Chapitre V

Les ennemis du Culte impérial

Sur la trajet retour à Coeurébène, Alinor ne put s'empêcher de repenser à ce que lui avait dit la devineresse du Temple de Morrowind.

C'étaient à peu près les mêmes propos que les avertissements donnés par le commandant Varro et ceux sous-entendus par la parente de la Maison Hlaalu mais pour une raison qu'elle ne s'expliquait pas, les paroles d'Almasea Ulès restaient gravées dans son esprit et la faisaient douter : devait-elle renoncer à savoir qui au sein de la Camonna Tong avait essayé de l'assassiner et si la Maison Hlaalu avait un lien avec tout ceci ?

Elle ne pouvait s'y résoudre mais peut-être faisait-elle effectivement fausse route : elle avait beau y réfléchir, elle ne comprenait pas pourquoi la Maison Hlaalu chercherait à lui nuire. Pourquoi s'en prendre à un représentant du Culte impérial ?

Ces questions continuèrent de la tourmenter jusqu'à ce qu'elle arrive au Château Coeurébène et rejoigne la chapelle impériale. Elle sentit aussitôt que quelque chose de grave était arrivé : à l'intérieur, Kaye et Lalatia Varian discutaient à voix basse avec des mines sombres et préoccupées. Ils se turent dès qu'Alinor s'approcha.

« Que se passe-t-il ? demanda-t-elle.

— Vous êtes déjà de retour ? » s'étonna le Rougegarde.

Elle étrécit les yeux.

« Oui. Encore une fois, que se passe-t-il ? »

Kaye et l'oracle se regardèrent, puis cette dernière hocha la tête et s'avança. Alinor n'aimait pas l'expression désolée avec laquelle l'Impériale la dévisageait.

« Frik et votre partenaire ont été attaqués sur la route vers Molag Mar. Il me peine de devoir vous l'annoncer mais Iudas Odiil a été tué. »

Alinor était souvent félicitée pour son flegme qui lui permettait de ne pas se laisser dépassée par les évènements et de réagir rapidement et efficacement. Elle ne rompait que très rarement cette attitude impassible et pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de fois que cela était arrivé.

Cet instant en fit partie.

Alinor se recula, ses yeux confus observant tour à tour le Rougegarde et l'Impériale dans l'espoir que l'un d'eux cède et révèle qu'il s'agissait d'une des plaisanteries de mauvais goût que son partenaire aimait tant faire mais aucun d'eux ne dit quoi que ce soit pour la rassurer.

Ce ne pouvait pas être vrai.

« Vous devriez vous adresser à Frik pour apprendre ce qui s'est passé, ajouta l'oracle avec douceur. Il est dans les dortoirs, en train de se faire soigner par notre guérisseur, Synnolian Tunifus. »

D'un geste distrait, l'esprit absent, elle acquiesça d'un hochement de tête avant de se rendre vers les dortoirs d'un pas lourd.

Iudas est… mort ?

Elle n'en revenait pas. Iudas était peut-être trop insouciant et agissait parfois sans réfléchir mais n'en n'était pas moins un Disciple de Stendarr. Il avait reçu une formation de templier aguerri et Alinor avait pu constater ses compétences au combat plus d'une fois. Comment avait-il pu se faire tuer, surtout avec quelqu'un pour l'épauler ?

En descendant les escaliers, elle croisa quelques membres du Culte impérial aux airs peinés et anxieux mais ne leur prêta pas attention et pénétra dans les dortoirs.

« Pour l'amour de Kynareth, cessez donc de bouger ! Vous allez rouvrir vos blessures, fichu Nordique entêté ! »

Dans les dortoirs vides, Synnolian Tunifus s'affairait à soigner Frik. Le Nordique était assis sur un lit, sa chemise rouge et son gilet noire couverts de sang jetés par terre et son torse nu révélant de multiples plaies. La douleur se lisait sur son visage, même si l'homme s'efforçait de rester digne et silencieux.

« Vous ne pouvez pas vous dépêcher ? rétorqua-t-il dans un grognement.

— Non ! Vos blessures sont trop importantes pour qu'elles guérissent efficacement à l'aide de la magie, surtout si je n'ai personne pour m'épauler. »

— Puis-je apporter mon aide ? »

Le guérisseur se tourna vers Alinor, qui continua :

« En temps que Disciple de Stendarr, j'ai reçu une formation dans la magie de guérison. Elle n'est pas aussi efficace que celle d'une fidèle de Kynareth mais cela devrait suffire.

— Mmh… bon, d'accord, céda Synnolian Tunifus après réflexion. Venez mais suivez mes indications, compris ? »

Elle s'exécuta et ensemble, ils entreprirent de refermer les blessures les plus graves qui entaillaient le torse du Nordique. Cela prit un certain temps et les vida de leurs forces mais le travail fut efficace : la plupart des plaies qui recouvraient le corps de Frik se refermèrent et l'expression de douleur du Nordique s'estompa

Synnolian Tunifus se releva et souffla, passant une main sur son front.

« Bon, cela devrait être suffisant pour l'instant. Je n'ai pas dit que vous pouviez partir ! ajouta-t-il lorsque Frik esquissa un geste pour se lever. Vous, vous ne bougez pas. Vous restez sur ce lit et ne bougez pas jusqu'à ce que je revienne avec plus d'ingrédients et des potions de guérison pour soulager votre douleur. Je vous jure que si je vous vois où que ce soit dans la chapelle, vous le regretterez amèrement – et je ne parle pas que de vos blessures qui se seront rouvertes. Me suis-je bien fait comprendre ? »

Une fois qu'il fut certain que sa menace empêcherait son patient d'aller où que ce soit, il quitta les dortoirs. Alinor le remercia mentalement pour lui laisser un peu de temps seule avec Frik, qui resta un moment sans rien dire avant d'oser la regarder.

« Vous voulez savoir ce qui s'est passé, n'est-ce pas ? »

Elle ne lui répondit pas. Il prend son silence comme un oui et poussa un soupir las avant de baisser la tête et de passer une main dans ses cheveux.

« Je suis vraiment désolé. Tout s'est passé si vite. Je n'ai rien pu faire pour le sauver. En fait… à ma grande honte, je l'ai abandonné à son sort. »

Il se tut et la regarda, attendant qu'elle parle et peut-être commence à l'accuser. Alinor se contenta de dire :

« L'oracle m'a dit que vous aviez été attaqués.

— C'est vrai. Nous avions dépassé Suran depuis peu et traversions Molag Amur pour rejoindre la Côte d'Azura quand ils ont surgi de nul part et nous ont attaqués.

— Qui ça ?

— Je ne saurais pas le dire. Je ne peux vous décrire que l'un d'eux, facilement reconnaissable parce qu'il portait une armure de verre intégrale. Les deux autres étaient vêtus comme des mercenaires ou des voleurs mais ce n'étaient pas de simples bandits, je vous l'assure. C'étaient de vrais guerriers, surtout celui en verre, comme je n'en avais jamais vu avant. Ils n'étaient que trois et pourtant nous ne faisons pas le poids contre eux. Lorsque j'ai réalisé que nous allions y passer si nous restions là à nous battre, je me suis mis à courir et j'ai rejoins Suran aussi vite que j'ai pu. J'ai abandonné votre partenaire. Je… je sais que mes excuses ne le ramènerons pas mais sachez que je suis sincèrement désolé. »

Ce n'étaient pas de simples bandits ? répéta mentalement Alinor. Cette attaque contre des membres du Culte impérial aurait aussi été préméditée ? Entre ça et ce qui s'était passé à Caldéra, cela ne pouvait pas être une coïncidence. Quelqu'un en voulait aux fidèles des Neuf Divins.

Elle hocha la tête et se dirigea vers la porte. Avant de sortir, elle se retourna pour poser une dernière question à Frik.

« Était-il encore en vie lorsque vous vous êtes enfui ?

— Quoi ?

— Iudas Odiil. Était-il encore vivant ?

— Je… Non, dit finalement Frik avec difficulté, fermant les yeux comme s'il se remémorait la scène. Quand je me suis sauvé… ce guerrier en armure de verre l'avait déjà transpercé en plein coeur d'un long katana daedrique. Même les plus grands mages maîtrisant la magie de Guérison n'auraient pu le sauver d'une telle blessure, je le crains…

— Alors vous ne devez pas avoir honte de vous êtes enfui pour sauver votre vie. Stendarr sait que vous n'y êtes pour rien et vous offrira sa miséricorde. »

Elle quitta les dortoirs et retourna dans le coeur de la chapelle, où Lalatia Varian et Kaye ne se trouvaient plus. Iulus Truptor le quêteur lui dit qu'ils étaient dans la salle adjacente, en pleine discussion.

« Normalement, je ne devrais pas vous permettre de les interrompre, lui avait-il dit avant de pousser un soupir las, mais puisque le défunt était votre partenaire… allez-y. »

Avant d'entrer dans la salle, elle entendit l'adepte et l'oracle se dirent :

« J'aurais dû aller à la place de Frik. Cela fait trop longtemps qu'il n'est pas allé seul sur le terrain.

— Vous ne pouvez pas vous en vouloir de ce qui s'est passé, Kaye. Frik est certes notre apothicaire, mais il est avant tout un adepte du Culte impérial et un valeureux guerrier. Si même lui a été blessé au point de presque y laisser la vie, c'est que la menace est belle est bien réelle. Je vais devoir informer la théurgiste Conician de ce qui s'est passé. Cette fois-ci, nous avons la preuve que quelqu'un cherche à nuire au Culte impérial. J'ignore si ces agresseurs en ont contre nous ou les Neuf Divins mais ils doivent être arrêtés et vous savez comme moi que cela est bien au dessus de nos compétences. »

Alinor plissa des yeux. Ses suspicions étaient donc bonnes. Elle entra et demanda :

« Qui cherche à nuire au Culte impérial ? »

Kaye et Lalatia se regardèrent et encore une fois, ils semblaient réfléchir à ce qu'ils devaient lui dire.

« Iudas est mort, leur rappela-t-elle sèchement pour les inciter à lui dire ce qu'ils lui cachaient. Et vous dites que le Culte impérial est menacé et donc que sa mort n'est pas un accident. Il mérite d'être vengé et pour ceci, la justice doit triompher. De plus, Frik et lui n'ont pas été les seuls à être attaqués.

— Êtes-vous en train de dire que vous aussi, vous avez été agressée ? » s'étonna Kaye.

Alinor acquiesça et entreprit de leur raconter ce qui lui était arrivé à Caldéra, le Dunmer qui avait essayé de la poignarder dans son sommeil, l'Orque Duma gro-Lag qui avait apparemment manipulé Nédhélas pour que le Culte impérial vienne et le Conseil Hlaalu très suspect.

Ces explications convainquirent Lalatia et Kaye de lui dirent ce qu'ils savaient.

« Avant toute chose, je vous assure que nous ne pensions pas que vous seriez attaqués, déclara l'oracle. Lorsque nous avons fait appel aux Disciples de Stendarr, certains membres récents du Culte impérial avaient disparu mais nous pensions qu'ils avaient été attaqués par des monstres ou que des Ordonnateurs les avaient mis en prison et essayions alors d'entrer en contact avec le Temple de Morrowind pour les faire libérer.

— Mais maintenant, nous savons ce qu'il en est vraiment, poursuivit Kaye. La mort de votre collègue et l'assassin qui a essayé d'attenter à votre vie à Caldéra en sont les preuves.

— Mais qui chercherait à nuire au Culte impérial ? interrogea Alinor.

— Plus de monde que vous ne pourriez croire, répondit Lalatia. Beaucoup de Grandes Maisons de Vvardenfell détestent les étrangers et surtout l'Empire, qu'elles considèrent comme une menace, notamment pour leur religion. Nous pouvons même dire que la tolérance et l'alliance de la Maison Hlaalu envers l'Empire est un comportement contraire à celui des Dunmers d'une manière générale.

— Donc la Maison Hlaalu n'aurait aucune raison à attaquer le Culte impérial… en conclut la Bréton, pensive. Peut-être est-ce un coup monté ?

— Pour discréditer la Maison Hlaalu ? C'est possible, mais pourquoi se cacher alors ? rétorqua Kaye. Personne n'en parle mais tout le monde sait qu'elle a des liens avec les organisations criminels de Morrowind et ses détracteurs ne manquent pas, surtout dans les grandes familles dunmers.

— Essayer de savoir qui est derrière tout ceci ne nous avancera pas, intervenu l'oracle. Tout ce que nous pouvons faire, c'est de se faire discrets pour l'instant pour éviter que plus de fidèles soient victimes d'agressions. »

Cette décision ne plut pas à Kaye, qui s'effaroucha :

« Êtes-vous en train de dire que nous devrions fermer les yeux sur ces meurtres, oracle ? Attaquer des membres du Culte impérial, c'est s'en prendre à notre foi elle-même. Nous ne pouvons laisser passer un tel affront !

— Je n'ai pas dit que nous ne ferons rien, défendit Lalatia. Je vais convaincre Ruccia Conician de demander à l'Ordre des Lames de s'occuper de cette affaire de toute urgence. »

L'Ordre des Lames ? répéta silencieusement Alinor. Tout ceci était-il donc si grave que l'Ordre des Lames devait intervenir ?

Tout ceci lui fit se demander si les nécromanciens et les Daedra étaient les véritables dangers qui menaçaient Vvardenfell…


Concernant Ruccia Conician, il est dit dans les jeux qu'elle est la plus haute représentante du Culte Impériale en Vvardenfell mais son « rang » n'est jamais précisé et toutes les affaires sont plutôt gérées par Lalatia Varian, qui est oracle. Du coup, je pars du principe que ce personnage est au rang de théurgiste (qui est juste en dessous de Primat, le plus haut rang dans le Culte impérial dans Morrowind).

Ha, et repose en paix Iudas Odiil, pauvre OC apparu une fraction de secondes dans cette histoire. C'est pas contre toi, mais voilà… c'était le destin.

Alors qu'en dites-vous de cette histoire jusqu'à présent ? Elle n'a aucun sens et vous n'y comprenez rien ? Moi non plus mais c'est un peu à l'image de quand je joue à Morrowind et j'essaye de comprendre tout le scénario politico-religieux du jeu : j'y pige rien à rien. Ne vous en faites pas, on va finir par arrêter les discussions rasoirs de trois heures et passer un peu à l'action et tout ça.