Oh! J'avais même oublié que je devais continuer à corriger et publier cette histoire (sueur froide)
Pardon pour les lecteurs qui attendaient la suite! (Fantômes ou non?)

*Tousse* En tout cas, voici la suite! J'espère vraiment qu'elle va vous plaire!

Enjoy

Preview: Livaï et Eren sont enfin en couple!

Et l'Alpha n'attend qu'une chose que leur relation s'approfondisse encore. Qu'ils soient si proches que dire toute la vérité à l'Oméga ne puisse puis mettre en danger leur paire avant qu'elle ne puisse vraiment se former. En attendant, l'Apocalypse n'attend pas et la Vérité sur les Murs pourraient bien venir d'un endroit où il n'aurait jamais songé à la chercher...


Cinderella Complex Reverse

Chapitre 7: Last Event

Sweet Agony, sprinkled with Lies

Livaï

Part 1

Des rayons de lumière dorés perçaient les feuillages de la forêt.

Une constellation d'éclaboussures flavescentes sur le sol, conférait au paysage sylvestre une aura fantastique. La simple tunique blanche, longue et flottante, que portait Eren flottait légèrement sous la brise timide qui parvenait à se faufiler dans la dense foliation du sous-bois. Un sourire éclatant lui éclairait le visage. L'Oméga jetait de rapides coups d'œil en arrière pour s'assurer que son Alpha le suivait toujours. La luminosité jouait gaiement sur sa peau hâlée. Eren l'attirait dans le dédale feuillu qui s'étendait devant eux à perte de vue.

Livaï ne s'était jamais senti aussi bien, aussi détendu.

Ici, plus rien n'avait plus d'importance qu'eux deux. Ils étaient simplement eux-mêmes, Eren et Livaï. Et la perfection de cette simplicité faisait vibrer son cœur. L'Oméga se tourna vers lui, lui fit un clin d'œil. Et c'était comme si d'un coup, un signal avait été donné. Eren se mit à courir. Livaï lui donna la chasse, exalté. C'était instinctif. Le simulacre d'un acte aussi ancien et primitif que l'était le monde lui-même. Cette poursuite était l'expression d'un besoin impératif que l'évolution de leur espèce avait enfoui au plus profond de chacun. Celui de la Grande Traque à laquelle Alphas et Omégas étaient conviés une fois adulte en des temps anciens, afin de retrouver grâce aux phéromones, celui ou celle qui leur était prédestiné.

Eren courait vite. Mais il n'allait jamais assez vite pour le semer complètement. C'était une chasse taquine ; juste de quoi exciter l'Alpha qui le poursuivait. Quand Livaï finit par craquer et le plaqua au sol, l'Oméga rit de bon cœur. Son regard envoutant brillait de malice et Livaï pouvait voir son reflet tout au fond de ses yeux. Une lueur d'affection l'y gardait au chaud, confortable. Eren lui caressa doucement le visage et l'Alpha ferma les yeux, frissonnant de plaisir.

Ils s'embrassèrent.

La sensation était fugace, et à mesure que le temps passait, Livaï ne pouvait empêcher la frustration qui émergeait au creux de sa poitrine. Il manquait beaucoup trop de détails pour que ce moment fût véritablement parfait. L'odeur, le son, le touché. Rien n'était réel. C'était comme si absolument tout lui glissait sous les doigts.

Les contours fuyants de son rêve finirent par s'estomper dans une pénombre déprimante.

Lorsque Livaï rouvrit les yeux, son cœur battant la chamade.

Heureusement, louées furent les Déesses pour les petites victoires : cette fois-ci, il ne s'était pas souillé pendant son sommeil. Toujours frustré par les résurgences de l'intense rêve qui continuait de danser sous ses paupières, l'Alpha se plaqua l'avant-bras sur les yeux et grogna. Il voulait retrouver ce niveau d'intimité. Sentir à nouveau Eren dans ses bras, contre sa peau, sans l'aigre présence de la drogue de Sieg Fritz dans son organisme cette fois-ci.

Farlan se faisait de plus en plus pressant pour que Livaï révèle la vérité à Eren. Puis, accessoirement, à la Cour entière. Non seulement son rôle de Prince lui pesait depuis déjà plusieurs mois, mais en plus, Farlan ne voyait absolument aucun intérêt à vivre à la place de Livaï les rendez-vous censés l'aider à déterminer laquelle des Finalistes lui était la plus compatible. Et Livaï avait conscience que son meilleur ami avait plus que rempli sa part du contrat. La situation avec les nobles de la Cour n'était certes toujours pas idéale (pouvait-elle seulement le devenir ?), mais à présent, le 'Prince Héritier' était proprement armé et paré à faire face aux divers partis politique. Livaï n'était plus le même soldat, trop jeune, trop inexpérimenté dans l'art des intrigues pour espérer survivre à la première année de son intronisation sur le trône.

Cependant, le problème demeurait le même.

Le dédain démontré par Eren pour la famille impériale était une réalité. L'Oméga n'avait jamais émis la moindre envie de faire la connaissance de son prétendant impérial. Comment ne pas s'inquiéter sous ces conditions ? Plus le temps passait et plus Livaï était convaincu que se dévoiler lui ferait perdre tout ce qu'il avait réussit à bâtir avec Eren.

Il s'ôta l'avant-bras du visage et fixa le plafond sans vraiment le voir : le voilà reparti pour une nuit d'insomnie.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

En dépit de sa flagrante réticence à continuer de jouer son rôle, Farlan l'assistait avec sérieux.

Il était en train de lui exposer leur dernière urgence du moment en faisant lentement les cent pas dans son bureau : « …et les difficultés rencontrées pour la construction de 'Tours de Surveillance' là où devraient se trouver les Murs sont passées de légales à logistiques. Je ne sais pas si on devrait considérer ça comme un progrès ou une manœuvre désespérée…

- Vois ça comme un progrès. Peut-être que l'Eglise n'a décidé de nous donner leur accord que parce que la situation empire suffisamment pour les faire flipper. Mais au moins, ils ne nous mettront plus de bâtons dans les roues pendant qu'on essaie de sauver ce qui peut encore l'être… » Farlan stoppa ses allers-retours et soupira longuement : « Si seulement les Textes Sacrés pouvaient être plus précis dans leur description des catastrophes qu'on doit s'attendre à combattre…

- Epidémies, désastres naturels, guerre et finalement réapparition de géants mythiques prêts à tout pour réduire l'Empire, puis le monde, en bouillie. Je commence à personnellement trouver que les Textes sont trop détaillés en ce qui concerne les maux de l'Apocalypse. Et si tu veux tout savoir, ça me file des cauchemars.

-…Je ne veux pas mettre du sel sur tes plaies, mais… comment est-ce que les Tours vont pouvoir nous aider à combattre des catastrophes naturelles ou des épidémies ? » Livaï baissa les yeux et tapota du doigt contre le bois de son bureau.

Il avoua, contrit : « Elles ne pourront pas nous aider pour ça. On va devoir plutôt compter sur Hanji et le corps médical de Paradise. En espérant qu'on les a assez sponsorisés pour qu'ils se montrent à la hauteur au moment fatidique… » Les épaules de Farlan s'affaissèrent et il rétorqua : « Très encourageant…

- Ecoute, au moins avec les Tours, des soldats et des unités de médecins se tiendront prêts à intervenir aux quatre coins de l'Empire à tout instant. On ne pourra peut-être pas sauver tout le monde, mais j'espère au moins qu'à l'arrivée des Titans, je serais capable de protéger les survivants… » Un lourd silence s'abattit dans la salle. On toqua à la porte avant qu'aucun d'eux ne se décide à reprendre la parole. Livaï acquiesça fermement : « Entrez ». Toute distraction était la bienvenue.

Farlan et lui marquèrent une pause quand Armin Arlert fit irruption dans pièce.

Le majordome les salua respectueusement, se redressa puis se figea. Son visage pâlit légèrement quand il remarqua la présence de Farlan dans la salle. Sur le coup, Livaï et son meilleur ami comprirent de quoi il devait en retourner. Farlan retint son rictus lorsqu'il déclara soudain : « Je vais y aller. Notre conversation n'allait nulle part de toutes les façons. Ça commençait à me déprimer. » Il salua rapidement Armin de la tête et s'avança vers la sortie. Cependant, juste avant de quitter le bureau, il lança : « …S'il s'agit de ce que je pense, Levi, profites-en au moins pour que ma situation change enfin ! » Livaï se raidit sur son siège et la porte claqua.

Un nouveau silence plana dans la pièce. Finalement, le blondinet se racla la gorge et s'écria : « Je crois que vous allez finir par me donner un ulcère à l'estomac. Je sais d'expérience que l'instinct de survie d'Eren est comme une créature mythique : on ne pourra être vraiment sûr de son existence que lorsqu'elle aura décidée de se montrer. J'espère seulement que vous, vous savez ce que vous faites… » A ces mots, le majordome jeta un rapide coup d'œil vers la porte close, comme pour évoquer l'existence de celui qu'il prenait pour le Prince Couronné. Livaï tapota à nouveau du doigt contre le bois de son bureau et répondit : « Il ne faut pas s'inquiéter. La sécurité d'Eren n'est pas compromise. Je peux te le promettre. » Arlert le fixa, comme s'il cherchait à décrypter un mystère.

En définitive, il sembla conclure qu'il était sûr de remplir la mission pour laquelle il avait été commandité. Il s'avança vers le bureau et y posa une lettre. Livaï la saisit avec curiosité : « Est-ce que ça vient d'Eren ?

- De qui d'autre ?

-… Qu'est-ce qu'il veut ?

- … J'ai beau le connaître depuis toujours, ce serait mentir que de dire que je comprends tout ce qui peut lui passer par la tête. Je crains que vous deviez répondre à cette question par vos propres moyens ce coup-ci. » Livaï contempla longuement la missive.

En dépit du retard accumulé à cause des évènements dramatiques des épreuves précédentes, la semaine de repos entre la seconde et la troisième étape de la Sélection avait été maintenue. Quatre jours s'étaient déjà écoulés sans que Livaï n'eut la moindre nouvelle d'Eren. Cette fois-ci cependant, il n'était ni surpris, ni vexé. Après sept mois en sa compagnie, Livaï commençait à saisir le pattern. C'était la première fois que l'Oméga était le premier à prendre contact depuis le début de leur 'relation'.

Livaï n'avait pas la moindre idée de si c'était une bonne chose ou non.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Selon la lettre qu'avait transmise Arlert, ils devaient se retrouver dans la cour située derrière la bibliothèque impériale, en plein après-midi.

L'endroit était quasiment désert. Même si Eren n'avait pas pris la peine de lui rappeler dans sa missive qu'il devait s'apprêter de manière à passer dans le décor, Livaï aurait sans doute enfilé une tenue capable de l'aider à passer inaperçu. Mais le détail l'avait fait sourire parce qu'il montrait que, d'une certaine manière, l'Oméga avait dû être sacrément nerveux en écrivant sa demande : au point d'oublier que Livaï et lui partageaient leur manie à se glisser dans les costumes d'autres fonctions pour évoluer incognito à Utopia.

Livaï avait opté pour une tenue rappelant celles que portaient habituellement les magistraux qui pullulaient au palais impérial. Il savait qu'aux yeux des quelques horticulteurs qui travaillaient dans les environs, il serait pratiquement invisible. Quand il aperçut l'Oméga au loin, il constata que celui-ci avait eu la même idée. L'Alpha détailla rapidement son partenaire. Il était assez troublant de remarquer à quel point Eren avait pu lui manquer en si peu de temps. Et bien que Livaï doute des raisons qui avaient poussé l'Oméga à prendre contact avec lui, il n'empêchait que son rythme cardiaque se fût déjà emballé en le repérant.

Il s'arrêta à quelques pas de sa cible et le fixa un instant.

Eren entrouvrit la bouche comme s'il cherchait ses mots. Un léger rouge empourpra soudain les joues de l'Oméga et Livaï s'entendit déclarer, fasciné par sa réaction : « Quand le blondinet à la coupe au bol est venu me filer ton message, j'ai limite failli ne pas y croire. Est-ce que je peux vraiment me dire que ta prise d'initiative signe la fin du bagne pour moi ? Tu vas nous laisser une chance ? » Eren roula des yeux et répliqua : « Et moi, je continue de dire qu'appeler tes efforts pour me courtiser 'le bagne' ou la 'galère', ça n'a vraiment rien de romantique. » Livaï sourit malgré lui. Même leur chamaillerie lui avait manqué. Il rétorqua : « Je crois t'avoir déjà entendu dire que le romantisme te filait la nausée.

- Il y a une limite à tout ! Savoir que me séduire est pour toi une corvée, c'est quand même une limite compréhensive. Non ? » Livaï haussa les épaules : « C'est noté. » La conversation était fluide et le ton amusé. L'Alpha savait que son interlocuteur n'était pas aussi vexé qu'il voulait le laisser entendre par sa nonchalance.

Eren lui indiqua d'un geste de la tête le chemin en terre qui les conduisait vers le petit bosquet s'étalant derrière la bibliothèque impériale. L'Oméga demanda ensuite : « Et si on marchait un peu ? » Livaï acquiesça en silence et lui emboîta le pas. Ils s'avancèrent tranquillement. Parfaitement satisfaits d'évoluer côte à côte sans échanger le moindre mot. Le couvert des arbres et le jeu de lumière sur le sol rappelèrent à Livaï son rêve le plus récent. Il sentit une vague de chaleur lui brûler la nuque. Il déglutit et jeta un coup d'œil vers Eren. L'expression de l'Oméga était parfaitement sereine. Le chant des oiseaux et le bruissement du vent dans les feuilles transcrivaient cet instant de plénitude. Livaï se sentit étrangement décalé. Ils se tenaient proches l'un de l'autre, même s'ils évitaient soigneusement de se toucher.

Le silence perdurait et les idées de l'Alpha ne cessaient de tourner en rond. N'y tenant plus, Livaï demanda : « Alors… lequel de tes plans ingénieux demande l'assistance de l'Hériter du Nord ? » Eren papillonna, puis un air indigné lui déforma soudain les traits du visage. Il s'exclama, outré : « Je ne t'ai pas donné rendez-vous pour parler d'un plan ! » Un nouveau silence s'abattit, inconfortable. Livaï jeta plusieurs coups d'œil dans la direction de l'Oméga, pris de court.

Au moment où il avait accepté ce rendez-vous, il était presque certain que, d'une manière ou d'une autre, Eren avait un plan, un projet dont il désirait lui faire part en privé. Et si ce n'était pas le cas, il peinait à comprendre pourquoi l'Oméga l'avait soudain invité à se balader…Visiblement agacé, Eren expliqua : « J'avais envie qu'on discute ! Je voulais juste te revoir ! » Livaï haussa les sourcils. L'Oméga rougit joliment face à son scepticisme et se défendit : « Comment peux-tu sortir des trucs embarrassants aussi facilement ?! Je commence à me sentir mal de t'avoir délaissé aussi longtemps, alors que je ne le faisais même pas exprès ! Et puis soyons clair : je ne t'ai jamais demandé d'aide ! Enfin, pas vraiment ! C'est toi qui as insisté pour devenir mon maître d'arme, et… » Touché par la panique manifeste d'Eren, Livaï lui saisit l'avant-bras et stoppa net leur avancée.

Eren était une véritable plaie dès qu'il s'agissait de relation amoureuse.

Le simple fait qu'il se mette dans tous ses états pour se justifier réchauffait le cœur de l'Alpha et atténuait légèrement l'angoisse qui ne le quittait jamais vraiment (pas alors qu'il y avait de fortes chances que ses sentiments fussent à sens unique). Amusé, Livaï tenta de calmer son interlocuteur : « Du calme. Désolé. Je voulais juste te l'entendre dire. Même si je sais bien que ce n'est pas ton genre… ». Abasourdi, Eren prit un moment pour intégrer la réplique. Dès que les mots de l'Alpha percutèrent, il le rejeta d'un geste brusque et gronda : « Tu te moques de moi en plus ! » Troublé, le regard de Livaï suivit le mouvement de son bras. Il y avait toujours une drôle de boule au travers de sa gorge lorsqu'il avait l'impression que l'Oméga le repoussait comme si son contact lui déplaisait.

Il s'avança et saisit doucement la main d'Eren. L'Oméga frissonna mais ne s'écarta pas pour autant. Livaï déglutit une fois de plus. Il lui effleura lentement le poignet. Toujours aucune résistance. Ses doigts glissèrent contre la paume brûlante de la main de son partenaire. La sensation de leurs deux paumes jointes lui brûla les veines. Le frisson qui secoua Eren l'agita en retour d'un frémissement de plaisir. Rasséréné, Livaï l'attira à sa suite et recommença à s'avancer sur le chemin de terre. Son cœur battait fermement au creux de sa poitrine. Il lui semblait n'entendre que ces tambourinements en écho.

La bouche sèche, l'Alpha se décida enfin à poser la question qui le hantait : « Je me pose la question depuis longtemps, mais… qu'est-ce qui te répugne autant à l'idée d'épouser le Prince ? » Eren lui jeta un long regard empli d'incrédulité. Quand il comprit que Livaï était on ne peut plus sérieux, il s'efforça de formuler ses propres interrogations : « Est-ce que tu aimerais que je développe des sentiments pour ton meilleur ami ? » Pendant un instant, Livaï avait eu l'impression qu'on lui avait asséné un coup sur la tête. Sonné, il lui fallut quelques secondes avant de se rappeler qu'Eren ignorait la réelle identité de Farlan. Ce mensonge était vraiment comme l'aconitine d'Hanji : un remède qui lui avait sans doute permis d'en arriver jusque-là avec Eren, mais qui, parallèlement, demeurait le poison qui risquait de tout gâcher à trop grande dose.

L'Alpha leva les yeux au ciel et s'écria, frustré : « Ce n'est pas ce que je veux dire ! Ne joue pas l'idiot, ça fait un moment que je n'y crois plus. Ce que je veux savoir, c'est ce que tu as contre la famille impériale.

- Qu'est-ce qui te fait croire que je leur en veux particulièrement ?

- Mis à part ce que tu m'as avoué toi-même ? On ne se connaissait que depuis deux minutes montre en main avant que tu n'insultes l'Empereur et toute sa descendance. Et puis, tu n'as jamais caché devant quiconque le dédain que t'inspire le Prince Couronné… ». Eren fit la moue et répliqua sans avoir l'air de trop y croire : « Oh ça va, je suis quand même de l'avis commun qui dit qu'il est plutôt séduisant…

- Ce n'est pas parce que tu ne le trouves pas dégueulasse à regarder que tu lui as déjà accordé plus de trois minutes d'attention… Et j'ai comme l'impression que ce n'est pas que parce que tu n'as pas eu de coup de foudre… » Eren grimaça. Il parut prendre quelques minutes pour réfléchir à ce qu'il comptait répondre avant d'admettre : « Okay, c'est vrai : j'ai du mal avec la famille impériale.

- Pourquoi ? » Le cœur de Livaï semblait lui battre dans la gorge. Il était suspendu aux lèvres de l'Oméga quand celui-ci précisa : « Déjà, j'ai toujours eu l'impression que le Prince n'était pas franc... Il est tout le temps en train de sourire. » … Il arrivait souvent à Livaï de trouver que l'air avenant de Farlan était assez perturbant, mais il se croyait être le seul à penser de cette manière. Après tout, la majorité des gens trouvaient son meilleur ami avenant et sympathique. Eren continua sur sa lancée : « Avec un ami comme toi, sa réputation d'Héro sanglant de guerre et son histoire personnelle, impossible qu'il ne dissimule pas son double visage. » Livaï l'observa du coin de l'œil. Il n'espérait pas que l'Oméga eut pris le temps d'autant analyser le Prince Héritier. Il lui semblait plutôt en temps normal, qu'Eren faisait tout pour ne même pas penser à son prétendant officiel…

L'Oméga parut se sentir obligé de nuancer son propos : « Je ne lui en veux pas particulièrement. Je me doute bien que survivre à la Cour dans sa position, ça demande forcément un certain talent d'acteur. Et au contraire, quelque part, j'admire même sa vivacité d'esprit et son adaptabilité… » Livaï avait beau savoir qu'Eren n'était pas en train de particulièrement complimenter Farlan, il n'empêchait que l'entendre en parler de cette manière lui laissait un arrière-goût dans la bouche. Il l'interrompit sur un ton bourru : « Arrête un peu de lui lécher le cul. Il y a déjà des serviteurs qui sont payés pour le torcher, ce serait dommage de les priver d'un boulot aussi gratifiant. » Estomaqué, Eren ne put s'empêcher d'éclater de rire. L'Oméga avait l'air un peu plus détendu lorsqu'il expliqua finalement : « Disons que ma famille du côté maternel a de bonnes raisons de croire que la lignée impériale est composée de menteurs éhontés et de traîtres. » La surprise de Livaï le pris au dépourvu.

Des menteurs et des traîtres ?

Eren lui sourit calmement et ajouta : « Ma mère avait l'habitude de parler de 'promesse impériale' à chaque fois qu'on essayait de la rouler ou qu'on tentait de prendre avantage d'une situation. » Livaï fronça les sourcils, décontenancé. Il tenta d'en apprendre plus en lui demandant : « Ta mère était une noble ? Tout le monde à l'air de dire qu'elle sortait de nulle part… Même si personne n'a jamais rien trouvé à redire de son éducation ou de son sens de l'accueil.

- On peut dire ça comme ça.

- La famille impériale n'a pas honoré une promesse qui aurait été faite à la famille de ta mère ? » Eren acquiesça doucement. Perdu dans ses pensées, Livaï tenta de situer ce qu'il venait d'apprendre avec une quelconque histoire de traîtrise ou de mensonge qui aurait terni l'image de la famille impériale. Le souci, c'était qu'il en existait tellement que c'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin.

Une pensée déprimante.

Ils avancèrent sans but particulier, jusqu'à ce que l'ombre d'un arbre leur semble parfait pour s'y poser. Le vent soufflait dans l'épais feuillage qui les surplombait et l'odeur revigorante du bosquet leur chatouillait les narines. Conjugué au parfum ensorcelant d'Eren, les senteurs qui emplissaient les poumons de Livaï calmèrent l'agitation de ses pensées. Le silence contemplatif dans lequel ils étaient tombés n'avait plus rien de pesant. Livaï disposait d'une nouvelle piste à étudier pour décrypter l'aversion qu'éprouvait l'Oméga à l'encontre de la famille impériale. C'était une petite victoire de plus. Actuellement, à moins qu'Eren ne se décide à tout lui avouer de but en blanc, il avait peu de chance d'en apprendre davantage.

Peut-être qu'il valait mieux qu'il profite de cet instant privilégié.

Il soupira, puis posa les yeux sur la silhouette d'Eren. L'Oméga l'observait calmement, avec attention. Livaï prit quelques secondes pour se perdre dans l'océan verdoyant de son regard. Il posa la main sur la racine d'arbre qui les séparait, paume offerte et attendit. Il voulait qu'Eren accepte pleinement son contact, qu'il vienne le chercher par lui-même. Un battement s'écoula durant lequel Livaï douta, avant qu'enfin, l'Oméga pose la main sur la sienne. Les doigts de l'Alpha l'enlacèrent et un sourire lui fleurit sur les lèvres, soulagé.

L'instant avait la perfection qui manquait systématiquement durant les rêves de Livaï.

La douce caresse du vent contre sa peau, la chaleur subtile des rayons de soleil perçant le couvert des feuilles, l'exquise souplesse de la peau d'Eren alors qu'il effleurait le dos de sa main d'un mouvement circulaire du pouce. Mais surtout, la présence inimitable de ses phéromones. Ces effluves sucrés, boisés et fleuris. L'épice de plus en plus présente dans le subtil mélange d'odeur qui caractérisait les réactions que parvenait à déclencher l'Alpha chez son partenaire. Envoûté, Livaï s'approcha lentement. Il essayait de faire preuve de retenue : il savait qu'il ne se trouvait pas dans un rêve.

Eren devait pouvoir repousser ses avances s'il le désirait vraiment.

Surtout après ce que Sieg avait essayé de lui faire subir.

L'Oméga ferma les yeux, acceptant en silence les intentions de son partenaire. Le cœur battant la chamade, Livaï posa les lèvres contre celles d'Eren. Ce n'était qu'un simple bécot. Un contact léger, doux, presque inexistant. Mais c'était suffisant pour faire basculer le monde sur son axe. Un vif courant lui remonta le long de l'échine, ses sens entrèrent en effervescence. La chaleur de la main d'Eren prisonnière de la sienne parut lui brûler sa paume. L'odeur de l'Oméga lui fit tourner la tête. Il pouvait sentir ses propres phéromones se répandre dans l'air en réponse à l'explosion boisée qui avait pris le dessus sur les diverses notes du parfum d'Eren.

Livaï scruta la réaction de son partenaire avec avidité : il l'avait appris à ses dépens, le message transcrit par les phéromones n'étaient pas suffisants pour décrypter précisément une situation, ou les émotions de l'Oméga. En revanche, le regard enfiévré qu'Eren posait sur lui était une réponse tout à fait acceptable. Livaï avança à nouveau la tête et l'Oméga s'empressa d'en faire de même. Leur second baiser fut bien plus passionnel. La pression de leurs lèvres l'une contre l'autre, beaucoup plus marquée. En quelques secondes, l'angle de leur baiser changea plusieurs fois, leurs lèvres se caressaient et se découvraient, leurs phéromones dansaient dans l'air, s'harmonisant pour créer un parfum unique dont la perfection était tout simplement enivrante.

Un grondement sourd résonnait dans la gorge de Livaï. C'était encore mieux que dans ses rêves. Eren emprisonna soudain sa lèvre inférieure entre ses dents, sans mordre, avec délicatesse. Lorsque l'Oméga se mit à le mordiller, Livaï perdit pieds : l'espièglerie qu'il s'était toujours imaginé d'Eren devenait tout à coup une réalité et son esprit n'était clairement pas prêt à endurer un tel retournement de situation. Il étouffa un geignement accablé, glissa la main dans l'épaisse chevelure de l'Oméga avec fermeté et l'enjoignit à se pencher de manière à faciliter l'approfondissement de leur baiser. Eren laissa échapper un gémissement surpris. Livaï profita de la brève ouverture entre ses lèvres pour y introduire la langue. Le baiser grimpa en intensité quand Livaï céda à la pulsion qui lui intimait d'explorer avec attention la cavité buccale de l'Oméga. Il s'appliqua tout particulièrement à insister sur les zones qui semblaient déclencher les plus vives réactions de son partenaire : enrouler leurs langues, délicatement effleurer le haut de son palais.

Livaï avait déjà eu des expériences dans ce domaine. Il était loin d'être un puceau timide. Son premier baiser avait été avec sa Chevalière Petra Ral, plus pour l'expérience que parce qu'il exprimait un quelconque sentiment. Il lui était également déjà arrivé de suivre ses soldats lors de leur sortie dans les 'quartiers rouges', durant leurs rares temps de repos pendant la guerre. C'était par curiosité. Pour se changer les idées. Pour apaiser l'étouffante pulsion destructrice qui lui parasitait l'esprit lorsqu'il se trouvait au front, entouré de mort et de chaos. Pour des raisons évidentes, Livaï n'avait jamais pratiqué de sexe pénétratif : il n'avait aucune intention de disséminer des bâtards aux quatre coins de l'Empire.

Il était donc loin de l'idée que pouvait se faire d'un novice en la matière ou d'un innocent.

Comment se faisait-il qu'Eren Jaëger puisse si facilement le rendre dingue avec juste un baiser ?!

Troublé, Livaï s'écarta enfin de l'Oméga. Un gémissement plaintif s'échappa des lèvres d'Eren et l'Alpha sentit absolument tous ses poils se soulever : Eren allait réussir là où la guerre avait échoué, la santé mentale de Livaï n'allait certainement pas survivre à leur relation… Hanji avait assurément tort. Le lien entre Alpha et Oméga n'était sûrement pas ce qui avait permis à Kenny de garder le peu de raison qu'il possédait à la naissance. Pas si c'était ce qu'il ressentait pour Uli… Livaï traça le contour des lèvres d'Eren du pouce. L'Oméga frissonna et Livaï scruta son expression pour s'assurer qu'il n'était pas allé trop loin. La lueur enfiévrée qui brûlait au fond des yeux de son partenaire le rasséréna.

Après une brève pause, Livaï décida d'étouffer le plus gros de son désir pour reprendre le contrôle de la situation. Ce n'était ni le moment, ni l'endroit. Contrairement à ce que ses rêves essayaient de lui faire croire, il y avait un art et une manière d'arriver à 'ce genre' de conclusion. Et céder à ses pulsions dans un bosquet pour une première fois, c'était certainement une très mauvaise idée.

Livaï avait tellement attendu d'avoir un tel niveau d'intimité avec l'Oméga qu'il pouvait, sans doute, se contenter d'en profiter pendant des mois avant de s'en lasser. Il glissa la main le long du cou d'Eren, réticent à reculer davantage ou même à briser entièrement leur contact. Pour se changer les idées, il demanda finalement : « Est-ce que tu vas m'expliquer un jour, pour la promesse rompue entre ta famille maternelle et la lignée impériale ? » Eren acquiesça. Son geste avait paru mécanique, son regard était toujours braqué sur les lèvres de l'Alpha. Un rictus aux lèvres, Livaï pencha légèrement la tête : « Mais pas tout de suite… ? » Eren acquiesça à nouveau, toujours distrait, et souffla : « Pas tout de suite. » Parce qu'actuellement, ils avaient clairement mieux à faire.

Eren initia leur troisième baiser.

Bien qu'il manque visiblement d'expérience, il parvenait sans mal à combler ses lacunes en faisant preuve d'enthousiasme.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Livaï aurait aimé apprécier le radical changement de leur relation sans l'épée à double tranchant qui lui pendait au-dessus de la tête.

Eren n'avait manifestement plus aucune envie de l'éviter.

Même s'il semblait impossible qu'ils se retrouvent à deux comme le jour de leur balade clandestine dans le bosquet de la bibliothèque impériale, ils se voyaient presque tous les jours sur le terrain d'entraînement. Livaï avait vaguement espéré que la confession d'Eren vis-à-vis de ses sentiments envers lui l'aurait rendu moins possessif. Moins jaloux. Il était forcé d'admettre que c'était loin d'être le cas. Il luttait encore avec lui-même et l'embarras qu'il éprouvait à découvrir de nouvelles facettes de sa personnalité après tout ce qu'il avait vécu.

Il était aussi irrité que suffisant quand il constatait les regards noirs que lui lançaient le Chevalier Kirstein lorsqu'il s'entrainait avec Eren, notamment lorsqu'il se laissait aller à devenir un peu plus tactile que nécessaire en montrant certains mouvements ou positionnement de combat à l'Oméga. Et lorsque la date du premier rendez-vous d'Eren avec le 'Prince' arriva enfin, Livaï se sentait aussi nerveux que s'il s'agissait du premier 'rendez-vous galant' de sa vie. Farlan était tellement ravi de pouvoir se moquer de son inhabituel état émotionnel qu'il ne se plaignit même pas une seule seconde de devoir continuer à jouer le rôle de Prince Héritier. Il se considérait davantage comme un chaperon et ne cessait de vertement taquiner son meilleur ami.

Quand le jour J arriva, Livaï avait déjà participé aux deux autres rencontres publiques.

Il avait espéré que ça l'aiderait à relativiser et qu'il pourrait considérer cette sortie comme une simple nouvelle étape de la Sélection. Il s'était fourré le doigt dans l'œil. Lorsque l'Oméga apparut dans l'embrasure de la porte de leur carrosse, le souffle de Livaï se coupa. Sa chevelure était tressée de façon à encadrer l'entièreté de sa tête comme un bandeau. Une mèche de cheveu avait été laissée libre vers l'avant tandis que son épaisse tignasse était fixée par la haute queue de cheval qui lui retombait sur les épaules. Sa coiffure avait même été agrémentée de quelques bijoux en argent en forme de plumes.

D'ordinaire, la mode Paradisienne favorisait les boucles et les enchevêtrements compliqués en s'aidant de bijoux et d'accessoires pour les coiffures de nobles. Les tresses, la simplicité et les coiffures en hauteur n'avaient commencé à faire leur apparition à la Cour que depuis qu'on eut remarqué Eren. Mais personne ne parvenait à ce jour à maîtriser cette apparence parfaitement royale dans la simplicité comme le faisait l'Oméga. Sans effort.

Eren était vêtu d'une longue tunique, dont une manche avait été remplacée par un drapée semi-transparent s'arrêtant pile au milieu des cuisses. Son pantalon était ajusté, laissant très peu à l'imagination. Il portait des cuissardes en cuir à lacets. Il avait même fait attention à ce que sa tenue soit dans les tons des armoiries impériales : bleu foncé, noir et argenté. Pendant une fraction de seconde, une forte pique de jalousie perça le cœur de Livaï à l'idée que l'Oméga s'était apprêté pour plaire au Prince Couronné. Puis elle s'estompa quand il se rappela, qu'accessoirement, il était le Prince Héritier et qu'en définitive, c'étaient ses couleurs qui habillaient actuellement son Oméga

Les sens de Livaï captèrent l'exact moment où Farlan retint sa respiration, comme frappé par le parfum d'Eren dont il tenait toujours la main pour l'aider à pénétrer dans le carrosse. L'Alpha fronça les sourcils, croisa les bras sur son torse et se racla la gorge pour rappeler à l'ordre son meilleur ami. Farlan lâcha soudainement sa prise et esquissa un sourire contrit mal aisé en haussant les épaules. Mais déjà, Livaï n'avait plus d'yeux que pour Eren. Le regard de l'Oméga s'était immédiatement assombri en l'apercevant. L'Alpha tenta de ne pas bomber le torse sous l'inspection appréciatrice de son partenaire.

Eren acheva son ascension et vint s'installer aux côtés de Livaï sans marquer la moindre pause. Livaï avait décidé de vêtir une tenue aux couleurs de la famille Church. Et il regrettait actuellement de ne pas pouvoir simplement porter celles de la famille impériale qui les désignerait comme un couple aux yeux de tous. Ils s'observèrent un long moment, l'Alpha se délectant de la réponse olfactive qu'il captait dans le parfum de son Oméga. Une tension à couper au couteau s'était vite installé entre eux. Livaï reconnaissait la flamme qui s'agitait au fond des pupilles hypnotisantes de son partenaire. Il avait appris ce qu'elles signifiaient lors de cet après-midi ensoleillé, à l'ombre d'un arbre. Et il s'attendait presque à ce qu'Eren craque et lui bondisse au cou d'une minute à l'autre.

Il vibrait d'excitation à l'idée que son imagination devienne réalité…

Mais Farlan s'était installé sur la banquette qui leur faisait face. Après qu'un serviteur eut refermé la porte du carrosse derrière lui, son meilleur ami crut bon d'à son tour se racler la gorge pour le rappeler à l'ordre. Visiblement gêné, Eren détourna le regard et se contenta de tripoter maladroitement l'un des lacets de ses cuissardes plutôt que de continuer à dévorer Livaï du regard. L'Alpha vrilla Farlan des yeux et le rictus suffisant qui lui répondit lui donna à nouveau l'envie irrésistible d'étrangler son meilleur ami.

En prenant en compte la proximité forcée par leur espace restreint dans le carrosse, Livaï trouva leur trajet jusqu'au cœur de Sina très long.

Surtout s'il lui était interdit d'en profiter.

Farlan proposa soudain qu'ils descendent du carrosse avant d'arriver au café, afin de 'profiter plus longtemps de leur rendez-vous'. Irrité par son évidente intention de flirter avec Eren pour l'agacer, Livaï s'avança à leur côté sans prendre la peine de feindre n'être qu'un simple chaperon. Il devint très vite évident qu'ils attiraient tous les regards de la foule. Eren semblait tendu lorsque Farlan eut le culot de lui proposer son avant-bras. L'Oméga accepta avec rigidité, tandis que Livaï continuait d'essayer de percer un trou dans le crâne de l'idiot qui lui servait d'allié.

Pendant toute leur balade improvisée, Farlan semblait déterminé à faire jouer son charme naturel. Il était engageant, bavard et enjoué. Il mit un point d'honneur à s'arrêter devant les étalages et les boutiques de l'avenue. Il pointa divers objets avant de demander à Eren ce qu'il en pensait, ou s'il aimerait qu'on lui en fasse cadeau. Eren s'était efforcé de répondre de façon à repousser chacune de ses sollicitations avec réserve et politesse. D'ailleurs l'Oméga s'était bien retenu de le gratifier du moindre sourire, même pas pour paraître poli. Livaï ne pouvait s'empêcher d'avoir envie de rire de suffisance. Même si chacune des rebuffades d'Eren paraissait enflammer davantage Farlan. Comme si, contrairement à son habitude, se voir repousser dans son rôle de Prince Héritier lui conférait une excitation particulière…

Livaï aurait dû se douter que ce taré était assez masochiste pour tirer du plaisir d'une situation pareille.

L'éclat qui brillait au fond du regard de Farlan était un signe de son amusement. Il pointa soudain du doigt un étalage d'accessoires pour cheveux et demanda avec engouement : « Et ce papillon argenté ? Je pense qu'il vous irait à merveille. Votre style de coiffure donne envie de vous orner la chevelure des plus délicats ornements. » Son sourire était éclatant et son regard sincère. Eren se figea sur place, bouche bée. Livaï vit l'exact moment où la façade soigneusement travaillée de l'Oméga s'effondra complètement face au stratagème de Farlan. L'instant précis où Eren décida que conserver les apparences valait largement moins que de faire part à son interlocuteur de ses pensées.

L'Oméga n'y tint plus et poussa un énorme soupir avant de répliquer : « Que va devenir l'Empire si 'son soleil' et 'divin représentant' est un séducteur expérimenté ? Je sais qu'il est de coutume que l'Empereur puisse accueillir une flopée de concubines impériales une fois marié pour pérenniser sa 'descendance céleste'. Mais est-ce que votre histoire personnelle n'aurait pas dû vous renseigner sur les dangers d'un harem ? » Ce fut au tour de Farlan de rester bouche bée. Livaï pouffa de rire. Jusqu'ici et en dépit des efforts de son meilleur ami, Eren Jaëger était resté ce personnage mystique dont il entendait parler sans jamais pouvoir vraiment le rencontrer. Car son rôle de Prince Héritier poussait l'Oméga à jouer un rôle face à lui, à le tenir à distance. Résolument.

C'était donc la première fois que Farlan se retrouvait véritablement face à du pur Eren, sans filtre.

Farlan éclata de rire. Il se tourna pour faire face à Livaï et s'écria, ravi : « Par Sina ! Je n'arrive pas à croire qu'il ait vraiment osé me dire ça en face, Levi ! Tu as raison, cet Oméga, c'est vraiment quelque chose ! » Eren papillonna, surpris par cette réaction. Il jeta à son tour un coup d'œil en direction de Livaï. L'Alpha se contenta de rouler des yeux. Farlan aimait vraiment faire tout un drame de rien de tout. Eren allait devoir s'y faire. L'attention de Farlan se posa à nouveau sur l'Oméga et il s'exclama : « Je me disais juste que montrer mon appréciation au futur époux de mon meilleur ami était une bonne idée… Je n'essayais pas de vous manquer de respect. Excusez-moi pour le malentendu. » Eren rougit d'embarras et préféra garder le silence. Farlan lui fit un clin d'œil et ajouta avec malice : « Et puis pour l'instant, les règles de la compétition stipulent que l'Oméga Jaëger est mien. Qui serait assez fou pour ne pas profiter de l'occasion pour gâter une telle beauté ? » Livaï allait probablement trouver un moyen de lui faire perdre une ou deux dents avant la fin de ce rendez-vous.

Il ne lui restait plus qu'à trouver comment le faire assez discrètement pour échapper à l'attention d'Eren.

Farlan avait fini par lui acheter l'ornement en forme de papillon avant de le lui placer dans les cheveux, sans qu'Eren ne l'en empêche. C'était sûrement pour se faire pardonner d'avoir manqué de respect à l'Héritier du trône. Mais le simple fait que Livaï avait, lui, dû longuement lutter avant que l'Oméga se laisse approcher, lui fit plisser les yeux et planifier plus sérieusement l'agression de son meilleur ami.

Ils achevèrent enfin leur promenade et s'installèrent dans le café sous la vigilance accrue du patron de l'établissement. Tout un coin du café avait été réquisitionné pour le Prince et son entourage chevaleresque. Le reste des clients étaient composés de nobles et de bourgeois, qui s'étaient débrouillés pour se trouver présents afin d'observer aux premières loges le déroulement de leur rendez-vous de plus près. Ils avaient été placés non loin de l'immense vitre qui laissait aux passants extérieurs entrevoir l'intérieur de l'établissement. A en croire l'attroupement qui se formait dans la rue, il n'y avait pas que les nobles qui allaient s'en mettre plein les yeux.

Ils passèrent commande et on les escorta à leur place pour patienter dans le confort.

Farlan fit immédiatement signe à Livaï de venir les rejoindre à leur table, et l'Alpha ne se fit pas prier. Il n'avait aucune intention de laisser son meilleur ami et Eren seuls. Il y avait beaucoup trop de raisons pour éviter ce genre de scénario catastrophe. Et c'était bien avant que Farlan ne se découvre une sorte de passion à draguer l'Oméga. L'atmosphère passa d'un peu tendue à étrange en l'espace d'une seconde, même si, comme à son habitude, Farlan semblait complètement imperméable à ce genre de changement d'ambiance. Il reprit le cours de leur conversation comme si de rien n'était, avec enthousiasme.

Il tenta de flatter Eren en déclarant : « Réussir à convaincre Erwin de laisser le parti Aristocratique profiter d'une petite victoire teintée d'amertume était un coup de génie ! Le Duc Smith n'est pas vraiment réputé pour sa capacité à compromettre ! » Eren grimaça : « Ah ? » Il était très visiblement mal à l'aise, mais Farlan Prince était lancé : « Sans parler du fait que vous ayez réussi à aplatir vos adversaires au Conseil pour faire accepter le projet d'accès à l'éducation pour les moins fortunés… » Livaï aurait pu lui dire qu'Eren détestait tout particulièrement qu'on le complimente ou qu'on parle de ses accomplissements. Mais il tirait en vérité beaucoup trop de plaisir à voir son meilleur ami se planter royalement dans sa quête de s'attirer les faveurs de l'Oméga. Eren répliqua, troublé : « Pas la peine de me vouvoyer, j'ai un peu de mal avec ce genre de courtoisie.

- Ce serait plus fluide si je me mettais à tutoyer ? » Eren acquiesça, sans hésiter. Farlan lui sourit et acquiesça à son tour : « Bien ! Je vais te tutoyer à partir de maintenant. » Le naturel de son meilleur ami semblait enfin commencer à détendre l'Oméga. Livaï baissa les yeux pour fixer la table. Il savait que Farlan était d'excellente compagnie et que sa vivacité d'esprit pouvait sans aucun doute intéresser Eren. Il ne s'attendait pas à ce que ça le frustre à ce point de constater qu'ils pouvaient bien s'entendre…

Visiblement plus détendu, l'Oméga s'exclama soudain : « Et si on évitait de trop en faire avec mes 'prétendues victoires' ? Je dois avouer que je commence à en avoir marre de devoir sourire sans y croire quand les vautours viennent me tourner autour, attirés par ma position, tout en prétextant vouloir me féliciter. » Surpris par sa soudaine honnêteté, Farlan haussa les sourcils et hasarda : « J'avais cru comprendre que tu avais eu du mal au début pour trouver des alliés fiables, prêts à t'aider à sécuriser ta position dans la compétition ?

- Du mal ? C'est bien pire que ça : tout le monde évitait de me regarder en face trop longtemps. J'étais un pestiféré. Mais récemment, on dirait que bon nombre de nobles se sont tout à coup souvenu du brave Docteur Jaëger. Je vois mal ce qu'ils croient y gagner. Mais si ce sont mes faveurs, ça a clairement l'effet inverse. » Farlan pouffa d'un rire sans joie et répondit en souriant : « Il y a comme un accord tacite à la Cour qui stipule qu'on doit gentiment fermer les yeux lorsque d'autres retournent soudainement leur veste. Tu n'as le droit de le leur faire payer que s'ils marquent le changement bien plus tard que la majorité de leurs voisins. La politesse dans ce genre d'hypocrisie générale est de taper en harmonie sur le plus lent ou le plus loyal des fourbes. » Hébété par cette réflexion, Eren en oublia de refermer la bouche.

On leur apporta leur commande.

Un long silence s'abattit sur la tablée. Eren admirait encore sa pâtisserie lorsque Farlan plaça un coude sur la table, s'avança vers lui et posa la tête sur sa paume. Le mouvement attira son attention. Farlan avait l'œil brillant lorsqu'il lui demanda : « Je meurs d'envie de mieux te connaitre. Dis-moi, pourquoi un café ? » Légèrement troublé par l'apparence avenante de l'Alpha qui lui faisait face, Eren eut un moment de blanc avant de répondre, incertain : « Parce que j'aime les pâtisseries ? » Farlan gloussa et répondit, enjoué : « Oh ? Je trouve un peu vexant que tu n'aies même pas pensé une seule seconde à l'avantage que ce serait de parader au bras du Prince devant le peuple…

- Ah… C'est vrai. En y réfléchissant, la consigne ne stipulait pas forcément de sortir du palais… » Sans plus perdre une minute, Livaï asséna un coup de pied brutal contre le tibia de son meilleur ami. Farlan grimaça de douleur, perdit l'équilibre sur la table et se recula. Eren jeta un coup d'œil incrédule vers Livaï. L'Alpha s'évertua à boire tranquillement son café, le visage impassible. Il ignora sciemment le regard noir que lui lançait son meilleur ami : Farlan l'avait bien cherché.

Farlan finit par saisir sa tasse à son tour avant de grommeler, agacé : « Pas la peine d'en venir à la violence, Levi ! Je crois qu'Eren ne pourrait pas être plus clair quant à son total désintérêt pour ma personne ! » Ce fut au tour de Livaï de le vriller du regard. Farlan se frotta ostensiblement le tibia de la main.

Livaï avait la ferme intention de lui faire regretter d'avoir essayé de se jouer de lui, d'une manière ou d'une autre.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

À la suite de ce rendez-vous, les rencontres entre Eren et Livaï furent beaucoup moins surveillées.

Certes, ils réussissaient surtout à se libérer pour s'entraîner sur le terrain, à une heure plutôt publique et donc tout sauf intimiste. Mais avec leur nouvelle liberté, les occasions ne manquaient pas de se retrouver en tête-à-tête. Surtout depuis qu'Eren avait pris soin de contacter Auruo afin de prendre connaissance de l'emploi du temps de Livaï. Un fait qui l'avait tellement réjoui qu'il s'était empressé d'ordonner à son majordome réticent de partager l'information sans réserve.

Les choses avaient vraiment changé : Eren l'avait accepté et il cherchait même activement sa compagnie.

Cet après-midi-là, Livaï avait trouvé un moment pour se réfugier dans la bibliothèque impériale. Sa dernière discussion avec Eren, couplé aux problèmes intérieurs (notamment au sujet des Tours de surveillance qui devaient pallier l'absence des Murs), avait renouvelé l'ardeur de l'Alpha dans ses recherches sur l'Histoire enfouie de l'Empire. Malheureusement, comme c'était le cas depuis presque deux mois, Livaï continuait de faire du surplace. Installé face à une large fenêtre et des piles de livres entassées sur sa table, il avait fini par s'assoupir en profitant de la chaleur indolente du retour des beaux jours. La tête basculée en arrière, il s'était couvert le visage du dernier ouvrage dans lequel sa recherche avait fait chou blanc.

Il entendit l'instant où un étranger se stoppa non loin de son espace. Il nota la légère pause dans son pas flâneur puis la reprise de sa route, emplie de détermination. Livaï était en train de se maudire d'avoir obstrué son odorat avec le parfum du vieux papier et du cuir de son livre jusqu'à ce que l'ouvrage se soulève doucement, libérant alors sa vue. Il tomba nez-à-nez avec l'image inversée du visage lumineux d'Eren. Il fixa l'Oméga sans ciller, surpris et ravi qu'il eut trouvé le temps de le rejoindre. Ils se fixèrent un bon moment, immobiles. Attendant sûrement que l'un d'eux initie le contact, prononce le premier mot. Eren déglutit puis s'avança. Il posa ses lèvres contre celles de Livaï. Le rythme cardiaque l'Alpha s'emballa doucement, comme un mécanisme légèrement rouillé qu'on poussait soudainement à se mettre en marche. Son cœur manqua un battement avant de partir au triple galop.

Il appréciait beaucoup trop la direction que prenait leur relation pour accepter facilement de tout perdre en dévoilant son identité…

Ce n'était qu'une simple pression des lèvres, un baiser timide, tout en retenue. Il restait plaisant malgré le manque flagrant de praticité de leur position respective. Livaï sentit le léger recul de la tête d'Eren. Insatisfait, il glissa la main le long de la nuque de l'Oméga pour le maintenir en place. Il voulait lui indiquer qu'il désirait prolonger le moment, qu'Eren pouvait sans doute faire mieux… L'Alpha lui saisit la lèvre inférieure entre les dents et imita le léger mordillement que l'Oméga avait initié lors de leur précédent baiser. Eren écarquilla les yeux, le rouge aux joues, ses phéromones se concentrant en effluves boisés. Coincé dans cette position, l'Oméga prit quelques secondes pour détailler le visage de son partenaire. Livaï s'évertua à rester immobile.

Les brûlures de son désir lui agitaient les entrailles et la spontanéité des caresses d'Eren mettait à mal sa modération. Mais aujourd'hui, plus que jamais, il avait conscience d'être le plus expérimenté. D'être celui qui devait faire preuve de mesure et de calme. L'intensité de son besoin était loin d'être quelque chose d'évident à vivre pour un novice en la matière. Livaï devait impérativement respecter les limites de l'Oméga, lui laisser prendre les rênes sur l'évolution de leur intimité…

Ce n'était pas pour ça qu'il devait se retenir de le pousser gentiment dans la bonne direction, n'est-ce pas ?

Eren finit par se débarrasser distraitement du livre qu'il avait récupéré, avant d'utiliser ses deux mains pour encadrer le visage de Livaï. L'Alpha relâcha légèrement la prise qu'il avait sur sa nuque pour lui permettre de bouger à sa guise. L'Oméga profita de sa nouvelle liberté de mouvement pour se placer de manière à pouvoir l'embrasser plus confortablement. Le premier contact entre leur langue lui enflamma brutalement les reins. Un léger gémissement s'échappa des lèvres de Livaï. Encouragé par sa réaction, Eren caressa sensuellement sa langue de la sienne. L'Oméga finit par la suçoter avant de doucement s'écarter, le rouge aux joues.

Livaï était loin d'être satisfait, mais ce baiser était considérablement préférable au simple bécot avec lequel l'avait accueilli Eren.

Il observa l'air fier qui s'était glissé sur le visage de l'Oméga avec amusement. Livaï avait la voix rauque lorsqu'il déclara : « Je crois que je pourrais m'habituer à ce genre de salutations. » Eren roula des yeux et entreprit de s'installer à ses côtés. Embarrassé, l'Oméga évita son regard appuyé et fit mine de lire les titres de la pile d'ouvrages qu'avait réuni son partenaire. Livaï continua de l'observer alors que son regard vif prenait connaissance des sujets des livres qui leur faisaient face. Des recueils de coutumes oubliées, des archives datant de la construction des plus grands axes routiers de l'Empire, des livres de contes anciens, des recueils de textes traitant de lois aujourd'hui considérées comme archaïques, et même des manuscrits religieux.

Eren saisit le livre intitulé 'La Genèse du monde '. Il l'ouvrit en plein milieu, avant de survoler quelques lignes des yeux. L'Oméga finit par s'écrier, visiblement intrigué : « Je vois que tu travailles toujours sur ton 'projet' concernant la création de l'Empire. » Livaï poussa un long soupir et se passa une main nerveuse dans les cheveux. Il était tellement occupé ces derniers temps qu'il s'était laissé aller ces jours-ci : sa chevelure était devenue beaucoup trop longue. Gêné par quelques mèches, il récupéra un ruban noir de sa poche pour les coincer dans un chignon. Eren était en train de le fixer avec attention quand Livaï lui répondit : « Ouais. Et je suis toujours dans une impasse. A part les bouquins religieux, personne ne parle vraiment des Murs. La plupart des gens ne considèrent même pas ces 'frontières magiques' comme une réalité. Les Historiens attribuent l'Age d'Or de Paradise à la mise en place de divers traités entre nations ou alors au développement du commerce… » Eren acquiesça vaguement, tournant la page du livre qu'il tenait en mains. Son mouvement se stoppa.

Livaï vit avec intérêt le regard de l'Oméga se durcir.

Eren frôla la page sur laquelle il s'était arrêté du bout du doigt. Ses yeux glissèrent sur l'encre de l'ouvrage et il se pinça les lèvres. L'éclat de fureur que l'Alpha vit soudainement s'allumer au fond du regard brûlant de son partenaire le prit de court. Eren se mordilla un coin de la lèvre. Il semblait perdu dans les affres de sa réflexion. Sans bien comprendre pourquoi, Livaï eut un mauvais pressentiment. Quelque chose dans le parfum de l'Oméga l'avait alerté, mis sur le qui-vive. Troublé, l'Alpha lui posa une main sur la joue et libéra sa bouche malmenée d'un mouvement du pouce. Eren cligna des yeux, comme s'il revenait à peine à lui. Livaï s'enquit alors : « Quelque chose d'intéressant dans ce livre ? » Eren se frotta le visage d'une main avant de pousser un grognement frustré.

Il releva les yeux vers son interlocuteur et balbutia, incertain : « Non. Vraiment rien… C'est juste… que… quelque part, je me sens si… » Il semblait lutter pour trouver ses mots. Eren finit par prendre une grande inspiration, puis il désigna le livre de la main avant de demander avec irritation : « As-tu trouvé la moindre trace des religions qui existaient avant la création de l'Empire de Paradise ? Quels genres de rites suivaient les populations qui ont fini absorbées à la suite de leur conquête ? Quelles étaient leurs croyances ? » Pris au dépourvu, Livaï cligna lentement des yeux à son tour. Il fronça les sourcils avant de répondre : « De puissants 'Esprits de la nature' étaient vénérés dans les royaumes de Trost, Utopia et Karanese. Je suppose que les tribus et autres clans 'barbares' suivaient globalement le même genre de religions polythéistes avant d'être annexés à l'Empire…

- Et sais-tu pourquoi l'Eglise des Trois Déesses a fini par l'emporter sur toutes les autres religions ? » De plus en plus intrigué par la direction que prenait cet interrogatoire surprise, Livaï plissa les yeux et se prêta au jeu en réfléchissant sérieusement à la question. Il répondit : « … L'Eglise des Trois Déesses l'a emportée parce qu'elle aurait permis d'aider à vaincre les Titans et qu'elle aurait protégé notre territoire grâce à la bénédiction de Sina, Maria et Rose : la création des Murs.

- Ce livre de Genèse est censé expliquer comment les Trois Déesses ont façonné notre monde. Comment elles ont décidé de placer l'Homme au centre de leur création, pour être adorées et vénérées. Il explique sans doute aussi qu'il est important que tous leur montrent respect et dévotion, sous peine de s'attirer leur courroux… » Livaï pencha légèrement la tête de côté, et lui demanda simplement : « Tu n'es clairement pas de cet avis ? » Eren agita la tête, incrédule : « Ce sont des Déesses ! Pourquoi est-ce qu'elles auraient le moindre intérêt pour nos prières, nos ablutions ou nos actes de dévotion ?!

- Tu fais partie de ces gens qui pensent que si elles existaient, les Déesses ne prendraient pas à cœur notre condition ? Tu considères qu'il faudrait agir comme si elles n'existaient tout simplement pas ? » Eren grimaça avant de préciser : « Pas… exactement. » Livaï avait l'impression d'approcher d'un autre tournant. Il s'était avéré extrêmement difficile jusqu'ici de pousser Eren à se livrer comme il semblait prêt à le faire actuellement.

L'Alpha pressa : « Donc ?

- Ce que je veux dire, c'est que je pense que l'Eglise des Trois Déesses a monté tout un mythe, inventé pas mal de règles ridicules à suivre afin de justifier certaines de leurs valeurs. Valider leur propre perception du monde, les lois qu'elle estimait juste et que la population les suive sans se poser de questions… Mais s'ils respectent autant les Déesses qu'ils le laissent entendre, alors pourquoi reléguer les femmes aux rangs de vulgaires machines dont la mission principale sur terre serait de procréer ? Est-ce que ce ne sont pas eux qui ont pourtant déclaré que les Déesses étaient capables de créer le monde entier tout en demeurant les êtres les plus puissants de cette création ? Pourquoi est-ce que l'Empire n'est pas un matriarcat dans ce cas ? Et pourquoi l'Eglise participe aussi activement à l'humiliation des femmes qui ne peuvent ou ne souhaitent pas dédier leur vie à la procréation et 'le bien être' de leur famille ? » Livaï scruta le visage de son interlocuteur.

Eren ne s'était jamais prononcé sur l'Eglise ou sur ce qu'il en pensait. Livaï avait émis la théorie que sa famille maternelle avait dû être liée, d'une façon ou d'une autre, aux pontifes du Culte des Trois Déesses. Maintenant qu'il l'entendait s'exprimer sur le sujet, il paraissait évident que l'Oméga haïssait encore plus l'Eglise et ses doctrines qu'il ne méprisait la famille impériale. L'Alpha continua de l'interroger avec précaution : « Selon toi, si les Déesses existent bel et bien, quelle serait leur véritable nature ? » Les Murs étaient censés être un cadeau des Déesses fait à l'Humanité afin d'assurer sa prospérité.

Leur nature et la magie qui les alimentait demeuraient un mystère complet.

Livaï était plus que curieux d'avoir une perspective complètement neuve sur ces étranges Déesses. Eren affirma avec conviction : « Ni femme, ni homme. Et surtout rien qui ressemble aux 'Humains'. Elles ne sont qu'énergie pure. Elles n'ont pas créé l'Humanité, ni même décidé d'en faire le centre de toute la création. Elles ont été témoins de la création, les pionnières de l'existence. Et cela ne veut pas dire qu'elles sont dépourvues de conscience, de désir, ou de sentiments. Juste qu'elles n'ont absolument aucune raison valide de favoriser l'Humanité face à tout autre enfant de la création. D'ailleurs, les formes relatées dans les ouvrages religieux de l'Eglise pourraient n'être que l'une des milliers d'autres apparences qu'elles seraient capables de revêtir… » C'était… décidément une façon bien différente de voir les choses.

Livaï poussa la conversation vers le sujet qui l'intéressait vraiment : « Si elles ne sont pas particulièrement des gardiennes enclines à la protection de l'Humanité… On peut supposer qu'elles ont fait don des Murs à l'Empire parce que le premier Empereur avait réussi à s'attirer leurs faveurs à l'époque, d'une façon ou d'une autre. Si nous partons sur cette hypothèse, c'est la raison pour laquelle l'Eglise a conféré à ses descendants une part de divinité. Mais qu'est-ce qu'il se serait passé entre temps pour que les 'Murs' s'effondrent ? Est-ce qu'il est même possible de les 'réparer' ? Si elles sont conscientes et que c'était surtout pour honorer leur attachement au Premier Empereur, est-il seulement encore possible de retrouver les Murs à notre époque ? » Eren marqua une pause.

Il analysa son interlocuteur avec attention avant de lui demander, intrigué : « Je me posais déjà vaguement ces questions auparavant, mais… tu n'es vraiment pas comme la majorité des gens. Pourquoi est-ce que tu es aussi certain de l'existence des Murs ? Bien sûr, tout bon croyant qui se respecte s'imagine que la protection divine brillant sur l'Empire est réelle. Mais toi, tu sembles carrément la trouver tangible. Pourquoi ne pas simplement croire que l'Age d'Or de l'Empire touche naturellement à sa fin ? Après tant d'années de prospérité, il est plutôt normal que nos proches voisins se mettent à convoiter nos richesses, non ? La guerre est un fléau propre à l'Humain et elle n'a jamais épargné une nation aussi longtemps que Paradise… » Livaï baissa les yeux et pesa le pour et le contre de ce qu'il comptait révéler.

Il ne pouvait s'ôter de l'esprit qu'il vivait actuellement un moment charnière.

Que l'aboutissement de leurs réflexions serait le dernier coup de pouce nécessaire pour trouver une solution à tous ses problèmes. La perspective d'Eren était différente, novatrice. C'était exactement ce dont ils avaient besoin. Erwin, Hanji et lui-même avaient beau remettre en question tout ce que l'Eglise avait essayé de leur faire avaler à propos des Murs, des Déesses ou des Titans, il était extrêmement difficile d'analyser ses propres croyances et ses idées préconçues. La plupart du temps, ils ne se rendaient compte que bien plus tard qu'ils avaient été influencés par une certitude qui enrayait l'avancée de leur recherche.

Convaincu par sa réflexion, il fit de nouveau face à Eren et demanda avec gravité : « Sais-tu pourquoi l'Eglise en veut autant à la famille impériale ? » L'Oméga ne prit pas une seconde avant de répondre avec assurance : « Selon leurs écrits anciens, le chaos et la guerre sont des signes de 'calamités titanesques'. Des maux dont le glorieux Empire de Paradise est exempt du fait de la bénédiction des Trois Déesses. Il est évident qu'ils se voient dans l'obligation de trouver un coupable après notre affrontement contre l'Empire Mare. Ils ne peuvent pas décemment dire qu'ils ont raconté des conneries depuis la nuit des temps, donc c'est forcément la famille impériale qui est devenue impure et inapte à conserver la protection des Déesses. S'il y a un péché, c'est forcément l'Empereur qui l'a commis. Non ? » Encore une fois, Livaï prit un instant pour admirer la vivacité d'esprit de l'Oméga.

Il esquissa un rictus et s'écria : « Ton esprit est presque aussi attirant que ton physique.

- C'est censé être un compliment ? » Eren avait haussé un sourcil, incrédule. Livaï se hâta de revenir au sujet principal de leur conversation et admit : « Les hauts pontes de l'Eglise ne sont pas choisis au hasard. La plupart du temps, ils sont les descendants des fondateurs du culte des Trois Déesses. On pourrait se dire que c'est juste une preuve supplémentaire du népotisme qui gangrène la plupart des instances de pouvoir de l'Empire. Mais cette fois-ci, il y a une vraie raison qui explique ce choix. » L'Alpha s'interrompit, le temps de mettre de l'ordre dans ses pensées. Il savait que ce qu'il allait révéler était dangereux. Pour lui, pour ses alliés. Un savoir qui risquait de tous les mettre en danger si Eren décidait de leur planter un couteau dans le dos.

Mais il était déjà si proche de la limite.

L'Oméga le contemplait en silence, patient et attentif. Livaï annonça soudain : « Ils partagent tous un secret avec l'Empereur. Un secret dissimulé à tous depuis les prémices de l'Empire : les Murs censés protéger Paradise de toute invasion, des catastrophes naturelles et des épidémies sont réels. Ils ne sont pas visibles à l'œil nu, ils sont… magiques. » Avant qu'Eren ne puisse réagir à sa déclaration, Livaï renchérit : « Celui qui hérite de la couronne hérite aussi de la responsabilité des Murs. Le Premier Empereur avait un rituel à accomplir afin de s'assurer qu'ils soient maintenus érigés. Ses descendants ont suivi cette tradition depuis lors. Les pontifes de l'Eglise sont chargés de surveiller leur état, de les réparer ou les renforcer, à travers des cérémonies particulières… » Le visage de l'Oméga se ferma.

Incapable de déterminer quel impact sa révélation avait pu avoir sur son interlocuteur, Livaï termina au moins d'exposer la situation : « Mais plus le temps passait, et moins ces rituels et ces cérémonies avaient d'impact sur l'état des Murs. I peu près dix-huit ans que la 'magie' empruntée aux Déesses par nos ancêtres a cessé de faire effet. » Eren détourna les yeux. Nerveux, Livaï guetta en vain le moindre signe d'une réaction sur son visage impassible. Que pensait l'Oméga ? Pourquoi n'était-il pas au moins étonné, choqué ou outré par les révélations qu'il lui avait été faites ? Eren prit une grande inspiration, puis finit par s'enquérir : « Est-ce c'est le Prince qui t'a avoué tout ça ? Est-il si désespéré ? » Livaï serra les poings, frustré, et admit avec difficulté : « L'Eglise pense que la lignée de la famille impériale a été discontinuée, à un moment ou à un autre. D'après eux, la protection des Déesses nous aurait abandonnée parce qu'ils avaient laissé un bâtard monté sur le trône à un moment clé de l'Histoire … » A sa plus grande surprise, sa réplique fut accueillie d'un éclat de rire sans joie.

La voix d'Eren était emplie d'amertume quand il s'exclama : « Oh ! Je suis sûr qu'ils sont assez désespérés et débiles pour croire que leurs pouvoirs ont disparu à cause d'une indiscrétion impériale ! Ils doivent être si tristes de ne plus pouvoir faire preuve de leur supériorité maintenant qu'ils sont 'comme tout le monde' ! » Livaï sentit son cœur manquer un battement. On y était, l'instant de vérité. L'Alpha fixait son interlocuteur avec attention lorsqu'il demanda, la gorge nouée : « Comment tu sais qu'ils avaient des pouvoirs ? Ou qu'ils les ont perdus ? » Eren déglutit. Le vert océanique de son regard se troubla et il détourna les yeux. Les lèvres pincées, l'Oméga finit tout à coup par lâcher :

« Je le sais, parce que je suis Eldien. »

Sa déclaration lui fit l'effet d'un grand saut d'eau froide versée sur la tête. Livaï sentit un frisson lui courir sur les bras. C'était comme si, tout à coup, tout s'éclaircissait. Eldien. Le peuple élusif. La nation qui avait été effacée des écrits. Les Démons. Les oubliés de l'Histoire. Toutes les particularités d'Eren lui sautaient soudain au visage. Magique. C'était le terme le plus approprié pour décrire l'Oméga, pour expliquer les légendes qui subsistaient au sujet de sa mère. C'était aussi ce qui expliquait pourquoi Carla Jaëger lui avait transmis une telle haine envers la famille impériale.

La promesse que les ancêtres de Livaï avaient rompue ?

Ce devait être le secret qui expliquait comment, des siècles plus tôt, l'Humanité était parvenue à se débarrasser des Titans. Comment et pourquoi les Murs avaient été dressés. L'Histoire présentait la demande d'aide du Premier Empereur aux Eldiens comme une regrettable erreur qui l'avait aidé à se tourner vers la véritable foi. Et si Eren avait raison ? Et si, déjà à l'époque, l'Eglise avait voulu monopoliser l'incommensurable pouvoir présent dans la pratique de la magie ? Visiblement nerveux, Eren se mit à déblatérer : « Mes aïeux ont expliqué aux premiers pontifes comment se lier aux Esprits. Mais contrairement aux Eldiens, le lien qui unit les hauts dignitaires de l'Eglise des Trois Déesses à ces Esprits n'est qu'un vulgaire contrat. » L'Oméga s'agita sur sa chaise puis précisa : « Comme je l'ai déjà dit, la magie n'est qu'énergie. Pourtant, ce n'est pas parce qu'elle n'a pas de forme conventionnelle qu'elle est dénuée de caractère, d'envies ou de pensées. Après que les Eldiens eussent été trahis par les fondateurs de l'Empire, leur Roi a maudit Paradise. Les Esprits attirés par les rituels ont dû commencer par être de plus en plus faibles, jusqu'à ne plus jamais répondre à l'appel des Paradisiens. C'est pour ça que les Murs se sont effondrés. » Incroyable.

Livaï éprouva soudain un énorme soulagement à se voir enfin confirmer, à vive voix, qu'effectivement il n'y était pour rien, que son ascendance n'avait pas conduit l'Empire à sa perte. Mais ce fut de courte durée. Même si la faute avait été commise par son ancêtre, c'était à lui aujourd'hui de réparer les pots cassés. De trouver une solution au problème, de sauver Paradise. Le cœur battant, Livaï considéra l'Oméga qui lui faisait face d'un œil nouveau. Eren était Eldien. Eren avait des connaissances que Livaï ne pourrait jamais retrouver ailleurs. L'Alpha se redressa et se présenta de manière à se montrer aussi solennel que possible. Il agrippa fermement l'avant-bras de l'Oméga et remercia avec émotion : « Merci. Merci de m'avoir révélé ton secret. » C'était une énorme preuve de confiance.

Les Eldiens avaient été chassés et décimés à vue par l'Eglise et le Premier Empereur.

En avouant son héritage, Eren s'exposait encore plus que ne l'avait fait Livaï en lui parlant de l'existence de la magie.

L'Oméga était clairement nerveux lorsqu'il baissa les yeux. Eren demanda d'une petite voix : « J'ai comme l'impression que tu avais déjà quelques soupçons… » Livaï haussa un sourcil. Il n'aurait jamais pu deviner une énormité pareille. Mais il était effectivement difficile d'ignorer qu'Eren Jaëger était tout sauf banal. L'Alpha hasarda : « Tu veux parler du soir où j'ai réussi à te sauver des griffes de Sieg parce qu'une sorte de fantôme ressemblant à la Déesse Sina m'a conduit dans sa chambre ? » Eren acquiesça, d'un geste raide de la nuque. Les pouvoirs dont semblait disposer l'Oméga dépassaient de loin ce à quoi les maigres capacités magiques des puissants de l'Eglise l'avaient habitué. Livaï se devait de confirmer ce qu'il avait cru voir le soir de leur rencontre. Il continua sur sa lancée et demanda : « …et le soir où on s'est rencontré pour la première fois, et que tu flottais littéralement dans les airs ? » Eren écarquilla les yeux, puis jura : « J'en étais sûr ! Tu avais vu quelque chose ! » L'Alpha pouffa de rire.

Eren l'avait vu effectuer des recherches au sujet des prémices de l'Empire, il l'avait interrogé l'air de rien sur ce qu'il pensait des Eldiens et des Murs, alors même qu'il était en réalité un être magique. Alors qu'il disposait sans doute déjà d'une bonne partie des réponses aux questions que se posait Livaï. Est-ce qu'il pensait vraiment être le seul à savoir faire comme si de rien n'était ? Livaï tenta de l'apaiser en concédant : « Eren, rassure-toi. Si on ne sait pas où regarder ou quoi chercher, on ne te soupçonnera jamais de faire partie d'un peuple mythique oublié de tous. » L'Oméga le vrilla du regard et siffla : « Qu'est-ce que tu croyais alors ?

- Franchement ? Je ne savais pas quoi croire. A un moment, je me suis demandé si le bon Docteur Jaëger ou ta mère n'avait pas adopté l'enfant illégitime d'un membre de l'Eglise. Ces hypocrites ont eu beau encourager l'Empereur à prendre plusieurs épouses, ils tentaient de conserver leur propre magie en évitant de trop mélanger leur sang. Donc monogamie et consanguinité sont les mots d'ordre des hommes de foi. » Eren roula des yeux si fort que son geste s'accompagna d'un mouvement de tête.

L'Oméga s'exclama, moqueur : « Pff ! C'est vrai que conserver la pureté de leur sang pouvait aider, mais ce n'était pas aussi important que de conserver la pureté de la lignée impériale. » Ah ? Est-ce qu'Eren en savait plus sur les particularités qui caractérisaient la famille impériale ? A quel point les Eldiens étaient-ils informés des secrets de l'Empire ? L'Oméga continua sur un ton halluciné : « Ce sont des idiots. Mais bon, je suppose que c'est ce qui arrive quand on poignarde dans le dos les véritables titulaires de la magie spirituelle. » Voilà au moins qui répondait à l'une des questions primordiales de Livaï : d'où venait la magie ? Pourquoi n'était-elle apparue qu'après l'établissement de l'Empire ? Eren affirma : « Leurs informations sont forcément incomplètes et leur maîtrise du sujet pourrie. » Le cœur de Livaï battait si fort qu'il avait l'impression qu'il était sur le point de lui sortir par la bouche.

C'était inespéré.

Eren Jaëger était son miracle. Son Oméga, un génie politique, une force de la nature. Un Eldien. Le seul qui pouvait l'aider à trouver une solution à l'apocalypse qui menaçait de ravager ses terres. Il n'avait jamais eu aussi conscience du lien fragile qui les unissait, de la reconnaissance qu'il éprouvait à ce que la Destinée eut poussé Eren à participer à la Sélection. Livaï attrapa les mains d'Eren, les serrant quelques secondes. Puis il demanda, tremblant presque d'excitation : « Est-il possible d'annuler la malédiction Eldienne ? » Eren se raidit. Il ôta soudainement ses mains de la prise de l'Alpha et se pinça les lèvres.

Livaï comprenait.

Non seulement les Eldiens avaient été trahis par le passé, mais en plus, il y avait aussi leur relation à considérer. L'Alpha lui posa une main sur l'épaule, se voulant rassurant quand il précisa : « Eren… S'il te plait, ne te méprends pas ! Je ne me suis pas intéressé à toi parce que tu semblais meilleur en magie que l'Archevêque ! Et je ne veux pas forcément tirer avantage de… » L'Oméga s'était raidi et son ton était plein de reproches quand il souffla : « Mais tu dois essayer, n'est-ce pas ? C'est ton devoir en tant qu'Epée loyale de l'Empire ? » Un silence accueillit sa réplique accusatrice.

C'était exactement ce que craignait Livaï.

Que la Vérité les sépare. Que les dommages causés par son mensonge ne fussent irréparables. Actuellement, il ne pouvait envisager de pire scénario que celui de perdre Eren. De perdre sa confiance, son affection. L'Oméga s'était mis à nu. Et le stratagème de survie qu'avait mis en place Livaï pour prendre le dessus sur ses ennemis à la Cour ne lui avait jamais paru aussi vide de sens. Pas s'il lui coûtait Eren. Livaï écarta la main, grogna de frustration puis tenta de s'expliquer : « Eren ! Sans la protection des Murs, Paradise va entrer dans l'enfer ! Epidémie, guerres et catastrophes naturelles… C'est ce qui nous a été prédit si la bénédiction des Déesses nous était ôtée… » Eren fronça les sourcils, puis il planta son regard inscrutable dans celui de l'Alpha.

Livaï se sentait à fleur de peau.

Même dissimulé derrière son rôle d'Héritier du Nord, il pouvait déjà voir à quel point sa position était précaire. Eren avoua soudain : « C'est à cause du sang des Titans. » Livaï écarquilla les yeux de surprise : « Quoi ? » L'Oméga continua à présenter sa révélation choc sur un ton calme et posé : « Les Titans n'ont pas quitté Paradise, ils sont morts ici. » Tous ? Comment était-il possible qu'ils n'eurent retrouvé que si peu d'ossements dans ces conditions ? L'Oméga précisa : « Leur sang s'est déversé sur ces terres. Leurs cadavres dorment dans les sous-sols de la nation. Sans la protection des Esprits et de leur énergie, la magie chaotique qui les habitait va peu à peu tout contaminer, tout dévorer. Epidémie, catastrophes naturelles et guerres seront inévitables. » Livaï sentit le sang lui refluer du visage. Les signes étaient là, mais s'entendre confirmer l'apocalypse imminente n'avait décidément rien d'agréable…

Eren finit par confesser : « La malédiction peut être levée. »

Livaï sentit l'exact moment où il recouvrit son souffle. Il s'écria avec émotion : « Ne me fais pas flipper comme ça ! » Tout n'était pas perdu. Eren venait de le lui confirmer. Il existait bel et bien un moyen de réparer les erreurs du passé. L'Oméga croisa les bras sur son torse et se recula un peu plus sur son siège pour mettre de la distance entre eux avant de demander sur un ton grave : « Tu as conscience quand même qu'Eldia a été absorbé par la soif de conquête de l'Empire, laissant les rares survivants Eldiens sans nulle part où aller ? En plus d'être chassés, persécutés puis effacés de l'Histoire ? » Bien sûr, il fallait compter sur Eren pour prendre à cœur le sort injuste de son peuple. Livaï acquiesça, une boule en travers de la gorge : « Je sais. Je sais de quels crimes s'est rendue coupable la famille impériale. » Eren roula des yeux.

C'était mal parti.

Livaï se pinça les lèvres : « Cela n'a plus aucune importance à présent, le Premier Empereur est mort depuis longtemps. Ce qui importe, c'est ce qu'on peut faire aujourd'hui pour remettre les choses dans l'ordre. » Et il y croyait fermement. Il allait réussir à réparer les erreurs de son ancêtre. Il le devait. Eren l'étudiait, dubitatif. Finalement l'Oméga objecta : « Facile de vouloir faire table rase du passé maintenant que l'Empire est au bord de la crise…

- Eren… » C'était une supplique à peine déguisée. L'Oméga ferma les yeux un instant. Livaï pouvait sentir dans ses phéromones à quel point le sujet l'affectait. A quel point Eren était furieux.

L'Oméga reprit ses esprits et fit de nouveau face à Livaï. Dans un élan inespéré de conciliation, Eren lui agrippa une main et la serra avant de déclarer : « Levi… La route que tu décides de choisir en proposant de m'épouser ne sera clairement pas… facile à suivre. Et maintenant, tu sais pourquoi. J'avais l'intention de te l'avouer avant la fin de la Sélection : je suis Eldien et je n'ai pas l'intention de le cacher. Si le duché du Nord choisit de me soutenir, je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour rétablir la Vérité et accorder aux miens le respect, les droits et les terres qui leur reviennent. » Livaï se figea. La manière dont s'exprimait Eren était un peu étrange. C'était un peu comme si l'Oméga venait d'assumer, sans hésitation, un rôle de leader pour le peuple Eldien. Comme si sa décision, aussi courageuse qu'insensée, avait un poids que l'Alpha était incapable d'évaluer avec les maigres informations dont il disposait.

Cependant, Livaï n'avait toujours pas perdu son objectif de vue et il interrogea : « … Est-ce que ça aidera à dissiper la malédiction ? » Eren crispa la mâchoire, visiblement rebuté. Livaï ne se démonta pas pour autant et exposa : « Soyons francs : tu me plais, et j'ose croire que je te plais aussi. On ne s'est pas rapproché, ni même apprécié par intérêt. Mais maintenant, avec ce qu'on sait tous les deux, on n'est pas assez cons pour ne pas envisager les possibilités que notre union pourrait offrir… » Livaï présenta avec passion : « Toi, tu pourras récupérer ce qui revient de droit à ton peuple. L'Eglise était de toute façon devenue beaucoup trop chiante pour survivre à la purge qui suivra le couronnement du Prince. » Avec ce que leur mensonge avait bien failli leur coûter, Livaï était plus que déterminé à faire de cette affirmation une vérité. Il ajouta : « Moi, je pourrais m'assurer que l'Empire ne sombrera pas dans les limbes. » Livaï insista, convaincu : « Ça ne change rien à ce qu'on s'est dit, ou sur ce qu'on éprouve l'un pour l'autre. » Il le pensait.

Et il était capital qu'Eren y croit aussi.

Livaï était sincère. Il était tombé raide dingue de l'Oméga bien avant de savoir ce qu'il était et ce qu'il était capable de faire, ni même des informations dont il disposait. Et il espérait de tout cœur que c'était également vrai pour Eren. Que l'Oméga serait capable de lui pardonner, de l'apprécier en dépit de tous les mensonges que les circonstances l'avaient poussé à créer. Eren acquiesça lentement et finit par admettre : « Oui. Si le statut des Eldiens est rétabli et qu'on parvient à leur rendre leurs terres, la malédiction pourrait être levée. » Le souffle de Livaï se coupa.

Alors, c'était ça ?

Une solution si… compréhensible était possible ?

Quand il reprit ses esprits, il constata l'expression complexe qui assombrissait les traits d'Eren. Même si se voir offrir sur un plateau d'argent une solution à tous ses problèmes était un sentiment grisant, il était impossible que Livaï perde de vue l'importance de faire fructifier sa relation avec Eren. Toutefois ? Ces révélations avaient de quoi lui faire littéralement exploser le cerveau. Les Eldiens avaient été dépeints comme des monstres et effacés de l'Histoire parce que l'Humanité avait craint leur pouvoir. Après avoir 'volé' ce qu'ils pensaient être l'essence de leur savoir, l'Empire de Paradise avait tenté de les faire disparaître. Et c'était la malédiction lancée par le Roi Eldien qui expliquait tous les malheurs qui s'abattaient sur le continent, dont la chute des Murs. Pas la discontinuité de la lignée impériale. Et ce n'était pas tout ! Bien que vaincus, les Titans n'avaient jamais quitté Paradise. L'influence néfaste de leurs cadavres continuait de menacer l'Humanité. Les miasmes de leur énergie funeste mettaient en péril la prospérité de l'Empire et, à plus long terme, du monde entier.

En plus des sentiments qu'il éprouvait pour l'Oméga, Livaï était bien forcé de se rendre à l'évidence. Seul Eren était à même de l'aider à combattre la fin aussi tragique qu'inéluctable qui leur pendait au nez. Le problème ? C'était qu'il était tout aussi évident que la rancune de l'Oméga à l'encontre de la famille impériale était aussi profonde que justifiée. Comment Livaï était-il censé lui annoncer qui il était réellement tout en le convainquant qu'il était parfaitement sincère à propos de ses sentiments ?

Inquiet, Livaï essaya d'en apprendre plus sur les informations dont disposaient Eren au sujet de la lignée impériale : « Eren… » L'Oméga sortit de ses pensées et posa sur lui un regard inquisiteur. L'Alpha avala difficilement sa salive et demanda : « Il y a une chose que je n'arrive pas à comprendre… J'ai bien conscience que les Murs, la magie et… peut-être, l'anéantissement des Titans ont un rapport direct avec les Eldiens. Et même l'aide qu'ils ont apporté aux Humains. Mais… en quoi est-ce que la famille impériale est si spéciale ? Pourquoi est-ce qu'elle a été choisie pour régner sur l'Empire ? Est-ce que c'est aussi l'une des machinations de l'Eglise qui…

- Non. » Livaï se tut pour lui laisser tout le loisir de s'exprimer. Eren poussa un soupir et expliqua : « La lignée impériale est réellement spéciale. Et ils ont raison, il est d'une importance capitale qu'elle reste pure et à la tête de Paradise.

- Pourquoi ?! » L'Oméga l'observa en silence un moment puis il narra : « Je vais te raconter cette histoire comme on me l'a raconté avant. Si on parle de la famille impériale, tout a commencé avec un événement improbable : un Titan et un Humain réussirent à procréer. » Livaï, confus, lui jeta un regard incrédule. Eren annonça, comme s'il lisait des lignes dans un ouvrage qu'il était le seul à pouvoir déchiffrer, d'une voix sereine : « Ce fut la naissance de celui qui, plus tard, deviendrait le premier Empereur de Paradise. Alliant la puissance des Titans et l'ingéniosité des Hommes, cette nouvelle espèce se hissa à la tête de l'Humanité. » Le sang de Livaï se glaça. Une autre espèce ?

Les étranges capacités démontrées par les Ackerman.

La folie qui avait consumé ses ancêtres.

Son cauchemar lui revint à l'esprit avec force. Les paroles de la voix éthérée qui avait transpercée les nimbes de son inconscient étaient plus vives que jamais. « Affronte le chaos par le chaos. Sang pour sang, dent pour dent, œil pour œil. Nous sommes le chaos. Fils de Chronos. Sang de mon sang. Affronte le chaos par le chaos. Viens, éveille-moi, Livaï. » C'était l'expression de son sang maudit. L'héritage titanesque qui coulait dans ses veines qui l'appelait à prendre les armes. A détruire, à posséder. Qui l'invitait à la rage et à la démence…

La voix d'Eren poursuivit sans qu'il ne puisse l'arrêter : « Sans pour autant revendiquer son ascendance, celui qui serait bientôt couronné comme le premier Empereur de tous les temps parvint à entrer en contact avec les Eldiens. Il plaida la cause de l'Humanité et présenta l'impérativité de se débarrasser à jamais du fléau que représentaient les Titans. Un pacte fut conclu. En échange de la coopération des Eldiens, le Premier Empereur promettait de lier leur destinée par un mariage. Et enfin, le très ancien et presque inavoué souhait des Eldiens se réaliserait : la planète vivrait en harmonie, tous seraient réunis dans un seul et même sang, sous le même règne. La paix et la liberté pour tous. » Eren prit un instant pour reprendre son souffle et un sourire dépité se dessina sur les lèvres. Il déplora : « C'est pour ça qu'il est important que la famille impériale conserve la pureté de son sang. Parce qu'ils sont les héritiers des Titans et que leur ascendance est un mal nécessaire. C'est ce qui permettra à Paradise de survivre à la contamination des miasmes titanesques… » Livaï détourna le regard.

Un mal nécessaire.

C'était une façon de voir les choses.

Il invita l'Oméga à terminer son récit, l'esprit en ébullition : « Est-ce que tu connais la suite de cette histoire ? » Eren acquiesça et continua sur le même ton particulier qu'il avait adopté plus tôt : « Les Titans furent défaits. Mais comme l'Histoire le prouve, la promesse fut rompue. Finalement, les Hommes régnèrent en maîtres incontestés sur l'ensemble du monde. Ils se déchirèrent entre eux, créèrent divers Empires et Royaumes pour des raisons qui échappaient complètement aux derniers survivants du peuple Eldien. Ils se barricadèrent même dans leur hégémonie, en effaçant tout souvenir des ethnies qui avaient précédés ou accompagnés leur création. Les Titans devinrent ce mythe effrayant, ces monstres antiques qu'on avait vaincu à la force des armes et de l'esprit, contre qui l'Eglise mettait en garde en glosant sur la Vérité. » Livaï sentit sa mâchoire se crisper.

Kenny avait raison, les nobles Paradisiens étaient vraiment des champions lorsqu'il s'agissait de donner corps à la folie Humaine.

Eren termina : « Mais cette trahison n'a pas été sans conséquence pour l'Humanité. Une fois épuisés de leur énergie et sans l'intervention des Eldiens, les Murs protecteurs étaient voués à s'écrouler et une terrible malédiction planait aujourd'hui sur la lignée impériale. » Ils demeurèrent un long moment dans le silence le plus complet. Même la chaleur douce des rayons de soleil qui illuminait leur petit espace ne suffisait à réchauffer Livaï.

Était-ce cette malédiction qui avait poussé ses ancêtres à la folie, ou est-ce que ce mal restait inévitable ?

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

La pression qu'éprouvait Livaï à s'assurer que leur relation se développe sans encombre était déjà assez conséquente avant qu'elle ne devienne un impératif.

Son instinct d'Alpha avait déterminé qu'Eren était un besoin vital pour sa survie. Il était devenu accro à son odeur, ne pouvait s'empêcher de vouloir le faire sien. Et maintenant qu'il savait qu'Eren était sa seule piste viable afin de sauver Paradise de l'Apocalypse en plus d'être l'Oméga de ses rêves, l'éventualité de se voir rejeter après avoir avoué la vérité sur son identité était presque intolérable. L'espoir, l'émerveillement et la joie qu'avaient éprouvés Erwin, Farlan et Hanji lorsqu'il leur avait fait par de ses découvertes inespérées ? Livaï ne pouvait s'imaginer les leur arracher à cause d'une bête erreur. De plus, une part de lui craignait ce dont seraient capables ses alliés si, par malheur, Eren tentait de leur échapper après avoir appris sa véritable identité.

Surtout que depuis qu'il lui avait avoué son ascendance, l'Oméga semblait anormalement nerveux.

Eren n'était pas tout à coup devenu plus distant, comme il en avait l'habitude. A la place, il paraissait incertain, empli de doutes. Quand ils se retrouvaient ensemble sur le terrain d'entraînement, l'Oméga était tendu. Le voir, et surtout le sentir douter, rendait dingue Livaï. Et même si Eren s'améliorait visiblement dans le maniement d'arme et l'exécution des techniques de combat, Livaï était incapable d'en tirer le moindre plaisir. C'était la raison pour laquelle il avait pris soin de terminer leur session d'entraînement à chaque fois un peu plus tôt. Pour avoir l'occasion de lui parler, de tout et de rien. Mais surtout pas des secrets qu'ils s'étaient révélés quelques jours auparavant : il voulait éloigner le spectre pesant de ces confidences.

Retrouver l'intimité facile et fluide qui venait à peine de s'installer entre eux fut une lutte de longue haleine.

Le soir où, enfin, Livaï parvint à nouveau à embrasser Eren, il n'avait fondé aucun espoir sur sa réussite. Même si l'Oméga n'avait jamais fui à proprement parler son contact, l'absence notable de phéromones dans l'air lui indiquait aussi sûrement qu'un refus qu'il manquait quelque chose. Ce n'était pas parce qu'Eren était prêt à fournir des efforts pour maintenir leur relation dans un statut quo que l'Oméga désirait véritablement leur rapprochement. Alors Livaï s'était retenu, encore une fois, et alla à l'encontre de son instinct premier. Il n'avait initié que des contacts légers. En laissant sa main s'attarder un peu plus longtemps lorsqu'il corrigeait la posture de son disciple, en partageant leur eau dans le même récipient, en lui caressant la main à la fin de leur séance.

Ce soir-là, ils avaient commencé leurs exercices si tard que le terrain d'entraînement avait été déserté lorsqu'ils s'arrêtèrent enfin d'échanger des coups. Sans doute grâce à la fatigue saine qui lui pesait dans les muscles, la posture d'Eren était relaxée. Les chamailleries bon enfant qu'ils avaient échangé tout au long de la séance avaient permis de baisser sa garde. Constatant la décontraction de l'Oméga, la chaleur qui frémissait dans son torse lui serra la poitrine. Tout à coup alerté par l'intensité du regard que Livaï faisait peser sur lui, Eren releva les yeux vers lui. La gourde en fer dans laquelle il s'abreuvait quitta ses lèvres. L'Oméga pencha légèrement la tête. Mais avant qu'il ne s'interroge à vive voix sur l'étrange attitude de son maître d'arme, Livaï s'était avancé. Une fois entré dans son espace vital, l'Alpha se stoppa. Bien qu'il vibre d'envie de tout simplement saisir ce que lui réclamaient ses pulsions, il continuait de mettre un point d'honneur à respecter la volonté de son partenaire.

Si on lui avait dit des mois plus tôt qu'il aurait autant à solliciter les savoirs qu'on lui avait inculqués sur la façon dont un Alpha devait courtiser son Oméga, Livaï aurait sans aucun doute envoyé l'imprudent affirmant une telle ineptie dans une institution spécialisée dans le traitement des maladies mentales. Dans les faits, il était le premier surpris d'avoir à remercier son vieux professeur d'Etiquettes et de Mœurs.

Eren s'était raidi à son approche et une lueur d'incertitude brillait au fond de son regard vert d'eau troublé. Livaï avança doucement la main pour caresser le visage de l'Oméga. Non seulement Eren le laissa faire, mais ses paupières s'agitèrent même sous la caresse. Ses yeux se fermèrent un instant avant de se rouvrir, étincelants. La lueur des torches qui illuminaient le terrain d'entraînement plongé dans l'obscurité jouait avec leurs ombres. Les traits de l'Oméga sous cet éclairage étaient plus doux, presque divins. Soudain, Eren leva les bras et plaça les mains sur les hanches de l'Alpha. Ce fut au tour de Livaï de se figer. Quand l'Oméga sauta le pas et attira le corps de Livaï contre le sien, la volonté de l'Alpha à 'prendre son temps' croula comme un château de cartes fouetté par la brise.

Livaï écrasa avec force ses lèvres contre celles de son partenaire.

Eren poussa un léger cri de surprise qui, très vite, se mua en gémissement quand l'Alpha força le passage de ses lèvres de sa langue. Les doigts de l'Oméga se crispèrent sur le tissu de la tunique de Livaï alors qu'il retraçait sa cavité buccale avec attention. Le déchainement de phéromones qui s'éleva autour d'eux plongea l'Alpha dans un état second : un état d'euphorie auquel Livaï commençait peu à peu à s'habituer. Ses doigts caressèrent le contour de l'oreille de son partenaire et l'une de ses mains redessina la courbe de sa colonne vertébrale pour terminer sa course sur le postérieur d'Eren. Echauffé, Livaï se laissa aller à presser les doigts contre la fermeté rebondie du muscle qui se trouvait sous ses doigts. L'Oméga glapit et mit un terme à leur baiser en baissant brutalement la tête. Il grogna, troublé : « Levi ! » Livaï leva les yeux ciel et s'exhorta au calme. Ce n'était toujours ni le moment, ni l'endroit…

D'une minute à l'autre, les Chevaliers d'Eren viendraient le récupérer pour l'accompagner jusqu'à sa résidence. Et plus important, n'importe quelle recrue pouvait soudainement faire irruption sur le terrain. L'Alpha ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Eren lui posa un rapide baiser sur la pomme d'Adam, provoquant un frisson qui secoua Livaï de la tête aux pieds. Il fronça les sourcils et gronda : « Eren ! » L'Oméga gloussa, fier de son effet alors qu'il s'extirpait hors de l'étreinte de son amant. Eren était toujours aussi enjoué lorsqu'il répliqua : « C'est toi qui as commencé ! » Livaï agita la tête et se mit à ranger leur matériel d'entraînement avec frénésie. Ni le lieu. Ni le moment.

Tout allait bien. Leur bonne entente revenait petit à petit à son point de départ. Ils allaient réussir à surmonter l'épreuve de cet échange de secrets et leur lien allait devenir de plus en plus fort.

Et très bientôt, Livaï allait se trouver dans une position où il pourrait enfin dire toute la vérité à l'Oméga, sans risquer de le perdre à jamais…

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Eren continuait de se démarquer des autres Finalistes par ses choix de lieu de rendez-vous.

Il devait les conduire dans un endroit qui avait une signification particulière pour sa famille. C'était ainsi qu'ils s'étaient tous les trois retrouvés au beau milieu de nulle part, accompagnés d'une poignée de Chevaliers censés assurer leur sécurité. Armé de paniers repas, Eren semblait surexcité. Ils traversèrent la large plaine qui s'étendait sous leurs yeux pour rejoindre l'orée du bosquet qui brisait la monotonie du paysage champêtre. L'Oméga semblait tellement ravi de se retrouver là, au beau milieu des champs, que personne n'osait commenter sur sa bonne humeur ou l'interroger sur son choix.

Eren s'était surpassé pour leur pique-nique. Tous les plats qu'il présenta étaient faciles à consommer à mains nues : des bouchées et des tartines de pâté aux légumes, quelques roulés frits à la volaille, des brioches vapeurs fourrées aux légumes de saison, des petits sandwichs, des biscuits et du thé. Il avait même suffisamment cuisiné pour en distribuer aux Chevaliers. Ils étaient en train de s'installer à l'ombre d'un arbre quand l'Oméga prit une grande inspiration, tendit les bras et ferma les yeux pour laisser le soleil lui caresser le visage. Le printemps était là. Les températures étaient enfin redevenues tolérables. Et le teint hâlé d'Eren semblait directement absorber l'éclat des rayons de soleil. Livaï était complètement absorbé par sa contemplation quand la voix amusée de Farlan le ramena sur terre : « Mon meilleur ami a vraiment bon goût en matière de partenaire. Tu es tout simplement à couper le souffle. » Eren grimaça, peinant à dissimuler son malaise.

Pourquoi est-ce que Farlan était incapable de retenir sa leçon ?

Est-ce que, malgré lui, Livaï était devenu trop laxiste ? Voire trop complaisant en l'exemptant de punitions ?

Farlan éclata de rire, fier de lui, et s'écria : « Je crois que je ne me lasserais jamais de ton expression purement dégoûtée à chaque fois que tu me suspectes d'essayer de te séduire… » Livaï roula ostensiblement des yeux. Un léger rictus lui fleurit sur les lèvres. Il savait que le dégoût flagrant d'Eren pour l'Héritier du trône desservait entièrement son but. Mais il était très difficile de ne pas se délecter du rejet systématique dont était victime son meilleur ami. Eren changea rapidement de sujet en demandant : « Et si on faisait une petite balade à cheval avant de s'installer pour déjeuner ? » Farlan haussa les sourcils et répondit par une question de son propre cru : « Tu es capable de monter ? » Livaï lui jeta un coup d'œil incrédule. Ce crétin était vraiment incapable de retenir la moindre leçon, n'est-ce pas ?

Ce fut au tour d'Eren de rouler des yeux de manière flagrante et de rétorquer sèchement : « Qu'est-ce que tu crois ? Que mon statut d'Oméga m'a rendu inapte à écarter les cuisses pour autre chose que procréer ? J'ai vécu à la campagne, bien sûr qu'on m'a appris à monter à cheval ! » Farlan en resta bouche bée. Il l'avait bien cherché. Livaï lui tapota l'épaule d'un geste faussement compatissant avant de lui rappeler : « Je t'avais bien dit d'éviter de le sous-estimer. Tu ne t'y prendrais pas mieux si tu faisais tout pour qu'il te déteste… »

Ils firent tranquillement le tour de la plaine tout en discutant avant de terminer sur une course.

Livaï la remporta haut la main.

Une fois qu'ils furent installés à l'ombre d'un arbre, contemplant la plaine qui s'étendait sous leurs yeux à perte de vue, ils profitèrent de leur pique-nique. Jusqu'à ce que Farlan se décide à nouveau de perturber leur plénitude en posant des questions : « Donc… Eren. Pour quelle raison se trouve-t-on dans cette splendide plaine ? » Eren croqua une brioche vapeur et dégusta tranquillement sa bouchée avant de se donner la peine de répondre calmement : « Mes parents se sont rencontrés ici. » Farlan enregistra l'information d'un simple sourire. Pour Livaï, l'information était beaucoup plus significative. Carla était une Eldienne. Si le Docteur Jaëger et sa femme s'étaient rencontrés ici, cela voulait dire qu'il y avait de fortes chances pour que, quelques années plus tôt, un groupe plus ou moins conséquent d'Eldiens avait traversé les terres de Paradise, incognito. Était-il possible que ce groupe existe encore ? Qu'il parcoure, à l'heure actuelle les routes de l'Empire ? Y avait-il une chance de s'en faire des alliés pour lutter contre la contamination titanesque ou rétablir la puissance des Murs ?

Eren poursuivit son récit avec insouciance : « Un membre de ma famille du côté maternel s'était blessé pendant sa journée de travail, et mon père était présent pour le soigner. Ma mère raconte que ce fut le coup de foudre. Ils se sont vus pendant une semaine, puis ma mère a décidé de tout quitter pour le suivre. » Farlan avait l'œil brillant lorsqu'il remarqua sur un ton moqueur : « On dirait que les coups de foudre sont monnaie courante dans ta famille ! » Livaï le vrilla du regard. Eren rougit légèrement et continua à dévorer son repas sans plus rien ajouter.

Ils profitèrent de leur déjeuner pour partager les anecdotes ou les rumeurs qui courraient actuellement dans les couloirs du palais impérial. Et lorsque leur pique-nique s'acheva, le soleil commençait à décliner. Farlan se redressa soudain et s'étira avant de déclarer : « Bien… Mes amis, je crois que 'mes obligations princières' me contraignent à vous quitter sans délai. Mais je m'en voudrais de ne pas vous laisser profiter en mon nom de ce qui promet d'être un magnifique coucher de soleil… » Eren lui jeta un regard incrédule. Farlan le gratifia d'un clin d'œil tout en ajoutant : « Maintenant que j'ai vu Eren à l'œuvre et que je me suis assuré personnellement de son niveau d'équitation, je pense que vous laisser deux chevaux pour votre retour au palais devrait être suffisant ? » Livaï venait de se souvenir de la raison pour laquelle, en dépit de tout, il continuait de considérer ce boulet comme son meilleur ami.

Farlan se tourna vers lui et précisa avec emphase : « Je te laisse assurer la sécurité du Candidat Jaëger pour la fin de la journée. Je pense qu'il ne pourra pas trouver mieux pour sa protection que le meilleur Chevalier de l'Empire ! Après moi, bien sûr.

-… » Livaï revenait sur sa parole. Farlan était un crétin fini. Il prit son air le plus blasé lorsqu'il répliqua d'une voix morne : « Ouais. Après toi. Tu peux le croire si ça t'aide à bien dormir le soir. » Farlan rit de bon cœur, puis demanda aux Chevaliers de préparer leur départ imminent. Avant de les quitter, il s'agenouilla face à Eren. Il lui saisit doucement la main et y déposa un baiser. Le regard malicieux, qu'il releva narquoisement vers l'Oméga raviva toutes les envies de meurtre de Livaï. Mais avant qu'il ne se décide à lui briser une phalange, Farlan souffla : « Ce fut un plaisir, Oméga. » Et Livaï perdit patience : « Si tu comptes vraiment partir, tire-toi et arrête de lui baver dessus. Sale coureur de jupon à-la-manque ! » Le rire bon enfant de son meilleur ami les accompagna jusqu'à ce qu'il se trouve trop loin pour qu'ils puissent l'entendre.

Dès que le carrosse disparut de leur champ de vision, Livaï se rapprocha d'Eren.

Sans un mot, il agrippa la main embrassée par Farlan. Une légère trace de l'odeur de l'autre Alpha persistait sur la peau d'Eren. Irrité, Livaï frotta rapidement sa joue contre la main qu'il tenait fermement. Eren se mordit les lèvres et l'Alpha vit parfaitement qu'il tentait maladroitement de réprimer un fou rire. Avant que Livaï ne se vexe, l'Oméga combla la distance qui les séparait, souleva le bras de son compagnon et se glissa contre son torse avant de le reposer sur ses épaules. La familiarité de leur position rasséréna l'Alpha et fit immédiatement taire toute complainte.

Bien installé, Eren posa la tête contre l'épaule de Livaï et soupira d'aise. Le cœur de l'Alpha battait frénétiquement contre sa cage thoracique. Le délicieux parfum de l'Oméga flottait doucement dans l'air et l'enveloppait de sa perfection. Livaï sentit ses muscles se détendre. Envoûté, il plongea le nez dans la chevelure de son partenaire et fut ravi quand Eren laissa échapper un léger grondement de satisfaction. Son grognement fut vite rallié par l'une des vibrations subvocales dont la famille impériale avait le secret. Eren ferma les yeux tout en restant lover dans ses bras, l'air parfaitement serein.

On aurait pu croire que c'était le moment parfait pour une confession, mais c'était loin d'être le cas. Contrairement aux moments où l'Oméga partageait avec lui ses connaissances ou des anecdotes au sujet des Eldiens, Eren se montrait fragile lorsqu'il daignait s'exposer et révéler une page de son histoire personnelle. C'était dans ces moments qu'il était le plus simple de déclencher ses réflexes défensifs. Livaï ferma les yeux à son tour et profita de la perfection de l'instant, une boule au ventre.

Le poids du mensonge continuait d'augmenter avec le temps.

Etant donné leur fébrilité, ces moments privilégiés, étaient la plus douce des agonies.

To Be Continued….


Alors?
Vous en avez pensé quoi?
Farlan et sa drague? (lol)
La relation de plus en plus intime de Livai et Eren? Hot ou pas?
Les révélations d'Eren vécues par Livai?
Les raisons de Livai pour ne pas lui avoir dit la vérité plus tôt? (Valides ou pas?)
J'ai super hâte de lire vos avis!
En attendant, encourageons tous très fort Honey love (Kizzbloo) qui doit encore corriger les chapitres 8,9 et 10, la pauvre. Son travail est monstrueux et vous devez la remercier pour la qualité du contenu !

Plein de love, Easyan