NoChaDaiSAlamander : Ca me fait vraiment plaisir que tu apprécie autant mon travail ;) J'essaie de ne pas faire dans le manichéisme : comme je l'ai dit, pour moi les Jedi et les Sith incarnent deux extrêmes de la pensée et tout l'intérêt est de trouver l'équilibre entre les deux. Et Rey et Kyo sont parfaits pour jouer sur cette attraction/répulsion entre l'Obscurité et la Lumière.Après, je prétends pas faire mieux que l'œuvre originale X)

Cara : Eh bien, je suis heureuse que ça te plaise. J'espère que la suite des chapitres ne te décevra pas.

Leah : Merci pour le compliment ! :D


L'écuyère

Ren était un maître exigeant et impitoyable. Reprenant en main la formation de Rey, il lui imposa un emploi du temps strict. La nouvelle écuyère royale devait désormais se lever avant l'heure du rossignol et consacrer une heure à la méditation avant d'aller chercher le déjeuner. Une fois dans les appartements du Roi, ce dernier lui confiait des documents à recopier. C'était surtout des lettres et des compte-rendu au contenu assez banal. Rey soupçonnait Ben de ne lui donner cette tâche que pour la tenir occupée et vérifier la qualité de son écriture. Très souvent, Imaze les rejoignait dans le courant de la matinée. Le grand chevalier s'entretenait en conciliabule avec son Roi pendant plusieurs heures. Ils s'échangeaient diverses missives. Parfois même des mots griffonnés sur des bouts de papiers qu'ils brûlaient après les avoir lus. Avant l'heure du midi, Ben Solo l'entrainait dans la cour, et le moins qu'on puisse dire était qu'il ne la ménageait pas. Après ses séances, Rey avait les membres tout endoloris et pouvait à peine soulever sa cuillère pour manger.

Ben tenait à ce qu'elle revoie les bases du combat à l'épée. Avant chaque passe d'arme, il l'obligeait à s'échauffer durant une heure, puis il alternait les exercices et les figures compliquées : pour travailler son équilibre, aiguiser ses réflexes et son endurance. Comme il était hors de question qu'ils combattent avec de vraies armes, tant qu'il n'estimerait pas son niveau satisfaisant, ils utilisaient des épées en bois. Rey n'était pas à l'aise avec cette technique de combat. Elle préférait de loin son bâton, plus léger et qui lui permettait davantage d'exploiter son agilité. Mais elle aurait préféré s'arracher la langue plutôt que de se plaindre, même si elle finissait dans la poussière les trois-quarts du temps. Même si ses petites escarmouches avec Finn et leur conversation lui manquaient.

Après le repas du midi, Ben lui donnait toujours une tâche à faire : nourrir son cheval, fourbir ses armes, vérifier l'état de son armure et, quand il était à court d'idée, il l'envoyait dans la bibliothèque du vieux Cépéo, pour y glaner soi-disant un renseignement sur une loi ou un statut juridique. Ce qui était sûrement la pire corvée pour Rey. Déjà parce que, en dépit de ses fanfaronnades, elle n'était pas à l'aise avec la lecture. Ou alors, il fallait que les textes ne soient pas trop denses ou très compliqués. Ce qui était loin d'être le cas des ouvrages qu'il lui fallait consulter. Ensuite, l'écriture de Cépéoétait extrêmement difficile à déchiffrer. Et impossible de demander de l'aide. Le vieux bibliothécaire était certes un homme charmant, mais c'était un bavard invétéré. Et ses discours étaient assommants. En plus, sa mémoire lui jouant des tours, il s'embrouillait souvent dans les dates et la chronologie. Il lui arrivait de parler de Dark Vador ou de la reine Leia comme si ces derniers étaient toujours vivants et régnaient sur le clan. Ou il évoquait Maître Luke, lorsqu'il était encore enfant et qu'il avait la manie d'escalader les murs du palais et de courir sur les toits pour échapper à ses nourrices.

Maître Ben m'inquiète, ces temps-ci. Ses responsabilités lui prennent toutes son énergie et il peine à obtenir l'attention du Roi. Si seulement notre bien-aimée reine était toujours-là… Elle savait comment l'apaiser…

Rey peinait à déterminer s'il parlait de Ben Solo ou de Ben Kenobi, le défunt maître du prince Luke. Parfois, elle se disait que les deux devaient se confondre dans l'esprit embrouillé du vieux Cépéo.

Ce jour-là, Rey était penchée sur un grimoire poussiéreux : « Mœurs et coutumes des contrées de la Bordure Extérieure ». Un chapitre avait particulièrement retenu son attention.

L'esclavage se pratique sous différentes formes et à différents degrés en fonction des contrées.

Alderaan, Naboo et Coruscente sont les rares nations à avoir totalement interdit sa pratique. Dans ces royaumes, ce commerce est non seulement défendu, mais la possession même d'esclaves est prohibée. Au point que si un individu a le statut d'esclave dans une autre contrée, il lui suffit de traverser la frontière de Coruscente, d'Alderaan ou de Naboo pour être automatiquement déclaré libre. Ce qui n'est pas sans provoquer quelques soucis diplomatiques, car beaucoup de hauts dignitaires de contrées riches telles que KaminoouCorellia ne conçoivent pas de se déplacer sans une armée de serviteurs, pour la plupart esclaves. Difficile pour des diplomates ou des ambassadeurs de se rendre dans ces contrées abolitionnistes en sachant qu'ils vont y laisser les trois-quarts de leur personnel.

Jakku et Tatooine sont des régions extrêmement arides, disposant de peu de ressources, par conséquent l'esclavage y est de loin le commerce le plus florissant. On dit même que les esclaves représentent les deux-tiers de la population locale. Il faut toutefois relativiser, car en raison des conditions de vie très difficiles dans ses contrées, la population y est elle-même extrêmement réduite et plutôt disparate. La pénibilité de la condition d'esclave y est même assez floue car, en fonction des circonstances, un esclave travaillant pour un commerçant ou un contrebandier, peut avoir une qualité de vie plus enviable qu'un paysan libre.

Les Sith ne sont autorisés à posséder que des esclaves qu'ils ont eux-mêmes capturés soit lors d'une razzia ou d'une bataille : ce sont en fait des prisonniers de guerre qui sont traités comme du butin. Il leur est même permis d'en faire commerce. Ils peuvent en effet revendre leur butin à des marchands d'esclaves. Certaines familles peuvent aussi racheter les prisonniers à leurs propriétaires. En revanche, un Sith ne peut en aucun cas acheter un esclave fut-ce auprès d'un marchand ou d'un particulier. Si un Sith convoite un esclave qui appartient déjà à un maître, le seul moyen pour lui de l'acquérir est de tuer le propriétaire. C'est ce qu'on appelle « le Prix du Sang ».

Rey n'avait pratiquement aucun souvenir de sa vie avant d'être une esclave. Pour autant qu'elle sache, elle avait toujours été une gamine famélique et sauvage. A l'époque, ça ne la choquait pas. Qu'il y ait des maîtres et des esclaves c'était la norme à Jakku. Ça lui faisait drôle d'imaginer des endroits où il était interdit de posséder un esclave.

La reine Leia Organa voulait mettre fin à cette pratique, commenta Cépéo en lisant par-dessus l'épaule de Rey. Au « Prix du sang » ainsi qu'à l'esclavage en général, au sein du clan. Cette idée a fortement déplu aux seigneurs Sith. Après ça, ses réformes sont devenues de plus en plus impopulaires.

Plus Rey en apprenait sur la mère de Ben Solo, plus elle la trouvait admirable. Lorsqu'elle était au Temple, Maître Luke évoquait souvent sa sœur. Mais ce qu'il avait à dire sur elle était surtout lié à des souvenirs d'enfance. Le fait d'être jumeaux, d'avoir perdu leur mère à la naissance et d'être élevés par un père tyrannique et peu affectueux les avait fortement rapprochés. Même si le frère et la sœur avaient pris des voies différentes, ils étaient toujours restés très liés et entretenaient une correspondance régulière. Luke déplorait que Leia n'ait pas passé plus de temps avec son fils.

Elle l'aimait éperdument, assurait-il. Si elle avait pu, elle ne se serait jamais séparée de lui. Mais le Pouvoir est un maître exigeant, surtout lorsqu'on l'exerce sur un clan comme le nôtre. Leia craignait que son fils soit un jour victime des complots et des intrigues d'individus ambitieux et sans scrupules. Qu'il finisse broyé par ce système, commeson père. Elle s'échinait à construire un monde où il ne serait plus en danger. Hélas ! c'était une tâche trop grande à accomplir. Même pour elle…

Rey se demandait pourquoi Ben n'essayait pas de prendre plus exemple sur sa mère. Pourquoi évitait-il d'évoquer son souvenir devant les autres seigneurs Sith ou en privé ? Seul Dark Vador semblait être digne de servir de modèle selon lui. Alors que cet homme était responsable de la mort de son père et du fait qu'il avait dû vivre en exil durant vingt-huit ans. Ben avait-il seulement conscience des sacrifices que sa mère avait fait pour lui ?

Il l'adorait, avait un jour affirmé Luke. Lorsque la nouvelle de sa mort nous est parvenue, j'ai vraiment cru que j'allais le perdre lui aussi, tant ça l'a dévasté…

Rey feuilleta quelques pages plus loin et tomba sur un nouveau chapitre.

Les Ilotes :

Dans la hiérarchie du clan Sith, le statut juridique des Ilotes est complexe. Ils ne sont pas libres et ne possèdent aucun droit politique : ils sont donc comparables de ce fait aux esclaves-marchandises. Cependant, ils n'appartiennent pas à un individu ou une famille précise, mais sont attachés à une terre, ce qui les rapproche du serf des autres contrées monarchiques.

En théorie, ils appartiennent à l'État et sont attachés à un lot de terre, l'enclave. Le seigneur Sith à qui cette enclave est dévolue ne peut ni affranchir les Ilotes qui y sont attachés, ni les vendre à l'étranger. Néanmoins, il existe une forme de propriété individuelle : les seigneurs se prêtent entre eux les Ilotes pour dépanner, par exemple à la chasse, au même titre qu'on se prêterait chiens ou chevaux. On peut dire que le Roi a la nue-propriété des Ilotes, tandis que le seigneur en a l'usufruit.

Il est même arrivé que des Ilotes soient intégrés à l'armée royale, durant l'Age des Grandes Conquêtes. Certains Ilotes se sont même illustrés au cours des siècles, lors de différentes campagnes militaires, au point d'acquérir du pouvoir et de l'influence au sein de la Cour et du gouvernement. Mais ces derniers se sont souvent retrouvés victimes de leur ambition et de la jalousie des seigneurs du clan. L'Histoire est jonchée d'exemples de commandants Ilotes retrouvés morts dans des circonstances troubles ou ayant carrément disparu.

Cela fit frissonner Rey. Elle repensa à l'avertissement que lui avait donné Finn, sur le fait qu'elle s'attirerait des ennemis en étant trop au fait des intrigues qui se nouaient et se dénouaient au sein de la Cour. Plus la jeune padawan en apprenait sur le clan, plus celui-ci lui faisait l'effet d'une immense toile d'araignée et qu'elle devait prendre garde à ne pas en être la mouche.

Enfin, elle trouva le chapitre qui l'intéressait : au moins vingt pages exclusivement consacrées à la généalogie des différentes familles royales des contrées connues. La couronne démocratique de Naboo. La royauté d'Alderaan. La Principauté de Chandrila… Kylo Ren lui avait demandé la liste détaillée des alliances et des rivalités que le clan entretenait avec ses voisins. Il voulait aussi connaître autant que possible la généalogie des familles royales. Sans doute voulait-il étudier quel mariage lui offrirait le plus d'avantage sur le plan diplomatique.

Même si Rey pouvait comprendre les impératifs qu'entrainaient une union royale, elle ressentait tout de même une pointe d'amertume à l'idée que deux êtres, qui ne s'étaient encore jamais vus ni même adressé la parole, se voient liés l'un à l'autre et obligés de vivre côte à côte jusqu'à ce que la mort les sépare, juste pour remplir des obligations géopolitiques. Elle aurait presqu'eu de la pitié pour le pauvre princesse qui allait devoir se coltiner la triste figure de Kylo Ren matin et soir jusqu'à la fin de sa vie. Bien qu'une autre part d'elle, beaucoup moins charitable, paierait cher pour voir la tête de Lady Yama lorsqu'une autre qu'elle trônerait au côté du Roi, qu'elle devrait lui faire la révérence et l'appeler « Votre Altesse ».

Elle s'appliqua à recopier le plus proprement possible les noms des familles et des contrées qui pourraient éventuellement intéresser Ben. En tournant une page, elle tomba sur un document assez inhabituel, très usé.

En ce jour… de l'an de grâce… nous, Dark Sidious, de notre nom de naissance, Lord Palpatine Sheev, déclarons adopter Skywalker Anakin... Par ce présent document, nous attestons qu'il fait désormais partie intégrante du clan au même titre que s'il était de notre chair et de notre sang... Nous faisons de lui l'héritier de tous nos biens, de nos propriétés et de notre nom. A lui de décider ce qu'il sera jugé bon d'en faire au jour de notre trépas…

- Ah ! s'exclama la voix de Cépéo derrière elle. Je me demandais où il était rangé. Mieux vaut le mettre dans un lieu plus sûr. Sa Majesté serait courroucée s'il venait à disparaître…

- Qu'est-ce ? demanda Rey alors que le vieux documentaliste lui prenait délicatement le document des mains.

- L'Acte de naissance du Roi bien sûr.

- Du Roi ?

- Du seigneur Dark Vador.

Rey écarquilla les yeux sans comprendre. Cépéo soupira comme un précepteur ayant à faire à un enfant particulièrement lunaire.

- Vous imaginez bien que Lord Skywalker n'aurait jamais pu prétendre au trône sans être reconnu comme un membre du clan. L'adoption est, pour ceux qui ne sont pas nés de parents Sith, le seul moyen d'y prétendre.

- Vous voulez dire que Dark Vador n'était pas membre du clan à l'origine ?

- Non. Il vivait dans le Temple Jedi depuis ses huit ans. Avant cela, c'est un mystère. Selon la version officielle : un Maître Jedi l'aurait rencontré dans l'une des contrées les plus au sud. Il aurait vu en lui un grand potentiel et l'aurait ramené pour lui enseigner la Force…

- Mais d'où venait-il exactement ?

- Personne ne sait. Le seigneur Vador est toujours très discret à ce propos. Il y a bien des rumeurs qui courent à ce sujet. Certaines prétendent qu'il serait le dernier descendant d'une lignée princière déchue… Ou qu'il a réchappé au pillage de sa ville natale… D'autres ont prétendu qu'il était le fils illégitime d'un chevalier Jedi… Mais la vérité vraie personne ne la connait. Peut-être maître Ben ?... Mais il est encore plus discret que sa Majesté…

Ainsi donc, les Skywalker n'étaient pas des natifs du clan. Cela rendait leur ascension encore plus impressionnante. Mais aussi plus précaire leur légitimité. Au fil de ses lectures, Rey avait compris que le clan des Sith était un vaste réseau de familles apparentées à différents degrés. C'était soi-disant pour garantir la pureté du sang et leur lien avec la Force. Pourtant la consanguinité semblait avoir l'effet inverse : au fil des générations, les pouvoirs ne faisaient que s'amoindrir au sein des différentes familles.

Par exemple, il était autrefois courant que des enfants de la noblesse intègrent l'Ordre Jedi : c'était un critère de fierté, marquant leur lien avec la Force. Mais depuis plusieurs décennies, les Jedi avaient refusé beaucoup de candidats, issus des grandes familles, les estimant trop peu sensibles à la Force pour faire de bons initiés. Ce qui avait aggravé les tensions entre le clan et l'Ordre.

C'était peut-être aussi ce qui avait poussé Dark Sidious à vouloir adopter Skywalker : tout le monde disait que Dark Vador avait un lien puissant avec la Force. Sans doute le vieux Roi espérait-il redonner de la vigueur au pouvoir du clan en y intégrant du sang neuf. Il n'avait pas prévu que son protégé le renverserait et choisirait une princesse étrangère pour être la mère de ses enfants. Que ces mêmes enfants refuseraient à leur tour de s'unir avec un membre du clan : l'un préférant le célibat, l'autre faisant un enfant avec un obscur contrebandier.

Cela expliquait l'ardeur que mettaient les femmes Sith à vouloir séduire Kylo Ren. Oui, car évidemment, depuis qu'il avait conquis le trône, Lady Yama n'avait pas été la seule à vouloir lui mettre le grappin dessus. Bien que la jeune femme soit assez douée pour neutraliser ses rivales, certaines parvenaient toutefois à passer entre les mailles du filet. L'une d'elle avait même poussé l'audace jusqu'à s'introduire dans les appartements du Roi et à se cacher sous son lit. Ça avait bien manqué virer au drame lorsque Kylo Ren avait senti sa présence et – croyant qu'il s'agissait d'un assassin – tenté de la transpercer à travers le matelas et le sommier.

Les plus audacieuses n'espéraient même pas être épousées, seulement entrer dans la couche royale l'espace d'une nuit, dans l'espoir d'être engrossées : avoir un rejeton avec le sang des Skywalker, c'était l'espoir de renforcer les pouvoirs de leur famille et de donner un second souffle à leur lignée. Manque de chance pour elles, Ben Solo était l'homme le plus chaste et collet-monté que Rey ait jamais rencontré. Depuis qu'elle le connaissait, il était toujours habillé de vêtements noirs, boutonnés jusqu'au menton. Il portait des gants, même pour manger ou écrire. Aux dires des gardes, même lorsqu'il n'était encore que le chef d'un groupe de mercenaires, ses employeurs l'avaient surnommé « le Moine ». A se demander s'il saurait quoi faire d'une femme lorsqu'il en aurait une entre les mains.

Rey termina sa tâche et roula soigneusement le parchemin avant de le glisser sous sa tunique. Elle réveilla ensuite Bibi, qui dormait roulée en boule à ses pieds, d'une grattouille sur le sommet du crâne. Elles quittèrent ensemble la bibliothèque, laissant le vieux Cépéo à ses grimoires et ses parchemins. Rey se rendit directement à la grande aire de tournoi.


Avant son départ, Kylo Ren voulait faire étalage de la dextérité de ses chevaliers. Ces derniers étaient rassemblés en arc de cercle dans l'arène. Face à eux se tenaient une centaine de gardes, disposés pareillement en trois rangées d'arcs de cercle. Au centre, deux combattants s'affrontaient : Phasma, vêtue d'une armure étincelante, sa grande cape noire arborant la lune rouge flottant dans son dos, et un jeune soldat fringant.

Des courtisans étaient massés autour de l'arène et dans les gradins. Rey nota un nombre important de femmes parmi les spectateurs. Elles suivaient avec attention les mouvements du jeune combattant, poussant des exclamations d'excitation dès qu'il se lançait dans une attaque audacieuse et frémissant d'effroi lorsque la grande épée de Phasma passait à quelques centimètres d'un de ses membres. Il y eu beaucoup de soupirs de déception lorsque la femme chevalier jeta son adversaire à terre et le tint en respect de la pointe de sa lame. Elle leva un bref regard vers l'estrade principale.

Kylo Ren y trônait sur un fauteuil en bois d'ébène sombre. Le fidèle Imaze posté juste derrière lui. Lord Frak était assis sur un siège pliant à sa droite. Tout le cercle autour d'eux était exclusivement composé de courtisanes. Pour l'occasion, ces dernières avaient revêtues leurs plus belles toilettes et rivalisaient de tactiques pour attirer l'attention du Roi. Sans grand succès car celui-ci était entièrement absorbé par le combat se déroulant dans l'arène.

Lorsque Phasma leva la tête vers lui, attendant visiblement une consigne de sa part, il hocha brièvement la tête. La grande chevalière leva haut son épée et la planta dans le sol sableux, à un millimètre à peine du visage de son infortuné adversaire. Plusieurs exclamations d'effroi montèrent du public, avant que l'on comprenne que l'autre était indemne. Phasma tendit le bras à son adversaire et l'aida à se relever, sans douceur. Chacun regagna sa place dans l'arc de cercle qui lui était réservé : le combat était terminé.

Rey jura que les genoux du jeune homme tremblaient encore, lorsqu'il rejoignit ses compagnons. Déjà deux autres concurrents entraient en lice : Daeron, arborant un long fouet serpentin, et un vieux briscard, tout de poils et de muscles, muni d'un grand marteau.

Détachant son attention du spectacle, Rey se fraya un chemin jusqu'à l'estrade royale, Bibi sur ses talons. Au milieu des courtisanes vêtues de leurs belles robes de soie chatoyantes, elle se faisait l'effet d'une souris grise perdue dans une volière d'oiseaux exotiques. Lorsqu'elle arriva en bas de l'estrade, Ben Solo daigna lui accorder un bref regard. Rey toucha machinalement sa tunique, là où elle avait glissé son parchemin. Ben hocha de la tête, puis reporta son attention sur le combat.

Sans surprise, Lady Yama s'était débrouillée pour siéger au plus près du Roi. Et on ne pouvait nier que, enveloppée dans sa grande robe de moire noire, croisée sur un décolleté profond où l'on devinait ses sous-robes de mousseline jaune, tellement transparentes qu'on voyait à travers toute sa peau de bronze, et ses cheveux noirs bouclés, piqués d'épingles en or, cascadant sur ses épaules et sa poitrine, elle avait tout d'une reine. Même si Rey l'aurait plutôt comparée à une guêpe.

L'écuyère jeta un coup d'œil à la ronde et ne vit nulle place où s'assoir. La vingtaine de spectateurs massés au bas de l'estrade lui bouchait la vue et l'empêchait de voir l'arène. Rey se hissa donc sur le rebord de l'estrade et s'assit sans cérémonie juste devant les longues jambes de Ben. De cette place, son regard se portait au-dessus des têtes des courtisans, tandis que ses pieds battaient l'air. Bibi avait aussi bondit sur l'estrade et s'était lovée sur ses genoux.

Dans l'arène, Daeron finissait d'humilier son adversaire. Son fouet cinglait l'air dans des sifflements furieux, soulevant des nuages de poussière lorsqu'il claquait le sol. En plus, Rey le soupçonnait d'utiliser la Force pour alourdir le marteau du garde au bout de son bras. Ce dernier, tout suant, soufflait comme un bœuf. Sa peau avait viré au rouge cramoisi. En trois passes, Daeron parvint à le désarmer et à le faire s'écrouler dans le sable. Mais le mettre à terre n'était pas encore suffisant : il harcela l'autre de coup de fouet, l'obligeant à rouler d'un côté puis de l'autre pour échapper à la morsure du cuir.

- Je me rends ! hurla l'homme à bout de souffle. Je me rends !

Les claquements cessèrent lorsque Kylo Ren leva le bras dans un geste calme et nonchalant. Daeron ré-enroula son fouet et tendit le bras à son adversaire pour l'aider à se relever, comme Phasma l'avait fait pour le précédant. Le vieux briscard récupéra son marteau et rejoignit ses compagnons en claudiquant, tandis que le chevalier de Ren regagnait le cercle sous les applaudissements de ses camarades.

Enfin, le héraut annonça deux nouveaux adversaires. Solak, la petite brune, se détacha de ses confrères et s'avança au centre de l'arène. Rey se raidit en voyant Finn émerger du groupe des gardes et s'avancer pour lui faire face. Ils étaient tous deux armés d'un glaive et d'un bouclier. La padawan sentit son inquiétude monter d'un cran. Elle avait déjà eu l'occasion de voir Solak s'entrainer et, si la chevalière ne maitrisait pas la Force, elle n'en était pas moins une redoutable combattante. Elle n'allait faire qu'une bouchée de Finn.

Le duel s'engagea. Les deux adversaires se montrèrent tout de suite très agressifs. Rey fut surprise de voir Finn mettre autant de rage dans ses coups, comprenant qu'il l'avait vraiment ménagée lors de leurs entrainements. Solak n'était pas moins virulente, mais trop sûre d'elle, elle finit par se laisser déborder. Finn parvint à lui faire lâcher son bouclier, l'obligeant à se battre sans protection. Il était presque parvenu à l'acculer lorsque Naïs se détacha soudainement du groupe et les rejoignit dans l'air de combat. Le Zabrak se glissa entre Solak et Finn, l'épée levée, obligeant ce dernier à reculer.

Des grognements de protestations s'élevèrent des rangs des gardes comme du public, mais personne n'intervint pour interrompre le combat. Rey jeta des regards dans toutes les directions, avant de se tourner en désespoir de cause vers Ben Solo.

Celui-ci lut le questionnement dans son regard.

- Le combat n'est terminé que quand l'un des adversaires est à terre.

- Mais ils sont à deux contre un !

- Sur un champ de bataille, tu ne choisis pas tes adversaires, encore moins leur nombre…

- C'est injuste !

- Personne ne l'a obligé à se battre. C'est lui qui est volontaire.

Rey se retourna vers l'arène où Finn était en très mauvaise posture, pris en tenaille entre Naïs et Solak qui enchainaient les passes d'armes sans lui laisser le moindre répit. N'écoutant que son instinct, la padawan sauta à bas de l'estrade, attrapa une lance, laissée sur le côté par un garde, et bondit dans l'arène. Elle se jeta face à Naïs et l'obligea à s'écarter de Finn. Le combat redevint plus équitable.

Sourde aux exclamations de surprise qui montaient de toutes parts, Rey ne se concentra plus que sur son adversaire. Le Zabrak était visiblement furieux qu'elle ose s'interposer et ne cacha pas sa colère. Ses coups étaient puissants et violents. Il faillit plusieurs fois lui arracher sa lance des mains. Il utilisa la Force même pour lui insuffler une sensation de vertige et rendre ses membres lus lourds. Rey luttait avec peine contre l'illusion mentale. Heureusement, c'était une vieille ruse de combat qu'elle avait appris à gérer.

Elle essaya d'employer la méthode que Ben Solo avait commencé à lui apprendre : se focaliser uniquement sur l'adversaire, l'observer attentivement pour pouvoir anticiper ses réactions. Ce qui n'était pas facile lorsque Naïs s'évertuait à lui donner la migraine en enfonçant des épines invisibles dans son crâne.

Sors de ma tête ! s'énerva Rey.

Elle sentit une pulsion de Force la traverser des pieds à la tête. Quelque chose, comme une énergie magnétique, bondit hors d'elle et se percuta sur le Zabrak. Celui-ci fut brutalement projeté en arrière et tomba à plat dans le sable. Rey en profita pour se placer au-dessus de lui et pointa le fer de sa lance sur sa pomme d'Adam. Elle entendit alors la voix de Solak s'élever dans son dos. En voyant son camarade en mauvaise posture, la chevalière s'était instinctivement précipitée vers lui, de ce fait, elle avait baissé sa garde et offert à Finn une occasion en or de la maitriser. A l'instar du Zabrak, la jeune femme se retrouva face contre terre, l'épée de Finn pointée vers jugulaire.

Le garde et l'écuyère relevèrent de concert les yeux vers l'estrade. Rey constata que Kylo Ren s'était levé de son siège et se tenait debout de toute sa hauteur, les poings serrés. Lord Frak et Lady Yama le regardaient avec intensité, tandis que des murmures d'excitation montaient de l'assistance. Rey vit le grand Imaze se glisser calmement dans le dos de son commandant et lui dire quelque chose à l'oreille. Kylo Ren parut se détendre quelque peu et leva prestement le bras pour signifier la fin du combat.

Rey et Finn abaissèrent immédiatement leurs armes et tendirent le bras pour aider leurs adversaires respectifs à se relever. Si Solak accepta l'assistance de Finn sans broncher, Naïs rejeta tout net la main tendue de Rey et se remit debout seul. Il rejoignit le cercle des chevaliers sans lui accorder même un regard.

- Le tournoi est terminé, lança la voix de Kylo Ren depuis l'estrade.


Les courtisans désertèrent rapidement les tribunes. Les chevaliers de Ren partirent de leur côté et les gardes firent de même. Finn jeta un dernier regard à Rey, visiblement gêné, avant de suivre ses compagnons. La jeune padawan allait faire de même, lorsqu'elle se heurta à un mur fait de cuir et de longs poils. Imaze était soudainement apparut devant elle. D'un signe il lui intima de le suivre. Rey s'exécuta docilement. Non pas qu'elle soit particulièrement intimidée, mais le grand Wookie faisait partie de ces personnes que Rey n'aurait pas voulu avoir comme ennemi.

Imaze la conduisit dans la salle du conseil où Kylo Ren était assis devant une carafe de vin à consulter pour la énième fois une carte du territoire.

- Tu as ce que je t'ai demandé ? dit-il sans même lever les yeux vers elle.

Rey sortit le parchemin, où elle avait noté les différents noms, de sa tunique et le lui tendit. Ben s'en empara, toujours sans la regarder.

- Tes affaires sont prêtes pour demain ? s'enquit-il.

En effet, c'était demain le grand départ. Avec tout ce remue-ménage, elle l'avait presqu'oublié. Elle acquiesça.

- Bien. Tu peux te retirer.

Une personne normalement constituée aurait sauté sur l'occasion et serait partie sans demander son reste. Seulement Rey n'arrivait pas à se sentir satisfaite. Elle s'était attendue à ce que Ben l'engueule ou lui fasse au moins des remontrances pour son comportement dans l'arène. Son silence sur l'affaire était pour elle plus inquiétant qu'un bon vieux passage de savon.

- Vous ne comptez rien me dire pour ce que s'est passé tout à l'heure ?

- A quoi bon ? dit-il. Quand je te fais une remarque, ça rentre par une oreille et ça sort par l'autre…

Il avait plus l'air fataliste que véritablement en colère. On aurait dit un professeur répétant pour la centième fois la même leçon à un enfant ayant une très mauvaise mémoire. Ça faisait drôle de le voir ainsi.

- Sache en tout cas que tu t'es fait un ennemi mortel.

Rey haussa un sourcil.

- Naïs, précisa-t-il. Il n'est pas prêt d'oublier l'humiliation que tu lui as infligée.

- C'est lui qui a commencé, en s'en prenant à Finn. Je n'ai fait que rétablir l'équilibre.

- Je n'ai pas dit que tu t'étais mal comportée. Mais lui, ne le voit certainement pas comme cela. Restez sur vos gardes, toi et ton ami durant le voyage…

- Comment cela ?

- C'était l'enjeu du tournoi. Ceux parmi les gardes, qui parviendraient à vaincre mes chevaliers en duels, seraient autorisés à faire partie de mon escorte durant la tournée des fiefs. Ton intervention a permis à ton ami d'obtenir sa place dans le convoi.

Rey était déconcertée. Pourquoi Finn ne lui avait pas dit qu'il s'était porté volontaire pour faire partie de l'escorte royale ?

- Je vois, dit-elle. Eh bien, vous avez pu voir que c'était un bon combattant. Avec ou sans mon aide. Vous serez satisfait de l'avoir à vos côtés…

- Surtout toi, j'imagine.

Il y avait comme un reproche dans sa voix. Rey se sentit soudain décontenancée. Il avait enfin levé les yeux de la carte et les avait poséssur elle. C'était comme être transpercé par deux lances extrêmement affutées. Rey eut de nouveau l'impression qu'il essayait de voir à travers ses vêtements, à travers elle. Découvrir tous les secrets que renfermait son cœur. Ce fut une sensation étrange, comme si une main se glissait le long de sa nuque et l'immobilisait. Sans qu'elle ne le veuille, ses pensées dérivèrent vers Finn : leur première rencontre, leurs petites escarmouches, leurs conversations sur le banc de la cour, leur course dans les rues de la basse-ville. Elle se sentit irritée, insatisfaite. Elle voulait voir plus, comprendre… Que lui disait-il ? Pourquoi recherchait-elle autant sa compagnie ? Elle voulait savoir ?...

Non pas elle ! Ce n'était pas elle qui voulait savoir !

Rey revint dans l'instant présent. Elle était face à Ben Solo. A ses yeux sombres, comme deux puits sans fond. Il y avait quelque chose dedans, au-delà de la curiosité ou de la suspicion, comme une faim… Rey voulut s'y plonger pour mieux voir.

Elle vit l'Obscurité, puis des ombres. Des Ombres qui murmuraient, qui le cernaient en permanence et ne le laissaient jamais en paix. Ce sentiment d'être toujours seul, même au milieu d'une centaine de personne. Ce besoin tellement douloureux de pouvoir parler à quelqu'un tout en sachant que c'est impossible : trop dangereux, trop exposé, trop risqué… Risqué pour lui, risqué pour eux… Tous ceux auxquels il s'attache finissent par le quitter. D'une manière ou d'une autre, ils disparaissent.

Parmi les Ombres, Rey aperçoit le visage d'une femme : fière, forte, mais froide. A peine l'a-t-elle vue qu'elle disparait déjà. Elle aperçoit ensuite Maître Luke. Mais ce dernier reste à l'écart. Elle a tellement de questions à lui poser, mais il refuse de répondre. Il reste silencieux comme une tombe. Et puis près de Luke, apparait la silhouette d'un autre homme. Il parait plus vieux, plus grand… mais ses traits sont incertains. Comme si Rey essayait de les reconstituer à partir de vagues souvenirs. Elle a surtout cette impression, ce sentiment étrange, qu'il a compris, qu'il a vu clair en elle – en lui – qu'il sait quelque chose que les autres ignorent. Si seulement, elle parvenait à mieux le voir, elle saurait elle aussi… de quoi il s'agit.

Mais brusquement, elle se sent tirée en arrière. Les Ombres glissent autour d'elle et s'évaporent. Elle est allée trop loin, trop profondément, il doit la faire sortir de sa tête !...

Rey se sentit nauséeuse en revenant dans le moment présent. Elle était de nouveau dans la pièce face à Ben Solo. Il avait tenté de lire dans son esprit, pour trouver dieu savait quoi. C'était inconvenant, ignoble. Elle n'aurait pas été moins scandalisée s'il avait glissé sa main sous sa tunique et qu'il avait touché sa peau nue. Mais dans sa hâte, il n'avait pas assez protégé le sien, elle avait pu se glisser à l'intérieur alors qu'elle le repoussait. Elle lui avait rendu la monnaie de sa pièce en quelque sorte. Mais elle n'avait pas voulu aller aussi loin !

Ils s'étaient vus nus l'un et l'autre et la gêne devint palpable entre eux. La gêne… et autre chose. Quelque chose que Rey ne voulait pas analyser immédiatement. Elle était trop en colère. Et la présence de Kylo Ren, si près d'elle, la révulsait tout à coup.