Mistyarrow : Merci à toi, d'avoir fait l'effort de passer outre tes a priori. J'espère que la suite ne te le fera pas regretter ;)
Ombellifere : Oui, je comprends que la lecture ait pu être frustrante. Mais c'était vraiment la rencontre entre Kylo et Rey qui m'intéressait. Et si j'avais dû détailler le l'histoire des deux premières générations, ça m'aurait facilement pris 16 chapitres. Après, il n'est pas exclu que je revienne en flashback sur certains épisodes du passé. Mais chute... C'est encore trop tôt pour en parler.
Pour les erreurs, je fais mon possible (j'ai même a Beta Shima-chan qui me relit et corrige mes chapitres avant publication), mais y a toujours deux trois fautes qui passent à travers les mailles du filet. En plus je soupçonne de me manger des mots -'...
Vronik : Merci ! tu es la prems des reviews !
L'héritage
Kylo avait le nez plongé dans les registres que lui avait apportés maître Cépéo, le vieux chambellan du palais. C'était un homme de taille moyenne, chauve, assez précieux dans son genre, toujours poli et courtois. Il avait servi sous les règnes successifs de Dark Vador, Leia Organa et Snoke. Autant dire que cet homme était une antiquité à lui tout seul. Il était surnommé la « Mémoire du Palais ». Un patronyme assez ironique, car cette dernière s'avérait souvent capricieuse avec son propriétaire.
A présent qu'il avait la main mise sur le clan, Kylo voulait savoir exactement ce qu'il avait conquis. Depuis des années, l'intendance souffrait d'une gestion anarchique. Snoke mettait peu de soin dans l'administration de ses biens et cela s'en ressentait : des inventaires illisibles, des relevés d'impôt aléatoires. Pendant des années, le Géant Chenu avait taxé ou exonéré ses fiefs à la tête du client. Si un seigneur avait le malheur de lui déplaire, il voyait les impôts de ses terres augmenter. Qu'importe que les récoltes aient été mauvaises et qu'il n'ait rien d'intéressant à confisquer. Inversement, si un autre était dans ses bonnes grâces, il voyait du même coup ses dettes effacées. Quand bien même devait-il des sommes colossales à la Couronne et avait largement les moyens de payer.
Du temps de vôtre mère, lui avait raconté Cépéo, la reine Leia Organa mettait un point d'honneur à mettre à jour les registres chaque année. Le moindre changement devait être notifié…
En effet, il ne manquait rien dans ses registres. Le nombre total de fiefs, leur superficie, quel territoire appartenait à qui, de quelles ressources ils disposaient, s'ils avaient des manufactures, quel type de culture ou d'élevage, combien ces derniers rapportaient… Kylo avait ressenti un pincement au cœur en reconnaissant l'écriture de sa mère, petite et serrée, en marge des pages. Leia avait pris soin d'ajouter quelques annotations ici ou là : s'il y avait eu des tempêtes au cours de l'année, ou des sécheresses, s'il y avait des aménagements à faire pour améliorer certaines exploitations…
Mais ces registres n'étaient plus à jour depuis plus de quinze ans. Il faudrait au plus vite faire un état des lieux de la situation actuelle. Le mieux serait sans doute d'organiser une tournée générale d'inspection.
Kylo soupira, avant de se servir un verre de vin. Après une campagne militaire exténuante, il aurait aimé pouvoir goûter, au moins pendant quelques temps, à la vie de château avant de se relancer sur les routes. Surtout qu'il ne voyait pas sinon à qui confier une pareille mission.
Ce fut le moment que Rey choisit pour entrer dans ses appartements. Elle dut utiliser la Force pour ouvrir la porte, vu que ses bras étaient encombrés par un grand plateau couvert de victuailles qu'elle posa sans cérémonie sur la table de travail.
- Tu n'apprendras donc jamais à frapper avant d'entrer ? grommela Kylo.
- Pourquoi ? J'interromps quelque chose ?
Elle jeta un regard circonspect à la carafe de vin, déjà bien entamée.
- Boire, c'est bien. Mais si vous voulez tenir debout pendant la journée, vous avez intérêt à vous remplir l'estomac…
Kylo jeta un regard écœuré à la nourriture. Il n'avait vraiment pas faim.
- C'est une nouvelle tunique, constata-t-il en relevant les yeux sur Rey.
- En quelques sortes…
- En quelques sortes ?
- Maz m'a dit que mes vêtements de Jedi attiraient trop l'attention. Que si je voulais me fondre dans la masse, je devais m'habiller couleur locale…
- Qui est Maz ?
- La cuisinière en chef, voyons !
Ben voyons… Comme s'il aurait dû en avoir quelque chose à faire du nom de la cuisinière !
Ceci dit, Kylo était impressionné de la rapidité avec laquelle Rey s'était adaptée à son nouvel environnement. En une semaine à peine, elle avait fait connaissance avec tous les domestiques du château et appris par cœur le réseau des couloirs et des corridors du palais. Débarrassée de sa crasse et de ses vêtements en haillons, elle était aussi beaucoup plus avenante. Elle était toujours petite et maigrichonne, mais sa peau avait un joli hâle cuivré. Ses cheveux châtain foncé étaient soigneusement peignés en une espèce de coiffure étrange, composée de trois chignons basics, alignés à la verticale à l'arrière de son crâne.
- C'est elle qui m'a trouvé ces vêtements, poursuivit Rey sur sa lancée. Ils ont appartenu à l'un de ses fils. Je sais plus lequel… Ou alors, ils les ont portés à tour de rôle ?... Bref, ils en avaient plus besoin… Du coup, elle a proposé de me les donner…
La tunique matelassée d'un gris anthracite était deux fois trop grande pour elle. Elle lui descendait jusqu'aux genoux et baillait au niveau de son buste. Elle était vieille et usée, mais en bien meilleur état que sa tenue de Jedi, que Rey avait pourtant obstinément refusé de jeter. Elle l'avait soigneusement lavée, rapiécée du mieux possible et rangée dans un baluchon qu'elle gardait près de sa couche. Kylo se dit qu'à l'occasion, il devrait quand même lui faire tailler des vêtements neufs. Ne serait-ce que pour qu'elle soit présentable lors des rassemblements diplomatiques.
Distraitement, il piocha dans l'assiette de légumes cuits posée devant lui. Rey avait terminé son babillage et le regardait fixement. Ça voulait dire qu'elle allait lui demander quelque chose.
- Quoi ?
- Je me disais que j'ai enfin terminé mon nouveau bâton et j'aimerais bien tester son efficacité. En plus, ça fait près d'une semaine que je ne me suis pas entrainée et j'ai peur de rouiller à force… Est-ce que je pourrais utiliser la petite cour près des douves ?
- Celle qui est à côté de la salle des gardes ? Elle sert d'aire d'entrainement pour les chevaliers ?
- Justement, je pourrais m'entrainer avec eux…
Kylo Ren laissa échapper un sifflement mesquin qui ne plut pas du tout à Rey.
- Quoi ? s'offusqua-t-elle.
- Tu n'es pas de taille à affronter mes chevaliers.
- Je vous ai bien tenu tête à vous…
- Si mon intention avait été de te tuer, ou même seulement de te blesser, ce jour-là, nous ne serions pas entrain d'avoir cette conversation.
- Raison de plus pour que je m'exerce…
- Pas avec mes chevaliers.
- Je les casserai pas, promis…
- Ce sont plutôt eux qui risqueraient de te couper en deux.
- D'accord, je me débrouillerai toute seule alors…
Elle s'était accoudée à la table et le fixait de ses grands yeux noisette. Kylo détestait quand elle faisait ça. Il ne savait jamais comment agir dans ces cas-là. En général, les gens détournaient le regard ou bien gardaient les yeux baissés en sa présence. Mais Rey s'obstinait à le fixer frontalement. Et ça le perturbait. Que pouvait-elle bien voir ?
Il ne s'était jamais trouvé particulièrement beau, ni très attrayant. Ça n'avait pas d'importance. Dans le Temple Jedi, les miroirs étaient interdits pour ne pas encourager la vanité des apprentis. Ce qui était très pratique quand il fallait se raser ! Pendant vingt ans, la seule image qu'il avait eue de lui-même était celle de son reflet trouble dans l'eau des bassins. Et même après sa fuite du Temple, lorsqu'avait débuté sa vie d'errance avec ses compagnons, il avait mieux à faire que de s'admirer dans une glace.
Donc, avoir les grands yeux brillants de Rey qui le dévisageaient sans la moindre pudeur – comme si elle voyait à travers lui, comme s'il était fait en verre ou n'importe quel autre matériau transparent – le mettait très mal à l'aise. Pour un peu, il se serait mis à rougir comme une jeune pucelle. Ce qui était parfaitement absurde.
- Très bien, finit-il par capituler. Tu peux l'utiliser. Mais seulement pendant ton temps libre. Et je ne veux pas que tu déranges les chevaliers.
- D'accord !
Rey avait déjà bondi vers la porte, avant de se raviser et de revenir vers lui. Elle lui attrapa la main précipitamment et déposa un léger baiser dessus en murmurant : « Merci Ben. » Puis elle quitta la pièce sans se retourner.
Kylo demeura coi un moment après que Rey soit partie, fixant le dos de sa main avec incrédulité. Il fut tiré de ses pensées par un poing cognant contre la porte.
- Entrez !
Lord Frak, le Grand Intendant, entra à son tour de sa démarche claudicante. C'était l'homme aux yeux bleu délavé qui l'avait le premier appelé « Roi ».
- Votre Altesse, vous m'avez fait mander ?...
- En effet.
Kylo referma d'un coup sec le registre qu'il était entrain de consulter avant l'entrée de Rey et se leva.
- Lors de mon premier séjour à la Cour, vous m'aviez semblé être un homme sensé et responsable…
Il posa le plat de sa main sur la pile de registres.
- Je m'étonne donc que, en tant que Grand Intendant, vous ayez laissé les choses partir ainsi à vau-l'eau.
- Sire, vous connaissiez également assez Snoke pour savoir qu'il n'était pas homme à se laisser dicter sa conduite. A plus forte raison quand il s'agissait de ses privilèges personnels au sein du clan. Ma tâche en tant que Grand Intendant a surtout consisté ces dernières années à limiter les dégâts.
- Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'inventaire précis des ressources des fiefs depuis plus de dix ans ?
- Il fallait pour cela mobiliser des scribes et des gardes, pendant pratiquement deux mois, voire plus. Sans parler des frais de déplacements. Snoke estimait que c'était une perte de temps.
- Et je veux que soit mise sur pied, dès à présent, une tournée d'inspection générale. Aucun fief ne doit être oublié. Je veux que soit retranscrit noir sur blanc jusqu'au dernier grain dans les greniers.
- Bien votre Altesse. Avez-vous déjà arrêté votre choix sur les officiers qui devront procéder à l'inspection ?
- Je m'en occuperais moi-même.
Lord Frak marqua un temps avant de demander.
- Etes-vous sûr, Votre Altesse ? Beaucoup de choses réclament votre attention à la Cour…
- … Et je m'en acquitterai en temps voulu. Quel genre de souverain je ferais si je ne prenais pas la peine de me familiariser avec mon royaume ?
- Certes, messire.
- Autre chose. Mon autorité doit être reconnue par mes sujets, mais également par mes voisins. Lorsqu'un inventaire précis aura été fait des ressources du territoire, je veux que tous les dignitaires des contrées voisines soient conviés à une rencontre au sommet. Je veux que les ambassadeurs des différents souverains viennent voir de leurs yeux le visage du nouveau Roi Sith.
Sachant qu'il avait servi comme mercenaire sous la bannière de la moitié d'entre eux, passant parfois successivement d'un camp à l'autre, s'il voulait être pris au sérieux par ses anciens « mécènes », il devait au plus tôt faire étalage de sa nouvelle puissance.
- Cela ne va pas être simple, le clan est en conflit avec les deux-tiers des contrées les plus proches.
- Raison de plus pour lancer dès à présent des pourparlers diplomatiques.
- Cela aussi, vous comptez vous en occuper personnellement ?...
Kylo jaugea son interlocuteur.
Déjà lorsqu'il résidait à la Cour en tant que simple invité, Lord Frak avait la réputation d'être l'éminence grise du pouvoir. Blessé gravement à la jambe lors d'un tournoi lorsqu'il était adolescent, il en avait gardé une démarche claudicante qui rendait nulle son efficacité au combat. Qu'à cela ne tienne, ne pouvant plus émousser sa lame sur le champ de bataille, le jeune Frak avait à la place aiguisé son esprit. Il avait été d'abord le scribe personnel de la reine Leia. Après la chute de cette dernière, il était parvenu à convaincre Snoke, on ne sait trop comment, de le garder à son service. Au fil du temps, il était devenu les yeux et les oreilles du Roi. On disait que rien ne se passait au sein du clan sans qu'il en soit informé.
Kylo ne l'aimait pas. Ou disons plutôt qu'il s'en méfiait. Lord Frak était trop malin, savait trop de choses et avait beaucoup trop de secrets pour être inoffensif. Mais Kylo Ren n'irait pas très loin s'il s'en débarrassait maintenant. Il se sentait dépendant du Grand Intendant, et il détestait ça.
- Je laisse cela à votre discrétion. Vous êtes le genre d'homme à savoir comment caresser les puissants dans le sens du poil.
En guise de réponse, Lord Frak s'inclina machinalement. Ses yeux bleu délavés ne trahissant aucune flamme de fierté ou de colère.
- Autre chose, Votre Altesse ?
- Oui. Si vous pouviez glisser un mot ici ou là, pour savoir s'il y a des femmes à marier dans les cours étrangères…
- Des femmes à marier, Monseigneur ?
- Et bien, oui. J'ai bien l'intention, comme Dark Vador de pérenniser ma lignée. Et j'aurais bien du mal à le faire sans une femme.
Les yeux de Frak cillèrent à peine. Kylo était persuadé qu'il était déjà entrain de loger l'information quelque part dans son esprit, pour la ressortir au moment opportun.
- Il sera fait selon vos désirs, Majesté.
- Bien. Sortez.
Lord Frak s'inclina une dernière fois et quitta la chambre à reculons. Kylo ressentit le besoin de se verser une nouvelle coupe de vin. Il alla ensuite à la fenêtre pour observer au-delà des douves les toits de la ville. Son domaine désormais. Grands Dieux ! Il n'était Roi que depuis une semaine et il sentait déjà peser sur ses épaules un fardeau immense. Comme il aurait voulu que Luke ait tort !...Même si Kylo n'avait qu'une piètre opinion du mariage, il devait bien reconnaître qu'avoir une compagne ne serait pas un luxe pour l'aider à supporter tout ce poids.
Le ciel avait pris une teinte orangée crépusculaire, lorsque Rey trouva enfin le temps d'aller s'entrainer. A cette heure-ci, il n'y avait personne dans la cour. Les chevaliers étaient partis vaquer à d'autres occupations. Elle avait l'aire d'entrainement pour elle toute seule. La fraicheur du soir vivifiait ses membres, engourdis par sa journée passée à courir d'un coin à l'autre du château. Tout était parfait.
Rey débuta par quelques enchainements, histoire de s'échauffer. Elle se défoula ensuite sur un vieux mannequin en paille, oublié dans un coin. Elle était plutôt satisfaite de son nouveau bâton. Surtout qu'elle avait eu un mal fou à se procurer un morceau de bois assez grand et assez solide. Les arbres n'étaient pas légion dans la cité et encore moins dans le château. Quant à sortir des remparts pour aller trouver une forêt ou un bois, cela relevait de l'expédition. Et les gardes du guet surveillaient étroitement les allers et venues.
Au final, Rey s'était rabattue sur un vieux manche à balai. Une fois retaillé convenablement et agrémenté de quelques pièces métalliques, il faisait une arme convenable. Son équilibre était parfait et son poids idéal. Rey avait toujours été douée pour la récupération.
Après le bâton, elle eut envie d'essayer une autre arme. Elle avisa les épées soigneusement alignées contre le mur de la salle d'armes. Des lames rouillées et émoussées, mais qui feraient l'affaire pour s'entrainer. Rey les observa un instant et une autre idée lui vint. Elle leva calmement le bras, la main tendue vers une des épées, concentrant tout le flux de son énergie vers l'objet. La lame frémit légèrement, puis enfin se décolla du mur et atterrit en souplesse dans sa paume ouverte. Satisfaite de son tour, elle se retourna vers le mannequin de pailles et expérimenta quelques touches et mouvements de mémoire. C'était bien beau, mais elle aurait aimé avoir un véritable adversaire pour tester sa rapidité et sa force.
La nuit était tombée lorsque Rey sentit ses enchainements devenir de moins en moins précis, signe qu'elle commençait à fatiguer. Elle était couverte de sueur et ses membres pesaient lourds. Elle se résigna donc à ranger sa vieille épée et remettre en ordre tout ce qu'elle avait dérangé pendant son entrainement. Rey avisa le mannequin de paille, toujours planté au milieu de la cour. Elle tendit le bras vers lui et utilisa de nouveau la Force pour le ranger dans la remise.
Elle entendit alors une exclamation de surprise derrière elle.
Rey se retourna pour croiser le regard d'un garde. Instinctivement, elle appela à elle son bâton. L'intrus dut être effrayé par l'éclat dans ses yeux, car il leva les mains en reculant précipitamment.
- Hé là, hé là !
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu m'espionnes ?
- Non ! J'étais juste venu chercher mon casque. Je l'avais oublié dans la salle des gardes. Je m'attendais pas à tomber sur quelqu'un à cette heure…
Rey abaissa son bâton. Il avait beau porter l'uniforme blanc des hommes du guet, il paraissait honnête. Il devait être âgé d'une vingtaine d'années, sa peau noire, ses cheveux crépus trahissaient sa non-appartenance au clan.
- Qui es-tu ?
- Finn. Je m'appelle Finn.
Il avait tendu la main vers elle, dans une tentative amicale. Rey le considéra avec circonspection.
- Excuse-moi mais… Tu n'as pas vraiment le physique typique d'un Sith.
- En effet, je ne suis pas né ici.
- Tu viens d'où alors ?
- Je l'ignore, dit-il en haussant les épaules. J'étais qu'un gamin quand l'armée de Snoke est passée par mon village. Je suis une « prise de guerre »
Rey cilla.
- Je ne comprends pas.
- C'est une pratique mise en place par Snoke, lorsqu'il a voulu étendre son territoire. A chaque fois que son armée s'emparait d'une nouvelle région, les soldats faisaient une descente dans les villages et prenaient les enfants qu'ils estimaient pouvoir faire de bons soldats. J'ai été amené ici pour être entrainé et faire partie du bétail que les chefs envoient au massacre.
- Tu veux dire que tu étais dans l'armée qui a combattu Kylo Ren ?
- Non. Par chance, j'ai été blessé lors d'une patrouille la veille de la bataille. J'étais dans l'impossibilité de me battre. J'ai vraiment eu de la veine, beaucoup de mes camarades n'en sont pas revenus…
Son visage s'assombrit. Rey ne distinguait pas la moindre duplicité chez lui. Elle était très douée pour « sentir » les gens et savoir si ces derniers étaient francs ou non avec elle. Luke lui avait appris qu'elle tenait ce don de la Force. Elle abaissa donc son bâton et serra la main que Finn lui tendait. Ce dernier en parut sincèrement ravi.
- Si je puis me permettre, toi non plus tu ne fais pas vraiment Sith.
- En effet, je viens de Jakku.
- C'est où Jakku ?
- C'est dans les contrées du Sud. Mais c'est pas vraiment l'endroit le plus attrayant du monde.
- Je vois…
La tension s'étant grandement apaisée entre eux, un ange passa sans que les deux jeunes gens trouvent grand-chose à se dire. Quand Rey eut soudain une idée.
- Est-ce que ça t'arrive de venir t'entrainer ici ?
- Avant oui… Mais les chevaliers de Ren se sont entièrement approprié l'endroit. Maintenant les gardes préfèrent s'exercer ailleurs. Faut dire qu'ils filent la frousse, ces mecs-là !
Rey haussa les épaules.
- Kylo Ren m'autorise à utiliser cette aire pour m'entrainer, à condition que je ne gène pas ses chevaliers. Du coup je recherche un partenaire pour le duel et le combat. Ca t'intéresse ?
- Attend ! T'es entrain de me dire que le Roi des Sith en personne t'autorise à utiliser l'aire d'entrainement réservée à ses chevaliers ?
- Oui.
Finn la fixa un instant, l'incrédulité placardée sur le visage. Il ouvrit et ferma plusieurs fois la bouche, comme s'il voulait traduire une pensée dont le sens lui échappait. Lassée de l'attente, Rey lui lança :
- Alors, t'es intéressé ou pas ?
- Quoi ?... Oh, euh… Oui. Je suppose que oui. Oui, ça pourrait être bien.
Il semblait nerveux tout d'un coup, Rey ne comprenait pas pourquoi.
- Tu es sûr que ça va ?
- Oui. Euh… Excuse-moi ?
- Tu acceptes de t'entrainer avec moi ?...
- J'accepte. Mais du peu que j'ai vu, j'ai peur de ne pas être un adversaire à la hauteur…
- Ne t'inquiète pas pour ça. Ce que tu as vu avec le mannequin, c'était juste une utilisation de la Force. C'est beaucoup plus compliqué de s'en servir lors d'un vrai combat…
- La Force ?
- C'est trop compliqué à expliquer. Et je t'avouerais que je suis un peu fatiguée ce soir. Si on se donnait rendez-vous, disons demain soir…
- D'accord. Mon tour de guet débute à l'heure du hibou. On a qu'à se voir deux heures plus tôt.
- Ca me va. Bonne soirée, Finn.
- Bonne nuit, Rey.
Rey avait la moitié du palais à traverser pour rejoindre les quartiers des domestiques. Un enchainement de couloirs labyrinthique qu'elle avait fini par connaître par cœur. A force de déambuler dans le désert immense de Jakku et les ruelles étroites de Nîima, elle avait développé un excellant sens de l'orientation.
Passant près de l'aile des archives, elle remarqua une lueur provenant de la bibliothèque. Un détail qui ne manqua pas de l'étonner. A cette heure de la nuit, la salle aurait dû être fermée à double tour. Craignant un voleur, Rey s'avança à pas feutrés, glissant silencieusement telle une ombre. Jusqu'à ce qu'elle entende des voix à travers la porte.
- Ainsi donc, il se cherche une épouse…
C'était une voix de femme, douce et suave. Elle n'était pas familière à Rey, donc il ne pouvait s'agir d'une servante ou d'une domestique.
- En effet, il veut suivre les traces de son ancêtre et assoir durablement sa lignée sur le trône.
Une voix d'homme cette fois. Plus âgé et plus caverneuse. Rey le reconnut cependant : il s'agissait du Grand Intendant.
- Pensez-vous qu'il y arrivera ?
- Comment veux-tu que j'ai la réponse à cette question ?
- Et de façon générale, que pensez-vous de notre nouveau souverain ?
- Il n'est sur le trône que depuis une semaine. Sa victoire est encore toute fraîche, il n'a pas eu le temps de se confronter aux vrais enjeux du pouvoir. Il est trop tôt pour juger…
- Vous ne dites pas tout ce que vous avez sur le cœur, mon oncle…
Un silence.
Rey risqua un œil dans l'interstice de la porte. Le Grand Intendant était assis à un pupitre, occupé à écrire au pinceau sur un rouleau de papier. Son interlocutrice tournait le dos à Rey, qui ne pouvait voir que sa longue chevelure d'ébène. Elle était plutôt haute de taille et son maintien témoignait de son rang noble.
Sous son regard insistant, l'homme finit par interrompre le mouvement de son pinceau.
- Il a conquis le pouvoir pour se prouver qu'il en était capable. Mais à présent, il ignore ce qu'il est supposé en faire. Il prend l'exemple de Vador car c'est le seul qui lui parait viable.
- En ce cas, il lui faut quelqu'un pour le guider…
- Je ne pense pas qu'il soit disposé à se laisser « guider », comme tu dis.
- Tout dépend par qui… Et de quelle façon…
- Méfie-toi. Il n'est pas Snoke.
- Si par-là vous entendez qu'il n'est ni vieux, ni à moitié fou, je vous prie de croire que je l'avais remarqué ! Ca rend le défi plus stimulant…
- J'entends par-là qu'il est en pleine possession de ses facultés et qu'il est bien plus difficile à manœuvrer. Prends garde ou tu pourrais bien t'y briser les reins.
- Vous devenez obscène, mon oncle.
Sa voix s'était faite plus sucrée. L'homme leva vers elle un regard équivoque. Calmement, elle se glissa dans son dos et passa ses mains sur ses épaules. Rey ne pouvait toujours pas voir son visage, mais elle « sentait » la tension entre l'homme et la femme ramper vers elle. Un sentiment étrange et oppressant monta dans sa poitrine. Ses mains devinrent moites et son bâton glissa entre ses doigts pour atterrir sur le sol dans un claquement fatal.
- Qu'est-ce… ? lança la voix de l'homme.
- Je vais voir.
Rey ramassa fébrilement son arme et s'enfuit à toutes jambes. Elle s'engouffra au hasard dans le premier escalier qui passa à sa portée. Son seul but était de mettre le plus de distance possible entre elle et ce couple infernal. Elle y parvint si bien qu'elle se perdit finalement dans le palais. Il lui fallut facilement une bonne grosse demi-heure pour retrouver le chemin du dortoir des servantes.
Toutes les filles étaient allongées à même le sol, sur des litières sommaires. Rey dut enjamber une mer de bras, de têtes et de jambes, pour pouvoir atteindre le recoin où étaient repliées ses affaires. Elle était tellement exténuée, qu'elle n'eut même pas le courage de dénouer sa brassière. Elle s'endormit à peine la tête posée sur le baluchon qui lui servait d'oreiller.
Le lendemain, Rey fut réveillée par le bruit des servantes autour d'elle, qui s'affairaient à ranger leurs paillasses et à arranger leurs tenues, avant de commencer leurs tâches.
- Quelle heure est-il ? demanda Rey d'une voix encore ensommeillée.
L'heure de l'alouette est passée, lui répondit une fille avec des tâches de rousseurs. T'as raté le petit-déjeuner.
Rey soupira. Ca voulait dire qu'elle allait devoir passer la matinée le ventre creux. Les repas des domestiques étaient servis à heures fixes aux cuisines, dans une organisation quasi militaire. Et celui ou celle qui ratait le rendez-vous ne pouvait pas espérer avoir du rabe.
- Continue à paresser et tu vas rater l'heure du coq, lui asséna sa camarade.
Rey se retint de lui balancer son baluchon à la figure. Elle se leva enfin de mauvaise grâce, les membres encore tout engourdis. Tant pis pour la grâce matinée et tant pis pour le petit-déjeuner. Si elle voulait parler à Kylo Ren avant qu'il ne soit pris par ses tâches de Roi et elle par les siennes, elle avait intérêt à se dépêcher.
Elle descendit donc aux cuisines, en s'efforçant d'ignorer l'odeur de pains chauds sortant du four, et alla directement voir Maz. La cuisinière en chef était une minuscule petite femme, au visage de tortue, le teint orangé et les yeux myopes. En dépit de son aspect plutôt frêle, elle avait de l'énergie à revendre et une voix qui portait. On pouvait l'entendre crier ses ordres d'un bout à l'autre de la cuisine.
- Ah ! Te voilà ! dit-il en voyant Rey arriver. Je commençais à me dire que le Roi allait devoir jeûner ce matin.
Depuis son arrivée ici, c'était toujours elle qui apportait le premier repas de la journée dans les appartements royaux. Tout simplement parce que, lors de son premier jour, elle avait accepté la première besogne qu'on lui avait proposée. C'était devenu une sorte de rituel à présent et aucun autre serviteur ou laquais n'aurait pu envisager de remplir cette tâche à sa place.
- T'es tombée du lit, ma parole ! asséna Maz en notant ses petits yeux fatigués et les brins de paille encore coincés dans ses cheveux.
- Mmhm…
- Allons un peu de nerfs ! Ce plateau ne va pas se monter tout seul ! Et tu redescendras me voir après. J'ai des poulets à te faire plumer.
Rey acquiesça distraitement et entreprit vaille que vaille sa montée des quatre cent soixante-six marches qui la séparaient des appartements du Roi.
Lorsqu'elle entra, Kylo Ren était comme toujours habillé des pieds à la tête, de sa longue robe noire au col montant, boutonné jusque sous le menton. Le nez plongé dans un parchemin sur lequel était dessinée une carte. Rey savait par le biais des conversations entre les valets que Ren se levait aux aurores, se préparait et s'habillait tout seul. Ce qui était en soit un comportement assez incongru pour un noble et un monarque en particulier. On disait même qu'il ne supportait pas d'être touché. Une fois, un jeune serviteur zélé avait voulu lui remettre sa cape, dont la fibule s'était détachée. En voyant le gamin s'avancer avec la pointe de la broche pointée vers lui, Kylo Ren avait aussitôt dégainé sa dague et l'avait piquée sur la pomme d'Adam du pauvre malheureux. Au final, le garçon s'en était sorti avec une belle frayeur. A compter de ce jour, les domestiques savaient qu'il ne fallait jamais s'approcher de leur nouveau souverain avec un objet pointu, coupant ou légèrement aiguisé.
Ce matin, Rey n'avait même pas assez d'énergie pour soulever le loquet en utilisant la Force. Elle dut se débattre avec la porte et le plateau. Elle entra ensuite en titubant légèrement, ce qui fit sortir Kylo Ren de sa contemplation. Il l'observa poser comme toujours le plateau sur la table, sans cérémonie, avec un peu trop de brusquerie cette fois-là. Du coup, une pomme roula sur la table et alla s'écraser en-dessous. Rey poussa un grognement en se mettant à quatre pattes pour la ramasser et la remettre d'un geste rageur sur le plateau.
- Tout va bien ? demanda Kylo d'un ton neutre.
Rey se contenta de grogner.
- Mauvaise nuit.
- Je vois ça…
En effet, elle paraissait moins alerte qu'à l'accoutumée. Son teint hâlé était brouillé comme du papier mâché, ses yeux noisette étaient soulignés de gros cernes et des mèches folles s'échappaient de ses chignons.
- Assieds-toi, avant de t'évanouir.
Il lui avait fait cette proposition comme il aurait pu lui donner l'ordre d'aller lui chercher un objet quelconque.
- Peux pas. J'ai du travail aux cuisines.
- Le château ne va pas s'écrouler si tu y retournes dans vingt minutes. Assis.
Rey avait encore moins envie d'obéir quand il lui parlait comme si elle était un chien. Cependant, elle n'eut pas le temps de trouver une réplique cinglante à lui envoyer à la figure, car son ventre se mit à gargouiller.
- Tu as mangé ce matin ? s'enquit Kylo.
- Pas eu le temps.
Il prit une assiette de pain et de fromage et la poussa vers elle.
- Mange quelque chose avant de t'évanouir.
- A Jakku, j'ai déjà passé une semaine avec rien d'autre à bouffer qu'une miche de pain rassie, rétorqua Rey, piquée au vif qu'il ait pu mettre en doute son endurance et laissé entendre qu'elle était une petite chose fragile.
- Tu as quitté Jakku depuis six ans. Ton corps n'est plus habitué à jeûner autant. Mange au lieu d'essayer de me prouver que tu es une tête de mule.
Pour Kylo Ren, ce n'était rien. Il n'aurait pas pu engloutir la moitié de ce que la cuisinière lui préparait tous les matins, même s'il avait eu une faim de loup. En partager une partie avec Rey ou la jeter au chien, pour lui ça revenait au même. Il ne concevait pas qu'en faisant cela, il transgressait déjà toutes les règles qui régissaient les rapports entre un Roi et sa suivante.
Rey finit par capituler et se laissa tomber sur une chaise, attrapant au passage un morceau de fromage qu'elle carra entre deux tranches de pain, mordant dans le tout à pleines dents. C'était fascinant pour Kylo de la regarder manger. On aurait dit une espèce de petit animal étrange, quelque part entre une mangouste et un renard du désert. Elle tenait précieusement son butin entre ses mains et mâchait avec application chaque bouchée avant de l'avaler. Quelques miettes se collèrent aux coins de ses lèvres et Kylo ressentit le besoin fugace de les chasser avec le gras de son pouce.
Le Roi Sith se secoua mentalement, ahuri par l'absurdité de cette pensée. Rey, de son côté, avait terminé son encas et le regardait de nouveau avec insistance.
- Qu'as-tu à me dire ? demanda-t-il pour se distraire de ses pensées incongrues.
La jeune femme allait ouvrir la bouche pour parler, lorsqu'on frappa à la porte.
- Entrez, lança Kylo.
Lord Frak passa par l'entrebâillement de la porte, suivi de près par une grande jeune femme à la peau mate, aux yeux verts et à l'abondante chevelure noire. Kylo Ren la reconnut comme étant une des femmes nobles qui l'avaient accueilli au pied du grand escalier.
- Majesté, lança Lord Frak, puis-je vous présenter ma nièce : Lady Yama.
La jeune femme s'avança vers lui d'une démarche gracieuse. Kylo s'était naturellement levé pour l'accueillir, tandis que Rey n'avait pas quitté son siège, regardant les deux nouveaux intrus d'un air hébété et légèrement hostile.
- Tu peux disposer, jeta Kylo. Je te verrais plus tard.
Comprenant que c'était une invitation à vider les lieux, Rey se leva prestement et fila vers le couloir sans demander son reste. Kylo ressentit un pincement au cœur en entendant la porte se refermer, mais connaissant les manières plutôt rustres de sa protégée, il préférait qu'elle ne s'attarde pas en présence d'individu comme Frak ou tout autre membre de sa famille.
- Lady Yama, il me semble bien vous avoir vue lors de mon entrée dans la ville.
- Je suis flattée que votre Altesse ait daigné attarder son attention sur ma modeste personne.
- Vous regardiez avec insistance l'un des prisonniers.
- L'un de ceux que vous avez épargné, en effet. Il s'agit de mon demi-frère : Pyrcel Yama.
- Je vois.
- C'était un geste noble et généreux de votre part.
- Ca n'avait rien de noble ni de généreux, c'était purement pragmatique. J'aurais été malavisé de décimer toute la jeunesse du clan. Je me suis simplement contenté de couper les branches mortes et de donner une leçon à ses jeunes rameaux.
- Une leçon qu'ils ne sont pas prêts d'oublié.
Lady Yama utilisait un langage trop fleuri. Elle cherchait visiblement à le flatter et cela rendait Kylo méfiant. Il jeta un regard à Lord Frak qui feignait d'être absorbé par la contemplation de la carte. Décidément, ce vieux renard n'avait pas perdu de temps ! A peine mis au courant de ses intentions de trouver une épouse, qu'il lui collait sa « charmante » nièce sous le nez. Un vrai proxénète.
- Lord Frak, avez-vous eu le temps d'étudier mes dernières requêtes ?
- Certainement, Majesté.
- Vos conclusions ?
- Il faudra à mon sens deux semaines pour former un convoi opérationnel. Le plus important va être de fixé l'itinéraire…
- Vous devriez commencer par le fief des Yama, proposa lady Yama. Mon père sera flatté de vous accueillir et de vous faire visiter ses terres.
- Les Yama sont à trois journées de route à peine de Korriban. Ce sont les régions reculées qui m'intéressent le plus.
- Si je puis vous donner un conseil, mon Seigneur, intervint Lord Frak. Il serait plus sage d'envoyer des troupes en éclaireur dans certains fiefs avant d'envisager de vous y rendre en personne.
- Pour quelle raison ?
Lord Frak marqua une courte pause avant de répondre.
- Pour être tout à fait franc, Majesté. Votre accession au trône est encore très récente. Certains seigneurs, dans les régions reculées, n'étaient pas de grands adulateurs de Snoke. Mais l'idée d'avoir le fils de Leia Organa comme nouveau dirigeant ne leur plaira pas davantage. Surtout si vous venez sur leurs terres avec l'intention d'en dresser l'inventaire.
- Ils devront pourtant bien se faire une raison, s'ils veulent perdurer au sein du clan. Mais je comprends où vous voulez en venir. Très bien, je suppose qu'on peut envoyer des troupes en éclaireurs dans certaines régions.
- Cela reculera le départ de quelques jours encore…
- Soit !
Cette manière de retarder les choses n'était pas du goût de Kylo. Lorsqu'il s'était fixé un objectif, il aimait que les paroles suivent les actes. Louvoyer n'était pas dans sa nature.
- Convoquez les garnisons de réserve. Et je placerais un de mes chevaliers à la tête de chaque groupe qui sera envoyé.
