Hello !

On avance encore un peu. Cette fois-ci, je vous présente rapidement les chevaliers de Ren et la cité de Korriban.

Attention ! Certains passages peuvent heurter les âmes sensibles. Surtout en fin de chapitre.


La fille de Jakku

La traversée pour rejoindre la côte se fit dans un silence total. Tandis que Kylo Ren menait la barque, Rey étudiait attentivement son nouveau compagnon. Ce qui l'avait frappée lorsqu'elle l'avait aperçu sur la grève, c'était sa taille. Même de loin, elle avait pu noter qu'il était immense et que sa carrure était imposante. Si la sécurité de maître Luke n'avait pas été en jeu, elle aurait pris ses jambes à son cou pour ne pas avoir à faire avec cet individu. Elle avait redouté le pire en reconnaissant l'habit noir traditionnel des Sith.

Maintenant qu'il était proche d'elle, il lui évoquait l'image d'un corbeau ou d'un vautour : avec son grand nez aquilin, sa mâchoire longue et étroite, ses traits taillés à la serpe, la pâleur de sa peau rehaussée par ses cheveux noir d'encre et les quelques grains de beauté qui parsemaient son visage. Sa bouche aussi était trop grande et constamment figée dans une expression d'amertume et de profond dédain. Ses yeux étroits et effilés semblaient être les seuls éléments de vie dans toute sa physionomie. Malgré leur couleur sombre, ils brillaient d'une intensité que Rey n'avait jamais vue chez un homme.

Lorsqu'ils eurent atteint le continent, une troupe de pêcheurs les accueillis. Ceux-là même à qui Kylo avait emprunté la barque. Ils lui remirent son cheval lorsque le guerrier Sith leur rendit leur bien. Ren marqua alors un moment d'hésitation. Il considéra sa monture, puis Rey, avec perplexité. Ils avaient facilement une heure de marche à faire, au pas, pour rejoindre son armée stationnée plus au sud. Il ne pouvait décemment pas obliger la jeune fille à courir au trot de sa monture. S'ils avançaient à son rythme, ils allaient perdre du temps. S'il prenait Rey en selle, en les voyant débarquer dans le camp, les soldats n'allaient pas manquer de faire des commentaires. Et Kylo Ren avaient cela en horreur.

Il avisa alors une mule en train de paître dans un pré salant.

- Combien ? demanda-t-il en désignant l'animal.


Cheminant vers le campement, ils formèrent un drôle d'équipage : lui dans ses austères habits noirs, monté sur son grand étalon tout aussi sombre, trainant derrière lui une jeune souillon, vêtus de haillons, juchée sur cette mule grise.

- Il va te falloir gagner ton pain si tu veux rester à la cour, lança Kylo. Que sais-tu faire ?

Il avait donné sa parole qu'il veillerait sur la jeune padawan, pas qu'il l'entretiendrait gratis. Il y avait suffisamment d'inutiles à la cour sans qu'il s'encombre davantage.

- Crochetage, braconnage, cambriolage, tire-laine, énuméra Rey placidement. Je suis aussi assez douée pour réparer des trucs…

- Quel genre de trucs ?

- Toutes sortes de trucs.

- Ce ne sont pas vraiment les pratiques qu'on enseigne au sein de l'Ordre. Ou alors les choses ont beaucoup changé depuis mon départ.

- Ce n'est pas au sein de l'Ordre que j'ai appris ça.

- Où alors ?

- Jakku.

Jakku ? Cette espèce de désert interminable ! Quand il lui avait dit qu'elle ne venait de rien, il ne pensait pas être à ce point dans le vrai.

- Que faisais-tu là-bas ?

- J'étais esclave.

De mieux en mieux…

- Comment t'es-tu retrouvée dans le Temple ?

- Maître Luke m'a rachetée à Unkar Plutt, il y a six ans, lorsqu'il est passé par Nîima.

- Qu'est-ce que Skywalker faisait si loin du Temple ?

- Il vous cherchait, je crois. Du moins, c'est ce que j'ai cru comprendre... Apparemment, il vous a cherché pendant quatre ans, après votre disparition. Jakku était sa dernière escale avant son retour au pays.

Cela fit drôle à Kylo Ren de savoir que son oncle avait tenté de le retrouver après son évasion. Il était resté persuadé pendant huit ans que Luke ne s'était plus soucié de lui, dès lors qu'il avait déserté l'Ordre et ruiné ses espérances. Il fit rapidement le calcul et quelque chose l'intrigua.

- Quel âge tu as exactement ?

- Vingt ans.

Il lui en aurait donné seize. Elle avait huit ans de moins que lui. L'âge qu'il avait lorsqu'il avait quitté l'Ordre et s'était jeté sur les routes avec ses compagnons.

- Pourquoi Skywalker t'as-t-il rachetée à ton maître ? Les Jedi ont pour principe de ne pas encourager l'esclavage. Acheter un esclave, même pour lui rendre sa liberté, est jugé contraire à leur éthique.

En vérité, il fut un temps où les Jedi avaient pour habitude de racheter les esclaves enfants, afin de leur offrir une vie meilleure et la possibilité d'accéder à leur enseignement. Une manière en somme de grossir leurs rangs. Mais au fil du temps, les maîtres Jedi s'étaient rendus compte que les initiés recrutés par ce moyen suivaient leur mode de vie moins par vocation que parce qu'ils s'estimaient redevables envers l'Ordre et qu'ils voyaient en eux leurs nouveaux maîtres. Or, aux yeux des Grands Jedi, sans réel désir de la part de leurs initiés de suivre la voie de la Force, celle-ci demeurait sans issue pour eux. C'était pourquoi cette pratique avait fini par être abandonnée, sauf en de rares exceptions.

- Il disait que j'avais des aptitudes exceptionnelles et qu'il pouvait m'aider à m'accomplir dans la Force.

Du Skywalker tout craché.

- Avais-tu envie de rejoindre les Jedi ?

Rey haussa les épaules.

- C'était ça ou continuer le vol à la tire à Nîima. Et puis, Plutt parlait de plus en plus de me mettre aux enchères. Ma poitrine avait commencé à pousser…

En effet, quitte à choisir, les Jedi étaient une meilleure option.

- J'aimais bien vivre au Temple. J'ai mis du temps à m'habituer à la pluie et au froid… Mais ça allait. Je m'entendais bien avec tout le monde. Et les cours me plaisaient…

Une note de nostalgie faisait moduler le timbre de sa voix d'une façon plus douce. Ses paroles ramenèrent Kylo Ren dix ans en arrière, faisant écho à ses propres souvenirs, du temps où il n'était que Ben Solo. Le Bâtard de la Parricide.

Il se morigéna pour sa faiblesse. Laisse mourir le Passé…

- J'ai vu que tu ne te débrouillais pas trop mal avec un bâton. As-tu appris à te servir d'une épée ?

- J'étais en train d'apprendre…

- Et ?...

- Ca allait.

Ren sentit de la réticence dans sa voix. Soit Rey n'était pas satisfaite de ses exploits dans ce domaine, soit elle voulait qu'il la sous-estime. Difficile à dire. De toute manière, ce n'était pas comme s'il prévoyait de la mettre au rang de ses chevaliers. Toute hardie qu'elle soit en tant que combattante, elle n'avait jamais que six années d'entrainement derrière elle. Les chevaliers de Ren étaient entrainés et se perfectionnaient depuis plus de vingt ans. Ses compagnons apprenaient à manier l'épée alors qu'elle tétait encore le sein de sa mère.

- Tu sais coudre ? demanda-t-il à tout hasard.

Elle lui jeta un regard perplexe.

- Pas vraiment.

- Cuisiner ?

- Si c'est pas trop compliqué à préparer.

Elle ne ferait vraiment pas une domestique très douée…

- Bien, nous verrons… soupira Kylo, à court d'idées.


Ils arrivèrent au camp vers le milieu de l'après-midi. Toute l'armée de Ren s'était amassée autour de la cité millénaire de Korriban, telle un immense rempart composé d'humains, d'animaux – chevaux, chiens, des buffles et mêmes quelques éléphants et des chameaux – de catapultes, de balistes et de chars. Tous attendaient le signal pour entrer dans la ville.

Reconnaissables à leurs habits noirs et leurs longues capes flanquées de l'emblème de la lune rouge, les chevaliers de Ren déambulaient au milieu des troupes disparates. Ils allaient par deux, donnant des ordres, surveillant l'état des soldats et du matériel. Toujours sur le qui-vive, comme le reste de l'armée, ils attendaient impatiemment le retour de leur chef.

Imaze fut le premier à apercevoir Kylo Ren au loin, monté sur son étalon noir. Il alla immédiatement à sa rencontre, rapidement suivi par le reste de ses compagnons. Leurs capes flottant derrière eux, on eut dit une volée de corneilles géantes. Imaze se saisit des rênes, tandis que Kylo sautait à bas de son cheval, aussitôt entouré par tous ses comparses. Il les dépassait tous d'une tête, à l'exception d'Imaze.

Aucun ne prêta attention à Rey, dans un premier temps. La jeune femme resta droite sur sa mule, masquant sa nervosité et son appréhension sous une bonne couche de rigidité. Ce fut Kylo qui dut lui dire de descendre de sa monture, attirant du même coup l'attention sur elle. La plupart des chevaliers n'eurent aucune réaction. Quelques-uns haussèrent un sourcil. Seule Solak osa faire un commentaire :

- Elle était vendue avec la mule ?

Un seul regard de Kylo la dissuada de pousser plus loin la plaisanterie. Il se tourna vers un autre chevalier, plus maigre, au visage émacié et au crâne rasé.

- Trouve-lui quelque chose à faire.

L'autre acquiesça et se dirigea vers le camp en entrainant Rey et la mule avec lui. Kylo se tourna ensuite vers Naïs, un Zabrak à la peau noire, arborant des tatouages blancs sur le visage.

- Des nouvelles de la cité ?

- Les intendants sont prêts à nous livrer passage. Dès que vous vous présenterez devant les portes, ils feront abaisser le pont-levis.

- Les prisonniers ?

- Ils n'ont pas bougé. Sagement alignés sous la grande tente. Ils ont reçu à boire et à manger.

- Vous les avez triés comme je vous l'ai demandé ?

- Tout a été fait selon vos ordres.

Kylo hocha la tête, satisfait.

- Et le corps ? Personne n'y a touché ?...

- Il est là où vous l'avez laissé. Dix hommes montent la garde en permanence autour.

- Je veux le voir.

Sans plus attendre, Kylo partit à grandes enjambées vers la grande plaine où s'était tenue la bataille à peine deux jours plutôt. Les débris de l'armée de Snoke jonchaient encore le sol et les charognards étaient à la fête. Seul cadavre épargné, celui de l'ancien Roi Sith gisait là même où Kylo Ren l'avait éventré d'un coup d'épée. Il l'avait presque coupé en deux ce jour-là. Ren se rappelait l'odeur du sang, le fracas des armes, les cris des combattants qui lui emplissaient les oreilles. Et soudain, fendant la cohue inhumaine, Snoke s'était avancé vers lui. Immense dans son armure noire. Il mesurait près de deux mètres. Ce n'était pas pour rien qu'on le surnommait le Géant Chenu tant sa peau était pâle, imberbe, ravagée par les cicatrices, si bien qu'on la croyait fondue par endroit.

- Toi ! avait-il lancé à Kylo Ren en le pointant avec son épée. Tu ne seras jamais le digne héritier de Vador. Tu as beau te cacher derrière un masque, tu n'es qu'un enfant apeuré qui pleure sa mère…

Le sang de Kylo s'était mis à bouillir dans ses veines. Le glaive haut, il s'était élancé vers Snoke. Le chant des lames qui s'entrechoquent, l'ivresse de l'adrénaline qui annihile la douleur et la fatigue… Et puis Snoke redresse son épée pour frapper Kylo Ren d'un mouvement descendant, dégageant du même coup son buste. Kylo n'hésite pas et il frappe.

La surprise et l'effarement n'avaient pas encore quitté les traits du visage de Snoke. Même maintenant que son corps commençait à pourrir, dégageant une odeur pestilentielle.

- Vivement qu'on le brûle, maugréa Solak.

- Pas avant que toute la ville l'ait vu, répliqua Kylo Ren.

Tous devaient voir que Snoke était vaincu, et que le seul Roi légitime à présent c'était lui. Comme Leia l'avait fait avec son propre père Vador, et Vador avant elle, avec Dark Sidious, et ainsi de suite. Cela faisait partie des charmantes traditions du clan. Pour prétendre au trône, il fallait apporter la preuve tangible et indiscutable que l'ancien souverain était mort.

- Chargez-le sur le char, ordonna Kylo Ren à ses hommes. Et dites à tout le monde de se mettre en rang. Dans une heure, je veux que nous soyons prêts à franchir les portes.


En arrivant, Rey craignait de ne pas savoir quoi faire d'elle-même. Mais lorsque l'ordre fut donné de plier les tentes, de démonter les balistes et d'empaqueter tout le reste, la jeune femme se retrouva prise dans un tourbillon qui lui parut tout de suite familier. Ranger, entasser, être minutieux, rapide et efficace : ça, elle connaissait. Les intendants n'eurent pas besoin de lui dire deux fois comment ranger telle chose, comment nouer tel bagage, de quelle manière charger une monture. Elle agissait presqu'à l'instinct. Rey aurait même pu le faire en dormant. En plus, ça lui évitait de trop réfléchir. Et ça, c'était parfait !

Lorsque l'armée se mit en marche, elle se retrouva tout en bout de cortège, avec la valetaille. Jusqu'à présent, elle n'avait jamais aperçu Korriban qu'en de rares occasions et toujours de loin. La grande cité ne lui inspirait pas confiance : ses remparts immenses, crevant le ciel et les nuages, les douves et le grand fossé qui semblaient s'enfoncer dans les entrailles de la Terre. On la surnommait « la Cité Imprenable » à juste titre. A Rey, elle faisait l'effet d'une prison. La quiétude du vieux Temple Jedi lui manquait : ses vieilles pierres, les arbres vénérables de la forêt d'Endor, l'odeur d'humus et les murmures de la faune sauvage. La fraicheur de la rosée le matin lui donnait des frissons délicieux, après toutes ses années passées sous le soleil infernal de Jakku. Après n'avoir été qu'une gamine esclave parmi tant d'autres, rasant les murs de Nîima, furtive comme une ombre, à devoir sans arrêt jouer à cache-cache avec les contrebandiers, les chasseurs de primes et les revendeurs de toutes trempes. À Nîima, le moindre petit service était monnayé. Et il fallait voir ce que certains n'hésitaient pas à demander à une gamine à peine pubère !... Au Temple, Rey avait trouvé une famille. Dès que maître Luke l'avait ramenée, on l'avait nourrie, soignée, on s'était occupé d'elle. Rey avait fait pour la première fois l'expérience de la gentillesse et du désintéressement.

Les Sith avaient balayé tout cela d'un revers.

À présent, elle marchait à leur côté, sans trop savoir pourquoi. Ses sentiments étaient mitigés au sujet de Kylo Ren. Il n'avait jamais été évoqué devant elle que sous le patronyme de Ben Solo. Les padawan parlaient de lui à mots couverts, avec un mélange d'excitation et de crainte dans la voix. En glanant des bribes de conversations et de messes basses, Rey avait appris qu'il était l'un des élèves les plus doués, mais qu'il avait été corrompu par l'orgueil et l'ambition, et qu'il avait entrainé dans sa déchéance d'autres de ses camarades. Certains maîtres tentaient même de faire peur à leurs apprentis en le citant comme exemple : « Prends garde à ne pas te laisser étouffer par ta vanité, ou tu termineras comme Ben Solo… »

Il était devenu une sorte de croque-mitaine. Rey avait été choquée d'apprendre qu'il était le propre neveu de Maître Luke.

Elle avait été encore plus incrédule, lorsqu'il s'était tenu devant elle et lui avait décliné son identité. Le Ben Solo qu'elle s'était figurée ressemblait à une sorte de vampire ou de goule. Une de ces créatures qui inspiraient la terreur et le dégoût. L'homme qu'elle avait eu devant les yeux lui avait paru humain. Juste humain.

Il n'avait certes pas la bienveillance, ni la douceur des habitants du Temple mais il n'avait pas non plus la malfaisance, ni la cruauté des scélérats qu'elle avait côtoyés sur Jakku. Et les dieux savaient qu'elle en avait croisés quantité au cours de sa courte existence.

Il s'était présenté à elle sans lui mentir, ni chercher à se rendre meilleur qu'il n'était. C'était peut-être bien cela qui l'avait poussée à le suivre. Malgré ses réticences, il avait souligné plusieurs points importants : elle était seule, elle n'avait personne vers qui se tourner. Autant tenter sa chance à Korriban, après tout.

En franchissant les Grandes Portes Écarlates, Rey avait eu l'impression de glisser dans la gueule d'une bête gigantesque. Son cœur s'était mis à battre plus vite. Autour d'elle, la ville s'était alors déployée, tel l'étalage d'un marchand aux mille et une merveilles. Les rues pavées de mosaïques multicolores, sinuant entre des bâtiments aussi hauts que des arbres centenaires. Les bruits et les odeurs d'un monde en effervescence. Et au milieu de tout cela, ses habitants. Tous vinrent se masser sans peur autour du cortège, dévisageant ces nouveaux arrivants avec curiosité et semblant oublier que ces mêmes guerriers les avaient assiégés et menacés de famine à peine deux jours plutôt. Les enfants s'agglutinaient près des chameaux et des éléphants. Les plus hardis tendaient même le bras pour essayer de toucher les animaux, sous le regard calme mais vigilant de leur propriétaire.

D'où elle était, Rey ne pouvait pas apercevoir Ben Solo. Mais elle supposait qu'il chevauchait en tête avec ses chevaliers. La grande rue principale montait sur une pente à plusieurs paliers, au sommet de laquelle culminait un immense château, flanqué de quatre tours et d'un donjon central. Était-ce là qu'elle allait vivre à présent ?...


Kylo Ren ne quittait pas des yeux le donjon de la citadelle. Indifférant à la foule hurlante et aux fleurs que les badauds jetaient sur son chemin. Il n'avait que trop conscience qu'ils les auraient aussi jetées sur Snoke, si ce dernier était revenu victorieux de la bataille.

En parlant de Snoke, Solak avait raison : il faudrait le brûler au plus vite. Même l'odeur des éléphants ne parvenait pas à couvrir la pestilence de son cadavre. Ironie de la mort : grand roi le matin, amas de chair pourrissante le soir. Aurait-il moins pué s'il avait été moins grand ?

Devant l'entrée du palais, un peloton de nobles l'attendait au pied du grand escalier d'honneur, affublés de leurs habits les plus solennels et de leurs parures de cérémonie. Le noir était réservé aux plus hauts gradés dans l'ordre hiérarchique, le reste des ordres se déclinant dans un camaïeu allant du gris au bleu.

Lorsque Kylo immobilisa son cheval à quelques mètres de la porte, le premier rang, composé de six hommes et de quatre femmes, tous vêtus de noirs, s'avança. Ils entourèrent le cadavre de Snoke, que des buffles avaient charrié jusqu'au parvis. Un homme en particulier, au bouc noir impeccablement taillé et au nez pointu comme un bec d'aigle, se pencha davantage sur le corps comme pour en humer la puanteur. Ses yeux bleus délavés examinèrent attentivement les blessures de Snoke, avant de se tourner vers Kylo Ren. Il mit alors un genou en terre, rapidement imité par les autres dignitaires.

- Soyez le bienvenu chez vous, déclama-t-il haut et fort. Seigneur Kylo Ren. Souverain des Sith.

Suivant l'exemple des nobles, toute la ville alors se prosterna. Un véritable dallage d'êtres humains prosternés à ses pieds. Durant l'espace de quelques secondes, Kylo eut l'impression de ne plus toucher terre. « Seigneur Kylo Ren. Souverain des Sith.» Il n'était plus « Ben le Bâtard », « Ben le fils du pirate et de la Parricide. » Plus jamais.

Il fit un signe à l'un de ses chevaliers. On traina alors devant le parvis deux rangs de guerriers dépenaillés et aux faces rougies par le sang séché, attachés les uns aux autres par deux longues cordes qui leur enserraient la gorge et les poignées. Les chevaliers de Ren les firent s'agenouiller face à la foule. Il y avait parmi ces hommes et ces femmes la fine fleur de la noblesse du clan. Peut-être même des parents de ceux qui venaient de le déclarer Roi.

Kylo Ren, descendu de son cheval, gravit calmement les degrés de l'escalier d'honneur, tournant le dos pour un temps à ce spectacle pathétique. Une fois au sommet, il se retourna vers la foule et prononça son discours.

- Ces hommes, dit-il en désignant les deux rangs de prisonniers, ont combattu contre moi. Ils ont fait le pari de soutenir Snoke, un homme vieillissant et à moitié fou. Plutôt que votre Roi. Plutôt que le dernier descendant du Grand Vador.

Tandis qu'il parlait, ses chevaliers prenaient place derrière la première ligne de prisonniers. Un pour chaque otage.

- Pourquoi m'encombrerais-je de vassaux tièdes à mon égare et malavisés ?

Ces mêmes vassaux qui, treize ans plus tôt, s'étaient retournés contre sa mère, Leia. Mais cela, il se garda bien de le préciser.

- Voici comment je traite ceux qui se soulèvent contre moi…

Comme s'ils n'avaient attendu que ce signal, d'un même mouvement fluide et maîtrisé, les chevaliers de Ren dégainèrent les dagues qu'ils portaient à leurs ceintures et, d'un coup net, tranchèrent la gorge des prisonniers agenouillés devant eux. Un flot de sang écarlate se répandit sur les dalles immaculées du parvis.

Il y eut quelques frémissements parmi la foule. Même dans le rang des nobles dignitaires, Kylo put en voir tressaillir certains. Mais nul n'osa crier, ou même émettre une plainte. Cependant, un frisson sembla parcourir l'assistance, tel un vent glacial, lorsque les chevaliers de Ren firent un pas vers le deuxième rang des prisonniers, dont le dos avait été éclaboussé du sang de leurs compagnons. La majorité du deuxième rang était composé d'hommes et de femmes beaucoup plus jeunes que le premier. Des soldats trop jeunes à l'époque de la destitution de Leia, trop jeunes pour prendre parti, trop jeunes faire autre chose que suivre le mouvement général. Ceux-là n'avaient jamais connu que le commandement de Snoke.

Des bleus qui peinaient en cet instant à demeurer stoïques, alors qu'ils sentaient derrière eux l'ombre des chevaliers de Ren. Kylo vit même les épaules de l'un d'eux se mettre à trembler. Du coin de l'œil, il remarqua que l'une des nobles dignitaires le regardait avec intensité. C'était la plus jeune des femmes présentes. Elle était grande et fine. Ses cheveux noirs et lisses brillaient dans son dos comme de la moire.

- J'attends de mes bannerets une loyauté sans faille et sans contestation. Je récompense la fidélité par l'or et les honneurs, et la trahison par le sang…

- Sire ! J'implore votre pardon !...

- Un marmot d'à peine quinze ans venait de se prosterner parmi les prisonniers. Il tremblait de tout ses membres et manqua bien d'étrangler ses voisins dans ses tentatives vaines et désordonnées pour se tourner vers Kylo Ren. La ligne demeurée impassible se mit à remuer en tous sens. Les jeunes prisonniers, gênés par leurs entraves essayaient désespérément de capter le regard de Kylo. Ou à défaut, celui d'un des chevaliers de Ren. Ils voulaient vivre, ces pauvres misérables. Bien plus que rester loyales à un cadavre pourrissant.

- Pourrais-je compter sur votre dévotion ? lança Kylo. Me suivrez-vous où que je décide de vous emmener ? Serez-vous toujours dévoués et fidèles ?

Des dizaines de « oui » implorants s'élevèrent.

- Nous le jurons, mon Roi ! lança une jeune amazone aux cheveux tressés.

Aussitôt reprise par ses camarades.

Kylo Ren croisa le regard d'Imaze, le plus grand de ses chevaliers et son aide de camp attitré. Un simple hochement de tête suffit. Imaze approcha sa lame de la nuque du prisonnier prosterné devant lui… et trancha la corde. Les autres l'imitèrent. En deux battements de cils à peine, tous les prisonniers furent libérés de leurs liens et tous, hébétés, se tournèrent enfin franchement vers leur nouveau souverain, qui avait déjà franchi les portes du palais.


J'espère que ce chapitre vous a plu. N'hésitez pas à laisser un commentaire ;)