Ce chapitre a été si long à écrire ! Je ne sais pas pourquoi mais j'ai eu beaucoup de difficulté à l'écrire, bien plus que tous les précédents donc mes excuses s'il est d'une qualité bien plus médiocre que les autres.


Chapitre VI

Nels Llendo

« Rien ne vous oblige à prendre part à cette guerre, Disciple de Stendarr. Je comprendrai que vous décidiez de retourner en Cyrodiil, puisque les priorités du Culte impériale ont changé et que vous n'avez pas été envoyée ici pour ça.

— Sauf votre respect, ma décision est prise, oracle. Je vous aiderai à percer à jour ceux qui veulent vous nuire, ne serait-ce que pour rendre justice à Iudas Odiil.

— Alors puissent les Huit et l'Unique veiller sur vous, Alinor Selone. »

Sur ces mots, Lalatia Varian l'avait envoyé à Seyda Nihyn pour rencontrer Sellus Gravius, un chevalier errant de la Légion impériale.

Deux jours plus tôt, l'oracle avait annoncé à Kaye et Alinor que la Légion impériale et l'Ordre des Lames avaient été mis au courant de la situation critique dans laquelle le Culte impérial se trouvait, par le biais de Varus Vantinus, le chevalier du dragon impérial.

Celui-ci avait assuré que toute cette affaire serait réglée au plus vite et leur avait remis une missive qui devait être apportée à Sellus Gravius. Alinor s'était proposée pour se rendre à Seyda Nihyn, malgré les protestations de Kaye qui insistait pour y aller. C'était finalement l'oracle qui les avait départagé en réussissant à convaincre l'adepte que le Culte impérial avait bien plus besoin de lui à la Chapelle impériale qu'ailleurs – sans doute voulait éviter que tous les fidèles de la Chapelle finissent assassinés, ce qui était compréhensif.

Alinor n'avait pas perdu de temps pour se rendre dans le village portuaire au sud-ouest de Vvardenfell et, contrairement à la dernière fois, elle prit cette fois-ci un échassier des marais pour y arriver plus vite – le temps n'était plus à la découverte de l'environnement de l'île volcanique après tout.

Puisqu'elle s'était déjà rendue à Seyda Nihyn, elle n'eut pas trop de difficulté à se repérer et trouver le Bureau des Taxes et du Recensement. Ce fut en entrant dans la première salle du bureau qu'elle rencontra Sellus Gravius, reconnaissable par son uniforme rouge et doré, un ensemble de pièces d'armure de templier impérial.

Elle lui remit la lettre écrite par Varus Vantinus et attendit qu'il parle. Le chevalier errant finit de lire la lettre et, avec une expression pensive et curieuse, la plia et la posa sur son bureau avant de dévisager Alinor.

« Vous travaillez pour le Culte impérial ?

— Plus précisément pour le Temple de Stendarr, rectifia la Bréton. Je suis une Disciple de Stendarr mais j'ai été envoyée à Vvardenfell à la demande de l'oracle de Coeurébène, Lalatia Varian.

— Je vois… Il aurait été préférable que ce soit elle qui me rencontre mais je comprends que ses responsabilités la retiennent à la Chapelle impériale. Puisque vous êtes déjà là, nous ferons avec. »

Avant qu'Alinor ne puisse lui demander de il parlait, il ajouta :

« Rendez vous à l'auberge d'Arrile pour trouver Aurane Renault et demandez lui de vous suivre jusqu'ici. Dites-lui que c'est moi qui vous envoie. »

Ce n'était pas exactement ce à quoi elle s'attendait à faire mais elle s'exécuta et se rendit à l'auberge d'Arrile. À l'étage, les quelques clients de la taverne étaient attroupés autour d'une table où un Nordique aux longs cheveux blonds et une Bréton avec de courts cheveux ébènes, portant tous deux une cuirasse impériale en cuir clouté, jouaient à un jeu de carte avec plusieurs dizaines de septims entre eux.

La Bréton eut un sourire en coin et jeta ses cartes sur la table, ce qui provoqua les applaudissement des quelques badauds et les grognements mécontents du Nordique.

« Encore perdu, Hrisskar. Tu devrais arrêter les jeux d'argent et plutôt te mettre à travailler consciencieusement. Cela te réussirait mieux.

— Humph…

— Qu'avez-vous dit, soldat ?

— Rien, agent Renault.

— Je préfère. »

Alinor arqua un sourcil. Donc cette Bréton aux yeux verts inquisiteurs et à l'attitude sévère était celle qu'elle cherchait ?

Elle l'aborda dès qu'elle le put, c'est-à-dire lorsque les gens commencèrent à retourner à leurs activités pendant que Hirsskar restait assis à sa place, grognon, et regardait la table en pensant aux septims qu'il venait de perdre.

Aurane Renault la dévisagea de haut en bas lorsqu'elle lui expliqua que Sellus Gravius l'avait envoyé, non pas avec dédain mais méfiance. Elle accepta néanmoins de la suivre et elles s'éclipsèrent de l'auberge sans que personne ne leur prête attention.

Son importance se révéla lorsqu'elles rencontrèrent Sellus Gravius dans le Bureau des Taxes et du Recensement et que sans un mot, il lui remettre la lettre du Chevalier du Dragon impérial.

Quand l'agent Renault eut fini de le lire, ils se regardèrent droit dans les yeux et un message silencieux passa entre eux avant qu'ils hochent la tête d'un commun accord et se tournent vers Alinor.

« Avant tout chose, vous devez promettre solennellement que vous ne divulguerez aucune information que vous apprendrez de la part de l'agent Renault ou moi-même, déclara le chevalier errant avec une expression solennel et grave. Rompre cette promesse sera considéré comme une haute trahison envers notre empereur Uriel Septim VII et l'Empire.

— Parce que l'un de vous est un membre de l'Ordre des Lames, c'est exact ? »

Ils la regardèrent avec surprise, ce qu'Alinor comprit pas : pour quelle autre raison serait-elle menacée d'être accusée de haute trahison par des soldats de la Légion impériale dans une telle situation ? C'était un raisonnement logique, voilà tout.

« Bien, vous comprenez vite, répondit finalement Sellus Gravius en se ressaisissant. Le maître espion Renault travaille en ce moment sous couverture dans la province de Morrowind pour l'Ordre des Lames. Varus Vantinus a reçut l'autorisation du grand maître espion de Morrowind de confier ses talents et ses compétences au service du Culte impérial pour le moment. Quant à moi, je suis chargé de vous fournir mon aide et celles de mes hommes si vous avez besoin de renforts des troupes impériales – même si ce ne sera pas grand-chose puisque Seyda Nihyn est un village portuaire paisible où la Légion impériale n'a pas à disposer de beaucoup de soldats.

— Je suis certaine que cela sera suffisant pour l'oracle de Coeurébène », assura Alinor.

Elle se demanda juste pourquoi Varus Vantinus n'avait pas directement offert les services de soldats postés au Château Coeurébène mais le chevalier du dragon impérial devait savoir ce qu'il faisait. De plus Lalatia Varian lui avait dit que « toute aide serait la bienvenue ». Donc elle sera plus que satisfaite d'apprendre qu'un haut-gradé de la Légion impériale et un membre de l'Ordre des Lames se mettraient au service du Culte impérial pour lutter contre ceux qui cherchaient à leur nuire.

À la demande de Sellus Gravius, elle leur raconta brièvement tout ce qui s'était passé depuis son arrivée sur l'île de Vvardenfell en précisant à la fin que l'oracle de la Chapelle impériale en savait probablement bien plus sur toute cette affaire qu'elle.

« J'irai à Coeurébène en apprendre plus et nous verrons quelle tactique adopter, annonça Aurane Renault à son collègue avant de se tourner vers Alinor et de lui dire : Quant à vous, autant vous rendre utile tout de suite. Nous avons un informateur qui pourrait vous aider à savoir qui veut votre mort. Rendez-vous au nord de Seyda Nihyn jusqu'à Pélagiad et trouvez Faven Drès. Il travaille pour la maison Telvanni et devrait accepter de vous confier quelques-unes de ses connaissances secrètes sur la Maison Hlaalu si vous parvenez à vous montrer convaincante avec lui. »

Alinor n'essaya pas de comprendre ce que l'agent Renault voulait dire par là. Elle se demanda surtout pourquoi Pélagiad lui semblait familier comme nom…

. . .

Ce fut en quittant Seyda Nihyn qu'Alinor s'en rappela : c'était la ville mentionnée par le brigand qu'elle avait rencontré plusieurs jours plus tôt, où il avait dit résider et lui avait proposé de lui rendre visite si elle passait là-bas – elle ne prévoyait certainement pas d'aller lui parler.

Elle arriva d'ailleurs assez rapidement à Pélagiad, bien plus proche de Seyda Nihyn que Vivec ou Balmora. La ville – ou plutôt le village – s'était construite autour d'un fort impérial et comme Coeurébène ou Caldéra, son architecture se distinguait nettement de celles des habitations dunmers de Vvardenfell, avec ses maisons en pierre aux toits en paille, en bois et en tuiles. De plus, les gardes impériaux qui parcouraient la rue principale et le grand fort en pierre au nord empêchaient toute confusion.

Dès son arrivée, Alinor demanda d'ailleurs à ceux-ci s'ils connaissaient Faven Drès. À chaque fois, son interlocuteur fronça les sourcils comme si en effet ce nom ne lui était pas inconnu mais qu'il ne s'en rappelait guère, jusqu'à ce qu'on lui conseille de se rendre à la Taverne de Michemin, le seul lieu de rencontre de ce village quelque peu isolé.

La première chose qu'elle remarqua en entrant dans la taverne en question, ce fut combien tous les gens qui s'y trouvaient semblaient suspects. Cela s'expliquait assez facilement : puisque Pélagiad n'était pas un passage obligatoire pour se rendre à Balmora ou Seyda Nihyn mais restait une halte intéressante, des gens peu recommandables devaient préférer s'y arrêter – et ce malgré la présence de la Légion impériale dans les alentours.

Celui qu'elle cherchait s'y trouvait. L'agent Renault lui avait décrit Faven Drès : un Dunmer aux cheveux ébènes sauvages, avec un bouc et un tatouage noir sur la partie gauche de son visage représentant une main dunmer, le symbole du Tribunal. Il ne pouvait pas être confondu avec un autre, même s'il portait des vêtements beiges des plus ordinaires et demeurait assis dans un coin, se fondant presque dans le décor.

Il sourit avec nonchalance quand Alinor s'assit à sa table, comme s'il s'attendait déjà à sa venue.

« Tiens, l'étrangère du Culte impériale. Que me vaut cette visite ? »

Alinor se retint de froncer les sourcils. Elle ne l'aimait déjà pas et ne lui offrit pas la satisfaction d'être surprise, préférant rester stoïque. S'il croyait pouvoir l'impressionner et l'intimider, il serait vite déçu.

« Vous savez qui je suis, Faven Drès ?

— Vaguement, oui. Comme vous semblez me connaître, Disciple de Stendarr. J'ai entendu dire que la Maison Hlaalu se méfie de vous.

— Et vous savez pourquoi. »

Son sourire s'élargit.

« Peut-être bien mais mieux vaut que nous n'en parlions pas maintenant. Les murs ont des oreilles par ici, vous savez ? Rejoignez-moi au sud de Pélagiad ce soir et nous en rediscuterons. Maintenant, si vous permettez, j'aimerais un peu de temps seul. »

Alinor ne s'attarda pas et rejoignit le bar, où une Khajiit sirotait un verre de skooma en face de la barman qui faisant semblant de ne rien voir. Jusqu'à présent, la chose la plus incroyable qu'Alinor avait vu sur cette île, c'était l'omniprésence de substances illégales. Entre le sucrelune et le skooma, Vvardenfell était à la hauteur de sa réputation concernant le commerce de drogue si important que peu osaient s'y pencher pour essayer de l'arrêter.

Alors qu'elle s'apprêtait à demander à la Dunmer derrière le bar si elle avait des chambres de libres, quelqu'un s'assit à côté d'elle.

« Bien le bonjour, belle dame. »

Alinor se retint de réagir. Peut-être que si elle ignorait le bandit qui venait de prendre place à sa droite, il finirait par s'en aller.

« Êtes-vous venue à Pélagiad parce que le célèbre Nels Llendo vous manquait ? »

Non, cette tactique ne fonctionnait pas. Il ne s'en irait pas de cette façon. Elle croisa finalement le regard de Nels Llendo et lui répondit laconiquement :

« Non. La raison de ma présence ici ne vous concerne pas, rôdeur.

— Oh, vous êtes donc en mission secrète ? devina le Dunmer charismatique en lui souriant. J'ignorais que le Culte impérial aimait se faire discret. Puis-je vous offrir un verre ? ajouta-t-il lorsqu'elle ne lui répondit pas.

— Vous cherchez à me soûler ? répliqua la Bréton en arquant un sourcil.

— Ce serait indigne du gentilhomme que je suis. Je cherche juste à vous offrir un petit réconfort. »

Alinor le dévisagea sans comprendre. Le sourire charmeur de Nels Llendo devint empli de sympathie et de mélancolie.

« Vous avez perdu quelqu'un de proche, n'est-ce pas ? »

Alinor ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux.

Depuis qu'elle l'avait appris, la mort d'Iudas lui pesait parce que même s'ils n'étaient jamais devenus les meilleurs amis du monde, l'Impérial avait été son coéquipier pendant des années.

Elle s'était toujours imaginée que leurs chemins se sépareraient naturellement avec le temps, avec Iudas qui finirait par quitter l'ordre des Disciples de Stendarr pour peut-être se marier ou trouver une voie qui lui correspondrait plus. Au lieu de ça, il s'était fait tué par un assassin, sur l'île de Vvardenfell si loin de Cyrodiil, sa terre natale qu'il aimait tant et cette simple pensée la remplissait d'amertume et de rancœurs.

Elle pensait pourtant bien le dissimuler. Elle ne pouvait pas se permettre de laisser ses sentiments empiéter sur son devoir.

« Le meilleur moyen que je connaisse pour faire face au deuil, c'est en buvant un bon alcool, continua Nels Llendo. Allez, laissez moi vous offrir un verre. Je vous conseille du flin ou du cognac de Cyrodiil sinon si vous préférez les alcools locaux, je sais qu'ils vendent ici du musc d'insecte telvanni ou du greef. »

N'en pouvant plus, Alinor secoua la tête et se leva avec la ferme intention de quitter cet endroit. Avant qu'elle ne puisse ouvrir la porte, Nels Llendo attrapa son poignet. Elle vit rouge et ouvrit la bouche pour lui ordonner de la lâcher sous peine de finir brûler vif mais avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, le bandit se pencha vers elle et lui souffla à l'oreille quelques mots.

Il s'écarta ensuite et lui sourit.

« Passez une bonne soirée, belle dame. »

Sur ces mots, il retourna s'asseoir au bar. Alinor le dévisagea avec confusion puis sortit de la Taverne du Michemin.

. . .

Le ciel était exceptionnellement clair ce soir. Masser et Secunda apparaissaient avec une nette clarté dans le firmament, entourées de milliers d'étoiles étincelantes.

Pendant qu'elle contempla les deux lunes de Nirn au lieu du rendez-vous indiqué par Faven Drès et qu'à quelques dizaines de mètres derrière elle étaient visibles les torches des gardes impériaux qui patrouillaient dans Pélagiad, les mots de Nels Llendo lui revinrent à l'esprit.

Votre informateur est un traître et…

Alinor sentit un mouvement non loin d'elle et se retourna à temps pour éviter que des griffes acérées lui lacèrent le visage.

méfiez vous d'Adanja la Khajiit.

La Disciple de Stendarr pesta silencieusement et fit face à son assaillant en resserrant son emprise sur son bâton de verre.

Ainsi, le rôdeur ne lui avait pas menti : Faven Drès était un traître et l'avait vendu à quelque organisation frauduleuse à laquelle la Khajiit de la Taverne du Michemin appartenait.

Elle eut tout de même une seconde d'hésitation à la vue de la Khajiit, qui portait une combinaison noire et rouge qui la recouvrait de la tête aux pieds et ne laissait voir que les griffes de ses mains. Elle n'avait jamais rencontré un membre de cette organisation mais, comme tout le monde, reconnaissait cet uniforme si particulier comme celui de la Confrérie Noire.

Pourquoi la Confrérie Noire cherchait-elle à la tuer ? Était-elle aussi liée à la Maison Hlaalu ou travaillait-elle en collaboration avec la Camonna Tong ?

Elle n'eut pas le temps d'y réfléchir : la Khajiit se précipita vers elle, l'obligeant à lever son bâton de verre pour répliquer. Adanja fut plus rapide qu'elle et esquiva sans difficulté le coup avant de tenter une nouvelle fois de la griffer au visage, probablement pour lui crever les yeux.

Alinor se recula précipitamment et fit apparaître autour d'elle une aura de foudre pour l'obliger à s'éloigner et grimaça : une griffe avait réussi à la toucher à la joue, créant une balafre ruisselante de sang. Cette Khajiit était rapide. Si elle n'était pas plus prudente, son adversaire pourrait lui trancher la gorge ou la rendre aveugle en une fraction de secondes. C'était bien un assassin envoyé par la Confrérie Noire.

Alinor décida de changer de tactique et laissa son bâton en verre tomber par terre. Adanja y vit l'opportunité d'en finir et se précipita une nouvelle fois vers elle. La Bréton la laissa faire et une fois que la Khajiit fut assez proche, l'immobilisa avec un sort de paralysie en parvenant à lui toucher brièvement le bras.

Elle ignora les griffes qui frôlaient sa gorge et tira son épée en argent de son fourreau pour l'abaisser brusquement sur la main de la Khajiit, qui fut au même instant libérée de la paralysie et se recula à toute vitesse. Cela ne suffit pas : la lame traversa sa main et lui coupa quelques griffes, qui tombèrent sur l'herbe dans un flot de sang.

Alinor ignora le dégoût qui s'empara d'elle à cette vue et profita d'un moment de faiblesse de la Khajiit, qui grimaçait de douleur en serrant son poignet ensanglanté, pour fondre sur elle et la frapper d'un coup d'estoc. Elle s'attendait à ce que son adversaire bondisse en arrière ou sur les côtés mais à son grand étonnement, Adanja se contenta de se baisser et laissa la lame lui transpercer le bord de l'épaule pour pouvoir planter les griffes accérées de sa main intacte dans l'estomac de la Bréton. Elle laissa échapper un sifflement douloureux pendant que son emprise sur la poignet de son épée faiblit et que la lame tombe au sol.

En face d'elle, la Khajiit laissa échapper un rire narquois et s'exclama d'une voix étouffée sous son masque :

« Vous allez mourir ici ! »

Alinor la foudroya du regard. Il était hors de question qu'elle laisse cela arriver : elle était une Disciple de Stendarr, s'était entraînée pour être capable de faire face aux pires abominations de Tamriel et ne laisserait pas un assassin mettre un terme à sa vie.

Alinor leva ses mains devant elle et envoya sur Adanja un déluge d'étincelles magiques. La plupart touchèrent son ennemi mais cela n'empêcha pas la Khajiit de fondre sur elle avec la sauvagerie d'un troll déchaîné, tout en tirant de sa ceinture une dague – probablement empoisonnée ou enchantée, des techniques connues de la Confrérie Noire pour en finir rapidement avec leurs victimes.

Sentant sa magie commencer à faiblir, Alinor cessa d'utiliser ses sorts de destructions et esquissa un rapide pas sur le côté pour éviter la dague et se jeter sur son bâton de verre toujours au sol. Allongée sur le dos, elle leva horizontalement l'arme contondante devant elle juste à temps pour bloquer le bras de la Khajiit qui plongeait sa dague vers elle. La lame n'était qu'à quelques pouces de son visage, au point qu'Alinor pouvait presque en sentir l'enchantement vibrer, prêt à être utilisé.

La Bréton jeta un coup d'œil précipité vers le bout du bâton. La gemme spirituelle noire entre les deux lames de verre brillait.

Parfait !

Elle sentait l'énergie magique enfermée dedans commencer à se déverser en elle et lui redonner assez de force pour commencer à faire apparaître une aura de feu autour d'elle. La Khajiit glapit en sentant le feu lui brûler le bras et se recula instinctivement. Alinor mit à profit cette fraction de seconde pour lever son bras, prête à transpercer le coeur de son adversaire d'un stalactite.

Sauf qu'avant qu'elle puisse faire apparaître le moindre fragment de glace, un bruit écœurant se fit entendre alors qu'un carreau d'arbalète transperça de part en part la tête de la Khajiit, qui s'effondra au sol dans un râle de douleur.

Alinor ignora tant bien que mal le sang qui lui gicla au visage et se redressa pour voir qui venait d'intervenir. Lorsqu'elle vit de qui il s'agissait, elle laissa échapper un soupir las et secoua la tête.

« Vous me blessez, belle dame, s'indigna faussement Nels Llendo en posant sa main libre sur sa poitrine sans prendre la peine de cacher son sourire fier. Est-ce une façon de remercier celui qui vient de vous sauver la vie ?

— J'avais la situation sous contrôle », rétorqua sèchement Alinor.

Elle ne prit pas la peine d'entrer dans les détails en lui et s'approcha plutôt du corps de l'assassin. Elle ôta le masque noir maculé de sang, confirmant ce qu'elle savait déjà : c'était bien la Khajiit qu'elle avait croisé plus tôt dans le bar et dont le bandit lui avait dit de se méfier.

Derrière elle, Nels Llendo s'approcha nonchalamment avec son arbalète calé sur son épaule. Cela lui fit se rappeler de quelque chose et elle demanda avec curiosité et méfiance :

« Comment saviez-vous que l'on m'attaquerait ?

— Une intuition, répondit nonchalamment le brigand. Je réside à Pélagiad depuis quelques années maintenant, ça permet de rapidement remarquer les choses louches qui s'y passent. Je savais que la Khajiit cachait quelque chose alors ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle dévoile son vrai jeu. Quoi qu'il en soit, j'ai essayé de surveiller le Dunmer avec qui vous parliez tantôt. Quel est son nom déjà ? Alven Dren, c'est ça ?

— Faven Drès.

— Oui voilà. Je l'ai vu dire quelque chose à Adanja – sans doute d'essayer de vous éliminer – avant de quitter la taverne. J'ai essayé de le suivre mais j'ai perdu sa trace. Il a dû boire une potion d'invisibilité ou quelque chose comme ça alors j'ai préféré revenir ici. Juste à temps, semblerait-il.

— Je n'avais pas besoin de votre aide, répéta Alinor.

— Je sais mais moi oui. »

Surprise, Alinor se retourna et fit face au regard le plus sérieux qu'elle ait jamais vu sur le visage du bandit.

« Vous voulez savoir qui désire votre mort, n'est-ce pas ? questionna Nels Llendo d'un ton solennel. Je peux vous aider à le découvrir, si en retour vous acceptez de me prêter main-forte pour un sale boulot. »

Alinor le dévisagea longuement. Elle ne voulait pas lui faire confiance ou être impliqué dans n'importe laquelle de ses activités louches mais avait-elle vraiment le choix ? À ce rythme, elle finirait par être égorgée dans son sommeil.

Elle prit finalement sa décision et hocha la tête à contrecœur.

Le rôdeur sourit avec satisfaction.

« Vous ne regretterez pas d'avoir accepté de travailler avec le célèbre Nels Llendo, belle dame. »


Aurane Renault est la capitaine que l'on rencontre en compagnie d'Uriel Septim dans le début d'Oblivion. Le personnage n'a pas de prénom, alors je lui en ai donné un.

Bon, au final… Nels Llendo n'apparaît pas beaucoup dans ce chapitre mais je considère qu'il mérite que ce chapitre porte son nom. Pas vous ?