Tout d'abord?
Merci à Kizz d'avoir été aussi rapide pour corriger le chapitre suivant! Je ne m'y attendais pas du tout!
Pour le coup, le chapitre 8 ne fait (que) 20 pages! Donc il devrait être lu plutôt vite pour vous! C'est le 9 qui une bête monstrueuse (de plus de 30 pages) Je vous invite à venir sur Discord pour encourager Honey Love (Kizzbloo) parce que c'est un travail monstrueux qui l'attend!

Sur ce, je vais vous laisser à votre lecture!

Preview: Eren est un Eldien, cette étonnante révélation, est un véritable miracle! Une opportunité en or! Un don du ciel!

...
Vraiment?


Cinderella Complex Reverse

Chapitre 8: Last Event

Sweet Agony, sprinkled with Lies

Livaï

Part 2

Pour leur troisième et dernier rendez-vous, Eren avait de nouveau fait parler de lui.

Il avait choisi de se rendre sur le 'site historique' de la Forêt des Origines.

Bien entendu, sa proposition avait été immédiatement refusée. La dernière expédition vers l'Autel Sacré de la Forêt des Origines datait de juste avant le commencement de la guerre contre Mare et elle avait coûté de nombreuses vies. Il était naturel qu'on lui refuse d'y retourner pour un simple rendez-vous galant de la Sélection. Cependant, avec ce que Livaï savait aujourd'hui d'Eren et de sa véritable nature, il avait tout intérêt à comprendre pourquoi l'Oméga avait décidé de soumettre un tel lieu pour leur 'rendez-vous historique'.

Ayant choisi d'être transparent avec ses alliés les plus proches et les plus fidèles, Livaï avait pu compter sur les soutiens d'Erwin et Farlan quand il avait fallu faire pression pour rendre possible leur excursion. Même si son meilleur ami était plus qu'inquiet à l'idée de se rendre dans la récemment surnommée 'Forêt des Démons', il comprenait parfaitement que les enjeux de cette entrevue valaient le coup de prendre ce risque.

Pendant toute la durée de leur trajet, un silence pesant avait cristallisé la nervosité des trois voyageurs présents dans le carrosse impérial. Pendant plus d'une demi-journée de route, Farlan, Livaï et Eren n'avaient échangé que quelques mots. Des tas de conversations insipides avaient commencé sans se terminer, chacun perdu dans ses pensées. Pour sa part, Livaï ne pouvait s'empêcher de repenser à la dernière fois qu'il s'était rendu dans la Forêt des Origines. Aux créatures qui avaient attaqué leur procession, à la férocité des combats qui avaient été livrés pour permettre à la famille impériale et aux quelques pontifes venus les accompagner de faire l'aller-retour sains et saufs.

C'était la première véritable bataille qu'avait mené le jeune Livaï. La première fois qu'il avait été exposé de cette manière à la mort, au chaos. Il ignorait ce qui se tramait au juste dans ces bois, mais il avait immédiatement acquis la certitude que l'Apocalypse dont parlaient les Textes Sacrés et que craignait l'Eglise plus que tout, viendrait des tréfonds de cet horrible endroit.

Ça avait également été la première fois de sa courte existence qu'il expérimentait la véritable force de la magie que monopolisaient jalousement les pontes du Culte des Trois Déesses. Car c'était grâce à leurs incantations qu'une infime partie de leur compagnie avait survécu au massacre. Ce jour-là, Livaï avait compris, au plus profond de lui, que toutes les remarques désagréables, toutes les superstitions des membres de l'Eglise, n'étaient peut-être pas sans fondement. Même si ça ne l'avait pas empêché de défier leur autorité et de refuser de simplement se plier à leur vision du monde, il avait été forcé d'admettre qu'il était impossible de bêtement s'opposer à eux au grand jour. Il avait pris conscience que Paradise risquait de sombrer deux fois plus vite sans leurs capacités spéciales pour la protéger au bon moment.

Voilà pourquoi, lorsqu'ils arrivèrent aux abords de la Forêt des Origines, Livaï était si tendu qu'il en avait la mâchoire crispée.

Même si les Chevaliers qu'ils les accompagnaient étaient les meilleurs éléments du premier Ordre, normalement Livaï était le seul à posséder un niveau de perception assez développé pour pressentir le danger. Toutefois, l'Aura de la Forêt était si intense que même ses hommes éprouvaient un malaise croissant à l'approche du sous-bois. Nul besoin d'y pénétrer pour constater, même à cette distance, que l'endroit était devenu encore plus funeste qu'à l'époque. Livaï avait la désagréable impression qu'une multitude d'insectes s'était glissée sous sa peau. Brûlant tout sur leur passage, ils rampaient dans ses veines et le poussèrent à serrer le pommeau de son épée par réflexe, prêt à en découdre.

La Forêt était menaçante. Absolument tout criait à son instinct de rebrousser chemin. Lors de sa précédente expédition, Livaï avait à peine été gêné par l'étrange atmosphère du lieu : et pourtant ? Ils avaient bien failli tous y passer. A présent, il lui paraissait tellement évident qu'il n'était pas le bienvenu sur ces terres, qu'il y avait de quoi s'inquiéter sérieusement. Quelque chose lui soufflait à l'oreille que s'il pénétrait dans le sous-bois, sa compagnie serait annihilée. Ce qu'il y avait de plus troublant dans cette situation, c'était que paradoxalement une certaine part de lui-même semblait l'implorer de tenter l'aventure. Elle paraissait ne rien désirer de plus que de pouvoir s'enfoncer dans les ténèbres de la Forêt des Origines, pour ne plus jamais en ressortir…

Le regard fixé vers la cime invisible des arbres gigantesques, Livaï réprima un frisson.

Il n'était encore pas trop tard pour faire marche arrière.

L'Alpha tourna la tête et remarqua qu'Eren s'était légèrement éloigné du groupe. Les yeux braqués vers le sous-bois, l'Oméga semblait tout aussi secoué que lui. Livaï s'approcha, inquiet, et lui posa une main sur l'épaule avant de demander : « Es-tu sûr de vouloir entrer là-dedans ? » Presque immédiatement, l'abject fourmillement des insectes brûlants cessa sous sa peau. Comme un balme frais et apaisant, le contact entre Eren et lui détendit la tension dans ses épaules. L'Oméga lui sourit sans grande conviction avant d'affirmer : « Oui. J'en suis sûr. » Eren leva les yeux vers la forêt menaçante qui leur faisait face, puis ajouta avec calme : « Tout va bien se passer. » Et étrangement, la sérénité contenue dans sa voix au moment où il prononçait ces mots donnait envie d'y croire.

Eren s'écarta doucement de Livaï et lui demanda : « Pourriez-vous me laisser entrer dans la forêt tout seul avant de me rejoindre ? » Livaï dissimula sa surprise d'un froncement de sourcils avant de refuser catégoriquement : « Non.

- Mais…

- Eren, tu n'as pas l'air de comprendre. » Même si l'Oméga avait très certainement plus d'informations que Livaï ne rêvait d'en détenir sur cet endroit, Eren n'avait aucune idée des horreurs dont était capable la Forêt des Origines aujourd'hui. L'Alpha précisa : « Ta demande a été acceptée de justesse par le Conseil. L'Eglise est encore en train de se plaindre à l'Empereur à l'heure actuelle, et personne ne comprend pourquoi tu as bien pu choisir cette forêt comme lieu historique… » Eren répliqua avec véhémence : « Je leur ai expliqué pourtant dans ma fiche de réponse ! Le Premier Empereur a été sacré sur l'Autel sanctuaire de la Forêt des Origines. Les Rois ayant décidé de lui céder leurs territoires et de s'allier sous sa bannière pour combattre les Titans ont reconnu sa suprématie et lui ont prêté allégeance en tant que vassaux dans cette forêt ! Difficile de faire plus historique comme lieu. » C'était peut-être vrai, mais quand tout le monde avait conscience de la dangerosité d'une simple expédition ? On préférait largement relayer la partie historique de l'endroit aux livres d'Histoire les plus occultes.

Livaï concéda : « C'est vrai, mais cette forêt est rarement mentionnée et peu de personnes sont réellement au courant. Le fait que tu continues de 'ne pas faire' comme les autres commence à les rendre nerveux.

- Je vois mal en quoi ça empêche que je pénètre dans la forêt en premier… » Livaï se doutait déjà du caractère suicidaire d'Eren avant cet instant, mais il était clair que l'Oméga était déterminé à lui confirmer ses craintes. Livaï tenta de lui faire entendre raison : « La Forêt des Origines a toujours été un endroit aussi mystérieux que dangereux. Et sa réputation a empiré depuis que les Murs sont tombés.

- C'est parce que la Forêt n'est plus sous la protection des Esprits. La malédiction a…

- Je le sais, et tu le sais ! Alors pourquoi tu crois que je vais te permettre d'entrer là-dedans sans escorte ? » Eren semblait manifestement paré à argumenter quand il se figea. Son regard scrutateur était braqué sur Livaï. Et tout à coup, le visage de l'Oméga s'illumina, un léger sourire béat lui flotta sur les lèvres. Eren souffla, incrédule : « Oh ! Tu t'inquiètes pour moi… » Livaï marqua une pause. Est-ce qu'il était sérieux ? Pourquoi est-ce qu'on aurait dit qu'Eren venait de découvrir un grand secret ? Est-ce qu'il n'était pas parfaitement normal de s'inquiéter pour lui dans ces conditions ?!

Livaï demanda, sur une intonation irritée : « Pourquoi est-ce que ça te fait marrer ? » Eren agita la tête, prit une grande inspiration et expliqua : « Je peux garantir que notre passage sera sans danger. » Quoi ? Un peu à la manière des pontifes qui avaient accompagné l'excursion la dernière fois ? Est-ce qu'Eren était capable de leur prodiguer une protection magique plus efficace que celle de l'époque ? L'Alpha plissa les yeux et chercha à obtenir plus de précisions : « Tu veux dire qu'aucune 'bête sauvage' ne viendra molester mes gars ? La dernière fois que quelqu'un a tenté d'atteindre le Sanctuaire, des dizaines de gardes sont morts en défendant la famille impériale… » Eren pencha légèrement la tête sur le côté, comme intrigué par sa déclaration.

Puis il répondit avec assurance : « Je t'assure que j'ai un excellent moyen de protéger notre troupe. » Livaï ne pouvait s'empêcher de se montrer dubitatif. D'après ce qu'il avait vu et de ce qu'Eren ne cessait d'affirmer, il était évident que les Eldiens devaient être plus doués que n'importe quel Humain en magie. Mais leur troupe comprenait plus d'une trentaine d'âmes alors que les cinq pontifes de la dernière expédition avaient à peine réussi à garantir la survie d'une demi-douzaine de personnes avec l'aide de leur magie… Eren était-il vraiment capable d'une telle prouesse ? Livaï pesa le pour et le contre. Il voulait revoir l'Autel, se retrouver dans le Sanctuaire et s'imprégner de l'atmosphère particulière du lieu. Il était aussi curieux de constater de ses propres yeux à quel point Eren était doué en magie ou non. Il souhaitait apprendre les raisons pour lesquelles l'Oméga avait décidé de les conduire ici…

Les hommes présents à ses côtés savaient pertinemment à quoi s'attendre quand ils avaient accepté cette mission…Livaï finit par céder : « D'accord. Je veux bien que tu ouvres la marche…

- Merci !

-… Attends un peu avant de me remercier. Combien de temps il te faudra ? » Eren prit un instant pour évaluer sa réponse, puis il affirma ensuite avec enthousiasme : « Oh, pas plus de cinq minutes ! Ensuite, je reviens ici et…

- Je viens avec toi. » Eren se figea. Il était hors de question que Livaï le laisse entrer dans cette maudite Forêt sans escorte. L'Oméga comptait certainement faire appel à sa magie, raison pour laquelle il souhaitait être seul. Mais Livaï était déjà au courant de son secret, et son sang de paria lui offrait assez d'avantages sur le plan physique pour qu'il puisse repousser une ou deux créatures par ses propres moyens avant que les renforts n'arrivent.

Eren parvint visiblement à faire taire ses réticences et il accepta à contrecœur : « Très bien, mais juste nous deux. » Livaï acquiesça. Toute la tension qui lui tendait les muscles était revenue au triple galop. Il avait la nuque raide lorsqu'il s'écria : « Je vais parler au 'Prince'. Ne bouge pas, je reviens tout de suite. » Livaï sentit le regard d'Eren lui peser dessus alors qu'il s'éloignait d'une démarche déterminée. L'Alpha savait pertinemment que sa conversation avec Farlan n'allait pas être agréable, mais il savait aussi que s'il se montrait insistant, son meilleur ami serait incapable de lui refuser quoique ce soit.

Ce n'était pourtant pas gagner.

Effaré, Farlan s'écria avec énergie : « Tu es complètement dingue ?! » Livaï prit une grande inspiration et s'évertua à argumenter son point de vue : « On doit entrer dans cette foutue Forêt. Et si Eren peut nous garantir que, cette fois-ci, on ne fasse pas le voyage retour dans un charnier, je suis prêt à prendre le risque…

- Hors de question ! Levi, tu es mon meilleur ami et accessoirement, le Prince Héritier de Paradise ! Comment est-ce que tu crois qu'on va m'accueillir si je reviens de ce rendez-vous en annonçant que le Prince et le Candidat Jaëger ont été dévorés pendant que je me tournais les pouces ?!

- Farlan… » Livaï marqua une courte pause avant d'exposer : « Nous ne savons presque rien des Eldiens et je peux difficilement arracher des informations à Eren sans me trahir ou… » Il déglutit difficilement avant de continuer : « …ou le rendre hostile. Il a choisi la Forêt des Origines. Je veux comprendre pourquoi. Je veux revoir le sanctuaire de l'Autel Sacré. » Ce fut au tour de son meilleur ami de garder le silence. Farlan semblait particulièrement déchiré. Finalement, il lui posa une main sur l'épaule et serra compulsivement. Son regard était rempli d'inquiétude lorsqu'il demanda : « Es-tu certain qu'Eren, Eldien ou non, pourra assurer notre protection ? » L'Alpha prit un instant avant de répondre.

Il se rappelait encore, vivement, des quelques occasions où il avait pu entrapercevoir les pouvoirs de l'Oméga à l'œuvre. A chaque fois, c'était comme évoluer en toute conscience dans un rêve. Grâce à ses perceptions surdéveloppées, Livaï avait toujours expérimenté la vie différemment. La magie en particulier, lui laissait des sensations distinctives. Celle d'Eren ? Supplantait absolument ses capacités : en sa présence l'Alpha finissait toujours par douter de ses sens. Livaï acquiesça avec certitude et répondit : « Je suis sûr qu'il peut vraiment nous garantir un passage sécurisé. » L'expression de Farlan se compliqua. On voyait clairement qu'il bataillait entre différents sentiments, différents impératifs. Son devoir, sa rationalité, sa curiosité et son désir de se plier à la volonté de son meilleur ami de toujours…

Finalement, il finit par acquiescer.

Tout en précisant : « Si vous n'êtes pas revenus d'ici quinze minutes, montre en mains, les Chevaliers et moi, on vient vous sortir de là que vous le vouliez ou non. Et on plie direct bagage pour Utopia… » Livaï acquiesça gravement, lui saisit l'épaule à son tour et la serra brièvement avant de retourner auprès d'Eren pour lui confirmer leur départ.

Ils pénétrèrent dans la Forêt, côte à côte.

Livaï était sur ses gardes.

Il s'exhortait au calme tout en scrutant avec attention les ombres du sous-bois. Son ouïe était sursollicité alors qu'il n'y avait pas un seul bruissement dans les feuillages. Le silence était extrêmement lourd. L'Alpha n'éprouva aucune hésitation quand il déploya son Aura autour d'eux, pour se permettre de mieux appréhender leur environnement. La main posée sur son pommeau, il était prêt à faire face à toute éventualité. Toutefois, contrairement à son habitude, Livaï n'était pas emporté par la vibrante urgence d'en découdre. D'ordinaire, à chaque fois qu'il faisait appel à ses 'super-sens', une sorte de pulsion étrangère prenait peu à peu le contrôle de sa raison. Comme un ordre silencieux qui le poussait à user de la force, à combattre quoiqu'il advienne. A détruire.

La présence d'Eren à ses côtés annihilait complètement ce besoin.

L'Alpha était entièrement dédié à sa mission de protection. Et jamais auparavant il n'avait été aussi lucide, aussi serein, en se concentrant de la sorte. Les phéromones de l'Oméga, bien qu'atténués par le parfum entêtant du sous-bois, l'ancrait. Le rassurait. Alors qu'il était en train de vaguement contempler les implications d'un tel constat, Eren s'arrêta tout à coup. Livaï marqua une halte à ses côtés et demanda, nerveux : « Qu'est-ce qu'il y a ? » L'Oméga jeta un rapide coup d'œil derrière eux. Puis il secoua la tête comme pour s'éclaircir les idées. Sa réponse vint sur un ton qui se voulait rassurant : « Ce n'est rien, je pense qu'on a assez avancé. Je vais le faire ici. » Toujours aussi tendu, Livaï acquiesça.

Eren l'observa un long moment, comme s'il cherchait à percer un mystère. Puis il détourna les yeux et ferma les paupières. Livaï n'avait pas la moindre idée de ce à quoi il s'attendait. Les rares fois où il avait été témoin d'un acte magique, le processus lui avait complètement échappé. Mais s'il y avait bien une chose qu'il pouvait reconnaitre, c'était l'étrange langage chantant qui s'échappait des lèvres de l'Oméga. Les pontifes usaient du même langage pour leurs incantations, même s'ils étaient manifestement moins doués dans sa maîtrise. A travers Eren, les mots semblaient mus de leur propre volonté, d'une force intrinsèque qui, avec du recul, rendait extrêmement ridicule les psalmodies de l'Eglise.

En quelques notes, l'ambiance changea du tout au tout.

C'était comme si l'atmosphère se comprimait autour d'eux. L'air s'était chargé d'une énergie étouffante. La force de ce pouvoir tétanisa Livaï. Depuis l'enfance, Kuchel étant particulièrement croyante, il avait aperçu diverses représentations des Déesses. Et après ce que lui avait appris Eren sur ces entités toutes puissantes, l'Alpha avait de bonnes raisons de douter de sa vision. Même si elles n'avaient sans doute aucune forme propre, il était également vrai que les Déesses préfèreraient adopter une apparence à laquelle les Hommes pourraient les identifier…

Donc…

Livaï avait de bonnes raisons de croire que l'apparition qu'il apercevait était la Déesse Rose.

La majestueuse entité qui flottait actuellement au-dessus de l'Oméga ressemblait en tout point aux statues qui ornaient les jardins de l'Empire, à quelques détails près. Une longue chevelure faite de lianes et de fleurs qui s'agitait lentement sans le moindre concours du vent. Un visage doux et avenant, des yeux sans pupilles mais espiègles. Vêtue d'une robe de lumière ample aux bretelles fines, la brillance de sa peau incolore était aveuglante. Elle posa son regard perturbant sur la silhouette d'Eren et Livaï crut entendre le carillon d'un rire. Le cœur battant, l'Alpha vit la Déesse entourer l'Oméga de ses bras, poser un léger baiser sur le haut de son crâne, puis fixer avec attention l'obscurité du sous-bois.

Une bourrasque les bouscula doucement avant de courir dans les feuillages environnants, portant la mélodie qui quittait les lèvres d'Eren vers le ciel. La divinité sembla tripler de taille avant de s'élancer à corps perdu vers l'épaisse forêt. Son énergie, vive, pure, repoussa sans mal l'étrange immobilité de l'endroit. Le sol vibra légèrement, l'air s'échauffa doucement. Et enfin, La Déesse Rose disparut comme elle était apparue. Livaï reprit son souffle, estomaqué. Mais il eut à peine le temps de se remettre que l'intonation d'Eren changeait déjà. Les variations de timbre de son chant étaient subtiles mais indéniables. Sa voix se fit soudain plus forte, plus décisive alors qu'elle coupait l'air.

La seconde apparition fut celle de la Déesse Maria.

Elle était la divinité la plus présente dans la vie de Livaï. Celle dont il ne pouvait jamais s'empêcher de contempler le visage. La Déesse des champs de bataille, de la Justice, de la santé mentale et physique. Celle qui était réputée pour conférer la sagesse et l'ingéniosité. La Déesse la plus 'Humaine'. Un frisson glaçant remonta le long de l'échine de l'Alpha. Maria portait un long bandeau sur les yeux. Sa chevelure était bien plus courte que dans ses représentations. D'ordinaire on se contentait de lui appliquer l'image qu'on se faisait de Rose, en lui glissant une épée dans une main et une balance dans l'autre. En réalité, Maria portait une armure sur la poitrine, même si sa longue robe lumineuse était effectivement aussi ample et flottante que celle de sa 'sœur spirituelle'.

Contrairement à la Déesse Rose, la divinité ne se montra pas aussi affectueuse envers Eren. Elle le surplomba de toute son immense stature et son corps éthéré sembla vouloir le recouvrir de sa protection. La grande balance qu'on considérait comme son attribut était accrochée à son dos, comme un bouclier, de larges assiettes de pesée se trouvaient de part et d'autre de son corps. Elle tenait fermement une longue épée bâtarde des deux mains. Elle était une guerrière, courroucée et imposante. Lorsque le chant d'Eren monta brutalement dans l'aigu, une vague d'énergie percutante sembla jaillir hors de l'apparition lumineuse, pour aller frapper l'invisible Aura menaçante de la Forêt des Origines. Les réfractions énergétiques de son assaut furibond leurs traversèrent les os, coupant leur respiration l'espace d'un instant.

Les yeux de Livaï s'écarquillèrent, pris de court, sa main se crispa sur le pommeau de son épée.

Soudain, il comprenait. Ce qu'avait pu voir ses ancêtres lorsqu'ils avaient pris la décision de bannir et exterminer les Eldiens. S'ils étaient capables d'une telle prouesse, d'évoquer une telle puissance, ils pouvaient s'avérer dangereux. Très dangereux. Rose l'avait fasciné. Maria ? Terrifié. Elle n'était pas une présence douce, naïve et humble. Elle était la force, la détermination. Entre les mains d'Eren, quel genre de dégâts pourrait-elle engendrer ? Pourquoi l'Oméga ne s'en était-il jamais servi jusqu'ici ? Qu'ignorait encore Livaï ? Qu'est-ce qui expliquait que le courroux des Eldiens ne se fut pas déjà abattu sur l'Empire traître qui les avait salement persécutés après s'être servi d'eux ?

Il croisa rapidement le regard d'Eren.

Les yeux brillants de l'Oméga, où le bleu et le vert dansaient harmonieusement, mirent un terme brutal à sa panique. Eren le regardait sans le voir, en transe. Pas une seule seconde son chant envoûtant ne s'était arrêté. Sa voix était simplement devenue un murmure alors qu'un silence respectueux s'abattait dans le sous-bois. La mélodie gagna doucement en puissance alors qu'une étrange impression hérissait les poils de Livaï. Les mots de l'Oméga prirent une consonnance inhumaine, le tempo de son chant devint traînant, plus musical qu'articulé.

Et comme un chuchot dans le vent, elle apparut.

La Déesse Sina. Dans toute sa splendeur. Bien plus impressionnante que le soir où il l'avait aperçue dans ce sombre couloir du palais impérial. Elle glissa dans l'air avec langueur, recouverte de sa cape multicolore et tissée des innombrables fils du Destin, dissimulant ses traits à la vue de tous. Son Aura éthérée emplit l'espace. La divinité de l'âme, de la mort. Celle qu'on opposait bien souvent à la vie et la nature, à sa 'sœur spirituelle', Rose. Celle qu'on attribuait comme sainte patronne des fous et des illuminés. De ceux dont la sensibilité conférait des pouvoirs de voyances, ou un instinct hors du commun.

Elle était bien plus splendide, bien plus captivante qu'on ne lui en donnait crédit. Elle était présente dans les cimetières et les temples où l'on pratiquait des cérémonies d'enterrement, on la priait pour les cas désespérés, voire l'implorait pour la clémence divine. On la dépeignait entourée de sa cape noire, portant dans ses bras une grande faux alors qu'elle tissait sinistrement la toile des Destinées de ses mains.

En réalité, elle était beaucoup plus flamboyante.

La Déesse s'écarta d'Eren sans sembler le voir. Elle était pourtant reliée à l'Oméga par un fil épais. Un fil dont la brillance n'était perceptible qu'en plissant les yeux et qui connectait le cœur de la divinité à celui de son invocateur. Rose avait redonné à la nature ses droits sur le sous-bois. La brise dans les feuillages, les fleurs, l'énergie tourbillonnante de la vie. Maria avait tranché l'agressivité, la présence putride et menaçante qui rôdait dans l'obscurité. Mais c'était Sina qui avait réellement achevé l'œuvre du chant protecteur. Une multitude de fils colorés s'étaient soudain mis à briller de mille feux, partant de son corps pour s'étendre dans toutes les directions. Et comme si elle s'éveillait d'un long cauchemar, la Forêt des Origines s'exprima de nouveau.

Les oiseaux se remirent soudain à chanter, les bruissements n'étaient plus que dans les épais feuillages des arbres géants qui entouraient le chemin tracé sous leurs pieds. On pouvait sentir la présence d'autres créatures, petites et grandes, qui étaient comme sortis brusquement des limbes. Livaï avait les bras ballants. Son cœur lui tambourinait dans le torse et des vibrations le secouaient de la tête au pieds. Oui. Il avait de quoi être effrayé. C'était dingue : toute cette puissance concentrée dans un seul être. Ca rendait humble. Eren Jaëger était un miracle. Une chance inespérée qui était apparue dans leur vie au moment où tout les conduisait inexorablement vers leur fin.

Contrairement à ce que croyait Livaï quelques minutes plus tôt, n'était-ce pas plutôt un signe que les Déesses étaient très loin de les avoir abandonnés ? Qu'elles n'avaient pas réellement condamné l'Humanité pour ses fautes ? Il était impératif que Livaï ne répète pas les mêmes erreurs que son ancêtre. Eren lui était précieux. Alors que son chant s'achevait doucement sur des notes légères, le parfum de l'Oméga était tout simplement divin. Le poids du sang maudit de Livaï n'était pas le même à ses côtés. Tous ses problèmes trouvaient miraculeusement une solution. L'Alpha n'avait aucune intention d'être aussi bête que le Premier Empereur. Il n'allait pas détruire les Eldiens par crainte de leur puissance. Il allait chérir cette alliance inespérée.

Eren poussa un soupir soulagé. Un sourire paisible lui étira les lèvres alors qu'il contemplait son œuvre, l'œil brillant. La Forêt des Origines avait radicalement changé. L'oppression menaçante du lieu avait totalement disparue. Elle avait retrouvé sa beauté mystique et enchanteresse. Des fleurs avaient éclos un peu partout, leurs couleurs chatoyantes semblant presque luire dans la pénombre bienveillante projetée par les arbres géants. A présent, il était facile de comprendre pourquoi on avait pu l'appeler la Forêt des Origines. Il semblait que toute vie et toutes choses prenaient racine dans son sous-bois.

Quand Eren, tout sourire, reposa enfin les yeux sur Livaï. L'Alpha se trouvait toujours dans la même position. Les bras le long du corps, incapable de faire le tri dans le nombre affolant d'émotions qui lui empoignaient la poitrine. Tout à coup, Eren cessa de sourire. Il déglutit nerveusement et détourna les yeux. Livaï serra le poing assez fort pour s'en faire blanchir les jointures. Il devait impérativement sortir de sa transe, il devait trouver les mots. Pour exprimer à Eren à quel point il était… ''Formidable, parfait, incroyable, époustouflant…''

Dans l'incapacité de trouver le mot juste, Livaï céda à sa pulsion première.

Il s'élança vers Eren et l'entoura de ses bras. L'Oméga se raidit légèrement et Livaï ferma les yeux. Il avait du mal à avaler sa salive ou à mettre de l'ordre dans ses pensées, mais la présence chaleureuse de son partenaire, contre son torse, l'apaisa peu à peu. Alors qu'il effleurait l'oreille d'Eren du bout du nez, le parfum des phéromones de l'Oméga lui emplit les poumons. Il pouvait reconnaître cette ambroisie olfactive entre mille, et en toutes circonstances. Eren était parfait. Son parfait miracle . Son Oméga. Fébrile, Livaï lui souffla : « Eren… Tu es… » Les mots continuaient à lui manquer. Mais il espérait vaguement avoir réussi à transmettre son admiration. Son respect. Son émerveillement et son acceptation. Livaï avait été on-ne-peut-plus honnête lorsqu'il s'était juré, face à Sieg, qu'il importait peu qu'Eren fut un monstre ou non.

Une note fleurie plus intense bourgeonna soudain dans son parfum et Eren rougit jusqu'à la racine des cheveux avant de bafouiller : « Je pense qu'on devrait être tranquille après ça… » Ils se firent face, se fixèrent un moment sans que rien ne bouge. Puis Livaï caressa tendrement la joue de l'Oméga. Sa main lui agrippa doucement la nuque, forçant leurs deux fronts à se toucher. Il était important qu'Eren comprenne qu'il n'avait aucune raison d'être embarrassé. Que jamais Livaï ne pourrait assez le remercier de lui avoir fait confiance, de lui avoir révéler son secret, puis, aujourd'hui, de lui avoir fait une telle démonstration de ses pouvoirs.

L'Alpha prit une grande inspiration, les yeux clos, et déclara avec émotion : « Je remercie les Déesses que ta belle-mère ait été bien trop occupée à dilapider ta fortune pour penser à te faire épouser un imbécile lambda ou à te vendre à un bordel… Je remercie même cette stupide Sélection d'exister. » Il y eut un court instant de silence, pendant lequel l'Alpha se demanda si l'Oméga avait cessé de respirer. Puis Eren pouffa de rire, à la fois gêné et amusé. Il s'écria : « On devrait retrouver les autres avant que le Prince n'envoie une expédition à notre recherche, ou même que tu déclares carrément remercier l'Empire Mare d'avoir attaqué. Sans eux, la Sélection aurait eu lieu bien avant que je puisse y participer ! » En dépit de ses paroles désinvoltes, l'Oméga agrippa à son tour la nuque de Livaï avant de doucement caresser sa glande d'Appariement.

Le Marquage fit frissonner l'Alpha de la tête aux pieds. Il retint à grande peine le grondement de satisfaction qui menaçait de lui jaillir de la gorge. Un large sourire aux lèvres, Eren embrassa rapidement son partenaire, visiblement conscient de l'effet qu'il lui faisait. Livaï souffla du nez et roula des yeux. A ce stade, feindre être moins que totalement à la merci de l'Oméga serait complètement ridicule. Il s'exclama : « Tu as raison, on ferait mieux d'y aller. Le 'Prince' n'est pas vraiment réputé pour sa patience légendaire. » Ils se séparèrent puis revinrent sur leur pas, tout en se tenant plus proche qu'à l'aller. Leurs mains se frôlèrent plusieurs fois avant qu'ils n'entrent dans le champ de vision de la troupe armée postée à l'orée de la Forêt.

Comme promis, leur passage dans la Forêt des Origines se déroula sans accro.

Bien que les Chevaliers eussent beaucoup de mal à se détendre au départ, il leur avait fallu peu de temps pour que le côté enchanteur de l'endroit ne parvienne à baisser leurs défenses. Toujours aussi nerveux, Farlan se montra incrédule : « La Forêt des Origines avait acquis ces dernières années un nouveau surnom qui, je l'avoue, me semblait beaucoup plus approprié. Mais là, je suis bien obligé de me demander si toutes les affreuses histoires qu'on entend sur son compte n'étaient pas des racontars… » Un léger rictus était apparu aux coins des lèvres d'Eren quand il demanda : « Et quel est ce nouveau surnom ?

- La Forêt des Démons. » L'Oméga marqua une très courte pause avant de reprendre : « Oh. Des Démons, hein ? Intéressant… » Livaï commençait à se sentir mal à l'aise. Sans qu'il ne comprenne bien pourquoi, il lui semblait que leur conversation prenait un très mauvais chemin. Intrigué, Farlan répliqua : « Qu'est-ce qu'il y a de si intéressant ? Personnellement, je n'ai pas vraiment eu l'impression qu'ils aient été très créatifs pour trouver cette nouvelle appellation. » Le pas d'Eren se fit soudain plus lourd.

Il avait les sourcils froncés et l'air agacé lorsqu'il rétorqua avec force : « Je me faisais juste la réflexion que les dignitaires de l'Empire sont très attachés à leur Histoire. Aujourd'hui encore, ils continuent d'appeler Démons tout ce qui échappe à leur contrôle ou à leur compréhension. C'est ça qui est intéressant. Je suppose que si une aberration n'apporte aucune conséquence directe, on a tendance à oublier qu'il s'agissait d'une erreur au départ. » Livaï faillit trébucher. Le ton amer de l'Oméga et son insinuation lui rappelèrent qu'il avait avoué à Eren que les Eldiens étaient décrits comme des Démons dans les très rares ouvrages où on faisait encore mention de leur peuple. L'Alpha grimaça. Mais avant qu'il n'intervienne, Farlan, sourcils froncés à son tour, empirait son cas en poursuivant : « Je ne suis pas sûr de bien suivre…

- Je ne suis pas étonné. » Le sourire dont le gratifia l'Oméga était absolument glacial. Le reste de leur avancée se fit dans un silence plus que pesant.

Ils ne se trouvaient déjà plus très loin de l'Autel du sanctuaire lorsque Eren lui demanda : « Prince, que savez-vous exactement de ce lieu 'historique' ? » Toujours confus, Farlan répondit de manière respectueuse en adoptant le même vouvoiement que l'Oméga : « La même chose que vous. Il s'agit du lieu sacré où le Premier Empereur a été reconnu comme digne de diriger, et qu'il a été accepté par les Souverains comme méritant de leur loyauté. L'Empire est symboliquement né dans ces bois, avec pour but premier d'anéantir les Titans.

- C'est tout ? » La question était cinglante. Pris de court, Farlan marqua une pause avant d'essayer d'obtenir plus de précisions et s'écrier : « Tout quoi ?

- C'est tout ce qu'invoque la Forêt des Origines aux yeux du descendant de 'l'illustre' Premier Empereur ? » Ils avaient brutalement arrêté de marcher. Impuissant, Livaï s'était stoppé à leurs côtés. Il aurait aimé pouvoir prendre à son meilleur ami à parti, pouvoir lui expliquer en quoi cette conversation était importante. Mais c'était impossible. Pas dans cette configuration précise, sous le regard vigilant et inquisiteur d'Eren. L'Oméga prendrait sûrement très mal toute intervention de la part de Livaï pour venir en aide à Farlan. Pas alors qu'Eren se sentait encore à fleur de peau, pas après qu'il lui eut montré une part si importante de lui-même.

Eren et Farlan se fixèrent en silence pendant un moment.

Et Livaï vit l'instant où son meilleur ami comprit l'importance de cette discussion. Les enjeux qui s'y jouaient. L'esprit vif de Farlan fit rapidement le calcul. Il se souvenait sûrement des conversations qu'ils avaient entretenus avec Erwin et Hanji, au sujet des Eldiens. De leur rôle. Des crimes qu'on leur avait injustement imputés. De l'avenir auquel on les avait condamnés. Farlan demanda avec précaution dans la voix : « C'est tout ce qu'on m'a appris sur la Forêt des Origines. Oui. Est-ce que… l'Oméga Jaëger aurait entendu une version différente des évènements ? » Un nouveau silence. Eren parut le jauger du regard, son expression de plus en plus fermée. Il se pinça les lèvres, puis répliqua : « Est-ce que c'est une question piège ? » Farlan demeura interdit, il marchait clairement sur des œufs quand il rétorqua : « Est-ce qu'il existe une raison que s'en soit une ?

- Je sais comment l'Empire a l'habitude de traiter ceux et celles qui refusent de se plier à sa vision de l'Histoire. J'ai réussi à survivre à la Sélection jusqu'ici, et je n'ai pas l'intention de tout envoyer valser sur la dernière ligne droite en vexant sa Majesté. » Les Chevaliers s'étaient eux aussi arrêtés, se plaçant instinctivement pour défendre leur position en cas de danger venu des bois.

La tension entre l'Oméga et Farlan continuait de grimper. Farlan déglutit discrètement et finit par admettre : « Comme toutes les nations, notre Histoire comporte des zones d'ombre. Je comprends pourquoi on pourrait penser que questionner l'éclat des récits de nos ancêtres puisse être vu comme un acte de trahison ou de rébellion…

-… » Face à lui, le langage corporel d'Eren était toujours aussi fermé. Il était clair que l'Oméga s'attendait à devoir défendre chèrement son point de vue.

Farlan continua sur sa lancée : « Mais ça ne veut pas dire que je partage entièrement cette vision des choses. Après tout, je suis moi-même partisan du fait qu'une erreur doit nous servir de leçon pour nous améliorer. Si… » Il sembla choisir ses mots avec soin : « …si l'une de nos erreurs a été honteusement enterrée dans les murs de notre fondation, je suis d'avis qu'elle risque à tout moment de faire s'effondrer l'édifice entier. Des bases saines sont essentielles à un développement florissant. » A nouveau, Eren fronça les sourcils, visiblement circonspect. Farlan précisa alors avec précaution : « Je pense que les erreurs de notre passé doivent être reconnues et corrigées si on veut que l'Empire puisse continuer de prospérer à l'avenir. » Ce fut à cet instant que le regard de l'Oméga glissa vers Livaï.

Le cœur battant, Livaï se contraignit à soutenir son regard : il devait convaincre Eren du fait qu'il n'avait absolument rien à se reprocher. Que l'Oméga était autant en sécurité sur le moment qu'il ne l'avait été avant que l'Alpha apprenne qu'il était Eldien. Et que Livaï ne constate de ses yeux de quoi Eren était réellement capable. Pour briser la tension du moment, Farlan présenta son bras à l'Oméga, l'invitant visiblement à s'en saisir : « Allons, notre voyage a été long. Bien que notre avancée se soit montrée étonnamment paisible jusqu'ici, j'aimerais que l'on évite de tenter le malheur en nous attardant dans la Forêt après la tombée de la nuit. » L'attention des Chevaliers était braquée sur eux, mais Eren était apparemment bien plus résolu à se faire comprendre qu'à feindre la bonne entente. L'Oméga demeura immobile.

Farlan lui sourit nerveusement avant d'ajouter, incertain : « Je suis assez conscient pour comprendre que ces bois abritent des créatures et des forces qui ne doivent pas apprécier que l'on empiète sur leur territoire, Prince Couronné ou pas. Montrons donc un peu de compassion à nos Chevaliers et évitons de mettre davantage leur vie en danger, qu'en dites-vous ? » Eren crispa la mâchoire, mais accepta finalement de s'accrocher au bras du Prince.

Après quelques minutes de marche, ils atteignirent enfin l'Autel Sacré.

Le sanctuaire se trouvait au centre de la Forêt des Origines, près d'un large bassin d'eau claire. Au centre de ce plan d'eau, un édifice en pierre blanche était traversé de cristaux brillants semblant former des mots dans un langage oublié de tous. Pour la centième fois en une journée, Livaï se retrouva bousculé par une avalanche d'émotions. Il lui était impossible d'ignorer la puissante Aura funeste qui avait pris possession du dernier havre de paix de la Forêt. Il pouvait sentir les échos de cette présence au plus profond de lui-même. Une rage destructrice qui, grâce aux effets néfastes de la malédiction Eldienne, avait tout le loisir de corrompre et d'éroder la splendeur de l'Autel.

Face à une telle catastrophe, il était d'autant plus facile d'imaginer que très bien bientôt, des calamités, toutes plus terribles les unes que les autres, allaient déferler sur Paradise.

D'une blancheur immaculée à son origine, le majestueux Sanctuaire présentait déjà des traces de corruption : des tâches d'un rouge si foncé qu'il paraissait noir au premier coup d'œil. Les nénuphars géants qui flottaient dans l'eau étaient rongés par un parasite qui ternissait leur couleur par endroit. Tout autour du bassin, la végétation semblait complètement morte, comme drainée de sa force vitale. Un silence mortuaire régnait sur le lieu. L'Aura menaçante du Sanctuaire était plus lourde que nulle part ailleurs.

Livaï entendit l'exclamation de Farlan comme si elle lui parvenait sous l'eau, dans le lointain : « Eren ? Est-ce que ça va ? » Dans son inquiétude, il avait laissé tomber toute trace de décorum. L'Oméga lui répondit d'une petite voix : « Oui, je vais bien. » Et des effluves de sa détresse interne vinrent se lier à l'affliction qui étouffait Livaï. L'Alpha était livide quand l'attention de Farlan se posa sur lui : « Levi ? Est-ce que ça va ? » L'Alpha nia de la tête. Il tendit le bras pour désigner l'Autel de la main avant de s'écrier, désemparé : « J'accompagnais ton père et le mien quand ils sont venus se recueillir ici, avant le début de la guerre… » Farlan acquiesça doucement, avec empathie : « Je m'en souviens… » En dépit de l'amitié qui liait son fils à Livaï, le père de Farlan s'était proposé pour prendre la place de son fils pour cette excursion.

Farlan avait bien entendu piqué une vraie crise, criant à qui voulait l'entendre qu'il comptait accompagner Livaï au front et que c'était donc à lui de se présenter devant l'Autel Sacré à ses côtés. Mais ses réclamations avaient été royalement ignorées. Quand le triste convoi impérial était revenu de la Forêt des Origines, proprement traumatisé et affligé, son meilleur ami n'avait été que trop heureux d'avoir été épargné de sorte à pouvoir aider Livaï à s'en remettre. L'Alpha crispa la mâchoire, laissant retomber mollement ses bras. Immobile, il expliqua : « Arriver jusqu'ici avait été un enfer. En repartir était encore pire. Mais l'Autel du Sanctuaire était juste… splendide. » Livaï s'en souvenait encore avec vivacité.

A l'époque, le nombre d'hommes à avoir succombé avant qu'ils n'atteignent le Sanctuaire n'avait pas suffi à atténuer l'émerveillement que l'Alpha avait éprouvé en arrivant devant l'Autel Sacré. Livaï détailla : « Il y avait des fleurs partout, on pouvait entendre chanter les oiseaux et des lapins parcouraient l'herbe verte sans se préoccuper de nous. L'eau donnait l'impression de briller de l'intérieur, des lierres enlaçaient la pierre blanche du sanctuaire et… les cristaux, les écritures en cristal luisaient. » Un silence accueillit sa déclaration. Farlan se mit à contempler l'endroit avec une attention nouvelle, son expression devenant très vite aussi livide que celle de son meilleur ami.

La pierre de l'Autel Sacré était grisâtre, les écritures luminescentes recouvertes d'une sorte de crasse noire et rougeâtre. Le parterre autour de la source d'eau était défraichi, jaunâtre avec un sol si desséché que chacun de leur pas soulevait une épaisse couche de poussière sombre. Plus de clapotis d'eau dans la fontaine, dont la source semblait se tarir à vue d'œil. Dans le bassin, des insectes grouillaient en silence parmi la lie et le limon. Avant d'apercevoir cette tragédie, ils s'imaginaient disposer de plusieurs années avant l'Apocalypse annoncée par les Textes Sacrés.

Peut-être qu'ils avaient été trop optimistes.

Eren interrompit leurs sombres pensées en annonçant : « J'espère que le Prince Couronné n'a pas menti lorsqu'il a affirmé être prêt à assumer et réparer les erreurs commises par ses ancêtres. Parce qu'à en croire ce mauvais présage, on dirait que la fondation de notre Empire bien aimé est déjà en train de s'écrouler. » Le sang de Livaï se glaça. L'Oméga s'était écarté de Farlan et la défiance qui brûlait au fond de son regard brillant ne laissait place à aucune mésinterprétation : il était furieux. Eren tourna le dos à l'Autel et ajouta froidement : « On ferait mieux de repartir, le soleil ne va pas tarder à se coucher. » Après quoi, il se rapprocha des Chevaliers et s'avança vers le sentier de retour.

Quelques furent les raisons qui l'avaient poussé à choisir la Forêt des Origines pour dernier lieu de rendez-vous, sa discussion épouvantable avec Farlan les avait privés d'une réponse claire. Après avoir vu de ses yeux de quoi était capable la magie Eldienne, Livaï avait acquis la certitude que forcer Eren à quoique ce soit ne serait même pas une option viable. Dans l'éventualité, terrible mais probable, ou l'Oméga souhaitait le quitter après avoir appris la vérité sur son identité, personne ne pourrait l'en empêcher. Même si les alliés de Livaï nourrissaient la folle idée de vouloir contraindre Eren à l'épouser.

Durant tout le trajet retour, l'Oméga garda le silence, faisant fi des regards perçants que faisaient peser Farlan et Livaï sur lui.

Son évidente agressivité envers celui qu'il prenait pour le Prince Héritier désespérait l'Alpha. Même s'il avait des sentiments pour Eren, il était difficile de constater qu'il était surtout à sa merci complète. Son premier mensonge revenait le hanter avec vengeance. La froideur et l'indifférence qu'exprimait l'Oméga quant à l'avenir de l'Empire lui avait retourné l'estomac. Eren était un miracle, mais rien ne lui garantissait en réalité que l'Oméga veuille véritablement venir en aide à Paradise.

Certes, Eren s'était présenté durant la compétition comme l'allié du peuple, mais est-ce que sa rancœur envers la famille impériale n'allait pas réussir à supplanter sa bonne volonté ?

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Même si Livaï avait évité d'arriver au point où il esquivait Eren, leurs rencontres furent beaucoup plus tendues.

Au début de leur relation, il était évident que Livaï se trouvait dans une position de force. Il était le véritable Prince Couronné. Et Eren Jaëger était un Candidat de la Sélection qui, selon toute logique et d'après son statut d'Oméga, était complètement sous son joug le temps de la compétition. Puis Livaï était devenu accro. Tout d'abord à cause de son physique avantageux, et plus précisément par la faute du parfum si délectable de ses phéromones. Après quoi il avait été surpris et intrigué par sa vivacité d'esprit, son caractère bien trempé et sa différence.

Les sentiments s'en étaient ensuite mêlés. Eren avait fini par mettre sans dessus-dessous ses prévisions, ses priorités. Au bout d'un certain moment, Livaï avait fini par porter une attention particulière aux envies de l'Oméga : ses réactions étaient d'une importance capitale. L'Alpha avait pris la décision de faire du Candidat son Impératrice en dépit des difficultés rencontrées. Il n'y avait rien de plus crucial que de réussir à se faire apprécier (aimer) d'Eren Jaëger.

D'une manière ou d'une autre, ses sentiments avaient fini par lui être retournés.

Et contrairement à ses attentes, ce n'était que le début de la torture. Le tour de passe-passe qui lui avait permis de mieux asseoir sa position d'Héritier sur le trône de Paradise se retournait cruellement contre lui. Eren détestait, à raison, la famille impériale. Pire encore, l'Oméga avait fini par suffisamment lui faire confiance pour lui livrer son plus grand secret. Son ascendance Eldienne. Sa maîtrise d'une magie si ancienne et puissante, qu'elle avait valu le bannissement et la chasse aux sorcières qui avaient décimé les siens. Cette confiance, cette épée à double tranchant, menaçait aujourd'hui de couper la main qui la tenait fébrilement : leurs histoires personnelles mettaient en péril leur avenir de couple.

Et si ce n'était que ça le problème…

Le souci, c'était que depuis sa naissance, il n'y avait que très peu d'occasions où Livaï s'était senti impuissant. Maintenant qu'il savait d'où sa lignée tirait leurs particularités ? Rien d'étonnant à ça. Les descendants des Titans. Le monstre couronné qui avait permis à l'Empire de prospérer et s'étendre… Livaï n'avait pas pour habitude de se sentir aussi démuni. Il était obligé de faire face à la réalité : il ne pouvait décemment pas contrôler les émotions de l'Oméga, ou même physiquement le retenir s'il décidait de se venger ou de disparaître. Eren avait toujours affirmé son indépendance. La soif de liberté de l'Oméga qui avait jadis fasciné Livaï ? Aujourd'hui, l'affolait. Tout d'abord mis à l'épreuve parce qu'Eren semblait récalcitrant à lui retourner ses sentiments (alors que Livaï était le premier à vouloir nier l'existence de ces foutus sentiments en premier lieu ! Bordel !) l'Alpha se retrouvait aujourd'hui confronté à une émotion encore plus étrangère que la perte de contrôle.

La faiblesse.

Eren était un miracle pour Livaï, qui ne s'était jamais imaginé tomber amoureux. Pour Paradise, parce que le savoir Eldien était sans doute leur seul salut face à l'Apocalypse imminente. Eren était incroyablement puissant, mais aussi particulièrement rancunier. Les alliés de Livaï voyaient clairement son indécision, 'son manque de courage' d'un mauvais œil. Ils l'urgeaient de plus en plus à dire toute la vérité à son prétendant. Ils voulaient des assurances, ils voulaient pouvoir compter l'Oméga parmi leur rang. Mais ils ne connaissaient pas Eren comme lui. Et plus important, ils ne comprenaient pas à quel point il était angoissant de devoir tout risquer sur un coup de poker.

Après leur rendez-vous dans la Forêt des Origines, leur relation avait encore subi un changement très subtil. Livaï avait de nouveau l'impression qu'il devait charbonner pour rétablir la confiance, l'intimité facile et fébrile qu'ils étaient parvenus à construire. Eren était en colère. Voir la Forêt et le Sanctuaire Eldien dans cet état ? Livaï comprenait que ça puisse raviver d'anciennes blessures. Plus important ? L'Alpha peinait, de son côté, à ('s'abaisser') de nouveau courir après Eren alors qu'il avait l'impression oppressante de déjà ramper à ses pieds. Pouvait-on parler de fierté ? Ou de bêtise ? Livaï n'en savait rien. Mais le capharnaüm qui avait élu résidence dans son cerveau refusait de lui laisser le moindre instant de paix.

Une certaine part de lui-même considérait à présent que la magie d'Eren était de mauvais augure. Il savait ce qui lui susurrait à l'oreille quand il lui prenait soudain l'envie d'enchaîner l'Oméga, de le priver de ses pouvoirs d'une façon ou d'une autre. C'était cette même part de lui-même, celle qui depuis toujours, lui avait assuré une place tout en haut de la chaîne alimentaire. La folie destructrice et assoiffée de pouvoir des Titans. L'avoir identifiée ne changeait absolument rien aux sombres pensées qui lui venaient parfois. A la pulsion, possessive et envieuse, qui lui brûlait les veines. Qui le poussait à vouloir enchaîner, soumettre ou détruire l'Oméga, s'il ne parvenait pas, d'une façon ou d'une autre, à le faire sien. Livaï désirait Eren autant qu'il le craignait. Parce que l'Oméga pouvait lui faire perdre son précieux contrôle, pouvait faire naitre en lui des émotions qu'il s'ignorait posséder, comme l'amour ou la crainte… tout en ayant le pouvoir de le calmer, de lui redonner l'espoir.

Quand l'heure du départ pour le voyage entre le Prince et Historia Reiss arriva, Livaï était soulagé.

Il espérait réussir à en profiter pour faire le vide.

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Une semaine s'était écoulée. Le séjour avec la candidate avait été exactement ce dont Livaï avait besoin.

Pour le bon déroulement de la dernière épreuve de la compétition, la plupart des obligations qu'avaient récupérées Livaï pour se préparer à diriger l'Empire étaient de nouveau assignées à la supervision de Kenny. Même son rôle de Consultant, déguisé en Héritier du Nord pour les dernières semaines de son existence, s'était retrouvé allégé par le caractère particulier de la Finale de la Sélection. En gros, il lui suffisait de laisser Farlan jouer le baby-sitter d'Historia et de se renseigner de son côté discrètement sur les Aristocrates à sa manière.

Assez extraordinairement, la Chevalière Ymir avait fait une alliée de choix. On aurait pu croire que sa loyauté indéfectible envers Historia s'étendait à l'entièreté de la famille Reiss, mais il n'en était rien. Ymir était une femme d'ambition, clairement amoureuse et en mission. Elle voulait qu'Historia soit libre. Et pour ça, elle savait qu'il fallait que Rhodes Reiss perde du pouvoir. Entre les moments où (pour se rassurer) pour bien faire, Livaï continuait ses recherches au sujet des Titans, ou des Eldiens et leur magie, et les moments où il complotait avec Ymir ? La semaine était passée à une vitesse ahurissante. En conclusion, il avait à peine eu vraiment le temps de réfléchir à son problème (surtout parce qu'il avait soigneusement évité de le prendre, ce temps).

Toujours aussi épuisé qu'à son départ, l'Alpha avait presque fait un arrêt cardiaque en apercevant Eren au loin avant de rejoindre Mikasa et Farlan dans le carrosse impérial pour leur second départ.

Il n'y avait aucune raison particulière pour laquelle il avait tourné la tête à cet instant précis. C'était un mouvement inconscient, comme si son instinct avait su capter la présence de l'Oméga avant sa conscience. Eren était accompagné de son majordome, de deux Chevaliers et d'Hitch Doris. Ils discutaient avec animation et traversaient leur couloir d'un pas leste. L'Oméga ne l'avait pas remarqué. Leurs regards ne se croisèrent pas une seule seconde. Mais cette brève entrevue fit l'effet d'un coup de poing en plein plexus.

C'était un peu comme si, en s'éloignant, en essayant de penser à autre chose, Livaï avait complètement rendu obsolète le peu de résistance qu'il avait durement acquise, face à Eren. Figé dans son mouvement, Livaï avait dévoré l'Oméga des yeux. Avec toutes les implications et les complications qui entouraient leur relation, l'Alpha en avait presque oublié à quel point son prétendant était séduisant. D'éclatants iris vertes d'eau qui accrochaient l'œil, un sourire chaleureux, une peau hâlée qu'il voulait parcourir avec sa langue. Livaï fut pris à la gorge par l'irrésistible envie de s'approcher, de glisser les doigts dans l'épaisse chevelure de l'Oméga, de l'embrasser jusqu'à ce qu'il en perde son souffle. Jusqu'à ce qu'Eren se retrouve dans ses bras, docile et satisfait… Et c'était sans compter sur la délicieuse odeur qu'il savait émaner de l'Oméga.

Durant toute la durée de leur trajet vers la résidence des Ackerman, Livaï avait été hanté par cette vision, mis à mal par son désir.

Il prit amèrement conscience qu'il ne pouvait pas se contenter de réduire leur relation à des jeux de pouvoir ou de vulgaires enjeux politiques. Livaï avait déjà capitulé face à ses sentiments avant même de savoir ce qu'était Eren, ce qu'il pouvait lui apporter. Livaï savait depuis longtemps de quoi était capable l'Oméga sur le plan politique. C'était en grande partie ce qui l'avait attiré vers lui. Oui, Eren était très loin de l'archétype de l'Oméga en détresse, qui attendait d'être sauvé, protégé et choyé. Mais n'était-ce pas très exactement ce qui le rendait aussi fascinant pour Livaï au départ ? L'Alpha voulait un égal. Un allié fiable, fidèle et puissant. Eren cochait toutes ces cases, sans même prendre en compte le fait (essentiel) que Livaï était raide dingue amoureux de lui…

Certes, la démonstration de force de l'Oméga dans la Forêt des Origines avait éveillé en lui des craintes qu'il s'ignorait posséder. Mais elle l'avait aussi émerveillée. Parce que c'était absolument fantastique. A voir, à vivre. Parce que la beauté irréelle d'Eren s'était parfaitement ancrée dans le moment, comme dans un rêve éveillé. Parce qu'il était indéniable que, jusqu'ici, l'Oméga n'avait absolument rien fait qui puisse le désigner comme un ennemi de Paradise. Bien au contraire.

Eren lui avait même fait part de son envie de rétablir l'honneur de son peuple, afin de vivre sur ces terres à nouveau. Il avait très certainement l'intention d'emprunter la route la plus pacifiste possible, compte tenu de ses actions jusqu'ici. Livaï n'allait pas tout gâcher si près du but. Il n'allait certainement pas laisser son inquiétant début de paranoïa ou ses peurs ridicules prendre le dessus à un moment aussi fatidique.

Farlan avait profité de cette semaine inespérée pour faire un voyage au Nord et revoir Isabelle.

Comme Mikasa était dans la confidence et qu'il était évident qu'ils n'étaient, tous les deux, plus du tout intéressés par leur contrat de convenance, Livaï passa toute la semaine à se balader et très clairement se languir d'Eren comme un (foutu) adolescent en mal d'amour. C'était pathétique, mais en l'absence de quiconque pour lui (casser les couilles) faire des remarques, Livaï s'était complètement laissé aller à l'exercice.

Au moins, Eren lui permettait l'expérience inédite de vivre sa crise d'adolescence avec des années de retard.

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Enfin, Livaï et Farlan retournèrent à la capitale pour entamer la semaine de vacances du Candidat Jaëger.

Après avoir lamentablement passé sept jours à se lamenter sur son sort, la perspective d'enfin revoir l'Oméga l'avait rendu aussi nerveux, qu'heureux.

A peine un jour après leur retour, il semblait que tous ses amis s'étaient passé le mot pour le pousser à enfin avouer la vérité à Eren. Erwin avait commencé par lui parler de l'Oméga et des rencontres qu'ils avaient eu pendant son absence. Eren paraissait avoir pour projet de faire de son majordome un diplômé de l'Académie Impérial en magistrature et gestion. Le Duc de l'Est avait enchaîné en lui rabattant les oreilles d'éloges en tout genre sur le Candidat : Eren avait travaillé d'arrache-pied pour consolider ses alliances et sa position à la Cour, continuant de faire sensation dans tous les salons et les bals de Sina…

Hanji, pour sa part, s'était contentée de lui rapporter les ragots les plus ridicules circulant sur l'Oméga. Sur ses prétendus pouvoirs hypnotiques de séduction… Elle s'était exclamée : « Tu sais qu'il n'y pas de fumée sans feu ! Je pense que la réponse à toutes nos questions est complètement censée. Ça doit être un facteur biologique ! Après tout, Eren est un Oméga et ses phéromones sont… » Livaï avait très vite décidé d'ignorer la Bêta. Premièrement parce qu'écouter ce genre d'idiotie ne faisait qu'exacerber sa jalousie (quasi maladive à ce stade), deuxièmement, parce qu'il avait la certitude qu'elle allait d'une minute à l'autre lui demander de pouvoir étudier le Candidat dans un de ses laboratoires expérimentaux.

Aussi, lorsque Farlan l'invita à le rencontrer dans le jardin impérial ?

Livaï savait déjà à quoi s'attendre quand il arriva sur place. Contrairement à ses autres amis, Farlan n'avait visiblement aucune intention de mâcher ses mots. Il attaqua directement dans le vif du sujet : « Il faut impérativement que tu arrêtes de jouer l'autruche ! » Le cliquetis de l'eau de la fontaine fut le seul bruit à interrompre leur lutte de regard pendant quelques secondes. Livaï pouvait distinguer du coin de l'œil l'air bienveillant de la statue de Rose, qui versait inlassablement son fardeau dans le bassin étendu à ses pieds. Il ne put s'empêcher de penser à l'apparition de la Déesse, dans la Forêt des Origines. Bien qu'il eût confirmé la puissance de la magie d'Eren à ses alliés, Livaï s'était retenu, sans trop savoir pourquoi, de leur faire part de certains détails. Peut-être que leur parler de la présence des trois Déesses aux côtés de l'Oméga aurait pu l'aider à les convaincre qu'il avait besoin de plus de temps avant de révéler la vérité à Eren ? Qu'il leur fallait se montrer prudent…prendre ces révélations avec des pincettes.

Livaï rétorqua avec énergie : « Tu crois que je ne suis pas bien placé pour le savoir, peut-être ?! » Il serra les poings et ajouta : « Tout ce que je te demande, c'est de m'accorder plus de temps…

- Plus de temps ?! Tu plaisantes ? On devait arrêter ce cirque à la fin de la seconde Epreuve ! Et j'ai déjà passé presque un mois supplémentaire à endosser ton…

- J'ai déjà tout fait pour baisser ta charge de travail au maximum ! Qu'est ce que tu veux de plus ?!

- Que tu lui dises enfin la foutue vérité, Levi ! » L'exclamation les fit camper sur leurs positions. Ils se toisèrent un moment. Puis Farlan craqua, lui saisit l'épaule, le secoua avec conviction et s'écria : « Tu commets une erreur ! » Livaï crispa la mâchoire et s'évertua à rester stoïque en répondant : « Tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu n'es pas à ma place. Je sais ce que je dis quand je dis que c'est encore trop tôt pour prendre ce risque. » Et c'était vrai. Livaï ne se sentait pas prêt. Il avait l'impression de se tenir au bord d'un précipice, uniquement maintenu dans les airs par une étroite planche en bois vétuste. Il voulait davantage avant de sauter le pas. Il voulait avoir construit un véritable pont, solide, entre l'Oméga et lui.

Dépité, Farlan protesta : « Levi !

- C'était déjà la croix et la bannière pour en arriver à ce point, je ne vais pas tout gâcher à quelques pas de la fin parce que tu… » Soudain, la poigne de Farlan sur son épaule s'affermit. Son meilleur ami referma abruptement la bouche, le regard dirigé sur le côté. Livaï suivit la direction du mouvement et remarqua la présence silencieuse d'Eren à son tour. Il se figea.

Pris sur le fait, l'Oméga s'avança vers eux d'une démarche décontractée. Après les avoir salués d'une légère courbette, Eren leur fit face : « Son Excellence m'a fait appeler ? » Farlan avait déjà réussi à complètement effacer toute trace de son irritation et un sourire désarmant était plaqué sur ses lèvres lorsqu'il lui répondit : « Oui ! Il faisait très beau et je voulais te faire profiter du jardin impérial.

- C'est une belle attention. » Une certaine tension flottait dans l'air. Est-ce que Farlan avait osé l'attirer ici et le prendre à parti alors qu'il avait préalablement fait appeler l'Oméga ?! Est-ce qu'il avait tenté de l'attirer dans un piège ?! Livaï fit de son mieux pour ne rien laisser transparaître, mais il bouillait de rage.

Alors qu'il se murait dans un silence réprobateur, Eren, d'un léger mouvement, saisit le bras de Farlan et entreprit de pousser leur trio à marcher sur l'un des chemins de promenade du jardin. Son enthousiasme sonnait légèrement forcé lorsqu'il s'exclama : « Je mourrais d'envie de visiter le jardin impérial ! C'est un trésor que ta famille garde jalousement pour elle seule… » Ah. Donc, ils étaient donc de nouveau assez proches pour faire fi de la bienséance du vouvoiement ? Tout aussi surpris que Livaï, Farlan écarquilla les yeux et tenta de poursuivre la conversation, l'air de rien, avec un raclement de gorge. Il finit par répondre : « Hum… Oui. Je suppose qu'on a tous besoin d'un endroit à nous. Un endroit un peu spécial, où on peut se retrouver en paix. Empereur ou pas…

- Oh. Parce que l'Empereur fait vraiment usage de ce jardin ? J'ai cru comprendre que pour se relaxer, il est plus du genre à… » Eren se tut abruptement et grimaça. Tout le monde savait ce qui se racontait sur Kenny et ses préoccupations de ces derniers temps. Beaucoup de monde voyait d'un sale œil son retrait soudain des affaires de l'Empire alors qu'il n'était ni trop vieux, ni même aussi déficient que l'avait été son père à la fin de son règne. On chuchotait partout qu'il s'était vulgairement laissé aller à ses instincts primaires de luxure et ne passait guère que quelques minutes à faire autre chose qu'essayer de rendre de nouveau enceint Uli Reiss.

Eren eut au moins la décence de rougir.

Farlan, pour sa part, trouvait cette rumeur hilarante. Surtout parce qu'il connaissait Kenny mieux que la plupart des gens. Et il y avait un côté aussi cocasse qu'affligeant à voir sa renommée passer de Tyran intransigeant à Obsédé Sexuel avec majuscules. Farlan sourit avec amusement et souffla : « Il est plus du genre à… ? » Eren balbutia, embarrassé : « …préférer se trouver en… bonne compagnie. » Dans sa panique à avoir (encore) insulté la famille impériale, devant un membre de ladite famille (pour changer), l'Oméga tenta maladroitement de se reprendre : « Et qui nierait l'efficacité de la méthode ? A ce qu'il parait une bonne… discussion vaut au moins dix massages pour l'esprit. » Farlan n'y tint plus et éclata de rire.

Il grimaça ensuite théâtralement avant de lui répondre : « L'Empereur est en effet bien plus du genre à aimer butiner plutôt qu'à simplement admirer de belles fleurs dans le calme. » Puis, il se glissa dans son rôle, feignant de prendre une stature plus princière. Il rajouta : « Fort heureusement, même si je suis réputé pour notre similarité physique, notre ressemblance s'arrête là. » Il désigna le splendide jardin d'un ample geste de la main : « Moi, je sais apprécier la beauté et le calme.

- … » Eren paraissait plus que dubitatif. Farlan crut bon de raconter : « Ma mère me l'a appris à vrai dire. Elle était très sensible, et le jardin impérial a été son havre de paix, son petit paradis, pendant les quelques années qu'elle a passé au palais d'Utopia. » Livaï faillit se stopper net. Evoquer Kuchel dans un moment pareil ? En empruntant sa voix ? C'était très bas. Même pour un Farlan aussi furieux que l'était actuellement son meilleur ami.

Un long silence avait suivi sa déclaration.

Ils firent le tour du jardin impérial dans cette ambiance accablante, sans qu'Eren ne parvienne à alléger l'atmosphère, et ce en dépit de ses multiples tentatives avortées d'engager un sujet plus léger. Avant que l'Oméga n'empire la situation en craquant tout simplement, Farlan déclara soudain : « Je crois que je vais changer la destination de notre petit séjour. » Eren haussa un sourcil. Farlan lui sourit de toutes ses dents et déclara : « Je vais t'emmener à Mitras. Le palais Chika est…

- Tu n'es pas sérieux ?! »

Cette fois-ci, Livaï ne put s'empêcher d'intervenir, estomaqué : Mitras était une ville spéciale pour l'Alpha. Le palais Chika l'était encore plus. C'était là où Kuchel avait poussé son dernier soupir. Là où Livaï avait grandi loin de la Cour, ses intrigues et ses dédales. L'Alpha vrilla Farlan du regard, laissant son Aura prendre d'assaut l'atmosphère tendu de leur trio. Frappé de plein fouet, Farlan ne recula pas pour autant. Il crispa la mâchoire, sans se départir de son sourire glaçant, puis confirma sa décision : « On-ne-peut-plus sérieux ! » Les yeux écarquillés de surprise, Eren jeta un rapide coup d'œil vers Livaï. Furieux, celui-ci répliqua : « Hey, 'Prince' de mes deux burnes, tu…

- Quoi, Levi ? » La défiance de Farlan ne semblait qu'empirer à mesure de leur dispute. Son (ex) meilleur ami menaça sur un ton doucereux : « Tu es libre d'agir comme tu penses être le mieux. » Sous-entendu ? Libre à toi de lui dire toute la vérité d'ici notre départ et de m'ôter toute autorité princière pour t'épargner ce voyage. Farlan ajouta ensuite pour faire bonne mesure : « Est-ce que je n'ai pas le droit d'en faire de même de mon côté ? » Traduction ? En attendant, je ferais comme bon me plait ! Livaï grinça des dents et s'écria : « Tu…

- Je veux qu'Eren ait une meilleure occasion d'apprendre à mieux me connaître ! Que je sache, la Sélection est toujours en cours, non ? » L'Oméga déglutit, son regard troublé passait d'un Alpha à l'autre avec détresse. Livaï siffla : « Tu ne vas pas t'en sortir comme ça…

- Oh ? Une menace ? Jusqu'à présent, je me souviens que tu n'as jamais été capable de contrecarrer un seul de mes plans. Comment tu comptes t'y prendre au juste pour me pousser à regretter ma décision ? Rappelle-toi, tes alliés sont aussi les miens. Entre toi et moi, à qui penses-tu qu'ils donneront leur soutien, compte tenu de la situation ? Tu sais dans le fond que j'ai raison. Je ne suis pas le seul à penser que ton petit manège n'a déjà que trop duré. » Livaï fronça les sourcils. Jamais Farlan n'aurait osé un tour de force pareil s'il n'avait pas l'assurance d'avoir le soutien d'Erwin et Hanji…

L'Alpha jeta un rapide coup d'œil vers Eren. L'Oméga semblait aussi perdu que mal à l'aise. Ce n'était absolument pas le moment de régler ses comptes avec Farlan. Livaï jura entre ses dents et tourna les talons : se battre contre son meilleur ami sous les yeux pétrifiés d'Eren n'allait très certainement rien arranger. Il fallait que Livaï prenne du recul et se recentre.

Peut-être que ce voyage à Mitras n'allait pas être une catastrophe comme il se l'était imaginé. Peut-être que ce séjour serait l'occasion parfaite d'approfondir suffisamment sa relation avec l'Oméga pour se sentir confiant et pouvoir lui avouer la vérité sur son identité. Il ne manquait plus qu'à parvenir à convaincre Farlan d'au moins lui accorder ce délai supplémentaire.

Et il y arriverait sans doute bien mieux quand il aurait cessé d'avoir l'irrésistible envie de lui refaire le portrait.

To Be Continued….


Pfiou!

J'ai personnellement trouvé que ce chapitre était ''court'' mais très intense! Livaï passe par tous les états, le pauvre. C'est sûr que c'est moins mignon que dans le chapitre précédent! *sueurs froides*
Que pensez-vous de son dilemme? Est-ce que vous comprenez bien pourquoi il a tant de mal à dire la vérité à Eren?
Qu'avez-vous pensé de la scène du Sanctuaire? Ambiance ou passage où tout part en quenouille? #dispute
Farlan? Qui pense qu'il se mêle de ce qui ne le regarde pas? Qui est pour qu'il ait poussé Livai dans ses derniers retranchements?

Bref! J'ai super hâte de savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre! Hâte de vous lire!

Plein de love, Easyan