Joyeux Noël !


Chapitre 7

Ce matin-là, Ichigo s'était levé réveillé par la soif. Il se rendit à la cuisine pour se servir. Cela avait eu le mérite de lui éclaircir les idées, au moins il ne serait pas réveillé pas le son strident du réveil. Il se tenait contre l'ilot, son verre à la main, lorsqu'il entendit du bruit dans l'escalier. Il se dit que Byakuya avait dû se lever tôt comme à son habitude et se rendit à la porte pour le saluer.

Il tomba nez à nez avec son entraineur. Ils se fixèrent en chien de faïence quelques minutes avant que l'intrus ne peste.

« Il va me tuer c'est sûr… »

Il grimaça avant de relever la tête vers lui.

« Garde ça pour toi. On s'est jamais vu ce matin, d'accord ?
- Heu… Ouais. En même temps ça me regarde pas.
- Bon esprit. »

Il remit ses chaussures dans l'entré et passa la porte.

Ichigo s'attendait à tout sauf ça.

Je savais qu'il y avait un truc bizarre en eux.

Il eut un frisson. Il repartit se coucher avant d'être surpris pas son tuteur. S'il devait feindre l'ignorance, mieux valait ne pas être surpris à vagabonder. Il remonta dans sa chambre et alla s'habiller en attendant que son réveil sonne. Il était assis sur son lit, le dos bien droit lorsque la sonnerie retentit. Il l'arrêta aussitôt et tourna dans sa chambre. Peut-être qu'il devrait décorer un peu plus ? C'était froid. La seule touche personnelle était sa photo de famille. Il pourrait en ajouter une avec les filles ou des souvenirs de ses amis… Et pourquoi pas celle du club l'an prochain…

Il allait rester là un moment, il était peut-être temps qu'il s'approprie enfin sa chambre.

Il entendit du bruit dans la cuisine. Cette fois ce devait être Hanatarô. Il s'étonna qu'il ne soit pas arrivé plus tôt. Etait-ce une demande de Byakuya ? Il ne voulait pas qu'il croise son invité inattendu ? En même temps, lui non plus ne s'y attendait pas. C'était étrange de croiser Kenpachi Zaraki en « mode furtif ». Il s'était appliqué à être discret, s'il n'avait pas été levé il ne se serait douté de rien.

Il patienta encore quelques minutes avant de descendre. Le cours de leur vie semblait avoir repris le même ordre immuable. Hanatarô mettait la table pour le petit déjeuner et le salua d'un sourire : « Vous êtes matinal aujourd'hui. » Auquel il répondit par un hochement de tête. La seule qui manquait été la présence de Byakuya.

o~~O~~o

Un frisson le réveilla.

Il ouvrit un œil en soupirant puis se retourna dans le lit vide. Il savait maintenant pourquoi il avait froid, sa source de chaleur nocturne avait disparu. Il repensa à cette étrange soirée où ils avaient évoqué des sujets sérieux avec une nonchalance qu'il ne se connaissait pas. Peut-être était-ce la seule manière qu'ils trouvaient pour ne pas se blesser.

Si quinze ans plus tôt présenter Kenpachi Zaraki à sa famille comme son petit ami aurait été saugrenu, aujourd'hui il s'en sentait capable. Il avait déjà assis sa réputation et sa notoriété, plus besoin de laisser le travail influer sur sa vie personnelle.

Objectivement, il était trop tôt pour qu'ils se considèrent en couple, subjectivement par contre… Il paraissait évident que Kenpachi le considérait déjà comme son compagnon. Les marques qu'il lui avait faites (et qu'il avait laissé faire) étaient sans équivoque.

Avec le recul, il savait que leur relation n'avait jamais rien eu de banal. Il était ce qu'il se rapprochait le plus d'un partenaire destiné. Il ne pouvait rêver mieux mais les doutes subsistaient toujours. Qu'avait-il en commun à part cette passion dévorante entre eux ? Si elle venait à disparaitre que leur resterait-il ? Il n'avait guère envie de penser à ça mais son esprit ne pouvait s'en empêcher.

Il devait toujours peser les pours et les contres mais en amour cela ne marchait pas ainsi.

Il voulait tellement que ça dure. Il se leva et prit une douche. L'eau nettoya les traces de leurs ébats mais elle chassa aussi ses craintes. Il choisit de se laisser enivrer par la sensation de plénitude qu'il avait en s'endormant, passer la nuit dans ses bras avait été reposant pour ses nerfs. En sortant de la douche il était un homme nouveau.

Il s'habilla en sifflotant puis jeta un coup d'œil à son portable.

8h42

Ichigo avait déjà quitté la maison et il avait raté le petit déjeuner avec lui. Il n'eut pas une pointe de remords tant il avait bien dormi, il esquissa un sourire. Il vit alors une notification de message de la part de Shunsui.

J'ai invité Jûshirô hier soir pour lui parler…
Et ça c'est mieux passé que ce que je pensais.

Il avait reçu joint à ce message une photo où il apercevait une tête de cheveux blancs posée sur un oreiller à côté de lui. Il eut un nouveau sourire.

Félicitations à vous deux.

Je te remercie de m'avoir poussé vers lui. C'est sûr que je l'aurais regretté c'était la meilleure soirée de ma vie.
Et toi, ta soirée c'est bien passé ?

Il préféra ne pas répondre et en profita pour demander des nouvelles à Yoruichi. Il descendit dans le salon et fut surpris de tomber sur père attablé. Il tenta de masquer son sourire. Sôjun se tourna vers lui.

« Je vois que tu profites de tes vacances, dit-il. Excuse-moi d'être passé à l'improviste mais je passais devant et je me suis arrêté en pensant que tu serais déjà levé.
- Pas de souci… Tu as croisé Ichigo ?
- Au parking, il partait pour le lycée. Il a l'air en forme. »

Cela voulait dire que son père était là depuis plus d'une heure. Il buvait un café à table et Hanatarô lui en servit un avec une viennoiserie de la vieille. Son croissant avait un peu séché mais il était toujours bon. Son père le regarda avec amusement.

« C'est bien que tu prennes du temps pour toi et te reposer.
- Je pense reprendre mercredi.
- Je vois, nous déjeunons ensemble ce midi ? Juste tous les deux ? Je pensais qu'aujourd'hui nous pourrions passer du temps ensemble. Cela fait longtemps.
- Tu n'as pas une réunion ?
- Demain et tout est déjà prêt. »

Il prit une gorgée de son café en se demandant ce qu'il lui préparait. Son téléphone vibra et il regarda les messages qu'il avait reçus.

Shunsui Kyoraku.
Tu pourrais me dire quand même ! Je suis ton meilleur ami, non ?
Pour Jûshirô, est-ce que tu pourrais garder l'information pour toi…
Il veut attendre pour vous en parler.
Je compte sur toi et ta poker face !

Yoruichi Shihôin.
Nous allons annoncer nos fiançailles officielles avec une petite photo pour la presse et tout le tralala! Mes parents sont ravis que j'officialise enfin (et que je me fixe selon eux) mais ils l'étaient moins en apprenant que cela devrait être rapide car elle était enceinte.
L'info du mariage commence à circuler.
Kisuke est en train d'organiser son déménagement aussi.

Kenpachi Zaraki.
Je suis disponible jeudi aprèm et soir si jamais tu es libre.
T'es mignon quand dors tu sais… Parfois on dirait que tu t'énerves tout seul.
Bonne journée Princesse.

« Je devines que ce n'est pas le travail… »

Il en avait presque oublié la présence de son père. Il se racla la gorge et tenta reprendre un peu de contenance mais il sentait ses joues chauffer.

« C'est drôle ce matin je crois bien avoir croisé Kenpachi… »

Il écarquilla les yeux mais le laissa parler.

« … De loin seulement mais un homme de deux mètre et avec une carrure pareil, difficile de le manquer. Ton grand-père m'avait dit qu'il avait rejoint le Seireitei comme entraineur.
- Oui je les vu lors de ma visite au lycée.
- Ta visite ? Il y a eu un problème avec Ichigo ?
- Avec le directeur, nous avions convenu de nous voir pour discuter de l'arrivée d'Ichigo, une sorte de réunion parent-professeur. Il devait choisir un club et monsieur Yamamoto lui a parlé du kendo et a souhaité faire une visite. Je l'ai croisé à ce moment-là, nous avons discuté rapidement.
- Vous étiez proches il me semble, dit-il prudemment.
- Ichigo a souhaité rejoindre le club, cela lui plait semble-t-il.
- C'est le principal… »

Il sembla hésiter mais il ne termina pas sa phrase.

« Et pour toi, ça se passe bien ? Je veux dire, avec le divorce, le travail qui augmente et les filles qui sont loin.
- Pour le divorce, ce n'était pas une surprise alors je m'en remettrais. Nous nous entendions mais ce n'était pas le grand amour non plus.
- Vous… Vous n'aviez pas essayé d'améliorer votre relation ? Vous n'étiez pas si mal assorti.
- Nous étions plus des collègues de travail et des partenaires en affaires. Ce n'est pas suffisant pour rester ensemble plus longtemps. Les filles sont en âge de comprendre maintenant mais cela reste difficile pour elles. Comment elles se portent ? Tu m'as dit qu'elles s'étaient disputées.
- Les premiers jours étaient difficiles, surtout pour Yuzu. Elle a beaucoup parlé avec Hiro, tu sais à quel point il est bon diplomate. Il a réussi à lui rendre le sourire. Les visites de Sôsuke leur ont fait plaisir aussi, de voir qu'il était toujours le bienvenu au manoir Kuchiki cela les rassure je pense.
- Le retour sera peut-être plus difficile, elles ne seront plus autant entourées et Sôsuke ne sera plus là pour leur parler. »

Il soupira.

« Qu'est-ce que tu racontes ? Tu t'en sors très bien avec elles et elles ont hâtes de te retrouver. Tu le sais, n'est-ce pas ?
- Peut-être mais c'est avec lui qu'elles échangeaient le plus.
- Ne dis pas de bêtises, cela se passera bien.
- C'est ça, répondit-il sèchement. »

Il n'avait pas envie de se fâcher dès le matin mais le terrain devenait glissant, encore plus avec son père.

« Ça t'inquiètes de te retrouver seul pour les élever ?
- Ce qui m'inquiète, c'est qu'elles se sentent seules.
- Elles n'ont pas l'air malheureuses pourtant, elles semblent plutôt épanouies hormis ses petites brouilles mais c'est l'âge. Karin murit plus vite et se heurte à la candeur de Yuzu.
- Si tu le dis.
- Mais ce qui m'inquiète c'est toi. Tu éludes la question, comment toi, tu vas ? Tu vas te retrouver seul pour t'occuper de trois enfants, ce n'est pas facile. Ichigo est adolescent, Yuzu et Karin vont bientôt en devenir.
- Je vais bien. »

Il le vit froncer les sourcils. Il finit son croissant et reprit une gorgée de son café. Il entendit son père soupirer.

« Tu as repris rendez-vous avec ta psychologue ces derniers jours ?
- Pourquoi cette question ? »

Il se mit aussitôt sur la défensive, sa bonne humeur balayée d'un revers. Sôjun eut un mouvement de surprise.

« Excuse-moi, je ne voulais pas te vexer. C'est juste que ça fait beaucoup de pression d'un coup et que peut-être tu as besoin d'en parler avec quelqu'un… Je sais bien que tu n'aimes pas te confier… Avec moi en particulier, mais ne laisse pas trainer si tu as besoin. »

Il soupira et se résigna. Cela ne partait pas d'une mauvaise intention. Son père voulait juste l'aider et s'inquiétait réellement pour lui.

« Je l'ai revu oui. Je me suis dit qu'avec l'arrivée d'Ichigo, il valait mieux prendre les devants mais… Globalement, hormis ce divorce plus précoce, cela se passe bien. Nous avons pu passer du temps ensemble ce week-end, nous avons visité le Senbonzakura, joué du piano ensemble et nous sommes allés sur la tombe d'Ishiin et Masaki. »

Il le vit ouvrir des yeux ronds.

« Vous… Vous êtes allés au cimetière ensemble ?
- Oui, je pense que cela lui a fait du bien de leur parler. Il est resté un moment à discuter et il semblait plus léger. Je l'ai laissé seul pour parler mais il tenait à ce que je l'accompagne.
- Ça n'a pas dû être facile pour toi… De le voir comme ça.
- Ce qui m'a rassuré c'est de voir qu'il faisait son deuil, jusqu'à maintenant il n'en avait jamais parlé ou évoqué le sujet mais hier il a demandé s'il pourrait repasser chez lui ou bien aller au cimetière… Il doit se sentir plus à l'aise pour évoquer ses sujets.
- C'est bien qu'il se confie à toi. J'aimerais que tu puisses en faire autant. »

Il voulut protester mais son père reprit aussitôt.

« Dis-moi, j'ai entendu dire que Yoruichi allait bientôt se marier ?
- Il semblerait, dit-il évasif.
- J'ai discuté avec le père de Shunsui Kyoraku hier, c'est lui qui m'a parlé de la nouvelle, il se désolait que son fils soit toujours célibataire ainsi que son neveu… Et comme ils seront surement invités au mariage, il espérait vous voir ensemble. Il se montrait assez insistant puisque apparemment Shunta ne t'était pas indifférent. »

À peine débarrassé de son mari qu'on essayait déjà de le recaser.

« Si tu es intéressé tant mieux mais si tu préfères l'éviter demande à Yoruichi de s'arranger pour que vous ne soyez pas ensemble. À moins que tu n'es prévu d'y aller avec quelqu'un. »

Il jeta un coup d'œil à son cou et Byakuya se rappela soudainement des marques qu'il avait. Par automatisme, il porta une main à son cou pour refermer et redresser son col en grognant.

« Yoruichi n'a envoyé aucune invitation, il me semble que j'ai le temps d'y penser.
- Peut-être mais ce mariage ne devrait pas tarder d'après les rumeurs… Certes c'est tôt mais tu penses chercher quelqu'un ? Tu es encore jeune, ce serait dommage que tu restes seul.
- Tu n'étais pas plus âgé que moi lorsque mère est décédée, il ne me semble pas que tu te sois remis en couple après.
- Disons que cela n'est jamais devenu sérieux. »

Il tourna la tête vers lui. Il ne s'attendait pas à ce genre de réponse. Il ne savait pas que son père avait eu des relations, cela ne lui avait même jamais traversé l'esprit.

« Ne sois pas si surpris.
- Tu n'en a jamais rien laissé paraitre alors… Je pensais que tu étais simplement resté célibataire.
- À ton âge, j'avais un succès fou, sourit-il.
- Je veux bien te croire.
- Et donc… De ton côté ? »

Les marques dans son cou étaient déjà une bonne réponse mais son père espérait quelques confessions qui seraient juste entre eux.

« En effet, je vois quelqu'un mais cela reste trop tôt encore pour en dire en plus.
- Devrons-nous le compter avec l'invité de Rukia ?
- Je crains que cela ne soit un peu tôt pour que les filles acceptent la nouvelle.
- Si je comprends bien, tu as peur que ce soit tôt pour les filles mais toi… Tu te sentirais prêt à t'engager ? »

Son père l'avait piégé.

« Tu n'as pas besoin de répondre, c'est moi qui suis trop curieux mais cela me fait plaisir de te voir ainsi.
- Ainsi ?
- Oui… Tu as l'air heureux. Que demander de plus après ces années difficiles ? Tu le mérites. »

Il réfléchit à ses mots. Lui aussi ne voulait qu'une chose : voir ses enfants heureux. Il comprenait mieux son père.

« Et si nous allions en ville dans un café avant le déjeuner ? »

o~~O~~o

Il avait vu juste.

Mizuiro et Keigo n'en crurent pas leurs oreilles lorsqu'il leur dit qu'il avait rencontré Shunsui Kyoraku et Yoruichi Shihôin.

« Mais tu te rends compte ? S'exclama Keigo. La famille Kyoraku possède les plus grandes maisons de couture du pays et les Shihôin possèdent des entreprises de surveillance à la pointe du progrès. C'était la réunion des empereurs dans ton salon, il ne manquait plus que Tokinada Tsunayashiro est c'était le G4 chez toi. Le truc de fou !
- Calme-toi Keigo. Ce sont aussi des gens normaux…
- En quoi ils sont normaux lorsque le pays leur appartient ?
- Je te confirme qu'ils étaient normaux. Une soirée à boire dans un salon, c'était plutôt banal.
- Sauf lorsqu'il n'y a qu'un invité qui reste toute la nuit. Dans les autres classe certains tournent en toupies sur le fait Shunsui Kyoraku ne soit parti qu'au petit matin. Je me demande qui va se dévouer pour te questionner.
- Me questionner ?
- Un rapprochement entre la famille Kuchiki et Kyoraku se serait l'évènement du siècle dans ce milieu. C'est presque l'équivalent d'un mariage de la famille royale anglaise, ça fait des années qu'aucun membre important de la haute noblesse ne s'est marié avec un autre… Ce serait le scoop du siècle.
- Ils vont vite être déçus alors. »

Le brun se mit à rire et Keigo fut dépité.

« Tu sais des choses finalement.
- Il avait pas l'air frais le soir alors il est resté dormir c'est tout… J'ai trouvé ça bizarre mais comment dire… »

Il repensa à sa discussion avec Shunsui au petit déjeuner. Il n'avait aucune raison de lui dire la vérité mais le fait que Kenpachi, lui ait dû partir en douce lui confirmait sa pensée. Pourquoi cacherait-il une aventure et pas l'autre ? Juste parce qu'il était son entraineur ? Shunsui n'avait même pas fait mine de cacher sa présence dans la chambre de Byakuya pourtant ils auraient facilement pu trouver une excuse.

« Je crois bien qu'ils sont juste amis et que cela n'ira pas plus loin. »

Keigo souffla déçu de ne pas être le premier au courant du « scoop du siècle ».

« Vous avez pu passer le week-end ensemble finalement ? Questionna Mizuiro.
- Ouais… J'ai été voir le Senbonzakura… Il n'y a pas de cerisier à l'intérieur, qu'est-ce que tu m'as raconté ?
- J'y suis allé il y a longtemps, rit-il. C'était peut-être juste la décoration qui était comme ça.
- Tu as réussi à faire l'étude de cas de géographie ?
- Tu tapes où ça fait mal toi, reprit Keigo. J'ai galéré avec ce truc, j'ai pas mal brodé pour arriver au bon nombre de mots.
- Il dit ça mais il va encore avoir une bonne note ! Mais c'est vrai que ses demandes sont différentes de l'ancien professeur. Tu crois qu'elle va rester longtemps ? Parce qu'elle change complètement le point de vue sur le programme.
- Vraiment ? Reprit Ichigo. Pour une fois que j'avais l'impression d'avoir réussi un truc, vous m'inquiétez là.
- Peut-être que tu as vraiment réussi, ne t'inquiètes pas pour ça. C'est juste que nous deux, après avoir passé le collège ici nous commençons à être bien dans le moule, dès que tu changes une méthode nous sommes perdus. Tous les professeurs ici ont les mêmes façons d'enseigner alors nous avons pris le pli. Je pense que dans le public ça doit être plus varié, c'est pas plus mal d'un autre côté, mais ici on nous forme directement pour préparer les concours et entrer dans les grandes écoles. »

Le recul de Mizuiro l'étonnait toujours. La paire qu'il formait avec Keigo en était encore plus étonnante.

« Vous vous connaissez depuis longtemps ? Demanda-t-il de but en blanc.
- Je le traine depuis l'école primaire alors je suis content de le partager un peu. Il peut être pénible des fois, murmura-t-il.
- Je ne suis pas sourd tu sais, ralla-t-il. Et toi non plus tu ne t'es pas fait d'autre ami en arrivant au collège ou au lycée.
- En même temps je vous comprends, se faire de vrai ami c'est compliqué, même dans mon collège s'était pas si évident que ça. Je n'ai gardé contact qu'avec une seule amie d'enfance, vous pourriez vous entendre avec elle je pense.
- Alors comme ça nous sommes de vrais amis ? Peut-on comprendre que nous sommes tes amis aussi ? C'est flatteur, dit-il avec un clin d'œil.
- Mais le dit pas trop fort, les mots de ce type ça attirent les vautours. »

Il allait demander qui était les vautours en question mais aussitôt la question lui parut idiote. Il était évident qu'ils étaient entourés de vautours, bien que ces oiseaux-là au moins aient l'obligeance d'attendre que leurs proies soient froides. Ce qui n'était pas le cas de leurs camarades, ils repéraient une faiblesse, se faufilaient et attaquaient dès que vous aviez le dos tourné.

Puis il se rendit compte de ce qu'il venait de dire. Il fut gêné et changea de sujet.

« On a anglais tout de suite, non ?
- Tu vas encore nous en mettre plein la vue ? Tu sais que tu as d'aussi bonnes notes qu'Ishida dans cette matière ?
- Je crois pas.
- Tu rigoles ? Tu sais que tous les autres sont jaloux, ils ont des cours particuliers mais ils galèrent toujours et toi pof, quand tu es arrivé t'étais mauvais partout sauf en anglais.
- Hey !
- Quoi ? Tu vas dire que c'est faux ? »

Il se tut. La sonnerie retentit et la salle se remplit doucement. Il remarqua des regards se tourner vers lui et roula les yeux.

Et c'est reparti.

« Allez ! Va leur en mettre plein la vue à ses gosses de riche. »

Il sourit à la réplique de Keigo et retourna à sa place. Il n'avait pas tort, il était temps de sortir de sa coquille et reprendre une attitude normale. Il n'allait pas continuer à subir jusqu'à la fin du lycée. S'il faisait ça il risquait de rester bloqué dans ce rôle et ne pourrait jamais redevenir lui-même.

Pour la première fois depuis le début de l'année, il se proposa pour lire un texte et répondit aux questions du professeur qui sembla ravi. Il remarqua un sourire sur le visage de Mizuiro et Keigo lui montra discrètement un autre élève qui enrageait silencieusement.

Il n'avait jamais beaucoup participé en classe mais lorsqu'il avait la réponse il la donnait. Ses profs au collège étaient contents lorsqu'il participait et le prenaient moins pour un délinquant. Que pouvait-il y faire s'il avait les cheveux roux ? Sa mère avait les même cheveux que madame Isaka, un blond doré qui tirait sur le cuivré. Il aurait préféré une couleur similaire. Il s'étonna en voyant madame Isaka entrait pour son cours de voir à quel point leur couleur de cheveux était identique. Quelle était la probabilité de connaitre deux femmes qui avaient exactement la même couleur ? Il ne se souvenait pas que sa mère fasse des colorations.

Il hésita à participer pour son cours mais c'était tellement ennuyeux d'attendre ou de noter ce qu'elle disait. Il n'eut pas vraiment le choix lorsqu'elle l'interrogea pour présenter son étude de cas. Il entendit ses voisins pouffer lorsqu'il la lut. Il ne la trouvait pas si mal pourtant… Certes pas très académique.

Elle ne dit rien lorsqu'il termina et interrogea son voisin qui ricanait. Il s'enfonça dans sa chaise en constatant que ce qu'il avait fait n'avait rien à voir. Elle commença à noter de chose au tableau alors que son camarade finissait de parler.

« Vos deux exercices sont intéressants et sont plutôt complémentaires. Je me doutais qu'il y aurait des difficultés. Monsieur Kuchiki vous manquez de structure dans votre étude mais les arguments sont intéressants. Monsieur Yamada c'est l'inverse, la structure est bonne mais les arguments ne sont pas assez poussés et trop creux. »

Yamada déchanta. Il ouvrit la bouche mais la referma aussi vite. Elle continua de parler en ignorant sa mine renfrognée. Ichigo s'autorisa un sourire. Il ne s'en sortait pas si mal sur le coup. Elle leur fit un tableau explicatif et leur demanda de faire une correction de leur sujet pour la prochaine fois, elle évaluerait la nouvelle version et son l'évolution par rapport à la première. Il se dit que c'était la première fois qu'il voyait un professeur utiliser cette méthode dans le lycée. Elle reprit son cours et ils terminèrent le chapitre en cours.

Sa bonne humeur dura toute la matinée. Même Keigo sembla touché par cet élan et participa. Il avait bien remarqué les regards à son encontre mais décida d'en faire fit. À l'heure du repas, ils décidèrent de sortir pour profiter du beau temps, à peine assis dans l'herbe que Mizuiro éclata de rire.

« Vous étiez déchainés tous les deux ce matin !
- « Déchainés » c'est vite dit… J'ai participé une fois, corrigea Keigo. Par contre le professeur d'anglais avait l'air au septième ciel de t'entendre.
- Jaggerjack s'en mordait les doigts… Il se prend pour le chef dans la classe.
- Alors c'est lui ? J'avais pas retenu son nom.
- Son père a fait fortune dans les voitures. Ils sont revenus en grâce il y a quelques années… Apparemment son grand-père trempait dans des affaires louches… Style yakuza, murmura-t-il.
- Tu es toujours au courant de tout, c'est hallucinant, commenta Keigo. Ou inquiétant.
- Jusqu'à maintenant il pouvait jouer les gros poissons, il n'y avait pas de grand nom de la noblesse. C'est embêtant pour lui de voir un Kuchiki qui s'impose.
- « De grand nom de la noblesse » ?
- Oui, la fortune a une part importante dans le rang social mais au fond dans cette école tout le monde se vaut, alors un nom comme Kuchiki, Kyoraku, Shihôin et Tsunayashiro… Ou même Shiba ça a bien plus de prestige !
- La famille Shiba aussi ?
- C'est vrai qu'ils ont perdu en renommé mais il reste au premier plan, pourquoi ?
- Mon père est un Shiba… Je ne vous l'ai pas dit ?
- Non ! S'exclamèrent-ils en cœur. »

Il fut surpris par leur réaction.

« Je vous avais dit que mon père était un cousin de Byakuya, non ?
- Oui mais il y a cousin et cousin. Nous en étions restés au fait que tu étais un Kuchiki et non qu'en plus tu étais un Shiba. Mec, tu dois avoir le sang le plus bleu du lycée mais ce qui est génial c'est que tu ne t'en rends pas compte.
- Ça a un côté attachant, commenta Keigo.
- Ou agaçant, ajouta Mizuiro.
- Peut-être mais il avait coupé les ponts avec sa famille, j'ai appris récemment qu'il avait pris le nom de ma mère.
- Un dissident ? Voilà qui explique ton côté rebelle, sourit-il.
- Y a Ishida qui vient vers nous ? Quelqu'un a fait une connerie ? »

Ils se tournèrent dans la direction que fixait Keigo. Le délégué avançait vers eux d'un pas déterminé. Il se planta devant eux et se tourna vers Ichigo.

« Je pourrais te parler une minute ? »

Il entendit Keigo grogner à côté de lui. S'il avait bien compris une chose, c'est qu'il ne supportait pas le délégué. Il acquiesça et se leva. Ils s'éloignèrent et il commença à se demander ce qu'il pouvait bien lui vouloir.

« On m'a informé que de nouveaux élèves allaient rejoindre la classe en cours d'année après les vacances d'été. Un va rejoindre le cursus et l'autre devrait venir en observation une semaine ou deux pour rejoindre l'école l'an prochain. »

Il hocha la tête ne sachant en quoi cela le concernait.

« Les deux élèves en question rejoignent l'académie grâce à une bourse sportive respectivement en boxe et karaté. Ils sont tous les deux issu de milieu moins favorisé qu'ici et n'ont pas vraiment suivi le même cursus. On m'a demandé de m'occuper de leur accueil et je me disais que tes retours leur seraient surement plus utiles, d'autant que si je ne me trompe pas, la deuxième était dans ton collège : Tatsuki Arisawa. Je me disais que tu la connaissais peut-être…
- Oui je la connais mais… Elle ne m'a rien dit.
- Les réponses officielles sont tombées aujourd'hui alors elle n'a peut-être pas encore eu la nouvelle. Du coup, est-ce que tu serais d'accord pour échanger avec eux ? Par SMS ou mail selon ce que tu préfères.
- Ouais je veux bien donner un coup de main… Pour Tatsuki, j'ai déjà son numéro et pour le deuxième on peut commencer par mail, ce sera le plus simple je pense.
- Je te remercie. J'organise ça et je te tiens au courant. Je te laisse finir de manger à tout à l'heure. »

Ishida repartit aussi vite qu'il était venu. Le roux retourna s'assoir auprès de ses camarades. Keigo se tortilla sur place et attendit que le délégué s'éloigne :

« Alors, qu'est-ce qu'il voulait ? Raconte !
- Des nouveaux élèves vont arriver apparemment… Il voulait savoir si je pouvais l'aider, c'est des élèves boursiers…
-Oh ?
- Il prend son rôle à cœur, commenta le brun. Il n'en a pas l'air mais il se montre attentionné.
- C'est surtout que l'une des deux était dans mon collège, c'est une amie.
- C'est plutôt une bonne nouvelle alors, tu savais qu'elle voulait rejoindre le Seireitei ?
- Pas la moindre idée, c'est une sportive depuis qu'elle est petite alors je pense que ça lui fera plaisir d'apprendre que ses capacités sont reconnues mais si j'ai bien compris elle vient quelques semaines pour une immersion… Ce n'est pas encore sûr qu'elle soit prise.
- Attends, attends… C'est une fille ? Reprit Keigo.
- C'est ce que le « elle » sous-entend en général, commenta Mizuiro.
- Ça ne ferait pas de mal des filles en plus dans ce lycée… C'est un lycée mixte mais on se croirait dans un lycée pour garçon, bouda-t-il.
- C'est vrai ça, elles sont où les filles ? Je veux dire, il ne peut pas y avoir un tel déséquilibre homme-femme même chez les alphas, si ?
- Oh si… Et puis il y a un lycée privé pour fille alpha à Osaka alors il est souvent privilégié. C'est toujours risqué les lycées mixtes… Quoique celui-là l'est aussi, c'est pas rare que des élèves disparaissent en cours d'année et ne revienne que l'année d'après comme des fleurs.
- Tu veux dire qu'ils sont… Qu'ils… Bredouilla le roux.
- Mais comment tu fais pour être au courant de tout toi ? Sérieusement je me vois pas avec un gosse à notre âge, c'est carrément flippant.
- Je ne suis pas sûr que beaucoup ait le temps d'arriver à terme… Et pour toi, il faudrait déjà que tu te trouves un mec.
- Hein ? Ça veut dire quoi ça ? En plus je veux une copine moi !
- Si tu le dis, rit-il. »

Ils continuèrent à discuter en mangeant. Ichigo se dit que ce n'était pas si différent des autres lycées finalement, il n'échappait pas au problème qui allait de pair avec les hormones mais il ne pensait pas que cela pouvait arriver à de telle extrémité. En même temps, ils avaient les moyens de cacher ou arrêter ses grossesses non désirées et dans les cas extrêmes cacher les rejetons issu de ses liaisons. Quand il voyait que le divorce de Byakuya faisait les unes des journaux et lisait les commentaires que cela suscitait, il ne voyait pas comment la grossesse d'un adolescent de bonne famille pourrait passer inaperçu. Il comprenait qu'ils cherchent à cacher de tels évènements, pas pour les mêmes raisons, ces familles voulaient cacher cette honte alors que lui plaignait l'adolescent qui se retrouvait ainsi mis en première ligne.

Ils entendirent la sonnerie au loin et remballèrent leurs affaires en vitesse.

o~~O~~o

Ichigo hésitait.

Il venait de terminer son entrainement et regarda son entraineur engueuler les derniers élèves qui trainaient. Il avait fait durer ses étirements pour avoir un moment seul avec Kenpachi. Il souhaitait lui demander quelque chose auquel il avait pensé pendant l'après-midi.

Il le remarqua enfin et sembla moins prompt à le mettre dehors que les autres. Il s'avança vers lui un peu maladroit.

« Les étirements c'est bien mais c'est pas une raison pour trainer ! Dépêche-toi de rentrer aux vestiaires avec les autres.
- Je voulais vous demander quelque chose, comme vous et Byakuya, vous étiez déjà ensemble au lycée. Yuzu et Karin voulaient retrouver des photos de lui au lycée et elles n'ont pas trouvé grand-chose. Je me disais que vous en auriez peut-être ? Des compétions ou autres ? »

Il vit une myriade d'expression passer sur son visage allant de la surprise, au soulagement puis à l'amusement. Il se rendit compte après coup du double sens que pouvait avoir ses mots.

Alors ils étaient déjà ensemble au lycée… Cela explique pourquoi ils se sont si vite retrouvés ensemble.

« Je vais regarder mais des trucs de ce genre ça doit être resté chez ma mère… Hum… C'est pas urgent de toute façon ?
- Non, je demandais ça à tout hasard. Je sais que les filles en cherchent et je me disais que cela leur ferait plaisir d'en avoir d'autre…. Peut-être des photos que Byakuya n'avait pas.
- C'est gentil de faire ça pour tes sœurs… Enfin pour ses filles, corrigea-t-il. Je sais pas comment vous vous appelez entre vous.
- Elles m'appellent grand frère alors… Sœurs ça me va… »

Il hocha la tête comme s'il comprenait.

« C'est gentil d'avoir rien dit, commença-t-il doucement, pour ce matin. Je te dis pas le savon que j'aurais pris, si j'ai qu'un conseil à te donner c'est de ne pas le contrarier. Il est insupportable lorsqu'il se vexe.
- Je… Constate que vous vous connaissez bien tous les deux. »

Le sourire qu'il vit apparaitre sur son visage n'avait rien d'honnête. Il n'aurait pas dû faire cette remarque. Kenpachi reprit son air renfrogné :

« Arrête de blablater et grouille toi maintenant. »

Il décida de ne pas éprouver plus la patience de l'homme et disparut dans les vestiaires. Il verrait bien si sa demande aboutissait au non.

o~~O~~o

Byakuya avait passé l'après-midi avec son père mais après son départ l'ennuie l'avait saisi. Il tourna en rond un long moment et fit un peu de rangement dans ses papiers. Il avait terminé sa lecture et ne souhaitait pas en commencer une nouvelle et jouer de la musique était moins plaisant sans la présence d'Ichigo.

Il se replongea dans le travail et regarda ses mails machinalement. Il vit que Renji avait répondu à sa demande et il survola le dossier qu'il lui avait envoyé. Le matin même il lui avait demandé ses ébauches de projet. Il le relut et l'annota par automatisme. Il nota des questions pour aider au développement du projet. Il savait bien Renji n'avait pas encore eu le temps de plancher plus sur cette tâche qu'il lui avait confié à cause de son départ en vacances mais il ne pouvait s'empêcher d'y réfléchir.

Il lui renvoya ses notes dans la foulé et par la même occasion l'informa qu'il reviendrait dès le lendemain. Il prévint sa secrétaire de son retour mais se réserva la fin d'après-midi du jeudi, puisque Kenpachi était disponible et se proposait de lui tenir compagnie… Il allait profiter de son offre.

Cette semaine commençait bien.

« Je suis rentré ! »

Il releva la tête de son ordinateur et vit Ichigo dans l'entrée retirer ses chaussures. Quelque chose semblait différent… Mais il n'arriva pas à mettre le doigt dessus.

« Bonjour Ichigo, t'as journée c'est bien passé ?
- Très bien, dit-il. J'ai appris qu'une de mes anciennes camarades allait venir en immersion au Seireitei… J'ai discuté avec elle et elle semblait ravie, bien qu'un peu stressée je crois. Elle n'aime pas montrer lorsque cela ne va pas.
- Je vois. Tu pourrais la présenter à tes amis, peut-être que cela la rassurerait de connaitre quelques visages avant son arrivée.
- Tu penses ?
- Tu pourrais les inviter ici, si leurs parents sont d'accord, je n'y vois pas d'inconvénient. Il suffit de prévenir Hanatarô et il s'occupera de tout.
- Merci. »

Ichigo semblait déconcerté par sa proposition. Il n'avait pourtant pas eu le sentiment que ce soit une mauvaise idée. Il pensait qu'inviter des amis l'aiderait à se sentir un peu plus chez lui. Il continua sur le même ton :

« Je vais reprendre le travail demain. Les journaux ont l'air de s'être calmé cette fois et je pensais faire revenir les filles en fin de semaine ou au début de la prochaine. Ce soir nous dinerons avec Rukia et mon père, j'ai préféré le faire ici comme tu as école demain.
- Je vais essayer de ne pas trainer pour finir mes devoirs alors.
- Nous ne sommes pas à une minute prêt tu sais, ne presse pas les choses. »

Hanatarô arriva derrière lui comme une balle, les bras chargés de sac de course. Il était dans tous ses états. Il savait très bien que cette situation était anxiogène pour le jeune homme. Il appréciait Hanatarô et son travail mais son caractère avait tendance à l'inquiéter. Il craignait parfois pour sa santé.

« Ah excusez-moi, dit-il, je vous prépare quelque chose pour le goûter ? J'ai fait de la brioche… Et un rafraichissement ?
- Je veux bien. »

Ichigo sembla remarquer le trouble chez le majordome. Il s'installa à la table du salon comme il le faisait depuis une semaine. Byakuya entendit son téléphone vibrer. Peut-être un nouveau message de Kenpachi ? Il eut un petit sourire à cette idée et déchanta en voyant que c'était Sôsuke. Qu'est-ce qu'il lui voulait encore?

Les résultats sont négatifs, elle n'est pas enceinte. Toujours partant pour récupérer les filles ce week-end ? Je dois revenir à Tokyo, j'aurais pu les ramener avec moi.

Il avait presque oublié ce détail. Que pouvait-il lui répondre ? Il n'allait pas le féliciter ou le plaindre, il s'abstint de commentaire.

C'est d'accord pour les filles. Tiens moi au courant je vous enverrais un chauffeur.

Il reposa son portable et reprit la consultation de ses mails professionnels, certains avaient déjà obtenu une réponse de sa secrétaire ou de Renji mais il tenait à se remettre dans le bain. Il aimait les surprendre en sachant déjà ce qu'il allait leur dire.

Il avait deux nouvelles réunions la semaine prochaine mais il ne trouva aucune information concernant la fameuse réunion qui avait amené son père à rentrer à Tokyo. Son père était réellement venu sous un faux prétexte pour le voir. Il comprenait pourquoi il l'avait fait… La première chose qui lui était venu à l'esprit était qu'il aurait dû rester à Kyoto plutôt que de se déplacer pour venir le voir. S'il avait su qu'il venait juste pour lui il lui aurait dit de ne pas se déplacer. Il eut un soupire, au lieu de profiter de la présence de son père il préférait se torturer à penser qu'il lui faisait perdre son temps.

Ah… Les blessures d'enfance…

Il en avait bien conscience mais il était difficile de changer les mauvaises habitudes.

o~~O~~o

Byakuya trépignait d'impatience.

On était jeudi. Enfin.

Il avait l'âme d'un collégien et trépignait d'impatience. Il se sentait idiot et heureux. À cela s'ajoutait le retour des filles samedi et les bons retours des professeurs d'Ichigo. Entre deux conversations Kenpachi lui avait dit que les autres enseignants ne tarissaient pas d'éloges à son sujet : il participait et ses dernières notes avaient bondi en flèche.

Le peu de temps qu'il avait passé avec lui depuis lundi semblait aller dans ce sens. Les matins il semblait plus enthousiaste et les soirs plus motivé à travailler. Il fut soulagé de ce constat et espéra que cela continuerait ainsi.

Son retour au travail n'avait rien eu d'exceptionnel. Il avait retrouvé le bureau comme il l'avait laissé, à part un Renji plus fatigué. Il avait repris sa routine habituelle et recommença à jongler avec le temps. Cela ne l'empêchait pas de surveiller son portable dans l'attente d'un signe de son amant. Kenpachi avait voulu l'inviter chez lui pour ce rendez-vous, ils devaient se retrouver à dix-huit heures autour d'un verre et peut-être qu'ils iraient jusqu'au diner… Même s'il préférait retrouver Ichigo le soir. Il serait trop dommage de créer des liens pour si vite les abandonner, mais il en était de même avec Kenpachi. Cette relation était si grisante. Il en perdait sa concentration.

Lorsqu'il avait des moments de répit son esprit s'égarait vers lui. Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer la suite, à quoi ressemblerait de vivre au quotidien avec lui… Et s'il voulait des enfants ? Il en avait déjà trois… Serait-il prêt à en avoir un quatrième ? Un autre garçon peut-être…

Il allait un peu vite en besogne, encore faudrait-il qu'il arrive à vivre ensemble. Avec Sôsuke s'était facile, ils avaient le même mode de vie et se voyait peu. Il n'y avait pas de dispute. Kenpachi pourrait-il supporter ça ? Lui qui se montrait déjà si possessif. Enfin pour cela il devrait aussi le présenter officiellement à sa famille mais surtout aux filles. Il ne saurait comment réagir si elles ne voulaient pas de lui.

Il ne voulait pas renoncer à lui mais ne voulait pas contrarier ses filles, surtout en ce moment.

Il eut un soupire, il commençait à en avoir l'habitude maintenant. Il se replongea dans ses dossiers en cours, il avait du retard à rattraper autant ne pas le creuser plus.

o~~O~~o

L'atmosphère était étrange ce matin-là.

Cela couvait depuis le début de la semaine et l'orage semblait prêt à éclater. Il ne savait quand ni comment mais il avait certitude que quelque chose se tramait. Il n'y avait plus de murmures sur son passage mais un silence complet. Cela était encore plus déconcertant. Keigo et Mizuiro percevaient la même tension dans l'air. Il s'approcha et vint s'installer à côté d'eux dans la salle de classe. À peine assis il entama la conversation :

« Vous comprenez ce qu'il se passe ? »

Ses amis restèrent silencieux et le regardèrent sans oser parler. Il y avait plus de monde que d'habitude dans la salle. Mizuiro jeta un coup d'œil derrière lui et cela lui mit la puce à l'oreille. Il se passait quelque chose d'anormal. La porte s'ouvrit et claqua bruyamment.

Une entrée magistrale pour un élève qui se prenait pour le roi.

Grimmjow tourna son regard vers lui et il sentit une aura hostile tournée vers lui. Il avança d'un pas décidé vers lui mais des mèches brunes apparurent dans son champ de vision. Uryû se trouvait juste devant lui, comment avait-il pu rater son arrivée ?

« Bonjour Kurosaki, je voulais te dire que j'avais donné ton mail à Chad il devrait bientôt te contacter. Nous avons déjà discuté et il semble plutôt enthousiaste. Tu as pu parler avec ton amie ?
- Rapidement, elle doit m'appeler ce week-end, elle était en compétition cette semaine. Il s'appelle comment ?
- Yasutora Sado, mais il semble préférer qu'on l'appelle Chad enfin… Tu verras avec lui. Et autre chose… Les professeurs sont contents de toi ce qui ne plait pas à tout le monde alors… Continue. »

Il crut discerner un sourire au coin de ses lèvres. Il ne savait pas trop comment accueillir les informations qu'il lui avait données. La sonnerie retentit sans qu'il puisse vraiment parler à ses amis. Il alla à sa place et remarqua que Grimmjow fit de même en le fixant. Il fulminait. Il semblait faire partie des gens contrariés par l'engouement qu'il provoquait.

Il ne fallait pas grand-chose pour perturber l'équilibre de cet écosystème.

Même ses amis ne savaient plus comment agir. En regardant vers Grimmjow, il se dit que cela n'en resterait pas là, restait à savoir comment cela allait se terminer.

o~~O~~o

On peut décaler si tu veux. Tu seras peux pas d'humeur ce soir ?

Byakuya fixa le SMS en quête de sens. Il s'attendait à voir arriver un second message douteux mais rien. Que se passait-il ? Quelque chose dans la presse ? Il questionna sa secrétaire sur une information qui aurait pu lui échapper mais elle sembla tout aussi perplexe. Il se résigna à lui demander directement.

Pourquoi serais-je de mauvaise humeur ?

La bagarre entre Ichigo et Grimmjow… Tu n'es pas au courant ? Le lycée devait te contacter… Je pensais que tu saurais comme Izaka devait le raccompagner pour te parler… Enfin je suppose, elle l'a récupéré après l'entrainement.

Il relut le message à plusieurs reprises. Il avait dû mal comprendre.

Qui ?

Il regarda ce nom comme si un fantôme était réapparu dans la pièce.

Izaka, tu te rappelles c'était notre prof d'histoire. Elle est venue en remplacement ce mois-ci.

Il se décomposa et attrapa le téléphone sur son bureau. Il composa nerveusement le numéro de l'académie et s'impatienta en entendant la sonnerie.

Il crut reconnaitre la voix du sous-directeur au bout du fil. Il se présenta et sentit tout de suite qu'il y avait un problème. Il l'entendit bafouiller.

« Monsieur Sasakibe, j'espère ne pas vous déranger mais j'ai cru comprendre qu'il y avait eu un incident aujourd'hui avec Ichigo.
- Euh… Hum, oui, à vrai dire nous craignions que vous n'ayez pas été prévenu. Il y a des imprévus aujourd'hui. Nous aurions souhaité nous entretenir avec vous à ce sujet dès que vous aurez un moment. La famille Jaggerjack souhaiterait régler ça à l'amiable. »

Sans faire de vague et toute discrétion donc.

« Je vois… Cependant j'aimerais savoir pourquoi la professeure Izaka a été chargé de ramener Ichigo. »

Il y eut un silence au bout du fil.

« Je… Je ne sais pas quoi vous dire, nous n'avions rien prévu de ce type. De plus le remplacement qu'effectue madame Izaka se termine cette semaine et elle a déjà récupérer ses affaires et rendu ses clefs. »

Cette fois c'est lui qui resta silencieux.

« Je peux essayer de la contacter… À moins que vous ne l'ayez déjà eu téléphone ? Elle vous a contacté directement peut-être ?
- Je vais m'en occuper, je vous remercie. »

Il raccrocha sans attendre la réponse du sous-directeur. Il reprit son portable et ignora les messages de Kenpachi pour appeler Hanatarô. Il se leva et fit les cent pas. Le majordome décrocha après la deuxième sonnerie.

« Bonjour monsieur Kuchiki, que puis-je pour vous ?
- Monsieur Yamada, je sais que c'est soudain mais êtes-vous loin de l'appartement ? Vous croyez que vous pourriez passer plus tôt ?
- Oui bien sûr… Est-ce qu'il y a un problème ?
- Une professeure doit ramener Ichigo, j'aurais souhaité que vous l'accueilliez avant que j'arrive.
- Bien, j'y serais. »

Il regarda son portable et remarqua un message du chauffeur d'Ichigo.

Monsieur, il semblerait qu'une professeure d'Ichigo l'ait raccompagné mais je n'arrive pas à le joindre pour confirmer. Avez-vous été prévenu ?

Il n'aimait pas la tournure des évènements et espérait avoir rapidement des nouvelles d'Hanatarô. Il envoya un message au chauffeur puis demanda à Kenpachi quand il avait vu Ichigo pour la dernière fois.

À vue de nez vingt minutes pourquoi ? Et tu pourrais répondre aussi ! Qu'est-ce qu'y se passe ?

Il se mordit les lèvres. Son cerveau tournait à cent à l'heure en imaginant les pires scénarios possibles. La situation ne pouvait que mal tourner.

Pourquoi fallait-il qu'elle revienne dans sa vie maintenant ? Pourquoi fallait-il qu'elle croise le chemin d'Ichigo ?

Il tourna en rond dans son bureau.

Il ne pouvait pas laisser faire ça, il devait faire quelque chose. Il sortit du bureau et prévint sa secrétaire de repousser son dernier rendez-vous à cause d'une urgence. Il ordonna à son chauffeur d'avancer la voiture, il partait immédiatement. Le trajet dans l'ascenseur fut interminable. Il ne voulait pas qu'Ichigo se retrouve seul avec elle. Il traversa le hall à grand pas en ignorant les regards qui se tournaient vers lui.

Sa main tremblait autour de son portable.

Il grimpa dans la voiture à peine fut-elle arrêté devant. Il ordonna aussitôt de le ramener et sortit son portable pour le poser sur ses genoux.

« Monsieur… Vous allez bien ?
-Est-ce que vous pourriez accélérer ? »

Son portable vibra et il décrocha dans la foulée.

« Alors vous êtes rentré ?
- Oui monsieur mais il n'y a personne pour le moment. C'est curieux parce que le concierge m'a donné une enveloppe qui vous est adressé de la part d'une femme qui est passée.
- Ouvrez-la et dites-moi ce qu'il y a dedans.
- Bien. »

Son cœur battait dans ses tempes. Pourquoi Ichigo n'était-il pas rentré ? Il entendit du papier se déchirer et un cri au bout du fil.

« Yamada que se passe-t-il ?
- Monsieur c'est, sanglota-t-il, c'est une demande de rançon. »

Il oublia comment respirer.

Elle savait.