Quand j'ai pu effectuer cette ''quête'' dans Morrowind j'étais ravie. C'est un plaisir de la réinterpréter dans ce chapitre, qui est probablement le premier chapitre que j'ai vraiment adoré écrire.
Chapitre VII
La Camonna Tong
« La Confrérie Noire n'agit jamais à Vvardenfell sans que quelqu'un d'important l'y incite. Des rumeurs courent comme quoi la Maison Hlaalu serait liée à elle, tout comme on considère qu'elle a des liens avec la Camonna Tong et – évidemment – la Morag Tong. Puisque la Confrérie Noire n'a pas de planque connue à Vvardenfell et que la Morag Tong est bien trop dangereuse pour être attaquée, vous ne pourrez obtenir des réponses que de la Camonna Tong. Elle a un repère connue dans le sud de Balmora. Vous devez en avoir entendu parler, c'est le Club du Conseil. »
Nels Llendo ne savait pas si c'était par ignorance ou apathie qu'Alinor Selone resta indifférente à ces propos mais il en fut tout de même étonné : en général, mentionner les organisations criminelles de Morrowind ainsi que le Club du Conseil suffisait à faire tressaillir les gens.
La femme, elle, parut s'en moquer tout au long du chemin de Pélagiad à Balmora. Cette Bréton est folle, pensa Nels Llendo en frottant distraitement sa barbichette – il avait appris, un peu à la dure, qu'elle n'était pas une Elfe des Bois mais une Bréton après qu'il ait essayé de lui glisser un compliment en chantant qu'il n'avait jamais vu elfe plus belle qu'elle.
« Vous voulez me faire croire que vous êtes une Bréton avec des oreilles de Bosmer et un prénom digne d'un Altmer ? Hé bien, il est certain que vos parents ne manquaient pas d'originalité.
— Gardez vos commentaires pour vous, rôdeur. »
Quoi qu'il en soit, cette désinvolture flagrante ne le dérangeait pas vraiment, tant qu'elle l'aidait à régler ses comptes avec la Camonna Tong. Il l'avait vu se battre et savait qu'elle ferait parfaitement l'affaire, surtout qu'elle-même semblait déterminée à obtenir les réponses à ses questions sans se soucier du moyen de les obtenir.
Ils arrivèrent à Balmora au crépuscule et Nels Llendo proposa qu'ils aillent louer une chambre dans une auberge et réfléchissent à un plan pour quand ils rencontreraient les membres de la Camonna Tong. Alinor Selone refusa aussitôt cette proposition en rétorquant :
« Nous n'avons pas besoin de réfléchir à un plan. Nous y allons et agirons en conséquence. »
Elle le dit avec tant d'assurance et de fermeté que le bandit ne put qu'opiner – il n'aimait pas l'idée de foncer sans un plan de secours mais il sentait que la Disciple de Stendarr se contenterait de l'ignorer s'il faisait part de ses doutes alors il préféra se taire. De toute façon, si les choses tournaient à leur désavantages, il veillerait à pouvoir s'enfuir sans être poursuivi et tant pis pour son alliée d'infortune – il avait peut-être des principes qui l'empêchaient de se conduire comme un rustre mais n'était pas idiot héroïque pour autant.
Alors, à pas feutrés pour ne pas attirer l'attention des gardes ou des passants, ils se dirigèrent vers le Club du Conseil et entrèrent sans perdre de temps.
Avant de refermer la porte, Nels Llendo s'assura qu'il pouvait facilement avoir accès à ses armes. Non pas qu'il aurait eu besoin de se cacher : le Dunmer qui les regarda entrer ne prêta pas attention au bâton de verre et à l'épée d'argent portés par Alinor Selone pendant qu'ils passaient devant lui. Ils purent emprunter les escaliers en toute tranquillité et descendre jusque dans la taverne, presque déserte: ne s'y trouvait que le barman et quelques clients, éclairés par des lumières ternes qui donnaient une atmosphère oppressante à la pièce.
Nels Llendo reconnut tous ceux présents là : Banor Séran le barman, Marasa Aren la prêteuse sur gages, Sovor Trandel l'érudit, Vadusa Sathryon l'éclaireur et Madrale Thirith la voleuse. Thanelen Vélas le forgeron était celui qui gardait l'entrée et venait de descendre dans la salle de la taverne, s'appuyant nonchalamment contre un mur. Sous leurs airs de simples gens du peuple, ces six Dunmers étaient tous membres de la Camonna Tong. Nels Llendo ne les avait jamais rencontré personnellement mais leur réputation les précédait.
En s'asseyant au bar, il ne put s'empêcher d'être mal à l'aise. Peut-être que venir ici était une erreur. Si un combat devait s'engager, ils seraient deux contre six personnes dans un espace étroit…
En tout cas les regards fixés sur eux n'inquiétèrent pas Alinor Selone, qui s'assit sur un tabouret avec une lueur féroce dans ses yeux et une attitude encore plus combative et hostile que tous les hors-la-loi qui les entouraient. Nels Llendo était surpris qu'elle ait une telle maîtrise de soi quand il était évident qu'elle était prête à les attaquer au moindre geste brusque de leur part.
« Bonjours, visiteurs. Que puis-je vous servir ? demanda Banor Séran en nettoyant son bar, d'une voix faussement distraite.
— Une chope de mazte, répondit Nels Llendo quand il fut évidant qu'Alinor Selone n'allait pas dire quoi que ce soit.
— Bien. Et la dame ?
— Euh… Elle n'a pas soif. »
Le barman fronça les sourcils avec mécontentement.
« Sois elle consomme, soit elle part. C'est déjà très généreux de ma part de laisser entrer une étrangère dans ma taverne. Alors je répète : qu'est-ce que vous voulez boire ?
— Du cognac de Cyrodiil. »
Banor Séran plissa le nez avec dédain à la mention de la boisson impériale mais n'ajouta rien et se retourna pour chercher de quoi les servir. S'il remarqua le ton acerbe et le regard noir de la Bréton, il ne le mentionna pas.
Nels Llendo se retint de grommeler dans sa barbe. Il n'aimait pas ce jeu de faux-semblants. Pourquoi s'efforçaient-ils de faire comme si de rien n'était alors qu'ils savaient tous que cela allait finir dans un bain de sang ?
En même temps cela ne l'étonna pas de la Camonna Tong, qui essayait d'imposer son autorité et sa légitimité en temps qu'organisation criminelle en intimidant ceux qui lui cherchaient des problèmes, comme si ne pas se cacher comme la Confrérie Noire était la preuve qu'elle ne craignait rien ni personne – même si tous savaient que la Camonna Tong était plus un regroupement de voleurs et mercenaires sans foi ni loi cherchant à s'enrichir en dominant le marché noir qu'une vraie organisation d'assassins confirmés. Même après toutes ces années, rien n'avait changé.
« Alors, qu'est-ce qui vous amène ici ? » demanda Banor Séran en posant devant eux les boissons commandées.
Nels Llendo n'hésita pas avant de boire sa chope de mazte. Beaucoup des alcools dunmers étourdissaient au bout d'un moment mais, avant ça, donnaient de l'énergie à celui qui en consommait et il savait qu'il en aurait besoin sous peu.
À côté, Alinor Selone ne toucha pas à sa boisson et répondit au barman :
« Nous sommes de passage. Nous nous rendons vers la Côte d'Azura. »
Nous le sommes ? s'étonna Nels Llendo. Ce n'était pas du tout ce qu'ils prévoyaient.
« La Côte d'Azura ? répéta Banor Séran, perplexe. Qu'allez-vous faire dans une région si désolée ?
— Comprendre pourquoi Iudas Odiil s'y est fait tué. »
Nels Llendo reconnut que cette Bréton avait un certain sens de la théâtralisation qu'il pourrait presque lui envier. Après qu'elle ait fini sa phrase d'un ton plat mais à la fois si solennel, l'attitude de tous les membres de la Camonna Tong changea : ils abandonnèrent leur façade de neutralité pour sortir leurs armes, sur le qui-vive.
Nels Llendo posa sa main sur la poignée de sa dague cachée sous les pans de ses vêtements mais Alinor Selone n'esquissa pas le moindre geste pour s'armer et se contenta de les dévisager. Il ignorait qui était cet Iudas Odiil mais apparemment, la réaction à sa mention était exactement celle attendue par la Disciple de Stendarr.
« Je vois que ce nom ne vous est pas inconnu, reprit-elle avec calme. J'ai appris qu'un guerrier vêtu d'une armure de verre l'a tué. Ce n'est que lui que je recherche. Dites-moi son identité et je partirai du principe qu'aucun de vous n'était présent lorsque mon partenaire s'est fait attaqué et nous en resterons là. »
Le bandit la dévisagea en plissant des yeux. Ce n'était pas ce qu'ils avaient convenu. Heureusement – et sans surprise – personne ne dit quoi que ce soit. Nels Llendo sourit. Avec le mazte qui commençait à faire effet dans son sang, il se sentait plus que prêt à ce qui allait suivre.
Il allait tous les massacrer.
« Bien. Puisse Stendarr avoir pitié de vous, car ce ne sera pas mon cas. »
Nels Llendo fut le premier à agir. Il se leva en un éclair, attrapa un shuriken de sa sacoche attachée à sa taille et le lança vers Thanelen Vélas avant que celui-ci n'ait le temps de sortir son arme. Le forgeron poussa un râle de douleur quand le shuriken le frappa dans l'œil gauche et Nels Llendo en profita pour se précipiter vers lui et le pousser violemment contre le mur derrière lui, ce qui le fit s'évanouir.
Un simple coup d'œil lui permit de voir qu'Alinor Selone avait mis le barman hors d'état de nuire – il semblait assommé, son corps appuyé mollement contre le bar – et s'attaquait maintenant à Madrale Thirith, utilisant son bâton de verre pour empêcher le poignard de la voleuse de la toucher.
Il la laissa se débrouiller et préféra se charger de Vadusa Sathryon.
La Dunmer venait de sortir des couteaux de lancer et les envoyait vers la Disciple de Stendarr. Dans un geste assez hasardeux, Nels Llendo essaya de les arrêter en les percutant avec des shurikens- ce qui fonctionna, lui arrachant un sourire altier car peu pouvaient se vanter d'être aussi adroits que lui –, tout en se rapprochant de l'éclaireur. Vadusa Sathryon ne le remarqua que trop tard et quand elle leva sa main pour lui lancer un couteau, Nels tira son wakizashi de son fourreau et la lui coupa, avant d'en finir avec l'éclaireur en lui tranchant le cou.
Il n'eut pas le temps de profiter de sa victoire : il sentit un coup lui être porté dans le dos et s'effondra au sol dans un râle rauque, tout son corps transpercé par des aiguilles de glace. Il se força à faire fi de la douleur et se retourna vivement, envoyant instinctivement un shuriken vers son adversaire. Sovor Trandel bondit sur le côté, évitant ainsi que l'arme de lancer se plante dans son épaule.
Il vit néanmoins, derrière son adversaire, Alinor Selone planter les pointes des lames de son bâton de verre dans le coeur de Madrale Thirith avec un regard frigide. Elle lâcha le manche du bâton et leva la main gauche vers l'érudit. Des étincelles violettes s'échappèrent de ses doigts et se rejoignirent pour frapper Sovor Trandel de plein fouet dans le dos, le faisant s'effondrer immédiatement.
Alors que Nels Llendo s'apprêta à se relever, il vit la silhouette de Marasa Aren passer à côté de lui et courir vers les escaliers. La Dunmer n'eut cependant pas le temps de prendre la fuite : Alinor Selone la frôla et parvint à la toucher d'un sort de paralysie, ce qui la fit percuter un tabouret et s'écrouler par terre, contre un mur.
Bien qu'une douleur sourde lui traversait le bas du dos et lui faisait un mal de chien, ce fut avec un sourire victorieux et narquois que Nels Llendo se redressa et s'approcha de la prêteuse sur gage.
Tout ceci s'était révélé plus simple qu'il ne le pensait.
Devant les escaliers pour s'assurer que la dernière membre de la Camonna Tong ne s'enfuit pas, la Disciple de Stendarr l'observa avec flegme et détachement.
« Cela sera suffisant ? lui demanda-t-elle d'un ton plat.
— Votre part du marché sera conclue lorsque nous les aurons tous tués, déclara le brigand en lui jetant un regard complice. En attendant, obtenons les réponses que vous voulez. »
Elle acquiesça d'un hochement de tête et se tourna vers la Dunmer.
Sans que Nels Llendo comprenne pourquoi, cette dernière la fixait avec intensité. Cela sembla troubler Alinor Selone, qui cligna des yeux et secoua la tête comme pour chasser une pensée avant de s'adresser à elle :
« Je ne vous le demanderai pas encore une fois. Qui est le guerrier en armure de verre qui a tué Iudas Odiil ? »
La prêteuse sur gage lui jeta un regard noir mais ne lui répondit pas, forçant Nels Llendo a ajouter :
« Vous feriez mieux de parler. Sinon, nous pouvons passer à la méthode dure... »
Pour accentuer sa menace, il fit tournoyer son wakizashi entre ses doigts. Une lueur de doute et d'hésitation traversa le regard de la Disciple de Stendarr mais elle ne dit rien.
« Je… Nous ne savons pas beaucoup à son sujet, admit finalement Marasa Aren. Je sais juste qu'il a fait appel aux services de la Camonna Tong pour une affaire qui consistait à se débarrasser de membres gênants du Culte impérial.
— Son nom, insista la Bréton.
— Nous ne le connaissons pas mais c'est étonnant que vous ne sachiez pas son identité. Il se fait appeler le Daedra de Verre. »
Alinor Selone se tourna vers Nels Llendo, qui haussa les épaules. Ce nom ne lui disait rien.
« Que savez-vous d'autre ? reprit la Disciple de Stendarr. Pourquoi voulait-il attaquer le Culte impérial ?
— Nous l'ignorons.
— Et pourquoi s'être adressé à la Camonna Tong plutôt qu'à la Confrérie Noire ou la Morag Tong ? » questionna le bandit.
La prêteuse sur gage se permit de lui lancer un sourire moqueur.
« Êtes-vous idiot ? La Confrérie Noire ne se charge de contrats sur Vvardenfell que si quelqu'un d'important sur le continent le demande. Quant à la Morag Tong, pourquoi chercherait-elle à tuer des gens sans importance quand d'autres peuvent le faire à sa place ? »
À ces mots, Nels Llendo ne put que passer une main dans ses cheveux carmins, embêté.
« Je crains qu'elle dise la vérité. De plus, la Camonna Tong se mêle rarement des affaires de ses employeurs. Le Daedra de Verre devait le savoir quand il l'a engagé. Je crois que vous n'obtiendrez rien de plus ici, ma belle étincelle. »
Alinor Selone arqua un sourcil à ce nouveau surnom mais fut de son avis et acquiesça. Elle jeta un coup d'œil à la taverne et aux corps qui jonchaient le sol avant de froncer les sourcils.
« N'en avons-nous pas déjà assez fait ? demanda-t-elle.
— Quoi ? Non ! s'effaroucha Nels Llendo. Je vous ai aidé à obtenir les réponses que vous vouliez. À vous de remplir votre part de notre marché. Nous les tuons tous. »
La Disciple de Stendarr secoua la tête avec dépit mais s'approcha néanmoins de Marasa Aren, qui prit un air paniqué en comprenant ce qui allait lui arriver.
« A-Attendez ! s'exclama-t-elle précipitamment alors que la main de la Bréton commença à crépiter d'étincelles violettes. Ne faites pas ça, je vous en prie ! »
Nels Llendo ricana et croisa les bras.
« Ne perdez pas votre temps à essayer de nous convaincre que votre vie vaut la peine d'être épargnée, rat d'égout. Pour quelle raison devrions-nous vous laisser la vie sauve, alors que vous êtes au bas de la pègre de la Camonna Tong ? »
La Dunmer ne le regarda pas et se concentra sur Alinor Selone, encore une fois avec cette expression que Nels Llendo ne pourrait pas déchiffrer.
« V-Vous… Votre nom est bien Alinor Selone ? demanda-t-elle.
— Pourquoi voulez-vous le savoir ? » rétorqua la concernée avec méfiance.
Marasa Aren lui sourit piteusement – un sourire que le bandit trouva affreux.
« Parce que vous ressemblez vraiment plus à votre père qu'à votre mère, au point que j'ai eu du mal à reconnaître la fille de Mérisa. »
Ce nom fut comme un choc pour Alinor Selone, qui se recula. Elle dévisagea la criminelle, ses yeux reflétant sa confusion.
Nels Llendo n'aima pas la tournure que prenait cette conversation mais avant qu'il ne puisse intervenir, la Bréton reprit ses esprits et tira son épée de son fourreau pour que la pointe de la lame atterrisse sous le menton de la Dunmer.
« Comment connaissez-vous ce nom ? interrogea-t-elle, sa voix trahissant son anxiété malgré ses tentatives de la garder aussi glaciale et contrôlée que possible.
— Comment pourrais-je ne pas le connaître ? répliqua la prêteuse sur gage en la regardant avec pitié. Pauvre enfant, tu as donc si peu de souvenirs de ta défunte mère que tu ne te rappelles même pas son nom de famille ?
— Mesdames, intervint Nels Llendo. Ce n'est pas que cette conversation ne soit pas passionnante mais…
— La ferme ! » s'exclamèrent la Bréton et la Dunmer en coeur.
Nels Llendo se recula en grimaçant. À mieux y penser, peut-être que tout ceci ne le concernait pas et qu'il valait mieux qu'il ne s'en mêle pas…
« Pourquoi le nom de famille de ma mère importe-t-il tant ? reprit Alinor Selone en s'adressant la prêteuse sur gages.
— Tu n'as toujours pas fait le lien, pauvre sotte ? Mérisa Aren était ma sœur. »
Le bandit aux cheveux carmins écarquilla les yeux, réalisant ce que cela impliquait. Alinor Selone eut la même réaction.
« Vous… Vous êtes la sœur de ma mère ? parvint-elle à demander.
— Et donc ta tante, ajouta Marasa Aren en levant la tête avec un air de défi. Alors, ma nièce ? Penses-tu vraiment que Mérisa aurait apprécié que tu me tues ?
— Ne la croyez pas ! s'exclama Nels Llendo en foudroyant du regard la criminelle. Elle essaye de vous manipuler en vous mentant honteusement, ma belle étincelle.
— Ne vous mêlez pas de ce qui qui ne vous regarde pas, vous ! s'exclama la prêteuse sur gages. Je ne mens pas, Alinor. Tu le sais. Mérisa et moi n'avons jamais été proches mais elle a déjà dû te parler au moins une fois de moi. Ne t'en rappelles-tu pas ? »
Au grand dam du bandit, la Bréton opina faiblement.
« Elle ne m'a pas parlé de vous mais mon père l'a fait, admit-elle difficilement. Il m'a dit que vous n'étiez qu'une scélérate sans foi ni loi et que c'est pour cela que ma mère a coupé tout lien avec vous.
— Ton père ne m'a jamais beaucoup aimé, se moqua Marasa Aren. Je ne nie cependant pas qu'il a raison. Ma sœur n'a jamais approuvé mes choix de vie. Même la dernière fois que nous nous sommes vues, nous nous sommes disputées à ce sujet. Néanmoins, je connais assez bien ma sœur pour savoir qu'elle n'aurait pas approuvé que sa fille soit celle qui mette fin à mes jours. Tu le sais aussi bien que moi, ma très chère nièce. »
Alinor Selone grimaça de dégoût face à cette appellation mais éloigna avec réticence sa lame et la rangea dans son fourreau. Nels Llendo n'en crut pas ses yeux.
« Que faites-vous ? lui cria-t-il. Ne me dites pas que vous avez cru en ces mensonges ?
— Elle ne ment pas, déclara amèrement la Disciple de Stendarr. J'aurais préféré l'inverse mais ce n'est pas le cas.
— Et c'est pour ça que vous allez l'épargner ? Parce que vous êtes de la même famille ? Elle vous aurait tué sans état d'âme si l'opportunité s'était présentée ! Vous ignoriez son identité et parce qu'elle se proclame soudainement être votre tante, vous lui laissez la vie sauve ?
— Vous perdez votre temps à essayer de la convaincre, interrompit Marasa Aren avec un sourire satisfait. Ma nièce ne changera pas d'avis, je le sais. »
Au regard interrogateur d'Alinor Selone, elle ajouta :
« Je vois que tu as marché dans les traces de ton père en adhérant à sa foi envers Stendarr. Lui non plus n'aurait pas approuvé que tu me tues, je me trompe ? Après tout, votre dieu ne dit-il pas qu'il faut se montrer indulgent avec les autres, que tous les Mortels peuvent bénéficier de sa clémence ? »
Il n'y tenait plus. Nels Llendo resserra son emprise sur son wakizashi et s'approcha de la mercenaire de la Camonna Tong, bien décidé à la faire taire une bonne fois pour toutes.
Tsing !
Sa lame rencontra celle d'Alinor Selone, qui venait de s'interposer entre Marasa Aren et lui.
« Écartez-vous ! ordonna avec rage le brigand. Je suis venu avec un objectif et je le remplirai !
— Reprenez-vous, rôdeur, réprimanda Alinor Selone. Que vous apportera le massacre de tous ces gens ? Pour quelle raison voulez-vous leur mort ?
— Vous moquez-vous de moi ? Vous sembliez d'accord pour m'aider à tous les tuer et vous changer brusquement d'avis ?
— J'ai obtenu les réponses que j'étais venue chercher. De plus, je ne désirais pas que cela se finisse dans un bain de sang. Cela ne me satisfait pas plus que vous de les laisser en vie mais cette… vermine a raison. La miséricorde de Stendarr va envers tous les Mortels, même envers d'ignobles criminels comme ceux de la Camonna Tong.
— Alors tant mieux pour moi que je ne sois pas un fidèle du Culte impérial, rétorqua narquoisement Nels Llendo. Les bandits sont sans foi ni loi, ma belle étincelle ! »
Ses menaces sous-jacentes ne firent ni chaud ni froid à la Bréton. Elle le repoussa avec force et avant qu'il ne puisse lever sa lame contre elle, lui frappa l'épaule. Nels Llendo sentit son corps être foudroyé et s'effondra contre le mur derrière lui, incapable de bouger. Il grimaça et regarda la Disciple de Stendarr traverser la pièce pour ramasser son bâton de verre. Ils entendirent un bruit sourd et virent Marasa Aren se précipiter hors du Club du Conseil à toute allure.
Nels Llendo jura et tapa faiblement son poing contre le sol, la tête basse. Les dieux devaient le détester pour que ses plans aient fini ainsi et que son alliée se soit retournée contre lui. C'était pour ça qu'il préférait travailler seul, surtout depuis que cet idiot de Nélos Onmar s'était entiché d'une Bréton dont il avait fait les poches et avait quitté Pélagiad – ils ne s'étaient jamais appréciés mais faisaient un bon duo de détrousseurs.
Une ombre passa devant lui. Alinor Selone avait rangé son épée d'argent et lui tendait la main, son visage toujours aussi solennel.
« Venez, rôdeur. Quittons cet endroit. »
Ce fut à contrecœur que Nels Llendo accepta cette main tendue et avant de quitter le Club du Conseil, il attrapa le cognac de Cyrodiil laissé sur le bar par Alinor Selone.
Il allait avoir besoin d'un remontant après cet échec effroyable.
Un chapitre qui semble assez… désordonné, je dirai ? Mon seul petit réconfort, c'est que j'ai réussi à ne pas trop allonger la phase des combats (sinon ça aurait beaucoup trop long…). Sinon, qu'en avez-vous pensé de ce chapitre du Pov de Nels Llendo ? Oui d'ailleurs, je le nomme toujours Nels Llendo car l'appeler juste ''Nels'' me semble vraiment étrange – je ne sais pas trop pourquoi…
