Hello ! Et voici deux chapitres pour ce soir :D

Ohh Titou Douh, je crois que sur ce coup-ci, c'est juste moi qui avais mis plein de chapitre le même soir oups, mais grognons ensemble contre les mails qui ne s'envoient plus ! Je suis très touchée par tout ce que tu me dis, et de savoir que cette historie te plaît, merci (coeur) Hihi le demilogue est un concept en herbe hihihi (non, c'est juste mon cerveau bizarre ahah) mais tantq ue ça te plait, c'est super ! Ohoh tu te prends d'affection pour Arcturus ? Mais j'en suis ravie ! J'essaie de mettre la suite plus rapidement (moi aussi, j'aurais bien aimé qu'il nous débarre du frère de Melania ah la la). Ehhh oui, Miss MPREG, Arcturus reste bien flippant gloups. Je suis très touchée aussi par tout ce que tu me dis, et que tu trouves l'histoire malsaine comme il faut pour les Black mouahaha, c'est ce que j'ai essayé d'écrire dooonc, je suis heureuse hihi. Ah la la, Hesper... il faudra que je creuse aussi ce personnage un jour ! Héhé, je note ta supposition sur l'identité du narrateur de l'histoire, mais je ne dis rien pour plus de suspens... ;) Merci à vous deux pour vos retours, ça fait chaud au coeur (coeur)

Bonne lecture !

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Chapitre 12 : Où Arcturus est malade

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Singulier destin que celui de Melania Black.

Saviez-vous qu'elle fut à nouveau aveuglée par l'amour ?

Qu'elle redonna sa confiance à Arcturus ?

Qu'elle accepta la main avide de pouvoir de Mrs Hesper Black ?

Lorsqu'elle décida de tout mettre en œuvre pour l'homme qu'elle aimait ?

Remarquez, elle a encore le cœur bon et généreux, nous ne sommes qu'en juillet 1919.

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Les sols du 12, Square Grimmaurd sont de divers matériaux.

Les sols des salons et de la salle-à-manger du premier étage, ainsi que des chambres et des couloirs des deuxième et troisième étages sont en chêne doré. La vitrification est d'origine, autant dire que la couleur chaleureuse est depuis longtemps passée et encrassée. Les salles d'eau et commodités sont carrelées de noires, comme toutes les salles d'eau et commodités de la bâtisse. Elles ont toutes été installées au début du vingtième siècle par Mrs Hesper Black, avec une partie du montant de sa dot. C'était l'une de ses nombreuses exigences auxquelles son époux Sirius Black s'est volontiers plié pour l'épouser.

Les quatrième et cinquième étages, construits sous l'égide de Sortilèges d'Extension Indétectable dix ans plus tard, ont des parquets en bois de châtaigner, moins noble, mais moins cher, un bois imputrescible pour surplomber les deux étages réservés aux héritiers les plus directs et directifs.

Le sixième étage est censé être celui des domestiques, mais les elfes de maison des Black ont toujours dormi dans la cuisine et à la cave, avec les rats et la moisissure. À leur place. Le sol de ce sixième étage, occupé de manière rare durant ce siècle, est en sapin, enduit de cire et de poussière. C'est un grenier, un grenier assez noble lorsqu'il est décapé pour accueillir des invités ou bien laissé à Arcturus et Melania la possibilité de contempler le tracé de la cour carrée du jardin.

Mais le plus intéressant se trouve assurément au rez-de-chaussée. Le sol du rez-de-chaussée est en pierre blanche et noire. Le sol du long couloir, infini gouffre de ténèbres, est noir avec de petits losanges de blanc dans les angles des carrés. Il en est de même dans le vestiaire, derrière la porte à droite de l'entrée, qui reçoit comme il se doit les vêtements des invités lors des réceptions.

Derrière la première porte à gauche du couloir, l'invité impromptu patiente. C'est aussi dans cette pièce que toutes les demoiselles Black ont fini par être demandées officiellement en mariage. Disons plutôt que c'est à cet endroit, une fois le fiancé présenté à monsieur le père de mademoiselle, une fois l'accord plus ou moins conclu dans le bureau de monsieur le père, que la demoiselle se voit demander sa main à elle-même devant ses parents, où elle dit oui, ou non – mesdemoiselles Black ont assez d'orgueil pour refuser un promis qui ne leur convienne – et où elles reçoivent une bague à leur hauteur. La cérémonie est de mise dans la Maison des Black.

Puis il y a la pièce de la seconde porte à gauche : la cuisine. Elle est juste en-dessous de la salle-à-manger afin que le dîner puisse être préparé, comme à Poudlard, et apparaître quand le maître de maison l'ordonne.

La pièce qui m'intéresse n'est pas une pièce, et sa porte se situe tout à fait en face de celle de la cuisine.

C'est une sorte de cour couverte, de préau.

Dont le sol est un damier parfait.

Un échiquier.

Un carré de huit cases noires et blanches, sur huit cases noires et blanches, le tout entouré de carreaux placés en diagonales pour donner l'illusion d'un tapis.

Un plateau de jeu.

À l'origine, Cygnus premier du nom et Ella Max-Black l'avaient fait construire pour jouer aux échecs avec des pièces grandeur nature. Hélas, ils sont morts très jeunes. Vingt-deux et vingt-trois ans. Toutes les pièces venaient à peine d'être achevées, et elles ont été brûlées sur les bûchers funèbres de Mr Cygnus Black pour les pièces noires, et de Mrs Ella Max-Black pour les pièces blanches. La tradition guerrière du bûcher funèbre était une clause du contrat de mariage exigée par Mr Max Père. Cygnus s'y était volontiers plié pour épouser son héritière.

Peu importe son origine, un simple pas sur le marbre fait entrer l'invité dans le jeu de pouvoir de la Maison des Black.

Mrs Hesper Black l'avait très bien compris lorsqu'elle avait accepté la main de son futur époux pour poser un premier pied sur les cases de l'échiquier. Tout comme lui, elle reconnaissait être une pièce du jeu de Phineas, Ursula et Elladora Black. Elle acceptait d'être la reine si Sirius était le roi. Elle aurait ainsi plus de latitude que lui pour se déplacer, car la reine avance certes dans une seule direction, mais elle avance autant qu'elle veut.

À côté d'eux, il y avait les fous en les personnes de leur deux fils, Arcturus troisième du nom, et Regulus premier du nom. Ils n'allaient pas droit mais en diagonale, et jamais sur les mêmes cases – blanches pour Arcturus, noires pour Regulus, mais ils pouvaient s'obstiner à avancer sans s'arrêter si on le leur disait, obéissant à la folie.

Puis, pour les protéger deux à deux avec fidélité, il y avait les cavaliers de la Maison des Black en les personnes des deux frères de Sirius. Phineus n'était plus le frère de Sirius depuis 1915 lorsqu'il les avait humiliés en défendant l'échiquier des droits des Moldus. Il n'avait jamais été d'un grand soutien ni d'une grande abnégation pour la cause de toute façon. Il était mieux hors de l'échiquier. Sirius avait donc deux frères. Arcturus et Cygnus, deuxième du nom tous deux, n'avançaient pas droit, en L, comme des cavaliers. Arcturus peignait, jouait aux échecs à l'international et savait qu'il était dans son intérêt de rester à sa place de cavalier, même s'il faisait quelques entorses à l'honneur et à la droiture toute relative des Black. Cygnus était violent et prompt à s'emporter, à changer de cap et à dévier des lois. Ils réunissaient à eux deux les domaines inconnus à Sirius et Hesper Black, ou bien qui les répugnaient plus ou moins.

Puis il y avait les tours, inébranlables et inflexibles, dont les postes étaient longtemps restés vacants. Melania avait été reçue pour prendre place du côté d'Arcturus. Orion, leur fils, serait un moment l'autre… jusqu'à ce qu'il devienne un fou à son tour, puis le roi de sa reine noire ensuite.

Quant aux pions, ils changeaient au gré des événements. On y retrouvait souvent Violetta Bulstrode-Black, épouse de ce fanatique de Cygnus, cavalier du roi. On y retrouvait aussi Lysandra Yaxley-Black, épouse de cet artiste d'Arcturus, cavalier de la reine. La mauvaise entente entre les deux sorcières avait été presque immédiate. La vie et l'amour avaient fini de les éloigner l'une de l'autre. Aimer le même frère n'est jamais une bonne chose. Mais ceci est une autre histoire.

Parmi les autres pions, il y avait Pollux, qui tentait de manger le roi, mais le roi était dans son propre camp, c'était impossible. Il y eut un temps Lycoris aussi, mais sa perversité finit par exaspérer jusqu'à son frère Arcturus, le seul à l'avoir toujours défendue. Il y eut Belvina Black-Beurk, sœur du roi et ses cavaliers, mais la demoiselle eut la présence d'esprit de s'échapper du 12, Square Grimmaurd.

Et contre qui jouaient les Black ? Contre le pouvoir du monde entier.

Ils pensaient être les pions blancs, qui commencent et gagnent, mais ils perdaient, progressivement, ils devenaient plus fous de génération en génération, jusqu'à s'entre-tuer et se tuer eux-mêmes. Ils étaient les Black, les pions noirs de cet échiquier, sur lequel Melania avait posé un pied distrait ce jour où Irma l'avait invitée.

Melania était la tour, qui certes avance tout droit et ne prend jamais la tangente, mais qui sait très bien changer de ligne pour rejoindre son fou et même prendre la place de la reine. Elle était la tour toujours droite et inflexible, celle qui n'agirait plus jamais sous le joug d'une main de pouvoir mais qui résisterait à toutes les tempêtes.

Mrs Hesper Black l'avait oublié lorsqu'elle laissa Melania quitter sa serre et partir à la recherche d'Arcturus. Elle avait dégagé les pions qui maintenaient sa belle-fille dans le coin du plateau : elle lui avait rendu sa liberté.

Arcturus n'était plus dans la cour, il n'était pas au rez-de-chaussée non plus. Melania monta alors au premier étage et s'avança d'abord jusqu'au Grand Salon qui donnait sur la cour, mais Arcturus n'y était pas. Son regard s'attarda un instant sur l'Arbre. À côté du prénom d'Arcturus, se trouvait à présent celui de Melania, tous deux reliés par une branche plus mince que celle de ses beaux-parents mais bien plus épaisse que celle qui pouvait relier Violetta et Cygnus Black ou bien Lysandra et Arcturus Black. Peut-être était-ce le hasard, mais elle aima cette image d'une liaison déjà solide malgré l'entrée toute fraîche dans leur vie maritale.

Elle gagna ensuite le salon de musique, où elle ne trouva pas Arcturus. Il ne fut pas non plus dans le petit salon. Alors, elle monta un étage de plus pour aller regarder dans leur chambre. Le lit avait été fait sans doute par l'un des elfes de la Maison des Black, et sa robe de mariée rangée dans son armoire. Elle ignora la faim qui commençait à tordre son ventre et engourdir ses membres et appela doucement son mari. Elle n'obtint aucune réponse.

Il y avait bien la bibliothèque du troisième étage dans laquelle elle avait passé quelques après-midis à écouter Arcturus lui lire ce qu'il aimait. À présent, il lui semblait qu'il aimait cette pièce non parce qu'il aimait lire, mais pour son silence. Mais il n'y était pas non plus.

Perplexe, inquiète et abattue, elle revint s'asseoir sur leur lit et se demanda où est-ce qu'il avait pu aller vu qu'il ne sortait presque jamais. Jamais tout simplement, même, au vu de ce que Mrs Hesper Black lui avait dit.

Il était peut-être avec son père, dans le bureau des Héritiers. C'était officiellement celui de Phineas Nigellus Black lorsqu'il n'était pas à Poudlard à son poste de directeur, mais il avait depuis longtemps cédé les rênes de la Maison des Black à son fils aîné, Sirius, le père d'Arcturus. Et Arcturus passait en partie ses journées avec son père, afin de s'occuper des obligations de la Maison des Black.

Elle hésita à peine une minute à oser les déranger. Elle remit rapidement de l'ordre dans son visage et dans sa tenue. Arcturus n'avait pas besoin de savoir que, oui, elle était effrayée de ne plus le connaître. Il devait seulement voir combien elle voulait continuer de découvrir qui il était et combien elle l'aimait.

C'est ce jour-là, peut-être, que Melania se résigna à mentir pour de bon à Arcturus. Auparavant, elle avait simplement tu deux ou trois choses la concernant – comme il l'avait fait d'ailleurs, en y songeant. Elle n'avait pas parlé d'Aristote Parkinson, ni d'Alexander Twain et surtout pas de John Swift ni de cet avortement chez Miss Selwyn. Peut-être que Pollux lui avait dit qu'elle avait été très proche d'Alexander Twain à Poudlard, peut-être qu'il avait rapporté des rumeurs à Arcturus. Elle avait pensé qu'il ne l'avait pas fait puisqu'Arcturus ne lui avait pas posé de questions. À présent, elle préféra penser qu'il n'avait pas voulu croire Pollux. Elle préféra aussi que les choses restent ainsi pour ne pas qu'il s'inquiète inutilement. Elle se décida à ne plus mentir par omission mais un peu consciemment… Ou du moins, à ne pas chercher à lui avouer quoi que ce soit.

Melania leva donc le bras, le cœur battant la chamade, pour frapper contre la porte du bureau de son beau-père. Elle écouta un moment, le bras levé. Mais elle n'entendit ni Mr Sirius Black, ni Mr Phineas Nigellus Black, ni Arcturus. Elle hésita, non parce qu'elle avait peur de se faire rabrouer (elle s'était assez fait rabrouer pour supporter une remontrance supplémentaire), mais parce que qu'elle craignait que Mr Sirius Black s'affole et s'empresse de chercher Arcturus avec elle.

Elle perçut enfin une voix, et son poing s'abattit dans un sursaut sur le bois sombre de la porte.

« Entrez, retentit un instant plus tard la voix de son beau-père. »

Elle poussa timidement la porte, toujours légèrement intimidée de faire face au directeur de Poudlard dans la maison où elle vivrait désormais. Mais il n'était pas avec son beau-père. Arcturus non plus n'était pas là. Elle sentit ses épaules contractées d'espoir s'effondrer et retomber d'abattement. Mr Sirius Black dû le voir puisque son sourire s'écrasa un peu.

« Eh bien, Melania, que puis-je pour vous ? » demanda-t-il.

Il lui fit signe de s'asseoir en face de lui, sur le fauteuil en cuir noir, pendant qu'il posait sa plume et enroulait le parchemin qu'il venait d'annoter.

« Je… Je cherche Arcturus », reconnut-elle avec embarras en s'asseyant.

Elle était certaine que Mr Sirius Black savait exactement de quoi Mrs Hesper Black l'avait entretenue, et elle était certaine aussi qu'il savait ce qu'il s'était passé cette nuit et ce matin.

« Il est sorti, lui dit-il succinctement.

— Je… Je ne pense pas qu'il serait sorti seul, Mr Black », se permit-elle d'insister.

Le sourire déjà écrasé de Sirius Black devint forcé et crispé. Il savait très bien ce qu'elle voulait dire.

« Il était agité, il avait besoin d'être seul, en convint-il en reprenant sa plume. Allez donc aider Hesper dans sa serre, vous connaissez sûrement d'autres techniques dont elle n'a pas entendu parler. »

Melania n'aima pas la manière de Mr Sirius Black de la congédier aussi abruptement. Elle était des leurs, comme l'avait dit Mr Phineas Nigellus Black la veille. Elle pouvait à présent partager leurs secrets, les garder et les défendre. Quant aux techniques agricoles que ses parents lui avaient enseignées en Écosse, elle en avait déjà partagé plusieurs avec Mrs Hesper Black et elle aurait le temps d'en partager d'autres plus tard. C'était Arcturus le sujet de son inquiétude immédiate.

« Mr Black, j'ai besoin de voir Arcturus et de discuter avec lui », insista-t-elle en sentant ses joues rougir sous le coup de l'impertinence.

Mr Sirius Black ne devait pas avoir l'habitude qu'on insiste de la sorte auprès de lui, surtout pas s'il avait fait comprendre à son interlocuteur qu'il était congédié, car il se figea et sa main se crispa sur sa plume. Il avait trouvé un adversaire en tout point opposé à lui : impertinent, loyal et droit, Poufsouffle de cœur et de nature.

« Vous savez très bien que je sais, ajouta-t-elle précipitamment. J'ai besoin de parler à Arcturus pour savoir quoi faire pour l'aider et…

— On ne peut rien faire, Melania, la coupa Mr Sirius Black avec rudesse en vrillant ses yeux aux siens. Arcturus est malade mental, il ne perçoit pas la réalité comme nous, il se sent persécuté, et on ne peut rien y faire. Hesper s'use la santé depuis quinze ans sur nos enfants, mais c'est en vain. Si vous ne donnez pas d'héritier ou d'héritière à Arcturus, la Maison des Black reviendra à Pollux, et nos derniers espoirs seront éteints. Arcturus ne vivra pas vieux, Melania, continua-t-il sèchement sans flancher. Une crise lui fera commettre une véritable folie un jour. S'il a le temps de vous faire un enfant, tout ne sera pas perdu, mais n'espérez pas…

— Que vous êtes rustre ! Et grossier ! s'emporta Melania en bondissant sur ses pieds, choquée au possible. Vous parlez de votre fils ! Il n'est pas fou, il…

— Arcturus est malade, Melania, n'essayez pas de le nier, la coupa-t-il sans même faire mine de s'énerver. Vous pourrez composer avec ceci un temps, mais, même si la confiance restera, la fatigue finira par chasser l'amour. Vous pouvez essayer de rendre sa vie plus douce, comme vous le faites depuis quatre mois, mais n'espérez pas le soigner.

— Mr Black, si j'ai déjà adouci la vie d'Arcturus, pourquoi…

— Pensez à ce qui est arrivé cette nuit et ce matin, Melania, la coupa-t-il à nouveau avec plus de lassitude cette fois-ci. N'en attendez pas trop de mon fils, et pensez aussi à vous. Je vous apprécie comme ma fille, Melania. Vous êtes douce, spirituelle, décidée et vous avez du cœur. Ne croyez pas que je ne me réjouis pas de vous voir si attentive à mon fils, mais je ne veux pas que vous vous tuiez à la tâche ou que vous vous mettiez à le détester lorsque vous serez fatiguée de veiller sur lui. Vous ne pourrez pas le soigner, vous pouvez seulement le guider. »

Peut-être Mr Sirius Black a-t-il toujours sous-estimé son fils. Peut-être a-t-il toujours été persuadé qu'Arcturus n'était pas soignable et qu'il resterait un enfant toute sa vie. Peut-être aussi n'espérait-il plus rien dans le but de se protéger des désillusions et qu'il avait préféré accepter son fils tel qu'il était. Peut-être aussi – et c'est ce que je préfère penser par-dessus tout –appréciait-il véritablement Melania et qu'il ne voulait pas la perdre elle aussi. Ce qui est certain, c'est qu'il l'appréciait plus que sa fille Lycoris dont il avait honte devant sa famille et devant ses amis.

« Pourquoi ne pas me l'avoir dit avant le mariage ? » demanda-t-elle avec abattement en venant se rasseoir.

Les expressions de son visage trahissaient Melania. C'était délicieux pour un joueur d'échecs comme Mr Sirius Black. C'était naïf et innocent, mais aussi amusant pour lui, lorsqu'il ne machinait pas. Mr Sirius Black accepta de ne pas tenir rigueur à Melania de s'imposer dans son bureau et il lui parla à cœur ouvert. Elle tenait le plus gros des secrets – certes, de polichinelle mais secret tout de même – de la Maison des Black entre ses mains. Et elle serait celle qui côtoierait ce secret de la manière la plus proche. Il ne pouvait pas se contenter de la considérer comme un pion ou une tour, il devait au moins la considérer comme son égale s'il voulait qu'elle les aide à maintenir leur rang et à protéger Arcturus.

« Seriez-vous rester auprès de mon fils si vous aviez eu conscience de son esprit instable, Melania ? » demanda-t-il en baissant la voix.

Ce fut perturbant à cet instant combien Mr Sirius Black ressembla à Arcturus. Sa voix s'était juste étouffée pour prendre le timbre de celle d'Arcturus, la lumière tamisée masquait les mèches blanches de ses cheveux noirs bouclés et coupés de la même manière, et les ridules de son visage étaient masquées par celles qui indiquaient l'inquiétude. Leurs yeux gris pâle, presque blancs, fixèrent Melania avec la même douceur l'espace d'un moment. C'était comme si Mr Sirius Black avait rapporté la crainte d'Arcturus en personne.

« Oui, accepta-t-elle avec son cœur, comme elle l'avait fait une journée plus tôt en échangeant ses vœux avec son mari.

— Si jeune, si belle et si vive que vous êtes, vous auriez aisément pu trouver un époux plus modeste mais plus stable », insista Mr Sirius Black avec un sourire triste.

C'étaient certainement les mots d'Arcturus.

« J'ai connu d'autres hommes, Mr Black, vous le savez, se risqua-t-elle à rappeler en toute franchise. Pas un ne m'a touchée comme Arcturus n'a réussi à le faire. Pas un ne m'a montré autant d'amour ni de respect que lui. Alors qu'un grain de folie se soit glissé dans son esprit m'importe peu. Quand je le regarde, je vois seulement mon époux, l'homme qui a juré de me protéger contre l'univers, l'homme qui m'aime et celui avec lequel je veux vivre. Si je dois moi aussi le protéger contre le bruit et la foule, alors je le ferai, mais j'ai besoin de savoir comment agir pour y parvenir. »

Un cœur de Poufsouffle est endurant, patient, loyal et fidèle… mais la fatigue peut tout de même l'épuiser.