Nous avançons et dans ce chapitre apparaîtra un PNJ de Morrowind que j'apprécie particulièrement. Je vous laisse découvrir lequel. D'ailleurs, je précise que les noms apparaissant dans cette histoire (par exemple pour les lieux) sont ceux du jeu Morrowind et non pas ceux de l'extension Morrowind de TESO.
Chapitre II
Le bandit courtois
Dans une salle de conseil assez étroite de la chapelle impériale, Alinor et Iudas étaient assis autour d'une table où siégeaient Lalatia Varian et deux autres adeptes du Culte impériale : Kaye, qu'ils avaient déjà rencontré et un Nordique aux cheveux châtain portant des tatouages bleus sur le visage du nom de Frik.
La prêtresse leur expliqua que Kaye et Frik étaient les meilleurs membres du Culte impérial de Coeurébène et que c'étaient eux qui avaient remarqué l'inquiétante augmentations de sectes daedriques à Vvardenfell.
« Elles se terrent dans des grottes dispersées un peu partout sur l'île, expliqua Frik. Certaines d'elles, plus audacieuses que les autres, vont même jusqu'à établir leurs campements dans des ruines daedriques, comme dans celles près du village portuaire de Hla Oad, à l'ouest. Auparavant, nous avions l'aide des gardes locaux pour exterminer les fanatiques proches des cités mais aujourd'hui, nous sommes laissés seuls pour nous occuper d'eux et malheureusement, nous ne sommes pas assez pour les affronter.
— En dehors des soldats de la Légion impériale positionnés dans les forts et dans le sud de Vvardenfell, la fonction de garde est occupée en majorité par des Dunmers, développa Kaye. Avant la chute du Tribunal, les Daedra étaient considérés comme des menaces qu'il fallait vaincre et éloigner du peuple mais la réalisation de la prophétie d'Azura et la mort d'Almalexia et de Sotha Sil a fait craindre la puissance des Prince Daedra alors les Dunmers n'osent plus les combattre – certains vont même jusqu'à les vénérer à la place. Donc entre ceux qui ont peur et ceux qui nous sont hostiles, nous ne disposons plus de beaucoup d'alliés et la Légion impériale nous a déjà fait comprendre qu'elle a besoin de ses troupes pour surveiller toute insurrection vis à vis de la présence de l'Empire en Morrowind.
— C'est pour cela que vous voulez faire réagir les Grandes Maisons ? demanda Iudas.
— C'est cela. Même si nous sommes en sous-effectifs, le nombre de membres du Culte impérial en Morrowind est déjà conséquent et ceux qui nous manquent, ce sont avant tout des guerriers et des mages.
— Nous voulons donc que vous exploriez les différentes régions de Vvardenfell et notiez toute trace d'activités occulte et daedrique que vous trouveriez pour que les Grandes Maisons et le Temple comprennent que la menace est belle et bien réelle et qu'ils agissent en conséquence, termina Lalatia Varian avec une expression grave. Nous nous étions déjà lancés dans ce projet l'année dernière mais sur la vingtaine de membres envoyée en repérage, seuls quelques-uns nous sont revenus en vie. Nous ne pouvons pas l'affirmer sous risque de provoquer des conflits entre l'Empire et le roi de Morrowind mais nous avons la certitude que quelques-uns de ces membres n'ont pas été tués par des sectaires mais par les Ordonnateurs du Temple de Morrowind. Entre eux, les nécromanciens et les adeptes daedriques, nous sommes entourés d'ennemis et Vvardenfell est plus hostile que jamais. C'est pour cela que nous n'osons plus envoyer les nôtres sur le terrain et que vous êtes ici.
— Non pas que nous voulons vous envoyer à l'abattoir, assura le Rougegarde, mais nous ne sommes pas tous formés pour faire face à ce genre de menaces, contrairement à votre ordre. De plus, nous devons aussi assurer la protection des membres du Culte impérial et continuer d'accueillir les malades et nécessiteux qui ont besoin d'aide.
— C'est compréhensible, déclara Alinor. Ne vous en faites pas pour nous : nous sommes des paladins. C'est pour cela que nous avons été envoyés ici et nous remplirons notre devoir. Par où devons-nous commencer ?
— Nous pensons procéder de deux manières, répondit l'oracle. La partie ouest de Vvardenfell est la plus peuplée ainsi que la plus sûre tandis que de l'est au nord-est, les contrées sont bien plus sauvages et inhospitalières. Frik a accepté d'accompagner l'un de vous à travers Molag Amur, la Côte d'Azura et les Grands Pâturages pendant que l'autre s'occupera des Îles ascadiennes, de la Côte de Mélancolie et de la Faille de l'Ouest. »
Alinor put presque entendre son partenaire mentalement remercier les dieux de l'avoir fait penser à lire le Guide de Vvardenfell offert par la prêtresse la veille, sans quoi il n'aurait rien compris à ce qu'il venait d'être dit.
« Qu'en est-il des régions restantes ? demanda-t-elle.
— Elles sont trop éloignées et dangereuses, où l'Empire et la Grande Maison Hlaalu n'exercent aucune influence : Shéogorad, à l'extrémité nord de l'île, est réputée pour l'influence daedrique qui y règne et même toute une garnison impériale ne suffirait pas à venir à bout de tout le mal qui s'y est immiscé. Quant aux Terres-Cendres, il s'agit du domaine des peuples cendrais. Le Temple y assure aussi une grande surveillance car jusqu'en 427, le Rempart Intangible mis en place par les Tribuns protégeait Vvardenfell du Fléau, grâce notamment à la Porte des Âmes. Même si le Rempart Intangible a depuis été désactivé, cet endroit sert encore à surveiller les régions alentours et le Mont Écarlate. S'y rendre serait comme un affront de la part de l'Empire aux yeux du Temple et nous ne pouvons pas nous le permettre.
— Donc nous devons nous cantonner à l'est et à l'ouest de Vvardenfell ?
— C'est cela. »
Alinor opina, sa décision s'apprêtait à se proposer pour aller dans l'est quand Iudas dit :
« J'irai dans les régions de l'est. »
Elle se tourna vers elle et arqua un sourcil, perplexe.
« Je peux y aller, déclara-t-elle. Cela ne me dérange pas.
— Je le sais et en temps normal, j'accepterais volontiers d'aller plutôt dans les régions de l'ouest, plaisanta l'Impérial. Cependant, je sais aussi que vous êtes plus efficace que moi et pour ma part, voyager seul dans une province inconnue et potentiellement très dangereuse ne m'attire pas. Je ne prétend pas que je suis lâche mais je connais mes limites et mes faiblesses. Si je venais à me retrouver face à trois nécromanciens armés jusqu'aux dents, je serai bien incapable de réagir tandis que vous sauriez quoi faire. Vous comprenez où je veux en venir ? »
Elle le faisait et bien que la perspective de laisser son partenaire s'aventurer dans les régions les plus hostiles ne l'enchantait pas, admettait qu'il avait raison. De ce que Lalatia Varian leur avait dit, Frik était un des meilleurs membres du Culte impérial alors en compagnie du Nordique, Iudas serait plus en sécurité que seul dans les régions de l'ouest.
Puisqu'il n'y avait pas d'autres alternatives, elle hocha la tête avec réticence.
« Bien, nous ferons comme cela. »
. . .
La première destination d'Alinor devait être le Fort Phalène, près de la ville de Balmora. Somutis Vunnis, le prêtre local, et Larrius Varro, le commandant de la garnison, avaient rapporté quelques faits étranges qu'ils pensaient liés à des rites démoniaques et sur lesquels il voulaient que le Culte impérial enquête.
Il existait deux moyens de se rendre à Balmora : en empruntant à pied la route par le nord-ouest qui passait par Pélagiad, ou bien en se rendant à Seyda Nihyn pour y prendre un Échassier des Marais. Cette deuxième option avait l'avantage d'être plus rapide et également plus simple puisque Seyda Nihyn longeait la côte et était sur la route de Coeurébène donc il était impossible de se perdre.
L'oracle l'informa qu'un bateau pouvait l'y amener mais Alinor déclina l'offre. Non seulement elle avait été assez en mer pour un long moment à cause du trajet pour venir sur l'île volcanique mais en plus, marcher lui permettrait de prendre connaissance de l'environnement de Vvardenfell.
Elle partit donc de bonne heure – avant Iudas et Frik, qui discutaient du trajet à emprunter – et prit la direction de l'ouest avec sa sacoche, son épée en argent et son bâton. La route de la Côte de la Mélancolie bordait la mer calme mais également beaucoup de tourbes et de pierres mousseuses, au bord desquels elle vit des vasards bien plus gros que les petits crabes des vases que l'on pouvait croiser aux abords du lac Rumane.
Après un certain temps, d'immenses constructions sur l'eau apparurent dans son champ de visions, toutes semblables à des temples carrés reliés entre eux par des ponts et ornés par de grandes coupoles. Alinor y reconnue Vivec, la cité du dieu éponyme à l'architecture si particulière que même le plus inculte des étrangers connaissait de réputation.
Elle continua son chemin et traversa un petit pont en bois entre deux îles, notant la présence inquiétante de plusieurs poissons carnassiers non loin, qui attendaient qu'un malheureux fasse l'erreur de mettre un pied dans l'eau pour le dévorer. La faune de Vvardenfell avait apparemment évolué non pas pour cohabiter avec la flore mais y survivre, la rendant de ce fait encore plus féroce et dangereuse pour les Mortels.
En passant près d'un monticule de terre, elle vit la première créature inédite à l'île volcanique. C'était une sorte d'insecte géant à quatre pattes se déplaçant très lentement près d'une porte, recouvert d'une carapace, dotée de grosses mandibules et d'un opisthosome en forme de dard munie de petites lumières vertes. Bien qu'elle ne semblait pas agressive, Alinor s'empressa de s'en éloigner – elle ne tenait pas à avoir à affronter cette araignée à carapace géante. Était-ce cette étrange créature qu'on appelait un Kwama ?
Elle arrivait à un embranchement où la route se séparait dans deux directions distinctes indiquées par un panneau en bois, quand elle sentit une présence non loin d'elle. Qu'importe qui la surveillait, cette personne n'était pas très discrète puisqu'elle l'entendait se déplacer. Elle posa lentement et le plus naturellement sa main sur le pommeau de son épée, qu'elle tira d'un coup de son fourreau en se retournant. La pointe de la lame en argent atterrit sous le cou de celui qui l'avait suivi.
« Doucement, belle dame ! Vous ne voudriez pas être celle qui met un terme à la vie du célèbre Nels Llendo ? »
Alinor fronça les sourcils.
En face d'elle se tenait un Elfe Noir aux cheveux carmins lissent et dégradés qui arrivaient jusqu'à son cou, une barbichette soigneusement entretenue et de discrètes marques vertes sur le côté droit de son visage. Il était vêtu d'un plastron jaune gravé d'inscriptions daedriques et d'une paire de bottes assortie par dessus un vêtement dorée et un pantalon rouge foncé. Loin de paraître agressif, l'épée du Dunmer était toujours rangée dans son fourreau pendant que l'elfe avait levé les mains en signe de paix et affichait un sourire charmeur à travers sa barbe noire.
« Pourquoi me suivez-vous ? interrogea Alinor. Êtes-vous un voleur ou un malfrat de la même espèce ?
— Un voleur, moi ? Nullement, répondit le Dunmer d'une voix suave. Je suis un bandit et si je gagne ma vie à détrousser les passants d'une petite partie de leurs drakes, je suis avant tout un elfe d'honneur qui ne s'en prend pas aux dames. Néanmoins, en vous voyant, je n'ai pu m'empêcher d'admirer votre beauté et de sentir votre charme s'exercer sur moi. Aussi j'ai une demande folle à vous faire part. Accepteriez-vous d'offrir un baiser au pauvre brigand que je suis, afin que ma journée soit égayée et que la nuit me paraisse moins longue et solitaire grâce au souvenir de votre tendresse ? »
Ébahie, Alinor ne put s'empêcher de baisser son arme. C'était bien la première fois qu'elle rencontrait quelqu'un comme ce bandit – même Iudas était plus normal, alors qu'il était pourtant considéré comme très excentrique, même pour un Impérial.
Voyant qu'il attendait vraiment une réponse de sa part, elle déclare sèchement :
« Trouvez-vous quelqu'un d'autre pour céder à vos charmes, rôdeur.
— Non ? Votre réponse m'attriste, ma chère… se désola Nels Llendo en prenant une expression déçue. Je suppose que c'était trop espérer de la part du malheureux bandit que je suis qu'une belle Bosmer comme vous cède à ma demande. »
Alinor arqua un sourcil. Tous les gens de cette île allaient-ils la confondre avec une Elfe des Bois ? Décidant que cette conversation était finie, elle tourna les talons et continua sa route vers Seyda Nihyn.
Sauf qu'elle constata rapidement que Nels Llendo la suivait et se retourna pour lui faire face.
« Que faites-vous, malfrat ? Vous comptez me poignarder dans le dos ?
— Un tel acte serait indigne de Nels Llendo. Vous vous rendez à Seyda Nihyn, n'est-ce pas ? Laissez-moi donc vous tenir compagnie jusqu'à là-bas. Une belle dame comme vous ne devrait pas avoir à se promener seule dans les si dangereuses régions de Vvardenfell.
— Je n'ai pas besoin de votre protection. Retournez d'où vous venez. »
Sur ce, elle reprit son chemin. À son grand dam, le Dunmer la suivait toujours. Il était tenace et elle sentait que plus elle essayerait de s'en débarrasser, plus il persisterait. Alors elle préféra l'ignorer tout en restant attentive au moindre geste suspect de sa part.
« C'est un bien joli bâton, que vous avez là, dit Nels Llendo après quelques minutes de silence. Me tromperais-je ou je le vois briller ? »
Alinor jeta un coup d'œil au bâton en question. Fait de pierre de lune raffinés, il se distinguait surtout d'armes ordinaires par sa pointe en verre, deux courtes lames semblables à celles d'une hache en verre avec, entre elles, une gemme noire affinée.
Le bandit prévoyait-il de le lui voler ?
« Ne vous en faites pas, je ne prévois pas de vous le dérober, rassura aussitôt Nels Llendo. Je ne fais qu'admirer sa magnificence. Quelle profession une belle elfe comme vous exerce pour être si richement équipée ?
— Pourquoi devrais-je vous répondre ?
— Rien ne vous y oblige, il est vrai. Ce n'est que par curiosité que je vous le demande. »
Il paraissait sincère et malgré elle, Alinor lui trouvait une certaine politesse qui changeait de tous les bandits arrogants et vils qui traînaient près des routes de Cyrodiil.
« Je suis une Disciple de Stendarr, répondit-elle finalement. J'ai été transférée à Vvardenfell à la demande du Culte impérial.
— Vous êtes donc une étrangère ? Que pensez-vous de notre belle île jusqu'à présent ?
— Je suis arrivée hier. Je n'ai rien à dire à ce sujet pour le moment.
— Vous trouverez rapidement. Vvardenfell laisse rarement indifférent, en bien ou en mal. »
Il eut un sourire en coin et ajouta d'une voix suave :
« Et si jamais vous avez besoin d'aide, vous n'aurez qu'à demander Nels Llendo. Je réside habituellement à Pélagiad, un peu au nord de Seyda Nihyn.
— Je m'en passerai. »
Le bandit posa une main sur sa poitrine et simula une expression de douleur.
« Vos mots me blessent, ma dame. »
Alinor roula des yeux et poursuivit sa route.
Elle essaya d'ignorer les propos de Nels Llendo jusqu'à leur arrivée à Seyda Nihyn, qui ne tarda pas. Le bandit lui indiqua au bord d'un rocher un insecte à carapace porté par six pattes longues de plusieurs mètres et deux autres, plus courtes et pliés.
« En avez-vous déjà vu ? C'est un échassier des marais, notre principal moyen de déplacement avec le transport maritime. Ils mènent à toutes les grandes villes de Vvardenfell et lorsque vous en voyez un apparaître dans votre champ de vision, c'est qu'une cité n'est pas loin – puisqu'il n'en a plus été vu à l'état sauvage depuis des siècles, voir des millénaires. Si vous voulez le prendre pour vous rendre à Balmora, il vous faut payer le transport à sa caravanière. Celle de Seyda Nihyn s'appelle Darvame Hléran – j'ai courtisé cette agréable dame à l'époque. Vous devriez la trouver à l'auberge d'Arrile. »
Il fit face à Alinor et s'inclina.
« Sur ce, belle dame, il me faut vous faire mes adieux. Puissiez-vous penser à moi si venez un jour à Pélagiad. Nels Llendo vous y attendra. »
Elle le remercia d'un hochement de tête et regarda le Dunmer faire demi-tour et reprendre le chemin vers l'est.
Un drôle de personnage, ce bandit… se dit-elle avant de l'oublier et de se diriger vers Seyda Nihyn.
