Coucou les chatons!
La correction du chapitre 4 a été une véritable épreuve pour moi. Kizzbloo, comment diable as-tu fait pour avoir le courage de te taper ce monstre en bêta-lecture?!
Il fait près de 28 pages word, soit plus de 15 000 mots. Ce n'est plus un beau bébé, c'est un cyclope, une abomination.
Bon j'arrête de râler et je vous laisse découvrir tranquillement la suite de l'histoire!
Bonne lecture?
Résumé: L'intrigue prend forme, Livaï fait d'importantes découvertes au sujet du Mur et de l'Histoire cachée de l'Empire/ Ou 'Oh merde. Je suis amoureux, non?'
Cinderella Complex Reverse
Chapitre 4 : Second Event
Fool/Full in Love
Livaï
Part 2
Il ne fallait pas être un génie pour comprendre qu'Eren l'évitait à nouveau.
Compte tenu de leur dernière altercation, Livaï n'était que partiellement surpris. Même s'il ne pouvait s'empêcher d'être irrité en constatant que l'Oméga lui avait faussé compagnie sur le terrain d'entraînement pendant deux bonnes semaines. A vrai dire, savoir très précisément de quoi il s'était rendu coupable aidait largement à faire passer sa frustration.
L'Alpha devait des excuses à Eren.
Comme à son habitude, l'Oméga avait un don certain pour se rendre invisible. A chaque fois que Livaï pensait trouver un indice sur l'endroit où il se trouvait, l'information s'avérait erronée. L'Alpha n'avait pas la moindre idée de ce qui occupait le temps du Candidat ces derniers jours. A en croire les rumeurs qui circulaient à son sujet, il semblait qu'Eren était partout et nulle part à la fois. Au bout d'une semaine à le chercher en vain, Livaï en était presque venu à solliciter l'aide des Agents de l'Ombre pour le localiser.
A partir d'un certain moment, son regard s'était mis à chercher la silhouette d'Eren comme par automatisme. Quand il arpentait les couloirs d'Utopia pour vaquer à ses occupations, il ne pouvait s'empêcher d'humer l'air avec une attention accrue, en quête de la moindre trace des phéromones de l'Oméga. Ce fut pendant un des rares moments où il avait réussi à se libérer de la présence de sa cohorte de magistrats qu'Hanji en profita pour l'intercepter. Celle-ci commença à déblatérer tout un monologue sur ses dernières recherches, alors que Livaï l'écoutait d'une oreille distraite. A vrai dire, il avait la tête bien trop ailleurs pour se concentrer là, dans l'immédiat, sur leur projet, sans parler de la réunion qui l'attendait dans quelques minutes...
Pourtant, Livaï avait conscience de l'importance de la requête formulée par Hanji. En sa qualité de Médecin Impérial, il devenait de plus en plus évident que les résultats de ses expériences interdites pèseraient lourds dans la balance pour sauver Paradise. Plus Erwin et Livaï avançaient dans leurs recherches et plus les folles théories formulées par Hanji gagnaient en légitimité. Ils étaient du même avis : l'Apocalypse mentionnée dans les Ecrits Saints allait s'achever par la résurrection des Titans. Et ces monstres allaient être imbattables si leur équipe échouait à en apprendre davantage sur l'ennemi de l'Humanité.
Malheureusement, l'Eglise avait réquisitionné et dissimulé tous les morceaux de cadavres de Titans découverts à Paradise ces derniers siècles. Et même si Livaï comptait aider Hanji en lui fournissant très rapidement de quoi poursuivre son étude, à l'heure actuelle, l'Alpha était pieds et poings liés. Il ignorait même pourquoi elle s'était fatiguée à venir lui faire part de sa requête : c'était plutôt Erwin le champion toute catégorie confondue de la contrebande.
Il était en pleine spirale mentale quand Hanji l'interpella vivement : « Levi, tu m'écoutes ? Tu te rends compte au moins de cette découverte ! » Fatigué par ses longues tirades, Livaï finit par lui répondre : « …Oui, Hanji, je t'écoute. Et je suis ravi d'apprendre qu'une fois de plus Moblit a eu la réactivité nécessaire pour t'éviter de finir pendu au bout d'une corde par l'Inquisition. Et je serais encore plus ravi de t'écouter me raconter en détails pourquoi, plutôt que nourrir stupidement ton addiction, je devrais te dénoncer. Oui, maintenant je le vois clairement : ma conscience m'encourage à retourner ma veste. Je vais encourager une enquête ecclésiastique complète visant à stopper tes expériences tordues…
- Levi ! » Elle semblait outrée par sa réplique. Alors qu'il s'apprêtait à rétorquer, sa voix se tut soudainement. Son regard s'était brusquement focalisé sur un point particulier, au bout du couloir qu'ils traversaient. Lorsque son regard avait capté du coin de l'œil les déplacements légèrement suspicieux d'un individu particulier, son esprit avait rapidement fait le rapprochement avec Eren. Livaï coupa abruptement le monologue de son interlocutrice : « … Laisse tomber Hanji, j'ai un truc à faire. »
Il commençait à s'éloigner lorsqu'elle s'écria, offensée : « N'encourage pas l'Inquisition ! Aide-moi plutôt à me fournir légalement plus de morceaux de Titans ! Je suis sûre que l'Eglise a récupéré le cadavre retrouvé sur le site archéologique de M… Hmpf ! » Livaï n'avait pas besoin de se retourner pour savoir que Moblit venait judicieusement de plaquer la main contre la bouche d'Hanji.
L'Alpha était déjà en train de s'empresser à poursuivre l'étrange individu qu'il avait repéré. Il parvint enfin à rattraper la silhouette fuyante au détour d'un couloir et lui saisit l'avant-bras sans hésitation. En dépit de son étrange tenue, ses sens confirmèrent rapidement l'identité d'Eren Jaëger en une légère inspiration. Sans perdre une minute, il attira l'Oméga à sa suite. En cette période de l'année, la nouvelle vague d'apprentis magistrats n'étaient pas encore entrée en fonction à Utopia et la plupart des cabinets de ce couloir demeuraient vides. Une fois dans la sécurité relative de l'un de ces bureaux désert, Livaï fit face à Eren. Bien qu'il eût les sourcils froncés et un air passablement confus, l'Oméga ne semblait ni sur ses gardes ni énervé.
Bien.
Peut-être que Livaï n'avait pas totalement tout gâché avec son attitude déplorable de mâle Alpha en Rut…
Il referma la porte de la pièce avec précaution. Avant cet instant, Livaï s'était imaginé un million de façons différentes de s'excuser pour son attitude. Mais sur le coup et face au problème, il semblait que toutes ses belles phrases d'introduction ou d'explications étaient inadéquates. L'Oméga se mit soudain à balbutier : « Qu'est-ce qui m'a trahi ? Est-ce que cette tenue fait encore un peu trop 'riche' ? … » Livaï ignora son marmonnement et s'exclama brusquement : « Désolé » Ces excuses lui avaient jailli des lèvres d'elles-mêmes. Il n'était vraiment pas taillé pour faire de grands discours. Peut-être qu'il aurait mieux fait de lui demander simplement pardon plus tôt. Ça lui ressemblait bien plus de toutes les manières.
Sans avoir conscience qu'il évitait le regard d'Eren, Livaï s'expliqua : « Je sais que je te dois des excuses. Je ne suis pas vraiment habitué à… » Être un véritable crétin en Rut ? Être aussi affecté par des phéromones ? Livaï baissa légèrement les yeux et bafouilla : « Enfin, j'ai reçu les mêmes leçons que tout le monde en la matière. Mais avant toi, je n'avais jamais eu besoin de faire attention... » Est-ce que ça comptait vraiment comme des excuses s'il donnait autant l'impression de chercher à justifier ses actes ?! Il perdit patience et admit : « Je sais que j'aurais dû pouvoir me maîtriser mieux que ça…
- Quoi ? » Livaï se figea. Eren semblait si confus. Il était clairement en train de foirer son coup. L'Alpha se passa une main nerveuse dans les cheveux et tenta d'expliciter un peu mieux sa pensée : « L'autre jour, sur le terrain d'entraînement… » Eren écarquilla soudain les yeux : « Oh ! » Livaï marqua une pause. Est-ce que le gamin était sérieux ? Est-ce qu'il était vraiment en train de sous-entendre qu'il avait oublié l'incident ? Aussi facilement ?!
Livaï n'aurait-il pas dû se sentir plus soulagé qu'irrité par ce constat ?
L'Alpha croisa les bras sur son torse et posa un regard appuyé sur son interlocuteur. Il s'exclama : « Tu essaies de me faire croire que tu n'essayais pas à nouveau de m'esquiver parce que je t'ai…
- Oula ! Une seconde, tu ne 'm'as …' rien du tout ! »
Ah ?
Eren bredouilla : « C'était juste…euh…surprenant ? Non. Embarrassant ? J'étais juste… surpris et embarrassé… » Livaï se pinça les lèvres. Il lui fit alors remarquer, légèrement bourru : « Tu es parti comme si tu avais le feu au cul. Et depuis tu as arrêté de venir au terrain…
- J'étais juste super occupé ! » A ces mots, l'Alpha lui jeta un regard empli de suspicions. L'Oméga agita les mains comme pour avaliser sa sincérité et s'écria : « Non, je le jure ! J'avais un million de trucs à faire et l'entraînement est un peu passé à la trappe ! Arrête de me regarder comme ça, je ne mens pas ! Je ne t'esquivais pas ! » … Et le pire, c'était qu'Eren ne semblait réellement pas mentir. Livaï poussa un long soupir de soulagement. Il se promit mentalement qu'à partir de maintenant, il allait fournir un effort tout particulier pour que l'Oméga ne se sente plus jamais sous pression.
Lorsque Livaï fit de nouveau face à son interlocuteur, un éclat de malice brillait dans les yeux pétillants d'Eren. Un large sourire flottait sur les lèvres de l'Oméga lorsqu'il demanda : « Tu étais vraiment inquiet à ce point ? Je trouve ça mignon. » Livaï était bouche bée, il balbutia : « Mi… mignon ?! » Cet Oméga était clairement givré, c'était bien sa chance… Il fallait forcément que la première personne à qui il portait autant d'intérêt eut un sérieux problème mental ! Loin d'être touché par son outrage, Eren se contenta d'hausser les épaules sans se départir de son petit sourire satisfait.
Bien… Puisque la question des excuses était réglée, Livaï pouvait décemment changer de sujet : « J'ai discuté avec Erwin. Je te crois quand tu dis que tu as été très occupé ces derniers temps. » Et c'était une façon assez euphémiste de présenter les choses. Eren souffla du nez et s'écria, visiblement sarcastique : « Ah… Le Duc de l'Est n'est pas trop absorbé par son travail pour avoir le temps de ragoter sur la visite d'un Oméga lambda ? Tu sais ce que je commence à croire ? Que vous ne faites que gonfler l'importance de vos occupations pour vous donner de grands airs… » Livaï plissa les yeux et répliqua : « Arrête d'essayer de minimiser tes réussites. Au début, ça pouvait passer pour de l'humilité. Maintenant, ça semble surtout très louche. » Plus Eren démontrait à quel point il pouvait être intelligent, et plus son apparente désinvolture semblait suspecte.
Quelqu'un d'aussi doué pour naviguer dans les eaux troubles de la Cour ne pouvait pas décemment être aussi inconscient de ses capacités. Eren haussa pourtant un sourcil, incrédule, et demanda avec une note de surprise dans la voix : « Louche ? Pourquoi ?
- On dirait que tu fais tout pour qu'on évite d'y regarder de trop près. Ce genre de mystère, ici, ça a surtout tendance à attirer l'attention. » Rien de plus vrai. Paradoxalement, si Eren n'avait pas été aussi doué à parsemer de-ci de-là des bribes de ses compétences sans jamais trop en révéler de lui-même, Livaï n'aurait jamais cédé à son impulsion première d'en apprendre davantage à son sujet. Et par conséquent, il n'aurait pas essayé de se rapprocher de lui. L'Alpha admit finalement : « Erwin était très impressionné.
- Tout ce que j'ai fait c'est de lui demander d'arrêter de prendre le peuple en otage. Je ne suis pas sûr que ça soit suffisant pour attiser son intérêt. » Une fois de plus, Eren semblait sincère. Comme s'il n'y avait vraiment rien d'autre à chercher pour expliquer son intervention qu'un honnête désir de faire ce qui devait être fait. Pour le bien commun.
Impressionné malgré lui, Livaï admit : « Je n'arrive pas à savoir si tu peux te permettre ce genre de choses parce que tu n'y connais absolument rien aux us et coutumes des intrigues de Cour ou si c'est dû à ton caractère… Même si, sincèrement, l'un ou l'autre, on s'en fout un peu dans le fond. Ce qui importe c'est le résultat… » Eren roula des yeux : « Crois donc la version qui te plait le plus. » Livaï l'observa un instant. L'apparent détachement de l'Oméga faisait naître en lui une pointe d'angoisse qu'il peinait à expliquer.
'Disparaître dans la nature'.
C'était sans aucun doute le seul 'plan' auquel Eren semblait accorder une réelle importance jusqu'ici. L'Oméga s'était entraîné sans relâche afin de pouvoir assurer sa propre sécurité une fois évincé de la Sélection. Est-ce que son soudain intérêt pour les projets de ses rivales s'expliquait par un désir de se faire des alliés avant de s'enfuir ? Après réflexion, c'était peut-être pour ça qu'Eren trouvait si facile de manipuler les intrigues de la Cour. Le Candidat devait sans doute se dire que se faire des ennemis n'avait aucune importance, parce qu'il ne comptait pas rester à Utopia assez longtemps pour récolter les graines semées dans la tempête.
La boule d'angoisse qui s'était formé dans la gorge de Livaï le poussa à passer à l'acte.
En quelques pas, il s'était suffisamment approché de son vis-à-vis pour pouvoir saisir son avant-bras. A l'aide de ce contact solide et rassurant, il s'entendit adjurer : « Reviens au terrain d'entraînement. » La touche légère de désespoir contenu dans sa supplique l'embarrassa bien plus que s'il s'était soudain mis à réciter les lignes d'un roman à l'eau de rose dégoulinant de niaiserie. S'il parvenait à convaincre Eren de passer plus de temps en sa compagnie, peut-être que celui-ci finirait par changer d'avis ? Peut-être que ça suffirait pour le convaincre qu'une alternative à ses côtés serait préférable à son plan d'origine ? L'Alpha se recentra et ajouta sur un ton plus maîtrisé : « Je serais vexé si tu n'arrives même pas à me dégager un créneau, alors que moi, je tiens ma part du marché. » Les yeux de l'Oméga s'écarquillèrent. Il était visiblement pris de court par son admission.
La note fleurie de la gêne s'insinua doucement dans le parfum d'Eren. Livaï se détendit sur le coup : au moins, il n'était pas le seul à trouver cet instant particulièrement embarrassant. L'Oméga finit par acquiescer, sans un mot. Livaï prit un moment pour détailler un peu plus sa tenue. Où Eren s'était-il procuré de telles guenilles ? Et pourquoi est-ce qu'il s'était déguisé ? L'Alpha prit soudain conscience du fait qu'il n'avait toujours pas lâché l'avant-bras de son interlocuteur. Pour une fois, Eren ne s'était pas écarté. Engaillardi par cette constatation, Livaï caressa doucement la peau accessible à son exploration du bout des doigts. Il eut la satisfaction de sentir le frisson qui secoua l'Oméga en réponse. Profitant de cette distraction, il demanda : « Est-ce que j'ai vraiment envie de savoir pourquoi est-ce que tu es habillé comme un mendiant ? » Eren avait les yeux braqués sur l'endroit où ils étaient en contact. Ses joues étaient très légèrement empourprées et l'épice entêtante de cardamome se glissa dans son parfum.
Comment est-ce que Livaï était censé se contrôler si l'Oméga répondait si bien à ses caresses ?
Eren cligna des yeux, secoua légèrement la tête comme pour remettre de l'ordre dans ses pensées. L'Oméga se dégagea de sa prise, faisant mine de se placer une mèche derrière l'oreille. Il lui répondit sans détour : « J'aide Mikasa pour son projet… » Livaï marqua un silence. Après Historia Reiss, voilà qu'Eren se mêlait à présent des affaires de Mikasa ? Erwin ne plaisantait pas lorsqu'il affirmait que le Candidat ne semblait avoir porté allégeance à aucun parti politique particulier jusqu'ici. Livaï se souvint tout à coup des rumeurs les plus récentes qu'il avait surpris au sujet d'Eren. Il fronça les sourcils et hasarda : « J'ai cru comprendre que vous passiez beaucoup de temps ensemble en ce moment…
- Est-ce que tu trouves au moins le temps de travailler entre les moments où tu m'espionnes ? » Touché. Eren avait vraiment le don de taper là où ça faisait mal, qu'il en eut pleinement conscience ou pas. Livaï feignit la nonchalance quand il répliqua : « C'est toujours notable quand deux Candidats décident de s'allier. On s'attend à un retournement de situation…
- Oh. Eh ? Dans mon cas, sache que je ''m'allie'' avec un peu tout le monde. Sauf peut-être Gloria qui… » Eren marqua une pause. Il fronça les sourcils puis se reprit : « Non, laisse tomber. Je ne vais pas refaire une 'Hannah', tu vas devoir te faire ta propre opinion ! » Amusé, Livaï lui fit remarquer : « Je ne t'avais rien demandé… » Eren leva les yeux au ciel, agacé. Il le pointa d'un doigt accusateur et s'écria : « C'est ta technique favorite, c'est tout. Tu ne demandes jamais rien, mais tu finis toujours par tout apprendre, étrange, non ?
- Tu es bavard. Ce n'est pas ma faute si tu finis par piailler sur les faits et gestes de tes adversaires… » Ce qui, après mûres réflexions, était la stricte vérité.
Même si Livaï encourageait tout type de conversation avec l'Oméga, il n'avait jamais vraiment insisté pour obtenir des détails sur les histoires et mésaventures des autres Candidates. D'un côté parce qu'il avait son propre réseau d'informateurs sur le sujet, d'un autre parce qu'il aurait sans hésiter préférer en apprendre beaucoup plus sur Eren lui-même. Livaï plissa les yeux et avança : « Si ça se trouve, c'est toi qui me manipules. » Et n'était-ce pas là une pensée que sa fierté avait toujours soigneusement écartée ? Livaï en était à un stade où admettre qu'il lui était extrêmement difficile de comprendre ce qui pouvait passer par la tête de l'Oméga n'était plus un problème. Sa survie dépendait de son adaptabilité aux conspirations de la Cour, et le voilà dans un cabinet vide, à admettre qu'Eren Jaëger le laissait parfaitement perplexe !
Livaï espérait que Kuchel n'était pas en train de se retourner dans sa tombe…
L'Alpha continua sur sa lancée, soudainement anxieux : « Tu me pointes peut-être du doigt les Candidates dont tu veux te débarrasser. » Eren pencha la tête de côté. Il était presque impossible de ne pas le voir réfléchir sérieusement à la question : envisager, très clairement, de réellement tirer avantage de son étrange relation avec le futur Duc du Nord. Bizarrement, son refus évident de nier ou réfuter l'allégation de Livaï fut exactement ce qui rassura l'Alpha. Il s'entendit ricaner : « D'accord. Rien qu'à voir la tête que tu tires, c'est bien la première fois que t'y penses. Je vais devoir me méfier de ce que tu me racontes à partir de maintenant. » Eren lui sourit froidement : « Comme ça, on est deux. » L'affirmation glaciale le déstabilisa. Pile quand il croyait avoir réussi à établir ne serait-ce qu'une légère relation de confiance entre eux, il fallait que l'Oméga le tienne en alerte.
Livaï se plaignit : « J'ai cru que j'avais réussi à récupérer ta confiance depuis la dernière fois…
- Il n'y a pas de fumée sans feu. Je serais débile de ne pas me méfier. » Ils se toisèrent. Livaï ne pouvait s'empêcher d'admirer la prudence dont faisait preuve le Candidat. Réussir à être sur la même longueur d'onde qu'Eren était aussi gratifiant qu'excitant. Un sourire similaire leur fleurit sur les lèvres. Le moment était chargé. Livaï était peut-être actuellement incapable de déterminer précisément ce qu'il se passait entre eux, mais il savait parfaitement ce qu'il désirait personnellement tirer de cet échange. Eren comptait peut-être s'enfuir une fois éliminer de la compétition. Mais actuellement, il était encore là, à portée de main, et l'Alpha refusait de simplement le laisser lui échapper.
Son corps l'avait poussé à combler les quelques pas qui les séparait avant qu'il en eût pleinement conscience. Il leva le bras et, d'un léger geste du poignet, caressa le cou de l'Oméga. Eren réagit directement à son contact. Ses phéromones s'enrichirent d'une importante note sucrée lacée de l'épice de son excitation. Les lèvres de l'Oméga laissèrent échapper un très léger geignement de frustration alors qu'il fermait les yeux, les paupières tremblantes.
Le cœur de Livaï se mit à battre frénétiquement.
Il avait senti qu'Eren n'y était pas indifférent. Sa proximité était manifestement au goût de l'Oméga. Et au cours de leurs diverses discussions, il avait souvent l'impression qu'il parvenait à l'intriguer, d'une façon ou d'une autre. Peut-être même qu'il était apprécié d'Eren, dans une commune mesure. Le souci, c'était qu'il était bien le seul à être aussi direct lorsqu'il s'agissait d'exprimer clairement son intérêt. C'était lui qui semblait toujours poursuivre l'Oméga, souhaiter sa présence. Et même si Eren s'était laissé aller à discuter à mi-mot d'une éventuelle alliance 'romantique' à la suite de son élimination de la Sélection, ce n'était jamais sérieux. On aurait juste dit que l'Oméga se contentait de flirter parce que l'occasion se présentait à lui.
Alors qu'elle ne fut pas sa surprise quand Eren leva la main à son tour pour effleurer directement sa glande d'Appareillement du bout de ses doigts. Le sang de Livaï ne fit qu'un tour, son cœur manqua un battement. Il cligna des yeux tandis qu'un frisson le traversait de la tête aux pieds. A l'idée d'être Marqué par l'Oméga, la sensation brûlante qui l'avait foudroyé dans son rêve érotique se logea au creux de ses reins. C'était la première fois qu'Eren faisait aussi clairement démonstration de son affection. Et comme dans son rêve, le simple fait d'être si clairement 'réclamé' comme appartenant à l'Oméga le faisait vibrer d'une satisfaction fiévreuse.
Les paupières lourdes et le regard nébuleux d'Eren ne faisait qu'empirer l'acuité de son excitation. Livaï venait à peine de promettre de respecter les limites de l'Oméga ! Plutôt que de simplement bondir sur son interlocuteur, Livaï se contraignit à saisir la main délicatement posée contre sa nuque. Il déposa un baiser brûlant contre sa paume, frustré de ne pouvoir décemment laisser libre cours à sa pulsion première : enlacer Eren, caresser sa glande du bout des lèvres…
'Marquer', 'Posséder', 'Mordre'.
Comme s'il avait soudain pris conscience du danger dans lequel il s'était placé, Eren sembla tout à coup sortir de sa transe. L'Oméga se lamenta : « Bravo ! Maintenant on va partager la même odeur toute une journée ! Est-ce que tu cherches à me faire condamner à mort ?! » Livaï esquissa un rictus complaisant. Cette perspective était beaucoup trop plaisante pour son instinct primaire : il n'allait sûrement pas le nier. Au contraire, il était pleinement satisfait à cette idée. Il finit par relâcher la main de l'Oméga qu'il tenait prisonnier. Il valait mieux se montrer prudent, il jouait déjà largement avec le feu.
Il demanda avec une touche de suffisance : « Pourquoi avoir réciproqué si cela t'inquiétait tant que ça ? » Eren cligna des yeux, décontenancé. Il fronça les sourcils et croisa les bras. Il avait l'air sur la défensive. Troublé, il rétorqua : « L'instinct ! Ça ne veut pas dire que j'approuve ! Qu'est-ce que je suis censé faire maintenant ? Je n'ai pas le temps de prendre un bain ! » Livaï le détailla ostensiblement d'un regard avant de répliquer : « A en croire ta tenue, c'est plutôt une bonne chose que tu sentes comme 'nous deux'. Si tu traînes dans des coins louches, il vaut mieux ne pas avoir l'air d'un Omega sans Paire. » Eren roula des yeux puis grogna : « Est-ce que la possessivité abusive est un trait d'Alpha que j'ignorais ? »
Carrément ! Est-ce que ce crétin de gamin essayait de le faire tourner en bourrique ?
Livaï grognait presque lorsqu'il gronda : « Est-ce que d'autres Alphas t'ont donné l'impression d'être possessifs ces jours-ci ? » Eren eut l'indécence de sursauter légèrement, pris sur le fait. Livaï dût se convaincre qu'il était sans aucun doute le seul Alpha que l'Oméga avait Marqué de son odeur pour éviter de suivre son instinct. Pourtant, sa première pulsion lui dictait tout le contraire : attraper Eren, le plaquer contre un mur et le 'Marquer' de telle manière qu'aucun Alpha ne puisse l'approcher sans avoir pleinement conscience de s'avancer en territoire conquis… Plutôt que de le rassurer, Eren leva les bras au ciel et répondit avec frustration : « Argh ! Je n'ai pas le temps avec ça ! Je dois y aller… » Il comptait vraiment mettre un terme à cette discussion sans justification ?!
L'Oméga se dirigeait déjà vers la sortie quand Livaï tenta de le retenir. Malheureusement, Eren était assez agile pour réussir à lui échapper. Juste avant qu'il ne prenne la poudre d'escampette, l'Oméga prit le temps d'hurler par-dessus son épaule : « A plus tard ! Je promets de prendre le temps ! » Le sourire clairement amusé qui lui flottait sur les lèvres alors qu'il tournait les talons fit gronder Livaï, visiblement consterné.
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
Quand Livaï arriva bien après le début de la réunion, personne n'osa s'en plaindre.
Présent parmi les participants pour assumer le rôle de Prince, Farlan attendit que la salle se vide avant de l'approcher. Il se planta à sa droite et entreprit de le fixer, sans un mot, comme si le percer de son regard azuré avait la moindre chance de fonctionner pour obtenir ce qu'il désirait : à savoir des réponses à ses questions silencieuses. Livaï était en train de calmement ranger ses documents tout en l'ignorant quand son meilleur ami craqua : « Par Sina Levi ! Tu comptes vraiment ne rien dire, là ?! » L'Alpha se frotta l'arête du nez et posa sur son interlocuteur un regard qui se voulait le plus blasé possible : « Quoi ? Qu'est- ce qu'il y a encore ?
- Tu plaisantes ?! Je sais qu'à part toi et moi, il n'y avait aucun Alpha dans la pièce, mais tu imagines un peu ce qui va se raconter quand les gens vont commencer à dire que l'Héritier du Nord s'est laissé Marquer par quelqu'un d'autre que sa fiancée ?! » Farlan était visiblement à deux doigts de s'arracher les cheveux lorsqu'il renchérit, ahuri : « Tu cherches à me gâcher la vie, c'est ça ?! » Livaï grimaça. Bon. D'accord, vu comme ça, il était probable que Farlan eut de bonnes raisons de se montrer dramatique pour une fois.
L'Alpha poussa un long soupir, résigné : « Désolé. Je serai plus prudent à l'avenir.
- A l'avenir… Est-ce que tu admets enfin que tu es en train de courtiser Oméga Jaëger ?!
- Pourquoi il faut toujours que tu compliques tout ? Et qui à parler d'Eren ?
- Tu ne te laisserais jamais Marquer par quelqu'un d'autre que Jaëger ! Tu sais que plus tu nies l'évidence et plus je suis convaincu d'être dans le vrai ? » Livaï marqua une pause. Son meilleur ami en tira ses propres conclusions et son regard se mit à briller de l'intérieur. Farlan vibrait maintenant d'excitation que d'indignation quand il s'exclama, ravi : « Levi !
- Ça suffit, on n'a plus treize ans ! Et je suis en pleine Sélection ! Eren Jaëger n'est pas un choix valide pour la compétition. Il n'a aucun allié… -Livaï leva une main pour stopper son interlocuteur-…et ne vient pas me sortir tes conneries de 'Moi je le soutiens'. Tu sais à quel point je m'en tamponne ! Tu es déjà de mon côté, à quoi bon sécuriser notre alliance en le choisissant ?! En plus, cet idiot est visiblement décidé à ne pas continuer à jouer le jeu, il n'y a aucune chance qu'il finisse parmi les Finalistes… » Un silence lourd de sens s'abattit entre eux.
Farlan finit par soupirer à son tour. Il tira la chaise adjacente à Livaï et s'installa à ses côtés, pensif. Après quelques minutes, il finit par hasarder : « Je sais ce que tu penses du Harem impérial. Mais est-ce que tu ne pourrais pas…
- Je… » La vérité, c'était que plus le temps passait, et plus l'éventualité de réussir à convaincre par miracle Eren de devenir sa Reine se faisait tentante. Mais Livaï était toujours aussi viscéralement opposé à l'idée d'autant ressembler à Kenny. A l'idée de placer une autre dans la même position que Kuchel : à livrer des milliers de batailles, désarmée et sans armure. Alors que tous savaient qu'elle n'était qu'une marionnette, qu'elle n'avait pas les faveurs de son Empereur… Et, ça, ce n'était valide que dans l'hypothèse peu probable où Eren accepterait de jouer le même rôle qu'Uli. Or plus il en apprenait sur l'Oméga, et moins l'alternative de le relayer à la seconde place était plausible.
Pourtant, il n'y avait rien de plus réel que le viscéral besoin qu'éprouvait Livaï à le garder dans sa vie.
Contrairement à son habitude, Farlan jura vertement. Livaï haussa un sourcil, amusé malgré lui. Son meilleur ami se passa une main sur le visage et se désola : « Pourquoi il a fallu que tu jettes ton dévolu sur le pire Candidat possible ?! Tu avais dix chances ! Dix ! » Livaï répliqua, amer : « Il faut croire que Kenny est vraiment mon père, finalement… » A l'époque de sa Sélection, Uli Reiss était très certainement le pire choix qu'aurait pu faire Kenny après tout : un Oméga fervent partisan du parti Aristocrate et frère aîné de son plus virulent détracteur, Rhodes Reiss… Farlan agita la tête et rétorqua : « Pfff, comme si ce n'était pas déjà visible comme le nez au milieu de la figure quand on vous voit debout côte à côte qu'il est ton père ! » Livaï le vrilla du regard. Farlan haussa les épaules, sans une once de repentance. Livaï ferma les yeux un instant puis se remit à ranger les documents qui lui faisait face.
Cette discussion n'allait nulle part.
C'était exactement pour ça qu'il n'avait aucune envie d'en parler avec Farlan au départ. Il avait conscience, plus que quiconque, de l'impasse dans laquelle il se trouvait. Son attirance, puis sa légère obsession pour Eren Jaëger s'étaient si rapidement transformées en 'autre chose' qu'il était devenu incapable de s'en prémunir. Il se retrouvait donc dans cette situation impossible, confus et impuissant. S'il pouvait au moins, comme au départ, faire mine d'ignorer son désir profond d'avoir l'Oméga à ses côtés… Farlan avait l'air perdu dans ses pensées, le regard dans le vague, quand il exposa : « D'ici la fin de la compétition, tu auras sans doute réussi à faire pencher la balance en ta faveur en ralliant, ou au moins en muselant, le parti Neutre. Si tout se passe comme tu l'as prévu et que tu finis par épouser Mikasa, le parti Impérialiste va peut-être réussir à récupérer assez d'influence à la Cour pour que les Aristocrates ne représentent plus une menace… » Livaï se pinça les lèvres.
Farlan était sans aucun doute au courant des rumeurs qui relataient un rapprochement d'Eren et Mikasa. Mais contrairement à l'idée que se faisait sans doute son meilleur ami, cette étrange conciliation était loin de lui inspirer confiance. Quelque chose ne cessait de murmurer dans l'esprit de l'Alpha que la nouvelle entente entre l'Oméga et sa cousine lointaine était loin de lui être favorable. Il doutait qu'un avenir où Mikasa jouerait l'Impératrice fantoche alors que Livaï et Eren vivraient une idylle restait moins plausible que de voir l'Archevêque Willy Teyber abdiquer de sa position pour devenir chanteur d'opéra professionnel dans la troupe de théâtre impériale.
Farlan poursuivit néanmoins sa réflexion à haute voix : « Notre plus gros problème… ce sont les Murs. Et substantiellement, l'Apocalypse qui menace de nous tomber dessus sans prévenir. » Livaï poussa un gros soupir. Il tourna lentement les yeux vers son meilleur ami et demanda, frustré : « Et je peux savoir pourquoi tu crois que me résumer ma vie va aider, là tout de suite ?
- Si on peut découvrir comment rétablir les Murs et rallier l'Eglise à notre cause, tu ne seras peut-être même pas obligé d'épouser Mikasa. Le parti Neutre te mange quasiment déjà dans la paume de la main, que tu l'épouses ou non, Mikasa restera une alliée, avec les Murs en moins comme problème, l'Eglise devrait te laisser libre de choisir ton Impératrice, non ? Eren ne sera pas obligé d'être relayé au rôle de Reine… » Livaï marqua une pause. Il agita soudainement la tête, comme pour chasser les pensées qui venaient de lui venir. Il fronça les sourcils et réprimanda : « Farlan, il est grand temps que tu arrêtes d'abuser de la boisson. Qu'est-ce que tu insinues là ? Que si je réussis à régler la question des Murs, tous mes vassaux vont tout à coup se transformer en personnages de conte de fée et qu'on va accepter que j'épouse Eren ?! Il ne sera même pas Finaliste ! Il refuse de jouer le jeu de la compétition ! Des Traditionnalistes, il y en a dans tous les partis politique. Il faut vraiment que tu arrêtes de boire si tu commences à sérieusement croire que tes romans à l'eau de rose peuvent devenir réalité. » Farlan tint le coup et répliqua sans ciller : « Tu as oublié ton but ? » Ils se toisèrent.
Farlan croisa les bras et continua avec conviction : « Tu as accepté la Sélection pour prendre le trône avant que les Reiss ne puissent organiser l'ascension d'un des leurs, parce que tu souhaitais avoir suffisamment de pouvoir pour changer les choses ! Si tu veux réformer l'Empire vers un avenir meilleur comme tu l'avances, pourquoi tu agis comme si déterminer toi-même de qui sera ton Impératrice est une tâche aussi insurmontable ? » Il le fixait avec intensité lorsqu'il lui demanda finalement : « De quoi as-tu vraiment peur Levi ? » Un long silence accueillit sa question. Troublé, l'Alpha referma brusquement la pochette de documents qui lui faisait face. Puis il se redressa et s'écarta de son meilleur ami.
Farlan n'ajouta pas un mot lorsque Livaï quitta la pièce sans se retourner.
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
Le contrôle.
C'était une chose dont on l'avait trop longtemps privé pour que Livaï accepte de s'en défaire sans ciller. Il lui semblait avoir passé la majorité de son existence à essayer de 'récupérer le contrôle de sa vie'. C'était pour ça qu'il avait eu l'idée du subterfuge pour assumer le rôle de Conseiller de la Sélection plutôt que celui de Prince Héritier. C'était aussi pour cette même raison qu'il s'était battu pendant des années au front, afin de survivre aux machinations de ceux qui voulaient le voir mourir au combat.
Chaque jour, la part de responsabilité qu'avait ou non Kenny dans la mort de Kuchel vacillait dans son esprit.
Parfois, Livaï se retrouvait à admettre que son géniteur avait fait ce qu'il avait pu pour l'aider à accéder à son droit d'héritage de la couronne après son retour triomphal de la guerre. Mais paradoxalement, il se demandait aussi à quel point l'Empereur était déçu qu'il n'eut pas péri au front. Livaï n'avait jamais eu le moindre doute sur le fait que sa naissance était davantage une obligation que réellement désirée. Kenny avait longtemps été tenu responsable de tout ce qui pouvait 'clocher' à Paradise : il avait grandi en maintenant son pouvoir d'une main de fer, parce qu'on susurrait que lui ou son père avant lui, n'étaient que des bâtards. Avoir conçu puis 'protégé' à sa façon Livaï en l'exilant à Mitras aux côtés de Kuchel était un peu sa manière tordue de lever le majeur vers l'Eglise.
S'ils voulaient un Héritier qui eut forcément un 'sang' plus pur, Livaï était leur champion. Et maintenant qu'il avait survécu à son affrontement contre l'Empire Mare, c'était à Livaï qu'il incombait de magiquement régler tous les problèmes inhérents à la chute des Murs. Et s'il échouait ou mourrait quelques temps après avoir pris ses fonctions ? Les Reiss s'empresseraient de prendre le relai. Frieda ou Dirk étaient parfaitement capables de récupérer sa place et de rendre à Paradise toute sa grandeur d'antan. Rhodes Reiss n'acceptait la légitimité de Kenny sur le trône que parce qu'ainsi, le sang de l'Empereur (que partageaient ses neveux et nièces) devenait assez purs pour que l'héritage ancestral se perpétue même après la mort de Livaï.
Ainsi Kenny n'avait que des cartes gagnantes en main : comment est-ce que Livaï était censé déterminé de son niveau d'implication dans les machinations qui avait conduit Kuchel à la mort ?
Livaï refusait de jouer le jeu davantage qu'il n'y était contraint.
On lui rabâchait les oreilles depuis son enfance à propos de l'Apocalypse, mais celle-ci n'avait jamais paru plus réelle que lorsqu'il avait combattu au front contre Mare. Les horreurs de la guerre, la mort, la violence, cette écrasante solitude qui l'avait étreint quand il avait enterré la majorité des soldats qui l'avaient vu grandir… Il avait dû affronter tout cela avant de devoir à nouveau combattre, comme si de rien n'était pour apporter la victoire à un Empire qu'une part de sa conscience tenait pour responsable de ses malheurs. Le désespoir rampant lui avait glacé le sang et vidé le cœur rien qu'à l'idée que cet enfer puisse ne jamais se terminer. Il avait toujours craint que l'horreur du champ de bataille se poursuive des années durant, jusqu'à ce qu'il finisse lui aussi par mourir au front, anonyme parmi une pile toujours grandissante de cadavres…
Alors oui. Livaï, une fois de retour à la capitale de Paradise, avait accepté la Sélection et il avait passé un accord secret avec Mikasa. Il devait l'épouser au cas où il échouait à trouver une Candidate plus avantageuse que ne l'était la jeune Alpha pendant la compétition, afin d'acquérir un pouvoir politique plus stable lorsqu'il serait temps de monter sur le trône. Afin d'observer les choses à distance et prendre le contrôle du palais d'Utopia et sa Cour d'intrigants, Livaï avait mis en place ce stratagème d'échange d'identité et commencé à prendre peu à peu ses marques. Il avait changé les règles pour pouvoir espérer s'en sortir vainqueur, pour reprendre le contrôle.
« De quoi as-tu vraiment peur Levi ? »
La réponse était évidente : l'Oméga Eren Jaëger était l'absolue antithèse du contrôle.
Son existence n'était que chaos. Le mystère dans lequel il était drapé était dangereux. Mais Livaï s'était retrouvé happé malgré lui, curieux, intrigué, captivé. L'Oméga s'était insinué dans ses pensées comme du lierre : rampant, indestructible, étouffant. Livaï était à la merci de son sourire, de ses phéromones, de l'étrange brillance de son esprit vif. Eren l'avait poussé à admettre et à se résigner. Des termes qui jusqu'ici lui étaient étrangers.
Quand Kuchel avait fini assassinée, Livaï avait beau avoir été mis face à l'évidence de sa mort, il ne l'avait pas pour autant accepté. Il avait juré vengeance et l'avait obtenu en remportant la victoire contre Mare. Il comptait bien poursuivre cette vengeance jusqu'à son total accomplissement en accédant au trône et en réformant l'Empire de Paradise pour en faire la nation dont Kuchel avait toujours rêvé. Un endroit plus juste, plus doux, où elle aurait pu s'épanouir dans d'autres circonstances.
A présent, Livaï se retrouvait dos au mur.
Aucun des obstacles qui se dressaient sur sa route auparavant n'avaient été éliminés. Et à la place, un nouveau dilemme s'offrait à lui. Un choix qui n'en était déjà plus vraiment un : l'Alpha, son instinct, celui qui ne lui avait jamais fait faux bond jusqu'ici, celui qui lui avait sauvé la vie à maintes reprises sur le champ de bataille, ne s'imaginait déjà plus vivre sans Eren Jaëger à ses côtés. La présence de l'Oméga était à présent considéré comme vitale : même si la rationalité de Livaï continuait de chercher à s'expliquer comment il avait pu en arriver là, en vain. Devait-il juste accepter les faits pour ce qu'ils étaient ? Se sentirait-il vraiment mieux s'il se contentait de céder à sa pulsion primaire ? Donner libre cours au sentiment profond qui lui rongeait les tripes allait-il enfin lui permettre de trouver le repos ?
L'Alpha agita la tête pour se concentrer.
Les images d'un rêve encore plus intense que le précédent venaient de caresser sa conscience.
La tête posée sur les genoux de l'Oméga, ses doigts se glissaient dans sa chevelure. Livaï ferma les yeux. Jamais de toute sa vie il ne s'était senti aussi en paix. Il avait l'impression que son cœur se consumait de l'intérieur, qu'il baignait dans un bien-être sans limite. Ses angoisses, la sombre menace lointaine qui grondait à l'horizon, étaient maintenues à distance par la présence chaleureuse et lumineuse de l'Oméga qui lui caressait la tête avec tendresse. Livaï n'avait ni eu besoin d'ouvrir les paupières, ni de contempler le visage serein d'Eren pour savoir, intimement, que c'était lui qui lui offrait asile.
Le rêve s'était prolongé dans cette torpeur douce et amère si parfaite, jusqu'à ce l'Alpha ouvre les yeux. Seul, dans son lit, le cœur battant et la gorge nouée. Le froid glacial de sa solitude lui avait fait l'effet d'un coup de couteau dans la poitrine. Il tremblait d'envie de retrouver le sanctuaire des bras de l'Oméga présent dans son subconscient. Son désir de pouvoir l'enlacer, le revoir, avait été si fort qu'il en était presque devenu douloureux. Pas la moindre trace d'érotisme : plus la moindre excuse. La luxure n'était clairement pas le péché auquel Livaï devait faire face. Sa vulgaire obsession avait pris des dimensions auxquelles Livaï n'aurait jamais pu s'attendre. Il avait beau savoir pertinemment que la relation qu'il pouvait se permettre d'avoir avec le véritable Eren était très loin de leur autoriser une telle intimité, il s'était néanmoins retrouvé à la désirer avec une virulence qui l'avait laissé sans voix.
Livaï serra les poings.
La page du livre qui se trouvait sous ses yeux se froissa légèrement.
L'Alpha prit une grande inspiration.
Ces derniers soirs, il se glissait systématiquement dans son coin favori de la bibliothèque impériale quand le sommeil lui échappait. Lorsqu'il n'était pas en train de gérer son poste de Conseiller de la Sélection, de traiter les affaires qu'il ne pouvait confier à Farlan en tant que Prince Héritier ou en train d'organiser ses quelques apparitions pour donner l'illusion d'être le futur Duc du Nord, Livaï se jetait corps et âme dans ses recherches. Même si l'idée qu'avait fait germer Farlan dans ses pensées ne le quittait jamais vraiment, son empressement, quasi frénétique, à trouver une nouvelle piste pour régler la question des Murs n'avait (presque) rien à voir avec Eren.
Un malaise palpable lui écrasait les entrailles.
Les Murs étaient une réalité, et qu'importait les manipulations de l'Eglise depuis la naissance de l'Empire, la magie elle aussi était réelle. Le sang de la famille impériale était spécial. Les descendants du Premier Empereur n'avaient jamais eu le pouvoir d'invoquer des Esprits, mais ils étaient définitivement bien plus que de simples Humains. Leurs capacités physiques, leur longévité, la supériorité de leurs sens…tous les désignaient comme 'différents'. Les Ackerman, et donc de la plupart des membres de la lignée impériale, étaient doués d'habilités hors du commun. C'était pour cela que Livaï avait toujours accordé une importance particulière à 'son instinct'. Pour ça qu'il ne pouvait se défaire de l'angoissante impression que 'quelque chose' de terrible guettait à l'horizon. Comme lorsqu'il s'était senti nerveux des jours avant l'assassinat de Kuchel… L'Apocalypse biblique était elle aussi une réalité avec laquelle l'Alpha devait apprendre à vivre. Et c'était parce que son malaise n'avait cessé de lui peser sur la conscience qu'il s'était retrouvé à pousser ses recherches à ce point.
Pas juste parce que régler la question de la disparition des Murs lui permettrait de rallier l'Eglise à sa cause.
Qu'Erwin fût présent ou non durant toutes ses sessions de recherches, Livaï s'était mis au défi de trouver 'quelque chose', 'n'importe quoi', qui puisse enfin faire avancer leur inquisition vers la Vérité qui leur échappait depuis des années. Que cachait l'Eglise ? Quelles manipulations avaient été faites pour réécrire l'Histoire comme ils la connaissaient aujourd'hui ? Jusqu'ici, toute trace d'avancée demeurait suspicieusement absente malgré leurs centaines d'heures de travail.
Frustré, épuisé, Livaï n'avait plus assez d'énergie mentale pour repousser la chaleur apaisante du rêve qui l'avait tant perturbé quelques nuits auparavant. Il était beaucoup trop fatigué pour nier qu'il recherchait du réconfort en retrouvant la proximité d'Eren. L'Alpha baissa les yeux vers la page qu'il avait abîmé et la lissa du plat de la main. Son regard survola les mots qui y étaient transcrits sans vraiment les appréhender : '…sanctuaire magique des terres d'Eldia.' Livaï marqua une pause. Il fronça les sourcils et glissa un doigt pour retenir la page où s'était arrêtée son étude, avant de refermer l'ouvrage et en chercher le titre. 'Cahier des routes commerciales d'Hajime Isayama.' Eldia ? Un sanctuaire magique ?
Les souvenirs de Livaï le portèrent au jour où, pour la première fois de sa vie, il avait été conduit non loin de la capitale, dans la Forêt des Origines. Comme l'exigeait la Tradition, il devait venir déposer une offrande devant l'Autel Sacré situé en son centre avant d'entrer en guerre. Cela avait été une hécatombe, la première de sa vie de soldat. Arrivé au centre de cette forêt maudite, la grandeur mystérieuse du lieu l'avait rendu humble. C'était la première fois que l'existence des Déesses, la toute-puissance de la magie, vibrante, réelle, étaient devenues des évidences. La première fois qu'il avait été convaincu que la chute des Murs était une véritable tragédie.
Eldia ? Qu'était Eldia ? Une terre ? Une ville ? Une région ?
La géographie pré- impériale était plus qu'un casse-tête. Beaucoup trop de monde avait divers intérêts à réclamer la possession de tel ou tel territoire pour que les lieux fassent sens. Le 'Cahier des routes commerciales d'Hajime Isayama' n'était même pas un ouvrage interdit. Si quelqu'un avait surpris Livaï en pleine lecture, on aurait à peine froncé des sourcils. Il s'agissait de la traduction approximative d'un livre d'Etiola, et seuls les habitants du duché nordique considèreraient ce type d'ouvrage comme une offense : pas très étonnant quand on prenait en considération que le Nord encourageait très peu d'échanges culturels avec les 'barbares' qui pillaient à intervalles réguliers sa population. En incendiant des villages et des champs, en kidnappant des paysans…
Livaï rouvrit le livre et reprit sa lecture avec davantage d'attention. Erwin avait déjà tenté à plusieurs reprises de dessiner une carte fidèle des territoires et des divers Royaumes qui avaient composés les terres du continent avant la naissance de l'Empire. Pourtant, Eldia n'était pas encore apparu dans leurs recherches. Était-ce un territoire d'Etiola dans le Nord ? Plus l'Alpha se penchait sur le cahier d'Isayama, et plus le doute s'installait. Livaï finit par ouvrir son propre cahier de notes et commença à comparer ses données à celles du marchand… Cette comparaison le poussa à une conclusion : Eldia était une terre présente dans l'Empire de Paradise. Les rares dessins, des cartes incomplètes de routes et sentiers que le marchand avait estimés sûrs pour le passage de sa caravane le confirmaient. Eldia était un ancien Royaume qui avait dû finir aspiré par l'unification des territoires de l'Empire sous une seule bannière. Un Royaume qui, contrairement aux autres, n'avaient jamais été mentionné dans les écrits relatant l'Alliance originelle. L'Alliance était l'événement fatidique où tous les autres monarques avaient juré fidélité au Premier Empereur. Si Eldia n'était pas cité auparavant, c'était bien pour une raison.
Un peuple entier avait été délibérément effacé de l'Histoire.
Le cœur battant, Livaï releva la tête. Il serra l'ouvrage contre son torse et prit le temps de se calmer. Une piste.
Une piste inespérée venait de faire son apparition.
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« Affronte le chaos par le chaos. »
Les ténèbres étaient partout. Dans le rouge ocre du ciel, dans l'odeur ferreuse persistante des rivières de sang qui coagulaient dans l'horizon. Installé sur sa montagne de cadavres, le manche de son épée à la main et la lame plantée dans le crâne de son dernier adversaire, Livaï avait relevé le visage, paupières closes. Les inquiétants nuages noirs qui menaçaient au-dessus de sa tête laissèrent soudain éclater leur rage. Des éclairs d'un blanc éclatant vinrent frapper le sol avec violence. Le sol gronda. Livaï ouvrit enfin les yeux. Les premières gouttes de pluie lui glissèrent sur le front puis les joues, rinçant le sang séché qui maculait sa peau. Très vite, ce fut le déluge. Tout d'abord agitée de légers sursauts à peine perceptibles, la terre se remit à trembler.
L'Apocalypse.
Dans le lointain, de gigantesques masses d'ombre formaient une ligne, s'avançant inexorablement dans sa direction. Pourtant, Livaï n'avait pas peur. Non, il était exalté.
« Sang pour sang, dent pour dent, œil pour œil. »
Le Chaos. Rien n'était plus jouissif que l'attente pure et inaltérée du chemin de destruction qui s'ouvrait devant lui. C'était en lui, depuis toujours. Une part intrinsèque qui appelait à la destruction, au meurtre. Le grand tremblement, l'avancée mortelle des créatures géantes qui venaient de l'horizon, éveillait dans son âme une soif de sang sans précédent.
« Nous sommes le chaos. »
La chaleur soudaine de la pluie qui trempait ses vêtements ne le surprit que dans un sens vague et nébuleux. Une pluie de sang. Du sang, absolument partout. L'odeur ferreuse de l'hémoglobine l'imprégnait. Tous ses sens étaient jugulés par l'omniprésence sanglante qui le recouvrait de la tête aux pieds. Des cris de lamentations et d'horreur commencèrent à s'élever dans l'air. Entrecoupés par les grondements de l'orage qui martelait et détruisait tout sur son passage, les hurlements des torturés s'ajoutaient à la symphonie macabre comme pour finaliser un tableau. Un chaos parfait et absolu.
« Fils de Chronos. Sang de mon sang. Affronte le chaos par le chaos. »
Livaï sentit un sourire étirer peu à peu ses lèvres. En dépit de la cacophonie grinçante qui l'entourait, il entendit le rire dément qui lui jaillit de la gorge. Une voix impérieuse résonna en lui.
« Viens, éveille-moi, Livaï. »
Il se réveilla en sursaut, la main posée sur sa taille comme s'il espérait y trouver sa fidèle épée. Sa chambre était vide. Seule sa respiration hachée brisait le silence absolu de la pièce. Son cœur lui battait dans les tempes et il était recouvert de transpiration. C'était comme si, tout à coup, l'angoisse qui mitonnait calmement dans ses entrailles avait implosé en un cauchemar. Livaï se passa une main tremblante dans les cheveux, ferma les yeux puis jura.
C'était tous ces oracles à la con qui commençaient à lui faire perdre les pédales.
Bien qu'il sût que la pureté de la lignée impériale n'avait absolument rien à voir avec la chute des Murs, les serments des pontifes le travaillaient sans doute plus qu'il ne le croyait. Livaï savait ce qu'il avait ressenti devant l'Autel de la Forêt des Origines, la sensation qui lui avait traversé le corps de part en part à la vue du Sanctuaire, des écritures mystiques qu'il n'avait pu déchiffrer sur la roche de l'Autel… Oui, il était clair et net que la lignée impériale avait son importance et qu'elle était particulière. Mais les Murs n'avaient certainement pas chuté parce qu'elle avait été discontinuée. Livaï était le plus Ackerman des Ackerman depuis des générations : la famille ducale dépositaire du sang sacré du Premier Empereur depuis l'établissement de l'Empire n'avait pas failli à sa tâche.
L'Eglise cachait des choses, et les oracles apocalyptiques dont il abreuvait le Prince Couronné ne faisaient que l'oppresser un peu plus chaque jour. Livaï était convaincu que ces tordus continuaient de soigneusement étouffer toute trace de la Vérité. L'ancien Archevêque, Aurille, était mort à la fin de la guerre contre Mare, dans des circonstances plus que douteuses. Tout comme son homme de main, l'Evêque Nick : ils étaient prêts à révéler d'importantes informations à Erwin avant d'être supprimés. Le vieil Aurille aurait, disait-on, commencé à faire des rêves néfastes bien avant sa mort. Son esprit était rongé par la maladie mais il parlait de Titans, de déluge de sang et de la dégénérescence de la famille impériale… Bien sûr, on n'avait choisi de ne retenir que la partie accusant la famille impériale de mille maux.
Est-ce que Livaï commençait lui aussi à souffrir des délires du défunt Archevêque ? Était-ce parce qu'il se rapprochait inexorablement de la Vérité ?
Impossible de se rendormir.
Livaï quitta son lit avec hâte et se dirigea d'un pas lourd vers sa salle d'eau pour se faire couler un bain. Une fois propre, il enfila une tenue et quitta sa chambre d'un pas nerveux. Puisqu'il n'allait plus réussir à fermer l'œil de la nuit (ou de sa vie), pourquoi ne pas continuer ses recherches ? Depuis qu'il avait fait part à ses alliés de ses découvertes au sujet d'Eldia, Erwin avait réussi à lui fournir bien plus de matériel à analyser. Une fois qu'ils avaient compris par où commencer à chercher, il était bien plus simple de fouiller l'Histoire.
Livaï entra dans la bibliothèque impériale en se servant de l'entrée secrète dédiée à l'utilisation de sa famille. Il avait les bras chargés d'ouvrages et son cahier de recherches trônait sur le haut de sa pile de livres. Il comptait retrouver la quiétude de son coin favori quand le parfum reconnaissable entre mille d'Eren vint lui chatouiller les sens. Presque immédiatement, la tension sous-jacente de son mauvais rêve se délita. Il y avait quelque chose dans l'effluve de l'Oméga qui l'ancrait dans le présent, l'éloignait des angoisses de ses cauchemars. Son odeur le rassurait, le calmait. L'Alpha posa la plupart de ses ouvrages sur sa table habituelle puis, sans un bruit, se dirigea d'un pas tranquille vers l'endroit où devait se trouver le Candidat.
L'Oméga était seul.
L'apercevoir ainsi, détendu et installé tranquillement, fit glisser une sensation chaleureuse dans le ventre de Livaï. Le chignon qui retenait sa chevelure était complètement désordonné, sa fine chemise de lin froissée laissait contempler par l'entrebâillement du col ses clavicules. L'Alpha avait l'impression d'être le témoin, voire un peu voyeur, d'un rare moment d'abandon de la part d'Eren. Livaï détailla les traits fins du visage de l'Oméga : même si Eren semblait fatigué, l'assurance tranquille qui se dégageait de son expression apaisée le captivait. Sa peau halée était légèrement plus pâle que lorsque Livaï avait fait sa connaissance, mais l'Oméga rayonnait toujours autant de vitalité. L'Alpha frémissait à l'idée de sentir ses longs doigts lui effleurer le crâne, de pouvoir tout simplement trouver le repos enveloppé par son parfum réconfortant.
Il s'arracha de sa contemplation en s'efforçant d'approcher.
Livaï s'arrêta à quelques pas de sa destination et déclara : « Je commence à croire que tu as élu domicile dans la bibliothèque. » L'Oméga sursauta. Eren avorta un geste réflexe, la main crispée au niveau de son torse. L'embarras de son interlocuteur acheva de détendre l'Alpha lorsqu'il sentit une note fleurie s'élevant dans l'air. Amusé, Livaï continua d'avancer vers la chaise qui se trouvait à côté de l'Oméga. Les joues rougies, Eren répondit d'une voix accusatrice : « Et toi donc ? J'ai comme l'impression que je te croise davantage à la bibliothèque que sur le terrain d'entraînement ces jours-ci… » Livaï se souvint sur le coup de la dernière fois où il avait rencontré l'Oméga à cet endroit.
A ce moment-là, Eren était accompagné de tout un groupe. A en croire ce que Livaï avait entendu en flânant non loin de leur espace de travail, il semblait qu'Hitch Doris avait accepté, à son tour, l'aide d'Eren pour monter son projet. L'Oméga semblait d'ailleurs très investi dans l'accomplissement de sa mission. Aussi irrévérencieux que jamais, Eren avait exposé ses réticences, un plan d'action, sans même prendre la peine de reprendre son souffle entre l'explication d'une pensée à l'autre. Être témoin du développement de sa réflexion était aussi impressionnant que ça en avait l'air. Livaï s'était senti étrangement fier lorsqu'il avait remarqué l'assourdissement incrédule de son entourage. Les faits étaient en réalité aussi injuste que le croyait la Marquise Doris : Eren était effectivement aussi attirant qu'intelligent.
Livaï se souvint amèrement du fait que l'Oméga, visiblement, ne se cachait pas du fait qu'il n'avait décidemment aucune intention de devenir Impératrice. Ou même d'essayer de le devenir. Pas alors qu'il apportait son expertise pour aider à l'accomplissement d'absolument tous les projets de ses rivales. Et Livaï n'avait absolument pas la moindre idée de pourquoi le Candidat éprouvait une telle répulsion pour la famille impériale.
L'Alpha s'installa finalement à sa table et rapprocha sa chaise de la sienne d'un geste fluide. Il était grand temps de changer de sujet. Il demanda, intrigué : « Toujours le nez fourré dans un projet ? C'est quoi le souci cette fois-ci ? Tu veux trouver une alternative à nos lois commerciales ? Tu as un problème avec la mainmise de l'Eglise sur la majorité des œuvres culturelles ? » L'Alpha espérait pousser son interlocuteur à ouvrir le dialogue, mais il était loin de se douter qu'Eren avait manifestement déjà un avis prononcé sur la question. L'Oméga avait plissé le nez tout en prenant un air déterminé, puis commença à déblatérer : « Est-ce que c'est vraiment rendre service à notre culture ou à la grandeur de notre Empire de laisser l'Eglise commanditer la majorité des œuvres d'art ? » Pas vraiment. Mais ce n'était pas comme si les nobles avaient une chance de s'immiscer sur le marché du mécénat. La plupart du temps, c'était le culte des Trois Déesses qui avait les moyens et la volonté de dépenser le plus pour commanditer les œuvres les plus grandioses.
Eren n'attendit cependant pas sa réponse pour renchérir : « Pourquoi est-ce que l'art devrait 'appartenir' à quelqu'un ? » Parce que les artistes avaient besoin de mécènes ? Très peu de créateurs artistiques étaient issus d'une classe sociale suffisamment aisée pour créer bien longtemps de manière indépendante. Le regard légèrement vague de l'Oméga se planta tout à coup vers son interlocuteur. Livaï se figea dans son siège, essayant en vain de ne pas frissonner sous la magnitude hypnotique du regard vert d'eau qui l'accusait sans ménagement. Eren le pointa du doigt et poursuivit sa tirade : « Et puis, tu crois vraiment que tu es bien placé pour critiquer l'Eglise ? C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! Les nobles, surtout les Impérialistes, ne valent pas mieux ! Je me suis tout de même posé la question pour la première fois quand j'ai vu à quel point les couloirs du palais étaient… » Submergé, Livaï crut bon de l'interrompre : « Eren… Est-ce que tu prends au moins le temps de dormir ? » L'Omega papillonna.
La note fleurie de l'embarras surgit à nouveau dans le parfum d'Eren. Il rougit de plus belle puis soupira : « Peut-être pas autant que je le devrais si je n'ai même pas vu que tu te moquais de moi… » La moue légère qui venait de prendre place sur les lèvres de l'Oméga arrachèrent un petit rire à Livaï. Un pincement lui saisit le cœur, suivi rapidement d'une vague de chaleur. L'Alpha finit par avouer : « La Candidate Doris a raison. Ton habitude à bondir hors de ta chaise à la moindre injustice est plutôt adorable… » Eren ouvrit puis referma la bouche sans trouver quoi répondre. Soudain embarrassé par son aveu, Livaï fit mine d'inspecter l'ouvrage qu'il avait gardé à la main pour éviter de croiser le regard de son interlocuteur.
Finalement, Eren parut abandonner sa lutte contre la gêne et prit plutôt la sage décision d'à nouveau changer de sujet en demandant : « Hum… et toi ? Du nouveau sur l'étude de la période pré -impériale de Paradise ? » Quand Livaï lui avait avoué le sujet de ses recherches, il savait que s'intéresser à la période pré- impériale n'était pas une raison suffisante pour s'attirer l'attention de l'Inquisition. Ce n'était pas un sujet interdit, mais certaines réponses étaient cependant impératives à connaître par cœur si on voulait éviter de finir à pendouiller au bout d'une corde de l'Inquisition…
Livaï observa un instant l'Oméga. Il n'avait aucune raison de faire confiance à Eren et il aurait sans doute eu tout intérêt à trouver le moyen de dévier le cours de la conversation. C'était un sujet dangereux, pourtant, l'Alpha n'éprouvait pas la moindre envie de continuer à dissimuler des choses face au Candidat. Il mourrait d'envie de partager un pan de ses découvertes, de savoir ce que l'Oméga pouvait en penser. Alors il s'installa plus confortablement et exposa : « J'aurais aimé. Mais jusque-là, rien de bien neuf. Avant l'établissement de l'Empire, divers Royaumes faisaient face à la tyrannie du peuple des Titans. Des monstruosités gigantesques qui asservissaient l'Humanité. Seul un territoire était épargné par leur domination, Eldia. » Eldia. A en croire la censure mise en place par l'Eglise, son affirmation présentait déjà un élément dissident : puisque le Royaume d'Eldia avait été rayé de l'Histoire officielle de Paradise. Mais Eren ne parut pas le moins du monde concerné ou intrigué par sa révélation.
Soit c'était parce que l'Oméga acceptait qu'il lui manquât une grande quantité d'informations sur l'Histoire de l'Empire, et donc, l'évocation d'Eldia n'avait pas le moindre sens à ses yeux. Soit…quelque chose d'autre se tramait derrière l'apparence calme et polie de l'Oméga. Eren avait soudain saisi sa plume, l'avait trempé dans l'encre et avait recommencé à griffonner sur son cahier de notes. Ce n'était pas comme s'il s'était mis d'un coup à ignorer Livaï, plus comme s'il se mettait à l'aise, qu'il demandait implicitement à l'Alpha de continuer son récit. Il lui accordait quand même son attention. Livaï combattit la tension qui lui avait soudain crispé les muscles. Pas besoin de se méfier à ce point : il avait pris la décision de s'ouvrir sur le sujet et il n'allait pas reculer maintenant.
L'Alpha poursuivit sur sa lancée : « Le peuple de la tribu qui fédérait cette terre se faisait appeler les Eldiens. L'histoire raconte qu'ils étaient dépositaires d'une magie ancestrale étrange et qu'elle les protégeait. Le Premier Empereur de Paradise a pris le risque d'entrer en contact avec eux afin de partager leurs secrets et protéger ses terres contre la menace titanesque, comme l'était Eldia. Les diverses guerres qui avaient opposés l'Humanité aux Titans affaiblissaient tous les Royaumes. Le développement ou la prospérité de chacun était freiné. » Là encore, pas la moindre réaction de la part de l'Oméga. Eren semblait tout simplement intéressé. Il avait relevé la tête vers Livaï et le couvrait d'un regard curieux quand il demanda plus de précisions : « Et… Qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ?
- Là… Ça devient un peu plus compliqué de trouver des sources fiables. Apparemment, s'allier avec les Eldiens auraient été l'équivalent de pactiser avec le Mal. Ils semblaient ne pas être plus Humains que les Titans. » Selon les rares écrits que Livaï et Erwin étaient parvenus à déterrer, on faisait référence aux Eldiens comme 'Démons'. Rien de bien rassurant. Mais au moins, ça corrélait avec l'idée qu'avait transmise le culte des Trois des Déesses lorsqu'il présentait la magie comme une Hérésie. Livaï continua à exposer ses découvertes : « Et après avoir reçu une révélation de la part des trois Déesses, Maria la Justice, Sina la Destinée et Rose les Origines, le Premier Empereur serait parvenu à chasser de ses terres les Titans et les Eldiens. Tous les Royaumes ont fini par s'allier sous sa coupe, et l'Empire de Paradise tel qu'on le connait aujourd'hui a vu le jour. » Les omissions et les mensonges de l'Eglise reprenaient avec force dès qu'ils essayaient d'en apprendre davantage sur le sujet de l'éviction des Eldiens.
L'expression d'Eren était étrangement neutre lorsqu'il s'interrogea : « Je sais ce que raconte l'Eglise à ce sujet. Mais d'après tes recherches, que sont devenus les Titans ? Et les Eldiens ? » Et n'était-ce pas là tout le problème ? Ce peuple avait été soigneusement éradiqué de l'Histoire. Leur territoire était pourtant le premier et le seul de l'Ere Titanesque à avoir été épargné par leur folie. Isayama avait même fait mention de 'sanctuaire magique d'Eldia'. Était-ce de là d'où venaient les pouvoirs magiques de certains nobles de l'Empire actuel ? Était-ce parce qu'ils étaient les descendants de cette tribu ? Peut-être que l'histoire des Déesses n'avait vu le jour que bien plus tard, quand les Grands de l'Empire avait voulu mettre au point une seule Foi pour unifier leur nouvelle nation…
Comment Eldia s'était-elle protégée contre les Titans ? Pouvait-on y voir un début de piste pour la construction magique des Murs ? Qu'était-il advenu en réalité de la rencontre entre celui qui allait devenir le Premier Empereur de l'Histoire et des Eldiens ? Qu'étaient-ils devenus ensuite ? Livaï tapota nerveusement du doigt contre la table et répondit enfin : « Bonne question. Certains disent que les Titans se sont éteints, ou endormis en attendant le jour où les infidèles à la doctrine des Trois Divines prendraient à nouveau le contrôle du pays. Une sorte d'Apocalypse, où le chaos et la destruction régneraient. Quant aux Eldiens… » L'Alpha s'était arrêté. L'aggravation avec laquelle le fixait Eren avait de quoi déstabiliser.
Livaï admit, dépité : « Ils sont l'un des plus grands mystères de l'Histoire. Il est fait mention d'eux dans certains livres, comme d'un peuple étrange qui parvenait à tenir les puissants Titans en respect. Il est dit que le Premier Empereur serait entré en contact avec eux, mais mis à part pour les décrire comme des monstres d'un autre genre, on n'en reparle jamais. Je pense qu'il est sous-entendu quelque part qu'ils auraient été chassés des terres sacrées de Paradise en même temps que les Titans… » Et ce n'était là qu'une extrapolation de sa part. Le sous-entendu était à peine compréhensible. Même si Erwin affirmait qu'il leur manquait sans doute quelques nuances du texte originel à cause d'une mauvaise traduction…
Eren alors demanda alors, sur un ton toujours aussi étrangement contenu : « Et toi, qu'est-ce que tu en penses ? » Livaï prit quelques minutes pour réfléchir à la question. Une fois certain de comment il pouvait formuler ses suspicions sans pour autant se rendre coupable d'un quelconque méfait, il répondit avec assurance : « Je pense que tout ce qu'on ne comprend pas effraie. Je crois que les Eldiens n'étaient pas plus des monstres que les Titans. Je suppose qu'ils étaient puissants, mais que leur différence n'était pas quelque chose d'aussi méprisable que celle des géants tyranniques qui agressaient les Royaumes. Donc leur ressemblance avec le reste de l'Humanité en dépit de leur force, aurait suffi à en effrayer plus d'un. Et d'après mon expérience, on n'aime rarement ce qu'on craint. » C'était sûrement ce qu'il pouvait affirmer de plus vrai.
Il n'y avait qu'à voir comment l'Eglise traitait la famille impériale.
Ils avaient besoin du sang du Premier Empereur, mais ils ne comprenaient pas pour autant d'où ses descendants tiraient leur force, leurs particularités. Et comme ce n'était pas quelque chose qu'ils pouvaient contrôler ? Ils s'évertuaient depuis toujours à museler le pouvoir de l'Empereur à l'aide de divers partis politique. Une épée à double tranchant.
Eren le tira de ses sombres pensées quand il hasarda : « Tu crois qu'on les aurait diabolisés à tort ? Que c'était par crainte de leurs capacités que l'Histoire aurait choisi de les effacer ? » Eren avait la voix rauque. L'Alpha l'observa et prit encore une fois la peine de noter la force perçante de son intérêt. Livaï aurait tout donné pour savoir ce qui actuellement traversait l'esprit de l'Oméga. Qu'est-ce que cette discussion lui inspirait vraiment ? Livaï acquiesça, la bouche sèche : « Je crois que les vainqueurs écrivent l'Histoire. Le Premier Empereur est le vainqueur. Dans le cas présent, tout ce qui aura été écrit sous son règne sera teinté de sa vision. » Et tout à coup, comme si un sortilège prenait brutalement fin, Eren se fendit d'un large sourire.
L'éclat qui lui brillait au fond des yeux était intriguant. Livaï eut soudain l'impression d'avoir passé un test. La tension qui s'élevait dans l'air avait tout à fait disparu quand l'Oméga taquina : « Brave Chevalier ! Ta quête de vérité est honorable ! » Livaï claqua de la langue et répliqua : « Arrête de parler comme un noble. A force de traîner avec eux, tu vas choper leur travers.
- Ah ! Je vois, tu m'apprécies parce que je m'exprime comme le peuple, mais que j'ai l'avantage d'être noble de naissance ? Pas mal comme compromis… » Livaï roula des yeux. Il fit mine de s'intéresser soudainement à l'ouvrage qu'il tenait en main. Franchement, il n'aurait plus manqué que ça : Eren à la place de Rico Bretzenska, un enfant de la plèbe. Néanmoins, Eren n'avait pas tout à fait tort lorsqu'il avançait être un choix 'exotique' : il était vrai que le Candidat était loin d'être un Oméga typique. Est-ce que son côté, interdit et différent avait participé à l'attrait qu'éprouvait Livaï à son encontre ? Eren interrompit à nouveau sa réflexion en lui tapotant l'avant-bras. Une fois son attention acquise, l'Oméga demanda : « Pourquoi est-ce que tu fais des recherches sur ce sujet ? » Sa question resta en suspens.
Livaï prit conscience de plusieurs choses à la fois : leur proximité, l'ambiance feutrée et intime de la bibliothèque silencieuse. Ils se fixaient sans un mot, comme happé par l'intensité du moment. Mû par un impératif qui échappait complètement à son contrôle, comme toutes les fois où l'Alpha s'était retrouvé en contact avec Eren, Livaï décida de le toucher. D'ordinaire, il n'était absolument pas tactile. Il aurait même été prêt à jurer quelques temps plus tôt que ce genre d'intimité le mettait mal à l'aise. Kuchel n'avait jamais été exprimé son affection à travers des caresses. Vu la facilité avec laquelle ce type de contact lui venait en compagnie de l'Oméga, Livaï était bien contraint de réviser l'opinion qu'il avait de lui-même.
Il effleura la main d'Eren de la sienne.
Quand l'Oméga sembla accepter sa présence, Livaï laissa libre cours à ses envies et ils entrelacèrent leurs doigts. Le geste lui fit battre le cœur dans un rythme assourdissant, pourtant si agréable. Il avait l'impression de se sentir vivant. La chaleur de l'Oméga se glissa contre sa paume, sa gorge se noua légèrement. Il se sentit presque émerveillé quand Eren l'autorisa à lui caresser la paume du pouce sans s'écarter. C'était dans ce genre de moment qu'il ne pouvait s'empêcher de se dire que son attraction envers l'Oméga semblait partagée. Pourquoi sinon lui offrir ces rares moments de grâce ? Des instants si parfaitement intimes qu'il lui semblait presque tirés d'un rêve.
Comme s'ils avaient toujours été ensemble, comme s'il n'y avait rien de plus naturel que leur familiarité.
Livaï était parfaitement détendu lorsqu'il répondit à la question de son interlocuteur avec franchise : « Ces derniers temps, comme tu l'as si bien souligné à la cérémonie d'introduction de la Sélection, l'Eglise parle souvent du fait que pour elle, la famille impériale a perdu les grâces des Trois Divines. Dans les textes religieux, il est souvent mentionné l'existence de 'Murs protecteurs' que la bénédiction des Déesses aurait érigée autour de l'Empire pour le protéger de toute agression… Si l'Eglise est si insatisfaite, c'est parce que la puissance de ces Murs serait intimement liée à la pureté de la lignée impériale : un pouvoir divin qui serait contenu dans leur sang. La guerre contre Mare, pour eux, est un signe que la protection des Murs s'est effondrée. Et donc, que la lignée impériale est corrompue. Et incapable de jouer son rôle. » Voilà. L'aveu était fait. Il y avait maintenant, peut-être une infime chance que l'Oméga puisse se servir de cette information contre lui.
Eren pouvait raconter à quelqu'un que le futur Duc du Nord était en train d'effectuer des recherches qui flirtaient avec le crime d'Hérésie. Mais étrangement, Livaï doutait fortement que l'Oméga le trahisse sur ce terrain. Eren lui jeta un regard calculateur, puis s'enquit : « Les Murs… Est-ce que ce n'était pas une figure de style pour parler de la prospérité anormale dont a joui l'Empire pendant des siècles ? Une façon théorique d'expliquer notre Age d'Or ? » Intéressante théorie. Il était vrai que si on ne croyait pas spécialement à la magie, on pouvait considérer les Murs comme un concept entièrement abstrait. Livaï pencha légèrement la tête et demanda, intrigué : « Tu crois ? » Il n'allait certainement pas forcer la chose si Eren s'écartait du sujet.
L'Oméga n'avait pourtant visiblement pas l'intention de dévier de sa ligne d'interrogation. Il remarqua : « Tu… tu penses que ces 'Murs' ont réellement existés ? » Livaï décida d'essayer de creuser la question. L'aspect rhétorique des Murs… Il voulait voir à quelle conclusion arrivait son interlocuteur. Il demanda alors, en feignant s'interroger à son tour sur la nature des protections divines : « Si c'était le cas, quelles formes prenaient-ils ? Après tout, le commerce international a toujours existé. Pourquoi est-ce que les pays voisins étaient incapables jusqu'à peu de s'attaquer à l'Empire ? » Eren gigota sur sa chaise. Leur discussion lui mettait visiblement l'esprit en ébullition.
Livaï renchérit : « Je crois que la famille impériale cache un secret. » Du moins, il valait mieux accuser la famille impériale plutôt que l'Eglise directement. Question de prudence. Livaï précisa : « Et que la réponse à ce mystère pourrait à nouveau permettre à Paradise de vivre un Age d'Or, de paix et de prospérité. » Si Livaï parvenait à déterminer de la nature des Murs, il ne faisait aucun doute qu'ils pourraient tous survivre à l'Apocalypse annoncée par leurs oracles et les Ecrits Saints. Dans le cas contraire… L'Alpha prit une mine sombre et admit sur un ton grave : « Et je pense que si je ne parviens pas à percer les secrets qui ont suivi l'établissement de l'Empire et hantent aujourd'hui encore la lignée impériale, la guerre contre Mare n'était qu'un signe avant-coureur des conflits à venir. Un avertissement sanglant qui nous a déjà trop coûté. » Ils marquèrent tous les deux un silence.
L'ambiance avait pris un tournant radical, bien plus obscure et triste. L'Oméga mit un terme abrupt à leur contact. Livaï s'insulta en pensées : le sujet était devenu beaucoup trop lourd. L'Alpha changea rapidement de sujet : « Tu ne m'as répondu. Qu'est-ce que tu fais dans la bibliothèque à une heure aussi tardive ? » Il lui sembla qu'Eren avait littéralement sauté sur l'occasion en acceptant sa main tendue : « J'essaie d'aider Rico avec son projet ! » L'Oméga entreprit alors de lui parler du projet de sa comparse. Au fil de leur conversation, Livaï remarqua à nouveau la mauvaise opinion persistante qu'Eren semblait maintenir à son sujet, mais fit de son mieux pour ne s'en inquiéter : il voulait croire qu'avec encore un peu temps, il saurait gagner la confiance son interlocuteur. Ils ne faisaient qu'apprendre à se connaitre après tout.
Et quand, finalement, Eren demanda avec gravité : « Est-ce que tu serais prêt à mettre ton nom en jeu ? » Livaï se figea et lui demanda, troublé : « Pardon ?
- Est-ce que tu serais prêt à faire peser le nom de ton Duché dans la balance ? Est-ce que pour appuyer tes convictions, tu serais prêt à accepter de combattre de front ?
- Sous tes conseils avisés, Hitch est parvenue à convaincre Mikasa et Historia d'être les égéries de sa marque de vêtements. Est-ce que tu crois que le même procédé sera efficace dans ce cas de figure ? A quoi va te servir le nom Church ? » Eren croisa les bras, déterminé : « Si j'ai bien compris une chose avec le palais impérial, c'est qu'un seul nom suffit parfois à faire bouger ce que cent Hommes ne pourraient qu'à peine effleurer. Si les Church soutiennent mon plan… Je veux dire, le projet de Rico… Convoquer une assemblée pour faire voter la motion sera un jeu d'enfant. » Ils se fixèrent un moment.
En toute sincérité, puisque Farlan s'amusait constamment à affirmer à qui voulait bien l'entendre qu'Eren Jaëger avait le soutien de la famille Church, Livaï comptait accepter la requête d'Eren par principe afin de faire les pieds à son meilleur ami. Mais converser avec l'Oméga, surtout quand celui-ci pensait avoir quelque chose à prouver, était beaucoup trop amusant pour que l'Alpha y résiste. Livaï croisa les bras sur son torse à son tour et rétorqua : « Très bien. Expose-moi donc en quoi consiste ton… ou plutôt le plan de Rico. » Eren ignora sciemment la reprise de son lapsus, et présenta avec énergie : « Le projet rencontre tellement de murs que c'est un miracle qu'il ne se soit pas déjà cassé la figure. Rico est vraiment persistante ! Quoiqu'il en soit, les nobles n'ont pas tout à fait tort. Par habitude, manque de temps, manque de confiance en soi ou manque de moyens, le peuple n'acceptera pas facilement d'envoyer sa progéniture à l'école. Pour eux ? C'est une perte de temps autant que d'argent… » Il y avait quelque chose de véritablement excitant à voir Eren construire sa pensée sur le fil.
Bien sûr, il était évident que l'Oméga avait déjà réfléchi à la question, qu'il s'était renseigné. Mais quand on le mettait ainsi dos au mur et qu'on lui enjoignait de faire ses preuves, il devenait tout simplement époustouflant. Livaï le poussa davantage d'une simple question : « Et donc ?
- Je pense qu'il faut promettre une réduction des taxes pour chaque enfant suivant assidûment les cours pendant quelques années. » La première proposition sembla lui venir d'une réflexion poussée. L'Oméga enchaîna directement : « Peut-être trois ans ? » Avant de préciser : « Bien sûr, il faudrait un barème permettant de calculer la hauteur de cette réduction selon les revenus de chaque foyer. Sinon, les coffres de l'Empire commenceraient à se sentir attaqués.
- Oh… » Eren avait pris l'habitude de s'adresser à son auditoire comme si les idées qui lui venaient étaient une évidence. Comme si les trouver, les mettre en place, était à la portée de tous. Et que, bien entendu, tous y avaient déjà pensé. C'était une pirouette rhétorique qui lui permettait non seulement de faire passer pour 'insignifiante' sa contribution, mais aussi de flatter ses interlocuteurs qui étaient amenés naturellement à croire qu'ils étaient inclus dans la réflexion.
Livaï ne put s'empêcher d'à nouveau éprouver un élan de fierté mal placée. Voir l'Oméga à l'œuvre lui donnait l'irrationnelle envie de l'embrasser jusqu'à ce qu'il se retrouve bien trop abasourdi pour penser. Inconscient de la tournure que prenait les pensées de son vis-à-vis, Eren continua de s'exclamer : « Ensuite, il va falloir trouver un moyen d'inspirer les nobles, les bourgeois et l'Empire à financer non seulement les bourses des étudiants, mais aussi la construction massive d'établissements scolaires. L'Académie Impériale demeurant l'excellence. » Livaï avait envie de l'écouter parler toute la nuit. Il comprenait enfin pourquoi son subconscient lui avait insinué que la présence d'Eren pouvait tenir à distance les ténèbres.
La chaleur particulière qui lui réchauffait les tripes était capable de repousser toute trace de l'angoisse glaciale de ses cauchemars. Livaï avait rarement l'occasion de rencontrer des individus qui puissent se croire plus compétents que lui. En général, lorsque ça arrivait, il trouvait le moyen d'en faire ses alliés et/ou ses plus proches amis. Erwin, Farlan, Isabelle, Hanji, Auruo, Petra, Eld et Gunther entraient tous dans cette catégorie. Dans le cas d'Eren, d'autres facteurs pesaient bien entendu dans la balance… L'Alpha poussa un peu plus la réflexion de l'Oméga en lui demandant d'une voix légèrement amusée : « Et comment tu comptes t'y prendre ? » Eren était si impliqué dans son exposé qu'il poursuivit sans noter son amusement : « Il faudrait instaurer des années de 'services' à chaque bourse attribuée. Les élèves les plus prometteurs rendraient donc à leur sponsor, en termes d'années de travail, leur investissement. » Eren commençait à lui faire penser qu'à chaque problème, il était capable de trouver une solution.
Si par chance Livaï parvenait à faire de lui son compagnon en définitive, l'Oméga avait réussi à lui faire croire qu'ensemble, ils seraient toujours capables de surmonter l'adversité. Ensemble, d'égal à égal. Eren prit un air de conspirateur et ajouta : « Et puis, quel puissant ne rêve pas d'une occasion d'exposer ses succès aux autres ? Ils comprendront vite les bénéfices de posséder ou participer à la création d'écoles. Non seulement pour améliorer la qualité de leurs serviteurs, mais aussi pour étaler leur puissance aux yeux et à la barbe de tous… Pourquoi est-ce que tu souris comme ça ? » Livaï s'était à peine rendu compte qu'il souriait. Il essaya de s'arrêter en agitant la tête pour se reprendre. Mais comme il était toujours sous l'influence du sentiment chaleureux qui lui réchauffait la poitrine, il abandonna bien vite la bataille.
A la place, il s'écria : « Tu as le soutien de la famille Church. » Eren en resta bouche-bée : « Quoi ? Mais je n'ai même pas fini de détailler le projet ! » Même si Livaï n'avait surtout pas voulu asticoter l'Oméga, la présentation qu'il venait juste de donner aurait été largement suffisante pour lui gagner le soutien sincère de Farlan. Parfois, les traces d'incertitude qui frappaient aléatoirement Eren lui rappelait que l'Oméga avait grandi dans un environnement plus que toxique : on n'avait jamais dû encourager ses initiatives ou lui faire comprendre à quel point il pouvait être spécial. Livaï réaffirma avec force : « J'ai dit que tu as le soutien de la famille Church. » Il fouilla dans la poche interne de sa veste, en sortit un calepin sur lequel, sous le regard ébahi d'Eren, il griffonna quelques mots : « Je pense savoir ce qu'a aperçu Erwin en toi, le jour où tu es poliment venu lui demander d'arrêter d'être un égoïste complet et de prendre ses responsabilités un peu plus au sérieux…
- Hey ! Comment est-ce que le récit de cette rencontre a pu autant dériver de la réalité ?! Je ne lui ai jamais dit une chose pareille ! » L'Alpha sortit ensuite le sceau des Church, une plaquette d'encre et tamponna le mot qu'il venait d'écrire. Après quoi il le plia, tendit la main vers Eren et haussa un sourcil en demandant : « Tu as des enveloppes dans ta sacoche ? » L'Omega acquiesça et lui en présenta une avec hâte. Livaï y plaça sa missive, puis il se servit d'une des bougies du chandelier qui illuminait la table pour la sceller à la cire.
Eren accepta la lettre avec révérence. Un sourire éclatant illuminait son visage lorsqu'il s'écria : « Merci ! Rico sera aux anges ! » Son euphorie fit rater un battement au cœur à Livaï. L'Alpha s'évertua à balbutier : « Rico, hein ? … » Eren acquiesça avec enthousiasme et s'extasia un peu plus : « Maintenant, ces idiots de magistrats ne pourront plus refuser de nous laisser présenter le projet pendant une assemblée ! » Livaï contempla un instant l'éclat brillant au fond de ses yeux. Ce projet était celui d'une autre, tout comme l'était les autres propositions auxquelles l'Oméga avait mystérieusement décidé d'offrir son soutien. Mais à chaque fois, il semblait qu'il y mettait toute son âme. Livaï ne put s'empêcher de penser : « Si seulement Grisha Jaëger était encore en vie. Si seulement Eren bénéficiait au moins du soutien indéfectible du parti Neutre… Il aurait été un choix tout simplement parfait. »
Gardant à l'esprit sa promesse de ne surtout plus mettre la pression à l'Oméga, Livaï s'avança doucement vers son interlocuteur. Il prit grand soin de bouger lentement lorsqu'il approcha la main près du visage d'Eren. Il lui effleura les contours de la mâchoire du bout des doigts. Une vibration d'excitation fit vibrer son corps tout entier lorsque l'Oméga frissonna sous sa main. Livaï souffla, troublé : « Il faut que je me reprenne. Tu es clairement en train de tirer avantage de l'effet que tu me fais… » L'Alpha se retrouvait même à se surprendre à vouloir acquiescer à n'importe laquelle des idées du Candidat. Mais le pire, c'est qu'il était prêt à s'abandonner juste pour revoir le sourire éclatant dont l'avait gratifié Eren à l'instant.
Une certaine part de lui-même était mortifié par cet aveu cucul la praline, mais il n'en restait pas moins foutrement véridique.
Eren rougit joliment, la note fleurie de son embarras était chargée des tons sucrés et épicés de son attraction. Il balbutia : « Je ne 'tire avantage' de rien du tout ! Si le projet ne te convint pas, alors rien ne t'oblige à donner ton soutien ! Le plan n'est pas parfait, alors personne ne serait surpris que tu attendes avant de t'engager… » L'Alpha accueillit son rejet plus ou moins explicite avec résignation. L'Oméga était peut-être de mieux en mieux disposé à son encontre, mais ça ne voulait visiblement pas dire qu'il était aussi impliqué que Livaï dans le développement de leur relation.
Avec Eren, c'était visiblement deux pas en avant, quatre en arrière.
Livaï écarta la main à contrecœur et expliqua : « Je sais pertinemment qu'il vous reste encore le plus dur à faire. » Il énuméra : « Monter un cahier des charges, un plan financier qui tienne la route, et vous préparer à contrer toutes les oppositions qui vous seront faites. » Le projet pouvait toujours se casser la figure. Il avait très certainement un potentiel certain pour l'échec. Cependant, Livaï commençait sérieusement à croire dans les capacités d'Eren. Il ajouta donc, avec certitude : « Mais j'ai confiance en tes… en vos talents persuasifs. » Il fallait bien qu'il précise à Eren qu'il n'était pas dupe. Qu'en dépit de ses illusions rhétoriques, il avait parfaitement conscience de l'identité de celui qui portait ce projet à bout de bras. Et parce qu'il commençait sincèrement à se dire 'foutu pour foutu', il admit : « Je disais juste que j'avais aussi conscience de l'influence que tu exerces sur moi… ». C'était une admission embarrassante.
Gêner et agacer Eren étaient l'un de ses passe-temps favoris, mais l'Oméga le lui rendait bien.
A sa plus grande surprise, sa déclaration reçue une réponse inattendue : « Est-ce que foncer droit dans le mur en gardant les yeux ouverts empêche l'accident ? » Eren était-il en train de lui dire de se méfier de son attirance pour lui ? Comme le disait si bien Hanji, était-il en train de lui conseiller d'arrêter de 'penser avec sa queue' ? L'Alpha ne put s'empêcher de sourire. Non seulement parce qu'Eren se montrait une fois de plus incroyablement impoli, mais aussi parce qu'il était très loin du compte en ce qui concernait Livaï ou même ce que l'Alpha espérait tirer de leur relation. Si au départ il s'agissait clairement d'une attraction physique, Livaï avait dû apprendre à ses dépens à quel point son intérêt avait évolué depuis. Il ne se serait jamais autant pris la tête pour un vulgaire coup d'un soir.
Il rétorqua, aussi amusé qu'halluciné : « Bonne question. Apparemment, seul l'avenir nous le dira. » Eren avait eu l'air de vouloir lui répondre, mais sa tirade fut avortée dans l'œuf quand son majordome, Alpha Armin Arlert, fit irruption dans la pièce. Le blondinet déposa un plateau avec quelques encas, puis jeta un regard appuyé et calculateur en direction de Livaï avant de reporter son attention sur son protégé.
Livaï ne savait pas grand-chose sur Armin Arlert, à part qu'il partageait visiblement avec Eren une certaine étincelle de génie. Comme s'en aller après son arrivée aurait été bien trop suspicieux, l'Alpha se contraignit à engager un nouveau sujet de conversation avec Eren. Quelque chose de plus axé sur l'élaboration du 'projet de Rico'.
Après les avoir quittés ce soir-là, il entreprit ses recherches avec une énergie nouvelle.
Le spectre menaçant de son horrible cauchemar avait été brutalement exorcisé.
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
L'Assemblée convoquée par Eren et Rico fut un succès retentissant.
Tous ceux qui étaient entrés dans cette salle en croyant savoir quelque chose au sujet d'Oméga Jaëger en étaient ressortis complètement ahuris. Peu étaient ceux qui donnaient encore du cachet à la rumeur qui le présentait comme capricieux et fragile, mais on portait énormément d'attention aux médisances qui le dépeignaient comme magnifiquement vain et incroyablement séducteur. Une sorte d'Oméga rusé qui n'aurait gagné de mérites qu'en charmant tour à tour ses professeurs, puis les autres Candidates pour se faire passer pour inoffensif. A partir de ce jour, plus personne n'allait déclarer autre chose que sur le ton de la plaisanterie qu'Eren Jaëger était inoffensif.
Le voir tout simplement retourner le cerveau de Nile Dork était du grand art.
Quand plus tard les invitations pour le bal de charité organisé par Rico et Eren arrivèrent dans les diverses demeures des nobles de la Cour et de provinces, pas un seul refus ne fut à déplorer. Les bourgeois faisaient même des pieds et des mains pour sécuriser un passe-droit pour assister à la fête. Un bal masqué… L'évènement avait fait tant de bruits qu'il avait surpassé de loin l'engouement rencontré pour la Cérémonie d'Introduction de la Sélection. Certains s'imaginaient qu'avec les délais impossibles dont disposaient les deux Omégas pour tout mettre en place, ils allaient pouvoir assister à une catastrophe qui resterait dans les annales. D'autres, comme Livaï, n'avait pas le moindre doute sur le fait que si ce bal entrerait dans l'Histoire.
Farlan était tout particulièrement enchanté à la perspective d'y participer : « C'est un bal masqué Levi ! Tu sais ce que ça veut dire ? » Apparemment, Livaï était encore beaucoup trop patient. Sinon, comment est-ce que Farlan aurait pu avoir l'idée saugrenue de croire qu'il était parfaitement normal de venir lui casser les pieds dans son bureau en plein après-midi ? L'Alpha grogna : « Comme tu me l'as déjà fait remarquer un milliard de fois depuis l'annonce de son existence, tu vas enfin pouvoir récupérer ta putain d'identité et peloter Isabelle dans un coin sombre. » Son meilleur ami le vrilla du regard : « Isabelle est une dame et je suis un gentleman, Levi ! Je ne vais pas la 'peloter dans un coin' !
- Tu as raison. A quoi je pensais ? C'est bien évidemment Isabelle qui va te peloter dans un coin sombre. » Farlan eut la décence de rougir. Mais comme il n'était pas le meilleur ami de Livaï pour rien et qu'il était visiblement suicidaire, il répliqua : « Et toi ? Quelque chose de prévu pour l'occasion ? Est-ce qu'Eren et toi vous avez pensé à échanger des indices sur vos costumes ? » Ce fut au tour de Livaï de le vriller du regard.
Farlan s'approcha un peu plus de sa position, parfaitement inconscient du fait que Livaï était à la distance parfaite pour lui crever un œil avec sa plume. Son meilleur ami plissa les yeux et renchérit : « Levi… Ne me dis pas que tu es encore dans le déni ?! » L'Alpha leva les yeux au ciel, pria la Déesse Maria de lui conférer de la patience en rabe et se retint résolument d'entrer dans le jeu de son compagnon. Farlan poussa un grognement de frustration pure avant de s'écrier : « Pardonne-moi mon langage mais, Levi, il est grand temps que tu te sortes les doigts du cul ! » Livaï haussa les sourcils et pouffa de rire.
Farlan continua sur sa lancée : « Hésiter autant ne te ressemble pas du tout ! Il est temps que tu prennes une décision ! La compétition continue d'avancer et peut-être qu'il n'est pas encore trop tard pour qu'Eren s'en sorte in-extrémis en concoctant un projet rapide qui tirerait avantage de ses contributions notables dans la Sélection…
-…
- Levi, je sais que pour l'instant notre nouvelle piste 'Eldienne' n'a pas apporté beaucoup de réponses aux questions qu'on se pose, mais… Après tant d'années, on a enfin un indice conséquent sur la nature des Murs et… » Il n'avait pas besoin de Farlan pour lui rappeler ce qu'il savait déjà.
Livaï avait vu de ses yeux comment les autres Candidates traitaient Eren et les rumeurs qu'elles répandaient. Il n'était absolument plus aussi dingue qu'avant d'espérer que le Candidat parvienne avant la fin de la compétition à rallier le parti Neutre à sa cause. Et même si les recherches de leur équipe étaient légèrement au point mort, il y avait de l'espoir pour percer le mystère des Murs de Paradise. En vérité, Livaï avait déjà pris sa décision. C'était juste qu'il voulait en parler d'abord avec le principal intéressé avant de devoir s'épancher devant Farlan…
Il n'était même pas encore sûr qu'Eren fut prêt à aller jusqu'au bout pour gagner le droit de l'épouser.
Et il ne savait toujours pas pourquoi l'Oméga était aussi opposé à l'idée d'entrer dans la famille impériale. Il y avait un risque non négligeable à ce qu'Eren prenne ses distances lorsqu'il apprendrait la vérité au sujet de la véritable identité de son prétendant. Livaï s'avoua enfin vaincu et admit : « J'ai l'intention de faire d'Eren Jaëger la prochaine Impératrice. » Farlan poussa un cri de joie si aigu que Livaï pouvait jurer avoir vu les vitres trembler. Le regard empli de jugement qu'il posa sur son meilleur ami ne suffit malheureusement pas à diminuer son engouement. Farlan sautillait presque sur place en s'exclamant : « Enfin ! Enfin ! Enfin ! » Livaï roula des yeux et précisa : « Tu as raison. Avec tous les changements que je compte apporter au système, il n'y a rien de choquant à ce que je commence par décider moi-même de l'identité de mon épouse…
- Exactement !
- Contrairement à mes attentes, Eren est bien parti pour réussir à se faire des alliés puissants et du coup, même déshérité, il pourrait m'apporter un certain avantage si …
- Vous vous mariez !
- … s'il accepte de continuer à jouer le jeu de la Sélection quand il saura qu'en réalité je suis le Prince Héritier… » Ils marquèrent tous les deux une pause. Farlan avait accepté de jouer le jeu jusqu'à la fin de la seconde épreuve. Pour la Finale, il faudrait que Livaï retrouve sa place de Prince Couronné comme convenu. Et il fallait donc que l'Alpha avoue toute la vérité à Eren avant qu'il ne se retrouve, comme les autres Candidates, devant le fait accompli.
Eren avait déjà un avis si négatif de la famille impériale que l'Alpha ne pouvait s'empêcher de l'imaginer très mal prendre la nouvelle... Le subterfuge qui avait permis à Livaï de survivre et reprendre le contrôle de sa vie risquait d'être vu comme une trahison par l'Oméga.
Livaï poussa un long soupir. C'était un problème pour un autre moment. En attendant, il allait devoir solliciter toute l'aide possible pour permettre à Eren de se trouver malgré tout parmi les Finalistes de la compétition. Si l'Oméga était vraiment déterminé à réussir, Livaï n'avait aucun doute qu'ils pourraient trouver une solution ensemble à leur problème épineux de son évident absence de projet.
Peut-être qu'Erwin serait prêt, encore une fois, à jouer les marraines la fée et sécuriser une place pour Eren Jaëger parmi les trois derniers concurrents…
To Be Continued….
Je reprends à peine mon souffle.
Diantre.
Ce chapitre était dense!
Livaï est au moins maintenant obligé d'arrêter de tourner autour du pot (ENFIN! Nom de Dieu!) J'avoue que je me suis bien marrée à chaque fois jusqu'ici qu'il essayait de minimiser son attirance pour Eren (en mode, c'est une légère obsession...PFFFFT)
Alors? Est-ce que ça vous plait jusqu'ici de voir les choses de son côté? J'ai particulièrement aimé le passage dans la bibliothèque ou Eren est en pls alors que Livaï en réalité divaguait et s'imaginait déjà qu'ils étaient en couple! *rire cruel*
Quoiqu'il en soit, j'ai hâte de lire vos réactions! Et de pouvoir me replonger dans le bal masqué...
Plein de love, Easyan
