Oui, me revoici après une longue absence. Mais que voulez-vous, ma muse est capricieuse. Et puis j'avais beaucoup de choses à mettre dans ce chapitre ;D

J'espère que l'attente en vaudra la peine ^^'

x-Beautiful Blass-x : Voici la suite, peut-être pas vite vite, mais longue longue...^o^'

Fairycub974 : Et bien j'espère ne pas décevoir tes attentes. J'ai peut-être un peu survendu le tournoi… :s Le but que Rey y participe, même si ton idée est intéressante. ;) Et il n'y aura pas d'histoire entre Kylo et Senyse ou Rey et Muraka. Kylo n'a d'yeux que pour Rey et Rey n'a d'yeux que pour Kylo. Même s'ils sont tous les deux lents à la détente.

Moongrim : Bon j'ai peut-être été un peu trop subtile vis-à-vis des sentiments de Rey. Pour moi, elle prend vraiment conscience ses sentiments au chapitre 12, après qu'elle ait aidé Poe à s'évader. Quand elle réalise que Kylo lui fait confiance, alors qu'elle vient de le trahir. Et surtout, il se montre vraiment préoccupé de son sort et qu'elle compte pour lui (au moins un peu). Pour une orpheline habituée à ne pouvoir compter que sur elle-même, ça provoque un déclic. A partir de là, elle veut vraiment s'en montrer digne et elle prend conscience que l'opinion de Ben compte pour elle, parce qu'elle est amoureuse ^^'...

NoChaDaiSAlamander : L'auteure est trèèèèès vicieuse. C'est une règle à ne pas oublier, si tu veux comprendre les aléas de cette fic ^^'...

Vronik : Et bien, j'ai peur que la frustration ne soit un état constant quand on lit cette fic :s

Mathilde : Je te remercie d'être passé outre tes réticences vis-à-vis de l'UA. Vu ton rythme de lecture, j'ai peur que tu ais du mal à tenir entre les publications de chapitre.

cara : Tes commentaires me font toujours autant plaisir. J'avais peur que le passage avec le quiproquo soit un peu dur à comprendre quand je l'ai écrit. Oui, j'ai posé beaucoup de pion dans ces derniers chapitres, il est temps de les mettre en mouvements.


Les Bacchanales

La foule était en liesse. Les percussions de l'acier contre le bois du bouclier. Le crissement du sable de l'arène sous les semelles des bottes. L'odeur du sang.

C'était le quatrième duel depuis le début du soleil et la journée ne faisait que commencer. Les paysans, les marchands et les malandrins s'étaient déplacés en masse. Certains étaient là depuis la veille, afin d'être sûr d'avoir les meilleures places. Ils étaient venus pour faire des affaires, tirer quelques bourses ou juste profiter du spectacle.

Lord Muraka c'était levé aux aurores afin de procéder au rituel de bénédiction qui ouvrait le début des Bacchanales. Il avait récité les prières, jeté de la cendre sur la lice. Puis il était retourné se coucher dans ses appartements, tandis que les premiers adversaires entraient dans l'arène.

Pour le moment, c'étaient deux concurrents originaires de la ville qui combattaient : un forgeron et un vendeur de coutelas. Leur équipement était sommaire et leur technique assez risible. Il n'était là que pour occuper la galerie, avant que des combattants plus sérieux entre en lice. Ce n'était pas parce que le tournoi était ouvert à tous qu'on ne pratiquait pas une forme de discrimination. Les concurrents les plus modestes passaient les premiers, histoire d'échauffer l'arène et de maintenir l'attention des spectateurs, le temps que ceux de plus nobles lignages entre en lice, frais et dispos.

Kylo Ren observait du haut des remparts l'agitation dans l'arène et dans les gradins. Ainsi que la foule s'agitant autour des installations : les marchands ambulants, les vendeurs de friandises et de colifichets, et les tire-laine qui se faufilaient entre les badauds, tirant une bourse ici, subtilisant une marchandise là… Et au milieu, les manants qui déambulaient et riaient joyeusement, excités par les dresseurs d'animaux, les cracheurs de feux et les marionnettistes.

Il fut un temps où Kylo aurait payé cher pour participer à pareil évènement. Enfermé entre les quatre murs du Temple, il rêvait de s'évader pour se rendre à la capitale. Mais en vérité, n'importe quelle fête de village lui aurait paru grandiose, pourvu qu'elle rompe la monotonie de son existence vaine et vide de sens.

A présent, il était toujours entre quatre murs à regarder des inconnus mener une vie qui ne serait jamais la sienne. Il voyait les bambins s'agiter sur les épaules de leurs pères ou les amoureux se tenant par la main et disparaissant de temps à autre derrière un muret ou des buissons. Et cela lui donnait des haut-le-cœur.

Il vida sa coupe, remplie d'eau seulement – s'il voulait combattre efficacement cette après-midi, il devait conserver tous ses sens en alerte -, avant de la remettre à Naïs qui se tenait derrière lui. Sen-Adge se tenait à sa droite et consultait la liste des concurrents.

- Vous combattrez en premier contre Sir Ulic, vassal de la maison Qel-Droma. Dans la quarantaine, assez corpulent. Je crois qu'il était dans nos rangs durant la reconquête de Korriban.

- Je vois qui c'est, répliqua Kylo Ren. Combattant sérieux mais pas ingérable. Il n'a rien d'exceptionnel. Le plus compliqué sera de faire durer le duel assez longtemps pour que le public ne soit pas frustré.

- Azrakel n'entrera pas en lice avant le début de l'après-midi. Il doit affronter quatre adversaires avant vous.

- Qui ?

- Sir Isami, Lady Moe, Lord Muraka, un dénommé Foudre…

- Encore un mercenaire qui veut s'acheter une renommée, grommela Naïs.

- Tu es en compétition aussi, souligna Sen-Adge à son camarade.

- Bah, quoi ? répliqua le Zabrak. J'ai bien le droit de m'amuser un peu. Mon épée va rouiller à force de rester dans son fourreau.

- Je suis surpris de Solak ne se soit pas inscrite aussi.

- Elle a toujours préféré la mêlée. Le tournoi, elle trouve que c'est bon pour les frimeurs. Sans vouloir vous offenser, Kylo.

- Elle n'a pas tort, souligna le susnommé indifférent. C'est avant tout du spectacle. Mais les conséquences peuvent être terribles pour qui n'est pas à la hauteur des attentes du public.

Les deux chevaliers échangèrent un regard de connivence.

- Craignez-vous à ce point d'affronter Lord Azrakel dans l'arène ?

- Dans l'arène, non. Je redoute davantage ce qu'il mijote en dehors.

- Ne serait-il pas plus simple de se débarrasser de lui ?

- Et me mettre à dos la moitié du Clan… Je ne peux pas m'offrir le luxe d'une guerre civile à peine cinq mois après mon accession au trône. Non, il vaut mieux garder l'œil ouvert. Mais ne rien faire pour l'instant.

- Nous allons bientôt manquer d'yeux si on doit placer un espion derrière chaque membre du Clan.

Kylo Ren ne prêta pas attention à la pique lancée par Naïs. Il venait d'apercevoir le jeune Pyrcel, flanqué de deux gardes et accompagné par Rey, fendant la foule dans la direction du Temple de la ville-haute. Les deux jeunes gens semblaient discuter amicalement. Ren était intrigué de la rapidité avec laquelle son écuyère avait sympathisé avec le cadet de la maison Yama. Un goût amer lui remonta du fond de la gorge. Il se détourna brusquement du créneau et se dirigea vers les marches de pierres qui descendaient vers la cour.

- Allons sur l'aire d'entrainement. J'ai besoin de m'échauffer avant le premier duel.

Il avait surtout besoin de frapper quelqu'un et il lui semblait que l'heure de son premier combat n'arriverait jamais assez vite.


Pyrcel avait exprimé le désir de se rendre à la messe du matin. Phasma n'avait pas trouvé de prétexte pour le lui interdire. Rey s'était proposée pour l'accompagner, comme elle n'avait rien de mieux à faire et qu'officiellement Kylo Ren ne l'avait pas relevée de sa fonction de « nounou ». Ainsi elle pourrait s'assurer que les gardes ne le brutaliseraient pas.

Sur le chemin qui les conduisait au Temple, elle regretta que Pyrcel ne souhaite pas s'attarder un peu au milieu des festivités. Elle fut plusieurs fois distraite par des jongleurs et des musiciens. En passant près d'une estrade, elle aperçut brièvement une pantomime où un acteur, grimé en seigneur Sith, s'agenouillait devant une jeune première, habillée à la manière d'une novice Jedi. Rey trouva la scène incongrue et demanda une explication à Pyrcel. Le jeune homme roula des yeux, l'air agacé, en voyant les acteurs jouer leur mimodrame.

- C'est la demande en mariage du Roi Revan.

- Le Roi Revan ?

Rey n'était pas très au fait de l'histoire des rois du Clan. Entre renversement, guerre et trahison, c'était difficile de s'y retrouver.

- C'est l'un des rois les plus légendaires, expliqua Pyrcel en voyant la perplexité de son interlocutrice. Pas le plus populaire auprès des nobles, mais le peuple adore son histoire.

- Pourquoi ?

Pyrcel haussa les épaules.

- Le côté romantique sans doute…

- Dites-m'en plus.

La curiosité de Rey était piquée. Et comme Pyrcel adorait faire étalage de ses connaissances, il accepta d'éclairer sa lanterne.

- On dit que c'est lors d'un tournoi des Bacchanales que le Roi Revan trouva son épouse.

- Comment ?

- On disait qu'il était impossible à vaincre en combat singulier. Lors des batailles, il était la terreur de ses ennemis. Même les Mandaloriens préféraient fuir plutôt que de l'affronter. Cependant, un jour, alors qu'il combattait dans l'arène lors d'un tournoi, après avoir défait tous ses adversaires, il ne lui restait plus qu'un duel à remporter pour être déclaré champion. Il vit alors débarqué sur la lice un chevalier sans armure, uniquement revêtu d'une tunique grise et le visage recouvert d'un masque. Ils s'affrontèrent et au moment où la victoire semblait acquise à Revan, le chevalier parvint à renverser l'équilibre des forces et remporta le duel. Tous les témoins en restèrent ébahis. Revan lui-même fut choqué. Poussé par l'orgueil et la curiosité, il déclara à son vainqueur qu'il lui accorderait n'importe quelle faveur qu'il lui demanderait à condition qu'il lui décline son identité. Sans perdre son sang-froid, le mystérieux chevalier exigea alors que Revan fasse libérer des braconniers qui avait été condamnés à mort et devaient être exécutés à la fin des Bacchanales. Revan se plia à son souhait. Mais après qu'il eut respecté sa part du marché, le chevalier disparut. Le Roi entra alors dans une colère noire. Il dépêcha ses sbires à travers le royaume pour retrouver le chevalier mystérieux. On lui apprit qu'il s'agissait en réalité de Bastila Shan, une novice de l'Ordre Jedi. Après le tournoi, une fois certaine que les pauvres braconniers dont elle avait pris la défense soient hors de danger, elle était allée se réfugier dans le monastère d'Ossus. Revan leva une armée et assiégea le monastère. Devant les portes closes, il interpela les Jedi et leur jura qu'il ne quitterait pas cette place tant qu'on ne lui livrerait pas Bastila Shan. Et qu'il ferait enfoncer les portes et massacrer les occupants du monastère si les Jedi ne se pliaient pas à sa volonté. On dit qu'il resta neuf jours et neuf nuits debout devant les portes du monastère, sans bouger. Au matin du dixième jour, les portes du monastère s'ouvrir et une femme en franchit le seuil. Elle s'avança jusqu'à Revan et jeta à ses pieds le masque du chevalier mystère. Elle confirma être Bastila Shan et déclara être prête à mourir à condition qu'il épargne le monastère.

Pyrcel marqua une pause. Rey était suspendue à ses lèvres. Jamais une des histoires du jeune homme ne l'avait autant captivée.

- Et alors… ?

- Alors ?... Revan plia le genou et demanda à Bastila sa main. Car, selon lui, l'ayant vaincu au tournoi, la Force l'avait désignée pour être sa reine.

Rey pouvait presque visualiser la scène. Le Roi austère et fier, tout vêtu de noir, agenouillé face à une toute jeune femme drapée dans sa tunique de Jedi. Mais lorsqu'elle tentait mentalement de dessiner leurs traits, c'était fatalement ceux de Ben Solo et les siens qui lui apparaissaient. Mais contrairement à Bastila, Rey ne faisait pas le poids face au combattant qu'était Kylo Ren. A chacune de leurs confrontations, il l'avait simplement mise au tapis. Si des acteurs avaient du jouer son histoire, ça n'aurait été qu'une suite d'escarmouches et d'humiliations.

La jeune fille sentit ses joues rougir et ses yeux s'embuer. Essayant de reprendre contenance, elle demanda à Pyrcel comment Bastila réagit à la demande du Roi Revan.

- Elle accepta, évidemment. Et ils régnèrent ensemble en parfaite harmonie pendant trente ans. Un des règnes les plus longs de l'histoire du Clan. Quand Revan finit par mourir, Bastila transmit le trône à leur fils Vaner et retourna vivre parmi les Jedi. Vaner Shan régna à son tour durant un certain nombre d'années et parvint à conserver le trône pour le transmettre à ses descendants. Jusqu'à Satele Shan…

- Satele Shan ?! s'exclama Rey. Je connais ce nom ! Je l'ai vu gravé dans le Temple de la forêt d'Endor, sous une statue.

- Et pour cause, c'est Satele Shan qui en est la fondatrice…

- Le Temple d'Endor a été fondé par une reine Sith ?

Pyrcel sourit, ravi de pouvoir étaler sa science devant Rey et de lui en apprendre plus sur l'Histoire de cet Ordre, dont elle avait pourtant été l'une des novices.

- En fait, Satele Shan n'a que très peu régné sur le Clan. C'était une des plus puissantes utilisatrices de la Force – si ce n'est la plus puissante – qui ait jamais vécu. Mais l'exercice du pouvoir ne l'intéressait pas. Lorsque ses parents sont morts, elle avait tout juste seize ans. Des seigneurs Sith ont voulu profiter de l'occasion pour renverser la dynastie des Shan. Notamment le seigneur Dark Malgus, qui se voyait bien prendre sa place en tant que souverain. Mais Satele ne s'est pas laissé faire. Aussi jeune qu'elle était, elle commanda elle-même son armée pour les contrer. La légende raconte que lors d'un combat titanesque, elle affronta Dark Malgus en personne et lui brisa la colonne vertébrale, uniquement grâce à ses dons de Force. Après ça, plus aucun seigneur Sith n'osa défier son autorité. Paradoxalement, cinq ans après sa victoire, Satele Shan choisit d'abdiquer et de rejoindre l'Ordre des Jedi, comme l'avait fait son ancêtre Bastila. Elle désigna l'un de ses principaux généraux, Harron Tavus, pour lui succéder. Puis elle se retira dans la forêt d'Endor, où elle consacra le reste de sa vie à la méditation et à approfondir son lien avec la Force. On dit que, tant qu'elle vécut, aucun Sith n'osa défier l'autorité du Roi Harron Tavus, parce qu'ils avaient trop peur de provoquer le courroux de celle qu'ils surnommaient la « Sorcière Jedi ».

Ils étaient arrivés devant le Temple sith. C'était un immense édifice planté au milieu de la grande place, dont les tourelles pointaient vers le ciel, telles des lances. Des créatures hybrides, taillées à même la pierre, courraient sur les murs, les corniches et les pilastres. A l'intérieur, l'espace bien plus vaste que la modeste chapelle familiale de Lady Frak, n'en était pas moins oppressant. Les Sith avaient décidément un goût prononcé pour le noir et le rouge. Des clefs d'ogive jusqu'au pavement du sol, toute la construction reposait sur un camaïeu de granite sombre et de marbre rouge. D'immenses vitraux filtraient, dans la nef centrale et les allées latérales, une lumière sanguine crépusculaire.

Sur des fresques murales ou des tableaux d'autel, on pouvait à peine distinguer, à la lumière des bougies, des figures encapuchonnées, aux mains couvertes de sang. Rey frissonna devant l'autel où Pyrcel choisit de s'arrêter pour prier. Une grande statue drapée dans une bure informe, aux traits sévères striés de runes antiques, tenait bien droite entre ses mains une tablette de schiste noir, sur laquelle avait été gravé un texte rehaussé à la peinture vermillon :

La paix est un mensonge, il n'y a que la passion.
Par la passion, j'ai la puissance.
Par la puissance, j'ai le pouvoir.
Par le pouvoir, j'ai la victoire.
Par la victoire, je brise mes chaines.
La Force me libérera.

Rey demeura le regard fixe sur ce mantra. Il lui revint en mémoire celui que les Maîtres Jedi lui avaient fait apprendre par cœur à son entrée dans le Temple et qu'elle avait dû réciter lors de sa cérémonie d'intronisation en tant que novice :

Il n'y a pas d'émotion, il y a la paix.

Il n'y a pas d'ignorance, il y a la connaissance.

Il n'y a pas de passion, il y a la sérénité.

Il n'y a pas de chaos, il y a l'harmonie.

Il n'y a pas la mort, il y a la Force.

Elle médita les deux histoires que Pyrcel lui avait racontées sur le chemin : celles de Bastila et de Satele. Ainsi l'Ordre Jedi avait par le passé fourni une reine au Clan Sith. Et des années plus tard, les Sith avaient dû céder une autre reine aux Jedi. Et même plus proche du présent, Anakin Skywalker était bien passé par l'Ordre Jedi avant de rejoindre le Clan Sith et d'en devenir le nouveau maître. Plus tard, son fils Luke avait renié la couronne pour la bure. Et Kylo Ren lui-même n'avait-il pas suivi le même parcours ? Même s'il avait du prendre un chemin détourné. Comme un étrange jeu de vases communicants.

Comment deux Ordres, deux voies, qu'a priori tout opposait, pouvaient-elles autant se répondre, correspondre et parfois commuer au fil du temps, des siècles… ?

- On raconte, murmura la voix de Pyrcel, qu'il fut un temps où les Jedi et les Sith ne formaient qu'un seul peuple, une seule communauté avec une seule doctrine.

Rey se tourna vers lui, abasourdie. Le jeune noble venait-il de lire dans ses pensées ?

Pyrcel releva les yeux de sa prière et lui adressa un timide sourire.

- Ils vénéraient la Force, poursuivit-il, dans son entièreté. Sans distinction entre côté lumineux et côté obscure. Mais au fil du temps, certains ont commencé à éprouver de la méfiance pour ces aspects changeants. Ils voulurent pousser leurs compagnons à ne vénérer que les émanations claires et stables de son pouvoir, et à rejeter tout ce qui à leurs yeux était trop brutal et passionnel. Un autre groupe s'est levé. Pour eux, rejeter la partie obscure revenait à commettre une hérésie et à mettre en danger l'équilibre du Monde. Deux factions distinctes ont fini par voir le jour. Elles se sont livré une guerre fratricide pendant des siècles. Mettant à feu et à sang toutes les contrées et les royaumes. On dit que le monde était sur le point d'être réduit en cendre, lorsque deux chefs de clans rivaux décidèrent d'une trêve afin de se lancer ensemble dans une quête. Leur but était de retrouver les lieux de culte de la Première Doctrine, afin d'y trouver quelque chose qui permettrait de réconcilier les deux camps. Leur périple fut long et semer d'épreuves. Mais ils finirent un jour par trouver les vestiges dans lieu ancien, plus ancien que les débuts du conflit. Le bâtiment était pratiquement détruit. Mais au milieu des gravas, ils trouvèrent une trappe qui les mena dans un sous-sol. Sous terre, ils tombèrent sur un autel où reposait un vieil ouvrage, sur la couverture duquel était gravé le titre : « Journal des Whills ». Mais quand ils voulurent s'en emparer, le manuscrit tomba en poussière. Ils ne purent en sauver qu'une page. Ils ramenèrent cette unique relique auprès de leurs clans respectifs et firent jurer à tous leurs membres qu'il n'y aurait plus jamais de guerre ouverte entre eux.

Pyrcel marqua une nouvelle pause et se replongea dans sa prière. Peut-être pour laisser à Rey le temps d'assimiler ce qu'il venait de lui raconter. Elle se remémora les discussions qu'elle avait eues avec Luke, au début de son apprentissage. Quand ce dernier avait tenté de lui expliquer la nature de la Force. Qu'il ne s'agissait pas seulement d'une capacité à déplacer les objets ou lire dans les pensées, mais que la Force elle-même était une entité, avec sa volonté propre. Une volonté que parfois même les Jedi les plus expérimentés peinaient à comprendre. Elle repensa aussi à la description que lui en avait faite Ben Solo. Et elle trouva que sur certains points, leurs deux raisonnements se rejoignaient.

- Qu'y avait-il d'écrit sur la page ?

Pyrcel releva le menton, interloqué.

- Sur la page du Journal des Whills, précisa Rey. La seule qui a pu être sauvée. Qu'y avait-il d'écrit ?

Pyrcel ferma les yeux et récita de mémoire :

"D'abord vient le jour
Puis vient la nuit
Après l'obscurité
Surgit la lumière
La différence, disent-ils,
Ne s'équilibre que
Dans le gris parfait
Que perçoivent les Jedi.
"

Rey médita sur ces paroles tandis que Pyrcel s'était replongé dans la prière et semblait ne pas vouloir poursuivre leur conciliabule pour l'instant. Après avoir jeté un coup d'œil aux gardes qui se tenaient à l'écart, l'air plus ennuyé qu'acariâtre, elle décida de faire un tour pour explorer un peu plus le Temple. Elle tomba, ici ou là, sur des groupes en prière, des prêtres occupés à changer les cierges sur les autels et à gratter la cire tombée sur le sol. Dans le recoin d'une chapelle, elle entendit les voix claires de femmes en train de psalmodier des chants pieux. Elle sentit un frisson la parcourir comme un vent glacé ou un souffle d'air brûlant. Ici, en ce lieu chargé d'aura mystique, Rey avait l'impression d'être coupée du monde et pourtant d'en être la pierre angulaire. Comme un rocher posé au milieu d'une rivière, caressé par le torrent et pourtant inerte face au tumulte.

N'eut été les figures sinistres des héros Sith – qui décidément lui fichaient la frousse – elle aurait presque pu se sentir à l'aise dans cet endroit. Distraitement, ses pas la conduisirent vers le fond de la nef, derrière le Grand Retable représentant l'arrivée des premiers Sith sur le territoire de Korriban. Derrière, se trouvait un espace vide, baigné d'une lumière chatoyante et multicolore, émanant d'un immense vitrail immense et magnifique. Ce dernier figurait trois personnages auréolés d'or et d'azur. Au centre du trio, se tenait un homme d'un âge vénérable, affublé d'une longue barbe blanche et vêtu d'une longue robe grise. A sa droite, se tenait une très belle jeune femme aux yeux en amande et à l'abondante chevelure claire, entièrement vêtue de blanc. A sa gauche, un homme au crâne rasé, à la figure pâle, avec des marques rouges lui striant le visage, enveloppé dans une large robe noire. Tous trois se tenaient droits comme la Justice, toisant Rey de leurs yeux de verre.

La jeune Jedi ignorait si c'était dû à l'odeur de l'encens, l'écho des voix des chanteuses ou bien les rayons du soleil filtrant à travers les vitraux, mais il lui sembla que ces êtres inanimés étaient pourtant dotés de vie. Que leurs yeux sondaient son âme et que leurs voix l'appelaient, tentaient de lui dire quelque chose.

D'abord vient le jour

Il n'y a pas d'émotion, il y a la paix.

Puis vient la nuit

La paix est un mensonge, il n'y a que la passion.

Après l'obscurité

Par la passion, j'ai la puissance.

Surgit la lumière

Il n'y a pas de passion, il y a la sérénité.

La différence, disent-ils,

Il n'y a pas d'ignorance, il y a la connaissance.

Par le pouvoir, j'ai la victoire.

Ne s'équilibre que

Il n'y a pas de chaos, il y a l'harmonie.

Par la victoire, je brise mes chaines.

Dans le gris parfait

Il n'y a pas la mort, il y a la Force.

La Force me libérera.

Rey !

Rey sursauta. En tournant la tête, elle vit Pyrcel marcher vers elle, toujours flanqué de ses deux escortes.

- A vous êtes là ! s'exclama doucement le jeune homme. Je ne vous voyais plus.

Pyrcel se rapprocha et lui posa délicatement la main sur le bras.

- Tout va bien ? s'enquit-il. Vous paraissiez ailleurs…

- Ou… oui ? Oui ! se reprit la jeune femme. Si, si vous avez fini de prier, j'aimerais retourner en ville.

- Bien sûr.

Pyrcel jeta un regard hésitant aux deux gardes.

- Ca ne devrait pas poser problème si nous restons groupés.

Ils quittèrent la pénombre et la quiétude du temple pour rejoindre l'effervescence de la rue. Au milieu des saltimbanques et des badauds, Rey oubliait peu à peu sa mélancolie et ses tourments. Elle aurait voulu pouvoir lâcher prise et se joindre aux rondes et aux mascarades. On leur jeta des confettis. Un marchand de fleurs laissa tombé un bouton de rose à ses pieds, qu'elle s'empressa de coincé dans ses cheveux. Appâtée par l'odeur du sirop brûlant, elle insista pour que le groupe s'arrête à l'étale d'un vendeur de fruits confits. Pyrcel, en jeune homme courtois, proposa de lui offrir un cornet. Rey crut qu'elle allait défaillir en prenant entre ses mains le paquet de boulles brillantes et multicolores, au parfum enivrant. Elle se brûla les doigts et la langue en voulant saisir les friandises avant qu'elles n'aient eu le temps de refroidir. Mais elle s'en fichait. Le goût du sucre caramélisé fondant sur son palet, mêlé à la saveur des fruits, valait largement quelques cloques. Il lui sembla qu'il ne pouvait rien exister de plus délicieux en ce monde. Elle se pourlécha encore les doigts après avoir fini son cornet. Sous le regard amusé de Pyrcel.

- Vous semblez beaucoup apprécier les festivités, fit-il remarquer.

- Je m'étonne que vous ne vous y plaisiez pas davantage, répondit-elle.

- Je n'ai jamais beaucoup aimé l'agitation. J'ai toujours préféré la compagnie des livres à celle des humains. C'est même pire depuis la chute de Snoke…

Le jeune homme jeta sur Rey un regard mélancolique.

- A vous, je peux bien le dire, si mon père n'avait pas t'en insisté pour que je suive la tradition familiale, j'aurais volontiers rejoint l'Ordre Jedi.

Rey fut étonnée que Pyrcel lui fasse une telle confession, mais pas vraiment surprise de sa révélation. De ce qu'elle connaissait du caractère du jeune Yama, il se serait sans doute épanoui davantage parmi les Jedi que dans le tumulte des intrigues du Clan.

- Vous devez être soulagé au final, supposa la jeune femme dans une tentative de réconfort. Si vous aviez suivi votre vocation, vous seriez mort avec le reste des Jedi.

Pyrcel baissa la tête semblant médité sur cette question.

- Je me demandais… poursuivit Rey pour changer de sujet. Est-ce qu'on sait ce qui est arrivé au journal des Whills ? Du moins la dernière page, celle qui a été rapportée...

- Bien sûr, répondit Pyrcell. Encore aujourd'hui, le journal des Whills est considéré comme le texte sacré le plus fondamental pour les Sith et les Jedi. La relique est conservée dans un sanctuaire en lisière de la frontière de Dagobah. Ce sont les habitants des marais qui en ont la garde.

- Les habitants du marais ?

- C'est un peuple très discret. Même en s'aventurant au cœur de leur territoire, il n'est pas aisé d'en croiser. Ce sont de petits bonhommes tous verts, avec de grandes oreilles pointues et seulement trois doigts à chaque main. On les dit expert en poison et en camouflage. L'un d'eux était d'ailleurs un maître Jedi extrêmement honoré : Maître Yoda. Vous n'avez pas pu ne pas entendre parler de lui. C'était lui qui dirigeait le Temple d'Endor lorsque le Prince Luke Skywalker à fait le choix de renoncé au trône. On dit que si Dark Vador n'a jamais osé s'attaquer au Temple après un tel affront, c'était parce qu'il avait trop de respect – ou de crainte – pour Yoda. Il s'en est pris à Ben Kenobi parce que ce dernier n'a pas eu le bon sens de quitter le service du Roi au bon moment…

Luke parlait souvent de Yoda et de Kenobi, affirma Rey. Il disait que Kenobi était un homme à la loyauté sans faille. Que même au cœur de la tempête, il n'aurait jamais renoncé à faire son devoir…

- Bien sûr, je ne voulais pas paraître insultant. Tout le monde s'accorde à dire que Ben Kenobi était un Jedi sans égal. Et un combattant incroyable. Il y a même une rumeur qui prétend qu'il aurait vaincu en duel un seigneur de la maison Maul…

- Vous voulez dire, un des descendants du grand Dark Maul ?

Rey avait lu des chroniques sur cette sinistre famille, dans les archives de Korriban. L'une d'elle disait que le seigneur Dark Maul avait capturé une femme zabrak dans les contrées du de l'est et qu'il l'avait ramenée sur son fief afin qu'elle porte ses enfants – Les zabrak étaient réputés pour leur robustesse et leur tempérament agressif. – Le nom de la femme n'était jamais mentionné, ni qu'elle avait été sa vie auprès du seigneur Sith – les rumeurs courant sur ce dernier et la manière dont il traitait ses maîtresses ne laissait pas beaucoup d'optimisme – mais il était assuré qu'au cours des décennies suivantes les enfants nés au sein de la maison Maul présentaient tous des caractéristiques physiques du peuple zabrak. Et qu'ils semaient la discord et la violence autour d'eux.

- Comment Kenobi a-t-il pu être amené à se battre avec un seigneur Maul ?

- Une histoire de vengeance à ce qu'il paraît, répondit Pyrcel. L'homme en question aurait tué le propre maître de Kenobi lors d'une rixe…

- Mais le code des Jedi interdit la vengeance !

- Le Code l'interdit. Mais les Jedi sont avant tout des hommes, avec leurs propres règles...

- Et le Clan n'a pas demandé réparation pour la mort du seigneur Maul ?

- Les Maul n'ont jamais été très appréciés, même par les autres Sith. On a bien retrouvé Maul coupé en deux à la base du tronc. Seule une lame Jedi pouvait être assez puissante pour causer une telle chose. Mais Kenobi ne s'est jamais vanté de l'avoir tuer. Et puis, il n'y avait aucune preuve. Ca arrangeait bien les affaires de Dark Sidious. Certains prétendent qu'il avait déjà des vus sur le padawan de Kenobi à cette époque, et qu'il ne voulait pas les contrarier.

- Le padawan de Kenobi… ?

- Anakin Skywalker.


Leurs pas les avaient ramenés aux abords de l'arène où l'excitation était un son comble. Deux nouveaux combattants venaient d'entrer en lice. Les deux gardes du corps se placèrent devant Pyrcel et leur taillèrent un passage à travers la foule pour atteindre les gradins. Ils parvinrent ainsi jusqu'à la tribune où se trouvaient Lord Muraka et Lady Senyse.

- Pyrcel ! s'exclama le maître des lieux en apercevant le jeune homme avec sa suite. Venez vous installer à avec nous.

Il y avait au moins cinq autres personnes réunis autour de Muraka et de sa sœur. Un homme peut-être âgé d'une cinquantaine d'année, corpulent et courtaud, avec un collier de barbe châtain, flanqué de deux jeunes gens qui devaient avoir dans la vingtaine et paraissaient être ses doubles.

- Vous connaissez Lord Penza et ses fils, lança Muraka.

Pyrcel s'inclina poliment vers le trio, qui lui rendit la pareille, sans effusion.

- Et Lord Vazarii et Lady Tulak.

Le seigneur sith désigna un homme efflanqué, au crâne rasé, et une femme à l'air austère, avec des yeux d'un bleu délavé, presque blanc.

- Vous arrivez juste à temps pour le combat de notre nouveau Roi.

Rey tourna vivement la tête en direction de l'arène. En effet, elle reconnut l'armure noire de Kylo Ren. Malgré elle, elle sentit le sang pulser dans ses veines et augmenter son débit.

- Est-ce son premier duel ? demanda Pyrcel en feignant l'intérêt.

- Non. Il y en a eu trois autres avant. Mais vous n'avez rien manqué d'intéressant. Des échauffements, rien plus. Vite expédié. Mais là, ça promet d'être plus palpitant. Kylo Ren affronte Lord Azrakel.

Le cœur de Rey s'emballa. La jeune femme dut faire appel tout son sang-froid pour masquer son anxiété. Ren n'aurait surement pas aimé qu'elle se donne en spectacle dans un moment pareil. Elle-même se trouvait ridicule d'être aussi émotive.

Pourquoi s'inquiéter pour Ben Solo ? N'était-ce pas la vie qu'il avait choisie ? C'était son combat et non celui de Rey.

Pourtant, lorsque les deux combattants se tinrent face à face et échangèrent les saluts de circonstances, la jeune femme resta cramponnée à la balustrade. Les yeux fixés sur les épées s'entrechoquant, tressaillant à chaque tintement du métal.

Les deux hommes optèrent immédiatement pour une technique très agressive. Rey connaissait par cœur les mouvements de Ren à présent. Elle savait quand il montait à la charge pour déstabiliser son adversaire et quand il battait en retraite pour reprendre son souffle. Le style de Lord Azrakel lui était moins familier, mais elle le trouva extrêmement brutal. Et vicieux, cherchant les failles de son adversaire avec acharnement. Ce duel n'avait rien d'amical.

- Seriez-vous tenté par un pari, Pyrcel ? lança Lord Muraka dans son dos. J'ai tenté d'intéresser ma sœur mais elle a une sainte horreur des jeux de hasard. Elle trouve que c'est défier la Force.

- Je ne peux que lui donner raison, approuva calmement le jeune Yama.

- Dites plutôt que vous n'osez pas parier contre le Roi.

Rey sentit ses poils se hérisser sur sa nuque.

- Je comprends vos réticences. La Force semble être du côté de notre souverain. Azrakel est plus téméraire. Il a accepté de parier trente deniers qu'il arriverait à éliminer Kylo Ren avant la finale.

Au même moment, un cri s'éleva depuis l'arène. Azrakel venait de porter un coup violant à Kylo Ren au niveau de l'épaule.

Rey sentit son sang se glacer. C'était le point faible de Ben Solo. Elle vit le Roi flancher, un genou tombant dans la poussière. S'appuyant sur son épée, le poing droit serré autour de sa garde, tandis qu'il portait l'autre main à son épaule. Rey allait enjamber la balustrade et se jeter dans l'arène pour le rejoindre, lorsque Ben se redressa et fondit sur son adversaire. Azrakel ne s'attendait visiblement pas à la violence de la charge. Il fut lent à riposter. Trop lent. Ren parvint à lui faire lâcher son épée. Il enchaina avec un coup de coude brutal au visage. La tête d'Azrakel vola en arrière et le sang gicla de son nez. Un croque-en-jambe bien placé et le seigneur sith se retrouva les deux genoux dans la poussière, avec son épée et celle de Kylo Ren sur la nuque.

Alors le rouquin leva les bras au ciel et inclina la tête, faisant comprendre ainsi qu'il déclarait forfait. Kylo Ren demeura immobile, tenant les deux lames en cisailles autour du cou d'Azrakel. Un seul geste de sa part et l'homme était décapité. Le public retint son souffle.

Au bout d'un moment qui parut interminable, le Roi sith finit par relâcher son adversaire. Le héraut déclara Kylo Ren victorieux pour cette manche. Ren jeta son épée aux pieds du vaincu et tourna les talons pour quitter la lice, sans plus lui accorder un seul regard.

- Je viens de gagner trente deniers ! s'exclama un Muraka goguenard. Ca me dédommagera pour l'humiliation qu'Azrakel m'a fait subir tout à l'heure.

Rey était à bout de nerfs. Elle aurait voulu se précipiter à la suite de Ben et s'assurer qu'il avait bien encaissé le coup. Mais elle craignait que ce soit mal interprété. Officiellement, c'était à Naïs de s'occuper du Roi et de veiller sur son état physique hors de l'arène.

La jeune fille injuria intérieurement le Zabrak. A tous les coups, cet imbécile avait mal ajusté l'épaulière de son maître avant son entrée en lice. Il aurait pourtant du savoir que c'était le point le plus sensible – à cause d'une vieille blessure de guerre qui n'avait jamais guéri correctement - et qu'il fallait le protéger en priorité.

- J'en ai assez vu pour aujourd'hui, annonça Pyrcel. Je pense me retirer dans la bibliothèque jusqu'à la fin de la journée…

- Vraiment ? Vous ne souhaitez pas assister au reste des combats ? Maintenant que les choses deviennent enfin intéressantes…

Pyrcel déclina poliment l'offre insistante de Lord Muraka de demeurer à ses côtés. Visiblement, ce dernier avait très envie de s'entretenir avec lui de sa sœur Lady Fénide. A chaque fois que Muraka prononçait son nom, les oreilles de Pyrcel viraient au rose cerise. Le jeune homme finit par décamper de la tribune, toujours flanqué de ses deux gardes du corps.

Rey hésita à le suivre. Mais par une telle journée ensoleillée, avec autant d'agitation et d'effervescences autour, elle n'avait guère envie de rester enfermée. Après que Pyrcel eut quitté les lieux, la jeune fille descendit discrètement de la tribune, se frayant un chemin à travers le public. Ce qui était nettement moins aisé sans les deux gardes pour lui tailler un passage.

- Hey, toi !

On l'agrippa brusquement par le bras. Rey se dégagea, dégaina la dague qu'elle portait à sa ceinture et fit volteface. Et se retrouva nez à nez avec Enor.

- Holà ! Rengaine ça, fillette ! Tu pourrais blesser quelqu'un.

- Qu'est-ce que tu veux ? maugréa Rey en rangeant son arme, de mauvaise humeur.

La journée avait si bien commencé. Et cet imbécile allait la lui gâcher à tous les coups.

- J'ai besoin que tu ailles t'occuper de Kylo Ren. Son combat contre Lord Azrakel l'a foutu dans un état de nerfs à vif. Faut que quelqu'un l'aide à se canaliser avant son prochain combat.

- C'est pas le rôle de Naïs ?

- Il assure le prochain duel : il a pas le temps.

- Et toi ? Tu peux pas t'en occuper ?

- T'es son écuyère, oui ou merde ?

Elle ne trouva rien à rétorquer. Apparemment, Enor n'avait pas été mis au courant de leur altercation, ou bien il feignait de l'ignorer. Quoiqu'il en fut, c'eût été délicat de regimber dans un moment pareil. Rey se résigna donc à suivre le chevalier de Ren jusqu'à la tente royale, installée à quelques pas de la lice, au milieu des autres bivouacs où les compétiteurs se rassemblaient pour se détendre et panser leurs blessures entre deux combats.

La tente de Kylo Ren se distinguait des autres par sa taille – immense -, ses armoiries – la lune rouge sur champ noir – et les deux gardes faisant le pied de gru à l'entrée. Enor poussa pratiquement Rey sous le dais, sans même prendre la peine de l'annoncer et retourna à ses occupations, la laissant seule dans la chaleur feutrée de la tente royale.

Seule. Pas tout à fait. La silhouette massive de Kylo Ren émergea de derrière une tenture tendue au milieu pour plus d'intimité. Le Roi Sith se figea en posant les yeux sur Rey.

- Que fais-tu ici ?

L'écuyère s'efforça d'ignorer son pincement au cœur devant l'air désappointé et irritable de son maître.

- On m'a envoyée vous assister, répondit-elle.

- Il n'y avait personne d'autre de disponible ?

- Apparemment non.

Ben poussa un grognement, puis s'assit sur un tabouret, visiblement résigné.

- Aide-moi à enlever ça.

Il se débattait avec les attaches de son épaulière. Rey se précipita pour dénouer les liens avec dextérité. Depuis le temps, elle connaissait son équipement par cœur et aurait pu le lui enlever les yeux fermés. Ben poussa un soupir de soulagement lorsque le poids du métal quitta son épaule. Après que Rey lui eut ôté le reste de son armure et sa cotte de maille, il se massa douloureusement la clavicule, sous sa chemise. Il était en sueur et tendu comme un arc. Rey lui trouva une mine misérable. On aurait eu peine à croire qu'il venait de remporter le combat face à Lord Azrakel.

Elle rapprocha sa main de son épaule et se mit à malaxer consciencieusement les muscles endoloris. Ben n'osa pas bougé dans un premier temps, se figeant sous les doigts de Rey comme un animal sauvage pris au piège de son prédateur. Passant outre le malaise du Roi, la jeune femme s'ingéniait à attendrir cette chair aussi dure que le marbre et récalcitrante. Elle enfonça ses doigts profondément, entre les muscles et les tendons, cherchant la raideur, le nœud, le point névralgique.

Elle sut qu'elle l'avait trouvé lorsque Ben poussa tout d'un coup un rugissement en cambrant le dos.

- C'est ici, n'est-ce pas ?

Ben se contenta de grogner en serrant les lèvres. Rey frotta la peau sous sa chemise, pour tenter de la réchauffer.

- Il faudrait un onguent, dit-elle. Ou un baume. Une pommade apaisante.

- Dans la sacoche, grogna Ben en lui désignant le sac posé dans un coin de la tente.

Rey fouilla dedans et en sorti un pot en terre, fermé à l'aide d'un morceau de cuir serré par un lacet. La substance contenue à l'intérieure était graisseuse, d'un blanc grisâtre et dégageait une forte odeur de menthe poivrée.

- Nous allons voir si ce baume de Lady Yama est efficace, commenta Ben et se retournant face à l'entrée de la tente.

Pour une fois, Rey ne ressentit pas d'agacement particulier à la mention de la noble dame. Elle revint près de son maître, prélevant une généreuse portion de pommade entre ses doigts et la fit chauffer contre sa peau.

- Vous devriez enlever votre chemise, dit-elle dans le dos du Roi.

Et vit ce dernier se redresser sur son siège, aux aguets.

- Ce serait plus pratique, argumenta-t-elle. Pour la pommade.

Ben poussa un soupire et fit passer le vêtement par-dessus sa tête. Rey eut alors une vue imprenable sur son dos nu, banc comme du lait caillé et maculé de cicatrices.

Bien qu'il se soit de nombreuses fois déshabillé en sa présence, Rey ne l'avait jamais vu nu. A chaque fois, il se dévêtait derrière un rideau ou un paravent. Sans doute pour ménager sa pudeur. Dans ces moments, Rey devait lutter contre la tentation de jeter un coup d'œil, à la dérobée. Elle avait résisté jusqu'à présent, pour respecter son intimité et parce qu'elle craignait que ses émotions ne la trahissent si son regard tombait par mégarde sur sa peau nue.

Et maintenant, qu'il était entièrement offert à son regard – et ses mains – elle sentait monter du fond de son ventre une chaleur familière et agréable. Mais qu'elle ne pouvait s'empêcher de trouver déplacer dans un moment pareil. Elle s'efforça de compenser sa gêne en étant le plus professionnelle possible, restant concentrée sur la zone qu'elle avait à soigner.

Surtout, ne pas descendre vers sa poitrine. Ne pas toucher ses pectoraux. Ne pas effleurer ses flans. Ne pas respirer l'odeur de ses cheveux… Oh Force, surtout pas ses cheveux !...

Elle dut se montrer efficace, car Ben finit par pousser un soupir d'apaisement et se laisser aller contre elle. Sa tête posée sous la poitrine menue de son écuyère. Rey sentit ses joues prendre feu. Heureusement, dans cette position, Ben ne pouvait pas percevoir son trouble.

Du moins, elle l'espérait…

- Vous allez encore combattre tout à l'heure ? demanda-t-elle pour briser le silence qu'elle trouvait bien trop intimiste.

- Il le faut bien, soupira Ben.

- Toujours ces histoires de paraître… ?

- Toujours…

- Et si vous perdez le prochain combat ? Que vous vous effondrez à cause de la douleur ?...

- Je n'ai vraiment pas envie de penser à ça maintenant, Rey.

- Et moi ? Qu'est-ce que je deviendrais ?...

Ben lui attrapa brusquement le poignet. La jeune fille ne s'était pas attendue à ce geste et demeura figée. Doucement, son maître se tourna vers elle. Sans lui lâcher la main. Il l'a tenait fermement serrée dans sa paume, sans brutalité. Comme il aurait gardé un oisillon dans son poing sans vouloir l'étouffer.

Le Roi sith planta ses yeux noirs d'encre dans les siens. Rey s'efforça de soutenir son regard sans ciller, en ignorant les battements de son cœur, en s'efforçant de ne pas penser au fait qu'il pouvait sentir son pouls sous ses doigts.

- J'ai juré de te préserver du danger. Je ne me dédirai pas de ma parole. Notre… différent n'y change rien.

Rey voulait le croire. Pas tant parce qu'elle craignait pour sa propre sécurité, mais parce qu'elle ne pouvait plus imaginer mener une existe dans laquelle cet homme n'occuperait aucune place.

- Vous jouez un jeu dangereux, dit-elle cependant. Vous savez que ces gens n'attendent que le moindre signe de faiblesse de votre part pour vous faire chuter. Pourtant, vous faîtes tout pour leur plaire. Dans le fond, vous êtes esclave de vos propres sujets…

Pour un peu, elle aurait rougi de sa propre audace. Mais à son grand étonnement, loin de s'offusquer ou de lui rappeler sa propre condition, Ben Solo laissa échapper un rire. Un rire qui n'appartenait qu'à lui, à mi-chemin entre le grognement et le murmure. Sa bouche trop grande s'étirant d'une oreille à l'autre et creusant des fossettes aux coins de ses joues.

- Tu n'as pas tellement tort, dit-il en lui baisant le dos de la main.

Le geste fut exécuté de manière anodine et parfaitement naturelle. Mais lorsque Kylo Ren se rendit compte de la portée de ce baiser, il relâcha instantanément la main de Rey.

- Merci pour ton aide, répliqua-t-il en lui tournant à nouveau le dos. Tu peux disposer.

Rey quitta la tente précipitamment, gardant le poing serré contre elle.


En milieu d'après-midi, un orage éclata, obligeant les joutes à s'interrompre. A la tombée du soir, la pluie et le tonnerre avait cessé pour céder la place à une atmosphère chargée d'électricité. L'heure n'était plus au tournoi – dont la finale avait été reportée au lendemain – mais aux feux de joies, aux mascarades et aux charivaris. Les nobles, chevaliers et invités de hautes distinctions s'étaient réfugiés dans le château, où un banquet était donné avec profusion de viandes et de mets rares, accompagné de musique et de numéros de danse. Tandis que le petit peuple poursuivait ses propres festivités au sein de la ville.

Finn était parvenu à s'arranger pour être libéré de son tour de garde. A l'instar de beaucoup de domestiques et de membres du personnel – ainsi que quelques chevaliers de Ren -, il s'était glissé hors du château pour se mêler aux petites gens. Il avait troqué son uniforme de garde royal contre une tenue plus passe-partout. Il marcha en direction de la Grande Place, s'efforçant d'adopter une démarche décontractée. Il ne voulait surtout pas donner l'impression d'être en quête de quelque chose ou de quelqu'un. Au cas où un espion serait sur ses basques, il devait avoir l'air d'un simple trouffion partie s'encanailler dans la Basse-Ville.

Arrivé sur la Grande Place, l'agitation battait son plein. Une estrade avait été installée au beau milieu de l'esplanade. Un groupe de musiciens enchainaient les morceaux de tambours et de cornemuses, tandis que la foule dansait en rond autour de la scène.

Soudain Finn aperçut au loin la silhouette de Rey. Il se figea un instant. Les deux jeunes gens ne s'étaient pas reparlé depuis que Finn avait gaffé en évoquant la relation que la jeune femme entretenait avec Kylo Ren. Il craignait de l'avoir fâchée au point qu'elle décide de le dénoncer au Roi ou l'un de ses chevaliers. Mais il semblait bien que Rey ait tenu sa langue, en dépit du ressentiment qu'elle pouvait avoir envers lui.

Décidément, plus il apprenait à la connaître, moins Finn parvenait à comprendre le fonctionnement de cette fille. Mais il ne pouvait nier qu'elle ne lui avait jamais donné aucun motif de la croire vindicative ou déloyale. Il comprenait d'autant moins comment Kylo Ren avait pu s'attacher l'affection d'une femme comme elle. Et ça le mettait de plus en plus mal à l'aise de se servir d'elle pour tenter d'atteindre le Roi.

Mais les grandes causes impliquent parfois de se salir les mains, comme aimait à le rappeler Poe Dameron.

Rey finit par l'apercevoir elle aussi et courut vers lui. Elle lui sauta littéralement au cou et l'embrassa sur les deux joues avec effusion. Son haleine sentait fort l'hydromel. Et il y avait au moins deux couronnes de fleurs superposées sur le sommet de sa tête.

- Je vois que tu as déjà bien entamé la soirée, fit remarquer le jeune homme.

Les yeux de Rey brillaient comme des chandelles.

- Viens danser, décréta-t-elle en l'entrainant vers la ronde des danseurs.

Finn n'opposa aucune résistance. Après tout, il était officiellement là pour faire la fête.

Rey paraissait survoltée, sautillant comme un cabri au rythme de la musique. Finn s'efforçait d'être dans l'ambiance, mais il ne pouvait s'empêcher de jeter des regards inquisiteurs en périphérie de la foule. Soudain, sans prévenir, Rey lui sauta de nouveau au cou, mais cette fois ce fut sur la bouche qu'elle l'embrassa. Le jeune homme n'était tellement pas préparé à un tel assaut qu'il demeura figé, comme frappé par la foudre.

Puis, reprenant ses esprits, il saisit Rey par les épaules et la repoussa doucement mais fermement.

- Rey ? Combien de pintes d'hydromel as-tu bu exactement ?

- Assez pour avoir envie de t'embrasser, bafouilla la jeune femme.

Elle essaya à nouveau de nouer ses bras autour de son cou, mais Finn la maintint à bout de bras.

- Rey, je pense pas que ce soit une bonne idée.

- Pourquoi pas ? C'est la réaction de Kylo Ren qui t'inquiète ?

Elle rit. Mais d'un rire grelotant, nerveux, sans joie réelle.

- Y a pas de raison, crois-moi. Je suis pas sa maîtresse…

Elle tenta un nouvel assaut, que Finn repoussa encore, de plus en plus mal à l'aise.

- Qu'est-ce qu'il y a, à la fin ? s'impatienta Rey. Toi non plus, tu m'trouves pas à ton goût ?...

- Rey, je pense vraiment que tu devrais te calmer…

La jeune femme se dégagea brutalement.

- Va te faire ! cracha-t-elle. J'ai pas envie de me calmer… J'ai envie de m'amuser !

Elle s'écarta vivement et se précipita à l'autre bout de la place pour rejoindre un autre groupe de danseurs. Sa démarche était légèrement titubante. Et Finn envisagea de la suivre, craignant qu'elle ne s'attire des ennuis. Ce fut alors que son attention fut attirée par un éclair orange qui traversa son champ de vision.

Tournant la tête, il vit la renarde galoper en direction d'un coin reculé, dans une ruelle étroite. Une tête ronde, casquée d'épais cheveux noirs, émargeait de derrière un muret. Finn sentit ses boyaux se tordre au creux de son estomac en reconnaissant le visage de Rose. Et vue sa mine contrariée, elle avait dû assister à toute la scène entre lui et Rey.

Lorsqu'elle disparut à l'angle de la ruelle, sans réfléchir, il l'a suivi. Oubliant pour le coup la jeune Rey qui continuait de s'agiter dans son coin.


Kylo Ren déambulait depuis plus d'une heure au hasard des rues de la ville. Un peu plus tôt dans la soirée, il était parvenu à fausser compagnie à ses hôtes en prétextant une lassitude due à ses épreuves lors du tournoi. Revenu à ses appartements, il avait troqué ses vêtements d'apparat contre un simple pourpoint gris anthracite et un manteau noir. Puis, il s'était glissé hors du château par un passage secret, qu'il avait découvert la nuit dernière.

Au coin d'une rue, il jeta une pièce d'argent à une marchande de colifichets en échange d'un loup, qu'il se plaqua sur les yeux. Cette nuit, il ne voulait plus être Kylo Ren, ni le Roi du Clan des Sith, ni même Ben Solo, mais juste un anonyme parmi d'autres.

Au cours de la journée, une foule des courtisans et de nobles des différents fiefs voisins avaient accouru vers la demeure des Muraka en apprenant la présence du Roi dans leurs murs. En plus d'Azrakel et de sa cour, Kylo devait à présent se farcir Lord Penza, accompagné de ses deux fils, ainsi que leurs cousins les Vazarii et les Tulak.

Cela faisait bien trop de seigneurs sith arrogants et opportunistes, réunis en un seul endroit au goût de Kylo Ren. Qui visiblement ne pouvaient pas rester sagement dans leurs fiefs à attendre que Ren daigne leur rendre visite. Non, il fallait qu'ils viennent se trainer jusqu'ici pour lui faire leur cour.

Toutes ces courbettes et faux-semblants finissaient par l'écœuré, tout comme les tentatives de Lord Muraka pour lui coller sa sœur sur les genoux ou les compliments pleins de fiel de Lord Azrakel pour sa victoire. Il en venait à se demander pourquoi il avait tant désiré cette couronne et s'obstinait à la garder, alors qu'il lui aurait été si aisé de disparaitre dans la nuit.

Au loin, il entendit les fredonnements d'une chanson populaire.

Un gros chat se rendit au bal
Tikiti tom ta tikiti tom
Un gros chat se rendit au bal
Tikiti tom ti day1

Ces déambulations le menèrent sur la place devant le Grand Temple sith, où toute la populace semblait s'être donné rendez-vous.

Un gros chat se rendit au bal
A pris ses bottes et son cheval
Tikiti tom ti day

Au bal des chats et des souris
Tikiti tom ta tikiti tom

Kylo allait faire le grand tour afin de s'engouffrer dans une rue adjacente, lorsque son regard tomba sur un couple enlacé.

Au bal des chats et des souris
À petits pas, rondes et quadrilles
Tikiti tom ti day

Il crut que sa tête allait exploser lorsqu'il reconnut Rey suspendue au cou de ce jeune garde à la peau noire, dont Kylo ne parvenait pas à se rappeler le nom. Mais auquel il aurait volontiers arraché les bras et les jambes en cet instant précis.

Souris, veux-tu qu'on se marie?
Tikit tom ta tikiti tom
Hey, Souris veux-tu qu'on se marie?
J'ai de l'or et du crédit
Tikiti tom ti day

Ainsi ses pires craintes étaient confirmées. Rey l'avait repoussé, méprisé, pour se donner à cet homme. Un garçon sans nom ni titre, un moins-que-rien.

Je n'veux pas me marier
Tikit tom ta tikiti tom

Non, je n'veux pas me marier
Ôte tes pattes, vilain chat gris
Tikiti tom ti lay

Kylo sentait une lame s'enfoncer dans sa poitrine à chaque fois que Rey posait ses lèvres tendres sur celles de son amant. Les deux jeunes gens n'avaient de cesse de se coller l'un à l'autre, puis de se séparer, comme deux tourtereaux batifolant sur une branche.

Non, je n'veux pas me marier
Je veux courir dans les blés
Tikiti tom ti day

Soudain, sans raison apparente, Rey s'écarta brusquement de son soupirant et sembla vouloir le fuir. Ce dernier parut hésiter à la suivre, mais quelque chose attira son attention plus loin et il partit dans la direction opposée. L'occasion était trop belle à prendre. Et Kylo sentit ses instincts de prédateur se réveiller.

Puisque cet imbécile était assez fou pour laisser un tel trésor sans surveillance, lui saurait en prendre un bien meilleur soin.


Finn retrouva Rose derrière l'établie d'un vendeur d'hydromel. A peine fut-il à portée de bras que la jeune femme lui administra une soufflante qui manqua lui décrocher la mâchoire.

- M'enfin ! Je peux savoir ce qui te prend ?!

- Alors, c'est comme ça que tu travailles pour la Rébellion ! cracha Rose d'un ton accusateur.

Entre eux, à leurs pieds, Bibi la renarde jappait bruyamment.

- Rose, c'est pas ce que tu crois…

- Je ferme les yeux pour Poe. Parce que vous avez un passif tous les deux et que je sais qu'il donnerait sa vie pour toi. Mais que tu joues les séducteurs, pendant que je me ronges les sangs à imaginer le pire… Là c'est trop !

Elle allait lui administrer une nouvelle claque, quand Finn parvint à lui attraper le poignet et à l'attirer contre lui. Rose se débattit encore lorsqu'il glissa son autre main au bas de son dos, rapprochant leurs bassins.

- Toi aussi, tu m'as manquée, murmura Finn contre ses lèvres, avant de les embrasser.


Rey ne touchait plus terre. Les trois pintes qu'elle avait bues au cours de la soirée lui chantaient dans la tête. Le parfum des fleurs dans ses cheveux, les voix tonitruantes des chanteurs, le vertige de la danse, la chaleur irradiante des corps autour d'elle… C'était comme être en transe. Plus rien n'avait d'importance. Plus rien n'était grave. Elle aurait pu disparaître, se fondre dans l'atmosphère comme de la fumée.

Ah viens ma belle, apporte-moi du vin,

apporte-moi du vin, je meurs de soif ici !
Ah viens ma belle, apporte-moi du vin,
J'ai soif de vin et de femme !(2)

Kylo soupira. Les musiciens s'étaient-ils lancés comme défi de jouer les chansons les plus stupides de leur répertoire ?

Fendant la foule, il marcha droit sur Rey. Les yeux rivés sur elle, tel un phare dans la tempête. Sa stature lui offrant un avantage pour repérer la jeune femme, au milieu de l'agitation.

Je ne t'en verserai que si tu danses avec moi,

si tu danses avec moi, alors 'viendrai à toi !
Je ne t'en verserai que si tu danses avec moi,

alors tu recevras le vin et la femme !

Rey se heurta soudain à un immense colosse enveloppé dans une cape noire, un masque sur le visage. On aurait dit un spectre comme dans les histoires de fantômes. Cela la fit rire. L'inconnu la prit par la taille et l'entraina dans une ronde frénétique.

Oh viens ma belle, monte sur la table,

monte sur la table, viens nous y danserons !
Oh viens ma belle, monte sur la table,

que chacun puisse nous voir !

Finn et Rose s'enfoncèrent dans une ruelle sombre. Appuyés contre un muret, ils n'avaient de cesse de s'embrasser, de se toucher, les mains fouillant sous leurs vêtements, cherchant de la peau à caresser, de la chair à agripper. Ils étaient tellement affamés l'un de l'autre, que la nuit entière ne suffirait pas à les rassasier.

J'y monterai contre un baiser de toi, un baiser de toi,

Oui, c'est ce que je souhaite !
J'y monterai contre un baiser de toi, j'y monterai avec toi.

Prisonnière des bras puissants de son mystérieux cavalier, Rey avait la tête prise dans les nuages formés par la fumée des feux de joie. Son partenaire la faisait tournoyer, la saisissait par la taille et la soulevait par moment, avant de la reposer au sol, en suivant la cadence des tambours.

Puis, vint un moment où elle ne retoucha plus terre. Il venait de caller ses grandes mains sous ses cuisses et d'écraser ses lèvres contre les siennes.

Le vice attire et la chair est faible ; il en sera toujours ainsi.
La nuit est jeune et le diable rit, viens que nous nous en versions.

Le goût de ses lèvres lui donna le vertige. C'était plus doux que le miel, plus suave que le vin aux épices. Sans réfléchir, elle lui rendit son baiser. C'était sans doute brouillon et maladroit. Ca faisait tellement longtemps qu'elle n'avait pas échangé de vrai baiser avec personne. Qu'aucun homme ne l'avait serrée contre sa poitrine aussi fort. Et elle avait tellement besoin de ça ! Juste sentir qu'elle était attendue, recherchée, désirée. Savoir qu'un homme voulait la prendre. Fut-ce un inconnu… Fut-ce seulement pour une nuit…

Et plus tard ma belle, prête-moi ta couche,

prête-moi ta couche, que je ne gèle pas !
Et plus tard ma belle, prête-moi ta couche,

tu ne perdras pas au change !

Il l'entraina dans une rue parallèle au Temple. Rey se laissa conduire sans résister. Kylo n'en revenait pas que ce fut aussi simple. Une fois dans l'ombre, il s'enfonça dans un recoin, derrière un contrefort du Temple et s'empara à nouveau des lèvres de la jeune femme.

Force, sa bouche ! Comment avait-il pu vivre avant cette nuit sans le souffle de Rey, sans le parfum de son haleine, sans le choc de ses dents contre les siennes ?...

Seulement si tu n'en embrasses aucune autre aujourd'hui,

aucune autre aujourd'hui, si tu m'es fidèle !
Seulement si tu n'en embrasses une autre aujourd'hui,

sinon tu dormiras seul.

Rey se laissait embrasser, caresser, mordre, palper… L'inconnu paraissait vouloir la dévorer toute entière. Peut-être, si elle avait été moins éméchée, moins grisée, moins désespérée elle-même, aurait-elle été inquiète d'être ainsi manipulée entre des mains inconnues…d'être envahie dans son espace personnel. Pourtant, elle se sentait étrangement en sécurité dans les bras de cet homme, enveloppée dans son manteau, écrasée sous sa puissante stature. Embrasée par son souffle dans le creux de son cou.

Brusquement, Rey se heurta au bois d'une porte. Son compagnon saisit la poignée dans son dos et la poussa de l'autre côté. Derrière eux, les musiciens achevaient leur dernier couplet.

Le vice attire et la chair est faible ; il en sera toujours ainsi.

La nuit est jeune et le diable rit, viens que nous nous en servions.

Le claquement de la porte résonna dans le Temple, tel un coup de marteau. Kylo était parvenu à forcer le mécanisme de la serrure en utilisant la Force. Son masque toujours sur les yeux, il entraina Rey à travers les rangées de piliers et de candélabres.

Le Temple, vidé de ses fidèles, avait une autre âme à présent et semblait vouloir se faire l'écrin des étreintes clandestines des deux amants.

Les claquements de pas sur le pavement résonnaient avec force jusqu'aux voûtes. Comme des battements de cœur affolés.

Finalement, Kylo s'arrêta devant une chapelle, reléguée derrière le chœur. Il amena Rey contre l'autel vide de toute offrande, comme prêt à les accueillir. Saisissant la jeune femme par la taille, il l'a fit assoir sur la table de pierre et recommença à l'embrasser. A force d'étreinte, il l'a rejoignit sur l'autel, s'étendant près d'elle comme sur un lit nuptiale.

Couchée sur la pierre, l'homme calé entre ses jambes ouvertes, Rey leva les yeux au-dessus d'elle et - tandis que son amant du moment défaisait les lacets de ses braies et glissait sa main entre ses cuisses - observa distraitement le vitrail au-dessus d'eux. Plongées dans l'obscurité, sans la lumière du jour filtrant à travers les plaques en verre, les formes étaient à peine distinguables. Elle crut reconnaître trois silhouettes, vaguement familières.

La main de son amant fouillant sous son vêtement la distrait dans sa réflexion. Lorsque ses doigts glissèrent sur sa fente humide, Rey sursauta alors qu'une langue de feu lui traversait l'épine dorsale. Ses soupires s'élevèrent jusqu'aux vitraux. Elle n'avait pas réalisé qu'elle était aussi mouillée, jusqu'à ce qu'elle sente les doigts larges étirer ses chairs tendres et lisses. Elle peinait à reprendre son souffle et garder le contrôle sur sa respiration. Alors que l'intrusion en elle se faisait plus pressante.

Elle était comme hors de son propre corps. Abandonnant son enveloppe charnelle à aux mains d'un inconnu, tandis qu'elle flottait au-dessus d'elle-même.

Poussant toujours plus profondément dans sa chair intime. Jusqu'à laisser exhaler le nom qu'elle gardait enfoui au fond de son cœur.

Ben !

Ce fut comme une chute depuis le plafond. Brusquement, Rey eut conscience de la dureté de la table de pierre sous elle. Du courant d'air s'insinuant sous les linteaux des portes et glissant sur sa peau. Du vitrail au-dessus d'elle – celui qu'elle avait admiré, le matin même – et des yeux de verre qui la toisaient dans l'obscurité. Et le poids de cet autre corps au-dessus du sien, de sa main sur son sexe. Elle prit vaguement conscience que ce qu'ils faisaient pouvait s'apparenter à un sacrilège.

Kylo était demeuré figé. Perdu entre l'excitation et la consternation. Avait-elle crié son nom parce qu'elle venait de le reconnaître ? Parce qu'elle voulait que ce soit lui ? Ou parce qu'elle connaissait quelqu'un d'autre portant ce nom ? Devait-il retirer son masque ?...

Il n'eut malheureusement pas le temps de lui poser la question, car des bruits de pas se firent entendre dans la nef. Un « Qui va là ? » s'éleva du gardien venu débusqué les impertinents qui osaient profaner la quiétude du Temple.


Encore engourdis par leur étreinte passionnée, Finn et Rose se rhabillaient silencieusement, tandis que de la rue leur parvenait l'écho des voix des derniers fêtards qui rejoignaient leurs pénates. Ou à défaut, un recoin où cuver leur bière en attendant que le jour se lève. Bibi faisait la sentinelle, à quelques pas, guettant l'éventuelle venue d'une milice ou de quelque opportun.

Ce fut Finn qui rompit le silence en premier :

- Tu es venue seule jusqu'ici ?

Rose acquiesça.

- Poe m'a confiée sa renarde pour qu'elle me serve de garde-du-corps. Il serait bien venu lui-même, mais il y avait beaucoup à faire en ce moment. Tout le monde est sur les nerfs…

- Je suis content qu'on ait pu se voir en tête-à-tête.

- J'en doute pas…

La jeune femme réajustait sa tunique, lorsque son compagnon lui prit la main et la baisa tendrement.

- Je te dis la vérité. C'est de plus en plus pénible de rester loin de vous tous. J'entends parfois des nouvelles de razzia dans les campagnes et j'ai toujours peur d'apprendre que l'un de vous a été capturé.

Rose l'embrassa.

- T'inquiète pas, dit-elle. Ca ne sera plus très long. D'ailleurs, si je suis ici, c'est pour te ramener avec moi.

- Quoi ?

- Poe rappelle tous ses espions. Il y a du mouvement dans les fiefs de la partie orientale.

- Que veux-tu dire ?

- Tu n'as pas noté l'arrivée des seigneurs sith dans la cité aujourd'hui ?...

- Si, bien sûr. Mais…

- Ca fait plusieurs semaines qu'ils font des manœuvres aux frontières de leurs fiefs. Lord Penza à fait réapprovisionné ses garnisons. Les Phobos ont fermés leurs frontières. Toutes les réserves de grains ont été réquisitionnées. Ca ne peut vouloir dire qu'une chose…

- Ils se préparent à une guerre. Mais… Kylo Ren vient à peine de monter sur le trône.

- Faut croire qu'ils ont encore moins envie de l'avoir sur le dos que nous.

- Et Poe veut qu'on se retire du jeu ?

- C'est des querelles entre Sith, asséna Rose d'un ton méprisant. Laissons-les s'entretuer.

- Tu ne me dis pas tout.

Finn saisit le bras de sa compagne, inquiet.

- Rose, même toi tu sais que reprendre une guerre civile juste cinq mois après la chute de Snoke, c'est le désastre assuré. Les Sith sont fous, mais ils ne risqueraient pas aussi gros sans avoir l'assurance d'éliminer Kylo Ren rapidement.

- Quand bien même… Me dis pas que ça te ferais de la peine !

- Et les serviteurs, les gardes, tous ceux qui accompagnent sa suite… Tu y as pensé ?

Finn n'osa pas mentionner Rey. Mais l'image de la jeune fille flottait dans son esprit.

- Que vont-ils devenir ?

Pour la première fois, Rose parut réellement embarrassée. Elle détourna les yeux, marmonna dans sa barbe.

- Nous devons d'abord penser à nous, dit-elle.

- Mais Finn secoua la tête, en reculant d'un pas.

- Ce sont aussi mes amis, répliqua-t-il. Certes, ce ne sont pas des héros. Mais ils n'ont pas plus choisi leur camp que moi. Je n'ai pas le droit de les abandonner.

Le jeune homme recula jusqu'à la ruelle. Il se retourna au moment où Rose l'appela.

- Dis à Poe que… Un soldat n'abandonne pas son poste. Surtout quand la bataille est proche.


A l'aube, un serviteur vint réveiller le Roi dans ses appartements. Il trouva Kylo Ren habillé de pieds en capes, vêtu d'une longue robe noire austère. Une tenue de circonstance pour assister à la messe du matin. Les seigneurs Sith avaient bien lourdement insisté que c'était une part importante du rituel durant les Bacchanales. Les soirées se déroulaient dans la débauche, jusqu'au matin où les fidèles se rassemblaient dans le Temple pour participer au culte dans la rigueur la plus austère pour expier leurs péchés. Puis à la sortie de la messe, les réjouissances reprenaient. Et ainsi de suite, jusqu'au dernier jour : où un grand bûcher était allumé afin de purifier tous ces débordements.

Force ! Heureusement, que tout cela ne durait que sept jours !

Daeron et Sen-Adge l'attendaient devant la porte. Eux aussi revêtus simplement de leurs cuirasses en cuir bouilli. Ils semblaient reposés. Ce qui était loin d'être le cas de leur maître. Ils rejoignirent ensemble le reste de la cour dans le grand hall de réception du château. Comme à son habitude, Lord Muraka accueillit Kylo Ren avec force éffusion et démonstration de joie. Lui aussi avait renoncé à ses habits chatoyants pour une tenue de cérémonie sobre. Il s'excusa auprès de Kylo que Lady Senyse ne puisse être des leurs. La noble dame s'était réveillée avec une violente migraine et ne pouvait pas quitter sa chambre. Elle comptait jeûner le reste jusqu'à la nuit tombée pour compenser.

Ren nota qu'aucun autre seigneur sith ne manquait à l'appel. Tous vêtus de larges robes noires, tels des moines prêts à faire pénitence. Il aperçut Pyrcel Yama un peu plus en retrait. Et son cœur manqua un battement lorsqu'il reconnut Rey à ses côtés.

Un sentiment étrange lui échauffa les sens. La sensation de ses doigts enfoncés dans l'humidité de ses cuisses lui revint en mémoire. Il se représenta le tableau de lui faisant pénitence devant le grand autel du Temple, avec Rey quelques pas derrière lui, dans ce lieu saint où ils avaient été à deux doigts – c'était le cas de le dire – de commettre le péché le plus lubrique qui soit. L'image le fit presque sourire.

Si seulement ce maudit prêtre et sa lanterne ne les avait pas interrompus…

Ils avaient filé en catastrophe, repliés dans l'ombre comme des rats. Et en rejoignant l'extérieur, ils s'étaient perdus de vue. Kylo ne savait même pas si Rey l'avait réellement reconnu.

Quel scandale c'eut été si on avait découvert le Roi des Sith entrain de lutiner son écuyère sur un autel du Temple ! Même pour fêter les Bacchanales, la débauche avait ses limites. Mais Kylo ne pouvait pas s'empêcher de trouver cela terriblement cocasse. Au point qu'il lui fut difficile pour lui de garder une mine sérieuse durant la procession qui le reconduisait jusqu'au Temple. Malgré les brûles parfums d'encens qui laissaient échapper des volutes de fumées lourdes et entêtante. Malgré les chants religieux monocordes et sinistrement graves. Malgré la brise matinale qui se glissait sous sa robe de cérémonie et entre les maillons de sa cotte.

Enfin, la procession arriva jusqu'au Temple. Comme le voulait le protocole, Kylo entra en premier, suivit de près par Lord Muraka. Les autres seigneurs sith leur emboitèrent le pas. Et petit à petit, tout le reste de la populace suivit.

Des sièges de prière avaient été installés devant le Grand Autel, pour le Roi et le maître du fief. Les chevaliers de Ren se rangèrent près de leur maître. Les autres seigneurs sith s'étalèrent sur le premier rang juste derrière eux.

A peine installé, le prêtre entama la prière d'ouverture rituelle. Kylo demeura agenouillé dans une posture pieuse, le visage humblement incliné vers le sol. Mais en dépit de ses efforts, il ne parvenait pas à se concentrer sur la messe. Il imaginait quelle tête feraient tous ces nobles seigneurs si austères et plein de morgue, s'il prenait Rey par la main pour la coucher sur l'autel et caller sa tête entre ses cuisses, pour rendre hommage à sa délicieuse petite chatte.

Il avait encore l'odeur de son plaisir sur les doigts, lorsqu'il était finalement parvenu à rejoindre ses appartements à la dérobée, avant que le jour se lève. Preuve tangible que ce qui s'était passé entre eux n'avait rien d'un rêve cette fois. Quel idiot de l'avoir laissée filer ! Il aurait dû la garder dans ses bras et la ramener dans sa chambre…

Un bruit de bousculade et de pieds de chaise qu'on racle sur le sol le troubla dans ses réflexions. Tournant la tête sur le côté, il vit que Lord Muraka avait quitté son siège et se tenait debout, lui tournant le dos. Lord Penza le tenait par les épaules, serré contre lui. Lorsqu'il le relâcha, Muraka s'effondra sur le sol. Un filet de bave écarlate lui glissait du coin de la bouche.

Quelqu'un poussa un cri dans son dos. Kylo eut juste le temps de se retourner pour voir une lame brillante fondre sur lui. Il eut la sensation qu'on lui déchirait le visage et le monde passa du noir au rouge sang.


Non, vous ne rêvez pas, ceci est bien un cliffhanger putassier XD

Au plus vite, j'espère, pour savoir comment Kylo se sort de ce mauvais pas. ;)

1 Les paroles suivantes sont librement piochées dans une chanson de Cécile Corbel, le Bal des chats.

2 Paroles tirées de la chanson originale (en allemand) Tanz mit mir du groupe Faun.