NoChaDaiSAlamander : merci pour ton commentaire. Oui, j'essaie vraiment de donner un contexte politico-juridique à cette fic. Ca me parait important, déjà parce que cette idée était présente dans la Prélogie, et parce que lorsqu'on décrit un univers et une société fictive, le lecteur doit pouvoir comprendre pourquoi les personnages obéissent à telle ou telle règle. Parce que, selon moi, notre comportement est aussi dicté par la manière dont on a été éduqué et à quelle règle il nous semble "normale" d'obéir.T'inquiète pas, j'ai bien l'intention de mener jusqu'au la relation entre Rey et Kylo. Même au-delà, je veux montrer les conséquences que leur relation apporte au contexte de l'histoire.

Leah : J'espère que ce chapitre comblera tes attentes ^^'

onmywave : Hé bien… si j'arrive à te faire aimé cette histoire malgré sa "recontextualisation" c'est vraiment géniale ! :) Par contre je risque de faire monter la sauce encore un moment entre Rey et Kylo. Cependant, je te rassure, le rating M n'est pas là pour faire joli ;)…

NellielK : Hé hé… Je ne peux nier mes influences Game of thrones ;)

LumiLove : Merci pour ton commentaire. J'espère continuer à te captiver.

Cara : Rey n'est pas encore très au point vis-à-vis de ses sentiments pour Ben. D'un côté, elle lui en veut d'avoir fait voler en éclat sa paisible vie de padawan, de l'autre elle voit en lui son unique protecteur. Elle veut paraître forte, mais elle doute beaucoup d'elle-même. Et même si elle revendique "une certaine expérience" dans les relations entre adultes, elle n'est pas très mature sur le plan sentimental. Bien sûr, tout cela est appeler à évoluer. ;)

Aria : =^^=

Vronik : Te voici exaucé.


Le fief des Yama

Le matin du grand départ, Kylo s'était levé plus tôt que d'habitude. Il s'était lavé et habillé à la hâte pour pouvoir superviser lui-même les derniers préparatifs. Les gardes, les serviteurs, les chars et les montures s'entassaient dans la grande cour du château. Kylo Ren voulait autant que possible avoir une escorte conséquente pour montrer à ses vassaux sa puissance personnelle. Il regrettait presque d'avoir dû renvoyer une partie de ses mercenaires avec leurs éléphants. En même temps, ses grosses bêtes étaient vraiment encombrantes et coûtaient cher en nourriture. N'empêche que ça en avait imposé lors de son entrée dans la cité. Mais bon, il allait devoir faire plus sobre désormais.

Les rangs commençaient à se former dans un ordre précis. Tous ses chevaliers étaient rassemblés à l'avant. Imaze, au centre, tenait les rênes de son destrier. La colonne serait bientôt prête à partir. Kylo Ren jetait des regards dans toutes les directions, guettant les derniers arrivants. Il vit approcher Lady Yama, escortée de Lord Frak. La jeune femme était vêtue d'une élégante tenue de cavalière, aux couleurs de sa famille : noire et jaune. Elle donnait le bras à son oncle, qui s'appuyait de son autre main sur sa canne. Ils faisaient à peu près la même taille tous deux, bien que Lord Frak soit légèrement voûté. Ensemble, ils formaient un duo bien étrange.

- Pardonnez mon retard, Majesté, lança Lady Yama lorsqu'ils furent près de Kylo Ren. Je voulais m'assurer que tout était en ordre pour mon oncle. Avant mon départ.

- Ma nièce m'est d'une aide précieuse dans l'organisation de l'Intendance. Il va m'être difficile de me passer d'elle.

Kylo n'avait que faire du retard de Lady Yama ou de ses raisons. Si elle ne s'était pas présentée à temps, il serait simplement parti sans elle. Son inquiétude allait vers une autre absente.

- S'il vous est si difficile d'accomplir votre tâche sans elle, peut-être serait-il préférable que Lady Yama demeure à Korriban…

- N'ayez pas d'inquiétude, riposta rapidement la concernée. Mon oncle aime me flatter. Mais il est parfaitement capable de tenir les rênes en notre absence. De plus, cela fait plusieurs mois que j'aurais dû rendre visite à mon père et son épouse. Mais les récents évènements m'ont obligée à retarder mon départ.

Kylo écoutait à peine ce qu'elle disait. Il venait de reconnaitre le dénommé Finn parmi les gardes encadrant la colonne. Mais pas de trace de Rey. Avait-il vraiment dépassé les bornes cette fois ?

Il reconnaissait que c'était stupide d'avoir voulu fouiller son esprit. Surtout pour une chose aussi insignifiante que cet homme. Ca l'était d'autant plus qu'il aurait dû savoir qu'elle serait de taille à lui résister. Il aurait dû savoir que Rey ne laisserait pas passer ça. Mais tout de même, elle s'était bien vengée en retour. Ne pouvaient-ils se considérer comme quittes et en rester là ?

Peut-être devrait-il envoyé quelqu'un vérifier si Rey était encore dans le dortoir des servantes ? Comment être sûr qu'elle n'avait pas profité de la nuit pour filer en douce ?

Kylo sentit un poids immense quitter ses épaules en voyant son écuyère apparaitre dans la cour, émergeant d'une des entrées de services. Elle était vêtue de sa vieille tunique élimée – il faudrait vraiment qu'il lui en fasse faire une autre –, portant son baluchon sur son épaule gauche et tenant son bâton de marche à bout de bras, et toujours sa renarde apprivoisée sur les talons. Rey se dirigeait machinalement vers le rang de la valetaille, lorsqu'un chevalier l'arrêta et lui indiqua la tête de la colonne.

Kylo Ren était monté en scelle, tout comme Lady Yama. Rey les rejoignit, la tête basse. Imaze se matérialisa non loin d'eux et présenta à la jeune écuyère la petite jument qu'elle avait déjà eue l'occasion de monter lors d'une partie de chasse. Le grand Wookie l'aida à se hisser sur sa monture et lui tendit Bibi que Rey installa en travers de ses genoux.

Elle n'accorda pas un regard à Kylo Ren et ne prononça pas un mot pour s'excuser ou justifier son retard. Mais Ren s'estima satisfait pour cette fois et ne lui fit aucune remontrance. Après un dernier regard de connivence lancé à Imaze, toute la colonne se mit en branle et quitta Korriban.


Le voyage jusqu'à l'enclave des Yama fut long et guère divertissant. Cela faisait plusieurs semaines que Kylo ne s'était pas tenu en scelle plus de deux heures d'affilées et son derrière le lui faisait bien sentir. Il allait vraiment finir par s'empâter à force de tourner en rond dans le château.

Lady Yama, quant à elle, paraissait aussi à l'aise sur une monture qu'au milieu d'une foule de courtisans. Lord Frak n'avait pas menti : c'était une excellente cavalière. Elle s'offrit même le luxe de défier Kylo Ren à la course. D'abord peu enclin à entrer dans son jeu, le Roi se laissa peu à peu grisé par les grands espaces qui s'offraient à lui et par la perspective de briser la monotonie du voyage. Ensemble, ils galopèrent à travers plaine et sous-bois. Causant par moment quelques sueurs froides aux gardes de leur escorte, lorsque ces derniers les perdaient de vue.

Pour quelles heures profitables, Kylo oublia le poids sur ses épaules, ses craintes et ses responsabilités. Il se surprit même à se remémorer certaines scènes de sa jeunesse, lorsque Luke l'autorisait à l'accompagner lors de ses visites hors du Temple. En ce temps-là, Ben arrivait encore à se réjouir de choses aussi simples que de sentir le vent dans ses cheveux ou de ne plus être enfermé entre quatre murs…

Il finit par rattraper Lady Yama à l'orée d'un sentier. La jeune femme l'attendait, goguenarde, le sourire triomphant.

- J'aurais cru qu'un puissant guerrier tel que vous serait plus facile à battre.

- Il semblerait que je me sois enrouillé. Ou bien est-ce l'âge qui me rattrape ?

Kylo se redressa sur sa scelle, retenant à temps un grognement en sentant ses vertèbres craquer. Sa compagne avait discrètement rapproché sa monture et se trouvait désormais à portée de bras. Le Roi Sith ne se rendit compte de sa proximité qu'au moment où elle posa sa main fine et délicate sur le haut de sa cuisse.

- Lorsque nous serons chez mon père, je vous ferais apporter un onguent de ma composition. Il fait des miracles…

Il releva vers elle un regard sans expression. Soudain, ses sourcils se froncèrent. Lady Yama crut qu'il allait répliquer, mais il fixait en vérité quelque chose derrière elle. Il la dépassa sans lui accorder un regard, pour se rapprocher d'un vieux chêne sans feuilles, aux branches noueuses. A la plus grosses d'entre elles, se balançaient trois cadavres au stade de décomposition avancé. Les corbeaux qui voletaient autour d'eux, picorant les chairs putrides, s'envolèrent à leur approche, laissant voir les panneaux de bois qui pendaient à leurs cous : « Rebelles ».

- Mon seigneur ! Enfin, vous voilà !

Phasma arriva vers eux à vive allure. Elle avait dû partir au-devant en ne les voyant plus : voulant s'assurer que son maitre n'était pas tombé dans un trou ou un guet-apens. Elle jeta un regard circonspect sur les trois pendus, mais ne fit aucun commentaire. Le reste de la première garde ne tarda pas à les rejoindre. Du coin de l'œil, Kylo vit Rey chevaucher près de Finn. En apercevant l'arbre et ses sinistres fruits, elle ne put en détacher ses yeux. Son visage devint pâle tout d'un coup et elle ravala difficilement sa salive.

- Lady Yama, lança Kylo Ren, pouvez-vous expliquer ?

La noble Dame ne s'attendant pas à un regard aussi inquisiteur. Il lui fallut au moins trois secondes pour reprendre contenance.

- La scène est assez parlante d'elle-même, répondit-elle avec aplomb.

- Est-ce là l'œuvre de votre père ?

- Certainement. Mais vous pouvez constater qu'il avait une raison…

- Là n'est pas la question ! Seul le Roi à droit de vie et de mort sur les membres du clan. Quels que soient les crimes de ces hommes, votre père n'avait pas à se substituer à mon autorité en les exécutant.

La jeune femme rougit. Elle n'avait pas l'habitude d'être prise en défaut, surtout en présence d'autant de monde.

- Quels qu'ont pu être ses motifs, il vous les exposera de vive voix, trancha-t-elle. Pour ma part, je n'y ai joué aucun rôle.

Elle donna un coup de talon et son cheval repartit au galop. Cette fois, Ren ne la suivit pas. Le Roi préféra demeurer en tête de la colonne, entouré de ses hommes. Rey, son écuyère, avait repris sa place à ses côtés. Elle ne décrocha pas un mot, de tout le reste du voyage. Son teint resta livide et ses yeux perdus dans le vague. Kylo se demanda si elle avait déjà vu un pendu auparavant.


Ils arrivèrent enfin en vue du château des Yama, en fin de journée. Le pont-levis fut abaissé et une haie d'honneur les attendait dans la cour. Lord Yama se tenait au pied de l'escalier d'honneur, flanqué de son épouse et de leur cinq enfants. L'ainé était âgé d'une quinzaine d'années. Kylo le reconnut comme l'un des jeunes nobles qu'il avait publiquement gracié lors de son entrée dans Korriban. Le plus jeune était encore porté par sa nourrice. Les trois du milieu se partageaient les âges de treize, neuf et cinq ans. Tous étaient semblables à leur père et à leur mère, au point qu'on aurait dit des modèles réduits : cheveux sombres, peaux blanches, visage taillé à la serpe…

Kylo considéra distraitement Lord Yama. En dehors des yeux, sa fille ne tenait pas grand-chose de lui. Il était trapu, la mâchoire carrée, des pommettes saillantes et les traits extrêmement lisses. Ses cheveux bruns étaient plaqués sur son crâne et ses tempes, retenu dans un catogan étroitement serré. Quant à son épouse, Kylo reconnut immédiatement en elle la sœur de Lord Frak : même nez fin en bec d'aigle, mêmes yeux bleu clair, même bouche fine…

Au milieu d'eux, Lady Yama paraissait vraiment exotique, au point qu'on aurait pu douter qu'elle soit des leurs. Avant de saluer sa fille, Lord Yama alla droit vers Kylo Ren et se prosterna devant lui.

- Sire ! c'est un immense honneur pour moi et les miens que de vous accueillir en notre modeste domaine.

Kylo ne répondit pas immédiatement à son salut. Il descendit de sa monture, imité par ses chevaliers. Ces derniers vinrent aussitôt l'entourer, formant un arc de cercle autour de sa personne, comme un rempart humain. Lady Yama resta ostensiblement en retrait.

- Lord Yama, vous êtes au courant que je ne viens pas ici en visite d'agrément.

- Oui, Sire. Et mes intendants et métayers sont à votre disposition si vous avez le moindre questionnement. Nous venons d'engranger la dernière récolte et tous nos comptes sont à jour.

- Je souhaiterai aussi procéder à un recensement de vos gens. Tous. Du premier de vos vassaux, jusqu'au dernier esclave.

- Si cela vous parait nécessaire…

- Et j'aimerai jeter un œil au compte-rendu des derniers procès.

- Les procès, Sire ?

- J'ai eu un aperçu de votre justice en arrivant. Je suis curieux de voir comment vous faites appliquer la loi du clan au sein de votre enclave.

Pour la première fois depuis qu'ils étaient arrivés, Lord Yama jeta un regard circonspect à sa fille. Cette dernière hocha imperceptiblement la tête, laissant entendre qu'elle lui donnerait plus d'explications en privé.

Pour le moment, Lord Yama se contenta d'une nouvelle révérence. Kylo le dépassa, toujours flanqué de ses chevaliers et s'avança vers son épouse. Cette dernière se fendit d'une révérence gracieuse, quoiqu'un peu raide, et lui offrit un rictus tordu qui devait lui tenir lieu de sourire.

- J'ai fait apprêter vos appartements le plus confortablement du monde. Mes serviteurs ont pour ordre de répondre à toutes vos demandes.

- Merci à vous, Ma Dame. Pour l'heure, je me contenterai d'un bain chaud. Le voyage a été particulièrement long.

- Je m'en doutais. Je fais donner l'ordre immédiatement.

Elle s'inclina une dernière fois avant de tourner les talons et de s'engouffrer dans le château, après avoir donné l'ordre à l'une de ses suivantes de conduire le Roi à ses appartements. La jeune femme s'avança timidement vers Kylo Ren et le pria timidement de la suivre. Avant de s'exécuter, ce dernier jeta un coup d'œil discret en arrière. Rey venait de se placer dans le sillage du groupe formé par Kylo et ses chevaliers. Satisfait, il accepta de se laisser guider à l'intérieur du château.


La servante leur ouvrit les portes d'une grande chambre luxueuse, munie d'une grande cheminée avec un balcon donnant sur un jardin en contrebas. Lorsqu'ils entrèrent, deux serviteurs étaient déjà occupés à faire couler de l'eau bouillante dans une grande cuve en cuivre.

- Le repas sera servi dans une heure, annonça la camériste. Mes seigneurs seront honorés de vous avoir à leur table. Bien sûr, si vous souhaitez diner seul, nous pouvons vous faire monter un plateau.

- Non, ce ne sera pas nécessaire. Montrez leurs quartiers à mes chevaliers et venez me quérir lorsqu'il sera temps de rejoindre ses seigneuries. Pour l'instant, je n'ai besoin de rien d'autre.

Tous s'inclinèrent et quittèrent la pièce. Sauf Rey, qui demeura sur le pas de la porte, indécise. Devait-elle rester dans la chambre au cas où Kylo aurait besoin d'elle ou devait-elle suivre les autres et le laisser tranquille ?

- Aide-moi à enlever mon armure, lança Kylo.

Soulagée d'avoir un ordre clair, la jeune écuyère s'exécuta.

En vérité, ce n'était pas l'équipement le plus lourd, ni le plus couvrant que Ren avait en sa possession. Mais pour quitter Korriban et voyager sur les routes, il voulait avoir au moins une protection, aussi sommaire fut-elle. Elle se composait d'un plastron, d'épaulières, de brassards et de gantelets, ainsi que d'une cote de mailles.

Porté toute la journée, cet équipement finissait par peser. Surtout sur les épaules et le dos. Rey s'appliqua à défaire les attaches une à une, avec mille précautions, et à disposer les différents éléments dans un ordre précis pour qu'ils ne s'abîment pas. Le plus dur à enlever fut la cotte de mailles. Kylo dut se baisser et tendre les bras en avant pour que Rey puisse la passer par-dessus sa tête. La chose était très lourde et difficile à manipuler. Elle s'en débarrassa rapidement en la posant à plat sur la table qui se trouvait dans un coin de la chambre, où elle avait déjà entassé tout le matériel. Lorsqu'elle se retourna, Kylo était en train de retirer sa chemise.

- Qu'est-ce que vous faites !?

- Je ne vais pas me baigner tout habillé.

- Mais…

Les joues de Rey virèrent au rouge. Elle ne s'était pas attendue à se retrouver seule dans une chambre avec un Ben Solo complètement nu. Elle était déstabilisée et demeura plantée, tétanisée, au milieu de la pièce, ne sachant plus que faire.

- Je peux me débrouiller seul, répliqua Kylo, feignant de ne pas remarquer sa gêne.

Il passa derrière le paravent, où la cuve avait été installée, pour retirer son pantalon. Au grand soulagement de Rey.

- Profites-en pour ranger mes affaires, lança-t-il de derrière le paravent. Et sors ma tenue de cérémonie.

Des serviteurs avaient apporté deux grandes malles pendant que Rey aidait Kylo à retirer son armure. Elle les ouvrit chacune et disposa les vêtements qu'elles contenaient sur le grand lit. En s'affairant, elle entendit distraitement le bruit de l'eau lorsque Ben s'installa dans son bain. Elle s'efforça de chasser les images on-ne-peut-plus inconvenantes qui lui vinrent à l'esprit. Elle se concentra sur les étoffes, essayant de déterminer quelle tenue serait plus appropriée pour le repas du soir. Le problème était qu'elles se ressemblaient toutes : noires, le col droit, manches longues, en laine, en cuir ou en lin… Comment était-elle supposée deviner laquelle était destinée au repas mondain ?

Elle remarqua un petit écusson brodé sur le devant d'une longue tunique, à l'emplacement du cœur. C'était une petite lune rouge : l'emblème des chevaliers de Ren. En tâtant le tissu, elle le trouva plus doux et plus souple que les autres. Elle décida donc d'arrêter son choix sur celui-là et replia soigneusement les autres, pour les remettre à leur place.

Quand on frappa à la porte, Rey entendit Ben se redresser brusquement dans son bain. Elle l'imagina sans peine chercher des yeux son épée et rager intérieurement de ne pas l'avoir laissée près de lui. Etre ainsi pris au dépourvu alors qu'il était nu et sans arme, c'était pour lui une offense incommensurable. Une demi-heure ne s'était pas écouler : ça ne pouvait pas être la camériste qui venait le chercher.

Rey prit sur elle d'ouvrir la porte. Il y avait deux gardes postés devant celle-ci et au milieu, se tenait Lady Yama, encore toute fraîche de ses ablutions, ses longs cheveux peignés et rassemblés en une longue tresse torsadée, parsemée de fils d'or. Elle portait, comme toujours, une élégante robe de soie noire moirée aux manches chauve-souris, brodée de boutons d'or. Le charmant sourire de Lady Yama s'affaissa quelque peu lorsqu'elle fit face à la mine renfrognée de Rey, plantée derrière la porte.

- C'est pourquoi ?

- Qui est-ce !?

Demandèrent simultanément Rey et Kylo Ren. Ce dernier ayant crié depuis le fond de la chambre.

Lady Yama leva un sourcil circonspect. Quant à Rey, elle demeura postée sur le pas de la porte, peu encline à lui céder le passage. Les deux femmes se mesurèrent du regard : la noble dame dans ses beaux atours et l'écuyère dans ses vieux vêtements élimés. Après réflexions, Lady Yama estima la menace médiocre et se fendit d'un sourire ironique. Ce qui porta à son comble l'agacement de Rey.

- Je viens apporter un présent à sa Majesté.

- Sa Majesté n'est pas visible.

Lady Yama haussa un peu plus haut son sourcil, surprise par la brusquerie de la réponse. Décidément, cette servante n'avait que peu de manières.

- Je pense qu'il sera heureux de me voir. C'est l'onguent dont je lui ai vanté les mérites lors de notre chevauchée.

Elle montra un pot en grès dont émanait une forte odeur poivrée.

- Qui est-ce ?! relança Kylo Ren du fond de la chambre.

Rey entendit un bruit de clapotement dans son dos et en déduisit qu'il avait dû sortir du bain. Lorsque Lady Yama tendit le cou pour voir derrière elle, Rey eut le réflexe de resserrer le battant de la porte, n'aimant pas l'idée qu'elle surprenne Ben Solo dans son intimité.

- Lady Yama, mon Seigneur !

Un bruit de tissu froissé : il avait surement dû attraper de quoi se couvrir.

- Pas maintenant !

Au ton de sa voix, Lady Yama frémit.

- Elle vous apporte un onguent, messire !

- Pas. Maintenant !

Rey haussa les épaules, retenant avec peine son sourire satisfait.

- Sa Majesté n'est pas en état de vous recevoir. Mais laissez-moi votre présent. Je lui remettrai en main propre.

La noble dame comprit qu'il serait imprudent d'insister. Elle jeta à Rey le regard qu'elle réservait en général aux serviteurs maladroits qui ne s'écartaient pas à temps sur son passage. L'écuyère l'avait déjà vu les gratifier d'un coup de pieds vicieux. Mais c'eut été malvenu de s'en prendre à Rey maintenant.

- Cela ira, déclara-t-elle. Je passerai à un autre moment.

Elle tourna les talons et s'éloigna dans le couloir. Rey la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse à un angle. En relevant les yeux vers les deux gardes qui encadraient la porte, la jeune écuyère reconnut Finn. Elle sentit malgré elle le rouge lui monter aux joues à l'idée que son ami ait assisté à tout l'échange. Surtout quand elle se rendit compte que Finn souriait, visiblement amusé. Rey s'efforça de lui rendre son sourire en y ajoutant un clin d'œil complice.

- Rey !

Kylo Ren venait de l'appeler. La jeune écuyère se résolut à rentrer, laissant les deux gardes sur le palier. Lorsqu'elle fut de nouveau dans la chambre, Ben avait remis son pantalon – à son grand soulagement – mais il était encore torse nu.

- Donne-moi ma chemise.

Rey en prit une propre, qu'elle avait sortie d'une des malles. Lorsqu'elle s'approcha pour la lui donner, elle s'aperçut que le torse et les bras de Ben étaient constellés de cicatrices. Des marques de coupures, de brûlures, clairsemés sur une peau lisse, pâle et dure comme du marbre. Il était plus musclé que ce qu'elle avait supposé.

Ben lui prit la chemise des mains et l'enfila sans cérémonie. Rey alla ensuite vers le lit pour prendre la tunique.

- Non. La cotte de mailles, d'abord.

Rey tourna vers lui un regard étonné.

- Quoi ? Après tout le mal que j'ai eu à vous l'enlever !

- Je ne sors jamais sans.

- Ne me dites pas que vous allez diner avec une cotte de mailles sous vos vêtements !

- On n'est jamais trop prudent. Un coup de poignard est si vite arrivé.

Il souleva le bord de sa chemise et montra à Rey une cicatrice qui barrait son flanc gauche.

- Celui-là, c'est un prétendu colporteur qui me l'a administré, alors que j'étais dans mon campement au milieu de mes hommes : cadeau du chef des mercenaires du camp adverse.

Rey soupira et se résolut à aller prendre la cotte de mailles.

- Il va falloir m'aider. Ce truc pèse le poids d'un âne mort.

Kylo s'agenouilla devant elle et leva les bras au ciel. Même ainsi, l'opération ne fut pas simple pour Rey.

- Il va falloir te muscler davantage, si tu veux un jour faire le poids contre des combattants aguerris ou sur un champ de bataille.

- Je n'ai jamais dit que je voulais devenir une combattante ou une mercenaire. Et surement pas une de vos chevalières.

Elle alla enfin chercher la tunique laissée sur le lit et aida Kylo à l'enfiler.

- Si tu étais libre de faire ce que tu voulais, lui demanda-t-il tandis qu'elle lui passait sa ceinture, où irais-tu ? Quels seraient tes projets ?

- Je n'y ai jamais réfléchi, répondit-elle sincèrement. Je crois que je retournerai au Temple Jedi. Je m'efforcerai de le restaurer. J'essaierai de retrouver les autres padawans. Je leur proposerai de fonder un nouvel Ordre.

- Quel intérêt ? N'as-tu donc rien écouté de ce que je t'ai dit la dernière fois ?

Pourquoi continuait-elle obstinément de s'accrocher au passé ? Ne pouvait-elle voir plus loin ? Que d'autres opportunités s'offraient à elle…

- J'ai écouté. Je ne suis plus la gamine des rues de Jakku. Mais je ne suis pas non plus l'une de vos disciples. Si je dois suivre ma propre voie, je ne veux pas oublier pour autant ce que je dois à l'Ordre Jedi.

Kylo prit Rey par les épaules.

- N'y a-t-il donc qu'envers eux que tu ressentes de la compassion ?

Ils se mesurèrent du regard. Rey craignit un instant que Ben tente à nouveau de forcer son esprit. Mais celui-ci se borna à demeurer à l'entrée. Laissant glisser ses émotions contre la paroi de sa barrière mentale. Rey ressentit à nouveau cette avidité, ce besoin dévorant. Il voulait quelque chose d'elle. Mais quoi ?

Avant que l'écuyère n'ait pu répondre, on frappa à la porte. C'était la camériste qui revenait conduire le Roi à la table de ses hôtes. Les mains de Ben quittèrent ses épaules et Rey ressentit un vide étrange.

- Mets de l'ordre, lui lança-t-il avant de partir. Et demande à ce qu'on t'installe un lit de camp pour la nuit.


Kylo quitta ses appartements, escorté par deux gardes de sa suite et par la camériste qui les guidait à travers les couloirs du château. Il aurait préféré que ce soit ses chevaliers qui l'accompagnent, mais cela aurait paru faire montre de trop de défiance vis-à-vis de ses hôtes.

La suivante les conduisit jusqu'à une vaste salle à manger – de dimensions certes plus modestes que celle du palais de Korriban, mais tout de même assez respectables. Tous les membres de la famille étaient réunis autour d'une grande table rectangulaire, debout chacun devant leur place respective, attendant sagement que le Roi se joigne à eux.

Kylo avait été placé en bout de table, à la place d'honneur. Lord Yama et son épouse étaient installés sur sa gauche, tandis que la jeune Lady Yama se tenait sur sa droite. Tous attendirent que Ren se soit assis à sa place avant de faire de même. Lady Henice frappa dans ses mains et les serviteurs s'activèrent pour servir le repas.

- Vos appartements sont-ils à votre convenance ? demanda l'hôtesse au Roi.

- Je n'ai rien à leur reprocher, répondit laconiquement Kylo Ren.

- S'il vous manque quoi que ce soit, faites le moi savoir.

- Il faudrait un lit de camp pour mon écuyère.

- Votre écuyère ?

- Serait-ce cette sauvageonne qui montait la garde derrière votre porte ? demanda Lady Yama. Un vrai cerbère ! Je n'ai pas pu mettre un pied dans votre chambre.

La remarque avait été faite sur un ton jovial et amusé, mais Kylo percevait sans mal l'invective en-dessous.

- Rey est encore peu rodée aux manières des courtisans. Je m'efforce de rattraper son éducation.

- Je serai curieuse de savoir où vous êtes allé pêcher un tel spécimen…

- C'est une longue histoire sans intérêt.

- Les longues histoires sont rarement sans intérêt…

- Celle-ci n'en a pas pour vous du moins.

- Par quoi désirez-vous commencer votre inspection demain, Votre Altesse ?

Lord Yama Usaï, sentant monter la mauvaise humeur de Kylo Ren, préférait changer de sujet.

- Par le recensement, répondit Ren du tac-au-tac. Je veux savoir de combien d'individus valides je dispose, s'il devient nécessaire de soulever une armée.

- Pensez-vous qu'il y ait un réel danger ?

- Je préfère parer à toutes les éventualités. Après tout, le général Hux est officiellement toujours dans la nature.

- Il représente une menace selon vous ?

Kylo était sur ses gardes. Depuis un mois qu'il avait officiellement pris le pouvoir, Hux demeurait la tâche qu'il ne parvenait pas à effacer. En dépit de la prime qu'il avait mise sur sa tête, mort ou vif, nul n'avait été capable de le renseigner sur ce qu'était devenu son ancien rival. S'il était mort, Kylo aurait voulu en avoir la confirmation, afin de pouvoir enfin dormir sur ses deux oreilles. Et s'il était vivant, alors il lui fallait s'attendre au pire. Hux était un homme revêche, imbu de lui-même et sans le moindre charisme. Mais s'il fallait lui reconnaître certaines qualités, c'était un bon tacticien militaire avec de la détermination – voir de l'entêtement – et une absence totale de scrupule. Comme en témoignaient les vestiges du Temple Jedi.

Et puis Hux le haïssait. En soi, ça n'avait rien d'exceptionnel. Depuis huit ans qu'il exerçait ses talents en tant que mercenaire, Kylo avait eu l'occasion de s'en faire, des ennemis ! Mais Hux, lui, le détestait viscéralement. Il ne lui avait jamais pardonné l'humiliation qu'il avait subie lors du tournoi, lorsque Ren s'était présenté pour la première fois devant Snoke. Et durant tout le temps où ils avaient cohabités à la Cour, le général Hux n'avait jamais manqué une occasion de lui faire du tort. Au fond, Hux méprisait tout ce que Kylo Ren représentait : la Force – un ramassis de superstitions passéistes et rétrogrades –, la Dynastie des Skywalkers – une hérésie aux yeux de Hux, pour qui seules l'ingéniosité et la puissance militaire justifiaient la légitimité – et le charisme. Kylo Ren ne cherchait pas à se faire aimer de ses hommes mais il n'avait aucun mal à se faire obéir. Il dégageait une aura ténébreuse si particulière qui faisait qu'on lui obéissait ou qu'on le craignait instinctivement. Un talent naturel que Hux lui avait toujours jalousé.

-Je ne peux oublier qu'il s'est ouvertement déclaré contre moi, lors de mon conflit avec Snoke.

- Vous avez cependant fait preuve d'indulgence envers d'autres qui avaient commis la même faute.

Lady Yama jeta un regard à son jeune frère Pyrcel – qui affichait une mine pâle depuis le début du repas. Celui-là même que Kylo avait fait s'agenouiller devant lui avec d'autres.

- Toute indulgence excessive entraine un excès de confiance chez les ingrats, répliqua froidement Kylo en faisant peser ses pupilles sombres sur le jeune Pyrcel. Hux a trop usé ma patience. De plus, il a détruit le Temple Jedi. Un blasphème qui ne saurait rester impuni.

- En effet, Hux n'a jamais affiché que du mépris pour les croyances de notre clan, commenta Lady Henice d'un ton fielleux. La Force a depuis longtemps abandonné cette famille. Les Hux sont une branche morte qui affaiblissait le clan. Leur manque de foi nous a longtemps fait du tort.

- En parlant d'indulgence, poursuivit Kylo, j'aimerai, Lord Yama, que nous reparlions des pendus que j'ai croisé en venant.

- Oui, ma fille m'a expliqué ce qui s'était passé. Et je crois pouvoir lever le malentendu. Il ne s'agissait pas de membres du clan mais de renégats : des Ilotes qui sont entrés en rébellion contre les lois du clan.

- Quand bien même, dois-je vous rappeler que les Ilotes sont la propriété de la couronne ? Seul le Roi a droit de vie et de mort sur eux. En les pendant sans en demander l'autorisation, ni m'en informer, vous vous substituez à mon autorité.

Un silence tendu suivi ces paroles. Kylo remarqua du coin de l'œil les phalanges de Lord Yama se resserraient jusqu'à devenir blanches.

- Loin de moi cette pensée, Votre Altesse. Mon seul souci était de vous épargnez des tracas inutiles. Ces renégats sont un trouble à l'ordre public depuis plusieurs années. Snoke voulait que leur cas soit traité de manière expéditive.

- Snoke ne dirige plus ce clan, dois-je vous le rappeler ?

Un nouveau silence gêné suivit cette remarque. Pyrcel s'était davantage tassé sur son siège, tandis que son père était devenu raide comme une planche, de grosses plaques rouges faisant leur apparition sur la bordure de son col. Seules Lady Yama et sa belle-mère demeurèrent impassibles.

Le regard fixe, Kylo tendit sa coupe qu'un serviteur zélé s'empressa de remplir à ras-bord. Il en but lentement une longue gorgée, savourant l'attention de ses hôtes focalisée sur lui, suspendus à ses lèvres comme des pendus à leurs branches.

- Parlez-moi plus en détails de ses renégats.

Lord Yama parut se détendre quelque peu.

- Cela fait près de six ans que les révoltes ont commencé. Au départ, ce n'était que des évènements isolés, comme il y en a souvent eu avec les Ilotes. Mais très vite, les crises se sont de plus en plus rapprochées. Des fiefs entiers ont été mis à sac et des familles nobles obligées de se cloitrer dans leur château pour échapper au massacre.

Kylo Ren hocha la tête et fit signe à son interlocuteur de poursuivre.

- Il s'est avéré que nous avions à faire à un véritable réseau de hors-la-loi. Leur tactique est toujours la même : un ou plusieurs individus de leurs bandes infiltrent une enclave, pendant des jours ils empoisonnent l'esprit de nos serfs avec des discours séditieux et les incitent à la révolte. Avant que les suzerains n'aient le temps de comprendre ce qu'il se passe, ils se retrouvent avec des granges incendiées, des greniers pillés et des paysans prêts à égorger leurs propriétaires. Plus d'une fois, Snoke a été obligé de faire intervenir sa garde personnelle. Armitage Hux lui-même a dû régler leur compte à bon nombre de ses crapules.

- Ses méthodes étaient très efficaces, commenta Lady Yama, même si beaucoup de seigneurs Sith s'en sont plaints…

- Quelles étaient ses méthodes ?

- En somme, expliqua Lady Henice, dès qu'il y avait une suspicion de présence de renégats dans un village, Hux faisait mettre le lieu en quarantaine. Il incendiait ensuite les maisons et passaient ses habitants au fil de l'épée. Vous imaginez les pertes pour les propriétaires ! Pour quelques vaches malades, être obligé d'abattre tout le troupeau et de brûler l'étable…

Un bruit métallique résonna dans la salle. Les hôtes se retournèrent distraitement pour voir l'un des gardes qui accompagnaient Kylo Ren ramasser la lance qu'il avait laissé tomber par terre. En lorgnant sous son casque, Ren reconnut le compagnon d'armes de Rey.

- Pour éviter ce genre de déconvenue, beaucoup de seigneurs Sith se sont mis à traquer eux-mêmes les renégats sur leurs terres. Et à les éliminer.

- Snoke ne trouvait rien à y redire, renchérit Lord Yama, tant que l'on évitait des déplacements de troupes inutiles. D'où les trois condamnés que vous avez croisés sur votre route.

- C'étaient des renégats ?

- Des sympathisants. Des témoins les ont vus donner des victuailles à des vagabonds et des insignes des renégats ont été retrouvés à leur domicile.

- Les avez-vous interrogés avant de les faire passer de vie à trépas ? demanda Ren.

- Dans quel but ?

- Obtenir des renseignements sur leur réseau. Connaître le nom de leur chef. Avoir les emplacements de deux ou trois planques…

- Pour ce qui est du nom de leur chef nous l'avons déjà : il s'agit de Poe Dameron, un ancien commandant de l'armée de Lord Penza, tombé en disgrâce.

- Il faisait partie de ces Ilotes montés en grade grâce à leur talent militaire, précisa Lady Yama. Et comme beaucoup, le succès a fini par lui monter à la tête. Il s'est imaginé qu'il pouvait se substituer à son suzerain et commander ses troupes à sa place. Snoke l'a sévèrement puni pour son insubordination et l'a rétrogradé. Dameron a alors pris la tangente et est entré dans la clandestinité pour fonder « L'Armée Rebelle ».

- Guère plus qu'une bande de va-nu-pieds, affirma Lord Yama. L'ennui est que leur rang n'a fait que grossir au fil des ans et comme ils agissent dans l'ombre, il est très difficile de les arrêter. Et lorsqu'on en capture un, impossible de les faire parler. Ils sont d'une loyauté sans faille et préfère mourir plutôt que de dénoncer leurs compagnons.

- Peut-être vos procédés d'interrogatoires ne sont-ils pas assez radicaux ? commenta Kylo d'une voix neutre.

- Je vous assure que nous avons des méthodes de tortures des plus efficaces, répondit Lord Yama comme si la remise en cause de ses pratiques étaient une offense personnelle. Mon bourreau est le plus réputé de la Contrée.

- Je ne parlais pas de méthodes de ce genre, répliqua Kylo. On peut arracher ses secrets à un individu sans qu'il soit nécessaire de porter la main sur lui…

Le Roi observa avec attention ses hôtes. Ces derniers attendaient plus d'explications.

- Je vous en ferai peut-être la démonstration à l'occasion…

Il attarda son regard sur le jeune Pyrcel qui – si c'était possible – devint encore plus pâle. Kylo se retint de sourire : c'était tellement facile !


La suite du repas ce déroula dans un calme lugubre, parfois ponctué des commentaires sans intérêts de Lady Yama ou de sa belle-mère. Lord Yama s'était retranché dans le silence, tout comme son ainé. Il n'était vraiment pas ravi de voir Kylo Ren mettre son nez dans ses affaires, mais il devait s'efforcer de faire bonne figure, ce qui lui réclamait toute son énergie car il n'était vraiment pas d'un naturel affable. Kylo pouvait sentir sa mauvaise humeur s'échapper par tous ses pores et ramper autour de lui.

C'était amusant au début de faire mariner ce nobliau pétri de morgue et d'autorité. De jouer les maître à sa Table, sous son Toit et devant les Siens. Mais Kylo était las de ce jeu. La compagnie de ses hôtes l'ennuyait à présent et il aurait volontiers retrouvé le calme et l'intimité de ses appartements.

Après que le dernier plat eut été servi, le Roi salua distraitement ses hôtes avant de se retirer, escorté par ses gardes. Lady Yama se leva à sa suite et insista pour l'accompagner. Kylo était trop las pour l'envoyer promener et accepta de lui donner le bras.

- Je pourrai vous servir de guide demain, lors de votre tournée d'inspection. Je connais ces terres mieux que mon propre père. Je pourrai vous montrer des recoins insoupçonnés.

- Je préfèrerai ceux qu'il n'a pas envie que je vois.

Lady Yama fit entendre son rire cristallin.

- Vous êtes décidément difficile à amadouer. Aussi entêté que soit mon père, il n'est pas assez stupide pour vous défier. Votre victoire sur Snoke l'a grandement impressionné. Et il vous doit la vie de son ainé, cela non plus il ne l'oublie pas.

Elle avait pris un ton plus grave pour évoquer Pyrcel.

- N'auriez-vous pas préféré qu'il y ait un héritier en moins dans votre arbre généalogique ?

Il avait dit cela par pure méchanceté. Lady Yama se figea au milieu du couloir et lui jeta un regard peiné – profondément blessé.

- Pyrcel n'est qu'un enfant. Même si mon père l'oblige à jouer les hommes. Je ne me consolerai pas de sa perte. Personne ne devrait mourir aussi jeune.

Kylo fut frappé de la voir aussi sincère, peut-être pour la première fois depuis qu'il la connaissait. Serait-elle capable d'éprouver un attachement véritable finalement ?

- La journée a été longue, déclara-t-il. Je vous verrai demain au déjeuner.

C'était la seule forme d'excuse dont il était capable.

- Bonne nuit, Sire.

Lady Yama lui fit une gracieuse révérence et le laissa devant sa chambre. Deux autres gardes se trouvaient à la porte : deux de ses chevaliers. Ils assureraient sa sécurité pour la nuit.

Ren pénétra seul dans ses appartements où rien n'avait bougé. Ou presque. Un lit de camp était installé dans le coin de la chambre. Recroquevillée dessus, Rey s'y était allongée toute habillée. Sa renarde apprivoisée enroulée autour de son giron.

Le bruit de la porte s'ouvrant sur Kylo tira les deux dormeuses de leur sommeil. Ren eut un pincement au cœur en voyant Rey se frotter les yeux en se levant de sa couche, les gestes encore tout empotés par sa sieste interrompue. Après avoir jeté un bref regard autour d'elle, Bibi s'était simplement roulée en boule et rendormie.

- Navré, je t'ai réveillée.

- Ce n'est rien, répondit Rey, un bâillement dans la voix. Je me reposais juste un peu les yeux.

Elle s'approcha machinalement de lui pour l'aider à ôter sa tunique et surtout la pesante cotte de mailles.

- Tu as pu manger quelque chose ?

- Mmm… Ils servaient de la soupe aux cuisines. Pas aussi bonne que celle de Maz. Mais j'avais pas très faim de toute façon…

Kylo se fit la réflexion qu'il aurait pu lui rapporter les restes de son repas. Mais cela aurait paru bizarre qu'il emporte son assiette dans sa chambre. Il n'était pas certain que ce soit très protocolaire.

Il se massa distraitement l'épaule : décidément cette douleur ne partait pas, et le fait de porter sa cote toute la soirée n'avait rien arrangé. Il sursauta en sentant les petites mains de Rey se substituer à la sienne. L'écuyère lui malaxa consciencieusement les muscles trapèzes.

- Dommage que Lady Yama n'ait pas laissé son baume. Ca nous aurait été d'un grand secours.

- Je serais toi, j'éviterais d'accepter tous les présents qu'on peut nous apporter. Certains cadeaux sont empoisonnés.

Il sentit Rey soupirer d'agacement contre son oreille.

- D'accord, tout le monde veut vous assassiner et il y a un piège tendu derrière chaque rideau. Ca, j'ai bien compris. Mais je ne vois pas l'intérêt pour elle de vous empoisonner avant de vous avoir épousé. Au pire, cet onguent pourrait être un filtre d'amour…

Ben laissa échapper un bruit de gorge qui devait être sa manière de rire. Rey sentait sa peau mollir et se réchauffer sous ses doigts. Une vibration étrange lui parcourut les phalanges et la paume. Inconsciemment, elle faisait l'inventaire des marques sur le torse de Ben et se demandait comment il se les était faites. Quelle histoire se cachait derrière chacune d'entre elles ? Elle fut interrompue dans ses pensées lorsque Ben repoussa calmement ses mains.

- Ca ira pour ce soir. Tu devrais retourner te coucher. Une longue journée nous attend demain.

Rey s'exécuta et rejoignit Bibi sur son lit de camp. Elle mit plus de temps à trouver le sommeil. Dans l'obscurité de la chambre, elle entendait le froissement des draps du lit de Kylo Ren. Et sans qu'elle sache très bien pourquoi, son cœur se mettait à battre plus fort.


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