Chapitre 13 : Où Pollux Black tente sa chance

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Singulier destin que celui de Melania Black.

Saviez-vous qu'elle recommença à prendre des décisions ?

Qu'elle entra doucement dans les jeux de pouvoir ?

Qu'elle commença à manigancer ?

Simplement pour l'amour d'Arcturus ?

Remarquez, elle est encore loin de retrouver l'homme qu'elle pensait avoir épousé.

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Melania ne resta pas longtemps à écouter Mr Sirius Black lui donner des conseils. Il lui disait à peu près les mêmes mots que Mrs Hesper Black son épouse. Il lui disait d'anticiper les craintes d'Arcturus, de ne pas trop quitter le 12, Square Grimmaurd ni d'inviter trop souvent des gens extérieurs à la Maison des Black. Il lui disait, en soi, d'être au service d'Arcturus. Je ne l'ai compris que plus tard, quand je me suis éloigné de Melania, un peu, progressivement. Elle ne nous rendait plus visite parce qu'elle était toute d'amour pour Arcturus et parce qu'elle nous oubliait dans les bras de son époux : ou plutôt, elle ne pensait simplement plus à nous. Elle pensait d'abord à Arcturus.

Elle voulait être au service d'Arcturus, mais Arcturus avait déjà décidé d'être à son service. La situation était ironiquement insoluble.

Elle tourna en rond encore un peu, réfléchissant à la discussion qu'elle aurait avec Arcturus dès son retour. Elle espérait pouvoir le retrouver avant le dîner et lui parler avant de se retrouver à table avec les autres membres de la Maison des Black.

Puis elle décida de s'occuper les mains et retourna auprès de Mrs Hesper Black pour s'occuper de la serre. C'était lorsqu'elle avait les mains dans la terre que Melania était à son aise. Lorsqu'elle pouvait courir à travers champs, elle respirait la joie de vivre enfantine.

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Il était huit heures moins dix lorsqu'elle entendit la porte de la salle à manger grincer et s'ouvrir. Elle se tordait les mains depuis vingt bonnes minutes, habillée d'une robe noire brodée de vert et d'argent, lorsqu'elle retrouva enfin son époux.

Il était habillé de ses éternelles robes noires et strictes. Ses yeux étaient enfoncés dans leurs orbites et ses cheveux noirs pendaient tristement de chaque côté de son visage. Il s'immobilisa en voyant Melania dans la pièce. Il avait dû espérer ne pas se retrouver en tête à tête avec elle avant ce soir.

« Arcturus, tu es enfin rentré », se réjouit Melania en se précipitant auprès de lui.

Je vous l'ai dit, Melania avait décidé de se plier en quatre pour son amour, d'être à son service. Alors, comme un valet ou un elfe de maison, elle se précipita à ses pieds.

« Je t'ai attendu toute la journée, continua-t-elle. Tu m'avais dit que nous passerions la journée ensemble, mais lorsque je me suis réveillée, tu…

— Voulez-vous parler plus bas, Melania ? » la coupa Arcturus avec fébrilité.

Arcturus n'utilisait jamais l'impératif contre Melania. Elle n'était pas à son service, il était à son service. Et puis, il la vouvoierait toujours en public, c'était une distance qui lui semblait nécessaire pour la préserver et pour se montrer digne de la Maison des Black. Melania se ferait très rapidement à cette dichotomie dans leurs rapports : le privé de leur chambre le privé-public du 12, Square Grimmaurd le public représentatif de l'extérieur.

« Bien sûr », souffla Melania en venant poser sa main sur son torse.

Elle était juste devant lui. Il n'aurait eu qu'à lever les bras pour la câliner comme l'amant qu'il voulait être pour elle. Mais il n'osa pas. Il n'osait même plus rien compte tenu de ce qu'il avait fait ce matin.

Melania aurait pu se lover autant qu'elle le voulait contre lui, il ne se serait jamais autorisé à la toucher à nouveau. Elle essaya de s'élever sur la pointe des pieds pour lui voler un baiser, il resta droit et raide devant elle. Il devait être perturbé de la voir si douce, gentille et câline avec lui. Déjà parce qu'ils étaient en public. Ensuite parce qu'il l'avait blessée et trahie selon lui. Peut-être même qu'il pensa un instant que ses parents s'étaient encore une fois mêlés de sa vie et avaient jeté un Maléfice d'altération de mémoire à Melania.

« Mais je me suis inquiétée, insista-t-elle plus bas en posant son autre main sur son torse. J'aurais au moins voulu discuter avec vous de… »

La porte qui grinça les empêcha de finir cette entrevue, comme la première de beaucoup d'autres. Melania ne s'éloigna pourtant pas de lui. Elle était son épouse, et dans son esprit, ceci légitimait tout comportement proche ou tactile à l'égard d'Arcturus. Elle se serait même permis de l'embrasser en public. Sur la joue et sur la bouche. Ses propres parents n'avaient jamais retenu des gestes de tendresse l'un envers l'autre devant ses frères et elle. Ils s'étaient faits plus rares au fil des années, surtout de cette dernière année, mais Melania n'avait pas oublié.

Arcturus s'éloigna d'un pas d'elle en se tournant vers le nouvel arrivant. La nouvelle arrivante. C'était Irma qui se tenait devant eux. Elle semblait surprise et interloquée. Ses joues un peu rouges finirent de divulguer sa gêne à Arcturus et Melania.

« Bonjour Irma, s'empressa de la saluer Melania. Je ne t'ai pas vue aujourd'hui. Où étais-tu ? demanda-t-elle sans comprendre le problème. »

Disons qu'elle se doutait du pourquoi Irma était gênée, mais soit elle pensa qu'Irma en faisait trop, soit elle pensa qu'il y avait autre chose que cette proximité en public entre Arcturus et elle pour la gêner. Elle se rappelait nettement avoir déjà aperçu Irma et Pollux dans une alcôve à Poudlard, lui l'embrassant dans le cou, elle glissant ses doigts potelets dans les cheveux noirs mi-long de son fiancé. Elle pensa qu'il y avait autre chose. Personne d'autre de la Maison des Black n'y aurait pensé. La seule démonstration de tant d'affection en public aurait suffi à choquer cette teigne de Mrs Elladora Black. Et pourtant, Melania avait raison. Il y avait autre chose.

« Nous sommes allés chez mes parents, avec Pollux », répondit la petite brunette avec un sourire de circonstances.

Je l'ai dit, Irma était convenable. Jamais elle ne se serait permise un reproche à voix-haute à quiconque hiérarchiquement supérieur ou égal à elle. Jamais elle n'aurait posé de questions indiscrètes non plus. Elle se serait montrée compréhensive, elle aurait montré qu'elle savait l'affaire sans pour autant la dire à haute voix.

« Vous avez passé une bonne après-midi j'espère, enchaîna Melania en s'emparant du bras d'Arcturus pour l'empêcher de s'éloigner d'elle. »

Elle faisait ce qu'elle pouvait pour montrer à Arcturus qu'elle voulait de lui. Elle était maladroite, peut-être, comme une enfant qui cherche à obtenir l'attention de ses parents. Arcturus avait du mal avec le contact physique, surtout en public, elle aurait dû y penser. Certes son contact rassurait Arcturus, mais aujourd'hui, il l'angoissait tout autant.

« L'après-midi était paisible. Mon frère aîné a enfin décidé mon père à entamer des travaux dans le Manoir familiale. Il était temps », commenta Irma pendant que Pollux arrivait derrière elle.

Le sourire qu'elle renvoya à son époux révélait facilement le bonheur dans lequel elle vivait pour l'instant.

« Le père d'Irma a été difficile à convaincre, nous avons dû nous y mettre à trois, ses deux frères et moi, sans compter Irma, sa mère, sa sœur et Claudia, l'épouse de son frère aîné, et ce pendant des mois pour décider Mr Crabbe à ouvrir son coffre-fort, renchérit Pollux pour s'insérer dans la conversation. Bonjour Arcturus, Melania, continua-t-il avec un signe de tête. Comment vivez-vous le mariage ? Tu resplendis, Melania.

— Vous, le reprit Arcturus en tiquant de plus belle.

— Voyons, Arcturus, répondit Pollux avec un soupir lourd. Irma, Melania et moi sommes de la même promotion. Nous nous connaissons depuis notre entrée à Poudlard. Tu ne vas pas me demander de commencer à la vouvoyer.

— J'aimerais que tu montres un peu plus de respect à mon épouse, Pollux, persista Arcturus.

— Tu es ridicule, Arcturus, s'exaspéra Pollux.

— Melania, voulez-vous dire à Pollux de…

— Ce n'est pas parce que tu as décidé de vouvoyer ton épouse que tout le monde doit faire de même. Je connais Irma et Melania depuis des années, je ne vais pas changer ma manière de m'adresser à elles pour te faire plaisir. »

Ce n'était pas seulement pour une question d'amitié que Pollux se refusait à vouvoyer Melania. Il y avait de l'amitié et de l'habitude, certes. Il y avait aussi du calcul de pouvoir. Pollux avait lui aussi une main avide de pouvoir. Pollux, comme je l'ai dit, pensait qu'il hériterait de la tête de la Maison des Black. Il aimait son cousin Arcturus, mais c'était un malade mental. Il appréciait son cousin Regulus, mais c'était un asocial. Il ne pouvait pas souffrir Lycoris pour son fiel et son ambition d'indépendance par des voies charnelles absolument révoltantes pour quelqu'un comme Pollux. Si Pollux réprouvait toute violence – à l'inverse de son propre père – il savait très bien manipuler les gens et en obtenir ce qu'il voulait. C'était une méthode non plus honorable mais bien plus vicelarde et efficace. Peut-être réprouvait-il Lycoris parce qu'il l'admirait, d'une certaine façon, pour son habileté à obtenir ce qu'elle voulait avec une moue ou même parce qu'elle osait utiliser les attributs que lui avait accordés Mère Nature pour flouer les hommes les uns à la suite des autres. Peut-être la craignait-il aussi, peut-être craignait-il qu'une femme telle que sa cousine existe, et il se réjouissait qu'elle soit sa cousine et qu'elle ne puisse pas vraiment l'embobiner lui-aussi de cette manière. Et pour sûr qu'il se rassurait de savoir qu'Irma était loin d'être une femme de ce modèle.

Pollux essayait de semer la discorde, juste ce qu'il fallait pour les éloigner un peu et pouvoir tirer les ficelles que Melania était destinée à tenir en mains. Ou bien il essayait de faire de Melania son alliée afin de reproduire le triumvirat qu'étaient encore Phineas Nigellus, Ursula et Elladora Black. Il voulait un autre triumvirat pour la Maison des Black avec Arcturus, passif à l'image de Phineas Nigellus, Melania, doucereuse, apaisante et déterminée à l'image d'Ursula, et lui-même, confiant, profitant de tous les avantages avec le minimum de responsabilité à l'image d'Elladora. Non, il n'incluait pas Irma dans ses jeux de pouvoir. Irma lui apportait la gentillesse, la patience et l'ingénuité qui pouvaient lui manquer. Il ne voulait pas mêler Irma à sa politique parce qu'il voulait la protéger un peu. Il l'aimait vraiment. Peut-être mal. Peut-être d'une manière désuète, surprotectrice et pas toujours correcte, mais il se souciait véritablement d'elle.

« Arcturus, reprit Melania en affermissant sa prise sur le bras de son mari. Irma et Pollux étaient déjà mes amis, et ils sont en plus mes cousins à présent. Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je ne verrai pas de manque de respect de leur part s'ils continuaient à me tutoyer », approuva Melania.

Son cœur tendre, naïf et généreux avait parlé. Pollux agissait par amitié selon elle, même s'il n'y avait pas que cela. Tout était à double motif dans la Maison des Black de toute façon.

« Soit », accepta brusquement Arcturus après avoir fixé son cousin de longues secondes.

Il se dégagea habilement de la prise de Melania puis se dirigea vers le couloir.

« Le dîner sera bientôt servi, Arcturus, lui rappela Melania en marchant à sa suite pour l'accompagner.

— J'ai besoin de passer dans notre chambre, annonça-t-il simplement. Seul », ajouta-t-il pour qu'elle arrête de le suivre.

Melania n'insista pas, blessée et abattue devant la fuite évidente d'Arcturus. Pollux dut voir son désarroi puisqu'il lui fit signe qu'il s'en occupait. J'aime à penser que cette fois-ci, Pollux agit uniquement par amitié pour Melania et son cousin. J'en doute néanmoins encore une fois. Peut-être voulait-il devenir le confident d'Arcturus afin de pouvoir avoir un œil sur le mariage de son cousin qui faisait concurrence au sien comme géniteur de l'héritier ou l'héritière de la Maison des Black ? Peut-être voulait-il enfoncer Arcturus ? Peut-être voulait-il savoir si ce mariage qu'il avait vu comme la tombe de son ambition pourrait mener à quelque chose ? Ou encore, peut-être agit-il d'abord par amitié puis il se rendit compte ensuite que cette place de confident pouvait lui être profitable ?

Quoi qu'il en soit, Melania se retrouva dans la salle à manger, cinq minutes avant le repas, avec Irma.

« De ce que Pollux me disait, intervint Irma, Arcturus a toujours été une personne solitaire, Melania. »

Irma appréciait véritablement Melania. Elle était encore un peu naïve et fleur bleue, émerveillée par Pollux et en admiration devant lui. Elle n'avait jamais beaucoup réfléchi au rôle qu'elle voulait jouer dans sa vie autre qu'un rôle auprès de Pollux. Mais Irma avait du cœur, un cœur étranglé par le poids de la peur que posait constamment le 12, Square Grimmaurd sur les épaules du moindre occupant de la moindre pièce de la bâtisse.

« Il a sûrement besoin de s'isoler un peu, continua Irma.

— Il n'a pas besoin de s'isoler de moi, je suis son épouse, je peux tout entendre et tout faire pour lui », marmonna Melania entre ses dents.

Le marmonnement fit tiquer Irma, comme tout relâchement, mais ce furent surtout les mots marmonnés qui firent tiquer Irma, parce qu'elle avait entendu des bruits, des cris et des sortilèges faire frémir le 12, Square Grimmaurd cette nuit et ce matin. Pollux aussi les avait entendus. Ils avaient d'abord pensé à une dispute entre Violetta et Cygnus Black, les parents de Pollux, qui étaient nombreuses une fois qu'ils s'enfermaient dans leur chambre. Oui, c'était quelque chose qui l'avait effrayée au début. Pollux ne lèverait pas la main ni sa baguette sur elle comme son père Cygnus pouvait le faire avec sa mère Violetta. Tout le monde le savait, tout le monde le désapprouvait, mais tout le monde tolérait cet état de fait. Après l'effroi et l'incompréhension, Irma était entrée dans le rang du culte du secret propre à la Maison des Black.

Mais les bruits n'étaient pas venus de la chambre de ses beaux-parents. Ils étaient venus de la chambre d'Arcturus. Si auparavant, durant ses premières semaines de mariage, elle avait compris qu'Arcturus, en image de petit génie, s'emportait et lançait des sortilèges en pleine nuit, elle était certaine cette fois-ci d'avoir entendu des cris. Pollux avait continué de dormir profondément, elle n'avait pas osé le réveiller. Il dirait la même chose qu'il avait dite pour ses parents, que ce n'étaient pas leurs affaires et qu'ils n'avaient pas à s'en mêler. C'était peut-être la première des idées de Pollux qui fit grimacer Irma… avant qu'elle ne l'accepte.

« Tu as eu mal à ce point ? souffla Irma avec inquiétude sans pouvoir se retenir plus longtemps.

— Mal ? » s'étonna Melania.

Irma pensait que c'était Melania qui avait crié sous le corps et la baguette d'Arcturus. Elle était loin d'imaginer que Melania avait mené la danse de bout en bout.

« Tu sais, pendant… pendant l'acte, tu as eu mal au point de crier ? » murmura Irma.

C'était peut-être la première fois qu'Irma montrait une émotion ressemblant à de l'inquiétude et de la compassion devant Melania.

Melania cligna des yeux avec surprise, assez déstabilisée. Elle était perdue face à la question d'Irma qu'elle pensait sortir de nulle part.

« Pourquoi aurais-je eu mal ? demanda-t-elle en se rappelant vaguement ce qu'Arcturus lui avait rapporté des paroles de Pollux.

— Tu… Tu n'as pas eu mal du tout ? s'étonna Irma. Mais… Mais la première fois…

— Tu as eu mal, toi ? préféra demander Melania pour détourner la conversation. »

Elles s'étaient d'elles-mêmes dirigées vers les fenêtres de la salle-à-manger, un peu à l'écart, et parlaient à voix basses comme si elles parlaient de secrets.

« Oui un… un peu, souffla Irma avec malaise et soulagement aussi d'enfin pouvoir en parler avec quelqu'un. Pollux a essayé d'agir doucement mais…

— Mais ? insista Melania.

— Mais je… j'ai eu un peu mal, répéta Irma avec hésitation.

— Et tu n'as pas eu mal les autres fois, continua Melania en voyant qu'Irma voulait parler.

— Pas trop, non », reconnut Irma.

Irma ne refusait jamais à Pollux ce qu'il voulait, et c'était bien le problème. Elle n'avait pas parlé d'amour avec sa mère autre que pour apprendre qu'un homme avait le monopole de la couche conjugale. Elle n'avait pas de grande sœur avec laquelle elle aurait pu en parler librement. Valentina Crabbe, sa petite sœur, avait tout juste treize ans, elle était loin de ces préoccupations et Irma ne voulait pas l'effrayer. Et puis, je l'ai dit, Irma s'était éloignée de ses amies de Poudlard avec lesquelles elle avait seulement parlé des baisers que Pollux lui apposait dans le cou et sur les poignets lorsqu'ils étaient à Poudlard, et sur la poitrine lorsqu'ils avaient quitté l'École de Sorcellerie, mais pas de ceux ailleurs, depuis qu'ils étaient mariés.

Avec Melania, elle se disait que c'était différent. Elle se disait que Melania était de son rang et faisait maintenant partie de sa famille. Elle voulait la considérer comme une cousine proche. Elle voulait qu'elles se confient l'une à l'autre.

« Pas trop ? s'étonna Melania.

— Il y a quelquefois où c'est plus… facile que d'autres », en convint Irma, les joues écarlates de honte.

Elle était soulagée, certes, mais un peu honteuse aussi d'aller demander à Melania ce qu'elle en pensait, pour se rassurer, pour savoir si c'était elle qui était différente, étrange, anormale, ou si c'était Pollux qui aurait dû faire autrement. Pollux et Irma s'étaient réservés l'un à l'autre, ils découvraient ensemble les joies de l'amour, et ce n'était pas toujours simple.

« Oh », souffla Melania.

Melania était embêtée : elle ne pouvait pas parler aussi librement qu'elle en avait l'habitude. Elle ne pouvait pas conseiller à Irma d'allonger le temps des caresses et des baisers sans mettre la puce à l'oreille de son amie. Irma saurait immédiatement que Melania avait un peu trop d'expérience pour une jeune épouse et pour sûr qu'elle désapprouverait cette attitude. Mais surtout, elle pourrait le rapporter à Arcturus, même sans le faire exprès.

Elle fut sauvée d'une situation inextricable par le retour de Pollux qui semblait visiblement contrarié. Arcturus avait dû lui demander de se mêler de ses affaires avec une absence de tact due à l'inquiétude.

« Je te souhaite bien du courage, Melania. Mon cousin est bien trop entêté et solitaire pour une personne aussi affable et conviviale que toi », assena-t-il brusquement en venant auprès d'Irma.

Il accorda un de ses rares gestes affectifs en public à son épouse en venant enrouler son bras autour de sa taille. Il devait sans doute se réjouir d'avoir un ménage bien plus simple que celui que son cousin offrait à Melania.

« Je t'ai entendu, Pollux, attaqua Arcturus qui revenait dans la pièce, complètement hors de lui. J'aimerais que tu ne commences pas à contester mes décisions quant à la vie que je veux mener.

— J'essaie de t'aider, tu n'es pas obligé…

— Mais cessez tous de vouloir vous ingérer dans ma vie, nom de nom ! s'exaspéra-t-il. Je ne suis pas stupide, je sais…

— Tu sais peiner ton épouse ? Oui, tu sais bien le faire, toutes mes félicitations, contre-attaqua Pollux.

— Pollux, Arcturus ne m'a pas fait de peine, voyons, mentit ouvertement Melania en s'agrippant au coude d'Arcturus pour le garder près d'elle. Je suis simplement frustrée de ne pouvoir profiter pleinement de mon époux frais d'un jour.

— Arcturus, mon fils, vous voilà enfin », retentit la voix de Mr Sirius Black.

Le calme revint aussitôt dans la salle-à-manger. Chacun avait ses débats, dans la Maison des Black. Chacun menait sa petite guerre et personne ne se mêlait de la croisade d'un autre. Mr Sirius Black n'avait pas besoin de connaître les tenants et les aboutissants de la contrariété entre Pollux et Arcturus… même s'il en mourait d'envie puisqu'il voulait tout savoir.

« Avez-vous pu régler l'affaire dont vous me parliez hier ? s'enquit-il avec finesse.

— Tout est en ordre, Père, approuva Arcturus avec un signe de tête.

— Bien. Votre Grand-père ne va plus tarder, les garçons. Arcturus et Lysandra sont de sortie ce soir, avec leurs filles. Nous serons seize à table. Pollux, savez-vous où est Cygnus ?

— Je n'ai pas vu mon père de la journée, mon oncle. Ni ma mère.

— Il me semblait qu'ils visitaient vos grands-parents Bulstrode aujourd'hui, insista Mr Sirius Black.

— Eh bien ils ne sont pas encore rentrés. »

La cheminée laissa passer une série de crachotements indicateurs de l'utilisation du réseau de Cheminette. Pollux esquissa un sourire.

« Ce doit être eux… »

À peine avait-il fini sa phrase que la voix grave et sourde de Mr Cygnus Black retentit. Melania découvrit un peu ce jour-là combien Mr Cygnus Black était rude et combien la Maison des Black le cachait bien.

« Ton père est pénible, Violetta, grondait-il. Dis-lui que j'éduque mes enfants comme je l'ai décidé. S'il n'est pas capable de comprendre que je ne cède pas…

— Cygnus, nos enfants…

— Ne me coupe pas ! »

L'éclat de voix fit sursauter Melania. Le visage d'Irma s'était fait glacial et impassible, celui de Pollux s'était brutalement fermé. Quant à Mr Sirius Black… Il soupira lourdement, quitta la salle-à-manger et on l'entendit parler à voix basse à son frère dans le Grand Salon. Melania tourna la tête vers Arcturus en sentant enfin son bras s'enrouler autour de sa taille. Les tocs de ses yeux reprenaient de plus belle et lorsqu'il tourna la tête vers Melania, son visage était crispé. Melania hésita à poser une question, puis tout rentra dans l'ordre lorsque Mr Cygnus Black et Mrs Violetta Black les rejoignirent, sourires aux lèvres. Tout semblait parfaitement normal.

Ce n'est pas tout de suite que Melania comprit combien Mr Cygnus Black était véritablement cinglé. Arcturus était peut-être fou, mais il était malade. Mr Cygnus Black était violent et cruel. Manipulateur. Doucereux aussi.

« Oh, Pollux, se réjouit Mrs Violetta Black en venant prendre les mains de son fils aîné. Mon père a encore demandé de tes nouvelles. Viens avec nous la prochaine fois.

— Grand-père Eudes se porte-t-il toujours bien ? » demanda Pollux avec prévenance.

Pollux ne ressemblait pas du tout à sa mère, ceci avait frappé Melania le jour du mariage de ses amis. Pollux était le portrait craché de son père. Un vrai Black. Cheveux noirs, yeux gris, beaucoup de prestance. Ou plutôt, de présence. Il en imposait. Il n'avait pas une carrure d'homme de bureau, comme Arcturus. Arcturus était grand et svelte, gracieux. Melania trouvait son époux vraiment beau, élégant et distingué. Il avait une prestance naturelle et altière. Il n'avait pas besoin de parler pour imposer le respect. Au contraire de Pollux. Pollux était large d'épaules, carré. Il était moins grand qu'Arcturus, plus en force. Presque trapu. Et lorsqu'il parlait de sa voix de basse, on l'écoutait. Tout comme Mr Cygnus Black. Mrs Violetta Black était très petite, enrobée d'un embonpoint agréable qui lui donnait bonne mine. Elle avait l'œil vert et vif, et toujours un sourire pour ses enfants et sa bru Irma.

« Pollux ! se réjouit la jeune Cassiopeia en sautillant jusqu'à son frère. Grand-père Eudes a acheté de nouveaux oiseaux. Tu aurais dû voir les Forcifer !

— Il y en a un rose, un vert et un bleu, compléta le petit Marius en hochant vigoureusement la tête. »

Cassiopeia et Marius, dix et huit ans, ressemblaient à leur mère. Ils avaient dix ans d'écart avec Pollux, et vouaient à leur grand frère une admiration sans borne. Il leur rendait cette affection avec plus de retenue lorsqu'il posait une main distraite sur l'épaule de sa sœur ou écrasait doucement les épis des cheveux de son frère de son autre main. Ils avaient les yeux verts de leur mère, et le brun de ses cheveux. Marius avait en plus ses épis, tout comme la petite dernière, Dorea, cinq ans.

« Grand-père a dit que le rose était pour Cassiopeia, le vert pour Marius et le bleu pour moi, ajouta la petite Dorea avec émerveillement. Je l'ai appelé Amarita. Cassiopeia a appelé le sien…

— Laisse-moi le dire toute seule, la coupa théâtralement Cassiopeia. J'ai appelé mon Forcifer Trinita, et Marius…

— Laisse-moi le dire moi-même, Cass, protesta de la même manière le petit Marius pour se moquer ostensiblement de sa sœur. J'ai appelé le mien Charlie.

— Eh bien, j'ai effectivement manqué quelque chose, ne trouva qu'à répondre Pollux en leur souriant distraitement. Je viendrai avec vous la prochaine fois. »

Melania s'amusa de voir Pollux un peu embarrassé. Il n'était pas forcément proche de son frère et ses sœurs. La faute à la différence d'âge, sûrement. Il ne serait avec aucun d'eux à Poudlard, puisque Cassiopeia y entrerait seulement l'année prochaine.

« J'entends la porte de l'entrée, ce doit être Père, les prévint Mr Sirius Black. Je vais chercher Hesper et nous pourrons passer à table. »

Melania se tourna vers Arcturus : leur premier repas ici, en tant que couple marié. Le bras d'Arcturus qui se glissa loin d'elle serra à nouveau son cœur. Elle le regarda quitter la pièce à la suite de son père.

« Laisse-lui du temps pour s'habituer », lui souffla Pollux.

Elle tourna la tête vers son ami. Parce que oui, il lui parlait comme à une amie.

Et pourtant, en tant qu'ami, il aurait dû lui dire avant le mariage qu'Arcturus était fragile psychologiquement.

Pollux, tout comme Mrs Hesper Black, a commis une erreur avec Melania. Pollux aurait dû prévenir Melania de la paranoïa d'Arcturus. Il aurait eu pour toujours la confiance de Melania et une main sur le pouvoir de la Maison des Black. Il aurait été son confident et son soutien. Mais il ne l'a pas fait, parce que c'était un secret et que Melania n'était pas encore des Black lorsqu'il aurait dû l'avertir. Mrs Hesper Black a rassuré Melania en lui disant qu'elle et Mr Sirius Black savaient qu'elle avait déjà été voir Miss Selwyn, la faiseuse d'anges du Chemin de Traverse. Pollux n'a jamais eu l'entière confiance de Melania car il ne lui avait pas fait confiance auparavant.

« Comme tu m'as laissé du temps pour m'y préparer ? » souffla-t-elle avec amertume.

Il était un peu tard, à présent, pour recevoir l'aide de Pollux.

Et Pollux dut le comprendre puisque son visage se crispa.

Je vous l'ai dit, Melania avait un cœur généreux et tendre de Poufsouffle, mais la première année de son mariage l'a considérablement durci et refroidi.

Elle commençait à jouer avec ses mains de pouvoir sans le savoir.

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Bonne soirée ! J'essaie de mettre la suite plus rapidement, promis... (coeur) Merci d'être toujours là (coeur)