Chapitre 9 – Partie 2

Sôsuke :

Nous sommes arrivés à la gare. Tu ne veux toujours pas me dire ce qui se passe ?

Une nouvelle confrontation s'annonçait et elle serait tout aussi difficile. Il devait trouver les bons mots pour expliquer ce qui lui était arrivé, ce n'était pas comme avec Ichigo, lui pouvait comprendre les sous-entendus ou bien ce que signifiait le mot « viol ». C'était plus difficile de l'expliquer à des petites filles qui croyaient encore au Père Noël deux ans avant.

Peut-être était-ce juste lui qui ne savait comment leur parler ?

Il n'arrivait pas à chasser la honte qui l'habitait, pourtant il n'était coupable de rien. Il repensa à ce que Kenpachi lui avait dit.

Tu as de l'influence dans ton milieu donc peut-être que ça incitera d'autres personnes à parler.

Il devrait se concentrer sur ça : il doit y en avoir d'autres qui n'osent pas parler et passent leur vie à être rongés comme lui l'est. Même s'il n'avait pas envie de parler, c'était la seule solution pour s'en libérer.

Un autre problème subsistait.

Kenpachi qui devait le tenir informé, ne lui avait donné aucune nouvelle. Il connaissait assez le loustique pour savoir qu'il tomberait forcément au plus mauvais moment. Pourtant il avait envie de le voir, pour se rassurer.

Ça c'était bien passé avec Ichigo mais il ne pouvait s'empêcher d'imaginer le pire.

Oh…

Kenpachi :
On m'a refilé les livres d'Ichigo, si la voie est libre je peux être là dans dix minutes. Bien que l'excuse soit valable, non ? Un prof dévoué qui porte les livres à un de ses élèves pour prendre de ses nouvelles.

Il lui répondit simplement de venir, son excuse lui semblait convenable pour convaincre les filles de la venue de cet inconnu. Son père se racla la gorge et il releva la tête vers lui.

« Ça va aller ? »

Il hocha la tête simplement. Rukia était partie après avoir visionné le film, il semblait que cet interlude l'ait apaisée. Il lui avait dit de profiter de son après-midi mais elle était partie à contre cœur. Il avait insisté, elle devait prendre du temps pour elle et profiter des moments de répit que le travail lui laissait.

Ichigo, quant à lui, était retourné dans sa chambre, un de ses camarades avait commencé à lui envoyer les cours et il souhaitait y jeter un coup d'œil. Il l'avait laissé faire, se disant qu'il avait peut-être besoin de tranquillité et d'un moment seul. Il pouvait comprendre après tout ce qu'il s'était passé.

« Tu sais quand Yuzu et Karin vont arriver ?
- Elles sont à la gare, elles seront là dans quarante minutes. Sôsuke les accompagne et doit me tenir informé.
- Tu as réfléchi à comment tu allais leur annoncer ? Tu vas en parler avec Sôsuke aussi ? »

Son père avait l'art de poser des questions embarrassantes. Même s'il appréciait son soutien dans cette situation, il aimerait qu'il ne devienne pas une source d'angoisse supplémentaire.

« Je ne sais pas. »

Cela sonna plus sec qu'il l'aurait voulu. Son père se referma.

« Excuse-moi, je voulais simplement t'aider à parler, à formaliser les choses dans ton esprit, pas t'embêter. Je vois bien que c'est difficile et je veux simplement t'aider.
- Je sais, c'est juste que… Je ne sais plus où j'en suis. Je ne pensais pas que cela arriverait un jour et je n'aime pas en parler mais je vais devoir faire ça faire encore un moment. »

Il se prit la tête entre les mains. Il avait mal au ventre. Comment allait-il supporter tout ce qui s'annonçait ? Son père s'approcha de lui et posa une main rassurante dans son dos.

« Ecoute, je sais que je n'ai pas toujours été présent pour toi contrairement à Rukia, mais cette fois je ne te laisserai pas, je suis avec toi et je te soutiens dans tes choix. Elle t'a fait du mal et elle mérite d'être punie pour ça, pas toi. »

Sa voix tremblait.

« Je suis tellement désolé. »

Il caressa ses cheveux. Son père n'avait jamais eu ce genre de gestes tendres avec lui, ni tenu de tel propos. Il se tourna vers lui et pour la première fois depuis de nombreuses années. Il le prit dans ses bras. Il avait besoin de son papa et il fut soulagé de sentir un retour à son étreinte.

o~~O~~o

L'interphone sonna et le sortit de sa torpeur. Kenpachi était arrivé. Il se précipita vers l'entrée avant de se rappeler que son père était toujours avec lui dans le salon. Il ralentit le pas, hors de question de passer pour une jeune première, il discerna néanmoins l'ombre d'un sourire face à cette agitation. Il avait bien compris qu'il ne s'agissait pas de ses petites filles. Pourquoi auraient-elles sonné ? Hanatarô arriva à la porte en même temps que lui pour décrocher mais se ravisa.

« Je vais m'en occuper, dit-il. »

Il s'inclina légèrement et repartit faire le ménage dans le bureau. Il saisit le combiné et le concierge le salua poliment : « Monsieur Zaraki souhaiterait vous voir, dois-je le laisser monter ?
- Oui. »

Il réfléchit un instant avant d'ajouter : « Pourriez-vous l'inscrire sur la liste des invités ?
- Bien, je le fais monter alors. »

Il raccrocha et vérifia sa tenue : sa chemise n'était pas froissée et son pantalon parfaitement repassé. Ils s'étaient vus le matin mais il ne pouvait s'empêcher d'appréhender un changement. Kenpachi avait eu la journée pour réfléchir, il pouvait avoir changé d'avis sur leur relation.

Son portable vibra et il fronça les sourcils. Il l'attrapa en se demandant pourquoi Kenpachi lui envoyait un message maintenant.

Sôsuke :
Nous sommes sur le parking, nous attendons l'ascenseur. J'espère que tu me diras aussi de quoi il retourne.

Il écarquilla les yeux. Les routes étaient plus dégagées que ce à quoi il s'attendait. Il voulut prévenir son père mais on frappa à la porte. Tant pis pour l'organisation et la discrétion : Kenpachi était à la porte et les filles dans l'ascenseur d'un moment à l'autre. Tout ce petit monde allait se croiser.

« Père, pourrais-tu aller chercher Ichigo ? Yuzu et Karin sont arrivées. »

Son père hocha la tête et ne posa pas de question. Il se leva et prit l'escalier. Il ouvrit la porte et son amant se tenait là. Il s'écarta et le laissa entrer. Il referma la porte derrière lui mais son invité se retourna pour lui faire face. Il n'eut pas le temps de prononcer un mot que ses lèvres furent déjà prises. Cela ne dura qu'un bref instant mais assez pour le déconcerter.

« Qu'est-ce que tu fais ? Mon père est là je te signale, murmura-t-il.
- C'est pas ce que disait ton visage. Tes yeux voulaient que je t'embrasse, là, maintenant où ils allaient faire un carnage.
- Tu en rajoute un peu.
- Je suis pas sûr… Et puis ça a un côté excitant aussi… Non ? »

Il ne répondit pas mais il était vrai que la situation était plaisante. Pourquoi fallait-il que ce soit cet homme-là qui le mette dans un état pareil ?

« Peut-être, avoua-t-il. »

Kenpachi haussa les sourcils.

« Vraiment ? Tu es sûr qu'on peut pas filer en douce tous les deux pour… »

Il le coupa et le poussa vers le salon. Ils n'allaient pas rester collés dans l'entrée, ça risquait de paraitre bizarre ou de dégénérer. Il avait besoin de reprendre contenance et de se calmer. Il releva les yeux et vit son père revenir avec Ichigo. L'adolescent fut surpris de voir Kenpachi, ce dernier prit aussitôt les devants : « Bonjour Ichigo, ça va mieux depuis hier ? »

Un brin de panique apparut dans ses yeux et il le regarda ne sachant quoi dire alors il précisa : « Kenpachi était là hier, tu ne t'en rappel peut-être pas comme tu commençais à perdre connaissance et… Il est au courant pour notre situation.
- Ah… Euh… Ça va un peu mieux oui, maintenant que c'est un peu plus clair.
- Je t'ai ramené tes livres de cours comme tu risques d'être absent un certain temps, Ishida doit t'envoyer les cours aussi. Pour les évaluations, tes professeurs s'adapteront : tu auras les sujets et un temps imparti pour y répondre et le renvoyer, ce genre de chose… Mais ils te donneront des informations plus précises en temps voulu. Et pour le club, je t'aurais bien dit de faire de la course mais ça risque d'être compliqué alors fais du renforcement musculaire, essaies pas gruger ça se verra vite, prévint-il. »

Il aurait bien soupiré face à Kenpachi qui faisait du Kenpachi mais Ichigo avait souri et même son père semblait s'en amuser. L'entraineur posa son sac et sortit les livres dont il était question et les tendit à Ichigo.

« D'ailleurs-»

La porte d'entrée s'ouvrit et Yuzu et Karin posèrent leurs valises.

« Nous sommes rentrées, s'exclama joyeusement Yuzu. Grand-père, tu es là aussi ? »

Karin ne dit rien mais affichait un sourire. Elles virent Kenpachi et devinrent plus timides. Sôsuke les suivait mais ne montra aucune surprise face à la présence de Sôjun ni de Kenpachi. Il agissait en terrain conquis. C'était toujours son appartement et chez lui. Les papiers du divorce étaient signés mais il y avait toujours sa trace. Il prit les devants pour marquer son territoire.

« Bonjour Sôjun, vous allez bien ? Vos pères vous envoient leur bonjour. »

Il dégaina son sourire le plus charmeur et se tourna vers leur invité. Son regard était perçant et empreint de défi. Kenpachi le détailla des pieds à la tête.

« Bonjour monsieur… Aizen, maintenant il me semble. »

Il se pinça les lèvres et retint un rire. Kenpachi arrivait à faire preuve de subtilité parfois et cela lui permit d'assister à ce petit moment de grâce. Il aperçut un temps de pause chez son ex-mari pour assimiler le pique qu'il venait de recevoir. Kenpachi se retourna vers lui avec un de ses éternels sourires carnassiers.

« Je crois que je vais vous laisser. »

Puis il se retourna vers Ichigo.

« J'ai repensé à ce que tu m'avais demandé, dit-il. Et j'ai trouvé quelques photos. »

Il sortit une pochette kraft qu'il lui donna.

« Ah merci… Euh… »

L'adolescent se tourna vers lui pour donner une explication : « Avant tout ça, je savais que Yuzu et Karin cherchaient des photos de toi au lycée alors comme je savais que vous étiez dans le même club, j'ai demandé à monsieur Zaraki, si par hasard, il avait des photos.
- Tu avais d'autres photos que celle des compétions ? Demanda-t-il.
- Quelques-unes, sourit-il. »

Il se demanda ce qu'il avait pu trouver dans ses placards : du compromettant. Il eut un sourire et soupira. Yuzu releva la tête et suivait la conversation. Elle regarda l'enveloppe avec intérêt.

« Je vous souhaite une bonne soirée, dit-il.
- Attendez, reprit Sôjun, vous nous avez bien aidé ces derniers jours. Il serait normal qu'on vous remercie. Je ne sais pas si vous êtes libre l'été mais nous partons toujours en vacances à Kyoto… Peut-être que vous pourriez venir passer quelques jours si vous n'avez rien de prévu. »

Ils restèrent sans voix.

« Vous avez le temps d'y réfléchir bien sûr, sourit-il. À nouveau je vous remercie d'avoir été là. »

Kenpachi hocha simplement la tête, trop abasourdi pour répondre quoique ce soit. Il jubilait intérieurement de savoir que Sôsuke devait enrager. Son amant… Adoubé par son ex-beau-père devant leurs filles : un beau pied de nez. Sôjun n'avait jamais apprécié Sôsuke et il venait de le prouver.

« Yuzu, Karin, si vous alliez monter vos valises. Vous pourriez raconter à Ichigo ce que vous avez fait. »

Elles se regardèrent sans rien dire. Elles avaient compris le message : leurs parents devaient parler. Kenpachi s'en alla et Sôjun se retira dans le bureau pour répondre à un coup de téléphone. Sôsuke le fixa avec méfiance.

« On devrait aller dans la cuisine pour parler. »

o~~O~~o

Yuzu et Karin étaient pleines de vie et ravies d'être de retour. Elles ne cessèrent de parler et il n'arriva pas suivre tout ce qu'elles lui disaient. Il n'arrivait pas à être pleinement avec elles. Son esprit divaguait vers des horizons flous. Comment allaient-elles accueillir la nouvelle ? Il était leur grand-frère non par adoption mais par le sang, est-ce que ça allait changer les choses entre eux ?

« Dis Ichigo… Tu sais ce qu'il se passe ? C'est rare que nos pères soient si… Fermés comme ça et ce n'est jamais bon lorsqu'ils veulent parler ensemble avant.
- D'un autre côté, ils sont déjà séparés, ils ne vont pas nous annoncer leur divorce, répliqua Karin.
- C'est pas drôle ! Ça m'inquiète moi, nous sommes rentrées plus tôt que prévu et même papa n'a l'air de savoir ce qu'il se passe. Et grand-père est là aussi… J'aime pas ça. »

Yuzu se refrogna.

« C'est toujours compliqué avec les adultes, déclara Karin. »

Cela ne parut pas convaincre sa jumelle qui fit la moue. Ichigo chercha à changer de sujet, il ne se voyait pas leur mentir : « Et ce séjour chez vos arrières-parents alors ? Vous avez réussi à trouver les photos que vous cherchiez ?
- Non, soupira Yuzu. C'est comme s'il n'y avait aucune trace de son adolescence, hormis les photos de classes.
- Et il n'y avait aucune photo souvenir de son séjour à l'étranger, à part celle de son diplôme avec les robes des lycéens… Comme dans les films. »

Il se sentit encore plus mal et repensa à l'enveloppe qu'il avait dans la main.

« J'ai peut-être quelque chose qui pourrait vous plaire alors, reprit-il, mon entraineur qui était là tout à l'heure, était dans sa classe au lycée… Je lui ai demandé s'il n'avait pas quelques photos et il m'a porté ça. Peut-être que vous trouverez votre bonheur.
- C'était ton entraineur de kendo ? Demanda la brune.
- Ils étaient ensemble au lycée ? Reprit la blonde. »

Des jumelles mais différentes priorités.

« Je n'ai pas compris pourquoi grand-père l'a invité, qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

Il ne savait que répondre à ça et fut ravi d'entendre Byakuya les appeler en bas. Elles avaient à peine eut le temps de poser leurs valises. Il laissa Yuzu redescendre devant lui et hésita à la suivre, Karin passa à côté de lui et s'arrêta : « T'as une drôle de mine. Tu sais ce qu'il passe, pas vrai ? »

Il hocha la tête mais Karin n'en demanda pas plus et prit l'escalier. Sôsuke et Sôjun se tenaient dans l'entrée, leurs manteaux aux bras. Sôsuke s'avança vers ses filles et se pencha vers elles.

« Soyez sage avec votre père, dit-il. On se revoit bientôt. »

Son ton était trop doux pour être honnête, même les filles s'en rendirent compte. Il les embrassa, passa son manteau puis se tourna vers Byakuya : « Tiens-moi au courant et prend soin de toi pour une fois, sourit-il.
- Je vais essayer.
- Il a raison, reprit Sôjun. Je suis désolé les filles, j'aurais aimé rester un peu plus avec vous mais… J'ai des problèmes à régler avec mes frères et sœurs. J'essaierais de repasser ce soir. »

À son tour, il embrassa Yuzu et Karin puis s'avança vers Byakuya pour une accolade, il le vit murmurer quelques mots à son oreille et s'éloigna. Leur, correction, son grand-père se tourna vers lui.

« Toi aussi Ichigo prend soin de toi. »

Il lui tapota l'épaule, lui non plus ne savait pas trop comment agir. Quelles étaient les limites dans ce nouveau cercle familial ? Sôsuke lui adressa un simple hochement de tête puis ils quittèrent l'appartement.

Un silence gênant s'installa après ce départ. Byakuya ne devait pas savoir par où commencer.

« Nous devrions nous installer dans le salon, j'ai des choses à vous dire et… Ce n'est pas simple. »

Les jumelles se regardèrent avec inquiétude. De son côté, il essaya de se faire tout petit. Ils s'installèrent ensemble dans les canapés et Byakuya se plaça face aux jeunes filles. Il resta en retrait et n'osa pas s'assoir.

« Il se trouve que Ichigo a été enlevé ce jeudi, cela n'a pas duré très longtemps puisque dans la soirée il a pu rentrer à la maison. »

Yuzu écarquilla les yeux et regarda vers lui.

« Je vais bien, dit-il, il ne s'est rien passé de grave.
- Rien de grave ? Reprit Karin. Un enlèvement c'est grave. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

Byakuya devint pâle, bien plus que lorsqu'ils avaient discuté quelques heures plus tôt.

« La personne qui l'a enlevé était une professeure du Seireitei. Une femme que j'ai eu comme professeure et lorsque j'étais au lycée elle s'en est aussi pris à moi… C'était plus personnel comme attaque et j'ai toujours eu beaucoup de mal à en parler. Je ne voudrais pas vous choquer par mes propos mais je pense que vous êtes assez matures pour l'entendre. Il est fort probable que cette affaire ne restera pas dans le cadre privé alors je souhaiterais qu'on puisse en parler ensemble avant et aussi ouvertement que possible. »

Il marqua un temps d'arrêt mais ni Yuzu ni Karin ne dirent mot. Elles le regardaient avec appréhension. Il fut étonné par leur calme.

« Lorsque j'avais quinze ans, elle m'a… Elle m'a violé. »

Karin ouvrit des yeux ronds et Yuzu sembla perplexe. Elle jeta un coup d'œil à sa sœur pour voir sa réaction. Byakuya décida d'expliciter ses mots : « C'est lorsqu'une personne touche ou bien vous force à toucher ses parties intimes sans que tu ne sois d'accord. C'est un acte grave et le responsable risque la prison pour ça, expliqua-t-il. Il se trouve que cette professeure-là a eu ce genre de geste déplacé envers moi. Et cela c'est répété, toujours sans que je sois d'accord pour ça. Elle me faisait peur et je n'arrivais pas à la repousser, c'était une de mes enseignantes, je craignais qu'on ne me croit pas. Ce sont des accusations graves et une personne aussi respectable ne pouvait pas s'adonner à ça. »

La blonde baissa la tête timidement. Il trouva ses paroles claires et moins confuses que lorsqu'ils avaient parlé ensemble. Byakuya semblait plus décidé à se faire entendre cette fois.

« Mais pourquoi elle s'en est pris à Ichigo ? Demanda Karin.
- J'y viens… Suite à ses agressions je suis tombé enceint, seulement j'avais à peine dix-sept ans et je ne me sentais pas capable de m'occuper d'un enfant. C'est beaucoup de responsabilités et je ne sentais pas bien. J'étais malade alors mon père et mes grands-parents ont trouvé une famille pour s'occuper de mon bébé et cette famille c'était les Kurosaki… »

Yuzu eut un sursaut et le regarda.

« Ichigo est votre grand-frère, enfin demi-frère, mais il est aussi mon fils.
- Ça veut dire que cette femme dont tu nous parles… C'est ça mère ? Demanda Karin.
- Oui, elle l'a appris et elle souhaitait me faire du chantage pour obtenir de l'argent. Je crains qu'elle ne soit perturbée ou bien malade. »

Il avait hésité sur ses derniers mots et l'avait regardé comme s'il espérait ne pas le blesser.

Il appréciait le geste même s'il ne savait pas quelle était sa première motivation : épargner ses sœurs ou être respectueux envers lui en évitant d'insulter sa mère biologique même si elle le méritait.

« Mais toi, tu le savais ? »

Karin le regarda d'un œil méfiant comme si elle s'attendait à un horrible mensonge. Yuzu fixait le vide mais ne disait plus rien.

« Non, avoua-t-il, je l'ai appris hier pendant mon séjour à l'hôpital. Je ne savais même pas que j'avais été adopté. »

Karin les regardait mais ne savait plus quoi dire. Elle se tourna vers Yuzu mais ne trouva aucun soutien. Byakuya les regardait mais ne savait pas quoi faire. Il voyait ses mains se tendre, des mouvements démarraient sans trouver de fin. Il semblait désemparé face à leur trouble.

Yuzu finit par se lever toujours sans un mot et s'avança vers son père, leur père corrigea-t-il. Elle se planta devant lui.

« Yuzu, murmura-t-il, est-ce que ça va ? »

Elle s'assit sur ses genoux et passa ses bras autours de lui sans ouvrir la bouche. Il lui rendit maladroitement son étreinte et lui caressa les cheveux.

« C'est pas toi qui devrait dire ça, il t'est arrivé des choses affreuses c'est à nous de te demander si ça va ! »

C'était la première fois qu'il entendait Yuzu s'énerver, même Byakuya sembla choqué. Cela ne s'arrêta pas là.

« Et puis Ichigo, c'est déjà notre grand-frère alors ça, ça ne change rien ! Il n'y avait pas besoin de lien de sang pour ça. »

Une barrière en lui céda. Il sentit des larmes couler sur ses joues qu'il chassa aussitôt d'un revers de manche mais elles s'imposèrent à lui avec fourberie. Il ne manquait plus que ça, se mettre à pleurer devant ses petites sœurs. Il ferma les yeux et reprit son calme. Il ne pensait pas que cela le toucherait autant d'entendre ça.

o~~O~~o

« Et si on regardait les photos ? Déclara Yuzu. »

Elle semblait bien décidée à changer l'ambiance pesante qui régnait dans le salon en quelque chose de respirable et plus léger.

« Faites attention à ne pas les abîmer, déclara Byakuya.
- Tu ne veux pas voir ? »

Il se figea et sembla réfléchir. Il devait jauger la balance entre les souvenirs heureux et les mauvais.

« S'il-te-plait, reprit-elle. Tu pourras nous parler de tes compétions. Grand-père n'a pas arrêté de nous dire que tu avais un potentiel énorme.
- Hiro a dit ça ? Le kendo ne l'intéressait pas beaucoup pourtant.
- Non… Grand-père Ginrei, pourquoi ? »

Il écarquilla les yeux, si Hiro ne tarissait jamais d'éloge à son sujet, ce n'était pas le cas de Ginrei. Il s'avoua vaincu et les filles s'installèrent à la table de la salle à manger autour de l'enveloppe qu'avait laissée Kenpachi. Yuzu se tourna vers Ichigo : « Tu viens ? »

Il n'eut pas le cœur à les contrarier et vint s'assoir avec elles. Byakuya se plaça derrière eux en retrait.

« On se demandait pourquoi il y avait si peu de photos de toi au lycée mais maintenant cela parait limpide, remarqua Karin.
- Je n'ai jamais aimé poser, je m'étonne que Kenpachi en ait autant. Peut-être qu'elles datent des camps d'entrainement du club…
- Vous vous entendiez bien ? Sourit Yuzu. »

Il marqua un temps d'arrêt face à cette question pourtant banal.

« On peut dire ça, murmura-t-il. »

Yuzu sortit les photographies avec précaution. Il y en avait plus qu'il ne l'aurait pensé. La blondinette commença à les faire défiler entre ses mains et il n'eut pas de mal à reconnaitre celles qu'il avait aussi en sa possession. Des photos de groupe pendant la sélection, celles du club et des compétitions. Peu à peu, certaines lui étant inconnues se glissèrent dans la sélection. Elles avaient été prises pendant ses duels. Elles plaisaient beaucoup à Karin. Ichigo les regarda aussi avec plus d'attention… Pour quelqu'un qui ne faisait du kendo que pour se défouler…

« Tu fais vraiment mince sur celle-ci. Tu étais en pleine croissance ou les compétitions étaient si épuisantes ? »

Yuzu désigna le cliché en question : il nageait dans ses vêtements de sport. Il se rappelait porter cet ensemble pour courir. Le contraste était saisissant entre la tenue sombre et sa peau d'un blanc d'os, même lui se trouvait maigre.

« Je portais des vêtements larges pour les renforcements, mentit-il. »

Mais il se ravisa, il avait eu suffisamment de secrets et il était bien trop maigre sur cette image pour cacher la vérité.

« Mais c'est vrai qu'à cette époque j'avais perdu beaucoup de poids, un peu trop d'ailleurs.
- Pourtant tu as l'air en forme et d'aller bien, remarqua Karin.
- Ça avait déjà commencé ? Murmura Yuzu. »

Cela jeta un froid. Il posa les mains sur leurs épaules pour les rassurer.

« Oui, c'était déjà arrivé mais vous savez le club de kendo faisait partie des choses qui me changeaient les idées. »

Yuzu continua de faire défiler les clichés, il fut étonné par ce qu'il découvrait peu à peu. Il ne se rappelait pas quand elles avaient été prises.

« On devrait faire des copies, elles sont belles.
- Tu ne regardes jamais… Il les prenait dès que tu avais le dos tourné ou quoi ? Et s'il vient pendant les vacances… Vous ne voudriez pas refaire quelques duels ? J'aimerais voir ça de mes propres yeux.
- C'était où celle-ci ? Coupa Yuzu. Et là ? »

La tristesse avait quitté son visage alors qu'il tentait de répondre à toutes ses questions. Elle étala les images sur la table pour avoir une vue d'ensemble. Il souriait sur la plupart d'entre elles. Des moments de bonheur saisis dans l'insouciance.

« Celle-là est affichée dans la salle du club, déclara Ichigo. »

Ils remarquèrent alors une deuxième prise dans les secondes avant ou après le premier cliché, difficile à dire, mais sur la deuxième Byakuya regardait Kenpachi alors que son bras pendait toujours sur son épaule. Leurs visages se trouvaient à quelques centimètres l'un de l'autre.

« Vous aviez l'air proche. »

Il ne fut pas embarrassé par la remarque mais par l'expression de Kenpachi sur cette photographie. Cette tendresse qu'il voyait sur le papier, comment pouvait-il l'avoir manqué à l'époque ?

Ils étaient amoureux bien avant de l'avoir remarqué eux-mêmes. Cela transpirait même à travers le papier.

Amoureux…

Ils étaient amoureux…

Il y avait de quoi rougir tellement c'était niai.

o~~O~~o

« Tu vas retourner au travail ?
- Pas tout de suite.
- Tant mieux. »

Yuzu resta serrée contre lui.

« Je vais travailler depuis ici, ajouta-t-il, mais nous pourrons manger ensemble et mes horaires seront un peu plus souple.
- Pourquoi tu ne prends pas de jours de repos ? Ou des vacances ? C'est pas souvent…
- J'ai déjà pris des jours et je ne peux pas laisser tout mon travail à Renji.
- Mais quand même… Tu devrais te reposer un peu toi aussi. »

Il sourit. Devrait-il s'inquiéter de voir sa fille cadette aussi prévenante avec lui ? Il lui ébouriffa les cheveux.

« Tu devrais dormir maintenant. Le voyage a dû être fatiguant. »

Il se releva et quitta la chambre de sa petite dernière pour rejoindre celle de Karin. Il s'était dit que passer un moment avec elles serait l'occasion de répondre à d'éventuelles questions. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu de moment privilégié avec elles. Dommage qu'il faille un tel évènement. Il devrait leur accorder plus de temps aux prochaines vacances.

Il toqua à la porte mais n'entendit aucune réponse. Elle s'était peut-être endormie, il entrouvrit la porte. Aucune lumière. Il ouvrit la porte pour s'assurer qu'elle dormait. Tout semblait calme. Il allait refermer mais il fut pris d'un doute :

« Karin… Tu es réveillée ? »

Elle bougea sous les draps et renifla. Il entra mais laissa la lumière éteinte.

« Comment te sens-tu ? Je sais que ce n'est pas souvent mais après ce que je vous ai annoncé, je me suis dit qu'on pourrait discuter ensemble, enfin si tu veux, si tu as des questions… »

Elle se redressa dans son lit et il prit cela comme une invitation. Il s'approcha et s'assit au pied du lit face à elle. Elle passa les bras autour de ses genoux mais resta silencieuse.

« Tu veux pas venir t'assoir là ? »

Il fut étonné mais se rapprocha d'elle. Il se plaça juste à côté d'elle et elle se serra contre lui. Sa voix était enrouée, il l'avait surpris alors qu'elle pleurait. Karin était pourtant la plus mature, la plus endurcie mais peut-être était-ce une simple façade comme lui l'avait si souvent fait.

« Tu veux me dire ce qui te tracasse ? »

Elle renifla mais ne dit rien alors il patienta. Il prit le temps d'observer. C'était étonnant de voir à quel point leurs chambres étaient différentes ou plutôt à quel point elles avaient des univers différents. Elles avaient pourtant les mêmes espaces et des meubles identiques mais on sentait les différences de personnalité. Le lit de Yuzu était encore couvert de peluche et les murs de poster de dessins animés, il avait noté l'apparition de quelques groupes de musique. La chambre de Karin était épurée et sobre, plus fonctionnelle. Son bureau était rangé et sa bibliothèque remplit de livres de photographie de sport.

Cela lui rappelait sa propre chambre d'enfance mais il ne savait comment l'interpréter, en tant que parent cela l'attristait de voir cette innocence s'envoler si vite. Pourtant lorsqu'il se remémorait cette période, il ne se souvenait pas avoir été triste.

« Je me pose des questions, commença-t-elle. Je comprends la différence entre un viol et faire l'amour enfin je crois… C'est en fonction de si on veut ou pas mais ce que je comprends pas bien c'est pourquoi dans un cas ça fait mal et pas l'autre… Je veux dire s'il y a… Si il ou elle fait… Hum… »

Elle bafouilla alors il l'aida.

« S'il y a pénétration, c'est ça ?
- Oui… Nous avons eu quelques cours d'éducation sexuelle mais ce que je ne comprends pas c'est pourquoi ça peut faire mal ou non ? Physiquement c'est la même chose, non ?
- C'est vrai que c'est une bonne question. »

Il réfléchit, il devait trouver les bons mots.

« C'est le consentement qui fait la différence mais c'est vrai que dit comme ça, cela doit avoir l'air abstrait. Au début, enfin, lorsque c'est la première fois ça peut faire peur et être assez intimidant, la théorie des cours d'éducation sexuelle ça ne fait pas tout, on ne sait pas vraiment à quoi s'attendre et c'est différent pour chaque personne alors c'est important d'être avec quelqu'un en qui tu as confiance, avec qui tu peux parler si ça ne va pas et si ça ne marche pas tu peux arrêter, c'est pas grave.
- C'est pas grave ? Reprit-elle.
- Non, si ça ne va pas il vaut mieux arrêter, si tu es trop tendu ça ne marche pas bien en général. C'est pour ça que lorsqu'on n'est pas consentent, on se crispe et cela devint douloureux physiquement.
- Mais après ça, ça devait être difficile de faire confiance à quelqu'un d'autre, non ? »

Il ne savait pas quoi répondre à ça.

« Et puis avec papa, on ne peut pas dire que vous étiez vraiment amoureux non plus. »

Il écarquilla les yeux.

« Mais qu'est-ce que ?
- Ça va, dit-elle, je ne suis pas Yuzu, je crois plus aux contes de fée…
- Ce… Ce n'est pas aussi simple, dit-il. Certes ce n'était pas un coup de foudre mais on s'appréciait beaucoup. Lorsqu'on s'est rencontré on s'entendait bien.
- Mais vous étiez pas amoureux, répliqua-t-elle. »

Il marqua un temps d'arrêt et sentit le regard de Karin, il se tourna vers elle pour lui faire face.

« Il y avait quelque chose, reprit-il, mais je crois que nous avons raté le bon moment. Maintenant il est trop tard pour tout rattraper alors le plus simple était de se séparer pour que chacun puisse continuer sa vie. Ça doit être compliqué pour vous.
- C'est Yuzu qui est triste surtout… Je me doutais que ça arriverait un jour où l'autre. »

Il ne savait comment accueillir la nouvelle. Karin était trop mature pour son âge.

« Mais tu as déjà été amoureux ?
- Hum… Oui, grogna-t-il. »

Karin se redressa aussitôt la bouche grande ouverte.

« C'est vrai ?
- Oui pourquoi ? Est-ce si surprenant ?
- Non c'est que… Je sais pas, je suis contente et il… Enfin c'était réciproque ?
- Il semblerait bien que oui.
- Il semblerait ? Répéta-t-elle. Tu l'as revu ?
- Tu devrais dormir, reprit-il.
- Attends ! C'était quand ? Au lycée ? Il était dans ta classe ? J'ai plein de questions moi maintenant !
- C'est ce que j'entends mais il est tard. Et je croyais que tu n'aimais pas la niaiserie ?
- Oui mais maintenant que tu n'es plus avec papa, ce serait dommage de passer à côté de quelqu'un dont tu es vraiment amoureux, non ?
- Je vais y réfléchir.
- C'est vrai ? Vrai de vrai ? Ou tu dis ça pour que je te laisse tranquille. »

Il soupira et se pencha vers elle pour embrasser son crâne. Voilà que ses filles lui faisaient la leçon.

« Repose-toi.
- Mais y a pas école demain, soupira-t-elle.
- Ce n'est pas une raison. »

Il sortit de la chambre et referma la porte. Il redescendit dans le salon et soupira. Il était fatigué et avait bien envie de boire quelque chose de chaud avant de dormir.

L'interphone sonna.

Il leva les yeux au ciel et alla décrocher. Qui pouvait venir le déranger à cette heure ?

« Bonsoir monsieur, monsieur Koga Kuchiki souhaiterait venir vous parler. »

Il ne s'attendait pas à ce que son oncle se déplace en personne à une heure si tardive. Sa déclaration avait déjà dû tourner dans la famille. Il hésita à le laisser monter. Cette journée l'avait épuisé plus qu'il ne l'aurait pensé mais maintenant qu'il avait décroché à l'interphone difficile de reculer.

« Laissez-le monter, soupira-t-il. »

À peine eut-il raccroché qu'il douta : pourquoi venait-il si tard et en personne ? Il le voyait mal venir lui apporter du soutien… Il regratta d'avoir accepté cette entrevue. Il allait prendre un savon. Il jeta un coup d'œil à son portable espérant obtenir un soutien quelconque.

Un bruit de vaisselle interrompit sa pensée. Hanatarô était encore dans la cuisine. Il lui avait pourtant dit de rentrer et de se reposer mais le majordome était aussi têtu qu'une mule. Il se releva et alla le voir : « Vous n'êtes pas obligé de rester, dit-il, vous en avez assez fait aujourd'hui.
- Cela ne me dérange pas monsieur, c'est mon travail et j'aime ce que je fais alors ce n'est pas difficile pour moi. J'ai entendu l'interphone votre père revint ? Un invité ? Souhaitez-vous que je prépare quelque chose ?
- Mon oncle Koga arrive. J'imagine qu'il a eu la nouvelle.
- Souhaitez-vous un remontant ?
- Ça devrait aller. »

Il esquissa un sourire. Si Hanatarô ne faisait jamais de commentaire, il savait très bien lire entre les lignes. Ils entendirent sonner et Hanatarô se rendit immédiatement à l'entrée. Il traina des pieds et se tint dans le salon pour recevoir le visiteur inopiné.

Le majordome lui ouvrit et le salua poliment mais il n'obtint aucune réponse. Son oncle affichait une mine fermée et le fixa dès son entrée. Il ne dit rien et prit le temps d'enlever son manteau pour le confier à Hanatarô toujours sans le moindre mot à son égard. Il s'avança et se planta en face de lui.

« J'ai reçu un message de notre avocat avec ton mot. Tu imagineras ma surprise en lisant ces mots. Je me suis dit qu'il serait plus simple d'en parler directement. »

Donc pas de témoins ni de traces écrites gênantes.

« Il me semblait que le message était clair pourtant, rétorqua-t-il. Je voulais que vous ayez tous l'information avant qu'elle ait le temps de tourner.
- C'est vrai que ton divorce a déjà fait beaucoup parler. »

Il sentait que la discussion allait s'étaler mais il n'avait aucune envie de l'inviter à s'assoir.

« C'est dommage ce divorce, il ne venait pas d'une bonne famille mais il avait de l'ambition… Un peu trop, commenta-t-il, mais c'est bien la seule chose qu'on peut lui reprocher. »

C'est vrai que lui était du genre timide, il avait épousé sa tante Hana, pris le nom de Kuchiki et s'était installé à la direction du Senbonzakura… Bien que Rukia lui ait soufflé la place, il n'avait pas à se plaindre de sa position. Il tentait de placer ses fils sans grand succès. Son fils ainé, Tetsuya avait fait médecine et le cadet Himuro ne semblait guère intéressé par le travail malgré ses études comptables. Il préférait dépenser l'argent de ses parents.

Koga s'avança dans le salon et jugea le décor : « Ça fait longtemps que je ne suis pas venu… C'est bien arrangé, tu as fait appel à un architecte pour ça ? »

Il ne se rappelait pas avoir déjà invité son oncle chez lui. Il l'observa faire le tour avant de s'assoir dans un fauteuil. Il s'adossa au dossier et croisa les mains sur ses genoux. Il le fixa comme s'il l'invitait à s'assoir. Il n'arriverait pas à expédier cette conversation. Il aurait bien levé les yeux au ciel mais s'abstint. Cela aurait été inapproprié… Il s'installa à contre cœur et Hanatarô vint à son secours.

« Puis-je vous servir quelque chose ?
- Un thé vert, commanda Koga. »

Il se dit qu'il était très chaleureux en comparaison avec son oncle.

« Comme d'habitude pour moi, merci. »

Le majordome repartit dans la cuisine et ils se retrouvèrent à nouveau seul. Il était temps d'entrer dans le vif du sujet.

« Alors de quoi voulais-tu me parler ? Je ne peux m'empêcher de me demander ce qui est si urgent pour que tu viennes si tard et après le travail.
- Tu dois t'en douter, non ? »

Il plissa les yeux, il n'était pas d'humeur à jouer au chat et la souris.

« Il va falloir expliciter. »

Koga soupira. Il joignit les mains devant lui et se pencha dans sa direction comme un parent devant expliquer pour la énième fois le même discours.

« Je ne comprends pas pourquoi ton père ne t'as pas dissuadé avant mais tu ne peux pas faire publier une telle chose. As-tu eu un retour de Ginrei avant ?
- Je n'ai pas besoin de son accord et mon père me soutien.
- Ton père ? Evidemment, soupira-t-il. Malgré toute l'affection que je lui porte, Sôjun n'a jamais eu les épaules pour ce genre de situation. Vous ne vous rendez pas compte des répercutions que cela va avoir.
- Parce que toi, si ? »

Son regard s'étrécit.

« Pourquoi tiens-tu à ce point à trainer la famille dans la boue ? Tu as déjà adopté Ichigo, pourquoi le légitimer maintenant ? Cela ne te dérangeait pas jusqu'à maintenant, cracha-t-il. Tu penses te dédouaner en accusant cette femme de crimes odieux. Ce n'est pas parce que maintenant tu regrettes d'avoir couché avec elle qu'il faut l'accuser. Tu penses leurrer qui ? Je te croyais plus intelligent… Pourquoi notre famille devrait supporter le fait que tu n'es pas su prendre tes précautions ou garder les jambes serrées ? »

Il serra les dents et remarqua que Koga semblait très fier de son effet. Même s'il s'attendait à une réaction de ce genre de la part de son oncle, l'air lui manquait.

« Tu parles de la famille comme si tu l'a dirigé mais ce n'est pas la cas. Si j'avais voulu ton avis je l'aurais sollicité, maintenant je te demanderais de partir. Je n'aime pas qu'on vienne m'insulter sous mon propre toit.
- C'est toi qui veux nous couvrir de honte et c'est moi qui t'insulte ? Cette affaire aura des répercussions sur nous tous. Nous sommes tous concernés.
- Justement non, coupa-t-il.
- Tu oublies que tu n'es pas encore à la tête du Conseil.
- C'est une menace ?
- Cette histoire te coûtera ta place. Qui a envie d'avoir un directeur qui clame sur tous les toits qu'il s'est fait violer ? Personne ! Tu n'as donc aucune honte ? S'exclama-t-il.
- Tu devrais te réjouir alors, maintenant sors de chez moi.
- Byakuya tu devrais y réfléchir…
- Sors de chez moi ! Hurla-t-il. »

Koga soupira face à sa perte de contrôle. Il savait qu'il devait garder son calme mais impossible de rester stoïque face à de tels propos. Il était blessé, il s'était senti honteux suffisamment longtemps. Ces mots étaient la raison qui l'avait poussé à garder le silence. Koga se leva et récupéra son manteau. Il paraissait plus dépité que désolé.

o~~O~~o

Ichigo n'en croyait pas ses oreilles.

Il était sorti de sa chambre pour aller aux toilettes et il s'était rendu compte de la présence d'une autre personne avec Byakuya dans le salon. Il s'était fait discret ne sachant sur qui il pouvait tomber. Si c'était Sôjun qui revenait ce n'était pas grave de le croiser, si c'était Kenpachi qui revenait… Il n'était pas censé être informé de leur relation. L'excuse des livres et des devoirs marchait pour la journée, en pleine nuit se serait moins convaincant.

Il fut surpris d'entendre une voix qu'il ne connaissait pas et la tournure de la conversation lui avait fait comprendre qu'il s'agissait d'un membre de la famille Kuchiki.

Cela ne l'empêcha pas de rester sans voix.

Il comprit alors pourquoi Byakuya avait préféré garder le silence sur cette affaire aussi longtemps : avec des proches pareils pas besoin d'ennemis ! Son cœur se serra, pas étonnant qu'il soit si retissant à se confier sur de tels évènements. Les paroles de Sôjun lui revinrent en mémoire, il n'avait cessé de dire qu'il n'avait pas été assez prévenant avec son fils… Pourtant il n'avait jamais douté de Byakuya, ni de sa version, contrairement à l'importun. À moins que cela n'ait été le cas avant ? C'est déjà tellement difficile de se faire comprendre lorsque soi-même on n'arrive pas à mettre les mots dessus… Lorsque le doute s'installe c'est fini.

Il entendit un bruit sourd une fois que la porte d'entrée se referma. Il jeta un coup d'œil par la rambarde. Byakuya s'était étalé sur le fauteuil, la tête en arrière et les mains sur le visage. Il ne se rappelait pas l'avoir déjà vu si négligé. Ces odieuses paroles l'avaient atteint.

Il aperçut Hanatarô et Byakuya se redressa un bref instant avant que le majordome disparaisse aussi vite.

Il ne savait pas pourquoi il restait là à attendre, il ne savait pas quoi attendre. Une réaction ? Un mouvement ? Des paroles ? Il devrait retourner à sa chambre et essayer de dormir plutôt que d'attendre une révélation. Pourtant il n'arrivait pas à bouger.

Il resta planter à veiller son père.

Cela sonnait étrangement dans son esprit. Le temps ferait son travail.

Il entendit un long soupir.

Silence.

Un hoquet… Puis un reniflement bruyant. Il regarda à nouveau vers le salon. Byakuya s'était caché derrière ses mains.

Il… Il pleurait ?

Il ne se sentait pas à sa place. Il ne devrait pas assister à ce moment, si Byakuya se laissait aller c'était parce qu'il se pensait seul et en confiance. Il ne se montrait jamais si vulnérable, même s'il avait déjà vu une larme lui échapper et que son malaise était palpable lorsqu'il avait dû parler de son viol, il restait dans la retenue, le contrôle.

Cette fois, il ouvrait les vannes.

Il devrait se lever et retourner à sa chambre mais il ne parvenait pas à se résigner à le laisser seul. Il risquait d'être découvert si Yuzu ou Karin venait à se lever mais cela ne l'inquiétait pas plus que ça. Il y avait quelque chose d'apaisant à rester adossé au mur : une sorte de méditation. Il essayait de relativiser et de réfléchir à la suite. Devrait-il en parler avec Keigo et Mizuiro ? Ou devait-il attendre que ça sorte ?

La nuit portait conseil. Il devrait attendre et laisser couler pour ce soir. Une sonnerie de portable le sortit de sa torpeur. Il eut un mouvement de panique en se disant qu'il allait être découvert avant de comprendre que ce n'était pas son portable. La sonnerie s'arrêta et dans le silence du soir il n'eut pas de mal à entendre que Byakuya avait décroché. Il se demanda quelle heure il était et qui cela pouvait être. Encore de la famille indélicate ? Il n'aurait probablement pas décroché dans cet état… Il se creusa les méninges et l'image de son entraineur lui traversa l'esprit.

Ça…

Semblait plausible. Peut-être allait-il venir ? Il entendit une voix rauque au téléphone. Plus de doute.

Il s'étonnait encore de cette relation qui semblait… Plutôt sérieuse. Il repensa au regard choqué de Zaraki lorsque Sôjun l'avait invité à passer les vacances d'été, en famille, avec eux. Il avait jeté un regard paniqué vers Byakuya. Il n'était pas prêt de l'oublier. Dans sa situation, il l'aurait aussi paniqué, Sôjun avait déjà mis au jour leur situation.

Il n'aurait pas apprécié d'être à la place de Sôsuke. Il n'était pas dupe et avait vécu douze avec Byakuya, il devait se douter de quelque chose.

Il ferma les yeux et se concentra sur sa voix. Elle semblait plus calme et apaisée maintenant. Il rouvrit les yeux et se pencha légèrement vers le salon pour apercevoir la scène. Le brun s'était lové dans le fauteuil, les genoux repliés contre la poitrine, son portable collé à l'oreille et un léger sourire aux lèvres. Il avait chassé ses larmes mais il percevait encore des hoquets.

Cette fois, il pouvait partir se coucher sans regret. Il se redressa en veillant à ne pas faire de bruit. Il avança à tâtons et retourna se coucher. Il se détendit enfin et remarqua les douleurs qui le parcouraient. Il devrait se trouver un moment pour faire des étirements.

Il ferma les yeux.

o~~O~~o

Son réveil sonna.

Pourquoi diable l'avait-il remis pour le week-end ? Il cligna des yeux dans l'obscurité et se tourna tant bien que mal vers l'arme de torture sonore.

9h00

C'était son alarme du week-end, pour être juste, la deuxième. La radio avait dû chanter dans le vide un bon moment. Il n'avait jamais si bien dormi que cette nuit alors qu'elle aurait dû être la plus angoissante. Ou était-ce ça, sa manière à lui de gérer la situation ? Dormir pour s'enfuir ?

Il se redressa, arrêta la sonnerie horripilante, puis se rallongea en fixant les ténèbres de la chambre. Le noir n'était pas complet, des rayons de lumière filtraient à travers le store. Il tendit l'oreille mais il ne discerna que le lointain vrombissement de la circulation. Il déclencha l'ouverture du store mais l'arrêta à mi-chemin. La lumière était aveuglante, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas fait si beau.

Il se demanda si ses sœurs étaient réveillées ou si elles aussi avaient besoin de trainer au lit. Il n'entendait toujours aucun bruit et pencha pour la seconde option. Byakuya avait dû annuler les cours particuliers et dire d'en profiter pour se reposer. Il se demanda dans quel état était Byakuya ? S'il cogitait encore sur les évènements de la veille ou s'il avait réussi passer au-dessus.

Il repensa aux larmes…

Comment pourrait-il aller bien dans une situation pareille ? La femme qui l'avait violé revenait dans sa vie, le plaçait devant le fait accompli et aujourd'hui il devait révéler au grand jour un secret qu'il avait toujours gardé.

Il ne pouvait pas aller bien.

Il n'en menait pas large. Il tordait l'idée dans sa tête et les informations cheminaient lentement. Que devrait-il faire ? Comment réagir ? Y avait-il seulement quelque chose à faire ? Il se voyait mal reprendre le cours de son existence comme si rien n'était arrivé. Que pouvait-il faire ? Il aurait beau crier, pleurer ou faire la tête cela ne changerait rien. La vie allait reprendre mais il ne se sentait pas prêt.

Au décès de ses parents, il y avait eu tellement de changement d'un coup que l'avant et l'après était clairement défini. Ses parents étaient vivants, il vivait avec eux ils sont morts et il a changé de d'endroit. Il y avait une coupure dans l'histoire. Le fait qu'il ait fini son année scolaire dans son collège avait servi de transition dans ce changement de monde.

Mais maintenant, qu'est-ce qui différenciait le moment où Byakuya était son tuteur de celui où il était devenu son père ? D'un autre côté c'était idiot : Byakuya avait toujours été son père. La seule différence c'est qu'il le savait.

Il se redressa pour de bon. Il ne trouverait pas de réponse aujourd'hui, autant aller déjeuner et rattraper ses cours. Ça lui viderait la tête. La solution tomberait toute seule lorsqu'il s'y attendrait le moins.

Son ventre gargouilla et lui rappela qu'il avait à peine mangé le soir. Il s'habilla et finit d'ouvrir le store. Il s'arrêta devant le miroir et tenta de discipliner ses cheveux mais c'était une cause perdu. Il soupira. L'image de Byakuya avec des épis lui traversa l'esprit, peut-être était pour ça que lui et Sôjun gardaient les cheveux longs ? Il pouffa. Venait-il de percer un secret familial ? Il longea la rambarde d'un pas léger et ne remarqua aucune trace des filles. Il descendit et vit alors Byakuya sortir de la cuisine avec une tasse fumante à la main.

« Bonjour, dit-il. »

Le brun hocha la tête : « Tu es déjà levé ? Tu pouvais profiter de ce matin pour dormir tu sais…
- J'étais réveillé… Et après je gamberge alors autant se lever. Je vais essayer de rattraper les cours que j'ai manqués et réviser un peu mais je suis pas sûr d'arriver à rester concentré très longtemps… Je crois que j'ai surtout besoin de m'occuper l'esprit. Si je tourne trop en boucle ça ne donnera rien de bon.
- Je vois ce que tu veux dire… Mais tu peux faire autre chose que tes devoirs tu sais. Tu as peut-être envie d'en parler avec tes amis ? L'information devrait faire les gros titres demain. C'est comme tu le souhaites.
- Cela ne te dérange pas que j'en parle avant que ce soit rendu officiel ?
- Cela te concerne aussi tu sais mais tu devrais déjeuner avant de penser à tout ça.»

Il ne répondit pas. Que devrait-il répondre de toute manière ? Il se rendit dans la cuisine non sans maladresse.

« Bonjour Hanatarô. »

Le majordome sursauta et se retourna.

« Bonjour Ichigo, je vais vous servir au salon si vous préférez.
- Pas la peine, coupa-t-il. Ne vous embêtez pas pour moi. »

Hanatarô fronça les sourcils.

« Vous savez que c'est mon travail de m'inquiéter pour vous et vous faciliter la vie. Il n'y a rien de malvenu à ce que vous me demandiez quelque chose.
- Je n'ai pas l'habitude de me faire servir, ça me gêne toujours un peu. »

Le majordome soupira bruyamment.

« Je vais me retrouver au chômage si monsieur Kuchiki se met à penser comme vous, vous savez ?
- Je ne l'avais pas vu sous cet angle, commenta-t-il, mais vous faites déjà beaucoup de chose : les repas, les courses, toutes les tâches ménagères… »

En le disant, il ne trouva pas ça très convaincant et Hanatarô non plus.

« Tout ce que je veux dire, reprit-il, c'est que vous pouvez vous reposer sur moi. Monsieur Kuchiki est déjà assez têtu comme ça sans rajouter une deuxième tête de mule. »

Il ouvrit des yeux ronds face à la mine déconfite du brun.

« Ne le répétez pas d'accord ?
- Promis.
- Bien, maintenant installez-vous je vous amène de quoi manger. »

Chassez le naturel et il revint au galop.

Il ne dit rien cette fois-ci et s'assit à la table de la cuisine pour observer Hanatarô (puisqu'il ne pouvait pas l'aider).

« Comment êtes-vous arrivé ici ? Je veux dire… À travailler pour Byakuya.
- Oh… Un peu par hasard vous savez. J'ai une formation d'infirmier et pendant mes études, je travaillais comme réceptionniste dans un hôtel. De fils en aiguilles, j'ai commencé à travailler comme majordome pour une famille d'habitués mais ils sont partis vivre à l'étranger et ils m'ont recommandé à monsieur Kuchiki. Je devais rester le temps de trouver un poste puis finalement… Je suis resté ici et n'ai jamais vraiment cherché à partir. On ne peut pas dire que j'ai une formation de majordome, j'en ai fait des bêtises au début, soupira-t-il.
- Je ne m'attendais pas à ça. »

Hanatarô déposa une assiette avec des tranches de pain grillés et un verre de jus de fruits.

« Vous n'avez jamais été tenté de retourner dans le médicale ?
- Pas vraiment, je pense avoir trouvé ma vraie vocation ici. Je voulais aider les gens et je suis parti du principe que le métier qui me conviendrait le mieux était dans la médecine alors que j'avais d'autres options. Finalement je suis arrivé là où je devais être. Des fois le hasard fait bien les choses.
- Vous avez probablement raison. »

À bien y regarder, Byakuya était entouré de gens qu'il n'aurait jamais dû côtoyer : Renji n'avait pas fait de grandes écoles pourtant il était son bras droit, son majordome était arrivé dans le service par hasard avec des petits boulots et Kenpachi Zaraki était entré au Seireitei par un coup de chance. Byakuya Kuchiki, le grand homme d'affaire issu d'une famille puissante et richissime, bien sous tous rapports s'était entouré de personnes qu'il n'aurait jamais dû croiser dans son parcours.

D'un point vue extérieur, Byakuya avait la vie parfaite et sans fausses notes, même de l'intérieur rien ne clochait… Hormis son entourage. Il aurait pu garder son secret et préserver sa vie parfaite en le laissant hors de sa vie pourtant il l'avait recueilli chez lui et maintenant il s'apprêtait à l'assumer face au monde, même contre l'avis de sa famille.

Byakuya, son père biologique, tenait à lui. Il n'irait pas affronter sa famille et la presse à scandale s'il ne lui portait pas d'intérêt.

Il mangea son petit déjeuner et se décida. Il allait téléphoner à Mizuiro et Keigo pour leur parler. Il était temps d'éprouver cette toute nouvelle amitié.

o~~O~~o

Byakuya fronça les sourcils en voyant le nom de Rukia s'afficher sur son portable, il décrocha inquiet. Elle ne l'appelait que pour les urgences, encore plus sur ses heures de travail.

« Rukia ? Tout va bien ? »

La question était rhétorique.

« Koga est venu te voir hier, non ? Murmura-t-elle.
- Oui mais comment tu sais-
- Tu as raté quelque chose, coupa-t-elle. Je ne sais pas ce qu'il t'a dit mais père est venu le voir. Je ne l'ai jamais vu aussi énervé et notre oncle en a pris pour son grade. Ils sont allés dans un bureau mais nous n'avions pas de mal à entendre. Koga est ressorti blanc comme un linge et il n'a plus ouvert la bouche. Je me disais que je devais te le dire… Je crois bien n'avoir jamais vu père se mettre en colère. »

Il ne savait pas quoi répondre à ça. Rukia semblait toute excitée par cet évènement hors du commun. Il se creusa la tête mais arriva à la même conclusion, il l'avait vu contrarié mais jamais en colère. Rukia continua sur sa lancée.

« Koga a tenté une fronde, il voulait que tu retires ta déclaration et a contacté pas mal de monde dans la famille. Je crois qu'il n'a pas eu autant de soutiens qu'il l'espérait, même tante Hana ne semble pas partager son point de vue. Père l'a remis à sa place. Je suis contente qu'il ne se soit jamais fâché ainsi contre nous.
- Tu as écouté aux portes on dirait.
- Pas besoin d'écouter, tout l'étage en a profité. Je ne serais pas étonné qu'il soit poussé à prendre sa retraite. »

Il resta silencieux, le temps d'intégrer les informations.

« Il aurait dû la prendre dès ton arrivée au Senbonzakura de toute façon… Mais je ne m'attendais pas à ce que père prenne les devants. Certes Koga est allé trop loin mais ce n'était pas la peine de-
- Byakuya, coupa-t-elle. Il faut que tu arrêtes de croire que tu es tout seul pour affronter ça. Nous devons faire bloc, surtout dans une telle situation… Laisse-nous t'aider. Et puis attends que Yoruichi apprenne ça… Elle va venir habiter chez toi si ce n'est déjà fait.
- Je ne lui en ai pas parlé.
- À ta place, ça m'inquiéterait qu'elle l'apprenne de quelqu'un d'autre. »

Il plissa les yeux en imaginant la scène, il ferait mieux de régler cela.

« Tu as probablement raison.
- Dis tu veux que je passe demain ? Enfin si tu as envie… Tu préfères peut-être rester un peu tranquille.
- Tu veux venir ? Reprit-il. Tu ne souhaiterais pas plutôt passer un peu de temps avec Ren… Ton copain, corrigea-t-il. Toi aussi, tu risques d'être pas mal sollicitée durant les jours à venir. Enfin si tu souhaites passer, tu seras la bienvenue. Les filles seront contentes de te voir. »

Il l'entendit soupirer et ne sut comment l'interpréter.

« Remarque, dès que tu auras parlé à Yoruichi ou Shunsui, ils risquent de débarquer en force et tu auras assez à faire, rit-elle. Et puis… Peut-être que toi aussi tu voudrais un moment tranquille au milieu de tout ça. Je préviendrais si je passe. D'ailleurs est-ce vrai que père a invité un de tes amis pour les vacances ? »

o~~O~~o

Ichigo se posa à son bureau et regarda son portable posé bien à plat sur la surface en bois. Il avait fait quelques tentatives à l'oral pour mettre à plats ses idées mais plus il répétait plus il s'embrouillait. Il avait arrêté et fixé son écran éteint. Il ne lui restait plus qu'à se lancer.

Il avait choisi de commencer par Mizuiro, il était calme et se serait plus facile de s'expliquer alors qu'il ne savait pas où commencer. Il inspira et déverrouilla son écran. Il expira et cliquant sur l'icône téléphone de la fiche contact de Mizuiro. Il l'imaginait déjà en train de froncer les sourcils en voyant son prénom s'afficher sur son écran. La sonnerie retentit trois fois avant qu'il décroche.

« Allô ? Ichigo ? Ça va ? »

Sa voix était tellement calme.

« Ouais ça va et toi ? Je te dérange pas ?
- Non, non… Tu ne me dérange pas. Je suis avec Keigo, on révise… Enfin je révise et il parle. Comme ce n'est pas souvent que tu appelles j'ai préféré sortir.
- En fait, c'est pas plus mal que vous soyez tous les deux, dit-il. Il fallait que je vous parle à tous les deux.
- Ok… Je retourne avec lui alors, bouge pas. »

Il se tut et écouta les bruits avec un peu d'appréhension. Il ne savait pas qu'ils se retrouvaient pour réviser… Enfin, c'était peut-être une excuse pour passer la journée ensemble.

« Je te mets en haut-parleur.
- Ichigo ! Comment tu vas ? S'exclama Keigo.
- Laisse-le en placer une, ralla le brun.
- Mais-
- Tu recommences, tu vois ? »

Il entendit un long soupir et celui décrocha un sourire. Ils avaient le don de détendre l'atmosphère.

« Ça va, reprit-il. Enfin, ça va mieux, je… C'est pas évident ce que je dois vous dire alors si vous pouviez me laisser le temps pour parler ce serait bien. Je suis pas sûr d'avoir tout compris moi-même, ni tout intégré. »

Il y eut un silence mais il put presque entendre leur regard se croiser avec la même interrogation.

« Vas-y, on t'écoute… Je surveille que Keigo garde la bouche fermée. »

Il prit une grande inspiration.

o~~O~~o

« Je comprends que tu n'es pas voulu en parler tout de suite, commenta Mizuiro. »

Le silence de Keigo l'inquiétait, il aurait voulu voir son expression pour se faire une idée de sa réaction.

« Mais ça fait plaisir de voir que tu aies voulu nous en parler avant que ce soit public.
- Je préférais que vous l'appreniez par moi, je sais pas trop comment cela va être traité ou interprété.
- Je me doute, mais tu sais ça ne change rien pour nous, tu restes la même personne.
- Il va faire une de ses têtes Grimmjow lorsqu'il va savoir. »

Keigo avait parlé d'une voix blanche difficilement reconnaissable.

« Désolé, reprit-il, c'est sûrement pas ce que tu voulais entendre.
- T'as pas à t'excuser, pouffa-t-il. Je verrais pas sa tête tout de suite de toute façon. Je vais avoir une semaine avant de revenir au lycée. Maintenant que j'arrivais à suivre les cours, je vais revenir complètement paumé.
- T'arrives à penser aux cours ?
- Il est plus studieux que toi, c'est pas nouveau.
- Hey !
- Sinon, reprit Mizuiro, si ça dure longtemps… Peut-être qu'on pourrait passer chez toi pour t'aider avec les cours ou prendre de tes nouvelles. Si tu veux bien et que ton père est d'accord… Enfin, je ne sais pas comment tu veux l'appeler maintenant. Tu préfères que nous continuions à dire tuteur ?
- Je sais pas trop… Et pour les séances de révisions pourquoi pas. Ce serait l'occasion de se voir hors de l'école. D'ailleurs je devais vous présenter des gens.
- Des gens ? Reprirent-ils en cœur.
- Oui, Ishida m'avait demandé de discuter avec deux nouveaux élèves qui doivent arriver au prochain trimestre en immersion. Une était dans ma classe au collège, je la connais bien, et le deuxième vint de l'étranger, on a discuté rapidement mais il a l'air sympa. Je pensais organiser un truc avec vous pour faire connaissance et qu'ils ne soient pas trop perdus en arrivant au lycée, enfin… Si ça vous dis ?
- Grimmjow a de quoi trembler ! La bande s'agrandi ! »