Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son histoire ne m'appartiennent pas.

Bonne lecture à tous !


Il se réveilla aux chants des oiseaux, un rayon chaud du soleil se déposant sur sa joue alors qu'une brise légère caressait sa peau. Ses paupières toujours closes, son esprit toujours embrumé par le sommeil, il perçut à travers le voile orangé et rouge une odeur poudrée de fleur et de miel. Fraîche, proche de celle de la rosée du matin, de la terre encore gorgée d'eau. Dans ce cocon de chaleur, emmitouflé dans quelque chose de doux et de pelucheux, Hyoga s'entoura d'une odeur tout autre. Entre celle de la lessive qui lui piquait pratiquement le nez et celle de la menthe fraîchement hachée, des vieux livres et d'une figure familière qu'il ne cessait de chasser. La maison, ça sentait la maison, se rendit-il compte sans même vraiment y penser.

Un courant d'air, un autre, légèrement différent qui portait avec lui cette odeur si particulière, puis le bruit de tissu qui s'accrochaient au moindre mouvement. Hyoga osa ouvrir les paupières, laissant ce monde de son et d'odeur prendre des formes et des couleurs. Prendre sens pour la première fois depuis longtemps. Ses yeux bleus se posèrent alors sur ceux indigo de l'homme presque à genoux devant lui. Dans ce salon inconnu, sur ce canapé sur lequel il avait passé la nuit, il resta silencieux face à celui qui fut son mentor pendant tant d'années.

Camus posa ses bras sur ses cuisses, observant le plus jeune sans la moindre trace de jugement, ni même de réprimande. Non, il portait même sur ses lèvres un sourire certes maigre mais présent. Un sourire qui représentait déjà beaucoup pour le blond. Et Camus portait un débardeur, comme il le faisait toujours lorsqu'il n'était pas étouffé par l'épaisse armure du Verseau. Violet, comme ses yeux, remarqua vaguement Hyoga. Ses cheveux étaient détachés, brillant sous les quelques rayons du soleil de cette matinée apparemment dégagée. Quelques tâches de rousseurs sur sa peau toujours aussi pâle, quelques marques qu'on ne pouvait pas réellement qualifier de rides sur son visage. Camus ne semblait pas avoir changé au premier regard pourtant c'était là. Subtile, presque dissimulé; son visage semblait plus serein, plus sage encore qu'il y a quelques années. Sincèrement sage, loin du froid et de la sévérité qui étaient de rigueur pour un chevalier du Verseau. Libéré se rendit compte Hyoga.

« Hey... », murmura-t-il dans un sourire compatissant.

Hyoga se releva légèrement, laissant le plaid en polaire gris glisser de ses épaules lorsqu'il se hissa sur ses coudes. Il passa une main sur ses yeux fatigués, enfin libre de sa veste épaisse et de son pull bien trop fin. Le débardeur qu'il portait, l'un de Camus, lui allait à peine et embrassait son torse mais il était propre et doux. Il lui collait à la peau sans pour autant l'irriter, sans pour autant lui donner envie de s'arracher la peau avec les ongles. Il ne l'étouffait pas, ne le prenait pas à la gorge et n'enserrait pas ses bras. C'était pratiquement comme si ce stupide morceau de tissus le protégeait plutôt qu'essayait activement de le faire suffoquer.

Un nouveau courant d'air souleva quelques mèches turquoises de son mentor, passant rapidement sur ses joues avant de retomber sur ses épaules. Ses cheveux étaient toujours aussi longs, peut-être même plus qu'avant, remarqua le plus jeune. C'était lui. C'était lui et c'était tout ce qui comptait. Camus pencha le visage sur le côté, plissant légèrement les yeux comme pour lui confirmer que c'était lui et qu'il n'avait pas tellement changé et que tout allait bien. Hyoga avala sa salive. Que tout irait bien.

« Je vais faire à manger, tu me donnes un coup de main ? »

Camus lui tendit la main, sa voix emplie d'une chaleur qu'il aurait cru impossible pour l'homme face à lui. Elle avait sa place, se rendit-il compte en acceptant la main tendue devant lui. Elle avait sa place, Camus n'avait plus à être dénué de la moindre émotion. Loin du Sanctuaire, loin d'Athéna et loin de cette vie dans laquelle ils s'étaient tous emprisonnés. Loin de tout ça, il avait le droit de vivre comme n'importe quel humain. Le plus âgé sourit légèrement, l'aidant à se relever et se fut à peine si Hyoga remarqua être plus grand que lui désormais.

Le monde avait changé en cinq ans et lui-même avait changé.

L'air qui passait par la fenêtre de la baie vitrée était empli d'odeurs et de sons. Le parfums frais du pollen de fleurs qui couvraient les branches encore claires des arbres, celle salée de la mer non loin. Le chant des oiseaux qui virevoltaient déjà parmi les feuilles naissantes, parmi le ciel dégagé. Le son des vagues plus calme que la journée précédente accompagné des pas des passants qui défilaient sur la rue en contrebas. La chaleur de la main qui tenait toujours la sienne prisonnière et la fraîcheur si familière de sa présence, de son être à ses côtés. De son cosmos qui continuait de brûler, même à des centaines de kilomètres de Rodorio.

Dans le salon, devant ce canapé anthracite sur lequel il avait passé la nuit, Hyoga sentit le monde autour de lui. La salle était plutôt petite, avec une table en verre devant la baie vitrée entourée de quelques chaises en métal surmontées de petit coussin bleu. Une télévision collé au mur opposé du canapé, un couloir qui, si Hyoga se rappelait bien, menait à la salle de bain, aux toilettes et probablement à la chambre de Camus. Camus qui d'ailleurs tira légèrement sur sa main avant de les mener à la cuisine.

« Je te fais un café ? », demanda-t-il sans le regarder, lâchant sa main pour ouvrir un placard au-dessus de lui.

C'était plus une affirmation qu'une question pourtant Hyoga hocha tout de même la tête. Sur la pointe des pieds, étirant son bras au-dessus de lui pour attraper deux tasses, Camus ne vit pas sa réponse. Alors le blond détourna le regard, frottant distraitement son bras nu de sa main. Ça faisait si longtemps qu'il n'avait pas eu les bras nus... Son regard se perdit sur la petite table contre le mur, mur derrière lequel se trouvait le canapé. Elle n'avait rien de particulier, elle était de bois sombre avec des pieds en métal anthracite. Plutôt distingué mais ça n'avait rien de bien particulier pour Camus. Elle était entourée de deux chaises du même bois et du même métal, probablement vendues en lots avec la table ou en tout cas choisies pour aller parfaitement avec la surface.

Que faisait-il ici ?...

Son regard se posa de nouveau sur son mentor ou plus exactement son ancien mentor. Il était en train de couper du pain, une bouilloire à côté de lui alors que le café était en train de couler dans un cafetière près du micro-onde. La lumière de cette matinée, traversant la petite fenêtre au fond de la pièce, déposait sur lui un léger éclat doré qui apportait un peu plus de chaleur à son teint. Concentré, le couteau entre ses mains parfaitement maintenu, comme s'il faisait ça tous les jours. C'était probablement le cas, se rappela Hyoga. Il avait sûrement pris l'habitude de faire ça chaque matin, réveil après réveil, comme s'il n'avait jamais passé de nombreux jours à jeûner. Comme s'il n'avait pas été contraint de vivre ses années d'adolescence parmi les glaciers avec à peine assez à manger pour lui et ses élèves.

Sa poitrine se serra, autant de regret que de peur. Peur de quoi ? Ce n'était pas comme s'ils étaient de retour en Sibérie... Peur peut-être que cette tranquillité, cette matinée paisible ne soit qu'un rêve fiévreux. Qu'on frappe à la porte et qu'on les emportent de nouveau dans des combats qui les dépassaient. Qui le dépassait. Peur que sa simple présence sonne le glas de l'homme en face de lui car peu importe à quel point il essayait, il ne parvenait jamais à maintenir en vie les êtres qui lui étaient chers.

Camus remarqua finalement ce regard sur ses épaules et se redressa légèrement avant de se tourner vers Hyoga, son couteau toujours dans sa main. Il n'y avait sur le visage du plus jeune pas la trace de la moindre émotion, comme si ces longues années à lui apprendre à masquer le moindre de ses sentiments portait ses fruits des années et des années trop tard. Pas qu'il soit particulièrement fait pour comprendre les expressions des autres ou lire les émotions dans leurs yeux seulement Hyoga était l'une des rares personnes qu'il comprenait d'un simple regard.

Hyoga le regardait avec peur. Il le regardait, ses lèvres totalement closes bien qu'elles brûlaient d'interrogations, de doutes et de craintes. Figé, pourtant le bout de ses doigts tremblaient. Camus inspira, posant son couteau avant de se tourner totalement vers le plus jeune.

« Tu n'as pas... tu n'as pas des questions à me poser ? »

Sa voix était rauque, fragile, comme s'il venait de parler pour la première fois depuis des mois. Camus croisa les bras sur son torse ; c'était probablement le cas d'ailleurs... Il regarda Hyoga droit dans les yeux, toujours sans la moindre trace de jugement.

« Ça dépend : as-tu des réponses à me donner ? »

Hyoga retint sa respiration, crispant un court instant ses doigts. Il s'attendait à des questions, on lui en avait tant posé jusqu'à maintenant... Seulement lui n'avait pas grand chose à répondre. Pourquoi était-il comme ça ? Pourquoi il réagissait ainsi ? Pourquoi ne pouvait-il pas être comme les autres et pourquoi n'était-il pas venu plus tôt ? Pourquoi était-il faible ? Pourquoi était-il froid ? Pourquoi était-il vide ? Pourquoi ?

Camus ne soupira pas, il se contenta de se tourner de nouveau vers le plan de travail et de reprendre son couteau sous le regard perdu du blond. Tranche de pain après tranche de pain, faisant bien attention de ne pas se couper, il respirait la tranquillité. La paix.

« Je ne te poserai pas la moindre question dont tu ne veux pas me donner la réponse Hyoga. »

Camus ne se retourna pas, posant le couteau denté dans un lave-vaisselle sous le plan de travail avant de remplir une tasse violette d'eau chaude et une bleue de café. Hyoga resserra ses bras autour de lui, pinçant sa lèvre inférieure de ses dents tout en retenant les sanglots qui menaçaient de lui échapper. C'était dur de respirer : sa gorge était serrée, ses poumons paraissaient brûler et ses épaules le compressaient un peu plus. Pourtant, aussi douloureux était-ce ça lui faisait du bien. L'air frais du printemps, la chaleur du soleil sur sa peau et le cosmos familier qui l'entourait, qui le soutenait.

Il avait mal, il avait encore horriblement mal mais pour une fois, il y avait autre chose que la douleur. Les murs qui semblaient emprisonner son existence paraissaient pour la première fois depuis des années s'effriter et laissaient derrière eux entrapercevoir une issue. Enfin, une issue. Un espoir dans un avenir qui en était jusqu'à présent totalement dépourvu. Une lumière aussi frêle que celle qu'il avait tenté de sauver en lui.

Pourtant, malgré cet espoir, il se laissa dévorer par le doute. Seul au milieu d'un lac qu'il avait gelé, figé par la peur d'entendre la glace craquer sous ses pas s'il avait le malheur d'avancer, le malheur de reculer. Prisonnier de cette fragilité, incapable de savoir quoi faire exactement sinon rester dans l'inaction. Regarder le monde autour de lui continuer de tourner, continuer de le frôler incessamment sans pourtant faire attention à lui. Hyoga était fatigué de ce combat contre lui-même, de cette bataille qu'une partie de lui avait engagée il y des années déjà.

Il était détruit. Seul au milieu de son lac, brisé.

Un léger courant d'air et cette odeur si familière. Hyoga ouvrit les yeux pour découvrir la cuisine totalement vide. Son cœur s'emballa immédiatement, avant même qu'il n'ait le temps de seulement tourner la tête. Déjà cette voix au fond de ses pensées lui susurrait à quel point il avait été stupide, de croire un seul instant qu'il pourrait être heureux. Qu'il pourrait avoir le moindre répit. Le stress déferla en lui, commençant par retourner son estomac avant de ramper le long de sa peau jusqu'à lui prendre la gorge et le faire suffoquer. Comment osait-il croire un instant qu'il méritait qu'on s'en fasse pour lui?...

Une main ferme sur son épaule le tira de cette panique naissante. Il releva les yeux vers Camus, suppliant sans même s'en rendre contre l'homme du regard. Si tout pouvait s'arrêter, si seulement ses iris indigos suffisaient à mettre un terme à ce qui creusait sa poitrine et le poussait à passer ses mains autour de son cou avant de serrer et de serrer. S'il savait… Hyoga détourna la tête, incapable de soutenir le regard de son mentor. Honteux, persuadé que le Verseau pouvait déjà lire la moindre de ses fautes sur sa peau. Il serait incapable de les effacer, peu importe ce que Saori ou Athéna disait. Elles seraient toujours là, maculant son être avec la même hargne dont il avait fait preuve étant plus jeune.

À quoi bon tenter?, se demanda-t-il finalement en sentant la panique dévorée par l'apathie. C'était peut-être le pire, ne rien sentir. S'engouffrer dans les eaux noires de ses pensées, dans cette obscurité devenue si familière qu'il y avait trouvé sa place. Il laissa alors ses mains glisser lentement de ses bras, son regard devenu terne posé sur une raie de lumière qui venait mourir sur le sol blanc. À quoi bon lutter finalement ? Il finirait toujours au même endroit, toujours par visiter les fantômes de son passé. Trop de choses étaient arrivées, il avait franchi trop de fois la limite. Il avait fait trop de mal…

La main passa de son épaule à son visage et Camus le força doucement à tourner la tête vers lui. Il le regardait, les sourcils légèrement froncés, quelque chose d'indescriptible gravé sur son visage. Il devait avoir tellement honte, murmura la voix. Tellement tellement honte d'avoir eu un pareil élève… Si seulement Isaac avait pris sa place… Si seulement il l'avait laissé se noyer au fond des eaux glaciales de Sibérie…

Pourtant, un sourire léger brisa la ligne de ses lèvres. Camus lui souriait avec douceur et malgré sa léthargie, Hyoga sentit son souffle se dérober. Un court instant, la voix se tut dans son étonnement. Il ne s'était pas attendu à ça, pas plus qu'à la façon dont on attrapa sa main pour le traîner jusqu'au salon où il avait passé la nuit.

"Il faut qu'on mange quelque chose Hyoga."

Bien que le sourire ait disparu, la douceur demeura dans sa voix. Il mena le plus jeune jusqu'à la grande table où reposait les tasses. Il y avait une odeur de café que le blond n'avait pas remarqué jusqu'à maintenant flottant dans l'air, mêlé à celle des fleurs et de la mer. Il ignorait à quel moment exactement son mentor avait disposé sur la table le pain coupé en tranches et quelques fruits dans une corbeille. Sous les timides rayons d'un soleil de printemps, cette scène était un répit dans le temps. Un pas en avant se rendit-il compte en voyant Camus s'installer face à lui.

Le Verseau agissait sans faire véritablement attention à lui. Non, il agissait sans que l'état du plus jeune ne l'arrête. Hyoga posa ses mains contre le dos de la chaise, serrant ses doigts contre le sommet en bois. Camus ne lui posait pas la moindre question, ne le forçait pas à parler comme d'autres avaient pu le faire. Il trempait un berlingot de thé dans sa tasse, entonnait un air quelconque à voix basse alors que quelques de ses mèches turquoises dansait dans la brise matinale. La lumière sur sa peau, cette main sur laquelle il reposa son menton et la légère fatigue qui marquait ses traits. Un matin parfaitement normal pour un être qui ne l'était pas.

Alors il laissa la peur glisser sur lui, rejoindre les recoins les plus obscurs de ses pensées. Dans la tranquillité de son mentor, Hyoga parvînt à trouver la force de s'asseoir et d'attraper la tasse bleue devant lui. Dans son léger sourire fier, le blond trouva la force d'approcher la porcelaine de ses lèvres et de prendre quelques gorgées du liquide sombre. Et l'arôme du café était si fort qu'il en devenait écrasant, qu'il s'étrangla presque en sentant l'amertume et le sucre et le lait. Pourtant, c'était cette soudaine nostalgie qui l'accabla à la place, le poussant à prendre gorgée après gorgée. Il n'avait pas oublié, se rendit compte Hyoga en posant un regard curieux bien que toujours emprunt de fatigue. Camus lui adressa un nouveau sourire; non, il n'avait pas oublié. Bien qu'il y a des années de ça, il ait été contre le fait qu'il boive du café aussi jeune, le verseau savait encore exactement comme il l'aimait.

Finalement, après de longues secondes Camus détourna le visage, ce léger sourire ne quittant pas ses lèvres. Une brise souleva quelques de ses cheveux turquoises, caressant son visage de sa fraîcheur. Le menton encore toujours au creux de sa main, le verseau tapotait vaguement l'index sur sa joue, perdu dans ses pensées. Un rythme régulier, exactement le même qu'il y a des années. Que ce soit en Sibérie ou au Sanctuaire, Camus battait toujours ce rythme. Sur a jour ou sur une surface quelconque, bien trop prit par ses réflexions pour se rendre compte de ce qu'il faisait. Hyoga ne put retenir une expression, entre un sourire nostalgique et une moue de peine. Combien de fois ils l'avaient imité, Isaac et lui, sans même qu'il ne s'en rende compte. Tout ce que Camus avait fait, ils avaient tenté de le faire aussi…

« Il faut qu'on aille faire des courses… », conclu Camus dans un murmure plus pour lui-même que pour Hyoga.

Il regardait un point quelconque à sa droite, ne cessant pas de tapoter. Hyoga fronça légèrement les sourcils, laissant son regard tomber au fond de sa tasse de café. Et maintenant quoi ? Il ferait mieux de partir mais pour aller où ? Retourner au Sanctuaire qu'il savait cruellement vide ? Repartir au Japon rejoindre ce qui techniquement était sa famille et faire semblant que tout allait parfaitement bien ? Ou tout simplement retourner en Sibérie briser les dernières promesses qu'il était parvenu à tenir jusqu'à présent ?

« Tu restes Hyoga. »

Le blond sursauta presque, relevant la tête brusquement pour voir le regard presque sévère de Camus sur son visage. Totalement tourné vers lui, la main posée sur la table plutôt que retenant son visage et se froncement de sourcil qui avait été son expression par défaut pendant tant d'années. Comme s'il avait lu dans ses pensées ou tout simplement car il le connaissait mieux que personne sur cette planète.

« Tu restes ici, avec moi Hyoga. »

Sa voix était sans appel pourtant il tenta de protester. Hyoga se redressa, approchant un bras de son torse dans une posture involontaire de défense. Pas la moindre hostilité que ce soit dans ses gestes ou sur son visage.

« Je ne peux pas !

-Pourquoi ?

- Je vais te déranger! Tu as une vie et je ne peux pas juste arriver et te forcer à… à… »

Sous le regard sévère de son mentor, Hyoga cherche ses mots. Ses yeux passèrent de la tasse à une orange dans la corbeille d'osier au berlingot de thé que Camus avait sorti de sa tasse sans même qu'il s'en rende compte. Son état était purement de sa faute, c'était à lui d'assumer et personne d'autre. Surtout pas un être qui avait été privé d'une existence propre depuis des millénaires. Pas quelqu'un qui avait déjà dû prendre soin de lui pendant des années, qui avait dû subir son impulsivité et son comportement presque suicidaire par moment.

Camus soupira, attirant son attention, avant de porter sa propre tasse à ses lèvres. Il souffla sur le thé encore brûlant, des volutes blanches s'évadant sous son souffle avant de s'évanouir dans l'air. Toujours pas la moindre trace de déception sur son visage, même pas de lassitude.

« Tu ne me forces à rien Hyoga, répondit-il avant de prendre une gorgée de thé. Tu l'as dit : j'ai une vie. Et rien n'empêche que tu sois inclus dans cette vie. »

Ses yeux indigos se posèrent de nouveau sur lui, figeant le blond dans une stupeur qu'il ne pouvait pas contrôler.

« Sauf bien entendu si tu ne le veux pas. Mais dans ce cas il me faudra une meilleure explication que de te sentir comme un poids ou avoir peur pour moi Hyoga. »

Le blond ouvrit la bouche, prêt à répondre, pourtant rien. Pas le moindre son ne franchit ses lèvres à cet instant, incapable de protester ce qu'on venait de lui dire. Oui, Camus le connaissait mieux que personne sur Terre. Il savait les doutes qui le dévorait déjà petit, ces deuils dont il ne parvenait à se détacher et cette crainte qui le dévorait un peu plus chaque jour. Il aurait dû protester, il aurait dû se lever et s'enfuir de cet appartement. Il n'était plus la responsabilité de Camus et ce depuis des années, c'était injuste de sa part dans demander encore à l'autre homme lorsqu'il avait déjà tant fait pour lui.

Seulement…

Seulement c'était Camus. C'était la seule personne à côté de qui il sentait vraiment qu'il avait sa place, malgré tout ce que pouvait dire cette petite voix dans sa tête. La seule personne à qui il parvenait vraiment à montrer ses faiblesses et qui les accueillait, certes parfois en étant brusque, mais qui les accueillait tout de même.

« Écoute Hyoga, Camus soupira légèrement avant de reposer le dos sur sa chaise tout en croisant les bras. Tu seras libre de partir à chaque instant, je ne te retiendrai pas. Si ça devient trop pour toi, tu pourras quitter cet endroit. Tout ce que je te demande c'est de me laisser t'aider. Je ne poserai pas la moindre question, je ne te forcerai pas à rester. Je veux juste t'aider.

-Pourquoi ?, parvint à demander Hyoga d'une voix presque brisée.

- Parce que tu comptes pour moi, répondit simplement le verseau, et parce que tu n'es pas le seul qui soit terrifié à l'idée de perdre quelqu'un qui lui soit cher. »

Hyoga pinça ses lèvres, laissant ses yeux humides se poser sur le fond de café dans sa tasse. Camus avait dit ça comme une évidence, une banalité. Comme si son affection pour Hyoga était tout ce qu'il y avait de plus normal. Ça ne l'était pas, pas pour le blond. Et il brûlait d'envie de lui demander pourquoi il comptait pour lui, incapable de comprendre qu'on puisse encore avoir de l'affection pour lui. Shun, Seiya et Shiryu, il comprenait car ils étaient frères. Ils étaient demi-frères et s'étaient cet aspect de la famille qui les poussaient à au moins l'apprécier. Mais lui ? Camus ? Il lui avait causé tant de problèmes. Il avait voulu devenir chevalier par égoïsme,

ignorant chaque enseignement que le verseau lui avait donné et défiant son maître chaque fois qu'il plongeait dans les eaux glacées de Sibérie. C'était de sa faute si Isaac était mort…

Seulement… bien qu'il ne les comprennent pas, c'était les sentiments et les émotions de Camus et qui était-il pour les défier? Pas cette fois, se dit-il, il ne ferait pas l'exact contraire cette fois. Il laisserait son mentor s'approcher de lui, poser sa main sur son bras et lui murmurer tout ce qu'il avait refusé d'entendre ses dernières années. Qu'il comptait, qu'il avait le droit d'avoir une nouvelle chance lui aussi. Qu'il avait le droit d'être heureux, que ça ne serait pas une insulte à ceux qu'ils avaient perdus. Qu'ils avaient donné leur vie pour lui et rien que pour ça, il se devait d'être heureux…

Finalement, l'odeur de thé noir et le son des vagues lointaines parvinrent jusqu'à lui. La même brise qui s'était perdue sur le visage de son mentor caressa son nez et ses joues, s'enroula autour de lui. L'indigo des yeux de Camus était plus calme, plus accueillant et plus beau qu'auparavant. Enfin réellement vivant dans ce nouveau printemps.

« Je veux rester… »


Bon si vous vous demandez, Hyoga sera pas éternellement en dépression. Après, c'est choses-là prennent du temps donc il ne faut pas non plus s'attendre à ce qu'il se sente mieux du jour au lendemain.

Voilà! Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez! Bonne continuation à vous tous!