Oh!
Coucou les chatons! (Emotion comme à chaque fin de fic)
Le voici, le voilà. Le dernier chapitre 'officiel' de cette histoire.
Livaï en aura vécu des vertes et des pas mûres à vos côtés...voir sa perspective des choses aura au moins le mérite de vous avoir fait tourner en bourrique comme lui à l'époque! (rire sadique)
J'espère vraiment que ce dénouement vous plaira!
Ps: Il fait 29 pages Word...(désolée *courbette*)

Summary: Les années ont passé et l'espoir s'est largement amenuisé de revoir un jour Eren Jaëger faire son grand retour à la Cour.

En dépit de toutes les difficultés rencontrées, ça y est enfin, le grand moment tant attendu: Le Prince Couronné Livaï Ackerman va monter sur le trône!


Cinderella Complex Reverse

Chapitre 11: Once Upon A Dream

The Ghost of Us

Livaï

Part 2

La cérémonie de couronnement fut complètement assommante.

Livaï s'était attendu à ressentir beaucoup de choses une fois l'heure fatidique arrivée.

Au moins du stress, vu qu'il espérerait que l'intronisation se passe sans accrocs jusqu'à la dernière seconde. Un certain soulagement à monter sur le trône, et voir son ambition de toujours enfin aboutir. Un brin d'excitation, en contemplant ses nouvelles prérogatives d'Empereur. Il avait même compté sur un dernier sursaut de résistance de la part de ses détracteurs pour rendre la cérémonie plus mouvementée.

Mais en réalité, il n'avait ressenti rien de tout ça.

Et pas le moindre problème n'était venu entacher son grand moment.

Alors que l'Archevêque Willy Teyber prononçait son discours devant les Déesses, d'une voix monocorde, Livaï était parfaitement conscient de tout ce qui fermentait derrière les visages impassibles de la foule venue assister à l'événement. Dans cette salle du trône décorée avec faste pour l'occasion, le luxe et l'abondance peinaient à couvrir l'énergie purement anxiogène qui circulait parmi les convives.

Les Aristocrates bouillaient d'une rage à peine contenue : non seulement parce que la coutume avait été ignorée, mais aussi parce que leur pire ennemi venait indéniablement de prendre l'avantage sur eux. D'ici peu, Livaï avait la certitude que plusieurs tentatives d'assassinats allaient être déjouées par sa garde rapprochée …

Les membres du parti Neutre avaient la mine sombre. Ils étaient les mieux placés pour saisir les enjeux économiques et sociaux qui pesaient l'Empire, telle une épée à double tranchant : l'arrivée d'un nouvel Empereur au pouvoir n'allait sûrement pas suffire à régler tous les problèmes, et ils le savaient aussi bien que Livaï.

L'hostilité de l'Eglise des Trois Déesses à son égard avait atteint un niveau jamais égalé par ses prédécesseurs. Même lorsqu'on prenait en considération les tyrans sanguinaires ayant fini par succomber à la folie titanesque qui pullulaient sur l'arbre généalogique de la famille impériale. Les Murs étaient toujours effondrés et les oracles prédisant la fin de l'Empire ne cessaient de se succéder. Malgré tout, Livaï refusait de suivre le plus élémentaire de ses devoirs : prendre une épouse et faire perdurer la lignée du Premier Empereur auquel le clergé attachait tant d'importance. Pire encore, il osait leur faire l'affront de vouloir remplacer leur magie agonisante par des Tours de surveillance et son pouvoir militaire.

Quant aux Impérialistes, ils étaient ravis mais tendus. Après tout, à leurs yeux, nul n'était plus digne que Livaï pour hériter de la couronne et ils comptaient bien tout faire pour l'aider à la conserver. Mais ils avaient eux aussi conscience des problèmes qui frappaient l'Empire et qui, dans l'avenir, risquaient de le mettre à genoux. Ils savaient également à quel point faire survivre le jeune Empereur serait difficile dans ce chaos. Toutefois, ils ne pouvaient s'empêcher d'espérer et de placer toutes leurs attentes sur les épaules de Livaï. Dans leur ignorance, cette cérémonie était un souffle d'espoir : une promesse de renouveau, avec un nouvel Empereur bien plus déterminé et légitime que le précédent aux rênes de Paradise.

Les véritables alliés de Livaï, ceux dans la confidence, étaient les seuls à comprendre l'état dans lequel il se trouvait réellement : exténué. La même fatigue écrasante l'avait accompagné durant toute sa préparation et l'escorte jusqu'à la salle du trône. Une fatigue si accablante, qu'elle en était presque abrutissante. Livaï avait observé la foule de visages d'apparence impassibles, avec recul et lassitude. Et ce n'était que le début. La première étape d'une lutte acharnée où il ne pouvait sans doute garantir aux siens qu'une victoire en demi-teinte, ou une partie de la population réussirait à fuir l'Empire avant que les Titans ne ravagent tout.

Teyber termina enfin son discours.

Livaï vint s'agenouiller face à Kenny, Uli Reiss se tenant à ses côtés pour l'office. Son regard indéchiffrable posé nonchalamment sur Livaï donnait froid dans le dos. Kenny lui plaça la couronne sur la tête. Son poids n'était ni plus lourd, ni plus usant que celui de la couronne du Prince Héritier. On l'applaudit, l'acclama. Tout était différent, et pourtant, rien n'avait changé. Livaï endossa son rôle d'Empereur comme une évidence, la tête emplie de tout ce qu'il lui restait à mettre en place pour la survie de Paradise.

Le plus compliqué fut la procession en ville.

Installé dans sa calèche, Livaï saluait la foule. Autour de lui, les Chevaliers du Premier Ordre et sa garde rapprochée assuraient la sécurité de sa succession. On leur lançait des fleurs et les acclamations de la foule étaient bien plus sincères et vibrantes que celles en demi-teintes (pour ne pas dire parfaitement hypocrites) de la noblesse, quelques minutes auparavant. Mais cette situation le rendait encore plus mal à l'aise. Durant tout le défilé, il eut la grandissante impression d'être en train de trahir leur confiance. Même s'il n'avait pas l'intention de crever sans se battre, il gardait parallèlement l'assurance de mener une bataille perdue d'avance durant laquelle la population, qui l'acclamait actuellement avec enthousiasme, serait la première à souffrir.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Le mariage d'Isabelle et Farlan allaient avoir lieu le lendemain de son couronnement.

Livaï s'était bien plus impliqué dans l'organisation de leur grand jour que du sien. D'ailleurs, il n'avait insisté pour être couronné avant leur cérémonie que pour satisfaire l'envie de Farlan de l'avoir pour officier son mariage. Se concentrer sur un évènement aussi joyeux et voir que tout se goupillait parfaitement bien pour l'occasion le soulageaient comme aucun de ses amis ne pouvait l'imaginer. Le refus catégorique de la troupe Titania de s'installer au palais le stressait un peu : quelques années auparavant, ces artistes avaient déjà soudainement choisi de raccourcir leur passage à Paradise pour de meilleures opportunités ailleurs.

Toutefois, Livaï ne pouvait s'empêcher d'être satisfait du rendu des préparations jusqu'ici.

Alors qu'il s'était effondré de fatigue le soir précédent le jour de son couronnement, Livaï avait eu beaucoup de mal à s'endormir la nuit préludant le mariage. Il était agité d'une nervosité peu commune et n'avait trouvé mieux pour se calmer que d'aller vérifier par lui-même que tout était bien en place pour la cérémonie. Dès que les premiers rayons de soleil apparurent, il se permit de quitter ses quartiers sans passer pour un fou. C'était peut-être dingue, mais il ne pouvait s'empêcher de vibrer d'excitation.

Comme si, en réalité, ce mariage était le véritable faisceau d'espoir, la vraie victoire à laquelle ils aspiraient tous.

Ils avaient sorti le grand-jeu : les tenues d'Isabelle et Farlan étaient tout bonnement époustouflantes. La robe bouffante avait un bustier orné de petits diamants et de perles. Une ceinture de cuir blanc souple mimait un ruban dans son attache et soulignait artistiquement la taille de la mariée avec raffinement. Une parure de diamants et un fin diadème en argent agrémentaient l'impressionnant chignon complexe qui coiffait les épais cheveux roux d'Isabelle. Des gants en dentelles quasi transparents accentuaient la délicatesse de ses mains… Elle était tout simplement sublime. Le large sourire qui avait illuminé son visage du début à la fin de la cérémonie aidait sans doute à accentuer cette impression.

De son côté, Farlan portait un costume trois pièces au couleur de ses armoiries. Une chemise noire, des boutons argentés, une veste blanche où on avait délicatement cousu au fil noir l'emblème des Church au niveau du cœur. Un renard y enserrait une épée de ses crocs. La bête était majestueuse et s'étendait de ses hanches à son épaule. Des bordures noires relevaient les contours des replis de la veste et ajoutaient à l'élégance du costume. Des manchettes d'argent réhaussaient le tout. Si Livaï ne le connaissait pas si bien, il aurait pu croire que le nouveau Duc du Nord était un homme de classe et tout en retenu. Mais en réalité, il savait que Farlan était si nerveux pendant la cérémonie que c'était surtout la crispation qui l'avait aidé à se tenir si droit, une main fermement posée sur le pommeau de l'épée qui se trouvait accroché à sa taille.

La décoration de la chapelle impériale, fleurie et sobre, avait rendu la cérémonie simplement grandiose. Et quand ses meilleurs amis s'étaient jurés amour et fidélité devant les Déesses, les larmes aux yeux, même Livaï avait eu du mal à ne pas lâcher une larmichette. Toutefois, en vérité, l'Alpha n'avait que trop conscience de ce qui les attendait, des difficultés qu'ils allaient devoir affronter à ses côtés. Ce qui ne l'avait pas empêché d'avoir un peu l'impression sur le coup de leur offrir quelque chose en retour : Livaï ne pouvait s'empêcher de prier pour qu'un miracle leur accorde quelques années de bonheur avant que la dure réalité ne les rattrape tous. Après tout, Farlan œuvrait dur pour assurer l'avenir de Paradise depuis des années : ce ne serait qu'un juste retour des choses.

Pour une raison ou pour une autre, Kenny avait accepté de se montrer durant la cérémonie de mariage alors qu'il avait décliné l'invitation pour participer aux festivités.

Comme il ne se déplaçait plus qu'en compagnie d'Uli et leur ribambelle de rejetons, Livaï était plutôt soulagé de les voir quitter le palais impérial au plus vite : Frieda le mettait autant mal à l'aise qu'Uli, et Dirk lui était si ouvertement hostile que ça en devenait risible. Avant son départ, Kenny avait tenu à s'entretenir une dernière fois avec lui. Livaï avait donc laissé Farlan et Isabelle profiter des félicitations de leurs invités et s'était isolé dans son cabinet avec son père. Ils restèrent juste plantés l'un devant l'autre à quelques pas de la porte fermée, dans un silence pesant.

Soudain, Kenny déclara avec émotion : « Ça y est. Tu es Empereur. » Livaï roula des yeux et répliqua : « Et toi, tu es enfin 'libre' d'agir à ta guise. Tu vas pouvoir te planquer dans les jupons de ton Oméga sans honte maintenant… » Kenny marqua une courte pause, puis il soupira avant de s'écrier : « Livaï… Je sais que, tu ne vas pas me croire, mais j'espère sincèrement que tu vas réussir à 'réparer' les Murs. Je ne prie quasiment jamais, mais je serais prêt à aller à l'Eglise toutes les semaines si ça peut t'aider à avoir un règne long et prospère. » Livaï plissa le nez de dégoût et recula d'un pas en s'exclamant : « A quoi est-ce que tu joues, vieux débris ? Tu crois que c'est le moment pour essayer de passer pour un père attentionné ? Tu te fous de ma gueule ou alors la folie titanesque t'a déjà rongé le cerveau ?!

- J'aimais Kuchel. A ma manière. Le souci, c'est qu'Uli… Uli est ma Paire. Pourtant, l'affection que je portais à ta mère n'en était pas moins réelle. Nous avions grandi ensemble et…

- Par pitié. Viens-en au fait. Ça ne te ressemble pas du tout de jouer du violon et ça ne va rien changer sur ce que je peux penser de toi.

- Je n'ai jamais voulu qu'elle meure. Et encore moins de la guerre que son assassinat a déclenchée. Je voulais être reconnu par l'Eglise, certes. Mais contrairement aux rumeurs, j'étais loin de croire qu'une victoire contre notre plus grand rival, Mare, allait m'apporter la reconnaissance que je désirais…

-… Ouais. J'ai fini par le comprendre, ça. En réalité, c'était de faire de Kuchel ton Impératrice et t'efforcer d'avoir un gosse avec elle qui était censé te gagner les faveurs de l'Eglise. Tu voulais leur assurer que le prochain Empereur serait du sang le plus pur qui soit. Tu voulais leur prouver que ça ne changerait foutrement rien à la disparition des Murs, que la lignée impériale et sa pureté n'avaient rien à voir avec l'Apocalypse… » Un lourd silence s'abattit. Kenny avoua : « C'est vrai. » Puis il ajouta : « Mais lorsque j'ai décidé de vous éloigner de la capitale, c'était réellement le meilleur moyen de vous mettre en sécurité à mes yeux, Kuchel et toi. Quand j'ai appris pour son assassinat, j'ai regretté ma décision. Je me suis demandé si je n'aurais pas été mieux à même de la protéger si elle avait été à mes côtés…

- C'est trop tard pour y repenser.

- Je lui devais bien ça. Soutenir ta candidature, donner un sens à son sacrifice…

- Formidable. » Un nouveau silence. Kenny leva les yeux au ciel puis, visiblement déterminé, il s'exclama avec tout le sérieux du monde : « Je veux une retraite parfaite ! Je veux me la couler douce aux côtés d'Uli, voir gambader mes petits-enfants…

- Frieda et Dirk sont presque adultes, commencez à chercher un bon parti auquel les maquer…

- Je ne dis pas ça juste pour faire écho aux demandes des nobles traditionalistes. Livaï, tu as déjà commencé à changer le système. Qu'est-ce qu'un pas de plus dans cette direction ? Tu pourrais accepter une concubine et laisser vacante la place d'Impératrice au cas où ton Oméga disparu finirait par réapparaitre un jour ! Comme ça, tu pourrais commencer à pérenniser ta lignée et…

- Soyons clairs, Kenny. Je suis prêt à accepter beaucoup de choses si ça peut me permettre de diriger Paradise dans la bonne direction. J'ai déjà sacrifié beaucoup, et je sais que ce n'est que le début. Mais s'il y a une chose sur laquelle je ne ferai pas de compromis, c'est ça : je refuse de reproduire tes erreurs. » Kenny crispa la mâchoire. Livaï continua sur sa lancée : « Je ne vais pas créer une autre Kuchel Ackerman. Je ne vais pas épouser une pauvre fille pour lui donner le rôle d'une vulgaire bête de foire. La présenter à la galerie, l'engrosser. Kuchel n'avait pas de vie, pas d'amour sur lequel reposer. Je ne vais pas condamner quelqu'un d'autre à une existence aussi misérable. » Ce ne fut que lorsqu'il vit l'assombrissement du visage de Kenny qu'une certaine part de Livaï, vindicative et colérique, se sentit entendue.

Il refusait que son géniteur espère une seule seconde que la vie de sa mère avait été autre chose qu'une série d'humiliations et de tristesse. Kenny affirmait avoir aimé Kuchel à sa manière, mais qu'en était-il d'elle ? Et si, de son côté, elle n'avait aimé que lui, en vain ? Livaï rouvrit la porte de la pièce et déclara pour mettre un terme à la tension grandissante du moment : « Si tu veux vraiment voir des petits enfants te courir dans les pattes pendant tes weekends à la campagne, va donc essayer de convaincre Mikasa de s'y mettre. Si Kirstein n'est pas un eunuque, ça devrait être plutôt rapide. Convainc là que tu pourrais être un excellent grand-oncle et le tour est joué. » Kenny souffla du nez et lui emboita le pas sans plus rien ajouter sur le sujet.

Livaï ne savait pas ce que cherchait réellement l'ex-Empereur, maintenant qu'il était démis de ses fonctions. Il ignorait si, tout à coup, Kenny s'était senti l'impératif d'essayer d'être un père pour lui. Non seulement c'était trop tard, mais c'était aussi parfaitement inutile. Même s'il souhaitait tout à coup le couvrir d'attention, Livaï ne saurait tout simplement pas quoi en faire. Et il n'avait absolument aucune intention de s'embarrasser à essayer de démêler ce sac de nœuds de bagages émotionnels. Il avait bien plus urgent à régler.

Comme s'assurer de la survie d'au minimum 20% de la population de l'Empire après l'Apocalypse.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Livaï se sentait encore un peu déphasé lorsqu'il prit place sur son siège.

La salle des fêtes avait été transformée pour l'occasion, une estrade large et solide avait été construite devant une grande scène. Des escaliers menaient aux places d'honneur occupées par le nouvel Empereur et les deux mariés. Le brouhaha de la foule d'invités parvenait à Livaï comme dans un rêve. L'attitude de Kenny, l'étrange vide qu'il avait ressenti pendant son couronnement, l'excitation singulière qui l'avait empoigné pendant toute la cérémonie de mariage de Farlan et Isabelle… Il n'en restait plus rien qu'une sensation d'étourdissement.

Livaï écoutait d'une oreille distraite alors qu'Isabelle s'exclamait à ses côtés : « Je croyais vraiment que j'allais me prendre un vent ! Après tout, on sait tous ce qu'il se raconte de la troupe ! » Farlan la regardait s'agiter, parfaitement suspendu à ses lèvres avec le sourire béat d'un amoureux transi. Son regard la couvrait d'affection lorsqu'il répondit : « Tu parles des rumeurs complètement dingues qui racontent leur fuite des geôles du Sultan d'Arvernes ? » Isabelle acquiesça avec enthousiasme : « Exactement ! Du coup, j'y suis allée sans trop y croire ! Mais non seulement leur chef a accepté de me rencontrer, mais il a aussi accepté ma requête spéciale ! » Elle avait le regard brillant lorsqu'elle ajouta : « J'ai même rencontré l'Etoile ! » Farlan commençait lui aussi à s'exciter : « Non ?! » Tiré de ses sombres pensées, Livaï s'enquit malgré lui : « C'est quoi, l'Etoile ? » Isabelle en resta bouche bée. Outrée, elle s'écria : « Tu as réussi à les convaincre de venir jouer pour nous alors que tu ne sais absolument rien de la troupe ?! » Farlan renchérit : « L'Etoile est leur artiste vedette. On raconte qu'elle est tellement envoûtante qu'elle reçoit des propositions de mariage à chaque représentation ! » Livaï fronça les sourcils : voilà qui devait être ennuyeux pour une troupe qui se voulait aussi indépendante.

Isabelle s'exclama ensuite : « Le Sultan d'Arvernes en est tombé raide dingue amoureux, c'est pour ça qu'il a voulu acheter Titania et s'assurer que la troupe ne jouerait que pour lui… » Farlan poussa un soupir théâtral en agitant la tête. Il s'enquit : « Pourquoi tous les dirigeants ont tendance à emprunter la voie du tyran dès que quelque chose leur échappe ? » Livaï haussa un sourcil et répliqua froidement : « Ils ont absolument tout ce qu'on peut désirer : pouvoir, richesse. Rien qu'avec ces deux ingrédients ils peuvent acheter tout ce qui leur manquerait pour se mijoter un bon petit plat de bonheur. Du moins, ça devrait largement suffire si on croit tout ce qu'on leur a inculqué depuis l'enfance. Et puis tout à coup, alors qu'ils s'apprêtent naïvement à déguster les fruits juteux qui vont de pair avec leur position à haute responsabilité, ils se heurtent à la plus grande arnaque du siècle.

- La plus grande arnaque du siècle ? » Isabelle était intriguée. Pour sa part, Farlan semblait réticent à entendre la suite de la tirade de son meilleur ami. Livaï continua néanmoins : « Le libre arbitre. » Isabelle fronça les sourcils, surprise : « Comment ça ?

- Ils auront beau être aussi riches et puissants qu'ils le sont, il risque toujours d'arriver un jour où ce qu'ils désirent vraiment obtenir est doté d'un libre arbitre, comme tous les êtres vivants. Si ce libre arbitre n'est intéressé ni par le pouvoir, ni par la richesse, ni par leur personnalité… » Livaï désigna nonchalamment l'assemblée d'un geste de la main : « Comment faire face à quelque chose que mêmes les Déesses ont abandonné de contrôler ? Ces 'puissants' se retrouvent donc dans une situation inédite, où on les pousse à aller au-delà de ce qu'on leur avait toujours appris depuis l'enfance : à savoir que le monde leur appartient. Ils cherchent alors comment obtenir ce qu'ils désirent par tous les moyens. Dans le cas présent, c'était l'affection de cette fameuse Etoile de la troupe Titania. Et finalement, à part la force, qu'est-ce qui leur reste à employer quand rien d'autre n'a d'impact ? Si tout le reste échoue ou s'ils ne savent tout simplement pas comment faire autrement ? » Farlan déglutit.

Isabelle fronça les sourcils, visiblement débectée par ce constat avant de répliquer : « En gros, tu es en train de dire que les puissants de ce monde sont tous restés au stade prépubère et ne savent pas gérer un caprice ?! » Farlan faillit s'étouffer avec sa salive. Livaï fronça les sourcils à son tour et rétorqua : « Quand tu es dans une position où un 'caprice' peut conduire une armée à raser un pays, on évite de parler d'une simple 'excentricité' ou d'une crise d'adolescence…Personne ne nous demande d'être mature ou lucide avant de prendre le pouvoir. » En entendant ce 'nous', inquiétant, Isabelle se rendit compte qu'elle venait peut-être de mettre les pieds dans le plat…

Farlan prit la relève en glissant : « Quelques années auparavant, avant la Sélection, je suis sûr que tu aurais été le premier dégoûté par ce type d'attitude… » Et n'était-ce pas là, l'affreuse vérité, sans fioriture ? Livaï se détestait d'en être venu au point de comprendre ou même d'éprouver une once de sympathie pour ces tyrans stupides qui se retrouvaient réduits à devoir employer la force pour obtenir ce qu'ils désiraient. En avaient-ils soufferts autant que lui avant d'en arriver là ? Est-ce qu'ils étaient eux aussi, démunis et répugnés par leur propre attitude ? Est-ce qu'une part d'eux savait pertinemment que ce n'était pas de cette manière qu'ils allaient obtenir gain de cause ?

Farlan, légèrement inquiet hasarda : « Je trouve ton analyse aussi triste qu'inquiétante… Dis-moi, Levi, on est bien d'accord que si on retrouve Eren Jaëger vivant, il n'est pas question de l'enfermer dans une cage dorée en employant la force, hein ? » Le silence que laissa planer leur ami mit Farlan et Isabelle très mal à l'aise. Puis d'un coup, Livaï pouffa d'un rire sans joie : « Comme si j'étais capable de garder Eren enfermé ! Même en utilisant la majorité de mes forces armées, ça ne servirait à rien ! Tu as oublié de quoi il est probablement capable ? » Farlan intervint, estomaqué : « Là n'est pas le problème, Levi ! Tu aurais dû commencer par nier en avoir l'envie ! » Mais avant que la discussion n'aille plus loin, les lumières de la salle s'éteignirent. Mise à part la scène, plus rien n'était éclairé. Un silence empli d'anticipation s'abattit brutalement sur la pièce et Livaï en profita pour s'abstenir de donner une réponse claire à ses compagnons.

Si par miracle Eren réapparaissait dans sa vie, il était tout bonnement impossible que l'Alpha puisse accepter qu'il tourne tout bêtement les talons et qu'il s'enfuit de nouveau. Si Paradise était vouée à terminer dans les flammes et le sang, pourquoi ne pas en profiter pour partir avec panache ?

Si l'Empire s'était développé grâce à la présence des Eldiens, quoi de plus poétique que de le faire s'effondrer sous les coups de leur magie vengeresse ?

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Le spectacle auquel Livaï avait assisté à Mitras lui avait laissé une grande impression.

Au regard de l'incroyable performance que leur offrait aujourd'hui la troupe d'artistes, il était pourtant clair qu'à l'époque Titania n'avait fait qu'effleurer le large éventail de numéros sensationnels qu'elle avait à son répertoire. Les animaux de leur ménagerie étaient issus des quatre coins du monde. Domptés, ils effectuaient sous l'œil vigilant de leurs maîtres des acrobaties qui émerveillaient le public : la confiance qui semblait lier l'animal à son dompteur poussait à la révérence. Après leur en avoir mis plein les yeux grâce aux couleurs rutilantes et l'exotisme de ces créatures, la troupe était passée à des numéros beaucoup plus techniques : acrobates, voltigeurs et magiciens se succédèrent sur scène dans une harmonie saisissante.

Chaque scénette racontait un lieu, dépeignait des paysages et des rencontres.

Les pyramides d'Avernes avaient été représentées par une impressionnante construction faite de corps souples et solides qui, dans une rapidité incroyable, s'étaient stabilisés sous les regards ébahis de la foule. La zone volcanique d'Etiola avait pris vie grâce aux efforts conjugués des acrobates et des cracheurs de feu. La légendaire forêt tropicale d'Aristie et ses oiseaux colorés géants avaient soudain été matérialisés sur scène par les voltigeurs et leur costume à plumes. Les magiciens se chargeaient de faire miraculeusement apparaître le reste du décor, en matérialisant des éléments sur la scène, en aidant à faire disparaître certains personnages. Le récit conté par le Chef de troupe était poignant. Le tout dans une ambiance musicale qui prenait aux tripes.

Livaï ne s'était rendu compte qu'il retenait son souffle que lorsqu'un entracte vint le tirer de sa transe.

Si Isabelle s'était fiée aux rumeurs qu'elle avait entendu après un tel spectacle, pas étonnant qu'elle fût si fan de Titania ! En parlant d'elle, la rouquine vibrait littéralement sur son siège. Quand elle s'écria avec enthousiasme : « C'est formidable ! C'est… c'est… c'est tellement génial ! » Livaï n'avait même pas le cœur à se moquer de son manque flagrant de vocabulaire. Lui aussi, il peinait à trouver les mots justes pour décrire son expérience. Et il ne faisait aucun doute qu'après aujourd'hui la légende de Titania allait prendre un nouvel essor. Il y avait quelque chose de tout simplement magique dans leurs numéros. Et même si Livaï était dans l'incapacité totale de parfaitement pointer du doigt ce qui lui donnait ces étranges sensations (familiarité, frissons le long de l'échine), il sentait que la salle entière était baignée d'une énergie particulière. Un peu comme cette nuit-là, à Mitras. Comme si l'air était chargé d'une force spéciale.

Des serviteurs vinrent leur apporter des rafraîchissements et de quoi grignoter alors que Livaï tentait, tant bien que mal, de mettre le doigt sur le moment où il avait senti un tel déploiement d'énergie auparavant. Farlan et Isabelle s'exclamaient toujours en fond sonore tandis que le regard de l'Alpha survolait le public. Les invités semblaient ravis de la représentation et Livaï crut même déceler sur le visage inexpressif d'Erwin un léger sourire, avant que sa mémoire défaillante n'apporte de réponses à son étrange sentiment le spectacle reprit.

Après l'entracte, la troupe entreprit de démontrer d'autres de ses talents. L'atmosphère s'était chargée de gravité à mesure que la dangerosité et la complexité des numéros augmentaient : dextérité et précision étaient de mise alors qu'archers et lanceurs de couteaux atteignaient des cibles de plus en plus rocambolesques. La foule retenait son souffle, craignant l'accident, fascinée par la prise de risque et la maîtrise des artistes. Quand soudainement, la musique s'interrompit nette et l'obscurité s'abattit dans la salle, un silence irréel flottait dans l'air.

Le temps se suspendit.

Le cœur battant, Livaï se surprit à se redresser sur son siège, tendu vers la scène en contrebas. Au-delà même de l'existence de l'Etoile, il pouvait comprendre qu'on veuille monopoliser la troupe de Titania. Un tel spectacle n'avait pas de prix. Tout paraissait si lointain et futile face à l'émerveillement qu'ils étaient capables de faire naître dans le cœur de leur public : on pouvait s'oublier pendant l'espace d'un instant.

Le silence se rompit avec le premier battement de tambour.

Livaï retint son souffle. Les voix des chanteurs s'élevèrent, comme venues de partout à la fois, enveloppant les spectateurs dans l'étreinte des notes tribales qui s'échappaient de leurs lèvres. L'écho de leur chant parut invoquer les répercussions profondes des cors. Une musique plaintive fit vibrer le public de l'intérieur. La scène, de nouveau illuminée, présenta l'arrivée gracieuse de danseurs aux tenues chatoyantes. Au centre de leur procession, un tigre géant majestueux. Sur son dos, l'Etoile. Nul besoin de la présenter, il suffisait d'avoir entendu parler du personnage pour acquérir la certitude qu'il s'agissait bien de la vedette de Titania.

Sa tenue était resplendissante. Du rouge, du vert et de l'or. La couronne sertie d'améthystes placée sur sa tête emprisonnait l'épaisse chevelure qui retombait en cascade sur ses épaules. Une attache circulaire en or la maintenait disciplinée dans une queue de cheval basse et d'apparence lâche. Le voile vert émeraude qui dissimulait ses traits, accroché sur les côtés de la couronne, s'arrêtait au niveau de ses clavicules. Une parure ambrée ornait son cou. Un sabre était accroché à sa taille, un arc placé sur son dos et un splendide chakram était attaché à l'un de ses bras. Même si on ne leur avait fourni aucune explication, on pressentait que chaque détail de sa tenue avait une signification particulière.

L'Etoile représentait bien plus qu'un simple artiste : c'était un symbole.

Lorsque l'impressionnant tigre s'arrêta au centre de la scène, un nouveau silence frappa l'assemblée. Musique et chant s'étaient brusquement arrêtés, et à nouveau, le temps fut suspendu. L'Etoile se redressa soudain, face au public. Ils étaient tous scotchés à leur siège, bouche bée, prisonniers d'étaux invisibles qui les poussaient à fixer la scène comme si leur vie en dépendait. Les battements de tambours brisèrent une nouvelle fois le silence. Menaçants, les flûtes et les cordes s'harmonisèrent dans une envolée que les cors les plus aigus reprirent en cours de route. Les danseurs s'étaient animés sur le coup. Tels des feuilles portées par le vent, ils avaient l'air de n'être que des instruments ballotés au gré des notes qui les transportaient.

L'Etoile saisit le chakram accroché à son bras, et le tigre sur lequel il était assis se mit soudain en mouvement. La bête prit de plus en plus d'élan, parcourant la scène avec élégance. Sans même sembler sentir les mouvements du tigre, l'artiste bondit sur ses pieds et se stabilisa sans mal sur le dos de sa monture. En équilibre parfait, l'Etoile effectua diverses figures acrobatiques, chakram en main. Le félin bondissait à travers les cerceaux de lumière que les danseurs faisaient apparaître sur sa trajectoire, comme par magie. Chacun de leurs mouvements étaient accordés au tempo de la musique et des chants.

Alors que le public s'exclamait de ses prouesses, le chakram tenu par l'Etoile se mit tout à coup à briller de mille feux. Il avait quadruplé de taille et l'artiste était maintenant obligé de le tenir à deux mains. Comme obéissant à un mécanisme complexe qui leur échappait, ce fut à ce moment précis que le tigre géant retrouva sa position initiale, au centre de la scène et sans perdre de son élan. L'Etoile projeta alors le chakram en avant. Tout le monde retint son souffle quand l'arme se mit à tourner sur elle-même, suspendu dans l'air par une force invisible. Le chakram s'écarta de l'artiste jusqu'à former un énorme cerceau de lumière pure dans lequel le tigre bondit sans hésiter.

Une clameur traversa la foule quand la bête s'évapora sous leurs yeux ébahis. La lumière qui illuminait les planches disparut l'espace d'un instant. Quand ils purent de nouveau observer la scène, il n'y restait plus que les danseurs et l'Etoile, visiblement déjà en position pour enchaîner sur la suite du spectacle. Les invités eurent à peine le temps de se remettre de cette incroyable disparition que la musique changeait déjà de rythme. Ils furent happés malgré eux.

Le cœur de Livaï lui battait dans les tempes quand les instruments à vent prirent d'assaut le cœur de la mélodie.

Son regard restait braqué sur l'Etoile qui, au centre de tout, s'était mis à effectuer quelques pas légers. L'artiste se saisit soudain de l'arc placé sur son dos. Deux danseuses vinrent lui recouvrir les yeux à l'aide d'un long bandeau en soie. Les autres danseurs commencèrent à tournoyer et virevolter autour de l'Etoile, comme des pétales portés par la brise. La cantate monta en puissance, sous les envolées lyriques des instruments à cordes. L'artiste banda son arc, ses pieds glissant sur le bois lisse de la scène alors qu'il concentrait son tir. L'ébahissement ne suffisait même plus à exprimer ce que ressentit le public lorsqu'une flèche de lumière verte se décocha, apparue du néant.

Cependant, l'expérience se réitéra encore et encore, alors que, flèche après flèche, l'Etoile perçait à l'aveugle les orbes de lumière qui apparaissaient tour à tour au-dessus de la tête des danseurs. Sitôt leur orbe percé, les danseurs s'évaporaient dans les airs dans une explosion de pétales colorés. Si bien qu'au final, l'Etoile se retrouva bien vite seul à se tenir sur scène. Le chant puissant des chœurs s'éleva dans des notes de plus en plus aigües et l'artiste acheva sa danse glissante dans un tournoiement de tissus. L'Etoile leva les bras, banda de nouveau la corde de son arme et la flèche lumineuse créée au centre de l'arc tripla de taille, visant le plafond. Quand l'artiste relâcha sa prise, l'impact de son tir entraina une explosion de pétales multicolores.

Le spectacle finit de couper le souffle de la foule.

Les voix du chœur moururent avec la disparition de l'arc dans une pluie de fleurs. L'Etoile se laissa brusquement tomber au sol, le tissu de sa longue jupe éparpillée autour de son corps gracieusement présenté à la foule, tel le sacrifié offrant son corps et son cœur à la volonté du divin. Envoûté, Livaï se tenait presque debout devant son siège. Son corps entier était tendu vers la scène et ses muscles étaient si crispés qu'ils en étaient douloureux. L'image s'était brutalement superposée à une autre et ses battements de cœur devenaient si erratiques qu'ils lui pinçaient la poitrine.

Il avait été comme transporté à cet instant fatidique, magique et inoubliable, qu'il avait malgré lui commencé à enterrer au plus profond de son subconscient. Parce que c'était trop douloureux, trop difficile de continuer à avancer s'il se permettait de trop longtemps s'appesantir sur ce souvenir évanescent.

Ce souvenir presque irréel.

''Les pas de Livaï le conduisirent instinctivement vers la source de cette mélodie enchanteresse. Dansant librement près de la fontaine principale du jardin impériale, le spectacle d'Eren Jaëger lui coupa le souffle.'' Il lui avait fallu longtemps avant de l'admettre, avant de reconnaître l'absurde vérité qui avait rendu cet instant si incroyable, si mémorable. C'était un coup de foudre. Le moment fatidique où il était irrémédiablement tombé sous le charme d'Eren Jaëger. Certes, les choses n'en seraient jamais arrivées là s'il n'avait pas cultivé ou poursuivi ce sentiment fugace. Ce désir violent de possession qui s'était si rapidement transformé en autre chose, de plus complexe, plus virulent, plus beau et à la fois plus sombre.

Les yeux rivés sur la scène, Livaï avait les mains moites. Il tremblait légèrement alors que ses palpitations empiraient. Il osait à peine y croire. Sa confusion était telle qu'il devait se faire violence pour ne pas tout simplement descendre l'estrade en trombe, bondir sur l'Etoile afin d'arracher son voile et vérifier si ses soupçons insensés avaient le moindre fondement… L'artiste dénoua doucement le bandeau qui lui couvrait les yeux et le posa au sol. Puis il se plia jusqu'à ce que son front vienne effleurer la scène, comme s'il priait. La mélodie des cors monta en puissance, solennelle et caverneuse. L'Etoile sortit alors lentement son sabre de son étui.

Livaï avait si longtemps espéré cet instant qu'il ne pouvait s'empêcher d'être à l'affut, du moindre indice qui viendrait corroborer sa folle hypothèse. Seulement voilà, l'Etoile était encore trop loin. Il aurait voulu pouvoir le toucher, le sentir, … Les tambours s'alignèrent aux battements frénétiques de son cœur. L'artiste se redressa, présentant le sabre au vide, la tête résolument baissée vers le sol. Lorsque le rythme des tambours se stabilisa, l'Etoile saisit la garde de son arme et commença à enchaîner divers pas sur scène. C'était une danse guerrière, pleine d'énergie et de majesté, comme si l'artiste se battait contre une force invisible. Il paraissait utiliser sa souplesse et une puissance insoupçonnée pour à la fois accompagner les mouvements violents de son adversaire et les contenir, les repousser. C'était un spectacle à la fois prenant et impressionnant.

Les instruments à cordes, sensuels et envoûtants, vinrent tempérer l'impétuosité des percussions. Le corps de l'Etoile, flexible et fascinant, se plia aux exigences du rythme. Ses gestes devinrent plus langoureux, plus gracieux. Il marqua chaque battement d'un mouvement des hanches ou des bras, son sabre virevoltant entre ses doigts agiles. Son corps suivit la cadence telle une transe, l'Etoile accélérant le pas. L'enchaînement de passage au sol et de ses sauts restaient époustouflants. L'artiste semblait pouvoir occuper tout l'espace sur scène. Les percussions rythmaient les ondulations de ses hanches par à-coups. Le danseur solitaire était à la fois partout et nulle part, insaisissable. Soudain, la musique marqua une pause. Figé au centre de la scène, l'Etoile souleva légèrement son voile. D'un geste gracieux du bras, il tint fermement son sabre entre ses dents.

Livaï vibrait de frustration. Il aurait voulu que ses dons titanesques inclus une super vision ! L'instant avait été trop rapide pour qu'il distingue quoique ce fut du visage de l'artiste à cette distance de la scène. Mais dans sa tête, c'était l'ébullition. Comme si, tout à coup, tout prenait sens. Ils s'étaient tous longtemps demandés comment Eren avait pu disparaître de Mitras. S'était-il glissé dans une caravane de marchands ? Mais quels colporteurs dignes de ce nom auraient quitté la ville sans profiter de l'afflux de clients apporté par le Festival pour écouler ses stocks ? L'Oméga s'était-il donc enfui seul sur les routes ? A l'époque, Livaï était si retourné que jamais il n'aurait pu faire le moindre rapprochement entre la disparition d'Eren et le départ hâtif de la troupe Titania vers de plus vert pâturage.

Tout à coup, l'étrange démangeaison familière qui lui avait couru sur la peau le long du spectacle se dévoilait sous un nouveau jour. C'était aux côtés d'Eren que Livaï avait déjà ressenti cette puissance. C'était sur la grande Place de Mitras qu'il avait déjà éprouvé cette incroyable sensation de vertige, d'oppression et d'émerveillement. C'était réellement de la magie, de la pure magie Eldienne !

Mais que faire maintenant ?

L'Alpha parvenait à peine se retenir de bondir de son siège. Devait-il attendre que le spectacle s'achève avant de confirmer ses doutes ? Si ses soupçons s'avéraient fondés et qu'Eren était réellement de retour, pourquoi maintenant ? Quel but poursuivait actuellement l'Oméga ? Il devenait de plus en plus évident qu'Eren avait été plus que conscient que l'Empire le recherchait et qu'il avait donc sciemment évité jusqu'ici d'être retrouvé…

Le chœur reprit son chant mélodieux, des vocalises enjouées et lancinantes s'unissaient dans l'air avec engouement. Les tambours percutèrent avec entrain, les flûtes et les cordes se joignirent à la symphonie tribale. La musique venait de brutalement tirer Livaï de sa confusion pour attirer de nouveau son attention vers la scène. Entraîné par les percussions, l'Etoile reprit sa danse sensuelle, suivant les ondulations et les silences de la musique. Livaï fut de nouveau projeté malgré lui dans ses souvenirs de cette fameuse nuit, dans l'obscurité du jardin impérial. C'étaient des mouvements différents, plus gracieux, plus contrôlées. Mais il lui était maintenant impossible d'ignorer les cris de son cœur battant. Plus les secondes passaient, et plus l'Alpha était convaincu que l'Etoile ne pouvait être personne d'autre que son Oméga.

Livaï se berçait peut-être d'illusion et le retour à la réalité risquait sans aucun doute de lui faire très mal, mais il lui était impossible de faire marche arrière. Pas alors que tout se mettait à faire sens, une fois cette hypothèse dingue validée. Eren s'était enfui avec Titania quatre ans auparavant, échappant de peu au blocage de la ville en prenant la mer. S'il les avait suivis, c'était très certainement parce que des Eldiens se cachaient parmi la troupe d'artistes. Un autre souvenir lui sauta à la gorge, c'était lors de leur second rendez-vous pendant la dernière épreuve de la Sélection. Eren avait choisi de les emmener pique-niquer dans une large et splendide plaine… Lors de ce fameux pique-nique en plein air, l'Oméga n'avait-il pas insinué qu'il s'agissait du lieu où ses parents s'étaient rencontrés alors que sa mère travaillait ? Si le Docteur Jaëger et sa femme s'étaient rencontrés ici, cela voulait dire qu'il y avait de fortes chances pour quelques années plus tôt, un groupe plus ou moins conséquent d'Eldiens avaient traversé, incognito, les terres de Paradise. Titania.

Titania était ce groupe 'conséquent' d'Eldiens, et c'était lors de l'un de leur passage dans l'Empire que Carla avait fait la connaissance de Grisha Jaëger ! Quand l'un des artistes de la famille de Carla s'était blessé en effectuant son numéro, le bon Docteur était venu à la rescousse…

Le regard enfiévré de Livaï suivit le geste du bras de l'Etoile alors que, tout autour de lui, il sentait l'air fluctuer d'une énergie particulière. Maintenant qu'il en avait conscience, ses sens étaient capables de la suivre, d'imaginer cette magie ancestrale qui l'entourait de sa présence chaleureuse. Ça aurait sans doute dû le mettre sur ses gardes. Après tout, la salle était emplie de l'énergie Eldienne et ils pouvaient sans aucun doute tous les tuer d'un simple geste s'ils le désiraient. Malgré tout, Livaï ne pouvait s'empêcher de frémir d'excitation : il avait déjà envisagé vaguement voir l'Empire s'effondrer sous les flammes vengeresses d'Eren et de son peuple, il n'était certainement plus à ça près…

Tout à coup, l'Etoile leva théâtralement le bras et claqua une fois des mains.

Comme électrifiée et mue par un ordre invisible, la musique se cala harmonieusement à sa cadence, adaptant son phrasée lyrique à la soudaine montée en tension. L'Etoile s'élança, traversant la scène en quelques enjambées. Sans hésiter une seule seconde, il tendit le bras au moment où un voltigeur l'empoignait. Soulevé du sol, il continua sur sa lancée en agrippant au passage les bras tendus des acrobates qui se relayaient pour qu'il sillonne la salle sans toucher le sol. L'Etoile parcourut en quelques instants la distance de l'allée qui le séparait des marches menant aux sièges impériaux. Il se déplaçait dans l'air, transporté avec grâce par les voltigeurs. On aurait presque dit qu'il était simplement en train de se balader.

Quand le dernier voltigeur l'aida à atteindre le haut de l'estrade, à quelques pas à peine des sièges d'honneur, Livaï se retrouva cloué dans son siège.

Il s'était reculé par instinct, submergé par l'intensité de l'énergie qui entourait l'Etoile. Son souffle se coupa : un genou posé au sol, la tête résolument baissée, l'artiste s'était figé. Les voix du chœur se turent abruptement et les cors sonnèrent le début d'une nouvelle étape du spectacle dansant. L'Etoile releva soudain le visage, et Livaï fut saisi par la lueur déterminée qui brillait au fond de ses prunelles. A cause de l'éclairage particulier, il était difficile de vraiment distinguer la couleur des yeux de l'artiste. L'Etoile saisit son sabre d'une main. Emporté par le tempo percutant des tambours, il monta les marches de l'estrade.

L'artiste enchaînait les figures rituelles du combat au sabre, confiant à chaque geste une amplitude dansante qui ajoutait en grâce aux mouvements de son corps. L'Etoile acheva son ascension, leva l'épée bien au-dessus de sa tête et présenta son pommeau en direction de Livaï. Avant que quiconque ne réagisse, il planta l'arme encore vibrante d'énergie dans le sol. Il saisit ensuite le long tissu de sa jupe, et transporté par les battements de tambours, l'Etoile effectua quelques pas de danse du ventre. Livaï avait entrouvert la bouche, se retenant à grande peine d'appeler le nom qu'il mourrait d'envie de prononcer à voix haute, après toutes ces années. Mais la dance hypnotique de l'artiste l'avait figé sur place et il arrivait à peine à déglutir, le regard rivé sur les mouvements sinueux des hanches qui ondulaient sous ses yeux.

Tout à coup, le danseur se mit à tourner sur lui-même, bras levés, laissant à tous le soin d'admirer le spectacle de lumière incroyable qui se déployait sur le tissu de sa tenue flamboyante. Des milliers de lucioles améthyste s'illuminaient et s'éteignaient tour à tour sur le voile vert assombri du costume traditionnel. Livaï était encore ébahi lorsqu'enfin, l'Etoile se laissa tomber au sol avec grâce, les mains jointes sur le pommeau de son sabre et la tête légèrement baissée pour montrer sa déférence. La musique envoûtante de l'orchestre et des chœurs s'arrêta théâtralement en parfaite synchronisation avec la fin de son numéro.

Un silence assourdissant accueillit la fin de la représentation.

Livaï avait conscience que le public s'était tourné dans leur direction, sentant le poids de ces centaines de regards ahuris. Pour l'instant, les invités étaient surtout sous le choc dû à la représentation. Peut-être étaient-ils même un peu grisés, sous l'effet de l'abondante magie qui court-circuitait leurs pensées et leurs sentiments. Pour sa part, il avait le cœur au bord de la gorge et c'était d'une démarche fébrile mais assurée qu'il s'approcha de l'artiste agenouillé. Dans le silence irréel qui persistait autour d'eux, Livaï laissa enfin exploser toutes les émotions incertaines qui lui retournaient l'estomac. Il finit par murmurer d'une voix brisée : « Eren ? »

Sur le coup, l'artiste releva brutalement la tête. Ce fut ce moment précis que choisit le public pour faire trembler la salle sous une salve d'applaudissements endiablés, d'exclamations exaltées et de sifflements impressionnés. Au cœur de l'ovation enthousiaste, Livaï était tout à son observation, perdu dans les couleurs irréelles du bleu-vert des iris qui lui faisait face. Plus aucun doute à avoir, il s'agissait bien d'Eren.

Enfin, il l'avait retrouvé.

Mais l'espace d'un instant, l'Alpha se sentit coincé. Le soulagement n'était pas la seule émotion qui lui vrillait la poitrine, et il en fut le premier surpris. Il se méfiait. Oui, Eren était enfin de retour, mais pour combien de temps ? Et pourquoi ? Une certaine part de lui-même se souvenait encore de la souffrance que c'était de perdre l'Oméga. Des moments de délires pendant ses Ruts, de l'incertitude et cette horrible impression d'être à la fois l'Alpha le plus stupide du continent, pour l'avoir autant aimé et le plus reconnaissant aussi, d'au moins l'avoir eu dans sa vie.

Livaï vit les pupilles de son vis-à-vis se rétracter alors qu'il l'observait avec incrédulité, détaillant avec soin sa tenue, sa posture et son visage. L'Alpha se souvint alors qu'il portait à présent la tenue de l'Empereur : son blason et ses couleurs, et au-dessus de sa tête se tenait, reconnaissable entre mille, la couronne impériale. Livaï distingua malgré lui le moment précis où l'Oméga comprit que quelque chose clochait. Victime des palpitations erratiques de son cœur, il ne put s'empêcher d'émettre une nouvelle hypothèse : était-il seulement possible que jusqu'ici, Eren n'eut jamais entendu parler du stratagème qu'avait employé Livaï pour reprendre le contrôle de la Cour avant son couronnement ? Était-il possible que, jusqu'alors, l'Oméga eut ignoré sa véritable identité ?

Et si c'était le cas, était-il si dingue d'espérer que ce n'était pas lui, expressément, qu'Eren avait fui durant toutes ces années ?!

Avant même qu'il n'eut fini de suivre cette ligne de réflexion, Livaï avait saisi fermement les épaules de l'Oméga. Sans rencontrer la moindre résistance de la part d'Eren, il le redressa. Le regard de l'Oméga était toujours aussi empli d'incertitude lorsque, les doigts tremblants, Livaï entreprit de le défaire du voile qui couvrait la majorité de son visage. Autour d'eux, ignorant de ce qui se jouait sous leurs yeux, le public continuait de s'exclamer, en liesse. Quand le voile tomba enfin, Livaï détailla l'Oméga de la tête aux pieds. La gorge nouée, encore un peu trop secoué pour vraiment croire que cet instant était plus que réel, Eren était là, à sa portée. Il raffermit sa prise sur les épaules de l'Oméga.

Quelle importance pouvait bien avoir tout le reste à l'heure actuelle ?

Oui, Livaï ignorait les intentions qui se cachaient derrière le retour d'Eren. Et la présence des Eldiens pourrait tout aussi bien être une bénédiction que la dernière épreuve qui précipiterait l'Empire de Paradise vers sa chute. Mais ça n'avait absolument aucune importance. Parce qu'actuellement, pour la première fois depuis quatre ans, il avait enfin l'impression de respirer. Et de pouvoir entrevoir un avenir différent. Tant qu'Eren était présent, tant qu'ils pouvaient s'expliquer, discuter, tout était possible.

La voix du Chef de Titania, le conteur de la troupe, interrompit soudain ses pensées. L'homme remercia le public avec reconnaissance pour leur accueil et leur appréciation. Et soudain, Eren sembla sortir de sa transe. Il s'écarta de la poigne de Livaï d'un geste brusque avant de reculer de quelques pas. Le Chef terminait à peine son discours de remerciement que l'Oméga effectuait quelques signes de la main. D'une voix solennelle, il annonça à tous : « Moi, Oméga Eren Jaëger, fils du défunt Baron de Grisha Jaëger et de Carla Krüger, digne Héritier de la Tribu Eldienne, réincarnation de l'Axe, invoque les droits du Pacte bafoué par vos ancêtres et réclame une audience privée avec l'Empereur de Paradise. » Eren se tenait droit comme un i, essayant de montrer à tous sa splendeur alors que la foule s'était tue dans un silence pesant, choquée.

Livaï pouvait sans mal imaginer les têtes que tiraient Farlan et Isabelle derrière lui. Ou même les expressions d'Erwin et Armin à l'heure actuelle. Cependant, il n'était pas encore prêt à considérer ses alliés, la famille ou les amis d'Eren, les divers partis politiques ou même l'avenir de l'Empire. Il éprouvait un besoin viscéral de se retrouver en tête-à-tête avec l'Oméga. Cette fois-ci, il ne voulait rien laisser au hasard et il ne voulait plus du moindre malentendu entre eux. Livaï proclama à son tour : « Moi, Alpha Livaï, fils de Kenny Ackerman et Kuchel Ackerman, Empereur de Paradise, j'accepte l'injonction de l'Axe et l'invite dans l'instant à poursuivre les négociations qui lui sont dues du fait de son rang. Qu'on autorise aux Eldiens de s'installer dans les quartiers résidentiels impériaux. » Il fut à peine surpris quand sa voix fut, elle aussi, amplifiée de manière que la salle entière entende sa déclaration.

Avant qu'Eren ne sorte de sa torpeur, Livaï lui saisit la main et l'attira précipitamment à sa suite : plus il était rapide et moins ils avaient de chance d'être suivis. Alors qu'ils descendaient les marches de l'estrade, l'assemblée commençait à s'agiter. Dans quelques secondes, les choses risquaient d'exploser dans une direction ou une autre.

Mais pour l'heure, Livaï n'avait toujours pas réussi à en avoir quelque chose à foutre : tout ce qui importait, c'était la présence brûlante de la main légèrement tremblante de l'Oméga qui se laissait entraîner dans son sillon...

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Livaï parvint à les guider jusqu'à ses quartiers, sans qu'Eren ne proteste ou ne résiste.

Ils n'échangèrent pas un mot alors que quelques Chevaliers les escortaient, se tenant à une distance respectueuse pour suivre le protocole diplomatique. Livaï en profita pour mieux observer son compagnon d'infortune. Maintenant qu'il savait qu'Eren était l'Etoile, tout prenait une nouvelle dimension. Il détailla sa tenue avec fascination et circonspection. Une brassière verte ornée d'arabesques en or et sertie de pierres précieuses, une longue jupe de la même couleur, vaporeuse et fendue au niveau des cuisses. Comme pour répondre à la partie supérieure du costume, une ceinture reprenait les arabesques et l'or de sa brassière, ainsi que les pierres précieuses à l'éclat violacé. Un rouge flamboyant colorait la seconde couche en soie de sa jupe, ainsi que les amples manches flottantes soyeuses qui enlaçaient ses bras. Celles-ci étaient maintenues grâce aux bracelets d'or qui reprenait fidèlement le dessin des arabesques de sa ceinture et l'ornement de son haut.

Livaï se rappela alors les rumeurs qui entouraient l'Etoile de Titania, des histoires folles qui parlaient de son incroyable capacité à envoûter son public. Et parmi eux, les hommes plus puissants devant lesquels la troupe s'était représentée. Sa gorge se noua et une flamme de jalousie lui brûla l'œsophage : est-ce qu'Eren avait effectué le même genre de numéro partout ailleurs qu'ici ? Même cette danse sensuelle ? Est-ce qu'il avait porté ce genre de costume face au Sultan d'Avernes, pour que celui-ci décide de l'emprisonner ? L'Alpha se fit violence pour écarter ces pensées parasites, puis ordonna sèchement à ses hommes de garder les portes d'accès à son cabinet.

Une fois entrés dans la pièce, Livaï referma résolument la porte derrière eux.

Eren était toujours suspicieusement silencieux et immobile. Livaï lui indiqua alors d'un geste de la main les deux canapés qui se faisaient face dans la salle, l'invitant silencieusement à prendre place. Mais l'Oméga resta résolument planté là, sans bouger ne serait-ce qu'un muscle. Livaï aurait sans doute pu le trainer à nouveau, mais il renonça bien vite à employer la force. Ce qu'il voulait à présent, c'était une discussion. Et pour ça, il fallait qu'Eren se montre prêt, lui aussi, à baisser les armes de sa propre volonté. L'Alpha alla s'installer en premier sur l'un des canapés. Alors seulement son interlocuteur accepta de prendre place face à lui.

Tandis que l'Oméga observait résolument la décoration de la pièce pour éviter de le regarder dans les yeux, Livaï inspira un grand coup. Le parfum envoûtant d'Eren était le même. Orange, miel, un soupçon muscadé… mais il était à la fois différent. Un peu plus aigre qu'auparavant, sûrement à cause de la nervosité de l'Oméga. Ses phéromones étaient aussi comme atténuées, maîtrisées. Il fallait que Livaï se concentre pour les percevoir dans l'air. Nerveux et irrité, l'Alpha gigota légèrement sur sa place. La voix d'Eren brisa brusquement le silence, nouée et méfiante : « Ce n'était pas ton bureau à l'époque… » Livaï l'observa avec avidité, à l'affut de la moindre fluctuation émotionnelle. Sa voix était chargée d'émotions lorsqu'il répondit avec sincérité : « Non. J'occupais le cabinet de Farlan pour faire illusion à l'époque. » Un silence. Eren prit une grande inspiration et demanda, incertain : « Farlan… ?

- Farlan Church. Le récemment appointé Duc du Nord. Mon meilleur ami. L'Epée de l'Empire… » L'Oméga le vrilla du regard et Livaï marqua une courte pause.

Bien, Eren était furieux.

C'était déjà mieux que tout ce que l'Alpha avait imaginé ou craint. L'indifférence d'Eren aurait été la pire réaction à vivre. Livaï avait toujours été paralysé à l'idée que l'Oméga ne lui revienne qu'en prenant en compte certains calculs politiques et/ou vitaux pour la survie des Eldiens. Si Eren éprouvait encore quelque chose, irritation, rancœur ou méfiance, c'était déjà un bon signe aux yeux de Livaï. Parce que ça voulait dire qu'il avait encore une certaine emprise sur l'Oméga et ses sentiments.

Comme il était déjà à la fois trop tard et trop tôt pour chercher comment exposer sa version des faits, Livaï se lança sans plus attendre : « Avant la guerre qui nous a opposé à l'Empire Mare, j'étais comme qui dirait 'exilé' à Mitras avec ma mère. A part les Chevaliers de mon Ordre, les employés du palais Chika, Farlan, sa femme Isabelle, le médecin impérial Hanji Zoé, mon majordome Auruo Bozado et le Duc de l'Est, personne n'avait eu l'occasion de me rencontrer en personne. Après la guerre, quelques soldats qui avaient eu 'la chance' de m'apercevoir ou de combattre sur le champ de bataille à mes côtés se sont ajoutés à la liste. Mais très peu avaient eu l'occasion de vraiment m'observer ou le loisir de se rappeler en détail de mon visage. Il a suffi de teindre les cheveux de Farlan pour qu'il passe pour le Prince Couronné. Globalement, on me savait brun, comme l'étaient tous les Ackerman, avec les yeux clairs qu'avaient en commun mes deux parents. Ça suffisait pour maintenir l'illusion. » Eren agita la tête, incrédule : « Je n'arrive pas à croire qu'Erwin Smith a accepté de jouer à ce jeu ridicule ! Et l'Empereur, qu'est-ce qu'il en pensait ?! » Livaï considéra sa réponse pendant une fraction de seconde, avant d'hausser les épaules et rouler des yeux.

Même si l'intérêt flagrant d'Eren pour son histoire le rassurait, la mention de Kenny dans toute l'affaire l'irrita. Il répliqua : « Qu'est-ce qu'on en a à cirer de l'avis de ce vieux crétin ?! S'il avait été un meilleur père ou un meilleur Empereur, non seulement ma mère n'aurait pas été utilisée comme pion sacrificiel pour la guerre minable qui nous a opposé à Mare, mais en plus, je n'aurais pas eu besoin d'être exilé si longtemps loin de Sina pour éviter les assassins et les manigances des Reiss qui se voyaient déjà mettre l'un de mes demi-frères sur le trône… » Eren se pinça les lèvres. Face à sa perplexité, Livaï gronda : « Il me devait au moins ça. Je partais avec un sacré handicap pour survivre à la Cour. Il fallait bien que je trouve un moyen de le transformer en avantage. Non seulement cette entourloupe m'a permis de bouger bien plus librement, mais aussi de réussir à cerner les objectifs et les vrais visages de tous ces hypocrites de nobles…

- En plus de te laisser du temps pour effectuer des recherches sur les Murs de Paradise et un angle de vue inédit sur le déroulement de la Sélection… pour observer les Candidates. » La posture d'Eren était de plus en plus rigide. Installé sur le canapé qui lui faisait face, l'Oméga semblait tout faire pour tenir ses émotions sous contrôle. Mais Livaï était si concentré sur les changements, même subtils, de ses phéromones qu'il capta la lourdeur soudaine de son parfum. Eren était visiblement bouleversé. Livaï se rapprocha, luttant intérieurement pour se retenir de couvrir la distance qui les séparait. Il mourrait d'envie de rejoindre l'Oméga sur son canapé, de lui envelopper les mains des siennes, d'enfin réussir à libérer la pleine existence de ses phéromones…

Comme s'il avait senti ses intentions, Eren se recula, s'enfonçant un peu plus dans les coussins de son sofa. Livaï serra les poings. Son instinct lui hurlait d'approcher, de toucher, d'enlacer, mais la logique lui soufflait qu'il ne fût absolument pas en position d'effectuer la moindre de ces actions. C'était de la torture. Il était évident que leur relation n'était plus au stade ou ce genre d'intimité était possible, mais tout son être refusait de se plier à la raison. L'Alpha inspira profondément puis s'exclama avec emphase : « Eren. Il faut que tu me croies. Toi, nous, je n'avais rien prévu de tout ça. Et j'étais aussi sincère qu'il m'était possible de l'être compte tenu des circonstances ! »

Le regard de l'Oméga lança des éclairs et c'était avec une rage à peine contenue qu'il rétorqua : « Attends, tu penses sérieusement que je vais me contenter d'acquiescer à cette excuse pathétique ?! Tu as eu un million d'occasions de me dire toute la vérité ! Tu… Oh ! Maintenant je comprends mieux ce que voulait te dire Farlan quand je vous ai croisé dans le jardin impérial ! » Emporté à son tour, Livaï haussa le ton : « Tu haïssais la famille impériale ! Qu'est-ce que j'étais censé faire au juste ?! Est-ce que tu as conscience des efforts que j'ai dû faire pour que tu acceptes ne serait-ce que l'idée qu'on puisse être ensemble quand tu pensais que je n'étais 'que' le futur Duc du Nord ?! Tu ne t'es jamais caché du dégoût que t'inspirait le Prince Couronné ! Et plus j'en apprenais à ton sujet, et plus te dire la vérité devenait compliqué ! Alors je…

- Parce que c'est ma faute maintenant ! Au moins, tu fais honneur à ta lignée en rejetant sur moi tous les torts à ta guise ! » Ils se stoppèrent nets tous les deux.

C'en devenait presque comique.

C'était exactement le genre de répliques que craignait Livaï dès le départ. Et même s'il était évident qu'il avait eu tort de cacher la vérité aussi longtemps, Eren venait tout simplement de valider toutes ses craintes. L'Alpha avait beau comprendre pourquoi il était aussi hostile à la lignée impériale, il n'empêchait qu'il veuille que l'Oméga lui laisse au moins le bénéfice du doute avant de le condamner pour les fautes de ses ancêtres. Comme s'il prenait lui aussi conscience des implications de sa réponse instinctive, Eren grimaça.

L'Oméga détourna les yeux et serra les poings, avant d'admettre à contre cœur : « D'accord. Je t'accorde le point pour le coup. J'avais effectivement d'énormes préjudices envers le Prince Couronné et le reste de la famille impériale… » Se rappelant sur le coup de la première insulte d'Eren envers la famille impériale, Livaï concéda : « Pour ta défense, Kenny est réellement plus intéressé par ce qui se passe entre les cuisses d'Uli Reiss qu'il ne se préoccupe des affaires d'Etat ces derniers temps. Heureusement qu'Uli est ménopausé, j'aurais déjà bien plus que cinq demi-chiards aux trousses. » Eren retint à grande peine son pouffement de rire.

Il déguisa son amusement en légère quinte de toux. Mais c'était trop tard pour que Livaï rate sa réaction. Tout n'était clairement pas perdu. Plus la conversation avançait et plus l'Alpha avait l'impression de voir les barrières d'Eren s'effondrer. En retrait et méfiant, l'Oméga avait néanmoins laissé exploser sa fureur. Maintenant, il ne manquait plus qu'à continuer sur cette voie. Eren fronça soudain les sourcils et sembla lutter pour garder son sérieux. Finalement, il agita la main comme pour balayer les dernières minutes de leur discussion dans les oubliettes et acquiesça : « Bien. Ton secret était nécessaire et j'étais loin de rendre toute révélation facile… mais quand je t'ai avoué être Eldien ou avant qu'on… » A ces mots, l'Oméga marqua une pause. A la plus grande surprise de Livaï, une note fleurie explosa dans l'air et les joues de son interlocuteur s'empourprèrent légèrement.

Difficile de ne pas savoir à quoi il faisait référence.

Et Livaï se sentait réellement misérable à ce sujet. A l'époque, il avait choisi d'être égoïste. Il voulait plus que tout profiter de l'état de leur relation avant qu'Eren ne sache qui il était réellement, avant que les choses ne changent irrémédiablement entre eux. Et il le regrettait sincèrement. Livaï expliqua avec hésitation : « Ah… J'ai… Je me sentais particulièrement merdique de ne rien avoir dit à ce moment-là. Je voulais tout tirer au clair avant qu'il ne se passe quoique ce soit. Mais… te résister n'a jamais rien eu de simple pour moi. Et… je dois admettre qu'à ce stade des opérations, j'étais complètement empêtré dans mon merdier. J'étais complètement convaincu que tu mettrais un terme à notre histoire si tu apprenais la vérité… Je suppose que je voulais en profiter… une dernière fois… J'allais tout te dire ce jour-là. Si j'avais su que tu finirais par disparaître de toutes les façons, je l'aurais fait avant. » Livaï avait essayé d'être le plus sincère possible. Il voulait éviter tout malentendu et l'idée d'avoir des secrets entre eux lui donnait maintenant la nausée.

Eren détourna le regard et l'Alpha sentit son cœur lui tomber au creux de la poitrine.

Est-ce qu'il avait eu tort d'être aussi franc ? Était-il déjà trop tard ? Alors qu'il sentait monté la panique, Eren baissa les yeux et caressa distraitement la jupe de son costume avant d'avouer : « Je suis revenu au palais secondaire, ce jour-là. Et j'ai parlé à Isabelle. J'ai cru qu'elle était ta fiancée, et que tu t'étais royalement foutu de ma gueule, en plus d'avoir prévu de me 'vendre' au Prince pour mettre un terme à la malédiction qui pesait sur l'Empire… » Un nouveau silence pesant surplomba la pièce.

Malgré le malaise palpable, Livaï finit par craquer. Eren avait l'air tellement désarmé qu'il était difficile de faire autrement. L'Alpha vint s'installer aux côtés de l'Oméga et après une seconde d'hésitation, il osa lui saisir les mains. Il les enveloppa des siennes et un soupir de soulagement lui échappa. Ils étaient si proches que les phéromones d'Eren semblaient l'encercler. L'irréalisme de son parfum était capable d'accélérer les battements de son cœur tout en le plongeant dans un état de relaxation qu'il lui était impossible d'atteindre autrement. La chaleur de l'Oméga glissa contre ses paumes et finit par réchauffer chacune de ses terminaisons nerveuses. Livaï remarqua la chair de poule qui remonta le long des bras de son partenaire et il capta dans l'air les subtilités fleuries et un peu sucrées de son parfum. Eren, aussi, se sentait rassuré et excité par sa présence.

L'espoir était possible.

Livaï était maintenant convaincu qu'il n'était plus qu'à quelques mots de la conclusion à laquelle il osait à peine rêver, il avoua avec émotions : « J'étais sincère. Chaque putain de minute qu'on a passée ensemble était sincère. Je n'avais pas prévu que tu m'intrigues ou que tu m'obsèdes à ce point. Tu n'as pas idée. J'étais déjà tellement pris avec les nobles et leurs conneries, les Murs, l'Eglise… Je voulais juste me trouver une épouse qui ne me la mettrait pas totalement à l'envers à la première occasion. » Il prit une grande inspiration et continua sur sa lancée : « Je refuse de faire vivre à quiconque l'enfer qu'a dû subir ma mère. Kuchel Ackerman était une grande dame, mais elle n'était vraiment pas faite pour être Impératrice. Elle n'était peut-être pas amoureuse de Kenny, mais les humiliations qu'elle a subies et les sacrifices qu'elle a dû faire pour jouer son rôle la tuaient à petit feu aussi sûrement que la lame des assassins de Mare. » Il pressa les mains d'Eren dans les siennes et renchérit : « Je veux t'épouser. Toi. Et seulement toi. Il n'y aura pas de concubines ou de 'Reine'. Juste toi et moi. » Un silence pesant accueillit son monologue.

Mais l'explosion de phéromones qui emplit soudain l'air rasséréna le cœur battant de l'Alpha. Il s'était montré vulnérable, et bien qu'Eren en restât muet, il avait été indéniablement touché. L'Oméga tenta tout de même de faire redescendre la tension du moment en plaisantant : « Oh ! Quel scandale, le souverain tout puissant du plus grand Empire du monde, qui refuse l'idée d'avoir un harem à sa disposition ? Est-ce que tu ne crains pas de devenir la risée de tous les Grands de la planète ? » Livaï lui accorda ce court répit en entrant dans son jeu. Il roula des yeux et déclara, pas peu fier de lui : « J'ai réussi à convaincre le Conseil de Paradise de me consacrer sans être marié. J'avais la ferme intention de continuer à te chercher pendant dix ans s'il le fallait. Est-ce que tu crois que j'en avais vraiment quelque chose à foutre de l'avis des Grands de ce monde ? » Puis, il ne put s'en empêcher. Il exprima haut et fort la petite voix en lui qui ne pouvait s'empêcher de considérer à tout instant les choses d'un point de vue rationnel.

Après tout, il s'était autant questionné que réjoui du retour d'Eren.

Il avança : « De toutes les façons, soyons sincères. C'est parce que tu sais que les effets de la malédiction vont bientôt nous faire plier genoux à terre que tu es revenu avec les Eldiens, non ? Te connaissant, tu comptais sûrement tirer avantage du bordel sans nom des fléaux titanesques pour négocier la réinsertion de ton peuple… » Eren se racla la gorge et détourna rapidement les yeux, confirmant une fois de plus ses soupçons. Livaï lui répondit d'un rictus satisfait, plutôt réjoui de constater qu'après tout ce temps, il était encore capable de déchiffrer certaines des intentions de l'Oméga. Le bouquet de notes sucrées qui lui chatouilla les narines alors qu'Eren le fixait, la bouche entrouverte, lui fit légèrement bomber le torse : il lui faisait visiblement encore assez d'effets pour le distraire dans un moment pareil.

Il fallait battre le fer tant qu'il était encore chaud. Livaï ajouta : « Tu vois, quand on devient capitaine d'un rafiot qui a déjà le cul à l'eau, autant choisir comment on compte passer nos derniers instants. De toutes les manières, mon nom allait entrer dans l'Histoire comme celui du responsable de l'effondrement tragique de l'Empire le plus puissant du monde…

- Pauvre martyr… » Ils se sourirent. Encouragé, Livaï hasarda : « Est-ce que je peux déduire de ta ridicule technique d'esquive pour minimiser l'importance du moment que tu comptes accepter ma proposition ? » Eren rougit légèrement.

Alors que Livaï attendait sa réponse, littéralement suspendu à ses lèvres, l'Oméga inspira profondément et prit l'initiative d'envelopper à son tour les mains de son interlocuteur dans les siennes : « A vrai dire, j'avais l'intention d'épouser le nouvel Empereur s'il était toujours intéressé par cette idée… Afin de faciliter l'acceptation des Eldiens dans…

- Eren… » Si Livaï avait été capable de se mettre à nu pour le reconquérir, Eren était sans doute capable d'en faire autant. Ce n'était pas comme si, après tout ce temps, Livaï n'avait pas lui aussi certains griefs à lui reprocher. L'incertitude dans laquelle l'Oméga l'avait maintenu à tout instant de leur relation quant à la réalité de ses sentiments envers lui en faisait partie. Et c'était sans parler du fait qu'Eren avait préféré prendre ses jambes à son cou que de le confronter…

L'Oméga avait la gorge nouée quand il admit : « … Hier, quand j'ai entendu sonner les cloches de la chapelle… J'ai eu l'impression qu'on m'arrachait un poumon. J'étais résigné et dégoûté d'être encore aussi affecté… Levi. » Il parut prendre son courage à deux mains et souffla : « Je t'aime. » Livaï retint son souffle et Eren renchérit : « Je n'ai jamais cessé de t'aimer à vrai dire. Même quand je me sentais débile et naïf d'encore éprouver autant pour un connard qui avait essayé de me manipuler. Je me refusais de l'admettre, même quand je faisais tout pour penser à autre chose… » Il cherchait ses mots lorsque Livaï prit l'initiative de dégager l'une de ses mains pour lui caresser la joue.

L'instant était parfait.

Le soulagement qui avait fleuri au creux de sa poitrine s'était étendu dans un flot de chaleur à chacun de ses membres. Fasciné par l'incroyable dénouement qui se profilait, Livaï s'efforça de graver le visage de l'Oméga dans sa mémoire. Il nota les légères différences et les ressemblances qui séparaient cet Eren de celui qui hantait ses souvenirs. Il caressa les contours de sa mâchoire avec tendresse, puis sa paume engloba doucement la moitié de son visage. Lorsque les mots lui échappèrent à son tour, ce fut dans un souffle : « Je t'aime. » Eren ferma lentement les yeux et Livaï, qui s'était avancé presque inconsciemment, posa les lèvres sur sa bouche. Tout d'abord un simple effleurement, leur baiser gagna rapidement en intensité quand leurs phéromones vinrent se joindre à la fête.

Malléable dans ses bras, l'Oméga laissa échapper un gémissement tout simplement divin qui enflamma les reins de son partenaire. Livaï glissa la main sous sa jupe et pressa avec avidité le haut de ses cuisses. Eren gémit à nouveau, écarta légèrement la tête et sembla essayer de reprendre son souffle. Livaï en profita pour rendre leur échange bien plus langoureux, plongeant la langue dans l'espace entrouvert de ses lèvres. Leurs langues entrèrent en contact et Eren s'abandonna complètement, se laissant entraîner par Livaï jusqu'à ce qu'il finisse à califourchon sur ses genoux. Les mains de l'Oméga lui glissèrent dans les cheveux, avant d'en agripper une mèche au centre et forcer le visage de Livaï vers le haut pour mieux l'embrasser. Un grognement de plaisir échappa à l'Alpha quand soudain, Eren recula la tête et reprit enfin son souffle correctement.

Leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et Livaï pouvait sentir le souffle chaud de l'Oméga contre sa joue. C'était un développement pour le moins heureux. Bien qu'il semblât avoir plus ou moins repris ses esprits, Eren continuait de lui tenir les cheveux et ne s'était toujours pas écarté. La maladresse qui caractérisait l'Oméga auparavant semblait avoir complètement disparu : était-ce le temps ou l'expérience qui faisait toute la différence ? Livaï sentit une pointe de jalousie lui percer la poitrine. Il posa une main sur chacune des fesses de son partenaire, arrachant un geignement à l'Oméga alors qu'il les malaxait avec vigueur. Il pouvait sentir leurs érections pressées l'une contre l'autre, et il avait un million d'idées sur la façon dont ils pourraient s'en soulager…

Le cliquetis de la porte du cabinet les figea sur place.

Et sans qu'ils n'eussent vraiment le temps de réagir, Farlan pénétra dans la pièce, suivi de très près par Isabelle : « J'espère que les rumeurs ne sont que des rumeurs et que vous ne vous êtes pas trucidés dans… Oh ! Ciel ! » Isabelle poussa elle aussi un cri de surprise. Même si Farlan fut le seul à faire mine de détourner la tête, il alla même jusqu'à se couvrir les yeux d'une main : « Dites-moi que vous êtes encore habillés ! » Isabelle éclata franchement de rire, visiblement ravie du spectacle auquel elle assistait : « Ils sont encore habillés, gros bébé ! Tu peux regarder, ta vertu est préservée…

- Arrête de te moquer de moi ! Je ne vais sûrement pas avoir honte ! Contrairement à Levi, j'ai attendu notre mariage pour… » Farlan s'interrompit brutalement et les pointa du doigt : « Quand je pense à la crise monumentale qu'Erwin est en train d'essayer de gérer à ta place ! A l'inquiétude à peine voilée des Eldiens ! Vous devriez avoir honte de vous ! » Isabelle lui frappa le doigt : « Arrête d'être aussi rabat-joie ! Levi est enfin heureux !

- J'aimerais juste qu'il soit un peu moins heureux actuellement ! Un peu de décence ! » En dépit de ses réprimandes, son regard pétillait. Isabelle ajouta tout à coup, d'une voix espiègle : « Et puis tu n'as pas quoi râler. Si leur accord se conclut de cette manière, est-ce qu'on ne pourrait pas parler de réussite diplomatique ? » Livaï était en train de peser le pour ou le contre de les assassiner sur le coup.

N'étaient-ils pas ceux qui se lamentaient le plus de son manque de vie romantique ? Est-ce que ce n'était pas le comble qu'ils furent ceux qui venaient de l'interrompre en plein milieu de ce qui promettait d'être l'une des meilleures parties de jambes en l'air de sa vie ?! L'Alpha poussa un grondement menaçant, jura vertement et rétorqua avec véhémence : « Les gardes qui vous ont laissés entrer sont tous virés. Maintenant, dégagez de là ! » Eren glapit de surprise quand les mains de l'Alpha se glissèrent sans plus de cérémonie sous sa jupe pour parcourir ses cuisses : « Levi ! » Son cri indigné fut vite repris en chœur par Farlan et Isabelle : « Levi ! » L'Alpha remonta une main pour saisir la nuque de son partenaire et le pencher en avant, permettant à ses lèvres d'enfin rencontrer les clavicules de l'Oméga. Il y posa un baiser puis entreprit de lui suçoter la peau.

Eren ne put retenir un gloussement : « Arrête ! » Farlan poussa une exclamation outrée. Il attrapa la main de sa femme et s'écria : « Je dirais à Erwin de s'occuper des nobles. Et je crois pouvoir affirmer aux Eldiens sans trop de mal que les négociations sont en excellente voie… » Ayant comme seule réponse un grognement vague d'assentiments, il roula des yeux avant de se précipiter vers la sortie. Quant à Isabelle, elle résista un instant avant d'hurler : « Si ces idiots m'avaient parlé de leur plan avant, je ne les aurais jamais laissés se planter à ce point ! Ravie de faire officiellement ta connaissance, Eren ! » Puis la traction de son époux l'écarta enfin, et la porte se referma derrière elle.

Eren ne retint plus son fou rire : « Oh ciel ! Levi !

- Arrête de te marrer. Je jure que si ces deux idiots ont tout gâché, je trouverais un moyen de le leur faire payer… » L'Oméga s'écarta légèrement, posa un baiser sur le bout du nez de l'Alpha renfrogné avant d'éclater de nouveau de rire. Pris de court, Livaï se retrouva malgré lui à sourire à son tour. La bulle de joie qui venait de lui éclater dans le cœur l'emplissait d'une émotion aussi brûlante que légère. Troublé par son regard fixe, Eren arrêta enfin de rire pour l'observer avec attention à son tour. Les mains de Livaï se glissèrent doucement sur ses hanches, comme pour le stabiliser dans sa position.

Même si on lui avait demandé d'imaginer leurs retrouvailles, il n'aurait sans doute jamais été capable de rêver meilleure conclusion. Serein, il posa la tête contre le torse d'Eren et admit : « Je pense que je pourrais facilement passer le reste de nos jours à entendre ce son… » L'Oméga lui asséna une petite tape à l'arrière du crâne et se plaignit faussement : « Argh. Non ! Hors de question que nos années de séparation nous transforment en Frank et Hannah ! » La familiarité de leur échange, le fait qu'Eren fut toujours aussi irrévérencieux, fit éclater une nouvelle bulle de joie dans le ventre. Livaï pouffa de rire et répliqua : « Tu préfères que je parle de la taille de mes boules après quatre ans d'abstinence ? » Le silence consterné qui répondit à sa tirade le fit rire de bon cœur.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Malheureusement, Farlan avait eu raison.

L'état dans lequel Eren et Livaï avaient laissé les convives afin de régler leurs différends les avaient empêchés de continuer à profiter de leur réconciliation. Eren étant bien plus responsable que l'Alpha à ce sujet, il ne leur avait autorisé que quelques baisers et un léger pelotage avant de les contraindre à retrouver le monde des vivants et toutes les merdes que ça impliquait. Il avait fallu calmer les nobles, préparer une réunion d'urgence et commencer à se faire sermonner par ces bouffons du Temple des Trois Déesses, s'entretenir avec les Ducs afin de catalyser la situation, se présenter et discuter avec les Eldiens…

La nuit était bien avancée quand, enfin, Livaï et Eren se retrouvèrent libérés de leurs obligations.

Alors que l'Oméga achevait sa discussion avec Keith Shadis et Erwin à la sortie de leur salle de réunion (les deux hommes semblaient s'entendre à merveille), Livaï l'observait, légèrement en retrait. Eren avait revêtu une tenue traditionnelle Eldienne : une longue tunique noire attachée sur le côté de son torse par un bouton doré, ornée d'arabesques argentées et des fleurs de l'emblème Jaëger. Livaï regrettait un peu sa tenue de scène… L'Oméga tourna soudain les yeux dans sa direction, comme s'il avait senti le poids de son regard peser sur lui. L'Alpha le gratifia d'un léger rictus. Eren roula des yeux puis s'excusa enfin, laissant Shadis et Erwin continuer leur phase de lune de miel en toute sérénité. L'Oméga le rejoignit d'un pas aérien, un petit sourire au coin des lèvres. Même si son regard n'exprimait que fatigue et une pointe de soulagement, Livaï se retint de l'attirer dans ses bras.

Ils se trouvaient encore dans cette étrange zone d'ombre où ils étaient indéniablement à nouveau proches, mais où le temps passé l'un sans l'autre chassait le naturel de leur intimité.

Livaï mourrait d'envie de l'enlacer, de le garder près de lui. Se tenir à distance était un véritable calvaire. Ils se fixèrent en silence pendant quelques minutes, puis l'Alpha poussa un long soupir et déclara : « Allons-nous coucher… » Eren parut surpris, presque déçu, mais il acquiesça : « Tu as raison, je tombe de fatigue… » Son regard se fit fuyant et il ajouta : « Je vais rejoindre Keith pour… » Livaï lui saisit l'avant-bras, comme par réflexe. L'Oméga lui jeta un coup d'œil interloqué. L'Alpha choisit de sauter le pas et proclama : « Tu viens avec moi. » Eren haussa un sourcil, mais lorsque Livaï entreprit de lui tenir la main et de l'attirer à sa suite, il le suivit sans broncher.

L'Oméga ne commença à résister que lorsqu'il se rendit compte que Livaï l'avait conduit vers ses quartiers.

Eren traina des pieds tout en protestant : « Attends une minute ! » L'Alpha lui concéda une pause. L'Oméga déglutit, jeta des regards inquiets sur les côtés et exposa à voix basse : « Tu m'as emmené dans tes quartiers ! » Livaï fronça les sourcils et répliqua, incertain : « Oui, et ?» Eren semblait demander des explications en silence. L'Alpha choisit une nouvelle fois de prendre sur lui et s'exprima avec honnêteté : « Je n'ai pas envie qu'on se sépare. Et toi ? » Ils se fixèrent longuement, Livaï eut à peine le temps de commencer à stresser que l'Oméga se jeta à son cou. D'instinct, son partenaire l'enlaça. Leurs lèvres entrèrent doucement en contact. Livaï se retrouva à fermer les yeux, un frisson remontant le long de son échine.

Parfait, c'était toujours aussi parfait…

Eren s'écarta légèrement, le regard pétillant. Un léger sourire lui flottait sur le visage quand il souffla : « J'ai cru que j'étais le seul… » Livaï se sentit sourire à son tour. Enhardi, il glissa les mains du dos de l'Oméga jusqu'à ses fesses et pressa les doigts. Eren sursauta de surprise et lui lança un mauvais regard, sans aucune animosité. L'Alpha tenta le tout pour le tout : « Accompagne-moi dans ma chambre… » Allez savoir si c'était dû à sa fatigue ou au fait qu'ils recommençaient peu à peu à se faire confiance, mais le parfum de l'Oméga lui apparut tout à coup dans toute sa splendeur. Frappé par une vague de tournis, Livaï sentit une boule de chaleur lui étirer les reins alors qu'une inspiration avait suffi à presque le mettre chaos. Comment avait-il pu oublier à quel point ces phéromones étaient divines ?!

Eren balbutia : « Qu…quoi ?! Ta chambre ?! » L'Alpha s'efforça de bloquer sa respiration pour répondre d'une voix grave : « Est-ce que tu comptes jouer le prude ? » Eren ne reculait toujours pas, le corps collé contre le sien. Livaï peinait de plus en plus à distinguer où il commençait et où s'arrêtait son partenaire… L'Oméga fit la moue et détourna légèrement le regard, le rouge aux joues : « J'avais presque oublié à quel point tu pouvais être rude…

-…et ça te dérange ? » Ça aurait pu (et dû) être une question anodine. Presque anecdotique. Seulement voilà, cela faisait plus de quatre ans qu'ils s'étaient séparés. Et bien que Livaï eut passé l'entièreté de cette période à subir le manque d'Eren, il n'avait pas la moindre idée de comment s'était déroulé ces années pour l'Oméga. Lui avait-il manqué ? Eren s'était-il permis de vivre d'autres aventures ? D'avoir d'autres relations ? Après tout, Eren semblait si à l'aise dans son corps, si confiant…

Leurs regards étaient plongés l'un dans l'autre et leurs respirations s'étaient alignées. L'intensité du mélange de leurs phéromones devint presque suffocante dans l'air alors qu'Eren lui caressait la joue avec une tendresse particulière. Le cœur de Livaï manqua un battement, l'Oméga lui posa un baiser sur le front et admit : « Ça m'a manqué… Tout chez toi m'a manqué… » Est-ce qu'il pouvait vraiment y croire ? Est-ce qu'il était encore capable de faire à Eren autant d'effets qu'à l'époque ? Était-il possible qu'ils retrouvent ensemble le degré d'intimité et de familiarité d'autrefois ?

Livaï se sentait plus qu'anxieux à l'idée de le vérifier.

Leur proximité physique n'était pas qu'un désir, c'était un besoin. Livaï n'avait pas la moindre idée de comment faire autrement pour ancrer, pour de bon, la réalité de leur réconciliation. Rendre concret le retour d'Eren à ses côtés. Quoi faire d'autre pour que leur relation devienne à nouveau tangible et solide. Résister à passer ce pas n'avait jamais été son fort. Depuis qu'il l'avait aperçu cette première fois, dans le cortège des Candidats de la Sélection, une certaine part de Livaï avait sans aucun doute voulu posséder l'Oméga. Le faire sien d'une manière ou d'une autre.

L'Alpha n'avait aucune intention de lui laisser l'occasion de regretter son choix.

Ils étaient entrés dans sa chambre en s'embrassant. L'esprit entièrement absorbé par les baisers passionnés qu'ils échangeaient, ils avaient failli trébucher après avoir faits à peine quelques pas dans la pièce. Livaï eut vaguement conscience de refermer la porte derrière eux alors qu'Eren entreprenait de lui lécher la langue sous un angle particulièrement plaisant. Ils s'embrassèrent encore pendant quelques minutes, jusqu'à ce que l'Alpha eût l'impression d'avoir les lèvres engourdies et le souffle saccadé.

Leurs tenues étaient désordonnées, leurs regards enfiévrés. Mais ils étaient encore totalement habillés et étrangement dans la retenue. Même lors de leur première fois, Livaï n'avait pas été aussi nerveux. Les traits plus matures, plus noble du visage de l'Oméga lui donnait l'impression de faire face à un tout autre amant. Même si l'éclat de ses iris vert d'eau, la brillance de son regard captivant étaient les mêmes qu'alors. Inimitables. L'Alpha désirait retrouver ses marques, apprendre et reconnaitre sur le corps de son amant, ce qui pouvait le faire tiquer, l'exciter…

Ils avancèrent maladroitement jusqu'au lit.

Une fois assis, ils se firent face, incertains. Même s'ils partageaient visiblement besoin de contact, ce qui expliquait la facilité avec laquelle étaient revenus les baisers et les caresses superficielles, quatre ans s'étaient tout de même écoulés. Et comme le pressentait Livaï depuis le départ, ce laps de temps avait forcément laissé des séquelles. Bien que cette fois-ci l'Alpha ne se fut pas privé de faire connaître son désir, ce fut à nouveau Eren qui prit l'initiative d'affirmer son intention d'approfondir leurs ébats. L'Oméga lui effleura les bras du bout des doigts, avant de lentement entreprendre de le débarrasser de sa veste et sa chemise.

Livaï se laissa faire, secoué de constater qu'il était vital à ses yeux qu'Eren saute le pas en premier cette fois-ci. C'était une affirmation dont il avait vraiment plus besoin qu'il n'était prêt à l'admettre. Leurs sentiments étaient réels, leur désir l'était tout autant. L'Oméga aussi devait éprouver l'appel brûlant de la tentation. Livaï se laissa déshabiller passivement. Il laissa les doigts d'Eren lui courir sur la peau, retracer ses abdominaux, allumer dans leurs sillons des milliers d'incendies qui tous convergeaient dans un brasier géant, au creux de ses reins. La révérence contenue dans ces caresses était une affirmation, une démonstration d'affection qui lui perçait le cœur. De joie. Mais d'appréhension aussi, que soudain tout s'arrête…

Quand les mains baladeuses de son amant achevèrent d'ouvrir sa braguette, caressant distraitement son aine alors que l'Oméga lui posait un baiser brûlant sur l'épaule, Livaï perdit patience. Il savait maintenant qu'Eren le désirait, activement. Et il était évident, vu le tiraillement de son entrejambe, que l'Oméga n'avait même pas besoin de ses phéromones pour le faire tourner en bourrique. Maintenant, il était grand temps de vérifier l'effet qu'il avait sur son partenaire. L'Alpha renversa son amant avec détermination, le surplombant de tout son long. La chambre n'était éclairée que des rayons lunaires, et pendant un court instant, Livaï eut l'impression effarante de se retrouver dans un rêve.

Le regard de l'Oméga, sa position sur le lit, les draps blancs à peine froissés… Le cœur battant, Livaï entreprit de lui caresser avec précaution la joue, comme s'il s'agissait d'un mirage, créé dans une brume qu'il craignait plus que tout de voir s'effacer dans un geste brusque. Combien de fois avait-il rêvé d'un instant pareil ? Combien de fois s'était-il réveillé dans la solitude écrasante de cette chambre vide ? A combien de reprises son cœur avait-il été brisé en se rappelant qu'Eren avait choisi de tout simplement lui tourner le dos ? Que leur relation n'eût même pas été assez importante aux yeux de l'Oméga pour qu'il ne daigne lui demander des explications en personne avant de s'enfuir les Déesses savaient où… ?

Eren frotta la joue contre sa paume, les paupières à demi closes. L'instant d'après, un bouquet de phéromones se répandit dans l'air. Le vertige qui assaillit Livaï cette fois-ci était largement plus intense que le précédent. Il se laissa emporter par l'essence divine qui lui emplissait les poumons. Agrumes, effluves boisés, un soupçon de sucre caramélisé… Livaï s'entendit distraitement grogner sa satisfaction. Ah ! C'était ça, ce qui l'avait littéralement rendu dingue avant même qu'il n'apprenne à connaître l'Oméga. C'était ce parfum qui avait tourmenté ses nuits, fait entrer son sang en ébullition comme rien d'autre ne le pouvait. Le nez collé à la joncture entre le cou et l'épaule de son partenaire, Livaï marmonna, en transe : « Ça m'a manqué. Tu m'as manqué… Tu m'as tellement manqué… » Son ambroisie. Son poison.

L'Alpha déshabilla son amant avec frénésie, avide de redécouvrir et de couvrir de baiser chaque centimètre de peau qui s'offrait à son regard enflammé. Il goutait de temps en temps, d'une léchouille ou d'un suçon, le parfait accord existant entre l'odeur et la saveur de son Oméga. Il n'arrêta son exploration passionnée que lorsqu'il acheva de mettre Eren entièrement nu. D'après les phéromones qui saturaient l'air, son partenaire était plus que partant pour le laisser agir à sa guise. Livaï glissa les yeux vers le bas et détailla avec avidité le membre dressé de son amant. Il lui faisait de l'effet… Bien. L'Alpha se positionna entre les jambes légèrement tremblantes de son partenaire et entreprit sans plus de cérémonie de prendre son sexe gorgé en bouche. Le gémissement surpris et rauque qu'Eren laissa échapper le fit vibrer de l'intérieur.

C'était comme se remettre au piano après un certain temps sans entraînement. D'abord l'accorder, ensuite poser quelques gammes sur ses touches, se familiariser de nouveau avec ses notes, les sons et les mélodies qu'on pouvait jouer en sa compagnie… Les soupirs d'Eren étaient comme musique à son oreille. Son souffle brisé, ses cris de plaisir avorté, ses grognements… Livaï cessa d'un coup ses mouvements de tête pour se débarrasser de son pantalon et ses sous-vêtements d'un geste impatient. L'entrejambe tendu de l'Alpha était à l'étroit, la crispation des muscles de son bassin l'incommodait. Il libéra le membre humide d'Eren d'entre ses lèvres et s'écarta légèrement, alors que l'Oméga, légèrement délirant, répétait son nom en boucle sans rien trouver d'autres à ajouter : « Ah ! Lev… Levi… » Livaï changea de position, alignant leurs hanches. Il entreprit de lentement se frotter contre son amant tout en mesurant d'un doigt à quel point l'excitation d'Eren l'avait préparé à l'accueillir.

Enivré par son parfum, par les sensations brûlantes qui lui déferlaient dans le bas du ventre, Livaï se laissa happer par son souvenir de leur première fois. Il murmura au creux de l'oreille de son partenaire : « Tu es tellement mouillé… » L'Alpha enfonça un second doigt dans l'antre palpitant de son amant et sentit les muscles de l'Oméga se contracter sous l'intrusion. Eren baragouina : « Non…hn ! Ne fais pas, ah ! …Tu ne peux pas, je n'ai pas pris d'herbes, on ne…hm, on ne peut pas, on ne devrait pas… » Livaï le fit taire d'un baiser particulièrement virulent. Il finit même par lui mordre la lèvre inférieure, sans ménagement. Eren poussa un cri de douleur qui, très vite, se mua en gémissement quand Livaï décida de commencer à bouger les doigts avec intérêt.

L'Alpha gronda : « Je m'en tape. Tu es à moi, tu n'iras plus nulle part. » Tremblant, les larmes aux yeux, l'Oméga semblait sur le point de répliquer : « On ne peut pas… » Livaï le fit taire de nouveau à l'aide d'un baiser, mais influencé par la très légère acidité nerveuse du parfum de son partenaire, il se montra plus appliqué que violent. L'esprit embrouillé par l'intensité de leur baiser, Eren retrouva son état premier d'excitation légèrement délirante et une explosion d'effluves fleuries et sucrées vinrent apaiser son Alpha. Livaï le rassura doucement : « Tu prendras quelque chose demain… » Avant d'ajouter avec une pointe de désespoir dans la voix éraillée qui lui échappa : « S'il te plait. Eren… j'en ai besoin, je… » Quoi dire ? Comment expliquer la possessivité, la colère et la trace de folie, sombres et presque cruelles, qui menaçaient de prendre le pas sur tout le reste ?

Comment faire pour que l'Oméga l'accepte ? Ne prenne pas la fuite en apercevant ses émotions obscures, si laides …

Livaï en suffoquait presque. Il cessa les mouvements de ses doigts et entreprit à la place d'enlacer son amant de toutes ses forces. Le visage plaqué contre le torse d'Eren, il pouvait entendre les tambourinements erratiques du cœur de son amant. Livaï sentit trembler tous ses membres, désemparé. Il y eut un battement, presque infime ou plus rien ne bougea. Le temps était comme suspendu. Puis lentement, l'Oméga l'enlaça à son tour. Il vint lui murmurer à l'oreille, avec une douceur et une affection qui lui était jusqu'alors étrangère : « C'est ok, Levi… Je suis là. » C'était comme s'il savait. Comme si, bien que Livaï fut incapable d'exprimer ses sentiments, Eren avait conscience de tout. Sa vulnérabilité, son désespoir. Et qu'il l'acceptait, consciemment. Qu'il était prêt à se laisser faire, pour calmer, rassurer et protéger à son tour son Alpha.

Il n'en fallut pas davantage à Livaï.

Dans une autre réalité, Eren et lui auraient sans doute pris leur temps pour s'apprivoiser de nouveau, peut-être même que leur première fois depuis la séparation se serait alors passée dans une atmosphère bien plus douce et romantique. Mais pas ici, pas dans ce monde. Livaï avait un besoin viscéral d'exorciser les démons qui s'étaient installés dans son cœur pendant leurs quatre années de séparation.

Et ça passait par une certaine dose de violence.

Il s'engouffra sans prévenir entre les jambes de son amant, lui arrachant un grognement de douleur auquel l'Alpha répondit d'un coup de bassin vigoureux. Le rythme de ses mouvements était punitif, presque frénétique. Entre deux cris de douleur, Eren prit tout de même le temps d'affirmer, encore et encore : « Je suis là, c'est ok, Levi ! Ah ! » Stimulé, Livaï fronça les sourcils et mit plus de poids dans ses va-et-vient avant de siffler entre ses dents : « Tais-toi ! » Les bras de l'Omega tentèrent maladroitement de l'enlacer tandis que le cœur de l'Alpha se serrait. Livaï se serait sans doute inquiété si la moiteur entourant son membre brûlant n'avait cessé de s'aviver. A travers les gémissements térébrants de son partenaire, Livaï parvenait à déceler cette légère pointe d'extase qui lui mettait le sang en ébullition. Entre deux coups de reins, parmi les cris défaits que poussaient son amant, Livaï continuait vaguement d'espérer qu'il aurait eu la force de tout arrêté si ses sens n'avaient pas capté l'odeur entêtante et délicieusement aguicheuse du parfum d'Eren. S'il n'y avait pas eu autant de signes qui prouvait que l'Oméga appréciait malgré tout, ce qu'il lui faisait subir.

Ce n'était peut-être pas agréable sous tous les points, mais Eren l'acceptait, enfin. Lui tout entier, avec le bon, comme le mauvais…

Le visage de l'Omega se tordait de douleur, mâchoire serrée, des larmes perlant au bord des cils. Eren lui donnait la permission de le ravager, de le prendre encore et encore sans qu'il ne résiste. Il s'excusait, s'offrait, dans une litanie de geignements, à travers les légères ondulations de son bassin alors qu'il tentait de venir à la rencontre des coups de reins de son partenaire. Toujours aussi irrité, Livaï s'écarta soudain. Il lui saisit les poignets d'une main et lui monta les bras au-dessus de la tête. De l'autre main, il souleva le bassin de son amant et augmenta un peu plus la cadence de leurs ébats. La voix d'Eren se brisa quand d'un mouvement bien placé des hanches l'Alpha lui toucha la prostate : « Ah ! Levi ! » Puis, la voix tremblante, l'Oméga ajouta : « Je t'aime. Je suis là, je… ». Livaï gronda de nouveau, une perle de transpiration lui glissant le long de la tempe : « Eren, la ferme ! ». Une nouvelle vague de phéromones venait de lui emplir les narines et l'Alpha devait se concentrer pour ne pas laisser son partenaire l'apaiser avant qu'il ne se sente pleinement satisfait.

Ce ne fut qu'une fois l'Oméga en transe, parfaitement à sa merci, que l'instinct de Livaï lui permis pleinement d'apprécier les sensations qui l'assaillaient de toutes parts. La chaleur de son partenaire, la moiteur de sa peau recouverte d'une fine couche de transpiration, le poids de son corps contre l'avant-bras qui le maintenait dans une position précaire, les tremblements des mains tenues prisonnières de sa poigne ferme, ses lèvres gonflées par leurs baisers, son regard brûlant le réclamant, son odeur divine…

L'Omega succomba à ses assauts, ses cris l'encourageant de poursuivre de plus en plus fort, plus profondément… Les parois qui enserraient son entrejambe se contractèrent soudain et Livaï poussa un grondement caverneux. Il se crispa et évita de justesse de mordre la glande d'Appareillement de son partenaire dans un incroyable éclat de lucidité. Ses dents se plantèrent sauvagement dans l'épaule d'Eren, alors que celui-ci poussait un cri de jouissance d'une voix enrouée. Livaï ferma les yeux, pris de tournis, et se déversa avec force, encore tremblant d'émotions quelques minutes après avoir atteint l'orgasme.

Il finit par relâcher sa prise sur les poignets de l'Oméga et s'installa mollement à ses côtés. Livaï l'enlaça doucement, le nez caressant lentement la morsure qu'il lui avait infligé. L'Alpha venait à peine de vraiment reprendre ses esprits quand il murmura avec émotion : « Plus jamais... Tu ne partiras plus jamais. » La journée avait été longue, éprouvante, et Livaï avait les paupières lourdes. Eren l'enlaça à son tour, lui plaçant la tête contre son torse. L'Oméga frémissait encore, toujours à la merci de ses sensations. Les doigts d'Eren lui caressaient tendrement le dos. Livaï luttait contre le sommeil, il renchérit avec détermination : « Promets-le-moi… » L'Oméga lui posa un tendre baiser sur le front et répondit doucement : « Je te le promets. Plus jamais. » Livaï s'endormit au son réconfortant des battements de son cœur.

Demain, tout commencerait.

Redonner à Paradise sa splendeur d'antan, éviter l'Apocalypse, intégrer les Eldiens à la population de l'Empire, faire face à leurs ennemis politiques ou religieux… Oui, demain, tout allait commencer. Leur route allait sans aucun doute être semée d'embuches. Mais une chose était certaine, Livaï n'allait plus faire le moindre pas sans Eren à ses côtés.

Maintenant qu'il l'avait retrouvé, rien ni personne n'allait à nouveau réussir à lui arracher. Son Oméga. Son obsession. Son Impératrice.

''Et ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps''.

The End?


...
Ne partez pas tout de suite! Il y aura un Epilogue! Bon, d'accord, je suis presque certaine qu'il n'apportera aucune plus valu à l'ensemble de l'histoire MAIS il y aura des scènes auxquelles j'avais pensé sans trouver l'occasion de les écrire/placer. Doooonc, j'espère que vous êtes pressés de le lire? (Timide)

Revenons à ce chapitre de l'émotion!
Qu'avez-vous pensé du couronnement de Livaï? Du mariage de Farlan et Isa?
Et la réécriture du spectacle Eldien vu par Livaï ? Est-ce que ça valait le coup? (J'ai tenté de garder l'ambiance originale tout en développant une tout autre émotion!)
Et la fin ?
C'était, d'après Kizzbloo, l'un des meilleurs Lemon de ma ''carrière'' ! Vous avez apprécié? C'était hot?

Hâte de vous lire!

Plein de Love, Maman chat.