Nouveau chapitre trèèèèès long et encore plein de scène d'expositions.

Bon, j'espère que vous serez pas trop déçus ;)

Et merci à Shima-chan pour son aide et ses corrections

x-Beautiful Blass-x: Et bien je chapitre m'aura pris du temps mais j'espère que sa longueur compensera l'attente. Merci encore ton soutien.

Ombellifere : Et bien, ça y ait il y a confrontation, mais à mon avis ce n'est pas celle à laquelle tu t'attendais. Est-ce que je t'ai déjà parlé de mon petit problème de sadisme ? ^^'

Quant à mon processus d'écriture, honnêtement c'est un peu fouillis. Généralement je commence avec une idée vague. Parfois c'est juste une scène que j'ai en tête et qui se développe progressivement. J'ai plus ou moins le fil conducteur et des scènes construites qu'il faut lier entre elles. Le reste vient au fil de l'écriture.

Vronik : J'espère que la suite sera à la hauteur de tes espérances :s

Cara : J'adore toujours autant tes commentaires. Il me booste vraiment. Par contre, tu vas te rendre compte dans ce chapitre que Rey et Kylo sont en fait deux parfaits idiots que l'amour rend complètement aveugles. Je suis pas certaine que tu apprécies leur confrontation… :-/

NoChaDaiSAlamander: Y a pas de vrai moment où Rey tombe amoureuse. Elle ressentait une attirance latente et mais qu'elle gardait enfouie, jusqu'au moment où Finn lui fait comprendre (involontairement) qu'elle se ment à elle-même en niant ses sentiments.

Moongrim: Et bien, félicitations d'être arrivée jusque là. On va voir si tu vas avoir la patience d'attendre sur AO3


Dilemme et malentendu

Revenant de sa méditation, Kylo marchait calmement vers le feu de camp pour rejoindre ses chevaliers, lorsqu'une silhouette passa devant lui à pas pressés, telle une biche aux abois. Il devina Rey, plus qu'il ne la reconnut. Il sentit venir à lui des sentiments confus : de la honte, mêlée de colère et une profonde tristesse. Des sentiments qu'il prit d'abord pour les siens, avant de se rendre compte qu'ils émanaient de la jeune fille.

Alors que Rey s'engouffrait sous une tente, Kylo tourna la tête vers l'endroit d'où elle était apparue, voulant comprendre ce qui avait pu mettre son écuyère dans un tel état de nerfs. Ses yeux tombèrent alors sur le soldat à la peau noire. Celui avec qui Rey trainait sans cesse. Il paraissait emboiter le pas à la jeune fille, mais la vision de Kylo Ren le coupa dans son élan. En croisant son regard, le Roi y lut la panique, ce qui ne fit qu'empirer son ressentiment.

Prudent, le jeune homme bâtit en retraite, mais ce n'était que partie remise. Sitôt que Kylo saurait ce qu'il avait fait à sa Rey pour la mettre dans un tel état, son compte était bon.

Faisant volteface, le Roi suivit son écuyère sous la tente, sans prendre la peine de s'annoncer. Pyrcel, déjà inquiet de voir Rey revenir aussi agitée après être allée faire la vaisselle, sentit son rythme cardiaque s'accélérer en voyant tout d'un coup Kylo Ren apparaitre sous sa tente. Le jeune homme se redressa, esquissa une tentative de révérence assez médiocre – la faute revenant à ses membres tremblants. Mais son visiteur lui accorda à peine un regard.

- Pyrcel, la nuit est douce. Vous devriez aller faire un tour.

Bien que le Roi ait prononcé son nom, il fallut au moins deux minutes à Pyrcel pour se rendre compte que c'était bien à lui qu'on s'adressait.

- Mes chevaliers veilleront sur votre sécurité, insista Ren. Allez dehors.

Sa voix était basse, sans agressivité. Cependant, le ton employé n'autorisait aucune contestation. Le Roi fixait intensément le coin de la tente où Rey s'était réfugiée. Recroquevillée sur son matelas, dont elle s'acharnait à tasser la paille avec application, la jeune femme lui tournait ostensiblement le dos.

Quoi que Kylo Ren puisse vouloir à son écuyère, il voulait que leur échange n'ait pas de témoin. Pyrcel, qui n'était pourtant pasd'une grande habileté dans la lecture des émotions, parvenait sans peine à percevoir la tension entre eux. Il eut des scrupules à abandonner la jeune femme à son sort. Toutefois, si quelqu'un pouvait tenir tête au Roi, c'était bien elle. Piteusement, Pyrcel quitta la tente sans plus se faire prier.

Restée seule en compagnie de Ben Solo, Rey luttait contre la honte et le ressentiment. Les soupçons et les spéculations se bousculaient dans sa tête. Elle aurait voulu s'ensevelir sous sa couverture pour ruminer sa douleur et son humiliation en paix jusqu'au lendemain. Laisser le sommeil effacer ces horribles doutes.

Mais non ! Il fallait encore que Ben lui imposât sa présence. Et qu'il attise par son regard, par sa voix, les soubresauts de son âme, l'empêchant de trouver l'apaisement dont elle avait désespérément besoin.

- Que se passe-t-il ?

Il avait parlé d'un ton calme, presque compatissant. Ce qui mit le comble au ressentiment de Rey. En cet instant précis, elle aurait préféré qu'il soit froid et distant, qu'il lui fasse bien sentir qu'elle n'était rien et qu'elle ne serait jamais rien pour lui.

Sa soudaine mansuétude rendait ses véritables intentions suspectes. Était-ce de l'affection ? De l'empathie ? Ou pire encore de la pitié ?

- Rien, dit-elle dans un souffle en déroulant sa couverture en laine sur son matelas de paille.

Je viens de te voir traverser le camp au pas de course. Tu avais l'air bouleversé. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Rey ne voyait pas quoi répondre à cela.

Comment lui expliquer, lui faire comprendre, sa peur du ridicule ? Et l'angoisse qui lui étreignait le cœur à l'idée que son secret ait été découvert. Et sous-jacent : le désir de faire éclater cette vérité qu'elle tentait d'étouffer depuis des jours, des semaines… Qu'elle l'aimait. Qu'il était tout pour elle. Et que pour lui, elle n'était rien.

- Depuis quand vous souciez-vous de ce que je ressens ? répondit-elle sans se retourner.

Ses tentatives d'esquive ne firent qu'attiser la curiosité de Kylo Ren. Il marcha droit sur elle et, la saisissant par le bras, l'obligea à se relever et à lui faire face.

- C'est cet homme, n'est-ce pas ? Finn ? Il t'a fait quelque chose ? Dis-moi.

Arrêtez d'accuser Finn dès que quelque chose vous contrarie !

Elle se dégagea vivement. Le contact de ses doigts autour de son bras la brûlant comme du fer rouge.

- Il ne m'a rien fait. Rien n'est de sa faute. J'ai seulement envie d'être seule. Alors laissez-moi.

- Rey, ne me mens pas. Je veux savoir ce qui t'arrive et je ne partirai pas sans une explication.

Ils étaient tous les deux acculés dans un coin de la tente. La lanterne – seule source de lumière – projetait des ombres sur la toile et les laissait dans la pénombre. Heureusement, sinon Rey ne voyait pas comment elle parviendrait à dérober ses larmes.

Elle avait les yeux baissés, ses bras resserrés autour de sa poitrine, le poing refermé contre sa bouche pour barrer la route à ses sanglots.

Un instant, un bref instant, Kylo fut tenté d'utiliser la Force pour pénétrer son esprit et lui arracher ce secret qui la faisant tant souffrir. Au risque de lui dévoiler le sien.

Il s'abstint.

- Pourquoi n'as-tu pas confiance en moi ? demanda-t-il à la place. Que dois-je faire pour que tu me laisses t'aider ?

- Commencez par être franc vous-même…

Rey avait parlé d'une voix dure. Bien plus acerbe qu'elle ne l'aurait voulue.

Lentement, elle fit volteface pour faire face à Kylo Ren. Même dans la pénombre, ce dernier pouvait voir ses yeux bruns briller d'une flamme de rage incandescente et pourtant maîtrisée.

- Pourquoi m'avoir écartée pour me placer au service de Lord Pyrcel ?

Kylo ne répondit pas immédiatement. Il hésita, surpris par la sommation contenue dans cette question.

- Je t'ai donné mes raisons, se défendit-il.

- Mais pas les vraies, rétorqua Rey.

Kylo déglutit. Où voulait-elle en venir exactement ?

A travers l'obscurité, il voulut sonder son regard : ses iris sombres, irradiantes, dans lesquelles il aurait pu se consumer sans peine. Il y lut de la déception, de la colère et une grande détresse…

- Alors tu sais… lâcha-t-il dans un soupir douloureux.

Rey se détourna, voulant pudiquement dissimuler sa honte.

Ca y est, le voile était levé. Terminé les vains espoirs et les fantasmes ridicules. Il savait la vérité sur elle à présent. Ou plutôt, il ne pouvait plus nier la connaître.

- Je suppose qu'il était vain d'espérer garder cela secret.

Rey s'écarta de l'ombre où elle s'était acculée avec Ben et se rapprocha de la lanterne. Puisque l'obscurité ne pouvait plus dissimuler son humiliation, autant l'exposer clairement.

Kylo, lui, préféra rester dans les ténèbres. Il voulait cacher son visage livide, ses yeux implorants, sa gorge nouée par l'appréhension.

Ainsi donc, elle l'avait percé à jour. Et comme il le redoutait, c'était l'effroi qui couronnait cette découverte et non pas la joie ou le désir. Comme s'il aurait pu en être autrement…

- Vous m'avez mentie durant tout ce temps, soupira Rey. Et moi, comme une idiote, je vous ai fait confiance.

- Je ne voulais pas blesser ton amour-propre, tenta-t-il de se justifier.

- Oh non ! Pour ça, vous vous êtes donnez beaucoup de mal !

Perdue entre la déception et la colère, Rey jetait un regard neuf et cuisant sur leur relation passée. Toutes ces fois où il s'était montré dur et intraitable avec elle. Ses manières distantes… et en même temps la bienveillance qu'il pouvait manifester parfois. Tous ces moments où elle avait cru se rapprocher de lui et qu'un lien se tissait entre eux. Oh, pas d'amour, non ! Elle n'était pas assez folle pour espérer cela. Mais une forme de tendresse, d'amitié, de respect mutuel… Et dire que pendant tout ce temps, il connaissait ses sentiments et l'avait laissée se morfondre, se consumer en vain… Oh ! Tant qu'elle le croyait ignorant, elle pouvait lui pardonner sa cruauté. Mais si pendant tout ce temps, il savait…

- Je vous croyais honnête. Du moins assez pour ne pas chercher à me duper sur vos intentions.

- Mes intentions à ton égard n'ont jamais dévié, se défendit Kylo. Quels que soient les sentiments que j'ai… J'ai promis de te former et je compte m'y tenir.

Rey n'avait que faire de ces promesses à présent. Elle se fichait tellement de sa formation en cet instant. Ben n'avait pas la moindre idée de ce qu'il venait de lui ôter. Quoiqu'il dise, leur rapport ne pourrait plus jamais être les mêmes désormais.

- Pourtant, soupira-t-elle, vous m'avez écartée. Au fond, vous n'avez pas la conscience tranquille.

Kylo garda le silence.

Qu'aurait-il pu dire de toute manière ? Qu'il n'avait pas envie d'elle ? Qu'il n'était pas dévoré par le désir à chaque fois qu'il posait les yeux sur elle ? Qu'elle n'avait rien à craindre à rester à proximité de lui ?...

Elle avait raison : le simple fait qu'il ait voulu s'éloigner, en déléguant son entrainement à Daeron, était en soi un aveu de faiblesse.

Et même s'il gardait le contrôle, qu'il résistait à la tentation… même si jamais il ne la prendrait contre son consentement… Quoi qu'ils fassent, il y aurait toujours ce malaise entre eux désormais.

- J'ai juré à Luke de te protéger, implora-t-il dans une tentative maladroitement.

- Mais si vous êtes pour moi le plus grand péril…, riposta Rey.

Ce fut pour Kylo l'effet d'un coup de poignard.

Ses doigts se replièrent contre ses paumes. S'il n'avait pas porté de gants, ses ongles se seraient enfoncés dans sa peau jusqu'à en lacérer les chairs. En lui, montait comme un torrent, le besoin de détruire, de briser… n'importe quoi. Juste laisser sortir sa rage et son désespoir.

Elle ne t'aime pas. Elle ne sera jamais tienne. Tu es la cause de la destruction des siens. Tu n'es entré dans sa vie que pour y semer le chaos et la mort. Tu ne seras jamais autre chose qu'un monstre à ses yeux.

- Soit, gronda-t-il comme un ours blessé. Nous règlerons cela une autre fois. Pour l'heure, je m'en voudrais de t'imposer ma présence plus longtemps.

Il sortit en trombe de la tente, sans un regard en arrière. Au moment, où il disparut pour s'enfoncer dans la nuit, Rey se recroquevilla sur le sol en laissant libre cours à ses larmes.

Sous les regards inquiets ou circonspects des gardes et de ses chevaliers, KyloRen traversa le bivouac au pas de course et se refugia sous sa propre tente. Ses mains tremblaient. Son cœur battait contre sa cage thoracique comme s'il cherchait à en briser les côtes. Il pressa son poing contre sa poitrine. S'il avait pu, il l'aurait enfoncé entre ses côtes pour en extirper son cœur rebelle. Sur les ailes de son nez, il sentit couler les sillons de larmes traitresses. Comme les premières gouttes qui annoncent une violente tempête.

Pris d'une rage incontrôlable, il se saisit du premier objet qui lui tomba sous la main – un encrier en pierre – et le jeta droit devant lui. Le projectile atteignit l'armure du Roi qui reposait sur un portique un bois. Le choc produisit un gong strident. L'armure vacilla mais ne tomba pas. Toujours mu par son instinct destructeur, Kylo s'avança vers son équipement. Il tira son épée de son fourreau et, faisant volteface, s'évertua à réduire en copeaux de bois un tabouret. Puis il creva le dessus d'un coffre en cuir. Toujours pas apaisé, il se tourna vers le lit de camp. Ce lieu maudit, où plus d'une fois il avait fait des songes immondes, où il outrageait la pudeur de Rey.

Tel un bourreau, il leva haut sa lame et l'abattit sans pitié. Il éventra le matelas, éviscéra les oreillers, déchira draps et couvertures. Enfin, à bout de force, les nerfs et les muscles fourbus, il s'écroula sur le cadavre de sa couche.


Aux premières lueurs de l'aube, tout le camp fut réveillé par la brume matinale, l'humidité de l'air montagnard poussant les dormeurs hors de leurs couches. Tandis que chacun s'activait à remballer les tentes et à replier les affaires, il incomba à Naïs la charge de réveiller Kylo Ren.

Dans un premier temps, le Zabrak fut surpris, même paniqué, de découvrir son maître effondré à même le sol, les débris de son lit de camp éparpillés autour de lui. Sa chevelure noire noyée dans un nuage de plumes blanches. Heureusement, avant de donner l'alerte, le chevalier eut la bonne idée de s'approcher de Ren pour constater que ce dernier était toujours vivant, son souffle régulier balayant les plumes devant son nez et sa bouche. En dehors de son visage exsangue et des cernes sous ses yeux, son Roi ne présentait aucune blessure.

Prudemment, Naïs avança la main et lui tapota l'épaule. A la première secousse, Kylo Ren dressa la tête comme un animal au bruissement du vent. En temps normal, il en fallait beaucoup à Naïs pour l'impressionner. Mais lorsque le Zabrak croisa le regard noir, féroce, de Ren, tout son corps frémit. Heureusement pour lui, son admiration et sa prudence l'empêchèrent de demander à Kylo Ren la raison de son état et pourquoi il gisait ainsi au milieu de sa tente saccagée. Nul doute qu'il se serait pris un soufflet pour toute réponse.

Revenu à lui, Kylo se releva péniblement, soufflant comme un bœuf. Le sommeil s'étant emparé de lui au climax de sa fureur, il n'avait pas pris le temps de se dévêtir et avait donc passé la nuit dans ses vêtements et sa cotte de maille. Kylo savait déjà qu'il devrait le payer tout le temps que durerait sa chevauchée jusqu'au manoir des Muraka. Au moins la douleur de son dos et de ses épaules le distrairait de celle de son cœur.

L'ambiance était morose pour ne pas dire exécrable au sein du groupe, tout le temps que dura la descente des collines. La colonne fut d'abord surprise par la pluie en fin de matinée. Mais Ren, qui chevauchait en tête avec ses chevaliers, ne voulut pas entendre parler de halte. Jusqu'à ce que le terrain glissant ne fasse basculer un chariot, ainsi que la mule harnachée à l'engin, dans un ravin. Plusieurs gardes et serviteurs manquèrent être emportés dans la chute. Rey elle-même ne dût son salut qu'à l'intervention de Finn qui la rattrapa juste avant qu'elle ne bascule dans le vide.

Après cette catastrophe, Ren consentit finalement à marquer une pause, jusqu'à ce que cesse l'averse. Mais ce ne fut que pour reprendre ensuite la progression à un train d'enfer pour rattraper ce retard. Ce fut donc une suite royale passablement exténuée, crasseuse et à bout de nerfs, qui s'engouffra dans la vallée.

Alors que le jour déclinait, l'équipage pour le moins sinistre eut la surprise de voir venir à sa rencontre une cohorte de cavaliers aux couleurs chatoyantes, arborant des étendards aux couleurs de la maison Muraka.

Kylo Ren et ses chevaliers, interdits, dégainèrent dans un premier temps leurs épées, persuadés que Lord Muraka, dans un sursaut de rébellion, leur envoyait ses soldats pour les chasser de ses terres. Mais, alors que les cavaliers approchaient, ils purent constater que ces derniers n'étaient pas armés. Le chef de la troupe – un homme peutêtre âgé d'une quarantaine d'années, aux cheveux grisonnants, vêtu d'une robe bleu-gris – s'approcha d'eux, le sourire aux lèvres. Quoique devant la mine circonspecte et boudeuse de Ren et de ses chevaliers, son expression chaleureuse se teinta d'une nuance de perplexité.

- Messires ! dit-il d'une voix forte et claire, d'un timbre rocailleux et viril. Pardonnez-moi cette question impertinente, mais… Lequel d'entre vous est le Seigneur Kylo Ren ?

Il était vrai que, même avec la meilleure volonté du monde, il eut été difficile de distinguer un roiau milieu de ce groupe de corneilles détrempées. Les six chevaliers –Phasma, Daeron, Naïs, Solak, Enor et Sen-Adge – et leur maître portaient leurs vêtements de voyages – noirs – encore assombris par la pluie. De la boue montait jusqu'aux genoux de leurs montures. Leurs visages étaient blafards, leurs mines renfrognées et leurs cheveux – à l'exception de Daeron et Naïs, qui avaient le crâne rasé – leur dégoulinaient sur le front et les yeux comme des algues arrachées d'un étang.

D'abords hésitants – et toujours un peu méfiants – les chevaliers se décidèrent à désigner KyloRen à leur interlocuteur. Ce dernier descendit alors de son chevalier et, mettant un genou en terre, s'inclina devant le Roi.

- Majesté, je me présente : Sir Isami, cousin de Lord Muraka Hamet. Au nom de mon seigneur et maître, je viens vous priez humblement de nous permettre de vous escorter jusqu'au fort d'Onderon, pour y passer la nuit.

- Nous nous rendons au château des Muraka, protesta sèchement Kylo Ren.

- Certes. Mais il vous faudra encore une demi-journée de route pour l'atteindre. Onderon n'est qu'à une heure de marche. La sœur de Lord Muraka, Lady Senyse a elle-même fait le déplacement pour préparer le lieu à votre attention. Vous y trouverez des couches confortables, des feux ronflants et des victuailles en abondances.

L'homme insista bien sur ces derniers points en jetant des regards appuyés sur les soldats et serviteurs éreintés qui constituaient l'ensemble de la suite et qui n'avaient pas meilleures mines que Ren et ses chevaliers.

- Vous pourrez vous y reposer tout votre soul et arriverez dispo, demain au château Muraka.

Kylo peinait à contenir son impatience. Se voir dicter sa conduite avait déjà en soi de quoi l'exaspérer. Mais que cela vienne d'un obscur nobliau, qui avait en plus l'outrecuidance de se présenter devant lui à l'improviste, frais comme un gardon, alors que lui sentait encore la pluie lui mouiller les os, son dos et ses épaules lui faire un mal de chien… Sans parler de l'humiliation de la veille au soir qui lui brûlait encore les tripes…

Si son bras n'avait pas pesé si lourd, il aurait volontiers dégainé son épée et décapité l'impudent dans la seconde. Rien que pour montrer qu'il n'était plus un mercenaire à qui on pouvait donner des ordres. Mais un regard échangé avec ses chevaliers le dissuada d'agir ainsi.

C'était vrai qu'ils étaient tous exténués. Et qu'un endroit chaud et sec, où passer la nuit, serait accueilli par tous avec le plus grand soulagement.

- Soit, céda Kylo de mauvaise grâce. Nous vous suivons, messire.

Sir Isami les conduisit jusqu'à un fort construit à flanc de montagne. Ses tours, ses murs et ses créneaux étaient pratiquement creusés dans la roche même. Pour atteindre la porte d'entrée, il fallait traverser un immense pont de pierre, enjambant un profond ravin, sous lequel coulait un torrent furieux. Rey, qui se croyait pourtant coriace, fut prise de vertige lorsqu'elle risqua un coup d'œil en bas. Il faut dire qu'après avoir manqué tomber dans le vide le jour même, elle aurait préféré de loin se tenir à l'écart de tout précipice.

Pyrcel Yama, chevauchait près d'elle et tentait de la distraire en lui racontant l'histoire du fort.

- Il a été édifié il y a trois cents ans par le Roi Dark Andeddu. C'était peu de temps après la première grande guerre qui opposa le Clan Sith à l'Empire de Mandalore. Les Mandaloriens étaient parvenus à s'introduire sur le territoire du Clan et à faire de gros dégâts. Après avoir renversé leur souverain du moment, Andeddu a ordonné la construction d'une place forte qui fasse barrage à toute invasion venant de l'est. La construction a pris dix ans. On dit que trois cents hilotes sont morts durant les travaux…

Rey appréciait sincèrement Pyrcel, de plus en plus. Mais entre ses accès de babillages et ses crises de mutismes lugubres, elle avait du mal à déterminer ce qui était le plus assommant.

Son estomac se mit à gargouiller bruyamment, lui rappelant qu'elle n'avait rien avalé depuis hier soir, à part un morceau de pain détrempé et des biscuits secs. Elle n'avait parlé à personne non plus, en dehors de Pyrcel qui faisait la conversation pour deux. Elle évitait Finn, à qui elle en voulait malgré elle d'être à l'origine de la dislocation de ses espoirs et de ses illusions. C'était parfaitement idiot, elle en était consciente. Pourtant, si Finn n'avait pas ouvert la bouche, elle aurait pu vivre encore longtemps dans l'ignorance de son secret découvert. Elle aurait pu rester dans l'ombre de Ben, trouver le moyen de lui rester indispensable. Peut-être aurait-elle fini par devenir une écuyère puis une guerrière acceptable. Peut-être Kylo Ren lui aurait-il permis de rester, d'intégrer sa garde personnelle.

Mais il ne serait plus question de cela désormais. Pas après la honte et le ridicule dont elle s'était couverte. A présent, Rey n'osait même pas croiser le regard des chevaliers de Ren. Persuadée qu'ils étaient eux aussi au courant et riaient sous cape depuis des semaines de son malheur. La pauvre petite orpheline sauvageonne, énamourée de leur orageux commandant… Voilà qui devait bien les faire pouffer ces stupides corneilles !

La colonne s'arrêta devant l'entrée du pont-levis. Sur la passerelle, se tenait une noble dame entourée d'une douzaine de serviteur. Elle était vêtue d'une robe noire et verte, faisant ressortir la blancheur de sa peau et les nuances de miel de ses cheveux. Lorsque Kylo Ren arrêta sa monture devant elle, la jeune femme plongea dans une élégante et gracieuse révérence. Imitée par ses serviteurs et dames de compagnie.

- Majesté, je suis Lady Muraka Senyse. Pardon de vous accueillir dans de si humbles conditions.

Le plus humble des domestiques de Lady Senyse avait plus fière allure que lui. Juché sur son étalon noir, trempé jusqu'à l'os et les vêtements tachés de boue, Kylo Ren faisait l'effet d'un épouvantail qu'on aurait oublié dans un champ de riz. En temps normal, le Roi accordait peu d'importance à son apparence. Mais en ces circonstances, il ne s'était encore jamais senti aussi peu approprié : lui sale et pouilleux, face à cette créature diaphane sortie tout droit d'un conte. Comme si chaque détail venait lui rappeler qu'il n'était pas à sa place et que tous les honneurs rendus n'étaient que des pantomimes sans le moindre sens.

- Indiquez-moi mes appartements, ordonna-t-il d'un ton sec. Qu'on me fasse monter de l'eau chaude et faites servir à boire et à manger à mes gens.

Il passa devant Lady Senyse sans lui accorder un regard. Le reste de la troupe s'engouffra dans le fort et ses occupants se plièrent en quatre pour répondre aux besoins de leurs hôtes.


Kylo Ren passa au moins heure, seul dans ses appartements, à se récurer au fond de sa baignoire pour faire partir la crasse sur son corps. Il avait chassé Naïs et tous les serviteurs : il n'avait envie de voir personne. Maussade depuis son réveil, il trainait sur ses épaules le poids de son chagrin et de sa défaite. Tout lui paraissait vain et absurde.

Mais qui croyait-il tromper ? Lui, l'orphelin du Temple, le bâtard d'un contrebandier, le fils d'une mère qui n'avait jamais voulu de lui… Il s'était cru roi. Il avait cru pouvoir faire plier la volonté d'un peuple tout entier à la sienne. Et au final, il s'était fait envoyer paître par une simple fille sans condition.

Même son reflet dans le miroir de sa chambre semblait le narguer et se moquer de lui.

Non mais, tu t'es vu, pauvre rustaud ! Avec ta face de vautour et ta carcasse de bœuf, tu croyais vraiment pouvoir lui plaire ?! Oh bien sûr, tu peux faire illusion dans ton armure de chevalier noir, sous ton casque et derrière ton épée. Mais dans le fond, tu n'es qu'un enfant qui se déguise pour jouer les grands hommes. Mais tu ne pouvais pas tromper une femme comme elle. Elle a vu clair en toi, et ce depuis le début.

Un bruit de verre brisé.

Les épaules raides, les yeux brûlants, Kylo contemplait son poing au centre du miroir fracassé. Le miroir lui renvoyant maintenant les fragments de son visage morcelé. C'était déjà plus en adéquation avec ce qu'il ressentait. Il détacha son poing de la glace, regardant avec curiosité les éclats de verres brisés enfoncés dans ses phalanges comme autant d'échardes dans son cœur, autant de deuil et de déceptions.

- Qu'est-ce… ?

Un cri et un bruit d'objets tombés sur le sol. Kylo Ren se retourna pour faire face à une jeune servante terrorisée. A peine avait-il croisé son regard qu'elle détala vers la porte comme si elle avait la Mort à ses trousses. Laissant derrière elle les vêtements fraichement lavés qu'elle ramenait de la blanchisserie. Cela fit sourire Kylo. C'était là son vrai rôle : être le monstre qui effraie les jeunes filles. Aucune femme ne pourrait l'aimer pour lui-même, sans son trône et sa couronne.


Lady Senyse, Sir Isami et Pyrcel Yama étaient déjà réunis à table lorsqu'on annonça l'entrée du Roi. Tous les trois se levèrent de concert pour l'accueillir. Ren alla droit vers son siège – installé en bout de table, comme de coutume –, s'assit et réclama à boire, sans accorder un regard à ses hôtes. Senyse et Isami échangèrent un regard perplexe. Ren vida sa coupe d'une traite et exigea qu'on la lui remplisse immédiatement. Il s'employa à la vider de nouveau, plus lentement cette fois, en ignorant toujours ses voisins de table qui attendaient qu'il leur donne l'autorisation de s'assoir.

Le doux visage – à l'ovale parfait et à la blancheur immaculée – de lady Senyse affichait une expression de plus en plus outrée. Désemparé, Sir Isami haussait de plus en plus haut les sourcils, ce qui creusait des rides profondes sur toute la largeur de son front. Quant à Pyrcel, il s'évertuait à étudier l'immobilité d'une statue de marbre et semblait plutôt doué pour cet exercice. Enfin, après le troisième verre, Kylo Ren daigna se rendre compte de leur existence – surtout après que Sen Adge, posté derrière son siège n'est émis un raclement de gorge assez bruyant – et les invita à s'assoir. Lady Senyse agita gracieusement la main et les serviteurs se mirent en branle pour leur apporter le repas.

Kylo n'avait définitivement pas d'appétit. Si la politesse ne l'obligeait pas à partager le repas avec ses hôtes, il serait resté cloitré dans ses appartements toute la nuit, jusqu'à ce qu'il soit l'heure de repartir le lendemain. Cependant, sa présence à table était bien sa seule concession faite à la bienséance. Pour le reste, il ne fit que s'exprimer en grognements durant tout le repas et à afficher une mine sinistre.

Sir Isami tenta dans un premier temps de lui faire la conversation, sans succès. Le chevalier rabattit donc ses efforts sur le jeune Pyrcel Yama qui semblait aussi à l'aise que s'il s'était trouvé la tête prise entre un marteau et une enclume.

- Je suis surpris de vous trouver parmi nous, jeune homme. Je vous croyais retourné sur les terres de votre père.

- J'y étais, répondit Pyrcel en surveillant Kylo Ren du coin de l'œil. J'y étais justement, lorsque sa Majesté est venue nous rendre visite. Il a été… jugé opportun… que je l'accompagne dans la suite de son périple.

- Vraiment !? Vous êtes-vous entiché de ce jeune homme ?

Sir Isami s'adressa à Kylo Ren, qui ne lui répondit que par un « humhum » ennuyé.

- Ceci dit, je comprends tout à fait, poursuivit Sir Isami sans se défaire de sa courtoisie. C'est un garçon plein de bon sens et très agréable. Lord Muraka sera d'ailleurs ravi de vous voir. Cela fait des mois qu'il n'a plus de nouvelles de votre sœur. Vous pourrez lui en donner de vive-voix, car je suppose que vous l'avez vue récemment.

- En effet, elle a accompagné sa Majesté jusqu'à notre domaine…

- Ah vraiment ! et vous avez pris son relais pour la suite ? Voilà un échange fort curieux…

Pyrcel rougit sous la remarque. Et lady Senyse jeta un regard sombre à son intendant, qui choisit de changer de sujet de conversion.

- Votre périple jusqu'ici n'a pas été de tout repos. J'ai cru comprendre que vous avez été surpris par une tempête.

- Une pluie battante, rétorqua Kylo Ren dans un grognement, en mordant dans une cuisse de poulet.

- En effet, confirma Pyrcel. L'un des chars s'est renversé. Il s'en est fallu de peu que la moitié de la valetaille ne tombe avec…

- Je comprends, assura Sir Isami. Ces chemins de montagnes sont extrêmement tortueux. Lord Muraka craignait que vous ne rencontriez des problèmes sur la route. C'est pourquoi il nous a envoyés à votre rencontre…

- Si lord Muraka était si inquiet, lança Kylo avec humeur, pourquoi ne s'est-il pas déplacé lui-même ?

- Mon frère, intervint lady Senyse, aurait souhaité ardemment être des nôtres. Mais il devait rester en notre domaine pour préparer les Bacchanales1.

- Les quoi… ?

- La fête des Moissons, précisa Sir Isami. Elle marque la fin des récoltes. C'est l'occasion de grandes réjouissances. Les paysans aiment particulièrement ces célébrations.

Kylo jeta son os rongé dans son assiette et claqua des doigts pour qu'on lui resserve du vin.

- Je ne suis pas en voyage d'agrément, cracha-t-il férocement. Toutes les ressources du Clan doivent impérativement être consignées avant le début de l'hiver. Je n'ai pas le temps pour ces sornettes. Faites annuler.

Lady Senyse ouvrit la bouche pour parler, mais Sir Isami la devança.

- Votre impatience est compréhensible, Majesté. Mais il s'agit d'un évènement très important de l'année et…

- Dans ce cas, vous vous rattraperez l'année prochaine.

- Sire !

Cette fois, lady Senyse était parvenu à prendre le dessus sur son intendant et à se faire entendre.

- Il ne s'agit pas seulement de simples amusements frivoles. Ces fêtes suivent un déroulement très précis depuis les lointaines origines du Clan. Les faire annuler serait perçu comme un acte impie.

- Un acte impie, ricana Kylo Ren, pour quelques musiciens obligés de chômer et des paysans qui n'auront plus de prétexte pour s'enivrer.

- Les danses et les banquets ne sont que la première partie des célébrations. La coutume veut qu'ensuite les membres du Clan participent à un long rituel de purification qui s'étale sur trois jours : avec procession, messes, prières et exécutions de criminels.

Kylo dressa l'oreille.

- Pourquoi est-ce la première fois que j'entends parler de cela ?

- Eh bien… poursuivit Isami. N'y voyez nul reproche, Votre Altesse. Mais je crois savoir que vous avez été élevé selon la doctrine Jedi. Or les Jedi ont banni ces pratiques de leurs rites, il y a fort longtemps. Ils les jugeaientbarbares et contraire à la quête d'Équilibre et de Sérénité prônée par leur Ordre.

- En tant que Sith, au contraire, poursuivit Senyse, nous y voyons une forme de catharsis : un moyen de nous purifier de toutes nos pulsions néfastes, afin d'être plus en harmonie avec la Force. Une chose qu'un vrai croyant peut comprendre…

Kylo Ren concentra toute son attention sur la jeune femme. En termes à peine voilés, elle venait de le mettre au défi de prouver qu'il était bien un fidèle de la doctrine du Clan et qu'il n'était pas resté sous la coupe des Jedi. La Foi : un autre domaine où ses adversaires l'attendaient. Là plus que n'importe où, Kylo n'avait pas le droit à l'erreur. S'il perdait la faveur de la Force, il perdrait toute légitimité à régner.

- Soit, dit-il en essuyant les traces de vin sur ses lèvres avec une serviette. En ce cas, je me fais une joie de voir cela de plus près. Maintenant, si vous m'excusez…

Signifiant qu'il prenait congé, les trois autres se levèrent de leurs sièges pour saluer son départ.

Au moment où Kylo quitta le sien, le sol se mit à tanguer. Heureusement, il se rattrapa de justesse à l'accoudoir de son fauteuil. Il n'aurait peut-être pas dû forcer autant sur la boisson. Sen-Adge vint à son secours et le soutint discrètement pour rejoindre ses appartements.

Ils regagnèrent ses appartements, suivis par les gardes.

- Dis bien aux autres de se tenir prêts avant l'aube, recommanda le Roi à son chevalier. Tous les serviteurs devront être dans la cour aux premières lueurs du jour, car je veux être au domaine Muraka en fin de journée.


Avant que le soleil ne se pointe à l'horizon, Rey était déjà dans la cour au côté de Pyrcel. Elle avait à peine pu dormir la nuit dernière. La traversée de la montagne l'avait laissée épuisée physiquement. Sans parler de sa confrontation avec Ben qui avait miné ses forces morales. Il lui aurait fallu un jour et une nuit de repos supplémentaires pour pouvoir prétendre être d'attaque pour reprendre la route. Mais Kylo Ren ne voulait pas entendre parler de repos.

On parlait de célébrations qui devaient se tenir durant la semaine. Mais Rey voyait mal Ben se précipiter vers le domaine Muraka pour pouvoir y participer. Pour ce qu'elle savait, il détestait tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à des réjouissances. Elle non plus n'était pas d'humeur à faire la fête. Si ça n'avait tenu qu'à elle, Rey se serait recroquevillée dans un coin ou un trou de souris et n'en aurait plus bougé. L'angoisse lui étreignait le cœur à essayer d'imaginer ce que l'avenir lui réservait.

La nuit de leur confrontation, Ben Solo avait laissé entendre qu'il règlerait son sort en temps voulu. Mais il était resté très évasif sur le sens de cette déclaration. Et Rey, encore trop mortifiée par son humiliation, n'avait pas eu le courage de lui demander d'éclaircir sa pensée.

Comptait-il la renvoyer définitivement ? Aurait-elle encore sa place dans l'entourage du Roi ? Ou devrait-elle chercher une situation ailleurs, peut-être même hors du Clan ?

Cette perspective mettait son cœur à l'agonie.

Quel étrange contraste avec son état d'esprit d'avant, lorsqu'elle avait quitté Ahch-To avec Ben sur leur petite barque !

A ce moment, elle ne considérait son adhésion au service de Kylo Ren que comme une transition. Elle projetait de rassembler assez de ressources pour, le moment venu, refonder l'Ordre Jedi et retrouver le foyer qu'elle avait perdu. Et puis, peu à peu, sans s'en rendre compte, elle s'était faite à l'idée que le Clan pourrait devenir son nouveau foyer. Ou plus exactement, que Ben Solo deviendrait son refuge, son pivot, sa famille à lui tout seul.

Quelle idiote elle avait été !

Et maintenant, à cause de ses fantasmes ridicules, elle allait encore tout perdre.

Perdue dans ses sombres conjectures, elle jeta un regard distrait vers l'avant où Kylo Ren piaffait une fois de plus sur son cheval et attendant que tout son monde soit prêt à partir. Il avait de gros cernes sous les yeux et une barbe de trois jours. Rey se demanda s'il avait aussi mal dormi qu'elle ces derniers temps. Puis elle se morigéna sur cette pensée : comme si son existence pouvait avoir la moindre influence sur le sommeil du Roi.

Ren sembla s'apaiser en voyant arriver la noble Lady Muraka sur sa jument alezane, suivi de près par son intendant, dont elle avait oublié le nom. Rey l'avait à peine entr'aperçue le soir de leur arrivée. C'était une très belle jeune femme, dans la vingtaine, aux pommettes hautes, à la chevelure bouclée châtain clair, avec de très beaux yeux verts.

Rey eut le sentiment d'agoniser en la voyant prendre place au côté de Ben Solo. Elle semblait douce et réservée. Contrairement à lady Fénide qui avait toujours l'attitude d'une guêpe prête à piquer. Peut-être le genre d'épouse noble qui conviendrait mieux à Kylo Ren. Rey se détesta de penser cela. Elle se détesta de ressentir de la tristesse à cette pensée. Et elle se détesta de garder les yeux fixés sur le Roi et la noble dame – qui chevauchaient cote à cote – durant tout le trajet.


La demeure ancestrale des Muraka se situait sur un mont au cœur d'un vallon. Le manoir était au cœur d'une citadelle, dominant une grande ville construite à flanc de colline, dont les fortifications s'élevaient sur sept paliers, chacun encadré par un mur d'enceinte. Une quantité impressionnante de banderoles et de fanions multicolores avaient été suspendus dans la ville et tout le long de la route pavée qui montait jusqu'à la citadelle.

Des tréteaux, des tribunes et des estrades en bois avaient été installés un peu partout, visiblement en prévision de spectacles et de démonstrations de toutes sortes. A voir cela, malgré sa tristesse et sa morosité, Rey sentait l'excitation monter. De ce que Pyrcel lui avait expliqué, les Bacchanales allaient provoquer une véritable frénésie orgiaque dans la ville. Il avait évoqué des farces, des danses effrénées et des jeux avec des animaux dont elle n'avait pas très bien compris les règles. Et après ses dernières déconvenues, Rey n'était pas contre un peu de divertissement. Même si elle soupçonnait que la plupart des activités proposées durant ses festivités devaient être en contradiction totale avec l'esprit de rigueur et de sobriété qu'on lui avait appris au Temple Jedi. Le souvenir de Maître Luke lui revint en mémoire. Elle lui demanda silencieusement pardon d'avoir trahi tous les préceptes de l'Ordre ces derniers temps et de s'être laissée séduire par les ténèbres de Ben Solo.

Elle serait plus prudente, à l'avenir. Et plus raisonnable. Son cœur meurtri l'aiderait à se souvenir que l'attachement mène toujours à la frustration et à l'envie. Deux sentiments qui lui rongeaient le cœur tandis qu'elle regardait le Roi Sith faire la conversation à lady Muraka.

Le cortège royal arriva bientôt devant l'entrée de la citadelle. Lord Muraka se tenait lui-même sous la grande arche du pont-levis. C'était un homme de belle prestance. Il devait avoir dans les vingt-cinq ans, des cheveux blonds cuivrés comme ceux de sa sœur et des yeux clairs. Il était de grande taille, bien qu'il ne dépassât pas Kylo Ren, avec des épaules larges et une taille étroite. Son visage était très séduisant : mâchoire carrée, menton volontaire, nez droit, formant un T parfait avec son arcade sourcilière et une bouche fine s'ouvrant sur de magnifiques dents blanches. Enveloppé dans une grande robe noire et verte, très élégante en soie de Naboo, on aurait dit un prince sorti tout droit d'un conte pour enfants.

Kylo le trouva aussitôt agaçant.

- Majesté, dit-il en exécutant une gracieuse courbette, je vous souhaite la bienvenue dans mon modeste fief. J'espère que le séjour sera pour vous des plus agréables.

- Plus que la traversée, répliqua sèchement Kylo Ren en sautant de son cheval. Je l'espère également.

- Je m'y efforcerais, Majesté. Navré de n'avoir pu vous accueillir moi-même aux portes du domaine. Ma sœur a dû vos en donner les raisons. Et je ne doute pas qu'elle ait été d'une compagnie agréable.

Après avoir confié ses rênes à un garçon d'écuries, Kylo risqua un regard à Lady Senyse. Celle-ci avait rougi sous la remarque de son frère et baissé modestement les yeux.

- Elle a fait de son mieux, répondit-il. Bien que je n'aie rien fait pour lui faciliter la tâche.

Senyse releva la tête et lui lança un sourire timide, presque reconnaissant. Ses manières changeaient de celle de Fénide Yama ou des courtisanes de Korriban. Il devait s'avouer que cela le soulageait quelque peu. Après la déception amère que lui avait infligée Rey, il n'était vraiment pas d'humeur à supporter les assauts d'une autre femme intéressée.

- Sir Pyrcel, vous êtes des nôtres ?!

Lord Muraka avait repéré le jeune Yama descendant de son cheval et s'était aussitôt précipité vers lui. Pyrcel avait à peine posé un pied parterre que Muraka se jeta sur lui pour l'enfermer dans une étreinte chaleureuse et – à en juger par sa raideur – peu confortable pour le jeune homme, bousculant Rey au passage.

- Êtes-vous là pour servir de chaperon à votre sœur ?

- Non, répondit précipitamment Pyrcel. Fénide est restée au manoir de notre père. Et à l'heure qu'il est, elle doit être en route pour rejoindre Korriban.

- Vraiment…

Lord Muraka ne cachait pas sa déception et lady Senyse paraissait de plus en plus gênée.

- J'avais entendu dire qu'elle voyageait avec Votre Majesté. Je pensais qu'elle aurait poussé le voyage jusqu'ici.

Il jeta un regard perdu à Kylo Ren, que ce dernier eut bien du mal à interpréter. On aurait dit que le seigneur Sith voulait qu'il le rassure ou lui dise que c'était une plaisanterie et que lady Fénide allait soudain jaillir d'un des coffres du convoi. Y avait-il eu un accord secret entre Muraka et Fénide Yama dont il n'aurait pas été mis au courant ?

- Il était convenu que Lady Fénide nous accompagnerait jusqu'au fief de sa famille. Au-delà, je ne vois pas quel intérêt aurait eu sa présence.

Lord Muraka aurait sans doute voulu ajouter quelque chose, mais un regard de sa sœur l'en dissuada. Le maître des lieux décida alors d'entrainer ses hôtes vers l'intérieur de sa demeure. Les chevaliers de Ren escortant leur Roi et Rey trottant derrière Pyrcel.

Le manoir des Muraka était bien plus vaste et bien plus somptueux que la vieille maison ancestrale des Frak ou la ferme familiale des Yama. Des grands couloirs interminables et des salles de réception immense, aux murs recouverts de grandes tapisseries multicolores et chatoyantes, et de grandes cheminées dans lesquelles on aurait pu faire rôtir un bœuf entier.

Rey ne pouvait pas détacher ses yeux des grandes fenêtres à vitraux, des fresques murales, des candélabres en argent et des banquettes en tissus de Naboo. Elle n'avait vu une telle profusion de luxe qu'à Korriban.

- J'ai expliqué succinctement à sa Majesté le déroulement des Bacchanales, lança lady Senyse alors qu'ils déambulaient dans une grande salle de réception avec des fresques murales représentant de grandes batailles.

Sous les images de guerriers et leurs montures, épées, lances et boucliers brandis, des lettrines fines et stylisées légendaient : Bataille d'Alaris Prime, Bataille d'Alaskan, Ajunta Pall et Xoxaan menant leurs troupes à la Victoire, Freedon Nadd conquérant le royaume d'Ondéron

- Mais je pense, mon frère, que vous pourriez lui apporter des précisions.

- Ah oui ! J'ai entendu dire que vous étiez un combattant redoutable. Je suppose que vous voudrez vous inscrire au tournoi.

- Au tournoi… ?

- Il s'ouvre le premier jour des festivités. Sa longueur dépend du nombre des participants, sachant qu'il est ouvert à tous : homme, femme, vieillard, enfant, noble ou paysan. Chacun, s'il le souhaite, est libre de venir prouver sa force et sa bravoure dans l'arène. Celui de notre fief est l'un des plus courus, car le gagnant reçoit une belle récompense de mille pièces d'or.

- Je vois…

Kylo était sur ses gardes. Cela ressemblait fort à une mise à l'épreuve à peine déguisée. S'il refusait de participer à ce tournoi, ses ennemis le tourneraient en dérision, tendant à démontrer par-là sa lâcheté et son manque d'assurance. Mais s'il s'inscrivait et qu'il perdait, fusse face à un noble ou un manant, son humiliation n'en serait que plus retentissante.

Non pas que Kylo doutait de ses capacités au duel, mais il avait mené assez de combats pour savoir que le talent ne fait pas tout…

- Dark Vador lui-même y a participé !

Une voix de stentor retentit dans la cour. Tous se retournèrent pour en identifier la source. Un homme grand, au visage anguleux, arborant une barbe rousse et une robe noire et pourpre s'avança vers eux. Il avait un sourire cynique accroché au coin de la bouche et des yeux froids qui inspirèrent aussitôt à Kylo Ren une profonde antipathie.

Peu de temps avant sa prise de pouvoir, poursuivit le nouveau venu. Dark Sidious venait de l'adopter officiellement et de le reconnaître comme son héritier. Pour fêter l'évènement, lors d'une petite visite sur ces terres, Anakin Skywalker s'est inscrit au tournoi. Il y a affronté tous les seigneurs Sith locaux, – dont le grand-père de notre hôte et le mien – et les a tous vaincus. Autant vous dire qu'après une victoire aussi spectaculaire, ils ont été nombreux à se ranger sous sa bannière.

- Majesté, s'empressa lord Muraka en désignant cet homme, je vous présente lord Azrakel.

Kylo dut faire appel à tout son sang-froid pour ne pas bondir. Azrakel le dévisageait toujours avec son sourire insolent.

- Je ne m'attendais pas à vous trouver ici.

- Les fêtes des Bacchanales des Muraka ont toujours été les plus somptueuses. Pour rien au monde je n'aurais manqué cela. Et pour être totalement honnête, j'avais hâte de voir de mes yeux notre nouveau souverain.

- Votre visage m'est étrangement familier. Pourtant, je suis certain de ne vous avoir jamais croisé.

- Je quitte rarement mes terres et encore moins la partie orientale du territoire. Et j'ai une sainte horreur de la Cour et de tous ses protocoles et rond-de-jambes. N'y voyez aucune critique…

Le Roi feignit l'indifférence, mais il n'aimait définitivement pas cet homme. Il avait le sentiment que ce dernier fanfaronnait devant lui et se comportait comme s'il était le maître des lieux.

- En revanche, j'ai un cousin qui y trainait souvent ses bottes jusqu'à récemment. Lord Hux Armitage, je crois que vous avez eu quelques conflits avec lui.

Les chevaliers de Ren tournèrent de concert leurs regards vers leur maître, s'attendant à voir ce dernier bondir à la gorge de lord Azrakel.

- Hux vraiment ? lança Kylo. Cela fait longtemps que je n'ai plus de ses nouvelles. La dernière fois que j'ai entendu parler de lui, il fuyait ventre à terre vers les frontières du royaume.

L'espace d'une respiration, le visage de lord Azrakel resta impassible et sans expression. Impénétrable au point qu'on aurait pu croire qu'il portait un masque en cire. Et soudainement le masque se fendit en son milieu, révélant une belle rangée de dents blanches. Azrakel se mit à rire, d'un rire tonitruant qui fit trembler les murs de la salle.

- En effet, dit-il, Hux n'a guère fait preuve de beaucoup d'efficacité face à vous. Il a toujours été un chef d'armée efficace, mais il lui manquait la subtilité. J'ai bien peurque ce ne soit un trait de famille.

Azrakel leva soudain son bras et toucha l'épaule de Kylo Ren comme s'ils étaient deux vieux compagnons d'armes se rencontrant dans une auberge. Autant dire que les chevaliers de Ren avaient déjà la main aux pommeaux de leurs épées. Rey vit Pyrcel se figer à côté d'elle comme s'il venait de voir la foudre s'abattre à ses pieds. Elle-même fut traversée par une sensation de haine et de dégoût qui lui était incompréhensible, avant de comprendre qu'elle ne venait pas d'elle.

- Il semble qu'il ait trouvé en vous son maître, poursuivit lord Azrakel. Ce serait un grand honneur d'être face à vous dans l'arène.

Calmement, Kylo Ren pinça le bout de la manche d'Azrakel entre son pouce et son index, le retira de son épaule comme il l'aurait fait d'une mouche.

- Est-ce vraiment une bonne idée ? dit-il. Lorsque j'ai eu à affronter votre cousin en lice, je lui ai fait mordre la poussière.

- Oh, mais le défi n'en sera que plus excitant…

Le sourire d'Azrakel ressemblait de plus en plus au rictus mauvais d'une gargouille.

- En ce cas, j'ai hâte que nous nous retrouvions face à face lors du tournoi.


Finn était une fois de plus de corvée d'écuries. Ce qui, au demeurant, ne le dérangeait pas plus que cela. Le jeune homme avait toujours été à l'aise avec les animaux et les chevaux en particuliers. Si les Sith ne l'avait pas arraché si jeune à sa famille pour en faire un bon petit soldat, il aurait aimé être un simple fermier éleveur de chevaux. Avoir son lopin de terre et une maison bien à lui. Oh oui ! Une petite chaumière confortable, perdue au milieu d'une vallée avec des prairies verdoyante. Plutôt que l'étroitesse et la griserie des casernes à soldats ou la boue sanguinolente des champs de batailles…

Alors qu'il brossait la selle de Silencieux, le destrier de Kylo Ren, Finn nota qu'il devrait remettre de l'eau fraiche et du foin dans la mangeoire de la jument de Rey. Comme d'habitude, le jeune homme s'était assurée que le box de la petite jument grise soit juste à côté de celui de l'étalon royal. Très tôt, les palefreniers s'étaient rendu compte que l'animal – d'ordinaire agressif et prompt à se cabrer et à donner des coups de dents et de talon – était beaucoup plus tranquille à proximité de la jeune pouliche.

Silencieux émit un hennissement réprobateur et agita sa crinière, tandis que Finn passait dans le box de Faucon – c'était le nom que Rey avait choisi pour sa monture, un sobriquet absurde pour un cheval, selon Kylo Ren, mais que la jeune femme trouvait à son goût – pour remplir la mangeoire de la jument.

- Détends-toi, mon Grand, le rassura Finn. Je sers juste à manger à ta copine, puis je vous laisse un peu d'intimité.

Silencieux fit vibrer ses naseaux, mais ne broncha pas. Même s'il pouvait se montrer rétif lorsque quelqu'un s'approchait d'un peu trop près de Faucon, les deux animaux étaient suffisamment habitués à Finn pour que ce dernier n'ait pas trop à s'inquiéter des réactions du destrier royal. Cependant, le jeune homme s'inquiétait du comportement de ce dernier lorsque Faucon aurait ses premières chaleurs.

Après avoir rempli l'abreuvoir d'eau fraiche et rangé l'équipement d'équitation, Finn quitta les écuries pour rejoindre les quartiers dévolus aux gardes royaux. Alors qu'il longeait une rangée de poiriers plantés entre les écuries et les cuisines, le soldat sentit quelque chose passer près de sa tête. Baissant les yeux, il vit un objet tombé à ses pieds. Se penchant pour le ramasser, il entendit une voix tonitruante dans son dos.

- Hey toi, qu'est-ce que tu fais à bailler aux corneilles ?!

Finn se redressa vivement et fit volteface, les mains dans le dos.

- Je faisais rien de mal, protesta Finn.

Devant lui, se tenait le Zabrak. Ce chevalier qui cherchait des noises à tous les gens de la suite. Il avait déjà cassé le nez à un serviteur parce qu'il n'avait – selon lui – pas correctement ciré ses bottes.

- Qui t'as autorisé à me parler sur ce ton ? l'interrompit Naïs.

- Pardon, dit Finn en baissant les yeux.

- T'as cru qu'on était pareil, toi et moi, cracha l'autre. Que tu peux me parler comme à l'un de ces traine-savates qui te servent d'amis ?...

- Non, bien sûr.

Finn lui aurait volontiers mit son poing dans la gueule, mais c'eut été prendre un rencard avec le pilori.

- Qu'est-ce que tu caches ?

Le Zabrak venait de remarquer ses bras repliés dans son dos.

- Rien.

- Menteur. Montre-moi.

Finn déglutit. Puis, sous le regard perçant du chevalier, tendit finalement la main. A l'intérieur de sa paume reposait une belle poire juteuse.

- Tu voles dans le verger de notre hôte, l'accusa Naïs.

- Elle est tombée parterre. Je l'ai juste ramassée.

- Ca reste du vol, martela Naïs en s'emparant du fruit. Tu prends ce qui n'est pas à toi. Cette poire est la propriété des Muraka.

- J'aurais dû la laisser aux vers et aux fourmis, du coup ?

Finn s'efforça de prendre son air le plus benêt. Visiblement, le Zabrak avait envie d'en découdre. Et le moindre prétexte serait bon à prendre. Depuis le temps que le jeune homme espionnait pour le compte des renégats, il avait appris à se faire discret et surtout ne pas faire de vague. Jouer les idiots et baisser la tête, c'était le moyen le plus sûr d'éviter les ennuis.

Mais c'était surtout difficile de résister à la tentation de lui crever les yeux, à ce chien enragé.

Naïs se rapprocha de Finn jusqu'à n'être plus qu'à un pouce de son visage. Au point que le jeune soldat pouvait sentir les relents de bière et d'œuf trop cuit de son haleine. Les sourcils froncés, le regard noir, les narines dilatées comme s'il cherchait à percevoir l'odeur de la peur ou de la culpabilité.

- J'aime pas ta gueule, balança-t-il à Finn en lui postillonnant au visage. Phasma dit que tu es un bon petit soldat obéissant. Pour elle, et pour tous les autres, t'es juste un clébard utile et facile à maîtriser. Mais moi, les types trop dociles ça m'a toujours donné la nausée. C'est pas normal d'être aussi soumis. Ca cache quelque chose de sale, moi je dis. Quelque chose de puant…

- Naïs ! T'es où bon sang ?!

La voix tonitruante de Solak résonna derrière eux.

- Ah, te voilà !

La guerrière à la longue tresse marcha vers son compagnon, l'air renfrogné.

- Allez, arrête de jouer. Daeron nous attend pour l'entrainement. Si on est en retard, il va encore nous mettre de corvée de sentinelle deux nuits de suite. Et je te préviens, il est hors de question que je rate la fête dans la basse-ville…

Le Zabrak finit par se rendre aux injonctions de sa camarade. Il se détourna de Finn et la suivit vers la partie opposée des communs. Non sans se retourner une dernière fois vers le soldat et mordre à pleines dents dans la poire qu'il venait de lui prendre.

Finn attendit que les deux chevaliers soient hors de vue pour respirer un grand coup. Puis il tira de sa manche le morceau de papier qu'il avait trouvé attaché au fruit en le ramassant. Il risqua un regard vers les arbres fruitiers, mais le messager semblait avoir filé discrètement avant l'arrivée du Zabrak.

Reportant son attention sur l'écriture en pattes de mouche, tracée à l'encre artisanale, Finn déchiffra cette simple phrase :

Demain soir, derrière l'estrade des musiciens, sur la place du marché.


1 Inspirées des anciennes Dionysies grecques célébrées en l'honneur de Dionysos, les cérémonies des bacchanales furent introduites en Italie vers 300 av. J.-C., mêlées à d'autres coutumes notamment étrusques. Ces fêtes eurent lieu ensuite au moins trois fois par an sous le contrôle de matrones respectables. Elles devinrent publiques et étaient célébrées dans toute la Grande-Grèce, en Égypte et principalement à Rome. Ces fêtes, qui duraient enviro jours en fonction de la région, étaient avant tout axées sur des représentations théâtrales faisant office de cérémonie religieuse.

Elles servirent bientôt de prétexte aux désordres les plus extravagants car elles évoluèrent en fêtes orgiaques nocturnes de plus en plus fréquentes (jusqu'à cinq fois par mois selon le témoignage d'Hispala, rapporté par Tite Live, qui dévoila le scandale des Bacchanales) qui eurent souvent mauvaise réputation, du fait de l'ivresse publique et des licences sexuelles qu'elles provoquaient.