignardait Grunlek, encore et encore, devant l'archer et le paladin, attachés à des arbres, incapables de bouger. Le nain continuait de hurler de douleur, mais refusait de se battre. Il refusait de blesser le démon. Il le laissait lui arracher les entrailles sans réagir, et le guerrier ne pouvaient plus supporter la vision. Les pleurs de Shin.
Enfin, il se détourna de sa proie. Le démon tourna le visage vers eux. Théo sentit son estomac se retourner. Terrifié, Shin commença à pleurer lorsqu'il s'approcha de lui. Balthazar le saisit au ventre et l'arracha de ses liens dans un craquement terrifiant. Les yeux écarquillés, brisé en deux par la pression sur sa colonne vertébrale, Shin était mort sur le coup. Le bruit sembla tirer Balthazar de sa transe. Les yeux du démon redevinrent normaux. Humains.
Horrifié, il regarda le corps qu'il tenait dans la main, puis Grunlek, dont le corps agité de spasmes continuait de se vider de son sang.
« Tu avais promis ! rugit-il d'une voix brisée par la douleur. Tu avais promis que tu ne me laisserais jamais leur faire de mal ! hurla Balthazar au paladin. »
Théo sursauta. D'une manière ou d'une autre, il n'était plus attaché. Il était debout, l'arbre avait disparu. Balthazar courut vers lui. Il y eut un bruit spongieux, qui tétanisa le paladin, puis un liquide chaud coula le long de son visage. Il baissa les yeux. Son épée était plantée dans la poitrine de Balthazar. Le demi-diable s'était jeté dessus. Lentement, le corps du mage s'affaissa. Théo tomba à genoux, le corps de son ami dans ses bras. Il le serra contre lui, sous le choc, alors que les larmes coulaient de façon discontinue de ses yeux. Il n'émit pas un son. Il n'en était plus capable.
Combien de fois les avaient-ils vu mourir, encore et encore ? Des dizaines, des centaines de fois ? Il ne ressentait plus rien. Rien qu'un grand vide qui le dévorait de l'intérieur. Le corps du mage disparut, puis le décor. Il se retrouva un instant dans le noir, et quand il rouvrit les yeux, il était de nouveau face à Manaril, insatisfaite.
Le regard vide, Théo ne bougea pas. Il vit la machine être baissée à son niveau. Il s'en fichait. Ils ne pouvaient plus l'atteindre. On ne peut pas briser un jouet qui est déjà cassé. Le flash. Les cauchemars.
Grunlek se redressa difficilement. Il toussa pour évacuer la poussière dans ses bronches. Ses bras avaient encore des aspects rocheux, signe qu'il n'avait pas rêvé sa transformation d'urgence en golem. Shin était recroquevillé sous lui, couvert de terre mais bien conscient. Il se dégagea maladroitement, et se releva pour regarder autour de lui.
Les arbres avaient été brisés nets par le souffle de l'explosion, comme des dominos. La créature, pulvérisée, tombait en ruines petit à petit, morte. Des cadavres avaient volé dans tous les sens après l'attaque de Balthazar, mais ils ne s'étaient pas relevés. Un trou béant avait percé le tas de morts, par lequel on pouvait voir entièrement.
Au milieu des corps d'elfes gisait Balthazar, inconscient. Grunlek et Shin se précipitèrent vers lui. Il avait toujours les cornes et les ailes. Prudemment, l'archer le secoua pour le réveiller. Le mage grogna d'une voix grave, signe que la transformation était toujours en train d'être désamorcée, mais il ouvrit les yeux faiblement.
« J'l'ai eu ? demanda le mage.
— Tu l'as eu, confirma Shin. Il faut trouver Théo maintenant.
— Partez devant, je crois que je vais faire une sieste, marmonna le demi-diable, vidé de magie. »
Il tomba de nouveau dans les pommes. Grunlek décida de rester près de lui, pour s'assurer qu'il ne perdait pas le contrôle. Shin commença à fouiller le tas de cadavres à la recherche du paladin. Il ne cacha pas son dégoût lorsqu'il posa la main dans l'amalgame de corps à moitié calciné. Il prit son courage à deux mains et plongea dans l'amas de chair du bas, en espérant que celui du haut, qui tenait encore miraculeusement, ne lui tombe pas sur la tête.
À renfort de coups de pieds, il dégagea un passage jusqu'au cœur du tas de morts. Des cheveux plus frais que les autres apparurent sous lui. Il continua à creuser et faire de la place, avant de souffler de soulagement lorsqu'il aperçut le visage du paladin.
Théo ne savait pas s'il était en train de rêver. La fourrure sous ses doigts paraissait plus consistante que lors des horribles phases où il retrouvait plongé dans l'obscurité. La louve se tenait debout devant lui, les poils hérissés, les babines dégoulinant de sang, et grognait en direction des gardes qui le maintenaient prisonniers pour ce qui lui paraissait une éternité.
Théo posa une main sur le sol, et se redressa faiblement. Eden cessa immédiatement de grogner et se retourna vers lui pour lui lécher le visage en gémissant. L'animal n'avait jamais paru très empathique à Théo, peu importe ce que disait Grunlek, mais quelque chose semblait différent aujourd'hui. Il pouvait sentir… de la détresse ? De la peur ? Eden était inquiète pour lui.
Le garde fit un pas en avant, profitant de la diversion. Eden fit volteface et, sans le moindre avertissement, se jeta à sa gorge. L'homme bascula en arrière, paniqué, mais il ne put rien faire. Eden était lourde et savait où attaquer pour tuer. En quelques secondes, l'homme était mort. Théo n'y fit pas attention. Son regard était braqué sur la porte de sa cellule grande ouverte.
Eden lui donna un petit coup de tête dans le dos, puis courut vers la sortie. Elle s'arrêta sur le pas et le regarda fixement. Théo comprit le message. Il força sur ses jambes pour se remettre debout, et tituba jusqu'au cadavre, l'esprit embrumé. Rien de tout ça ne semblait réel. D'où pouvait seulement venir la louve ? Malgré tout, il se pencha et saisit l'épée du garde, puis suivit la louve dans le couloir.
Un scientifique tenta de leur barrer le chemin, Théo le planta de manière automatique. Il n'avait plus rien à perdre. Il continua à avancer, l'esprit rempli de… quelque chose. Une émotion qu'il n'avait pas ressentie depuis très longtemps. De l'espoir.
Il dut faire plusieurs pauses. Marcher lui était insupportable passé quelques minutes. Après avoir traversé le laboratoire, ils tombèrent sur une salle d'équipement. Théo reconnut son armure, accrochée comme un trophée sur mannequin de bois. Il alla s'en saisir, mais se figea d'effroi devant le miroir, lorsqu'il aperçut son reflet pour la première fois depuis des mois.
Il était maigre, tellement maigre que ses côtes étaient visibles. Son ventre, ses jambes, ses bras, son visage étaient couverts de tâches de couleur allant du vert au noir foncé. Il était couvert de sang, de crasses, de bleus et son teint verdâtre lui fit se demander un instant s'il n'était pas mort encore une fois. Il détourna le regard et enfila son armure. Il n'y avait pas de temps pour ça. Il aurait le temps de se laver plus tard. Le contact de l'acier avec les plaies ouvertes lui arracha un hurlement de douleur, mais il tint bon.
Eden l'attendait devant la porte. Il la suivit jusqu'à une porte d'acier qu'il poussa de toutes ses forces. Le soleil lui brûla les yeux.
La lumière du feu de camp lui brûla les yeux. Théo reprit conscience subitement et s'agita pour chasser les mains qui le maintenait au sol. Complètement affolé, il regarda partout autour de lui, terrifié par les souvenirs qui étaient venus le hanter. Son regard croisa celui de Shin, qui le maintenant au sol d'une main ferme, puis vers Grunlek, qui lui sourit pour le rassurer. Doucement, le guerrier se calma, puis se redressa doucement, épuisé.
Il était de retour au camp. Cyrielle était assise en face de lui, à côté de Tesla, dont le visage cerné et le teint pâle était préoccupant. Mictian montait la garde plus loin, à côté de son cheval. Triste Pin lui tenait compagnie. Quant à Balthazar, allongé sur la couchette d'à côté, il ronflait, sa couverture serrée contre lui. Théo fronça les sourcils en remarquant les ailes dans son dos, mais il préféra ne pas faire de commentaire pour le moment.
Les pensées mirent du temps pour lui revenir. Il revit les morts, mêlés à ses souvenirs, le nécromancien, Manaril… Il n'était plus certain de ce qui était réel ou non.
« Tout va bien, répondit Grunlek à sa question silencieuse. On a vaincu le nécromancien. Tu sens la charogne, plus que d'habitude je veux dire, mais tu es vivant. Balthazar a atomisé le tas de cadavres. Et la forêt avec, mais c'est un détail. »
Théo leva les yeux vers les arbres, qui n'étaient plus là. Ils étaient presque tous couchés au sol.
« Ne me dis pas que cet abruti n'a pas utilisé sa magie démonique, grogna Théo d'une voix éraillée.
— Je ne le dirai pas alors, répondit Grunlek, amusé. Il va bien. Tesla l'a examiné, il n'a pas puisé suffisamment pour se mettre en danger. Il va se prendre une cuite par contre. Prépare-toi à l'entendre se plaindre demain. Par contre, il va bien parce qu'il a puisé dans ton lien. Donc prépare-toi à te prendre une cuite également.
— Super… »
Le nain rit doucement pour ne pas réveiller Balthazar, puis retourna près du feu. Shin sourit.
« Désolé d'avoir raté ma flèche.
— T'as de la chance que je sois trop défoncé pour te botter le cul. Tu t'en es sorti ?
— Oui, j'ai eu de la chance. Merci d'avoir fait diversion, ça a été très efficace.
— Va te faire.
— Moi aussi je t'aime, Théo. Repose-toi, dit-il en se relevant. On reprend la route demain. »
Le paladin grogna vaguement une approbation et se recoucha, épuisé.
