Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son histoire ne m'appartiennent pas.
Il s'agit d'un semi-AU qui prend en compte les événements du manga jusqu'à la fin de la saga Hadès.
Pour plus d'info, rendez-vous à la fin du chapitre.
Bonne lecture!
Hyoga regarda la mer se retirer, ignorant cette mèche blonde qui traversa son visage comme il ignora le froid qui rampait sur ses joues. Il était assis là, les pieds ballant dans le vide, sur ce muret qui donnait sur cette plage et cette mer dont il avait ignoré l'existence quelques heures auparavant. Un endroit un peu morne sous l'épaisse couche de nuage grisâtre. Une plage pâle et blanchâtre, parsemée de quelques herbes rêches qui se dressaient avec hargne contre le vent, et une mer sombre, qui s'enroulait et se défaisait, qui envahissait désespérément le sable avant de se recroqueviller sur elle-même. Incapable de savoir ce qu'elle désirait réellement : se briser sur les rochers avec violence, approcher doucement les quelques personnes qui se baladaient la plage insensibles à sa douleur ou juste se déchirer encore et encore en laissant ses hurlements résonner dans l'air sans jamais atteindre le ciel.
Hyoga sentit son souffle chaud échapper ses lèvres entrouvertes dans ce qui aurait put être un soupire s'il en avait encore eu l'énergie. S'il en avait encore eu la foi. À la place, ce ne fut rien de plus qu'une faible expiration perdue dans les vents qui s'enroulaient inlassablement autour de lui. Il avait froid, il était absolument gelé ce qui était ironique pour un chevalier des glaces.
Le jeune homme posa ses mains sur ses avant-bras, se recroquevillant comme la mer face à lui tout en fermant avec force les paupières. Un ancien chevalier des glaces, se força-t-il à se rappeler. Car tout ça s'était terminé. Pas il y a quelques jours, ni quelques semaines ou quelques mois. Toutes ces histoires de combats, de cosmos, de destins et d'humanité à sauver étaient terminées il y a des années déjà.
Hadès était tombé, vaincu par leur déesse Athéna. Il était tombé pour de bon cette fois, libérant les chevaliers de chaînes qu'ils ne savaient même pas qu'elles les entravaient. Libérant les chevaliers d'or d'un destin qu'ils avaient vécu encore et encore et encore. Libérant Athéna elle-même d'une mission qu'elle s'était donnée, une mission qui l'avait rendue mortelle et un mission que finalement, elle parvint à mener à son terme.
Hyoga resserra un peu plus ses bras autour de lui, tentant de se concentrer sur le son des vagues qui se brisaient sur les rochers et s'effondraient sur elles-mêmes. Oui, tout ceci était terminé désormais. Les chevaliers, tous les chevaliers reçurent une seconde chance, une seconde vie. Un remerciement silencieux pour les années, voir les siècles pour certains, de bons et loyaux services. Et puis ils avaient seulement disparu, s'évanouissant sur une Terre qui parut soudainement trop grande et trop étrangère. Un à un, ils avaient quitté le Sanctuaire, trouvant une vie, une existence dans cette seconde chance qui leur avait été offerte. Il les avait regardé partir, silencieux et impassible comme il l'avait si bien appris. Il les avait regardé partir en réalité avec incompréhension et, il l'ignorait encore à cette époque, avec crainte. Figé par la peur. La peur du changement, la peur d'une seconde chance, la peur d'exister pour soi ou peut-être tout simplement la peur d'être seul. De se retrouver véritablement seul. De se rendre compte que finalement, il avait toujours été seul.
Le jeune homme inspira, l'air pratiquement poussé dans ses poumons par les vents violents. Il rouvrit les paupières, ses mains retombant lâchement le long des ses bras. D'abord éblouit par la lumière terne et diffuse qui imprégnait les nuages, il s'habitua cependant pour voir les quelques passants qui hantaient toujours la plage. Qui ignorait toujours naïvement tout des complaintes de la mer à leur pied. Il était seul. Il était seul, il avait froid et il était épuisé. Passant une main glaciale sur son front, il soupira cette fois. À vingt ans à peine le voilà sur une plage qu'il n'avait jamais vu, dans un pays dont il ignorait pratiquement tout parce qu'il n'était pas parvenu à faire son deuil. Parce qu'il cherchait toujours désespérément un endroit où il pourrait se reposer, où il pourrait reprendre son souffle. La dernière flamme d'espoir en lui le poussait à chercher, à continuer d'avancer. Seulement la flamme vacillait à chaque nouvel endroit qu'il visitait. Elle menaçait de s'éteindre après chaque nuit qu'il passait, trempé de sueur et tenu éveillé par les images qui se dessinaient chaque fois qu'il osait fermer les paupières. Faible face à la fatigue, face à la peur et à la douleur.
Il reposa sa main contre le muret de béton, notant à peine la texture à la fois granuleuse et humide sous ses doigts gelés. Il n'osait même plus se demander pourquoi il continuait d'avancer. C'était tout ce qu'il pouvait faire maintenant, avancer. Ramper ventre à terre à enfoncer ses ongles dans le sol, continuer d'avancer, jusqu'à ce qu' il soit trop fatigué, trop affamé ou juste trop désespéré pour pouvoir inspirer.
La guerre contre Hadès était terminée il y a cinq ans maintenant. Il y a cinq ans, cette guerre contre lui-même, contre tout ce qu'il avait pu vivre, ce qui hantait ses nuits et marquait son visage et sa peau, avait débuté.
Lorsqu'il avait vu le soleil briller au-dessus de lui et que tout ce qu'il parvint à sentir fut le froid emprisonné en lui. Lorsque les cauchemars débutèrent et continuèrent une fois ses paupières ouvertes. Lorsque tout le monde avait quitté le Sanctuaire. Oui, lorsque le silence hurla autour de lui, ramenant à la vie tout ce qui l'avait toujours hanté. Quand dans sa solitude, il entendit la voix des morts et de tout ceux qu'il avait perdu l'appeler.
Même maintenant, entre la mer et le vent, il pouvait les entendre l'appeler. Hyoga plissa les yeux, son regard perdu sur les crêtes de mousse blanche au sommet des vagues.
La vie est une succession de respiration. De la première fois que l'on ouvrait les yeux à la dernière fois que l'on regardait le ciel, le temps était rythmé par la respiration. Hyoga avait respirait des centaines de milliers de fois : des inspirations saccadées, des expirations douloureuses, des souffles qui lui échappèrent et de l'air qu'il retint sans même s'en rendre compte. Oui, il avait respiré des centaines de milliers de fois seulement maintenant que toute cette histoire de chevalier était terminée, il était hors d'haleine. Il ne parvenait plus à trouver un endroit pour se reposer, pour guérir, pour répartir. Cet endroit pour reprendre son souffle.
Alors l'entendre l'appeler, parmi ce brouhaha qui suffit jusqu'à présent à noyer ses pensées, était à la fois son salut et sa fin. Tout ce qui aurait suffi pour qu'à cet instant, assit sur ce muret dans des couches et des couches de vêtements poussiéreux et trop large pour lui, misérable et invisible, il s'effondre. Comme la mer face à lui, comme il aurait dû le faire il y a des années, comme il aurait pu le faire il y a des années. Les images avaient pris ses nuits, les pensées avaient étouffées son temps et désormais c'étaient les voix qui volaient tout ce qu'il lui restait. Les quelques dernières fibres de lui qui n'avaient pas encore craquées étaient maintenant aux mains des voix. De sa voix. De ce spectre auquel il continuait de s'accrocher malgré lui.
Il l'appelait, il en était certain, pourtant il ne pouvait pas se retourner. Il ne pourrait pas supporter de voir la place vide derrière lui. De voir en face sa propre folie et sa triste réalité. Celle qu'il était seul, celle que personne ne le cherchait et sûrement pas lui. Non, il se concentra seulement sur les vagues et sur le sable et sur ces satanés passants mains dans la mains et au sourire sur leur visage qui lui donnait envie d'hurler. Il se concentra sur les brins d'herbes rêches, sur les silhouettes d'enfants courant sur le sable, leur rire lui arrivant en écho lointain. Tous, même cette faim qui lui brûlait l'estomac et rampait le long de sa gorge, lui servait de distraction. Jusqu'à ce qu'il ne réussisse plus à l'ignorer. Jusqu'à ce que la voix lui parvienne en un murmure derrière lui, emplie d'une compassion qu'il n'aurait jamais cru possible chez lui.
Il sentit quelque chose se poser entre ses omoplates. Sous les couches de tissus, parfois épaisses et parfois fines, il sentit l'empreinte d'une main dans son dos et une chaleur glaciale qu'il connaissait parfaitement. Malgré lui, il inspira. Il se tendit au contact, l'entièreté de son corps se contractant, et accueillit l'air entre ses lèvres comme si c'était la première fois qu'il respirait. L'air humide, rempli de sel qui se déposa sur sa langue. Ce même air froid à l'odeur d'iode et d'algue qui roulait sur son visage et rougissait ses joues.
Ses mains se crispèrent autour du rebord du muret, remarquant enfin qu'il y avait un rebord rugueux contre lequel il pressait ses doigts depuis de longues secondes, ainsi qu'une fine couche de sable qui roulait entre sa peau et le béton. Hyoga remarqua une centaine de choses à cet instant, de la couleur des flots devant lui aux rayons qui traversaient les nuages en cascade de lumières. Des visages des passants aux vêtements que portaient les enfants en train de jouer jusqu'aux sons des herbes rêches qui caressaient le sable.
Il était figé, absolument gelé sur place. Le monde autour lui tournait, comme il l'avait toujours fait. La mer continuait de rouler sur le sable humide et de se briser sur les rochers. Le vent soufflait avec la même vigueur qu'il y a quelques secondes auparavant. Cette main dans son dos le pressa un peu plus, comme pour l'inciter à faire ce qu'il n'était jamais parvenu à réaliser seul. Oser, pour la première fois depuis 5 ans. Alors Hyoga ferma les yeux, avec bien plus de force qu'auparavant. Il les ferma, priant à qui voulait bien l'entendre que c'était pour de vrai, pas un autre cauchemar venu le hanter ni une hallucination de son esprit.
Enfin, après de longues secondes à prier en silence entre ses dents serrées, il se tourna. Lentement, peut être trop lentement mais il osa se retourner. La main dans son dos suivit vaguement son mouvement, reposant un peu plus contre lui alors qu'on se mit à son niveau, probablement à genoux. Et lorsqu'il trouva enfin le courage d'ouvrir ses yeux bleus, il retint à peine un sanglot qu'il avait réprimé depuis longtemps. Bien trop longtemps.
Il passa ses bras autour de son cou, se moquant de toutes les règles qu'il avait pu s'imposer il y a des années de ça et que jamais il ne se serait permis une telle familiarité lorsqu'il était plus jeune. Ils n'étaient plus les mêmes personnes qu'il y a des années, ils avaient changés, avec la guerre et la victoire et la vie qu'ils tentaient tous de vivre. Hyoga posa son front sur son épaule, secoué par des pleurs qu'il n'avait jusqu'à maintenant jamais versé et lui, lui accueillit la moindre de ses émotions sans questions, sans jugement et sans leçon. Juste sa main, toujours posée entre ses omoplates, et son autre bras fermement autour de sa taille.
Il n'avait jamais été quelqu'un de chaleureux et ne le serait probablement jamais, même sa peau était toujours aussi glaciale qu'au Sanctuaire. Ce n'était pas ce que Hyoga lui demandait, il ne lui aurait rien demandé d'ailleurs. Il avait le droit de vivre, d'avoir son propre destin loin d'Athéna et des guerres saintes et de cette vie qui se répétait en boucle au fil de ses incarnations. Seulement il aurait menti s'il disait ne pas être venu ici, sur cette plage qu'il n'avait jamais vu avant aujourd'hui, dans ce pays qu'il connaissait à peine, pour avoir ne serait-ce qu'une chance de l'apercevoir.
Hyoga se recula, essuyant ses larmes du revers de la manche de son blouson. La masse vaguement rouge entre ses pleurs l'observait calmement. Son visage n'avait pas vraiment changé, si ce n'était ses yeux. Ses yeux empreints de sagesse renfermaient une certaine chaleur que les dieux et leurs guerres lui avaient dérobée jusqu'à maintenant. Camus l'observait patiemment, l'ombre d'un sourire sur ses lèvres. Sa main quitta le dos du blond, attrapant ses doigts avant de se relever. Il tira légèrement sur son bras et Hyoga le suivit, se relevant sans le moindre mot. Sans le moindre doute.
Il ne pouvait pas continuer comme ça, se rendit-il compte, car la mer n'était que la mer. Ce n'était qu'une masse d'eau qui changeait au rythme des marées. Ce n'était pas elle qui souffrait, c'était lui. C'était lui qui ignorait ce qu'il voulait, qui continuait de ramper avant de s'effondrer sur lui-même et d'hurler intérieurement qu'on remarque enfin ce par quoi il passait. C'était lui qui souffrait, défilant silencieusement parmi la foule, à ne même plus se reconnaître dans le reflet des immeubles et des vitrines. C'était lui que le silence affectait, que la solitude était en train d'étouffer. C'était lui qui se noyait.
Alors il suivit cet homme qu'il n'avait pas vu depuis des années, cette personne qu'il avait chassé sans même se l'avouer. Hyoga resserra ses doigts autours de sa main, son regard tombant sur le trottoir sous leur pieds. Il suivrait Camus.
Hey! Après plus de deux ans à ne rien poster je suis de retour!
J'ai pas grand chose à vous dire à part peut être qu'il s'agit d'une 'healing' fic car c'est moins chère d'écrire sur ses persos préférés que de prendre des séances de psy...
Pourquoi est-ce que ça tombe sur Hyoga cette fois? Aucune idée. Mais ce qui est fait et fait donc accrochez vos ceintures et préparez-vous à une bonne vieille fanfic où un personnage réapprend à vivre après des années de traumatisme !
Dans tous les cas, merci d'avoir lu et à la prochaine!
