Nous voici dans une phase de transition où les chapitres seront plus ''simples'', avec moins d'actions et d'intrigue. Autant vous dire qu'à écrire, ce sont mes préférés car j'ai du mal avec les scènes d'action et qu'en vrai, j'aime bien quand les personnages vivent des moments plus calmes – mais pas d'inquiétude, ça ne durera pas.


Chapitre VIII

La devineresse du Temple

Nels Llendo était déjà soûl quand ils arrivèrent à l'auberge des Huit Plats et louèrent une chambre pour la nuit. Le tavernier – un Dunmer appelé Talvas Ralaal – les dévisagea avec méfiance mais Alinor assura que le brigand ne causerait aucun problème et ils furent donc autorisés à rester dormir ici.

À peine entrèrent-ils dans la chambre que le Dunmer s'effondra sur le lit, laissant tomber la bouteille de cognac vide sur le tapis – contrairement à ce que voulaient faire croire les Impériaux, le cognac de Cyrodiil était tout aussi mauvais pour l'esprit que n'importe quel autre alcool.

Alinor déposa son bâton de verre dans un coin avant de s'asseoir paresseusement sur le bord du lit et de fermer les yeux.

Pendant un moment, le silence régna au point qu'Alinor crut que Nels Llendo s'était endormi – ce qui l'arrangeait : elle ne se sentait pas d'humeur à s'occuper de son cas pour l'instant, pas quand elle-même était encore ébranlée par ce qu'elle avait appris dans la taverne du Club du Conseil.

Elle songea un instant à rester là pour y penser plus longuement mais se pencher dans ses réflexions ne lui avait jamais vraiment réussi auparavant. Alors elle préféra ne pas s'y attarder et se leva pour attraper une pèlerine pourpre et la mettre sur ses épaules, cachant ainsi les quelques taches de sang qui salissaient sa tunique bleue – heureusement assez sombre pour que cela ne se remarque pas dans la pénombre.

« Vous sortez ? »

Allongé sur le dos, Nels Llendo peinait à garder les yeux ouverts et l'observait d'un air abasourdi, sa voix lourde et rauque.

« Oui, se contenta-t-elle de répondre. Vous feriez mieux de vous reposer, rôdeur. Vous avez besoin de dessoûler. »

Le brigand plissa des yeux et passa une main sur son visage en grommelant :

« Fichu cognac d'Impériaux… Ça me permet même pas d'oublier.

— D'oublier quoi ? »

En temps normal, Alinor ne s'intéresserait pas aux raisons du Dunmer de se soûler mais après son étrange comportement quand elle avait refusé qu'ils finissent de massacrer tous les mercenaires de la Camonna Tong, elle ne pouvait s'empêcher d'être intriguée.

Il lui lança un sourire suffisant insupportable.

« Humph… vous voulez savoir pourquoi je voulais m'attaquer à la Camonna Tong, pas vrai ?

— Si cela ne vous dérange pas de me le dire, alors oui. »

Il cessa de sourire et détourna la tête, fixant le plafond avec désintérêt.

« Je m'en fiche, déclara-t-il avec lassitude et fatigue. Le célèbre Nels Llendo n'a rien a caché. J'ai travaillé pour la Camonna Tong, autrefois. »

Il ferma les yeux et continua d'une voix lourde et lente :

« C'était il y a longtemps mais j'étais un de leurs meilleurs assassins. Puis je suis parti et… elle a pas beaucoup apprécié ça. La Camonna Tong m'a fait chier pendant des années pour ça. Je me suis dit que… que ça serait un juste retour des choses… surtout depuis qu'elle est morte… elle m'en voudrait pas d'être devenu si pitoyable… pas vrai ?

— Qui ça ? Qui ne vous en voudrait pas ? »

Nels Llendo ne lui répondit pas et bientôt, sa poitrine se souleva avec lenteur pendant que des ronflements désagréables rompirent le silence de la chambre. Alinor soupira mais décida de laisser le bandit dormir.

Elle prit son bâton de verre et quitta l'auberge.

. . .

La fraîcheur de la nuit était très agréable après avoir marcher jusqu'à Balmora sous l'habituel soleil de plomb de Morrowind. Bien sûr, il faisait toujours bien plus chaud qu'à Cyrodiil ou dans l'Archipel de l'Automne mais la température était bien plus tolérable qu'en plein jour, au point qu'Alinor s'étonnait que les cités dunmers ne soient pas plus vivantes la nuit – peut-être qu'en vivant ici depuis des années, on s'habituait à la chaleur étouffante de l'île ?

C'était aussi agréable de ne plus porter sur soi l'odeur nauséabonde du sang qui semblait la poursuivre depuis leur sortie du Club du Conseil. Elle se disait qu'après des années à travailler en tant que Disciple de Stendarr, elle s'y serait habituée mais encore aujourd'hui, cela l'écœurait – tout comme le sang sur ses mains.

Ces criminels de la Camonna Tong méritaient ce qui leur arrivait mais cela ne l'empêchait pas de se sentir mal d'en avoir éliminer. Elle suivait les principes de Stendarr et ceux-ci ne parlaient pas d'éliminer froidement autrui, pas même des hors-la-loi qui connaissaient les risques de leur profession.

À son grand dam, cette promenade dans les rues de Balmora ne l'aida pas à oublier les évènements du Club du Conseil. Au contraire, ils se rejouaient dans son esprit et embrumaient le fil de ses pensées et de ses émotions.

Elle détestait ça. Son travail consistait surtout à exécuter les ordres qu'on lui donnait et chasser des abominations partout où on l'envoyait. Ses réflexions dans ce genre de situations se concentraient uniquement sur son objectif et elle ne se laissait pas l'occasion de s'y attarder, sous risque de tout faire échouer.

Pourtant, elle s'était proposée pour aller sur l'île de Vvardenfell. Rien ne l'y obligeait mais elle avait insisté pour s'y rendre, au détriment de son partenaire qui s'en était beaucoup plaint. Elle n'était pas venue ici par hasard et d'une certaine façon, était satisfaite de sa décision mais ne s'était pas attendue à ce que tout soit si brutal et hostile ici, révélant le pire chez tous ceux qui y posaient un pied.

Peut-être avait-elle fait une erreur en venant ici. Peut-être valait-il mieux qu'elle reparte avant de perdre inutilement la vie dans une affaire qui la dépassait, dans une région où le Culte impérial n'était clairement pas la bienvenue. Quelle idée l'avait conduite ici ? La rencontre avec sa tante était la preuve qu'elle ne devrait pas insister et repartir plutôt qu'essayer de comprendre la province d'origine de sa mère.

Alinor s'arrêta sur un des ponts traversant la rivière Odaï et s'appuya contre une des barrières en pierre, contemplant l'eau qui reflétait les deux lunes de Nirn dans la nuit noire.

Elle se sentait fatiguée et regretta sa décision de sortir plutôt que de rester dans la chambre louée aux Huit Plats. Elle aurait dû imiter le bandit et se soûler jusqu'à s'endormir mais ce genre ne comportement ne lui ressemblait pas et vu l'état de Nels Llendo, elle n'était pas non plus sûre que ce soit très efficace.

« Excusez-moi ? »

La Bréton fut surprise de voir un Dunmer vêtu d'une robe blanche s'approcher d'elle.

Alinor fronça les sourcils. N'avait-il personne d'autre à aller embêter ?

« Que voulez-vous ? demande-t-elle en essayant de rester polie.

— Êtes-vous bien Alinor Selone ? »

Elle soupira avec lassitude mais resserra instinctivement son emprise sur son bâton de verre – elle n'était pas certaine d'être prête pour faire face à une nouvelle tentative d'assassinat…

« Cela dépend. Qui me demande ?

— La devineresse du Temple de Balmora. Elle vous a vu plus tôt dans la journée et souhaiterait vous parler.

— La devineresse ?

— Almasea Ulès. Vous… Vous ne savez qui c'est ? »

Le Dunmer paraissait sincèrement surpris de ça pendant qu'Alinor fronça les sourcils, essayant de se rappeler pourquoi ce nom lui semblait familier.

« Quoi qu'il en soit, il serait mal vu de la faire patienter, reprit le messager.

— Vous me dites que je dois aller la voir, de gré ou de force ? rétorqua sèchement Alinor en étrécissant les yeux. Qu'allez-vous faire si je refuse ?

— Cela ne relève pas de mes compétences, madame. Mais… »

Le visage de son interlocuteur s'adoucit et il ajouta d'une voix plus chaleureuse :

« Ne vous laissez pas intimider par son rang ou son nom. Si la devineresse souhaite vous parler, cela ne peut pas être pour de mauvaises choses, croyez-moi.

— Vous essayez de me convaincre, c'est cela ?

— Non, j'explique juste un fait. La décision vous appartient. Si vous acceptez d'aller la voir, dame Ulès doit encore être au Temple à cette heure là. »

Il la salua et la laissa seule.

Alinor n'eut pas à réfléchir longtemps avant de décider de se rendre au Temple de Balmora – ce n'était pas comme si elle avait mieux à faire de toute façon. Le bâtiment ne fut pas difficile à trouver : siégeant sur une colline, son architecture ne se confondait pas avec autres édifices importants de la ville – de plus, ses bannières ne pouvaient pas prêter à la confusion.

Personne ne surveillait l'entrée du Temple, alors Alinor poussa la porte et pénétra dans l'enceinte religieuse. Le silence y régnait, uniquement interrompu par le doux crépitement des flammes de bougies ou de torches qui éclairaient les lieux.

Elle s'enfonça un peu plus dans les pièces, traversant une salle dans laquelle se trouvait une stèle avec une gravure d'un Dunmer – le sanctuaire de Saint Llothis, lut-elle sur une planche au pied de la stèle – et un pupitre sur lequel était ouvert le livre Homélies de sainte Almalexia. Alinor resta un instant là, se demandant si elle était autorisée à aller plus loin quand apparut dans un couloir le Dunmer croisé plus tôt. Il l'aperçut et une fois sa surprise passée, lui sourit.

« Vous êtes là ? Parfait ! Dame Ulès était déçue de ne pas vous voir quand je suis revenu. Empruntez ce couloir, il vous mènera à la salle de prière. Elle s'y trouve. »

Elle prit le chemin qu'on lui indiqua et arriva dans la salle de prière, une salle circulaire munie de deux escaliers menant à un étage servant de galerie, des étagères remplies de livres et de potions et, au fond de la salle, un autel où étaient posées deux grandes bougies et surtout une masse daedrique enchantée dont elle devina le nom en un clin d'œil : c'était la masse du Jugement de Véloth, une des reliques les plus précieuses du Temple de Morrowind.

En s'informant sur Vvardenfell par les ouvrages achetés peu après son arrivée sur l'île, Alinor avait entendu dire que la masse du Jugement de Véloth était en possession du temple de Balmora mais ne s'attendait pas à la voir en vrai. Elle n'eut cependant pas l'occasion se s'émerveiller devant cette arme sacrée : son attention fut attirée par la Dunmer qui priait devant l'autel.

Alinor fut étonnée de la reconnaître : c'était la Dunmer qui se trouvait au manoir du Conseil Hlaalu, celle qui l'avait suivi pour la mettre en garde la dernière fois qu'elle était passée à Balmora.

Elle s'était présentée comme Almasea Ulès… se rappela la Bréton, agacé que cela lui soit sorti de l'esprit.

Voilà pourquoi ce nom lui était familiers.

La devineresse en robe rouge remarqua sa présence et s'interrompit dans sa prière pour se retourner et l'accueillir.

« Bienvenue dans le Temple de Balmora, Alinor Selone. Puisse ALMSIVI vous bénir. »

Après tout ce qui s'était passé ces derniers jours, Alinor trouvait ça réconfortant de voir une étrangère lui sourire amicalement pour la mettre à l'aise sans la moindre sans la moindre arrière pensée apparente – ce qui la fit ne pas rétorquer qu'elle ne souhaitait pas spécialement recevoir la bénédiction des dieux du Temple de Morrowind, qui désapprouvaient les Neuf Divins.

Elle espérait juste que cette Dunmer n'essaye pas de la manipuler comme tant de gens rencontrés jusque là…

Alinor répondit qu'un simple hochement de tête avant d'aller à l'essentiel.

« Vous avez demandé à me voir… devineresse du Temple ? demanda-t-elle maladroitement, ne sachant pas comment s'adresser à une haute gradée du Temple de Morrowind

— Vous pouvez m'appelez Almasea, proposa la Dunmer avec une lueur d'amusement avant de reprendre son sérieux. Je voulais vous parler, en effet. »

Elle s'interrompit et dévisagea la Bréton de haut en bas.

« Vous êtes blessée ? »

Alinor baissa les yeux sur sa tunique bleue ensanglantée. Elle l'avait complètement oublié puisque le sang ne collant plus à sa peau depuis un moment.

« Ce n'est pas le mien. »

À peine prononça-t-elle ces mots qu'elle se réprimanda mentalement. Ce n'était certainement pas la meilleure manière de présenter les choses. Elle aurait dû retourner à l'auberge se changer avant de venir dans une tenue maculée du sang d'autrui…

Par les Neuf, qu'elle ne pose pas plus de question à ce sujet… pria-t-elle en silence.

« Je vois… répondit la devineresse, sceptique. Êtes-vous sûre que ça va ? Si nécessaire, nous pouvons reporter cette discussion. Ce n'est si urgent…

— Ça ira. »

Maintenant, Alinor commençait à être passablement agacée par le comportement sympathique de la Dunmer. N'avait-elle pas des liens avec la Maison Hlaalu, qui était probablement derrière les tentatives d'assassinat à l'encontre de sa personne ? N'était-ce pas pour discuter de cela qu'elles étaient ici ?

« Je vais bien, assura-t-elle plus doucement quand la devineresse écarquilla les yeux à son ton sec. Vous m'avez fait convoquer pour que nous parlions. De quoi ?

— De vous, Alinor Selone. Vous êtes une Disciple de Stendarr, c'est bien cela ? Qu'est-ce qui vous amène en Morrowind ? Pour quelle raison le Culte impérial vous a-t-il fait venir sur notre île ? »

Par réflexe, Alinor se recula. Comme elle s'y attendait, elle n'aimait pas la tournure de cette conversation et ne cacha pas sa circonspection.

« Comment savez-vous tout cela ?

— Vous avez dû constater que la Maison Hlaalu dispose de nombreux espions au sein de Vvardenfell, n'est-ce pas ?

— C'est le moins qu'on puisse dire. »

Bien sûr, elle n'avait jamais réellement vu quelqu'un la surveiller activement mais n'importe qui serait parvenu à cette conclusion. Pour sa part, elle avait compris qu'on l'espionnait après les tristes évènements à Caldéra – elle était toujours convaincue qu'on avait cherché à la piéger là-bas.

« Pour quelle raison répondrais-je à vos questions ? reprit-elle, toujours sur la défensive.

— Rien ne vous y oblige, déclara Almasea. Si vous y tenez, vous pouvez même partir de ce pas. Je ne vous en voudrais pas. Néanmoins, en fonction de votre réponse, je pense pouvoir vous aider avec une partie des… problèmes que vous rencontrez depuis votre arrivée sur Vvardenfell.

— Vous savez pour les tentatives d'assassinat ? accusa Alinor en s'efforçant de ne pas réagir, de ne pas laisser croire à son interlocutrice qu'elle avait une longueur d'avance dans cette conversation. Donc la Maison Hlaalu est derrière tout cela et cherche à nuire au Culte impérial ? »

La devineresse secoua la tête avec peine.

« Je crains que les choses soient plus compliquées que cela.

— Comment ?

— Je ne peux pas vous le dire, je suis désolée. »

Rien ne l'obligeait à répondre. Si Alinor voulait, elle pouvait juste tourner les talons et s'en aller – bien qu'elle se doutait que cela lui attirerait probablement des problèmes plus tard, contrairement à ce que la représentante du Temple de Morrowind lui assurait.

Pourtant, elle ne trouva pas l'envie de partir. Elle ne sentait pas d'hostilité émaner de cette Dunmer, au contraire : Almasea Ulès semblait lui parler avec sincérité et sans mentir. Certes, elle laissait certains sujets sous silence mais elle ne prétendait pas le contraire.

Elle ne voulait pas laisser passer sa chance – peut-être même la seule – de se trouver une alliée fiable dans cette région hostile, ni repousser la seule personne prête à aider une étrangère sans arrière pensée. Qu'avait-elle à perdre à essayer de lui faire confiance ? Risquer de mourir ? Ce ne serait qu'une personne de plus voulant sa peau.

Alinor s'efforça de laisser la tension quitter ses épaules. Sa décision était prise.

« J'ignore pourquoi la Maison Hlaalu me considère comme une menace, mais le Culte impérial ne m'a pas fait venir ici pour lui nuire. Mon partenaire et… »

Elle se tut brièvement, s'efforçant de ne pas laisser la mention de son compagnon l'affecter et reprit :

« Iudas Odiil – mon partenaire, qui est mort depuis peu – et moi venons de Cyrodiil. Nous avons été envoyés ici pour recenser la recrudescence inquiétante de sectes daedriques sur Vvardenfell. Nous sommes des Disciples de Stendarr et notre devoir est de protéger les Mortels des dangers qui les menacent, c'est-à-dire les abominations que sont la nécromancie, le vampirisme, la lycanthropie et tout ce qui se rapporte aux Daedra. Nous ne nous mêlons pas des affaires politiques ou économiques des endroits où nous nous rendons. Ce n'est pas notre rôle et ce serait juste une perte de temps pour nous. »

Almasea la scruta attentivement, comme pour déterminer si elle mentait ou non. Alinor se sentit malgré elle mal à l'aise face à son regard suspicieux, qui n'était pas sans lui rappeler l'étrange sensation qui s'était emparée d'elle à leur dernière rencontre. Cette devineresse possédait-elle une magie particulière faite pour perturber ses interlocuteurs ?

« Comment puis-je m'assurer que vous me dites la vérité ? interrogea-t-elle finalement.

— Vous ne pouvez pas, répondit Alinor, aussi négligemment que possible pour dissimuler l'agitation qui la gagnait. Comme je ne peux pas être certaine que vous m'aiderez vraiment. Alors à vous de voir si vous me croyez. »

Ses iris de jais croisèrent ceux rouge alizarine d'Almasea et elle soutint son regard sans broncher, jusqu'à ce que l'expression inquisitrice de la Dunmer disparaisse et soit remplacée par un sourire satisfait.

« Je vous crois, Alinor Selone. Je plaiderai en votre faveur auprès de Védam Dren. »

Alinor se sentit étrangement soulagée à l'idée que la devineresse lui accorde sa confiance mais ce sentiment laissa vite place à de la confusion.

« Védam Dren ? répéta-t-elle. N'est-ce pas le grand maître de la Maison Hlaalu ?

— Je sais ce que vous vous dites mais ne vous en faites pas, il m'écoutera. Je ne suis plus membre du Conseil Hlaalu depuis longtemps mais je continue d'exercer une certaine influence sur la Maison Hlaalu. »

Alinor ignorait tout du fonctionnement de la politique intérieure de la Maison Hlaalu et ne souhaitait pas l'apprendre. Elle se contenta donc d'opiner de la tête en silence, faisant confiance à la devineresse pour s'occuper de ça.

« Y-a-t-il autre chose dont vous vouliez que nous parlions ? demanda-t-elle plutôt.

— Non, c'était tout ce que je voulais voir avec vous. Et vous ? Puisque nous sommes déjà là, avez-vous quelque chose à me demander ?

— Rien. »

Pour le moment, ajouta-t-elle mentalement. Elle garda cependant à l'esprit qu'au moindre souci, elle pourrait s'adresser à la devineresse si nécessaire.

« Dans ce cas, vous devriez aller vous reposer, déclara Almasea en la regardant avec sympathie. Même si ce sang n'est pas le vôtre, le voir maculer ainsi vos vêtements n'est guère rassurant. Avez-vous un endroit où dormir ?

— J'ai loué une chambre aux Huit Plats.

— Bien. Prévoyez-vous de partir de Balmora prochainement ? »

Alinor arqua un sourcil. Pourquoi la Dunmer lui posait-elle soudainement toutes ces questions ?

« Il me faudra sans doute retourner à Coeurébène faire mon rapport au Culte impérial, répondit-elle, omettant volontairement de dire qu'avant ça elle devrait d'abord se rendre auprès de Sellus Gravius à Seyda Nihyn – il fallait qu'elle garde sous silence son implication avec l'Ordre des Lames. Cela pose-t-il un problème ?

— Si possible, j'aimerais que vous restiez dans les parages quelques temps. Si je veux pouvoir parler de votre cas au duc Dren, il faudra d'abord que je suive une procédure stricte qui devrait me prendre un jour ou deux mais ensuite, nous devrons sans doute nous revoir pour mettre un terme à cette sombre affaire. De plus, cela vous permettrait d'éviter d'être la cible de ces tentatives d'assassinats dont vous avez parlé. Je vais m'assurer que les gardes sachent que vous êtes une invitée de la Maison Hlaalu. Cela devrait dissuader vos ennemis de s'en prendre à vous. »

Cela sous-entendait-il qu'elle était autrefois considérée comme une ennemi de la Maison Hlaalu ou au moins un dommage collatéral s'il devait lui arriver malheur ? Alinor préféra ne pas y penser et hocha la tête. Elle pourrait repousser son retour à Coeurébène d'un jour ou deux mais pas plus – elle ne voulait pas non plus qu'on la pense morte ou quelque chose comme ça.

Rester à Balmora risquait aussi de permettre de faire le rapprochement entre l'incident du Club du Conseil et l'arrivée de Nels Llendo et elle le même jour mais elle supposait que si son implication dans ce massacre devait être découvert, elle pourrait négocier avec les gardes de la ville puisque ceux-ci travaillaient pour la Maison Hlaalu puisque les membres de la Camonna Tong ne semblaient pas très appréciés par ici.

« Je crois que nous avons tout dit, conclut la devineresse. Sur ce, je ne vous retiendrai pas plus longtemps, Disciple de Stendarr. Rentrez bien et qu'ALMSIVI veille sur vous. »

Alinor inclina respectueusement la tête et la remercia de son aide avant de se diriger vers la porte permettant de quitter la salle de prière. Elle s'arrêta cependant avant de la passer et se retourna, attirant l'attention de la Dunmer.

« Vous avez oublié quelque chose ? demanda-t-elle, confuse.

— Non. Je voulais juste vous dire que vous pouviez m'appeler Alinor – si vous le voulez. »

Almasea la regarda avec surprise puis sourit.

« Je le ferai avec plaisir, Alinor. »

Son sourire était trop contagieux pour qu'Alinor n'y succombe pas et en quittant le Temple, elle réalisa que c'était son premier sourire sincèrement depuis son arrivée sur Vvardenfell.

Elle mit ce bref instant de faiblesse sur le compte de la fatigue et n'y pensa plus.


Ha ! J'avais hâte d'écrire ce chapitre et finalement, je le trouve mieux que prévu – plus long que prévu aussi mais ça, j'ai l'habitude maintenant.