Heeeelloo!
Bon.
Ma semaine ne s'est pas exactement passée comme je le voulais (j'ai pas eu le courage en rentrant de me mettre au boulot! *rire nerveux*) mais vous avez quand même droit avec un peu de retard au troisième chapitre de Reverse!
On voit un peu plus des dessous des coulisses auprès de Livaï ...
Enjoy!
Résumé: a température grimpe/ Ou le Déni gagne puissance, la part 2!...
Cinderella Complex Reverse
Chapitre 3 : Second Event
Fool/Full in Love
Livaï
Part 1
A l'instant même où Eren quitta la salle de réception sans lui adresser ne serait-ce qu'un coup d'œil, Livaï sut qu'il s'était passé quelque chose.
Nerveux, il s'était néanmoins évertué à prêter plus ou moins attention à la conversation qu'entretenaient Farlan et Erwin avec Dot Pixis. Le vieil homme était sans aucun doute le seul membre de l'Eglise que Livaï n'avait pas terriblement envie de crucifier sur la place publique. Après quelques mots échangés, Pixis prit congé et Livaï se retrouva avec ses deux alliés dans un silence lourd de sens.
Bien.
Ça prouvait qu'ils savaient tous les deux ce qui allait suivre, donc pas besoin de tergiverser.
Livaï commença par s'attaquer au maillon faible et vrilla Farlan du regard. Son meilleur ami nia immédiatement de la tête avec ferveur, puis s'exclama : « Je jure que je ne savais absolument rien au sujet de la Candidate Leonhart ! J'étais aussi surpris que toi ! » Livaï pencha la tête légèrement vers Erwin. Celui-ci déclara sans ciller : « Je préférais garder le Candidat Jaëger dans la compétition. » Livaï resta interdit un moment. Premièrement étonné, car il s'attendait à tout sauf cette justification. Deuxièmement parce que l'aveu était venu bien trop vite.
Erwin s'expliqua sans se faire prier : « J'ai entendu parler de ton 'engouement' certain pour Oméga Jaëger, et j'ai décidé qu'il y avait un intérêt certain à favoriser le développement de cette étonnante relation. » Livaï se passa une main sur le visage, atterré, avant de vriller de nouveau son meilleur ami du regard. Farlan eut la décence de paraître contrit quand il commenta : « … Désolé ? J'avais besoin de me plaindre à quelqu'un à propos de ta constipation émotionnelle. Et tu m'as fait promettre sur ma vie de ne rien dire à Isabelle pour l'instant, donc…
- Donc tu t'es dit que la meilleure alternative c'était de raconter de la merde à Erwin ? » Le blond crut bon d'intervenir à cet instant en précisant : « A vrai dire, j'ai cru comprendre que Farlan avait plutôt dans l'idée de se plaindre à Hanji. Mais elle était malheureusement indisponible ce jour-là… » Livaï leva les yeux au ciel : « Qu'est-ce que j'ai fait aux Déesses pour que mes plus proches alliés soient l'équivalent d'une bande de lavandières en mal de ragots ? » Erwin intervint à nouveau en déclarant : « Il n'y a pas de honte à avoir Livaï. » Erwin était sans doute le seul de ses amis à encore l'appeler par son nom officiel de temps en temps. Au départ, si les autres avaient été si enclins à adopter le surnom employé par les soldats, c'était parce qu'ils trouvaient 'amusant' ou 'adorable' le fait qu'on puisse vouloir simplifier son prénom de cette façon. Pour l'accent prononcé des hommes de Mitras, il était bien plus simple de dire 'Lé-vi' que 'Li-vaille'.
Erwin continua sur sa lancée : « La Candidate Doris du parti Neutre avait déjà commencé à planter les griffes dans Leonhart. Elle aurait fini tôt ou tard par l'utiliser à ses fins. Je n'ai fait qu'accélérer le procédé et la pousser dans une direction favorable pour tous…
- Sauf à moi ! Annie Leonhart aurait pu me servir plus tard dans la compétition ! Elle au moins n'avait aucun intérêt à vouloir me poignarder dans mon sommeil ! » Erwin l'observa un long moment, puis demanda sur un ton neutre perturbant : « Est-ce que tu essaies de nous faire croire que tu es contre la sélection d'Eren Jaëger ? » Le cœur de Livaï manqua un battement. Il fit de son mieux pour garder un visage impassible lorsqu'il lui demanda à son tour : « Ce qui m'intéresse, c'est de comprendre pourquoi toi, Erwin, tu as pensé que sa candidature était préférable à celle d'Annie Leonhart. Elle était connue et soutenue par une bonne partie des Chevaliers. C'était 'la fille de l'armée'. Jaëger, lui, n'a aucun allié digne de ce nom… » Farlan sauta sur l'occasion pour s'écrier : « Si, il m'a moi ! » Livaï le fit taire et reculer d'un seul regard noir.
Erwin expliqua alors : « Le territoire des Jaëger se situe dans une position stratégique inespérée : en plein cœur de la zone d'influence du parti Aristocrate. De plus, à cause d'un traité passé entre Grisha et les Fritz, Jaëger est autorisé à demeurer dans le parti Neutre malgré tout. » Livaï crut bon de préciser : « Eren a été évincé de l'héritage des Jaëger. Le garder dans la compétition ne te permettra pas d'avoir à l'œil les divers mouvements des Aristocrates comme tu l'espères…
- Je sais. J'ai lu son dossier. » Livaï tourna un regard glacial vers Farlan. Celui-ci se hâta de lever les deux mains en signe de rémission : « Non ! Je n'ai toujours rien à voir avec ça, je le jure ! » Livaï paraissant toujours aussi dubitatif, alors Farlan précisa : « Voyons Levi, soyons sérieux deux minutes : toi comme moi soupçonnions Erwin d'avoir fait partie à un moment ou un autre des Agents de l'Ombre ! Je suis persuadé qu'il a obtenu ces infos tout seul comme un grand ! » Livaï prit quelques secondes pour remercier Sina qu'Erwin Smith fut dans son camp avant de détourner les yeux de son meilleur ami.
L'Alpha blond finit par développer : « Plus j'en apprenais sur ce jeune homme et plus il me semblait préférable de le garder dans la compétition. Compte tenu de la réputation des Fritz et des histoires rapportant que le Bon Docteur considérait son fils Oméga comme la prunelle de ses yeux, il n'est pas difficile de comprendre qu'un stratagème douteux a été utilisé pour le priver de tous ses droits d'héritage.
- On ne peut pas le prouver.
- Laissons faire le temps, Livaï. Je pense que Dinah Fritz commence à peine à comprendre pourquoi la technique qu'elle a employée pour se débarrasser du rejeton de son défunt mari risque de se retourner violemment contre elle. Elle a sous-estimé son beau-fils et c'est bien dommage pour elle. » Livaï haussa un sourcil, incrédule et exposa : « Je ne crois pas que tu lui aies déjà adressé la parole en personne. Pourtant, on dirait que tu portes Eren en une haute estime. C'est un peu présomptueux, tu ne crois pas ?
- Non seulement j'ai des yeux et des oreilles partout, mais en plus, n'importe quel Candidat capable de te faire l'appeler par son prénom en moins de trois mois de compétition mérite amplement que je l'estime à sa juste valeur. » Livaï sentit le bout de ses oreilles chauffer. Le sourire stupide de Farlan ne l'aida pas à rendre la situation plus vivable. L'Alpha se râcla la gorge et décida qu'il était préférable de changer de sujet. Il haussa les épaules avec une nonchalance feinte et annonça : « Espérons seulement que la seconde épreuve de la Sélection te donnera raison. »
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
Livaï avait eu la bêtise de croire qu'il pourrait rapidement demander à Eren ce qui l'avait dérangé pendant la cérémonie d'annonce des résultats.
L'Oméga s'était bien vite empressé de lui faire comprendre à quel point il s'était fourré le doigt dans l'œil.
Livaï était passé de 'voir Eren partout' à se demander si l'Oméga n'était pas qu'un vulgaire fragment de son imagination. Eren avait cessé de jouer les serviteurs provisoires et il était devenu quasiment impossible de le croiser dans les couloirs. Plus aucune trace de son parfum, pas la moindre chance de l'apercevoir en passant. C'était comme s'il s'était volatilisé. En plus de rendre Livaï anxieux et de le pousser à chercher sur ce qu'il avait bien pu lui faire pour mériter un tel traitement, ce sevrage brutal de phéromones avait fait ressortir en lui tous les plus bas instincts d'un Alpha. Irritation, impulsivité, agressivité…
Ces derniers jours, Livaï remplissait non seulement ses obligations de Conseiller de la Sélection mais aussi ceux de Prince Héritier. Surtout quand il s'agissait de documents trop importants pour être traités par Farlan à sa place. Près d'un mois après l'annonce du début de la seconde épreuve, son meilleur ami crut bon d'intervenir afin de le tirer de sa misère : « Levi ! » Farlan se tenait debout face à lui, les deux paumes résolument plaquées contre son bureau. L'Alpha refusa de lever les yeux du document qu'il avait en mains. Un grognement préventif lui échappa des lèvres, comme pour prévenir son interlocuteur qu'il ne serait que trop heureux d'en venir aux poings. Mais comme d'habitude, Farlan ne se laissa pas démonter : « Il faut que tu arrêtes de terroriser ton personnel !
- Si tu n'as rien de mieux à faire que de me casser les couilles, je suis sûr que j'ai encore deux ou trois rapports financiers qui attendent ton expertise dans un tas de papelard. Regarde donc dans la colonne de gauche, je pense que tu vas y trouver ton bonheur…
- Tu es d'une humeur massacrante et comme si ça ne suffisait pas, tu deviens tyrannique.
- J'ai juste un million de choses à faire en même temps. Ce n'est pas ma faute si diriger un Empire demande du travail, Farlan.
- Auruo n'a pas pu dormir dans son lit depuis presque une semaine ! Même Petra est venue se plaindre de la charge de boulot que tu lui mets sur le dos…
- Tu dois te tromper de majordome. Si Auruo était vraiment si occupé et qu'il tombait réellement de fatigue, il n'aurait certainement pas le temps d'aller se plaindre… » Farlan abaissa le document que son meilleur ami faisait mine de lire d'un geste de la main. Livaï lui grogna littéralement au visage. Farlan tenta de le cacher, mais l'Alpha eut la satisfaction malvenue de le voir reculer légèrement avant de carrer les épaules. Farlan campa malgré tout sur ses positions et le pointa du doigt en s'écriant : « Prends une pause !
- Occupes-toi de tes fesses.
- Il est grand temps que tu règles le problème qu'il y a entre toi et Oméga Jaëger ! Tu es insupportable ! » Livaï s'était raidi sur son siège et il vrillait Farlan du regard lorsqu'il répliqua, les bras croisés sur le torse : « Quel rapport avec Eren et tout le reste ?
- Franchement Levi…
- Ecoute. On ne s'est pas disputé. Et il n'y a aucun problème.
- Alors pourquoi vous avez soudainement arrêté vos 'rencontres quotidiennes' ?
- Qu'est-ce que j'en sais moi ?! Ce gamin a toujours été chaotique ! Qui sait ce qui peut bien lui passer par la tête ? Maintenant qu'il a été admis dans la seconde phase de la compétition, peut-être qu'il a changé d'angle d'approche ? Peut-être qu'il a trouvé quelqu'un d'autre qui servirait mieux ses intérêts ?! » Un silence plana. Livaï fronça les sourcils. Il détestait se sentir aussi démuni et ridicule. Il haïssait cette impression persistante que quelque chose lui filait entre les doigts.
Il y avait encore tellement de choses qui demandaient son attention en dehors de l'attitude suspecte d'Eren !
La Cour et ses intrigues, le problème des Murs auquel il devrait actuellement dédier toute son énergie plutôt qu'à la perdre à enrager et se poser des questions au sujet d'un Oméga lambda…
Le silence persista un moment après son explosion. Quand Livaï releva les yeux vers Farlan, celui-ci posait sur lui un regard chaleureux, un petit sourire entendu lui flottant sur les lèvres. L'Alpha sentit une soudaine tension lui crisper les épaules. Il tenta de se montrer le plus menaçant possible lorsqu'il gronda : « Pas un mot ! » Le sourire de son meilleur ami passa de compatissant à clairement moqueur. Pour la millième fois depuis le début de cette compétition semblait-il, Livaï fut traversé par une irrésistible envie de lui coller son poing en pleine face. Farlan haussa les épaules, se recula puis déclara l'air de rien : « Très bien. Je ne dirais rien. Sache juste que je n'en pense pas moins. Et… si à tout hasard l'information t'intéresserait, Eld m'a rapporté qu'Oméga Jaëger était de nouveau présent sur le terrain d'entraînement ces derniers jours. Il se pourrait même qu'il s'y trouve actuellement… » A ces mots, son meilleur ami tourna les talons et quitta le cabinet de l'Alpha.
Livaï attendit au moins cinq minutes avant de se précipiter à son tour vers la sortie.
Quand il arriva enfin sur le terrain d'entraînement, ce fut pour avoir le déplaisir de constater qu'Eren avait décidé d'y revenir accompagné d'un autre Alpha. Livaï le reconnut immédiatement : il s'agissait de l'un des Chevaliers qui se trouvait le plus souvent en compagnie de l'Oméga durant ses déplacements officiels. Alpha Jean Kirstein, un noblaillon qui s'était vu récemment adoubé Chevalier grâce à quelques faits d'armes durant la guerre. Si Livaï s'en souvenait bien, Kirstein avait accompli l'exploit de faire survivre l'ensemble de son régiment en attendant la venue des renforts : ils étaient parvenus avec brio à sécuriser un point important de ravitaillement pour l'armée de Paradise. Sans son intervention, l'armée impériale aurait sans doute perdu l'un de ses plus importants axes d'approvisionnement…
Eren n'avait aucun Chevalier servant et personne ne lui avait prêté allégeance. Tous ses Chevaliers n'étaient que 'temporaires'. En dépit de l'évidente loyauté qu'il avait su leur inspirer, les termes de la Sélection ne leur permettaient pas pour l'instant de pleinement se soumettre à son autorité. Si par malheur Eren finissait évincer de la compétition, il se retrouverait Seigneur sans terre d'une demi-douzaine de Chevaliers. Et vu la manière qu'ils avaient de parler de lui ou même la façon dont le regard de Kirstein se posait sur l'Oméga, cela ne faisait aucun doute : certains d'eux faisaient bien plus qu'apprécier se trouver ses ordres. Voir Kirstein corriger, pour rien, la posture d'Eren en glissant la main le long de son bras, faillit pousser Livaï à le faire muter à la frontière Nord sur le champ.
D'un bras tendu en plein milieu de sa trajectoire, Livaï stoppa un Chevalier qui passait à proximité. L'homme glapit de surprise, s'arrêta net et blanchit à vue d'œil lorsqu'il prit conscience de l'identité de celui qui l'avait si rudement accosté. Livaï ne perdit pas de temps en broutilles et déclara : « Est-ce que tu sais qui est Jean Kirstein ? » Le Chevalier prit un instant à saisir ce qui lui était demandé. Incrédule, il finit par acquiescer lentement. Livaï ajouta, sur un ton sec : « Va le chercher et ramène-le-moi. » L'homme acquiesça vivement puis se dirigea d'un pas leste vers le terrain d'entraînement. Quelques minutes plus tard, Kirstein s'avançait vers Livaï, les sourcils froncés, visiblement confus. Quand l'Alpha fut à sa hauteur, Livaï serra le poing. Quelques effluves de l'odeur d'Eren persistaient sur son uniforme et Livaï avait le plus grand mal à se convaincre qu'il serait malvenu de lui donner une leçon sans raison apparente.
Kirstein le salua avec respect.
Livaï prit une grande inspiration. Dans la seconde qui suivit, il parvint à trouver dans sa mémoire l'excuse parfaite pour se débarrasser du Chevalier. Il l'observa un instant puis demanda : « Vous êtes bien le Chevalier Kirstein ?
- Oui… Sir Church.
- Chevalier Gunther Schultz a entendu parler de vos faits d'armes. Il vous fait appeler afin de transcrire officiellement la formation que vous avez utilisée pour repousser l'ennemi dans un livre de stratégie. » Kirstein entrouvrit la bouche, choqué. Livaï précisa : « Il est débordé en ce moment, donc il va falloir lui rappeler pourquoi vous êtes là. Et précisez que c'est moi qui vous envoie. » L'Alpha referma enfin la bouche. Il passa d'un pied d'appui à l'autre, et son regard se fit fuyant pendant un instant avant qu'il ne semble se reprendre. Il déclara avec détermination : « C'est un honneur pour moi, Sir… mais…
- Mais ? » Livaï croisa les bras sur son torse. Il eut la satisfaction de voir Kirstein déglutir difficilement. Pourtant, le Chevalier ne s'avoua pas vaincu et s'écria : « Je suis en pleine mission, Sir. Je ne peux pas me permettre d'abandonner mon Seigneur pour… » Il s'arrêta net de parler sous le poids du regard de Livaï. L'Alpha s'avança vers lui, prenant soin à soigneusement l'inonder de son Aura quand il renchérit : « Vous feriez mieux d'y aller rapidement Kirstein. Gunther est un homme très occupé. Je me chargerais de raccompagner votre Seigneur jusqu'à sa résidence à votre place. » Son instinct tirait un malin plaisir à affirmer sa domination sur un Alpha qu'il considérait comme un rival potentiel. Pris au piège, Kirstein finit par acquiescer d'un geste raide de la tête et il s'enfonça dans le couloir, non sans jeter des coups d'œil incertains en direction du terrain d'entraînement.
Livaï attendit qu'il disparaisse de sa vue pour s'avancer vers Eren.
L'Oméga portait l'uniforme des nouvelles recrues. Son pantalon beige était parfaitement ajusté à la taille, ses longues bottes militaires en cuir soulignaient ses cuisses aux muscles fuselés. Il avait ôté la veste de cuir marron de l'uniforme en dépit de la fraîcheur notable de la brise hivernal. Sa lourde chevelure brune était retenue dans une queue de cheval haute. La tresse formée par ses mèches de devant lui ornait la tête tel un ruban. Eren s'acharnait, complètement concentré, à effectuer divers mouvements d'attaque contre l'un des mannequins de bois rembourrés de paille qu'on avait habillé et préparé pour servir de cible fixe aux soldats.
Sa prise sur le poignard qu'il tenait à la main était bonne, assurée. Sa posture était meilleure aussi. D'une manière ou d'une autre, on voyait qu'il avait gagné en confiance. Livaï fit taire le soudain sursaut d'amertume qui venait de lui percer l'estomac. Il approchait encore lorsqu'Eren déclara, sans se retourner : « Eh bien ! C'était plutôt rapide ! » Entendre sa voix, après un mois, lui fit l'effet d'une gifle. Mais ce qui le frappa bien plus que tout le reste, ce fut la perfection alléchante de son parfum. Livaï eut soudain l'impression que tout rentrait enfin dans l'ordre. Qu'une pièce de lui-même qu'il s'ignorait manquer lui avait soudain été rendu. Il avait l'impression de respirer de nouveau, comme si une corde lui avait libéré la gorge. Ses muscles se détendirent peu à peu, comme s'il retrouvait un cocon de coton. L'élan de possessivité qui lui chanta brusquement dans les veines 'Mien', 'Oméga' acheva de réduire en bouilli ses dernières défenses.
Il était hors de question que l'Oméga disparaisse de sa vie.
Il était prêt à presque tout pour faire en sorte qu'Eren devienne un élément fixe dans son quotidien.
Livaï s'approcha assez pour pouvoir poser une main sur ses hanches et le maintenir en place. Un courant électrique lui traversa le corps entier. Il se fit violence pour ne pas plonger le nez derrière l'oreille de l'Oméga. A la place, il glissa une jambe entre les siennes et corrigea d'un geste sa posture avant de répondre : « Tu trouves que c'est rapide trois semaines ? Sais-tu depuis combien de temps j'essaie de te coincer ? Pour quelqu'un qui ne connaissait pas le palais impérial il y a quelques mois, tu es plutôt doué quand il s'agit de t'esquiver dans ses couloirs… » Pendant une fraction de seconde, tout se figea. Les phéromones de l'Oméga s'amplifièrent dans l'air : plus sucrées, plus boisées.
Le cœur battant, Livaï se délecta de l'effet immédiat qu'il avait manifestement sur Eren.
Puis l'Oméga s'écarta d'un bond et lui fit face. Ses yeux envoyaient des éclairs, mais le rouge de ses joues ne trompait personne. Livaï esquissa un sourire et remarqua : « Excellente posture, je vois que tu n'as rien oublié de ce que je t'ai appris… » La prise ferme d'Eren sur son arme sembla se raffermir. Il était manifestement en position pour passer à l'attaque. Livaï pouvait voir que l'Oméga tremblait presque de rage. Il avait beau ignorer pourquoi Eren lui en voulait autant, il avait un mal fou à le prendre au sérieux. L'éventualité d'un affrontement l'excitait plus qu'elle ne l'inquiétait.
Eren parut hésiter un instant, mais d'un rapide mouvement de tête, il se recentra et grogna : « Qu'est-ce que tu fais là à cette heure-ci ? Tu devrais être en réunion… » Au moins, il était clair qu'Eren l'avait bel et bien évité consciemment. Livaï tenta d'effacer toute trace de frustration de sa voix lorsqu'il rétorqua : « Oh, tu m'as l'air bien informé. Je vois que tu ne fais même pas semblant de nier que tu cherchais à m'éviter… » Eren poussa un soupir dramatique. Il quitta enfin sa posture offensive et d'un revers de manche essuya la sueur qui menaçait de lui couler dans l'œil.
Livaï suivit le geste des yeux et réprima la soudaine envie de retracer le chemin de la goutte qui avait échappé à la vigilance de l'Oméga avec sa langue. Son regard descendit un peu plus bas, puis il prit soudainement conscience que la tunique de son vis-à-vis laissait entrevoir ses clavicules. Eren le tira brutalement de ses rêveries en lui demandant sur un ton sec : « Qu'est-ce que je peux faire pour toi cette fois-ci ? Tu veux des informations sur Mikasa ? Ou alors ça t'intéresse de savoir de quoi à bien pu me parler Hitch pendant notre dernier salon de thé ? » Pris de court, Livaï haussa un sourcil, puis répondit : « J'avais cru comprendre que j'avais réussi à te mettre en rogne, à un moment ou à un autre. Mais j'ai du mal à percuter pourquoi…
- Tu t'es servi de moi ! Aies au moins la décence de ne pas continuer à me prendre pour un con, et admets-le ! » Ah ? Alors c'était ça ? Eren s'était senti trahi ? Pourquoi au juste ? Quand est-ce que Livaï avait bien pu se servir de lui ? L'Alpha poussa un long soupir et admit : « Autant j'apprécie l'éclat de tes yeux quand tu es furieux, autant j'aimerais qu'on évite de m'accuser d'un truc que je n'ai pas fait…
- Depuis le début, tu ne fais que me demander ce que je pense de telle ou telle Candidate. Et finalement, Hannah a… » Eren s'étrangla avant de reprendre : « Laisse-moi tranquille. Je refuse de continuer à te servir d'informateur. Et puis de toute façon, je vais être éliminé à la fin de cette étape et on va tous les deux pouvoir passer à autre chose…
- Attends une minute » Livaï avait levé la main pour l'interrompre. Il était évident qu'Eren était hors de lui. Mais il apparaissait encore plus évident qu'il y avait un malentendu. Livaï plissa les yeux et s'enquit : « Tu crois sérieusement que je me suis servi de toi pour démasquer l'aventure d'Hannah Diament et son Chevalier ? » Eren carra les épaules et siffla avec véhémence : « Parce que tu vas me faire croire le contraire ?! » Levi agita la tête, et répliqua : « Tu leur as sauvé la vie, imbécile. » Eren fronça les sourcils. Il avait l'air dubitatif lorsqu'il demanda : « Pardon ?
- C'est vrai qu'au début, quand j'ai voulu discuter des Candidates avec toi, je trouvais que ton point de vue était intéressant. Mais, tout ce que je voulais vraiment, même à ce moment-là, c'était qu'on discute. Et à vrai dire, j'aurais pu trouver n'importe quel autre sujet ne serait-ce que pour te retenir dans le jardin ce soir-là… » Eren resta bouche-bée. Levi haussa les épaules avec nonchalance.
Eren avait réussi l'exploit de le pousser à bout.
Il était complètement résigné sur le fait que l'Oméga le tenait très certainement dans la paume de sa main. Autant jouer franc jeu, le plus possible. Surtout si, enfin, Eren acceptait d'arrêter de le fuir comme la peste. Livaï expliqua : « Tu avais l'air de vouloir te carapater à la première occasion. J'essayais juste de te captiver assez pour qu'on passe plus de temps ensemble…
- Je… J'ai… Quoi ? » La confusion était un sentiment qui rendait Eren tout particulièrement adorable. Livaï repoussa cette pensée parasite et continua ses explications : « Je n'ai pas compris directe que Sir Franz se tapait Hannah Diament quand tu as parlé à demi-mot de ce que tu aurais 'vu' dans sa résidence. Et je n'ai pas non plus lancé d'enquête à ce sujet. Hannah est une fille assez spéciale : elle est intelligente, très impliquée en ce qui concerne l'avenir de l'Empire et elle prend aussi ses devoirs très au sérieux. Mais apparemment pas assez pour éviter de se faire mettre en cloque par son Chevalier servant. » Le regard de l'Oméga changea soudain d'intensité.
Les yeux d'Eren pétillaient lorsqu'il souffla avec émotion : « …Ah… Alors j'avais bien vu. » Livaï lui répondit avec un sourire : « J'aime ta perspicacité. Tu as vraiment un don pour décrypter les gens, rien ne t'échappe. » Le regard d'Eren se durcit à nouveau et il croisa les bras sur son torse pour adopter une posture défensive. Il répliqua : « Il faut croire que tu te trompes à mon sujet. Puisque je n'avais même pas imaginé que tu puisses vouloir te servir de moi…
- Je ne me suis jamais servi de toi. Hannah a beaucoup de qualité, même si elle est étrangement naïve. Une fois sa grossesse déclarée par son médecin de famille, elle est venue accompagnée de Franz pour supplier le Prince Couronné d'épargner leur vie et de les exiler ensemble.
- Et comme d'habitude, tu étais aux côtés du Prince quand c'est arrivé…
- Le hasard fait bien les choses. J'ai repensé à ce que tu avais dit, à propos de la prise d'otage impérial que pouvait être la Sélection. J'ai alors vite compris qu'on aurait beaucoup plus d'intérêts à se faire des Diament des alliés plutôt qu'à alimenter le scandale. Du coup, un accord a été trouvé et notre cher Prince Couronné peut déjà mieux dormir sur ses deux oreilles. On n'a pas fini d'arranger les choses entres Aristocrates et Impérialistes, mais finalement maintenant, la Neutralité a de sacrées bonnes raisons de nous aider à maintenir le statuquo … » Un silence pesant suivit sa déclaration.
Livaï observa l'Oméga, en attendant sa conclusion.
Il s'était défendu au mieux. Eren semblait manifestement en proie à une lutte interne. Livaï aurait aimé que l'idée que se faisait de lui l'Oméga, ne soit pas aussi importante à ses yeux qu'elle semblait l'être. A en croire la boule qu'il sentait lui nouer l'estomac, c'était définitivement loin d'être le cas. Il était très mal placé pour s'irriter qu'Eren ne lui fasse pas totalement confiance. Après tout, il était loin d'être tout à fait honnête sur tous les points…
Soudain, Eren demanda : « Pourquoi fais-tu tout ça ? » Levi fronça les sourcils, dubitatif : « Quoi ?
- Pourquoi tu es venu sur ce terrain ? Pourquoi tu as cherché à me 'coincer' quand tu as compris que j'essayais de t'éviter ? Pourquoi est-ce que tu m'as donné des cours de combat en premier lieu ? Et pourquoi est-ce que… » Une note aigre s'était soudain glissée dans l'effluve qui s'échappait de l'Oméga par vague. Déroute, angoisse… Eren était visiblement secoué par ce barrage de questions incessantes. Livaï s'avança, luttant contre l'instinct premier qui lui intimait de calmer l'Oméga, de l'enlacer et le rassurer grâce à ses phéromones. Il se stoppa quand leurs torses se frôlèrent. Eren s'arrêta enfin de parler et releva les yeux vers lui. Livaï absorba un instant les couleurs magnétiques de son regard expressif avant d'avouer : « Je n'avais pas l'impression d'avoir été très subtil jusqu'ici… Est-ce que je devrais être encore plus explicite ? » L'Oméga déglutit.
L'évidence ne lui était apparue qu'un peu plus tôt dans la journée. Il ne s'était admis ce qu'il ressentait depuis des mois que quelques minutes auparavant, mais la vérité n'en restait pas moins la même. Livaï voulait Eren dans sa vie. Le contexte voulait que cette affirmation soit suivie d'un million de complications et de choses à prendre en considération, mais…elle n'en demeurait pas moins douloureusement vraie.
Les phéromones de l'Oméga le tirèrent de ses pensées. Du caramel, une note entêtante de fleur et d'autre chose qu'il peinait à décrypter. Le regard d'Eren restait planté sur ses lèvres. Le cœur de Livaï s'arrêta de battre un court instant, ses muscles se mirent à vibrer d'énergie. Il pouvait aisément réduire les derniers centimètres qui les séparaient. Il pouvait certainement l'embrasser cette fois-ci, Eren l'autoriserait sûrement…
L'Oméga sortit brusquement de sa transe et s'écarta d'un pas chancelant : « C'est ridicule ! Quel genre de relation est-ce que tu entretiens avec le Prince au juste ? Tu as conscience que je suis un Candidat ?! Tu n'es pas censé me 'courtiser' ! » Levi poussa un soupir, puis se passa la main dans les cheveux : « C'est compliqué…
- Explique-toi ! Il faudrait être aveugle pour ne pas voir à quel point vous êtes proches tous les deux !
- Il n'a pas grandi à la capitale. » Même s'il était certain de vouloir de l'Oméga dans sa vie, Livaï n'était absolument pas dans une position où il pouvait se permettre de perdre sa couverture. Ce subterfuge était essentiel pour qu'il puisse s'organiser et prendre le pouvoir sans risquer d'avoir le règne le plus court de l'Histoire. Eren pencha légèrement la tête, intrigué. Il demanda à nouveau : « Pardon ?
- Tout le monde appelait Kuchel Ackerman l'Impératrice fantoche. C'était une Oméga de faible constitution et elle n'a eu que lui comme fils. La Duchesse du Nord était sa meilleure amie depuis leurs années d'études à l'Académie Impériale. Nous avons grandi ensemble et je le considère comme un frère. Quant à l'Empereur et Uli Reiss, à part aux yeux de l'Eglise et des Impérialistes, ils sont tout ce qui pourrait faire penser à une Paire Destinée. Est-ce que tu sais combien ils ont eu d'enfants ensemble ?
- Cinq…
- Frieda et Dirk Reiss sont des Alphas. Ils sont une menace directe au règne du Prince Héritier. L'Empereur voulant éviter un pugilat, il a exilé le Prince Couronné en quelque sorte, sous prétexte d'améliorer la santé de l'Impératrice. Il a ensuite grandi auprès de sa mère dans une résidence secondaire jusqu'à la fin de la guerre. Il ne portait le titre de Prince que pour préserver l'étiquette. Il n'en a pas l'air, mais pour lui, la Cour et toutes ces intrigues lui paraissent tout aussi aberrantes que pour toi. » Livaï ne pouvait pas lui dire toute la vérité, mais il pouvait au moins l'aider à comprendre, non ? Exposer cette réalité, face à Eren, lui semblait juste. Presque évident.
L'incrédulité de l'Oméga semblait avoir largement diminué lorsqu'il souffla : « Oh…
- Tout le monde a besoin d'un allié fiable, non ?
- …Fiable ? Tu es… Tu es clairement en train d'essayer de draguer l'un des Candidats ! Même si je suis loin d'être donné gagnant de la compétition, c'est… » L'outrage à peine contenu dans la voix d'Eren fit sourire Livaï. Effectivement, s'il avait réellement été Farlan, leur relation aurait fait de lui le pire Conseiller de l'histoire de toutes les Sélections confondues. Dans les faits, la situation était plutôt cocasse. Il ne put s'empêcher de taquiner l'Oméga en répliquant : « Est-ce qu'un bon service rendu ne mérite pas salaire ? » Eren écarquilla les yeux, mais comme d'ordinaire, il ne se fixa pas sur le détail important de la conversation et s'insurgea : « Je ne suis pas un prix ! » L'agacer allait très vite devenir l'un des nouveaux passe-temps favoris de Livaï. Juste après l'embarrasser.
L'Alpha prit un air désinvolte et renchérit : « Oh… Dommage. Je mets toujours un point d'honneur à mériter mes prix. » Eren referma si vite la bouche que ses dents claquèrent sous le choc. L'Oméga l'observait comme s'il le voyait vraiment pour la première fois. Son regard inquisiteur lui fit courir un frisson le long de l'échine. La note sucrée et fleurie de ses phéromones s'enrichit d'une nuance supplémentaire, la même senteur inidentifiable que quelques minutes auparavant. Livaï ne savait peut-être pas à quoi la raccrocher, mais d'instinct, elle lui plaisait assez pour faire battre son cœur un peu plus vite.
Il s'approcha un peu plus de son interlocuteur. Sa voix était presque éraillée d'excitation lorsqu'il avoua : « Oh ! Je crois que j'aime aussi quand j'arrive à te rendre muet… » Son affirmation sembla sortir l'Oméga de l'étrange transe dans laquelle il semblait plongé. Eren agita la tête et répondit, visiblement frustré : « C'est absurde ! Qu'est-ce que le futur du Duc du Nord aurait à gagner avec un Omega sans héritage ni soutien politique ? » Livaï haussa les épaules et répondit sans perdre une seconde : « Pourquoi aurait-il forcément besoin de tout ça ? C'est le Duc du Nord. » Et techniquement, c'était vrai. Si Livaï avait été Farlan, il n'aurait pas vraiment eu besoin des alliés ou de la dot d'Eren pour le considérer comme un partenaire éventuel.
Après tout, mis à part le fait qu'Isabelle possédait de la famille parmi les pontifes de l'Eglise, elle n'apportait rien de spécial à la famille Church en épousant Farlan.
Eren finit par détourner les yeux, clairement troublé par sa réponse. Il parut finalement se décider à changer de sujet. Son langage corporel était fermé lorsqu'il s'exclama : « Tu ferais mieux d'y aller, Jean ne devrait pas tarder… » Livaï sentit une pointe d'irritation lui percer les tempes. Il fronça les sourcils et grommela : « Jean ? Tu appelles ton Chevalier par son petit nom ? » Eren haussa les sourcils. L'Oméga était clairement amusé lorsqu'il répliqua : « Je vais finir par croire que tu es un incorrigible jaloux…
- Disons que j'ai de bonnes raisons de croire que la fidélité n'est pas chose acquise dans notre société…
- Pour que je sois fidèle, il faudrait déjà que je sois engagé dans une quelconque relation…
- Touché. » C'était vrai. Eren n'était absolument pas tenu à quoique ce fût. Une relation. C'était une éventualité qui, bien qu'incroyablement tentante, était si loin du domaine du possible pour eux actuellement. Eren ajouta soudain : « Et si je devais vraiment me considérer légalement engagé en ce moment, ce serait davantage vis-à-vis du Prince, non ? » L'Oméga cherchait sûrement à l'agacer avec cette affirmation. Mais l'effet était complètement gâché par le fait qu'il ignorait complètement à qui il s'adressait actuellement.
Eren, engagé. Envers lui.
L'idée fit chanter d'allégresse son instinct primal de possessivité.
Accepter qu'il fût plus qu'attiré par l'Oméga, qu'il le voulait à tout prix dans sa vie, était loin de rendre plus simple leur relation. Bien au contraire : la Sélection demeurait leur réalité. A la fin, Livaï devrait toujours épouser l'une des Candidates afin de sécuriser sa position d'Empereur. Que faire ? Quelle place avait Eren dans ce tableau ? L'Oméga sembla tout à coup se concentrer sur le poignard qu'il tenait dans la main et se mit à le faire tourner entre ses doigts. Il semblait embarrassé lorsqu'il répéta : « Quoiqu'il en soit, Jean ne devrait plus tarder… » Livaï pencha légèrement la tête, cherchant ce qui dans les dernières minutes auraient pu le gêner. Il hasarda : « Le charme du Prince Couronné a-t-il enfin commencé à faire effet sur toi ?
-…
- Je n'en ai pas vraiment eu l'impression pendant l'annonce des résultats. Je crois avoir croisé ton regard à bien plus de reprises que lui…
- Vous en avez discuté ensemble après ? » Malheureusement, oui. Livaï aurait d'ailleurs largement préféré que Farlan ne porte aucun intérêt particulier à leur histoire. Peut-être que leur relation ne serait pas moins compliquée si l'Alpha n'avait jamais cru bon de ne jamais y fourrer le nez, mais elle serait sans doute mille fois plus vivable pour Livaï au quotidien…
Il choisit de détourner le sujet de conversation vers un terrain bien plus intéressant (et moins embarrassant) : « Quel projet as-tu prévu pour cette épreuve ? » Eren pinça ses lèvres : « Aucun… » Est-ce qu'il avait bien entendu ? L'Oméga ne s'était jamais caché de n'éprouver aucun intérêt pour la compétition, mais de là à complètement l'ignorer ? Livaï demanda, incrédule : « Cela fait déjà trois semaines, bientôt quatre, que l'épreuve a commencé et tu n'as toujours pas mis de plan en place ?
- Non. Tu m'as mal compris, je n'ai pas l'intention de m'investir là-dedans.
-… Eren. » L'Oméga plissa les yeux et croisa les bras contre son torse, clairement prêt à en découdre : « Plus longtemps j'y assiste et plus je me rends compte que cette compétition craint… Je n'ai pas la moindre envie de subir le revers d'une machination à la con.
- C'est mieux que de finir à la rue, non ? Tu t'en sors plutôt pas mal si on écoute les ragots de couloir. Tu es passé du rôle du mouton noir à celui de curiosité en un tour.
- Je croyais que les rumeurs étaient bien en-deçà de l'intérêt et de la classe d'un vrai noble…
- Ne te moque pas de moi. Pourquoi tu ne jouerais pas le jeu ?
- Ah ! Pourquoi est-ce que tu t'inquiètes autant pour moi, Duc du Nord ? Est-ce que tu n'étais pas prêt à demander ma main à ton meilleur ami il y a deux minutes ? Après tout, ce serait la moindre des choses pour l'avoir aidé à se dépatouiller en bonne et due forme lors de sa première bataille politique ? » Ils se toisèrent quelques secondes. Oui. Si Livaï avait été le Duc du Nord, cette affirmation aurait tout à fait eu son sens. Et à vrai dire, il aurait tout fait pour qu'Eren fût viré de la compétition dès le premier tour : ainsi il aurait eu le droit et l'occasion de le courtiser comme l'exigeait leur rang et… les choses n'auraient pas été si foutrement compliquées !
Dans les faits, Livaï était Prince Héritier.
Qu'il le veuille ou non, il allait être emmené à choisir un partenaire dans les Finalistes de la Sélection. Et il avait beau savoir, parfaitement savoir même, qu'Eren n'était pas dans une position où l'envisager comme Finaliste était une réalité, il n'empêchait que Livaï désirait pour l'instant, plus que tout autre chose, conserver ce choix.
Actuellement, l'Oméga le vrillait du regard. Et si ce dernier mois avait appris quelque chose à Livaï, c'était qu'il n'y avait rien de bon à essayer de raisonner avec Eren quand il était furieux ou sur ses gardes. L'Alpha leva les deux mains en signe d'apaisement : « Très bien. » Mais comme il ne pouvait pas décemment laisser tomber le sujet sans rien tenter, il ajouta : « Je dois admettre que je suis plutôt curieux en réalité. Quel genre de projet l'Oméga Eren Jaëger aurait mis en place pour le peuple de l'Empire ? Quelle direction choisirait-il ? Quelles seraient ses armes face à l'adversité ? Quelles ambitions voudraient-ils voir aboutir ? » Et globalement, même s'il tentait de faire appel à l'évident intérêt de l'Oméga pour la Cour et l'Empire, dont avaient parlé ses professeurs à Farlan, ça n'en demeurait pas moins vrai. Comme Livaï le pensait souvent, Eren était séduisant mais il était aussi diablement intéressant. Sa façon de raisonner, son aplomb, étaient autant d'autres raisons pour l'Alpha se sente attiré comme il l'était.
Qu'est-ce que le Candidat Jaëger aurait voulu accomplir s'il était aussi dédié à la compétition qu'il l'était à tout autre chose ?
Eren esquissa un rictus. Il le tira de ses pensées en répondant, sans une once de regret : « Désolé. Mets-toi dans la tête qu'Oméga Jaëger n'a absolument rien de prévu et laisse-le disparaître dans la nature, comme il en avait l'intention depuis le départ. » Livaï le fixa un instant. Disparaître dans la nature. C'était effectivement le plan auquel jusqu'ici l'Oméga semblait le plus dévoué. Comment avec son statut pouvait-il parler de cette éventualité avec tant de décontraction ? Les entrailles de Livaï se tordirent à l'éventualité du jour où, effectivement, Eren se contenterait de tourner les talons sans regarder en arrière.
L'Alpha se souvint brutalement de l'un des regrets qui l'avait assailli le jour de la cérémonie d'annonce des résultats du premier tour. Il se sentirait sans doute bien moins bizarre s'il remplissait son rôle de maître d'arme comme il se l'était promis. Au moins, si Eren était proprement armé sur les routes, Livaï n'aurait pas à se sentir aussi responsable de sa survie, non ? C'était sûrement à ça qu'était dû l'étrange sentiment qui lui comprimait la poitrine. Sa responsabilité. Ne pas réussir à pleinement décrypter ses propres émotions commençait sincèrement à le rendre dingue. Il soupira, résigné : « En parlant de disparaître dans la nature… Laisse-moi vérifier de quoi tu es capable maintenant. J'espère que tu n'as pas trop perdu après un mois à te tourner les pouces …
- Je ne me suis pas tourné les pouces ! Je me suis entraîné tous les jours, et puis Jean…
- Pfff… Comme si Kirstein, Chevalier depuis un an à peine, pouvait vraiment se comparer à moi en tant qu'instructeur. » Eren pouffa de rire, surpris : « Ouah ! Ce n'est pas la modestie qui t'étouffe on dirait !
- Tu sais aussi bien que moi ce qu'on raconte de mes capacités. Arrête de gagner du temps : en garde Jaëger. » Et encore, l'Oméga ne savait que ce qu'on disait des capacités de Farlan, pas celles qu'on attribuait à Livaï, le Prince Sanglant. Et actuellement, il regrettait même de ne pas pouvoir librement s'en vanter auprès de son interlocuteur… Voilà qui était nouveau. Lui, qui désirait se faire mousser comme cet imbécile de Farlan ? Eren répliqua tout à coup : « Jean ne devrait pas tarder à revenir. Je suis presque sûr que les nouveaux soldats n'ont pas la moindre idée de qui je suis, mais Jean, lui, il sait qui tu es. Ce ne serait pas une bonne idée qu'on nous surprenne en... » Jean par-ci, Jean par-là. On aurait dit que l'Oméga n'avait que le nom de ce novice à la bouche. Frustré, Livaï rétorqua : « Il ne reviendra pas, je lui ai parlé. C'est moi qui vais te raccompagner jusqu'à ta résidence. » Eren le pointa d'un doigt accusateur, puis s'écria : « C'est toi qui l'as fait appeler !
- Comme je te l'ai déjà dit, tu es loin d'être facile à coincer.
- Aies au moins l'air de t'en vouloir !
- Tu veux terminer ta session d'entraînement ou tu préfères qu'on rentre tout de suite ? » Livaï n'avait aucune envie de s'appesantir trop longtemps sur les émotions qui faisaient rage en lui actuellement. Une bonne session d'entraînement suffirait certainement à le vider la tête et le débarrasser de ce soudain trop plein d'énergie frustrant qu'il peinait à expliquer.
Très vite, leur échange de coups s'avéra être plus excitant que libérateur.
Eren s'était indéniablement amélioré, mais il demeurait un débutant face à la maîtrise de Livaï. Il lui suffisait d'une tape sur l'avant-bras, d'un coup de talon vers les jambes ou même d'une poussée de la plante de la main pour corriger sa posture alors même que l'Oméga semblait tout donner pour parvenir à le toucher. Il le contrait en quelques gestes et les conseils qui lui échappaient des lèvres pour lui permettre d'améliorer son attaque ou renforcer sa défense, lui venaient naturellement. Avec Eren, Livaï ne se sentait pas aussi enclin à se montrer abrupte ou bourrin qu'avec tout autre novice.
C'était un jeu.
Avec de réels avantages, mais une sorte de jeu tout de même.
Livaï sentait l'étrange tension qui s'intensifiait et électrifiait ses muscles à mesure que leurs échanges se prolongeaient. L'éclat de détermination teinté de chaleur qu'avait le regard fixe d'Eren l'empêchait de déglutir correctement. Il pouvait capter dans l'air le mélange vivifiant de leurs phéromones. Et les efforts que fournissaient Eren pour parvenir à le surpasser, profitant de ne serait-ce qu'une seconde d'inattention, embrasait son esprit de compétition comme jamais auparavant. Son instinct vibrait de plaisir à l'idée que l'Oméga veuille devenir son égal. Il lui hurlait de le faire sien, de le soumettre. Livaï se retenait tant bien que mal de tout simplement lui bondir dessus lorsqu'Eren profita de son agilité pour brusquement changer l'angle de son attaque.
C'était un savant mélange d'expérience et de pulsion qui était à l'œuvre quand Livaï effectua une prise pour désarmer l'Oméga. Il se plaça derrière sa victime, son bras fermement maintenu dans son dos. L'Alpha le tenait dans une position restrictive, un genou au sol. La lame d'Eren dans la main, Livaï la plaqua contre sa gorge pour mieux lui signifier qu'il valait mieux abandonner le combat. C'était la première fois qu'ils se tenaient si proche l'un de l'autre, pendant si longtemps. Et c'était aussi la première fois que Livaï se retrouvait à surplomber l'Oméga de cette façon. La nuque d'Eren lui était accessible, tandis qu'il restait complètement à sa merci. L'Alpha se colla un peu plus contre son dos.
Il ignorait si c'était plus dû à leur affrontement qu'à autre chose, mais il avait le souffle court et les pensées décousues. La respiration hachée d'Eren lui fit courir un courant électrique le long de l'échine. Il sentit les muscles de son bassin se crisper. Sa voix demeura rauque lorsqu'il murmura au creux de l'oreille de son adversaire : « Pas mal… » Le frisson qui secoua Eren en réponse brisa quelque chose en Livaï. Le fil instable de sa raison venait de craquer. Dans un bruit sec qui sembla se réverbérer dans l'esprit de l'Alpha pendant une éternité, il durcit sa prise sur le bras d'Eren. Un léger gémissement de douleur échappa à l'Oméga, et presque immédiatement, l'intensité de son parfum fusa dans l'air. Plus sucrée et boisée que jamais, son effluve était dominé par la note mystérieuse qui échappait encore à l'analyse de Livaï… C'était un détail épicé, ça se rapprochait de l'odeur de la cardamone ou du gingembre…
L'Alpha effleura le contour de l'oreille de l'Oméga du bout du nez, inspirant avec emphase pour mieux détailler ce délicieux parfum.
Le côté caramélisé, parfaitement en accord avec cette nouvelle note épicé explosa en réaction. Et d'un coup, l'instinct de Livaï lui fournit la réponse que cherchait avidement son esprit. De l'excitation. C'était de l'excitation que ressentait Eren. Sa respiration était parfaitement erratique et son esprit dans un état second lorsque Livaï avoua : « Tu… Tu sens… divinement bon. » Divinement ne suffisait pas décrire ce qu'il sentait. L'Alpha glissa le nez contre la peau offerte de l'Oméga. Il caressa sa nuque du bout du nez, s'emplissant les poumons des phéromones alléchantes de son partenaire. D'une simple traction du bras, il colla un peu plus le torse contre le dos d'Eren.
C'était incroyablement difficile de ne pas simplement laisser libre court à l'avalanche de pulsions qui lui empoignaient la poitrine.
Il pouvait sentir l'excitation de l'Oméga et la réponse brûlante qui commençait à lui chauffer les reins en retour. La glande d'Appareillement d'Eren se trouvait sous ses yeux, gonflée de désir. En harmonie complète avec l'appel sans retenu des phéromones d'Alpha de Livaï. 'Parfait', 'Mien', l'inquiétante litanie qui se répétait en boucle dans ses pensées, noyant toute raison, le fit trembler. En sueur, leurs phéromones effectuaient un ballet captivant dans l'atmosphère et la chaleur de plus en plus intenable qui embrasait Livaï de l'intérieur menaçait de tout simplement prendre le dessus.
Une part de lui, infime, minime était effarée. Elle appelait à ce qu'il se reprenne, à ce qu'il s'écarte. C'était elle qui le poussait, en dépit du grondement subtil menaçant qui lui ronflait dans le torse à continuer de parler, à tenter de s'accrocher à la moindre trace de conscience : « « Je passe mon temps à me dire que j'ai dû imaginer ton odeur... Mais là… C'est juste… juste… hm… » Livaï aurait pu passer une vie à humer ce parfum. A se rouler dans la sensation délicieuse et brûlante qu'elle lui procurait.
Comme dans son rêve, il eut soudain l'irrésistible besoin de l'expérimenter à travers chacun de ses sens. La peau de l'Oméga était brûlante sous sa langue. Elle parcourut fiévreusement la longueur de sa nuque. Paupières closes, Livaï accusa le choc de l'explosion sensoriel qui venait de court-circuiter ses pensées. Le ronflement discret qui bourdonnait depuis leur rapprochement se changea en véritable grondement de satisfaction. Toujours aussi réceptif, le corps d'Eren lui fondit dans les bras et répondit d'un grondement bien plus timide à celui de l'Alpha.
L'instant était parfait.
L'Oméga était béat, réceptif à ses avances. Ivre de ces sensations inédites, Livaï érafla sa glande d'Appareillement avec ses dents. Le parfum des phéromones d'Eren devint alors si puissant que l'Alpha en eu le tournis. Il était à deux doigts de refermer la mâchoire quand l'Oméga se raidit brutalement. En quelques secondes, Eren était parvenu à s'extirper hors de sa prise. Toujours en proie à l'étourdissement de ses sens, il fallut un certain temps à Livaï pour saisir ce qu'il se passait. Il papillonnait encore alors que l'Oméga avait déjà traversé une bonne partie du terrain d'entraînement dans sa fuite.
Un grognement alarmant échappa à Livaï.
L'impulsion primale de lui donner la chasse était si violente qu'il dût serrer la lame du poignard qu'il tenait toujours dans sa paume pour s'empêcher de bondir. 'Mien', 'Mon Oméga'. Loin de lui rendre ses compétences cognitives, on aurait dit que la course d'Eren achevait de faire appel à ses bas instincts. 'Chasser', 'Soumettre'. Hors du champ de bataille, c'était la première fois que Livaï était confronté à une telle intensité primitive. Les gouttes de sang qui lui glissaient sur la paume lui permirent de garder le contrôle. La douleur lancinante qui faisait pulser ses nerfs, de s'ancrer dans le moment.
S'il partait à la poursuite d'Eren comme le lui dictait son instinct, il savait qu'il commettrait sans doute l'irréparable.
Soudain, Jean Kirstein fit irruption à l'autre bout du terrain. Eren se jeta presque sur lui. Livaï crispa la mâchoire et sentit qu'il venait d'empirer sa blessure à la main en serrant un peu plus la lame du poignard. L'arrivée d'un autre Alpha, d'une menace, était train d'assurément le faire basculer vers l'irrationnel. Mais la virulence de l'envie de meurtre qui venait de lui retourner l'estomac eut, fort heureusement, l'effet inverse. Comme une douche froide. La pulsion destructrice lui rappela si efficacement son temps au front que Livaï se figea sur place.
La réalisation de ce qu'il venait de se passer le frappa de plein fouet.
Il jura, lâcha le poignard maculé de sang et jura encore un peu pour la forme. Livaï se retrouva à faire les cent pas, ébranlé. Est-ce qu'il venait d'agresser Eren ? Est-ce qu'il avait vraiment perdu le contrôle au point d'agir comme tous ces Alphas qui se contentaient de dire que 'cet Oméga l'avait bien cherché' ? Une vague de nausée lui remonta dans l'œsophage. Il observa sa blessure à la paume sans la voir. Son cœur palpitait encore sous le coup de l'émotion, du désir sombre qui l'avait presque poussé à rattraper Eren avant de le…
Livaï agita la tête avec force.
Non. Il valait largement mieux que ça. Certes. Rien n'aurait pu le préparer à l'effet que les phéromones d'un Oméga aussi compatible que l'était Eren. Mais il n'était pas juste attiré que par son odeur. Après tout le temps qu'ils avaient passé ensemble, toutes les émotions que l'Oméga était parvenu à lui faire ressentir, il était impossible de juste cataloguer leur relation par de la simple attirance physique. L'attirance physique n'expliquait pas l'irrépressible besoin qu'éprouvait Livaï à le garder dans sa vie. Et si ce n'était que physique, il n'aurait sans doute pas eu la force de se retenir de le Marquer…
Heureusement, Eren avait fui.
Il fallait maintenant que Livaï trouve le moyen de s'excuser…
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
Cette fois-ci son réveil se fit en douceur.
Les yeux résolument fermés, l'Alpha était encore dans cet état transitoire entre la conscience et le rêve.
Il savait qu'il se trouvait toujours dans sa chambre, dans la sécurité relative de son lit. Et sous son drap, une forme distincte s'animait au-dessus de son corps. Etalé lascivement sur le dos, Livaï laissa les caresses de son partenaire éveiller ses sens. Les mains chaudes de son amant remontèrent le long de son corps, depuis la pointe de ses orteils jusqu'à son torse. Un effleurement sensuel qui s'attarda un peu plus longuement sur ses clavicules quand les lèvres pulpeuses de l'inconnu entreprirent de cartographier la zone à force de baisers ardents.
Livaï ouvrit doucement les yeux. A demi recouvert par son drap, Eren le surplombait de tout son long. Son regard vert d'eau semblait luire dans l'obscurité de la pièce. Irréel, envoûtant. Le léger sourire enjoué qui flottait sur ses lèvres était captivant. Sa présence semblait si juste, si légitime. L'aisance avec laquelle le subconscient de Livaï accepta leur proximité, l'exaltation qui fit doubler de vitesse ses battements de cœur, perfectionnaient la perfection de l'instant. C'était un moment intime, de faiblesse et d'acception.
Le parfum des phéromones de l'Oméga était absent, mais la chaleur qui se dégageait de sa présence était, elle, parfaitement retranscrite. L'Alpha glissa lentement la main dans son épaisse chevelure et referma les yeux, pleinement satisfait. Il n'allait pas questionner l'instant. Il était déterminé à en profiter sans se prendre la tête. Comme s'il était conscient du dilemme auquel Livaï venait de renoncer, les caresses de l'Oméga se poursuivirent. Elles embrasèrent chacune de ses terminaisons nerveuses. L'intimité de leur échange lui comprima le cœur. Et pendant un moment, Livaï eut l'impression d'étouffer. Puis Eren entreprit de le marquer de son odeur, frottant avec ardeur ses poignets et son visage contre ses points de pulsations.
Un grondement vibra dans la gorge de l'Alpha.
Il s'était toujours imaginé comme celui qui initierait toute trace de Marquage sur Eren. Le plaisir coupable qu'il ressentait à être Marqué le poussait à revisiter ses attentes. Bien qu'il eût conscience de leur nudité, ce qui rendait vraiment ce moment sensuel, c'étaient ces simples gestes. Ces marques de possessivité. Comme si l'Oméga éprouvait lui aussi un réel besoin de crier au monde entier qu'il avait fait son choix, et que ce choix était Livaï. La voix rauque d'Eren lui susurra à l'oreille dans un grognement lascif : « Mon Alpha. » Un tremblement le secoua tout entier. Une soudaine explosion de chaleur parcourut l'ensemble de son corps comme un brasier incontrôlable. Livaï tremblait. Des picotements lui couraient sur le crâne et un gémissement confus lui échappa des lèvres alors qu'Eren glissait une main possessive dans ses cheveux.
La bouche de l'Oméga s'approchait de la sienne, son regard hypnotique résolument braqué sur son partenaire. Et alors qu'il n'était plus qu'à un souffle de ses lèvres…
Mortifié.
Livaï était complètement mortifié.
Il aurait sans doute préféré qu'Eren l'eut sucé dans ce rêve. Ça aurait au moins expliqué pourquoi ses dessous étaient actuellement collants. Il plaqua les mains sur ses yeux. Il refusait de reconnaitre la réalité de la chaleur qui lui piquait actuellement le visage. Vraiment. Comment était-il censé interpréter ce rêve à la con ?! C'était à peine sexuel ! Il s'était souillé pour un rêve à peine sexuel ! Cette obsession échappait complètement à son contrôle.
Il prit une grande inspiration.
Du calme. Il fallait qu'il rationnalise. D'abord prendre un bain. L'Alpha baissa les bras et en grimaçant vérifia qu'au moins ses draps étaient épargnés. Ceci fait, il se glissa hors de son lit sourcils froncés. Une fois dans la salle d'eau, il se coula un bain et prit le temps de remettre de l'ordre dans ses pensées. Très bien. Entre l'incident sur le terrain d'entraînement, ses importants changements d'humeur lorsque l'Oméga avait décidé de l'esquiver comme la peste… Il était évident que leur relation était beaucoup plus importante à ses yeux qu'il n'était prêt à se l'admettre. Livaï n'arrivait plus à s'imaginer une vie sans Eren Jaëger présent pour la lui pourrir. Que faire maintenant ?
Il était Prince Couronné, et bien que son personnage d'Héritier du Nord n'eût effectivement aucune raison de ne pas prendre l'Oméga pour époux… C'était loin d'être le cas pour le Prince ! Livaï devait au moins, selon les règles de la Sélection, terminer avec un Finaliste. Et, au-delà de ça et vu tous les problèmes qui temporisaient en attendant de lui sauter à la gorge au moment de sa consécration en tant qu'Empereur… Livaï avait cruellement besoin d'une Impératrice qui puisse raffermir sa position sur le trône sans lui planter de poignard dans le dos. Il avait besoin d'alliés et de pouvoir. Réalistement, il était évident qu'Eren n'était capable de lui offrir ni l'un, ni l'autre.
L'Alpha crispa la mâchoire et s'installa dans son bain chaud en prenant soin de ne pas y tremper sa main blessée.
Personne n'avait commenté lorsqu'il était revenu du terrain d'entraînement avec une entaille à la paume. Hanji s'était contenté de le soigner en haussant un sourcil. Livaï était persuadé que d'ici ce soir, ses imbéciles d'amis auraient déjà mis en place une réunion d'urgence pour émettre des théories farfelues sur sa vie privée. Il les chassa de ses pensées et se concentra à nouveau sur le problème que semblait fuir sa conscience. Le problème ? C'était qu'il refusait d'être Kenny. Pas alors qu'il avait passé tant de temps à mépriser et détester son paternel pour ces mêmes raisons. Faire de Kuchel l'Impératrice pour faire plaisir à l'Eglise et tenter de retrouver 'la pureté de sang' qu'ils affirmaient perdus, alors qu'il était en Paire avec Uli Reiss...c'était une idée aussi pourrie que cruelle.
Livaï refusait catégoriquement de faire de sa future femme la seconde Kuchel.
Et à la vue de la répulsion manifeste de l'Oméga envers la famille impériale, en plus de son caractère visiblement bien trempé, il doutait fortement qu'Eren se contente d'être Uli. Que pensait l'Oméga de la polygamie assumée de la lignée impériale ? Livaï enfonça la tête dans l'eau pendant quelques instants. A quoi bon penser au pire ? A quoi bon envisager un cas de figure qui, sincèrement, n'avait quasiment aucune chance d'arriver ?
L'Alpha se redressa.
Pas la peine de s'appesantir davantage sur le sujet, il avait largement plus important à régler.
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
Bien que présenter ses excuses à Eren lui aurait été préférable, Livaï ne put s'empêcher d'être soulagé lorsque l'Oméga décida manifestement de continuer à l'éviter.
Pour l'instant, non seulement il lui fallait mettre de l'ordre dans ses pensées, mais aussi il devait chercher beaucoup plus activement un moyen de régler l'un de ses problèmes principaux : la question des Murs disparus de Paradise.
Certes, l'exile dans lequel il avait grandi lui mettait actuellement de sérieux bâtons dans les roues, surtout en termes de liberté d'actions. Mais Livaï était loin d'être complètement démuni sur le terrain des jeux de coalition. Le parti Impérialiste était pleinement de son côté. Et trois des quatre Ducs de l'Empire étaient ses alliés fiables. Le subterfuge qu'il avait mis en place durant la Sélection lui permettait, en plus, de mieux appréhender les diverses intrigues de la Cour et de se 'faire la main' en naviguant parmi les magistrats et autres figures importantes qui peuplaient Utopia. Petit à petit, cette année allait lui donner l'occasion de prendre les rênes du pouvoir en toute connaissance de cause.
Déjà, il comprenait déjà un peu mieux le parti Neutre qu'au début de la compétition. Il commençait à saisir la diversité inquiétante des intérêts que chacun de ses partisans poursuivait. Et même l'impressionnant réseau mis en place par le parti Aristocratique pour prendre le contrôle du palais impérial sous le nez et la barbe des Ackerman commençait peu à peu à lui livrer ses secrets. Non, s'il y avait vraiment un véritable problème, c'était l'Eglise.
Et avec beaucoup plus de conséquences catastrophiques à envisager, la disparition des Murs.
Selon les pontifes du culte, la magie ancestrale qui faisait la force de l'Empire s'était soudain mise à décliner quand, prétendument, un bâtard dont le sang impérial n'aurait pas été légitime aurait été mis sur le trône de Paradise. Qu'il s'agisse de Kenny ou de son grand-père, cela importait peu. Déjà, Kenny avait pris beaucoup trop de temps avant d'accepter d'organiser sa Sélection, d'épouser Kuchel puis, très rapidement ensuite, Uli Reiss. C'était pour ça que, pour Livaï, personne n'avait voulu prendre de risque. L'existence de deux Alphas, Frieda et Dirk Reiss, demeurait une menace sérieuse contre son règne. Quoiqu'on dise ou pense de lui, Kenny était un Empereur extrêmement consciencieux. Il avait grandi en voyant empirer le mécontentement de l'Eglise et la pureté de la famille impériale avait pour lui une importance particulière.
C'était cette raison pour laquelle il était allé jusqu'à épouser sa proche cousine, Kuchel, alors que tous savaient qu'Uli était son partenaire depuis des années.
Parce qu'ainsi personne ne pourrait dire, que Kenny fût un bâtard ou non, que la lignée du Premier Empereur avait été discontinué après la naissance de Livaï : le sang des Ackerman était après tout le dépositaire historique du sang du Premier Empereur. Et même si Livaï soupçonnait que le meurtre de Kuchel, puis sa participation à la guerre contre Mare eussent été un plan mal déguisé pour se débarrasser de lui, Kenny avait immédiatement décidé à son retour qu'il était grand temps de laisser place à Livaï sur le trône.
Kenny jouait vraisemblablement un double jeu dans lequel il espérait, qu'un résultat l'emporte sur l'autre, toujours être gagnant. C'était pour ça, ayant conscience que plus il laisserait de temps aux Reiss de s'organiser et plus la succession de Livaï serait en danger, qu'il avait appuyé l'idée d'une Sélection si proche de la fin de la guerre contre Mare. Puisque Livaï avait survécu malgré tout, Kenny comptait sûrement faire plaisir à l'Eglise en lui offrant un Héritier légitime et dépositaire de l'héritage du Premier Empereur. Livaï en avait conscience lui aussi, et c'était pour ça qu'il avait accepté d'organiser la compétition si proche de son retour du front.
Une fois sur le trône, il serait vraiment plus compliqué de le déloger.
Il était impératif que Livaï parvienne à retrouver le soutien de l'Eglise s'il voulait pérenniser son futur règne. Et pour ça, il devait réussir à découvrir l'un des plus grands mystères de l'Empire depuis sa création : la véritable nature des Murs. Le paradoxe, c'était qu'il s'agissait d'un des plus grands tabous de l'Eglise. Effectuer des recherches sur le sujet revenait à se rendre coupable d'un des crimes le plus répréhensible de l'Empire : l'hérésie. Selon le culte des Trois Déesses, les Murs étaient un cadeau sacré fait au Premier Empereur. Ils célébraient l'avènement d'une ère nouvelle, celle de l'Humanité et la fin de la tyrannie des monstres qu'étaient les Titans. Le souci avec le fait de simplement accepter cette réalité, c'était qu'elle n'expliquait absolument rien.
Bien que l'Eglise présente la magie comme étant la forme ultime d'hérésie, la vérité, c'était que tous les pontifes et leurs descendants avaient la particularité de pouvoir se lier à une forme de magie spéciale : les Esprits. Les Murs, dont ces éminents prêtes avaient la charge de l'entretien, tiraient sans aucun doute leur force de cette puissance magique. Livaï refusait de croire que la chute brutale des Murs eut été provoquée par le simple fait que l'un de ses ancêtres était en réalité un bâtard. Il y avait forcément plus à découvrir sur le sujet, et l'Eglise refusait qu'on creuse trop la question avec une telle véhémence que l'évidence d'un secret était irréfutable.
Fort heureusement, Livaï n'était pas le seul dans sa quête de Vérité.
C'était sa soif de réponses qui avait fait d'Erwin Smith son indéfectible allié.
Le père d'Erwin était un homme passionné d'Histoire, et l'omerta imposée par la mainmise de l'Eglise sur le savoir ne l'avait pas empêché de fouiller les coins sombres de l'Histoire de l'Empire pour y découvrir ce qui l'intéressait vraiment. Selon lui, la magie des Murs, l'existence des Esprits, venait d'ailleurs : c'était un pouvoir mystérieux dont l'apparition était si soudaine qu'elle en devenait tant que pragmatique, même si l'ancien Duc était loin de réfuter l'existence des Déesses, il refusait de leur attribuer tous les actes que leur imputait l'Eglise dans les Textes Sacrés. A ses yeux lui, les Titans et la guerre qui avait opposé l'Humanité à ces créatures infernales étaient une réalité. Ce qui le gênait donc, c'était qu'on retrouve si peu de documents ou de preuves des affrontements qui avaient eu lieu.
Les Murs pouvaient-ils tout expliquer ?
Comment les Hommes avaient-ils fait pour combattre des géants ? Quels armements ? Quelles techniques ? D'où leur était venue la magie ? Pourquoi les pactes qui se transmettaient de génération en génération parmi les membres influents du culte des Trois Déesses étaient-ils tenus secrets du publique ? Était-ce là aussi un simple 'cadeau' des divinités envers leurs plus fidèles serviteurs ? Si oui, pourquoi est-ce que ce pouvoir avait-il décliné au fil du temps ? Et pourquoi les 'Créatrices de toute chose' avaient-elles soudain choisi de prendre le parti de l'Humanité au détriment des Titans ? L'ancien Duc de l'Est refusait de croire sans preuves, sans explications, tous les contes à dormir debout qu'on lui avait servis sur un plateau d'argent.
Lui-même pactisé avec un Esprit depuis son plus jeune âge, il affirmait que si les pouvoirs dont il avait hérité étaient un don, alors il fallait peut-être contempler le fait qu'à un moment ou un autre, l'Eglise avait failli à son devoir et que l'Humanité fût coupable d'un crime dont les Déesses avait décidé de les punir : et que c'était ça et pas autre chose qui expliquait le déclin de la puissance des pontifes et, finalement, la disparition des Murs. Très jeune à l'époque, Erwin était fasciné par les concepts mis en lumière par son père. Il était convaincu que celui-ci était sur la voie la plus noble et la plus juste afin d'aider à rétablir l'Age d'Or de Paradise. Cependant, Erwin avait commis une erreur irréparable. Il avait parlé des réflexions de l'ancien Duc à un groupe de jeunes nobles.
Quelques jours plus tard, son père était exécuté à la capitale pour Hérésie.
Loin de dissuader son fils, ce tragique accident l'avait endurci. Et plus que jamais, Erwin était déterminé à découvrir la Vérité que l'Eglise s'évertuait si ardemment à enterrer.
La véritable nature des Murs et de la magie.
Raison pour laquelle c'était vers lui que Livaï se tournait aujourd'hui afin de récupérer des ouvrages 'interdits'. Des livres de contrebandes que le Duc de l'Est récupérait à la frontière. Tout ce qui pouvait parler de Paradise d'un point de vue extérieur ou alors des archives secrètes qu'on avait sauvé de l'autodafé mise en place au début de l'Empire. Tenter d'en apprendre plus sur les Murs tout en échappant à la vigilance de l'Eglise était un véritable casse-tête.
Sous-prétexte de réviser les règles légales de la Sélection, Erwin et Livaï se retrouvaient quelques fois dans la bibliothèque impériale.
En général, leurs rendez-vous se déroulaient tard le soir, quand l'endroit avait été vidé de la présence des étudiants de l'Académie, des érudits ou des magistrats. Le calme du lieu était réconfortant. Même si sa beauté ancienne avait commencé par l'époustoufler, comme c'était le cas pour chacun des recoins du palais Utopia, Livaï avait fini par s'habituer. Mieux encore, l'endroit était devenu son refuge. Ici, il mettait de côté tous les tracas inhérents à la Cour et de sa gestion pour ne se concentrer que sur une tâche à accomplir. Vu comment on le décrivait comme un homme d'action, on aurait pu croire que Livaï détestait le travail de recherches ainsi que l'étude minutieuse et fastidieuse des textes ou autres ouvrages complexes qui relataient leur passé.
Mais dans les faits, c'était plutôt l'occasion pour lui de se reposer.
L'Histoire était une passion prenante. Il était bien plus simple qu'on ne le croirait de se perdre dans les lignes compactes de divers témoins, et plus excitant qu'on ne l'espérait de jouer le détective en croisant les rumeurs transcrites pour les traduire en faits avérés. De réunir les données jusqu'à ce que se dessine, lentement mais sûrement, cette Vérité précieuse que leur dérobait la censure. C'était l'un des rares moments où, ces jours-ci, Livaï réussissait à écarter ses pensées d'Eren Jaëger et de l'impossible situation dans laquelle le plongeait l'irrationnelle attirance qui le liait à l'Oméga…
Bien qu'il participe assurément aux petites séances de ragots qu'organisait diligemment Farlan quand il pensait que Livaï l'ignorait, Erwin jusqu'ici avait scrupuleusement respecté leur arrangement tacite de 'collègue de recherches'. A savoir, faire comme si Eren Jaëger, la Sélection et la Cour, existaient sur un autre plan dimensionnel. Raison pour laquelle, le nez plongé dans un livre particulièrement difficile à traduire tout en griffonnant sur ses notes, Livaï ne put s'empêcher de se sentir trahi quand l'Alpha blond hasarda soudain : « Jaëger est venu me rendre visite l'autre jour. » La main de Livaï s'était stoppé quelques secondes. Bien qu'il meure d'envie d'en savoir plus, l'irritation de tout à coup se voir mis nez à nez avec le problème qu'il se faisait un devoir d'ignorer l'emportait sur tout le reste.
Il reprit son griffonnage.
Erwin n'avait manifestement pas l'intention de retrouver le calme et le silence de leur session de recherches. Il continua : « Son majordome et lui ont débarqué dans mon bureau sans rendez-vous au préalable. J'aurais pu refuser de les recevoir, mais… franchement, sur le moment, j'étais bien plus curieux qu'irrité.
- Erwin…
- Je comprends mieux pourquoi Farlan semble si fasciné par le personnage. Je l'avais déjà aperçu de loin et j'avais bien entendu conscience des rumeurs à son sujet, mais se retrouver face à l'individu, cela rend humble. » Livaï abandonna toute idée de poursuivre sa traduction. Il se recula contre le dossier de son siège tout en se pinçant l'arête du nez. Après un long soupir marqué, il répliqua : « Toi ? L'in fameux Duc de l'Est, le Bouclier de l'Empire, humble face à un Oméga inconnu au bataillon ?! Arrête un peu de te foutre de ma gueule. » Erwin agita la tête puis se recula à son tour contre le dossier de son siège. Il expliqua avec sincérité : « Il n'a aucun allié connu sur lequel compter, et bien qu'il soit définitivement aussi attrayant que le rapporte les rumeurs, il sait parfaitement que ça ne suffirait pas à lui permettre de survivre à la Cour.
-…
- Il a débarqué dans mon bureau et m'a demandé, en un mot comme en cent, d'arrêter de prendre le peuple de Paradise en otage dans la querelle stupide qui oppose les Impérialistes aux Aristocrates. » Livaï crispa la mâchoire pour éviter d'être bouche bée. Erwin poursuivit, visiblement impressionné : « Je ne sais pas du tout pourquoi il s'est intéressé au projet de la Candidate Historia Reiss, ni pourquoi ou comment il a pu réussir à suffisamment gagner sa confiance pour qu'elle le laisse en savoir autant sur sa proposition, mais…
- Attends, une minute. Tu es en train de me dire qu'Eren est venu te menacer pour faire approuver le projet d'Historia ?! » Est-ce que Livaï s'était trompé depuis le départ ? Est-ce que l'Oméga était beaucoup plus doué qu'on ne lui donnait de crédit ? Est-ce qu'il était en réalité de mèche avec les Reiss depuis le début ? Le cœur de Livaï faisait des soubresauts dans sa poitrine et une boule s'était logée dans sa gorge.
Il ne savait pas quelle expression il avait, mais Erwin sembla capter son malaise. Le Duc précisa : « Menacer est un bien grand mot. En réalité, il était vraiment venu pour me traiter d'idiot égoïste et tourner en ridicule les querelles de Cour. Il s'exprimait bien davantage comme un membre invétéré du parti Neutre que comme un vulgaire pion des Reiss. » Livaï déglutit et fronça les sourcils. Eren le déstabilisait beaucoup trop. Il fallait qu'il se reprenne. Bien qu'Erwin fasse parti des rares personnes capables de le décrypter, ce n'était certainement pas aussi simple d'ordinaire. L'Alpha blond renchérit : « C'est à ce moment qu'il a précisé qu'il n'était pas non plus un grand fan du parti Neutre…
- Quoi ? » Est-ce que ce gosse était vraiment déterminé à terminer la compétition au fin fond d'une cellule ? Qu'est-ce qui lui passait par la tête ? Erwin paraissait amusé lorsqu'il explicita : « Il pense que les Neutres sont des opportunistes sans âme.
- Il a dit ça ? » Eren était parfaitement capable de dire une chose pareille, sans ciller. Erwin haussa brièvement les épaules et admit : « Non, pas exactement. Mais il a affirmé qu'il pensait qu'ils étaient prédisposés à suivre l'une ou l'autre face de la pièce tant qu'ils y trouvaient leur compte. » Livaï se retint de sourire. Ce gamin était décidemment une véritable menace. Ce qui serait le mieux, c'était qu'Eren ne passe pas le plus clair de son temps à mettre sa survie en danger. Après tout, le parti Neutre était le plus disposé à le prendre sous son aile à ce stade de la compétition. Cracher dans la soupe n'était certainement pas le choix le plus judicieux.
Erwin poursuivit son récit : « Il a fini par m'exposer un plan judicieux pour que tous aient quelque chose à y gagner si j'acceptais de laisser aboutir le projet des Reiss.
- Un plan ?
- Oui. On voit qu'il ne porte pas Rhodes Reiss dans son cœur. Mais le projet d'Historia, lui, il y tenait particulièrement. Il était évident que Jaëger n'avait pas forcément travailler son discours avant de débarquer dans mon bureau à l'improviste. Mais en pleine discussion, il a réussi à mettre sur pieds un scénario où chacun y trouvait son compte : Impérialistes, Aristocrates et Neutres auraient tous intérêts à mettre à la main à la pâte si on suit sa logique. Plus personne n'aurait de réelles raisons de s'opposer à la concrétisation du projet. Et Eren de son côté, ne souhaitait visiblement qu'une chose, que la proposition soit approuvée afin que les orphelins de Paradise aient droit à de meilleures conditions de vie. » Livaï cligna des yeux, incrédule. Il savait Eren intelligent et plutôt dégourdi, mais de là à ce qu'il tienne tête à Erwin ?
Visiblement, son 'courage' (qui virait bien souvent à la pulsion suicidaire) ne se résumait pas à se montrer franchement hostile envers la famille impériale face à un homme qu'il prenait pour un garde. Et être ivre n'était pas non plus une condition intrinsèque à la manifestation de ses pulsions suicidaires. Erwin avait l'œil brillant lorsqu'il affirma : « La seconde épreuve n'en est qu'à son commencement et Jaëger a déjà commencé à me prouver que j'ai eu raison de parier sur lui au tour précédent. » Puis sans plus rien ajouter de plus sur le sujet, le blond se remit à lire le livre ancien qu'il tenait précieusement.
Livaï avait le cœur battant et les mains moites lorsqu'enfin il se remit à son tour à l'ouvrage.
Il n'était toujours pas prêt à renoncer à l'Oméga. Que l'éventualité de sa place en tant que Finaliste s'avère possible ou non. Livaï le voulait dans sa vie. Mais il refusait toujours de devenir comme Kenny. Il refusait d'avoir à placer Eren dans le rôle de Reine (première concubine) alors qu'il épouserait une autre pour des raisons politique. Mais comment faire ? Les règles de la Sélection ne lui permettait aucune liberté…allait-il devoir les changer ? Allait-il vraiment prendre le temps et l'énergie de faire face à une nouvelle difficulté ? (Et pas des moindre) Non. Doucement, chaque chose en son temps. Avant de penser à Eren ou à l'éventualité de leur union, il devait se concentrer sur l'important.
Avoir assez de pouvoir entre ses mains pour que les règles traditionnalistes visant à museler la puissance politique de l'Empereur n'eussent plus aucune emprise sur lui. Et pour ça, il devait impérativement réussir à museler l'Eglise. Un miracle qui ne deviendrait possible que lorsqu'il aurait réussi à découvrir le secret des Murs et leur disparition.
To Be Continued….
Pfiou!
Voilà qu'on avance un peu dans le plot! On sait maintenant ce que Livaï trafiquait pendant qu'Eren s'évertuait à jouer l'autruche joyeusement...Et franchement comme disait Kizzbloo à ce stade de la correction? Si seulement Livaï savait à quel point Eren était en pls de son côté! (rire) De son point de vue, Eren est vraiment un électron libre!
J'aimerais bien lire vos avis sur l'histoire d'Erwin et le rôle qu'il joue en définitive!
J'aimerais aussi avoir vos retours sur les rêves hot de Livaï *rire nerveux* j'espère qu'ils vous plaisent et que vous n'êtes pas trop surprises! (Pour celles qui lisent Mo Dao Zu Shi, c'est vraiment la vie vue par Lan Zhan! Mdr)
A très vite j'espère (normalement chapitre 4 dans la journée de demain?)
Plein de love, Easyan
